‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 81 sur 168 · KOM · texte numérisé non relu

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lier. Cesi Tordre que nous allons suivre dens celte petite dissertation.

S*il est vrai que le beau humain ou absolu en architecture, oonsisle, ainsi que nous avons eu !déjè plusieurs fois occasion de l'exposer, dans cette harmonie des parties avec le tout, qui constitue l'unité, non moins que dans le caractère bien accusé que doit présenter un édifice relativement à sa destination, et dans l'accord de ses principaux motifs de décoration avec l'expression générale de Tensemble, nous ne voyons guère en quoi une église romane complète, par exemple comme celle de Saint-Germain des Prés è Paris, serait inférieure à telle église ogivale de la même dimension et également complète dans le style architectural auquel elle appartient. On parle de la solidité que les constructeurs gothiques ont su imprimer à des édifices plus grands, diton, et plus hardis que ceux du stvie roman, et dont la plupart sont encore denout, après cinq ou six siècles d'existence, et malgré tous les éléments de destruction conjurés contre eux. Tout en mettant hors de doute la solidité intrinsèque de nos admirables égli-> $es ogivales, je demanderai en quoi cette solidité a été plus grande que celle de leurs atnées de cent ou de deux cents ans, qui se maintiennent dans un état de conservation que ne nous offrent pas toujours celles du style ogival? Comparez à ce point de vue Saint-Germain des Prés è Notre-Dame de Paris, Saint-Philibert de Tournus à telle église gothique des environs, Saint-Remi de Reims à la cathédrale de la même ville. Saint-André le Bas de Vienne en Dauphine ^ )*aneieune métropole de cette cité , la partie romane à la partie ogivale, dans Samt- Nazaire de Carcassonne ; comparez ces deux

Senres de constructions dans ces diverses glises et dans une foule d'autres, et jugez. Quant à l'infériorité des grandes églises romanes à Tégard des grandes églises gothiques, sous le rapport des dimensions, nous avons vu, h ces mots, qu'elle se réduit k peu de chose, et que l'on est généralement dans l'erreur à ce sujet.

On ne se trompe pas moins sur la hardiesse, qui est, dit-on, le cachet particulier des églises ogivales, et qui ajoute un nouveau mérite à leur solidité. Sans doute, ces belles églises paraissent à la vue beaucoup plus hardies que les basiliques romanes,mais cette hardiesse est plus apparente que réelle, et elle ne trompe point l'œil de Tarchéologue instruit et réfléchi. En effet, elle n'a été obtenue qu'au moyen de contreforts et d'arcsboutants extrêmement saillants, qui, en pressant fortQjnent les parties solides des

<625) La véritable, rinconteslable hardiesse du •tyle ogival git dans ces pyramides élaBcées, dans ce» fléebes merveilleuseg qui surgisfient comme par encbajiteuient des flancs mêmes de Tédifice, percent les nues et s*élèvent toutes seules dans les airs à des hauteurs prodisieuses, jusaue-là inconnues. ( Vop. STBASsouaG [CaihédraU de.]) Toutefois, le système détaib adopté pour Textérieiir de nos grandes églises ogivales nous parait, malgré ses incoi «

Diction Bi d' Esthétique .

matires-murs , en préviennent Tinévliable écartement. Quelquefois même , on a doublé cette ligne de contreforts et d'arcs-bouttants , en les élevant les uns sur les autres. Or on ne saurait disconvenir qu'une église ainsi étayée tout le long de son pourtour, ne ressemble à un édiflce qiii menace ruine et gui ne se soutient qu'à l'aide de supports artificiels. Sans doute, le génie des archi-^ tectes gothiques a tiré un admirable parti de cette fâcheuse disposition , en la cilssimulant par de grandes arcades .légères et Kracieuses, et en surmontant les contreforts eux-mêmes de ces élégants çinacles et clochetons oui donnent tant de vie et de mouvement à l'extérieur de l'édifice. Mais l'inconvénient, pour être dissimulé, n'en subsiste pas moins, et tous ces brillants accessoires ne donnent pas le change à l'observateur exercé sur le genre de solidité factice au'ils révèlent à ses yeux (625).

Dans le style roman , au contraire , l'édifice même le plus vaste, le plus élevé, semble se maintenir et se maintient en effet par lui-même , gr&ce à la disposition propre à ce système architectural, qui consiste à faire butter, par de larçes, par de solides maîtres murs, les voûtes latérales, qui, à leur tour, buttent {la grande voûte du milieu. Cette disposition offre le double avantage d'auge menter la résistance des voûtes latérales à la pression du maître mur, et la pression de ces voûtes latérales elles-mêmes contre la voûte principale , en les construisant en tiers ou en quart de cercle. Au moyen de cette combinaison , qui tire sa force principale de l'épaisseur peu apparente des maltres-murs , le monument se tient debout de lui-même et se présente aux regards aven les franches allures de cette inébranlable solidité, première condition de tout édifice, qui satisfait et l'esprit et les yeux. Aussi, nos églises romanes , bien que construites , pour la plui)art, deux cents ans avant celles du style ogival, sont généralement mieux conservées: et cependant, plusieurs sont aussi élevées que les i>lus hautes de la période gothique. Nous citerons, entre autres, les cathédrales de Spire, de Mayence, de Pise ; les anciennes abbatiales de Saint- Sernin de Toulouse, de la Trinité do Caen, de Notre-Dame de la Couture du Mans , de Notre-Dame la Grande de Poitiers, etc. Ces diverses églises ont,les unes dans les autres, plus de cent pieds de hauteur sous clef et une grandeur en proportion.

Maintenant, si nous comparons les deux styles, roman et ogival , au point de vue de l'esthétique chrétienne proprement dite, ou, si Ton aime mieux , des traditions hiérati-

vénients réels, bien préférable à celui des architectes italiens qui, en haine du gothique, ont mieux aimé retenir la poussée de leurs voûtes par des barres de fer très-ostensibles dans Tédiflce, comme par exemple dans la cathédrale de Gènes. Ces tirants, affecunt la forme de trinffles de rideaux, produisent le plus mauvais effet et déparent singulièrement les nefs les plus belles d'ailleurs.

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queSy on sera forcé de convenir que, sous ^'e rapport, l'avantage est tout du c6té du style roman. En effet, il n'y a qu'à jeter un simple couj) d'œil sur un bon type de ce genre architectural (et ils sont presque tous irréprochables) pour voir que la forme symbolique de la croix latine y est fidèlement observée avec les motifs accessoires qui en dépendent; tandis que cette forme est à peine reconnaissable dans nos églises go* 4hiques, surtout dans celles à cinq nefs, par suite du prolongement excessif du chœur, qui a fini par comprendre, s'il ne l'a pas dépassée, toute la moitié du temple, en longueur. Cette modification profonde dans la forme rudimentaire de la basilique n'est pas appréciée, ce nous semble, comme elle dejvrait l'être, par les archéologues chrétiens. Il en est une autre qui, bien gue moins grave, mérite cependant d'être signalée; ie veux dire la suppression du porche, de l atrium ^ vénérable souvenir de l'antiquité, disposition liturgique qui donne tant de prix et de charme aux grandes et belles basiliques romanes de Tournus', de Notre-Dame de Vézelai, et qui était si grandiose dans celle de l'abbaye de Clunv.

C'est encore le style ogival , celui du xiv siècle, qui a introduit ces deux longues séjries de chapelles correspondantes aux bas- «ôtés de la nef majeure , que l'antiquité chrétienne ne connaissait pas. L'église romane n'admettait que les chapelles si justement appelées rayonnantes ; car elles rayonnent autour de l'autel principal comme les rayons du soleil autour de cet astre de lumière et de vie. Ainsi , Jésus soleil de justice, figuré par l'autel où il s*immole tous les jours, est orné de ces chapelles rayonnantes, qui représentent la couronne d'épines dont sa tète était couverte pendant qu'il était couché sur la croix.

Enfin , ce sont nos églises romanes, prin- 'cipalement celles du midi de la France (626), qui nous offrent en plus grand nombre ces cryptes mystérieuses, souvenir vénérable des catacombes , gui complètent si bien nos temples -sacrés. Ajoutons que les petits sanctuaires de ces catacombes , et que leur mo- ^numentum arctca/um, de même que les premières voûtes des absides et des nefs latéj-ales des primitives basiliques , furent eu plein cintre, comme ont continué de l'être les voûtes du style roman , qui nous retrace ainsi avec tant de vérité le caractère hiératique de l'Eglise chrétienne dans les temps les plus reculés.

Les diverses appréciations comparatives qui précèdent , touchant les deux principaux styles de l'architecture catholique» ex-

(626) A Arles (abhaye de Montmajoru ), k Apt ^dans 1 ancienne cathédrale), à SainuGiUesj(ancieone ahbaiiale), à Toulouse (Saint-SernUi)«etc., etc.

(627) telle question, si iinporunte au point de vue historique et archéoloirique, a été débattue par Thomas Hope (UUtoire de V architecture , c.l5 et i4), par M. Batissier (An monumental Uv. ix), et anterieurenienl à ce dernier par M. de GaumoiU dans tfuii Cours d'untiqnités manumeutaLei, Voy, aussi.

pi iquent suffisamment les sympathies qu'inspire le roman aux archéologues arancés.

Celles qui se rattachent à son caractère hié* ratique en particulier expliquent mieux encore l'attrait que ce style finit par avoir pour les personnes versées dans la connaissance des traditions liturgiques de l'antiquité. Cet attrait, secret, mystérieux, on le sent plus d'une fois à son insu, et ce n'est qu'à la longue qu'on parvient à s*en rendre compte. En considérant les altérations profonaes que le style gothique a fait subir an type si vénérable de la basilique sacrée , on comprend comment l'architecture romane, restée fidèle aux inspirations primitives de la foi et aux conditions hiératiques qui en dérivent, sourit aux archéologues dont nous parlons, enc4>re plus que l'architecture ogivale, malgré sa légèreté, son élégance et toutes ses magiques splendeurs. Foy. Bisi- LiQUBs , Catacombes , Ogival (Style) « Ro- MARO- Byzantin {Style) ^ Valence, (Caihé^ drale de).

ROMÀNO-BYZANTIN (Style). C'est, ainsi que l'indique la composition du mot, le style roman modifié plus ou moins par le byzantin.* De nos jours, plusieurs archéologues éminents ont rejeté formellement toute influence byzantine sur le style roman, ouTont réduite à d'insignifiantes proportions , tandis que d'autres, après avoir rapporté les arguments pour et contre , sont restés dans le doute touchant cette question (627). D*un autre côté, des archéologues non moins instruits, non moins judicieux, reconnaissent l'influence dont nous parlons , en la ramenant à des proportions justes et raisonnables. Ils en donnent des preuves, selon moi, convaincantes. Je vais les résumer, en faisant au préalable cette réserve expresse, que l'influence dont il s'agit s'étant bornée à l'architecture romane de l'Auvergne et du Périgord , ainsi qu'aux régions du snd-esl et du sud-ouest,sur lesquelles ces deux écoles ont ravonné, a été locale par rapport au reste de la trance, où elle est è peine sensible dans quelques rares monuments.

On sait que les principaux caractères de l'architecture byzantine , en tant que modifiée elle-même par le style mauresque, sont la coupole en pendentifs, l'arc outre-{>assé on en fer à cheval , les arcs à contre-lobes , les chapiteaux cubiques, les chapiteaux rehaussés de figures sculptées en bas-reliefs, vêtues de riches et amples draperies orientales formant des plis à tuyaux. Ailleurs ce sont des sphynx, des grifi'ons, des syrènes et d'autres animaux fantastiques dont l'origine orientale ne saurait être mise hors de doute. Parmi ces divers motifs de construction ou d'ome-

8ur Torigine et Tinfluence de rarcbitectore néo-

grecque, les pages briUantes que lui ont consacrées L. de Chateaubriand, dans ses Etudeê h,$ioriMet {Analyte raisonnée de i" histoire de France)^ et M. Ludovic Vilet, dans sa belle Dissertation sur rarcki* teciure lomharde ( Etude sur les beaux^arts ). Voy. surtout tes remarquables articles sur les Infwemets byzantines publiés en dernier lieu dans les Anmaks aretiéoiogiques, pur M. Félix de Ycmetib.

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D^STHETIQUE CHRETIENNE.

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meotatioDy plusieurs sont de provenance DUiaresque, surtout en ce qui concerne les arabesques ^ les arcs très*aifongés , contreloMs, supportés par de minces colonnettes (628). Or , ces divers motifs de construction ou a*ornementation ainsi modifiés, nous les trouvons employés, soit en partie soit en totalité , dans I*église octogone de Saint-Vital de Ravenne. bAtie par des Grecs ; à Sainte- Sophie , le prototype de l'architecture byzantine; à Aix-la-Cnapelle , à Saint-Marc de Venise ; ensuite , à la cathédrale de Périffueux et dans plusieurs autres églises de la contrée bflties sur ce modèle. On les retrouve encore, quoique sensiblement moins accusés, à Arles, à Avignon et dans plusieurs églises de ce diocèse , trop peu connues ; à Saint-Paul Trois-Chateaux, à Bourg-Saint-> Andéol en Champagne , à Vienne , a Lyon , î Tournus , à Clermont-Ferrand , à Issoire, i Brioude et dans les régions qu'a atteintes !e rayonnement de Farchitecture romane ,

Grticulière à l'Auvergne, telles que Vaice et le Puy. L*inâuence de l'art byzantin sur notre architecture romano-française est donc, relativement à certaines régions, an fait incontestable. Elle est d'autant plus réelle que les premiers architectes de nos églises , qui avaient emprunté aux plus anciennes ae Rome leur plan basilical, modifié ensuite en croix latine par le symbolisme religieux, n'avaient pu leur emprunter la cou{K)le et la plupart des motifs d'ornementation déjà énumérés dont ces églises de Rome étaient entièrement dépourvues. Il faut donc admettre qu'ils sont allés chercher ailleurs ces motifs, ou bien qu'ils ont été mis en rapport dans leur propre pays avec les Byzantins, et plus tard avec les Arabes; ou mieux encore, il faut admettre l'une et Tautre de ces deux hypothèses. Or , Thistoirenous fait connaître les migrations successives en Occident et surtouten Italie , des artistes, la plupart moines, de l'Orient. Elle nous apprend avec quel empressement les Papes et les évoques accueillirent ces martyrs de Tart chrétien, lorsqu'ils fuyaient les persécutions des stupides briseurs d'images. Elle nous apprend aussi que, dès le vni' siècle, et même plus tôt, il existait entre rOrient et TOccident de nombreuses relations qui ne purent que s'accroître à l'époque des croisades. Parlerons -nous de Finfluence exercée sur le Languedoc et la Provence par la brillante civilisation arabe de TEspagne avec ses écoles et ses monuments, dont le reflet a jailli plus loin encore qu'on ne pense ?

(628) L*archltec(ure arabe, telle que celle des mosquées, des palais, des bains de Gordoue, de Sé- Tîlte, de Grenade^ est une provenance directe de rarcbitecture byzantine, seulement modifiée par les exigences religieuses et sooiales des sectateurs du Coran, comme aussi par le caprice de leurs architectes. L^espace me manque pour exposer les preuves historiques, géographiques et archéologiques de non assertion. Voy. à ce sujet les développements Mssi intéressants que substantiels que contient rexceUeute UUknre de Thomas Hope déjà citée.

C'est ainsi, qu'en partant de là forme pri* mitive des basiliques de Rome, l'architecture chrétienne s'est plus ou moins modifiée selon le génie des.peuples et les circonstances locales, tout en conservant, sauf de rares exceptions (629), sa disposition rudimentaire qui consiste dans la pluralité des nefs, * dans le transept et dans le chevet ou abside* En un mot, le type de la basiiigue latine, modifié par le symbolisme religieux, selon les temps et les lieux, et par les ()raliques romanes combinées avec les byzantines ; tel est, selon nous, le principe générateur, la clef architecturale de nos églises du sud-est et du sud-ouest principalement, ainsi que que de celles de l'Italie septentrionale et centrale, jusqu'aux Etats-Romains exclusivement. Parmi ces dernières, je me contenterai de citer la magnifique cathédrale latinobyzantine de Pise, bAlie en plein xi* siècle, et qui ne tarda pas d'inspirer le plan de celles de Lucques, de Sienne et d'Orviette, splendides imitations de sa structure et de sa beauté.

ROMANS en Daupbiné ( Eglise parois « siale, jadis collégiale, de Saint-Barnard de).

« Il existe à Romans une église dédiée à saint Barnard dont les premières constructions remontent au ix* siècle. Gomme œuvre d'art son mérite est incontestable ;• comme monument historique elle rappelle un fait important : c'est dans son enceinte que fut signé, le 30 mars 1349, l'acte qui réunit Ib Dauphiné h la France.

« On ne peut comprendre que les archéo* logues auxquels nous devons des descriptions très-détaillées de quelques ruines éparses dans notre département, n'aient pas consacré leurs travaux à l'étude de cette œuvre du moyen Age. Nous n'avons pas même des notions sommaires sur son architecture ; il n'a été fait mention que de son existence. Qu'il me soit permis, Messieurs (629^), de vous donner une description complète ae ce monument, et de réparer l'oubli aans lequel on l'a laissé, en vous faisant remarquer toutes les beautés qu'il renferme. Il appartenait sans doute à un observateur plus nabile que moi de vous initier à la connaissance de tout ce que l'art revendique dans un édifice aussi remarquable ; mais à défaut de talent je puis soumettre à votre juste appréciation un examen consciencieux et approfondi.

« Avant d'entrer en matière, quelques dates sont ici nécessaires ; elles se rattachent aux diverses révolutions qu'a subies le monument.

« En 837, Barnard, archevêque de Vienne

(629) Je veux parler ici de ces églises modernes qu'on a platement modelée sur le temple grec, sans égard pour Tantique forme basilicale consacrée par les siècles. Ces édifices, dont les architectes n'aTaient pas la moindre idée de la iiturgie chrétienne et de ses exigences, sont très-inférieurs en n«imbre à ceux qui ont conserré p!us ou moins le vrai lype latin, et Ton peut dire par conséquenl^ quHls sont comparativement assez rares.

(62i^*) Les membres de la société de slaii8« ti(£ue du département de la Drdme.

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fonde sur les bords de Tlsère reglise qui porte son nom ; le monastère des religieux qui 1a desservent voit bientôt se grouper autour de lui les premières maisons de Romans. En 913y une bande armée attaque le monastère et dévaste Téglise; sept ans après» Tarchevèque Alexandre la rétablit. En 937^ Sobon vient mettre le siège devant l!abbaye rebelle à son autorité ; il l'emporte de vive force, et en incendie les bâtiments. L*église souffre beaucoup en cette circonstance ; elle ^n*est réparée au au xi' siècle par le célèbre Léger. En 1133, Guigues, comte d'Albon, prend d'assaut la ville de Romans ; les maisons sont livrées aux flammes, et l'église est enveloppée dans la dévastation générale* Peu de temps après, son chapitre alors riche et puissant la restaure à ses frais. Tel esi le précis des diverses époques de constructions et de réparations du monumeiU, Depuis Tannée 113311 est resté intact; les calvinistes l'ont épargné au xvi* siècle, «t nos derniers orages révolutionnaires ne l'onl point endommagé.

t L'église Sai-nt-Barnard est remarquable «n ce qu'elle est formée de deux architectures d'Age et de style diflérents. Les murs de la nef et de la façade d'entrée, depuis la base jusqu'à une élévation de douze mètres, sont les restes d'une première basilique. A cette hauteur, une construction plus récente se trouve entée sur l'ancienne, et forme la partie supérieure de la nef. On distingue trèsbien la ligne de soudure des deux maçonneries, et si les formes architecturales n'indiquaient pas qu*il existe deux styles d'éf)oques différetttes superposés dans les murs atéraux, on s'en assurerait bientôt à l'ftispection des pierres de taille qui en forment les parements.

« Les parties les plus anciennes appartiennent a cette architecture dégénérée de rart romain, et née au n* siècle, alors que Constantin, quittant Ronje pour Bjzance, ordonna la destruction de tous les temples païens. Les parties les plus récentes sont revêtues de ce type arcnitectural qui, 'ap-

{)orté de l'Orient par les Maures, a détrôné e plein cinire byzantin au xi* siècle, et a éie improprement appelé gothique. Le chevet et la croisée de 1 église sont d'une seule venue, ils sont construits depuis la base jusqu'au faite dans le même style que les parties supérieures de la nef.

« Si Ton pénètre à l'intérieur par la porte occidentale , l'imposante perspective qui s'offre à la vue saisit TAme d'étonnement et de respect. Au premier abord, les constructions gothiques frappent seules l'œil de l'observateur. Une nef majestueuse de 11 mètres de largeur présente à droite et à gauche dévastes travées séparées pardesaccou* plements de colonnes. A 12 mètres au-dessus du sol un double rang de tribunes se développe sur tout le périmètre de l'édifice et lui forme une ceinture de 160 arcades en ogive. Dans le fond apparaît un chevet magnifique ; ses murs, construits sur un plan polygonal, produisent par l'obliquité de

leurs faces, par Topposition des pleins et des vides les effets d'ombre et de lumière les plus piquants et les plus variés. De toutes parts de sveltes colonnes s'élancent pour supporter une belle voûte ogivale*, et de leurs tailloirs à huit pans jaillissent des faisceaux de nervures qui forment par leurs inflexions curvilignes un berceau dont on ne peut se lasser d'admirer la coupe élégante : noblesse et élévation de style, simplicité dans le plan, manière large et grandiose dans l'ordonnance générale, tout concourt à faire de cette architecture un modèle du gothique primitif.

« Les constructions byzantines qui occupent les parties inférieures des murs de la nef sont peu apparentes ; elles se composent de quarante arcades à deux étages autrefois ouvertes et maintenant bouchées ; celles de l'étage inférieur sont à peine reconnaissables, celles de l'étage supérieur sont encore visibles; elles font saillie de 20 centimètres sur le nu du mur, et leurs pieds-droits sont décorés de 16 colonnes dont les chapiteaux sont bien conservés. Les uns sont ornés de feuilles et d'ornements byzantins, les autres re^irésentent des figures grotesques ou des sujets empruntés aux légendes cnrétiennes.

« Si l'on veut étudier avec fruit le monument, et bien se pénétrerde son architecture, il faut se placer au premier étage des tribunes; de là on peut établir un parallèle immédiat entre les deux systèmes qui se sont partagés les édifices du mojren Age, et juger d'un seul coup d'œil le mérite de chacun. A cet égard, l'église de Romans est un monument très-précieux, et les parties latérales de sa nef forment un tableau des plus rares qui existent.

« Les chapiteaux gothiques se distinguent

Far l'originalité de leurs compositions, et Œil se perd dans l'insaisissable variété de leurs formes : ce sont des figures d'hommes, des armoiries, des écussons et des feuillages presque tous imaginaires ; mais ces sculptures sont très-médiocres; les profils sont incorrects, les feuilles sèches etroides et les ornements grossiers ; il y a dans tous les détails absence totale de naturel et de vérité d'imitation. Dans les colonnes byzantines, les chapiteaux sont plus riches, la pierre y est taillée en feuilles d'acanthe ou découpée en ornements délicats; cinq d'entre eux offrent des dessins ]MirtiGulier-s. Le premier est un groupe d'animaux*, le second une réunion de petites statues, le troisième un triple macaron, dans le quatrième on a voulu représenter l'annonciation de l'ange à la Vierge, et dans le cinquième, la Justice divine tenant d'une main un glaive et de l'autre une balance. Ces chapiteaux n'ont ni des proportions parfaites, ni un fini d'exécution extrême ; mais leur décoration indique une époque ou les traditions de la bonne sculpture n'étaient pas entièrement perdues ; le galbe est gracieux, les tiges sont flexibles et naturelles, et les reliefs bien ciselés.

« Si, relativement aux détails, le byzantin remporte sur le gothique, sous le rapport

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de Vensemble ce dernier regagne bien la supériorité. Il y a dans son architecture je ne sais quelle grandeur mystérieuse qui élève et maîtrise l'Âme ; on ressent à son aspect une émotion dont on ne peut se rendre compte, mais que Tidée d'immensité peut seule faire naître. Dans le système byzantin les arcades sont lourdes et massives ; dans le gothique, elles sont admirables de souplesse et d'élancement. Ici des lignes sans éclat, des formes membrues, des habitudes molles et pesantes ; là, des arêtes brillantes et énergiques, des proportions dégagées, une allure pleine de légèreté et d'expression.

« L'effet de l'architecture au dehors de l'église répond & l'impression qu'elle fait au dedans. La porte d'entrée est très-remarquable. Sa décoration toute bj^zantine se compose de deux pilastres, de six colonnes et de quatre statues portées sur un stylobate, et surmontées d'un riche couronnement. Les statues qui représentent les quatre évangélistes reposent sur un bas-relief formé de lions qui dévorent des hommes. Cette image des hérésies vaincues par la force évangélique se retrouve fréquemment dans les églises romanes. Malheureusement on ne distingue plus aucun trait du visage des auôtres, et le bas-relief est dans un état de dégradation extrême. Les autres parties de la décoration sont mieux conservées.

Trois colonnes ont le fût taillé de cannelures droites ou torses; une quatrième a des feuilles comme le tronc du palmier, les deux autres sont entièrement unies. Les chapiteaux de ces colonnes n'offrent pas moins de variétés : les uns sont garnis de feuillages, ceux-ci de statues, ceux-là de monstres fabuleux. La corniche est très-riche; le ciseau du sculpteur l'a couverte de palmettes, de feuilles et de fleurons mariés avec intelli» gence. En général, tout ce travail est délicat^ et il y a de la finesse dans le dessin des ornements; mais le défaut de goôt et le manaue de simplicité font bien voir à auel point e rechercne et de maniérisme larchitecture était alors tombée. Cette porte n'en est pas moins un morceau de sculpture trèsprécieux, et il est heureux qu'au travers des troubles et des révolutions plusieurs de ses détails si fragiles aient pu se conserver in^ tacts jusqu'à nous. Rien ne la garantit maintenant des outrages, si ce n'est l'admiratioa publique.

c On ne remarque, à l'extérieur, aucune autre construction byzantine; le corps dei*édifice est en majeure partie gothique. C'est un immense vaisseau en forme de croix latine dont la longueur totale est de soixante- 3inq mètres depuis le chevet jusqu'à l'entrée principale, dont la largeur est de trente-sept mètres entre les extrémités de la croisée, et Jont la hauteur, depuis le pavé jusqu'au laitage de la toiture, est de vingt-sept mètres et demi. Les murs ont des proportions colossales et présentent de grandes surfeices

lisses sur lesquelles se détachent* il'énormes pilastres carres et' de larges fenêtres gothiques; des cordons saillant$ en divisent la hauteur, et à quelques-uns de leurs augles sont attachées des tourelles octogones.

a Mais, n'est-il pas affligeant de yoir la roflgestueuse simplicité de cette masse dé« gradée par l'application d'un bAtiment en cailloux contre la façade méridionale? Ce bâtiment s'élève à quatorze mètres au-dessus du sol. En arrivant à Romans par le côté du pont, le voyageur est frappé par l'aspect de cet acte de vandalisme,, véritable profanation dont on ne peut présenter l'idée aux étrangers qu* en leur figurant une toile de Raphaël sur laquelle une main sacrilège aurait osé créer en faisant disparaître le chefd'œuvre du maître (630^.

« A gauche de la porte d'entrée, et contrele mur de la nef, est un clocher rectangulaire dont la construction est de la mêmedate que les parties supérieures de l'édifice ; sa base est formée de grandes assisesen pierres de tailler et son sommet est dé* coré de colonnettes engagées et de belles fenêtres en ogive. A droite* est une vaste cba- Eelie dépendante de l'église; elle est située l'angle de la nef et de la croisée, mais sa hauteur, peu considérable, ne saurait nuire à la vue extérieure du monument. L'architecture de cette cbapelle indique une épogue postérieure à celle du gothique de l'église^ ses ornements sont plus fleuris, plus festonnés, ses colonnettes plus effilées, ses ogives plus hardies ; elle est marquée à l'estampille du xni* siècle. La voûte de la partie où se 4rouve l'autel mérite d'être remarquée ; huit de ses arêtes viennent reposer sur une seule colonne placée au centre, et produisent Teffet le plus pittoresque. Les clefs de TOûte sont toutes sculptées; daus quelquesunes, la pierre est découpée eu feuillages avec un art vraiment merveilleux. Il est à regretter qu'un badigeonnage^ appliqué récemment sur la Yoûte et les murs de cette chapelle, ait fait disparaître la teinte naturelle qui rappelait leur époque.

« Quoique Téglise Saint-barnard tire s»

{))us grande valeur de la réunion qu'elle ofire de deux styles différents, son gothique» 3ui est dans sa construction l'arcniteclure^ ominante, a un grand mérite intrinsèque et pourrait seul illustrer un édifice. On n'y voit pas la pierre dentelée et à j.our comme dans les églises de Strasbourg et de Milaiu qui appartiennent au gothique d'une époque plus avancée; on n'y trouve pas ce luxe de Droderies et de ciselures qui distingue la cathédrale de Reims, pour laquelle le sacre des rois portait à prodiguer la richesse et la somptuosité; mais on y remarque cette saçe économie de sculptures, cette sobriété oo bon goût dans les ornements, type du gothique de la première période. Son plan, sans avoir le développement et l'étendue des cathédrales du nord, est immense, et la travail de sa construction est prodigieux..

(630) Ce bàlimcnt a été démoli.

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« Est-ce bien au moyen âge, à cette époque presque barbare où les provinces étaient le thé&tre de tant de guerres désastreuses, que de semblables édifices ont pu être fondes? Ou ne sait, en vérité, ce que l'on doit admirer le plus, du génie des architectes qui en ont conçu les plans, ou de la constance des peuples qui les ont exécutés. Mais, il faut le dire, les arts eurent, au moyen Age, le christianisme pour auxiliaire; ce puissant levier enfantait des merveilles et donnait à chaque . homme, en particulier, une force surnaturelle en lui révélant sa grandeur. Tel est

sur nous l'eropire de notre propre dignité I Hommes déchus, nous sommes faibles:

hommes régénérés^ notre génie n*a plus d'entraves(630*).

ROME. Capitale du monde chrétien. Foy.

Arghitegture, Basiuq€b, Catacombes, DAmk, Grégorien ( Charu) , Latran ( Basilique de Saint' Jean de). Musique, Paul {Saint-) hors les Murs, Pierre ( Saint- ), Marib-Majeurb (Sainte-).

ROSSINI. Célèbre compositeur moderne.

Voy. Opéra.

SABINE, de Steinbach. Voy. Strasbourg. ' SAFRAN (Le). Couleur symbolique. Voy.

CoUIiEURS

SAINTE-BAUME (La) [631]. Le cnristidnisme, comme un fleuve majestueux dont les flots intarissables fertilisent la terre, donne la vie spirituelle aux empires sur lesquels il répand les bienfaits de sa morale divine. Dans sa marche triomphale à la conquête universelle des âmes, il sème et prodigue, à travers les âges, des hommes prédestinés, astres brillants dont le mérite humain resplendit d'un internissable et éternel éclat, et qui enrichissent !e monde de leurs vertus. Dans ces hommes qui donnent et prodiguent à leurs semblables les trésors que Dieu a placés dans leur cœur, le fidèle admire, là-bas, contemporains en quelque sorte de l'Homme-Dieu, de saints et illastrès martyrs, athlètes de la vérité, dont le magnanime courage au milieu des tourments étonnait leurs bourreaux couronnés; ailleurs, de saints docteurs d'un savoir infini, flambeaux lumineux qui, du sommet des sphèrcji les plus élevées de la foi, ont éclairé le monde et l'ont rempli des monuments de leur belle et pure intelligence; ici, de vénérables pontifes, de vertueux évéques, esprits de fleurs et de miel, animés du souffle de TEsprit-Saint, dont la voix, répercutée par l'écho des siècles, ne cesse de retentir, vibrante et sonore, pleine d'une persuasive douceur, et, partout, des légions d'hommos trempés à la source du plus ardent, du plus pur aévouement, hommes d'élite dont la sublime abnégation n'a pas de bornes, et qui donnent au monde l'exemple des vertus qui élèvent, ornent et purifient l'âme. Il n'est pas de province, si peu importante ei si petite qu'elle soit, qui n'ait été illustrée par la prière et sanctifiée par des nombreux élus du Seigneur. Dans les coins les plus obscurs, les plus reculés, on voit les Chrétiens se presser pieusement autour de Timage vénérée de quelque membre de la sainte milice, dont la cendre, relique perdue souvent,

(630*) Notice »ur l'église SainÈ»Bamard de Bomanêf par M. Hyp. Epailly, architecte de la ville.

(631) Cet arlicle, que nous ajoutons à ceux Chartreuse (Grande) et Mom-Sërrat, pour démon-

mais non oubliée, repose mêlée à la dépouille des générations qu'ils édifièrent pendant leur vie. Partout, dans l'ancien monde, l'on rencontre les traces bénies de quelque bienheureux , partout on se trouve en présence d'un noble et grand souvenir laissé par quelque apôtre de la vérité; et bientôt, çrtce au zèle inspiré de nos fervents missionnaires, à la vocation du martyre dont ils sont animés, bientôt, disons-nous, les pré* ceptes divins de l'Evangile, les vertus chrétiennes et la sainteté qu'elles produisent, resplendiront du plus vif éclat dans tous les continents, comme aussi dans toutes les lies perdues au milieu des mers et habitées par des peuplades sauvages.

c De tous ces saints et glorieux {lersonnages, phalange immortelle dont l'histoire,

f^our les conserver à nos hommages, recueille e nom et les titres éclatants, le pays trèschrétien, la France, compte avec orgueil au nombre de ses enfants quelques-uns des

[»lus illustres. Parmi ceux-ci, la piété de 'universalité des fidèles place sainte Madeleine, la sainte Madeleine de TEvangile, au premier ranff. Cette prédilection est justifiée par la laveur immense, incommensurable que Marie-Madeleine reçut, de son vivant, de notre divin Rédempteur. Comment sainte Madeleine, née dans la Palestine, non loin des bords du Jourdain, vint habiter les Gaules, la légende, une légende sublime, va nous en révéler les circonstances miraculeuses :•

« Après l'ascension de Notre-Seigneur et la séparation des apôtres, les Juifs, voulant mettre à mort Marie- Madeleine, Marthe, Lazare, Simon de Béthanie et Maximin, Tun des soixante-douze disciples, et n'osant pas verser leur sang, les jetèrent dans une nacelle et les abandonnèrent aux flots. Le frêle esquif, naviguant sans rames ni voiles, mais poussé par Te souffle de Dieu, aborda les côtes de la Provence.

« Ecoutons maintenant la tradition, une

trer la beauté qui natt des harmonies de la nalare et de la religion, est dû à la plume d'un archéologue aussi religieux qu'intelligent, M. Auguste Gcof* iroy, d'Avignon.

SÀl

DESTHETIQUË GURËTIENNE.

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tradiiioo dont nous aurons occasion de constater le mérite et la valeur :

« Arrivés en Provence, les illustres et saints voyageurs, qui avaient été témoins des miracles de Jésus-Christ, de sa mort et de sa résurrection, se séparent pour prêcher, chacun de leur côté, la doctrine de l'Homme-Dieu et évangéliser les populations. Lazare resta à Marseille ; Marthe remonta le RhAne et s'arrêta à T^ascon : ces deux villes possèdent les reliques de ces premiers apôtres du christianisme dans les Gaules. Maximin fonda, à quelques lieues d'Aix, une petite ville qui porte son nom, et où se trouve son tombeau. Simon s'éloigna de ses compagnons ; après avoir longtemps erré sur les plages désertes du golfe de Lyon, il s'arrêta enfin à Ttle de Maguelonne, où il trouva le martyre. Les vestales de l'Ile, furieuses de voir qu'à sa voix la population quittait le culte des idoles pour embrasser la religion du Christ, le précipitèrent dans les flots au moment où il s'embarquait pour porter dans une nouvelle contrée son zèle et son apostolat. Quant à Madeleine, Dieu avait d'autres vues sur elle. Pour conserver la meilleure part qu'elle avait choisipy et qpi^ d'après la parole infaillible de Jésus-Christ, ne lui serait point ôtée {Luc. x, <h3), elle embrassa la vie contemplative ; et, afin que rien ne vint la distraire dans l'ardent amour qu'elle avait pour son divin amant, elle abandonna ses amis, quitta le monde et se retira dans le désert. Or, non loin de Saint- Maximin, dans une montagne qui fait partie de la chaîne dite les Petites-Alpines, il existe une grotte connue dans toute la chrétienté sous le nom de Sainte-Baume, C'esi le lieu que Madeleine choisit pour sa retraite et qu'elle a rendu à jamais célèbre (lar les trente-trois années d austérités qu'elle y passa loin du monde et de ses agitations. Si elle parut par intervalles dans les lieux habités, elle cédait alors à des inspirations ou à des ordres de Dieu ; mais lorsque sa parole ardente, sa voix persuasive avaient allumé aux y^ux des populations étonnées le flambeau sacré de la foi, joyeuse et imuatiente, elle reprenait le chemin de sa chère solitude. Enfin, quapd elle sentit approcher le terme de sa vie, elle quitta sa grotte bien-aîmée, si longtemps le témoin muet de ses méditations, de ses pénitences et des saints élancements de son Ame vers le ciel, descendit la montagne, et vint trouver Maximin. Après qu'elle eut reçu des mains vénérables du disciple de Jésus-Christ la sainte communion, elle expira. Son corps, enfermé dans un cercueil d'albAtre, fut enseveli dans un caveau qui existait sous I autel de l'église que saint Maximin avait élevée.

(63â) Nous renvoyons le lecteur jaloux de spécialrer sur le fail tant contesté du séjour de sainte Ma* deleine en Provence, à Touvrage que nous venons de citer. Après Tavoir lu, les plus incrédules ne douteront plus. Impartial, consciencieux, infatigable, M. Falibé Paillon n*a laissé aucun point obscur de cette question intéressante sans y porter le flam-

or Cette tradition si pieuse , si touchante , qui, d'flge en flge , se transmet sans varier et sans la moindre altération , est appuyée sur des monuments de la plus granae importance et d'une authenticité incontestable. Dans la crypte de l'église de la petite ville de Saint-Maximin, dédiée à sainte Madeleine, on voit des sarcophages, dont un en albâtre, qui ont été les tombeaux primitils de sainte Madeleine et de saint Maximin ; les bas-reliefs dont ils sont ornés décèlent leur destination rigoureusement spéciale , et le goût et la manière dont ces sculptures sont traitées attestent de toute évidence les premiers Ages du christianisme. Ces sarcophages sont donc en quelque sorte des témoins des faits mémorables que la crovance du pays perpétue depuis dix-huit siècles. Sainte Madeleine est donc venue en Provence ; elle y a vécu, elle y est morte, et ses reliques y sont pieusement conservées. Les Orientaux, saint Modeste, patriarche de Jérusalem, Baillet, Godescard, et bien d'autres, veulent que la sainte illustre soit morte àEphèse, où, disent-ils, elle avait suivi la^ très-sainte Vierge. Les religieux de l'abbayede Vézelay ont cru aussi avoir les reliques de la sainte Madeleine de l'Evangile. M. rabbé Paillon, dans son ouvrage intitulé : Monumentê inédite sur Vapostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence y fait justice de ces diverses prétentions, toutes mal fondées. Le savant écrivain établit d'une manière irréfragable la vérité de la tradition de la Provence ; il réduit surtout à néant les allégations erronées à cet égard de Lauiioy, écrivain janséniste qui vivait dans le milieu du XVII* siècle (632).

« De tous las lieux solitaires (}ue la prière a sanctifiés et que les fidèles visitent avec empressement et dévotion, il n'en est point de plus ^.élèbre que celui où sainte Madeleine a fait pénitence. Ce n'est pas seulement la population des environs de la Provence , qui vénère la Sainte-Baume : des voyageurs de tous les pays, des pèlerins des contrées catholiques les plus reculées y sont venus de tout temps pour prier et invoquer sainte Madeleine. Des personnages d'une grande illustration ont visité celte grotte déserte. Parmi les principaux , il faut citer dans les rois de France, saint Louis, Louis XI, Henri 11, François 1" Charles IX, Louis XllI, Louis XIV et un grand nombre de reines. Ecoutons, au surplus, l'abbé Faillon :

« Rien ne fait mieux comprendre quel <t grand nombre d'étrangers devaient abor- « der alors à Saint-Maximin et à la Sainte- « Baume, que la dévotion des princes et des « rois pour ces saints lieyx. 11 est à regret- « ter que la perte du journal de la Saintebeau de sa profonde et savante érudition. Toutes les allégations contraires à la traditiou de Provence, il les a réfutées minutleusemeut, une à une, par des preuves faciles à vériûer, et sou livre, monu- Fieot impérissable, en éternisant les faits quHl a révélés au critique comme au monde religieux, a reft^ du toule controverse pour jamais impossible.

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DICTIONJNAIRE

au

« Baume 9 o{k leurs noms étaient inscrits, « nous ait dérobé la connaissance de ceux « d'une multitude de grands seigneurs et « de princes, qui vinrent, dans ce siècle, « rendre leurs devoirs religieux à sainte « Madeleine. On peut cependant juffer, par « ce qui arriva en Tan 1332 , combien ce « lieu de pèlerinage était alors en honneur « dans les cours chrétiennes, car on y vit « arriver à la fois cinq' monarques, suivis « du cortège le plus nombreux et le pins « brillant qu'on eut jamais vu dans le pays; « Ce furent Philippe de Valois,roi de France; « Alphonse IV, roi d'Aragon ; Hugues IV, « roi de Chypre, Jean de Luxembour£[,roi « de Bohème; enfin, Robert, roi de Sicile. « Ce dernier, par honneur, alla à la rencontre « des autres jusqu*aux frontières de Pro- « vence, et les reçut à Avignon, qui lui ap- « partenait alors , d'où il les conduisit à « Saint-Maximin, et de là à la Sainte-Bau- « me (633). »

« Si la monde entoure incessamment d'un respect immense les châteaux, les maisons, les chaumières que des hommes célèbres à titres divers ont nabités, et si leur vue réveille plus vive et plus ardente l'admiration })OUr les ûBUvres sublimes qui y virent le our; si les générations se transmettent le désir de voir ces demeures vénérées , et si une légitime et avide curiosité y attire , y précipite une population qui se renouvelle sans cesse, on le sait, d'obscurs réduits, perdus souvent dans les solitudes d'un désert, et rendus célèbres seulement par une vie d'une incessante adoration, de sacrifices, de prières et d'actions de grâce, jouissent, à un égal degré, du privilège d'émouvoir, d'exciter l'attention, d'attirer une foule heureuse et empressée. Parmi ceux-ci , la grotte où sainte Madeleine se retira pour pleurer et faire pénitence est un des plus mémorables. Plein des sentiments d'amour et d*espérance qui animèrent la vie pénitente de 1 illustre fille de Béthanie, le Cnrétien pieux y fait un pèlerinage de dévotion. Le voyageur se détourne de son chemin pour aller visiter c«tte grotte vénérée si remplie de précieux et touchants souvenirs , et le curieux qui parcourt la Provence , cette terre si riche et si belle , couverte de monuments de tous les Âges où le passé se révèle noble et grandiose à chaque pas, va contempler, dans cette grotte , le séjour d'une de ces grandes figures du premier siècle et dont le siècle actuel transmettra le migestueux souvenir aux siècles futurs.

« Depuis longtemps je désirais voir la Sainte-Baume; depuis longtemps je souhaitais ardemment faire une visite à ce lieu si célèbre, lorsque la Providence, comblant mes VŒUX, m'en a offert Toccasion. Pendant un séjour que je viens de faire à Avignon; j ai eu la bonne fortune de pouvoir me joindre à cinq personnes appartenant à la classe la plus respectable de cette ville, et qui

s'étaient réunies ^pour faire ce pèlerinafl». ff Pour une excursion de trois jours. Tes préparatifs» à faire sont vite terminés. Notre voyage à peine résolu, nous partons ; et, soit en chemin de fer, — le chemin de Marseille nous dépose è la station d'Aix, — soit en voiture, nous arrivons à Saint-liaxiiSiia le jour même, sans incident remarquable. Nous quittons cette ville le lendemain, à six heures du m§tin ; à sept heures noas sommes à Nans : les voitures ne peuvent pas aller plus loin. Là, obéissant à la nécessité, nous nous accommodons de notre mieux sur des ânes, et nous commençons notre ascension. Un sentier rude et rocailleux, tracé en lacet sur le flanc d'un escarpement, très-élevé qui lui sert comme de contrefort, nous conduit au pied de la montagne où est située la Sainte-Baume. Arrives tè, nous continuons à monter à travers une forêt de chines, d'yeuses, de sapins, et sombre et mystérieuse comme une forêt druidique. Le sol est couvert de plantes aromatiques. Le thym et la lavande saturent Tair de leurs balsamiques eflluves. Nous montons toujours au milieu de cette atmosphère parfumée. Tout à coup le ciel se dégage des arbres qui en voilaient l'azur. D'un côté, nous dominons la forêt; de Tautre, nous apercevons, nous voyons, nous touchons presque une masse aux teintes indécises qui s'élève jusque dans les deux, et dont la vue ne peut embrasser toute l'étendue. C'est un roc, c'est toute une montagne qui parait formée d'un seul bloc de calcaire taillé à pic, immense, incommensurable, défiant le temps et les tempêtes. Quelle est la puissance qui l'a formé? où est la main qui f'a façonné ? A ces questions qui se pressent dans notre esprit, nous nous prosternons, et nous adorons Dieu, créateur de tout ce qui existe. De là, en jetant les yeux sur le rocher, nous voyons, aux trois quarts à peu près de sa hauteur, un point blanc qui

f)aratt grand comme une carte à jouer. C'est a façade de ce qui reste du monastère, et Îui est situé au même niveau que la Sainteaume. Nous continuons notre chemin, c*est-àHdire, nous montons encore, à pied alors, les montures ne pouvant pas aller audelà de l'extrémité de la forêt; et, après une ascension très-pénible, nous atteignons un petit plateau qui sert de portique découvert au monastère et à la Sainte-Baume. De ce plateau gui semble suspendu dans les airs et à une nauteur à donner des vertiges, on a sous les pieds un panorama immense où les

t)lus riants tableaux se succèdent et se déveoppent jusqu'aux limites de l'horizon ; la forêt, ressemble à une plaine où des massifs de pins, d'ifs, de chênes vieux comme le monde et d'une hauteur prodigieuse, forment comme un tapis de verdure. Nous frémissons à la vue de ce spectacle qui nous donne la mesure de l'élévation où nous nous trouvons. Le monastère était jadis très-cousidé*

(6S3) MonumenU inédits sur Capostolat tte sainte \ Madeleine en Provence, Paris, S vol. in 4% 1848.

DESTHETIQUB CHRETIENNE.

SAl

r«ble (93h) ; mais, comme une feuille légère que la tourmente emporte au loin, le tourbillon des passions populaires Ta détruit et renversé; il n'est plus maintenant qu'une

ritite maison habitée par un homme préposé la garde de la Sainte-Baume, dont l'entrée est là, sous ses yeux, et où Ton arrive en gravissant un escalier de quelques degrés.

« Lot grotte — oaume en patois provençal — où sainte Madeleine passa trente-trois années de vie contemplative, n'a rien en elleni6me de remarquable; elle est divisée en

rtte inférieure et grotte supérieure. Dans grotte inférieure, où l'on descend par deux escaliers, on voit un autel d'une si m-

i)licité primitive : certains jours de l'année» es Bénédictins y célébraient les saints offices. Bans la grotte supérieure, il existe une petite chapelle : une inscription apprend au visiteur qu'elle fut fondée en 1278 par Charles il, roi de Naples et comte de Provence. Derrière la cliapelle est un petit rocher nommé la Sainte-Pénitence, élevé d'environ un demi-mètre au-dessus du sol : c'est l'endroit le moins humide de la grotte, et la tradition rapporte que sainte Madeleine l'avait choisi de préférence pour s'y reposer et méditer. Une statue en marbre blanc re-

|)résentant sainte Madeleine occupe la surace de ce petit rocher. Dans la pose qu'il a choisie, le sculpteur, heureusement inspiré, a reproduit avec bonheur le type de la réflexion : la sainte est à demi couchée ; elle est appuyée sur le bras droit, et tient de la maiD gauche un crucifix qu'elle contemple avec amour. Cette statue, d'un trèsbeaa travail, a été placée là sous la Restauration, vers la fin du règne de Louis XVIII. Une source, dont l'eau limpide est excellente, surgit dans l'un des renfoncements les plus reculés de la grotte. Le gardien nous dit que cette source ne tarit jamais durant les sécheresses et les plus grandes chaleurs, et, dans les grandes pluies, son volume f eau n'augmente jamais assez pour faire déborder son réservoir.

« Combien étaient suaves et profondes les impressions qui nous assaillirent dans ce saint lieu I Que de délicieuses émotions la Sainte-Baume nous fit éprouver 1 Sous ces rochers gigantesques, au sein de ce site d'une magnificence sauvage, consacré par dej si touchants souvenirs, les échos semblent répéter sans cesse le nom de l'illustre pénitente, et tout rappelle à l'Ame cette auguste é(K>use du Sauveur. Ici, c'est une croix indiquant son oratoire de tous les instants; là, c'est la uierre où elle venait s'asseoir pour contempler le ciel; partout, c'est le sol qu'elle foula de ses pieds en l'arrosant de ses larmes ; il n'est pas jusqu'à l'air qui, bien que rendu humide par le perpétuel suintement de l'eau au travers du rocher, ne semble parfumé de la saiuieté qu'y répandirent ses longues et ferventes prières.

(031) H clait occtip<! par des Bénédictins.

« La croyance que sainte Madeleine a vécu de longues années dans la Sainte-Baume, repose sur une tradition si respectable, qu'elle en reçoit presque le caractère d'une garantie historique. Dans la contrée, trente

(;énérations ont couvert de leur dépouille es cendres de cette grande figure évangélique; cependant leur derniers descendants, ceux que le voyageur peut interroger, parlent ae sainte Madeleine, racontent sa vie et sa mort comme si c'était un fait contemporain, et on les écoute, et on les croit, car ce qu'ils disent, ils le tiennent de leurs frères qui en ont été les témoins oculaires.

ff La Sainte-Baume a eu ses jours de splendeur, et, comme toutes les choses de ce monde, elle a eu aussi ses vicissitudes. Nous avons dit ce qu'elle est maintenant ; nous terminerons par un aperçu rapide des phases qu'elle a traversées, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci.

« L'aveugle impiété qui , pendant la tourmente de nos discordes civiles, s*attaqua à nos monuments religieux, n'eut garde d'oublier un lieu qui inspirait tant de dévotion : la Sainte-Baume hit dévastée. Les offrandes de toutes sortes que pendant six siècles les fidèles y avaient déposées, furent dispersées ou détruites; l'intérieur fut couvert de ruines, et de longues années de deuil suivirent ces jours néfastes. En 1821, M. Chevalier, préfet du département du Var, homme pieux et habile administrateur, fit déblayer et rétablir la Sainte-Baume dans l'état où nous la voyons. Au mois de mai 1822, les restaurations étant terminées, Mgr l'archevêque d'Aix, accompagné de ses grands vicaires, de quelques personnages considérables du Var et des Bouches-du-Bhône, et d'un concours immense de population, bénit solennellement l'antique chapelle relevée de ses ruines, et célébra le saint sacrifice de la messe sur l'autel de sainte Madeleine. Après l'auguste cérémonie, le vénérable prélat, tenant en mains le Saint-Sacrement, s'avança sur le bord du plateau d'où la vue plane sur la forêt, et donna la sainte bénédiction à la foule qui n'avait pu trouver place dans la Sainte-Baumé. Dans ce moment suprême,.

auarante mille pèlerins, se pressant sur les ancs de la montagne, se prosternèrent , et,, recueillis, le front baissé vers la terre, reçurent à genoux ce signe ineffable et tout puissant de réconcilation entre le ciel et la terre, le temps et l'éternité. »

SAINTE -MARIE- MAJEURE. On appelle cette basilique Majeure^ parce qu'elle est la plus ancienne et la plus illustre de toutes celles qui, h Rome, ont été érigées en l'honneur de la Mère de Dieu. On rappelle aussi Sainte-Marie ad Prcssepe^ h cause de la crèche ou berceau de Jésus-Christ, qu'on y garde dans une châsse d'argent, et qui renferme une figure du même métal représentant un petit enfant. On l'expose à la vénération publique tous les ans, à la messe de minuit.

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