SA
DTSTHETIQUE CHRETIENNE.
SAI
rangées les stalles ; en avant s*élève le haU daqnin, soutenu par des colonnes dé porphyre. Les ailes ou b^efités sont revêtues de marbre et ornées de pilastres de la même matière, qui répondent aux colonnes de la nef. Entre chaque entrepilastre est une chapelle. Nous ne dirons rien des autres détails de ce monument, qui n^auraieht rien denrelatif à notre objet. Nous parlerons encore moins de la décoration extérieure, qui n'a aucun rapport avec la forme ni avec le caractère du dedans. Mais on peut admirer dans son intérieur le modèle le plus parfait d*une église chrétienne et la copie la plus juste d'une ancienne ba^tli^ue (637).yitruve, reparaissant aujourd hui sur la terre, reconnaîtrait une basilique dans l'église de Sainte- Harie-Haieure.
« Mais 11 se tromperait encore moins dans celle de Sainte-Agnèi hors des Murs. Ce petit monument est un des plus précieux que Ton connaisse, par la scrupuleuse imitation qu'il nous a conservée aes basiliques antiques. Cette imitation y est si exacte, que, sans le témoignage des écrivains qui nous apprennent que cette église fût bâtie par Constantin, a la prière de Constance, sa sœur ou sa fille, et, sans les détails de sa construction, on la prendrait plutôt pour un ancien tribunal de justice que pour une église chrétienne. Aussi, quoiqu'elle ne soit pas du nombre des sept éçlises qui jouissent à Rome du titre de basttique^ elle en a cependant conservé la forme plus que beaucoup d'autres qui n'en ont aujourd'hui que le nom. Les différentes restaurations qu elle a subies ne la lui ont point fait perdre. Elle forme un carré long, dont trois côtés sont environnés de colonnes ; quelques-unes sont du plus beau marbre et du mieux travaillé. Le quatrième côté, opposé à la porte d'entrée, se renfonce en demi-cercle : c'est Thémicycle ou le lieu du tribunal. Le premier ordre forme la galerie inférieure et porte un second ordre de colonnes, qui compose un second ranç de galeries supérieures,'^au-<dessus duquel commence le plafond de l'édifice ; on observe dans le second ordre la dégradation de colonnes, recommandée par Vitruve. On ne trouve, comme on le voit, dans aucune autre basilique chrétienne une aussi grande conformité avec celle des anciens. »
Après avoir fait remarquer et exposé comment depuis Constantin la forme basilicale prévalut, à quelques différences près, dans tous les édifices chrétiens qui furent construits en Occident, jusqu'à l'érection du dôme de Florence et à celle du dôme de Saint-Pferre de Rome, qui en fut l'imitation, l'auteur se livre à des réflexions fort justes
Îui le ramènent à la basilique de Saintelarie-Majeure et à celle de âaint-Paul hors les Murs. Nous allons les reproduire, et c'est
(037) Sauf les modifications importanles que le
Iléoie chrétien y a apportées et qui en a singulière-
neot reieyé la beauté. Voy, notre article Qa^silioue
(buts ce Dictionnaire. {Note de fauteur,)
(638) Dictionnaire d' architecture ^ par M Qualre-
par elles que nous terminerons cet article.
« Le plan et la construction de cette dernière église (Saint-Pierre deRome) devinrent 'depuis la règle et pour ainsi dire le type de toutes celles qu'on voit ailleurs, et qui n'en sont partout que des imitations plus mesquines ou plus défectueuses les unes que les autres. La forme de basilique s'y perait entièrement , et le nom seul qui s y perpétue, sans que presque personne en sacne la raison, est tou ce qu'elles ont conservé de leur ancienne ressemblance.
« C'est presque toujours à Rome qu'il faut chercher la cause de tous les goôts qui ont influé sur le reste de l'Europe. Tant que le temple du Vatican donna la loi aux arcnitectes de tous les pays, il n*eût presque pas été permis de soupçonner qu'il fût possiole d'en ériger un qui méritât le nom de temple et n'en fût pas une copie. Les anciennes basiliques chrétiennes, oubliées en quelque sorte sous l'antique poussière où un saint respect et un dédain injuste les tenaient ensevelies, ne paraissaient aux yeux du plus (;rand nombre que d'illustres masures dans esqqelles on se contentait de déplorer la pauvre magnificence des premiers âges du christianisme. Mais depuis que, par les soins du pape Benott XIV, la basilique Libérienne ou celle de Sainte-Marie-Majeure s'est vue rétablie dans son ancienne splendei^r et rappelée à sa dignité première, depuis que les détails défectueux qui pouvaient eq dégrader la beauté intrinsèque ont disparu sous la conduite et par les réparations bien entendues du chevalier Fuga; de puis tnfin qu'une véritable basilique a pu se reuiontrer dans tout son éclat, celle de Saint-Fierre a perdu du sien, et son éclat a diminue. L'admiration' s'est partagée; bientôt eWeê est étendue sur les autres basiliques, qu9 l'odil désabusé des artistes ne vit plus telles qu'elles étaient, mais telles qu'elles deyraient, telles qu'elles pourraient être. On s*est moins révolté des irrégularités, des détails disparates de la basilique de Saint-Paul ; mais on y a considéré le plan le plus riche, le plus vaste, le plus approprié aux cérémonies de nos temples ; on y a admiré cette unité qui satisfait l'Ame et la laisse dans un repos parfait; cette variété qui réjouit l'œil et lui fait parcourir, sans presque changer de place, des tableaux diversifiés, quoique toujours les mêmes. On y a vu le plus bel accord qu'on puisse rencontrer entre toutes les dimensions requises pour nos usages; la richesse qui convient aux édifices sacrés, unie à la sage simplicité qu*ils exigent; les dégagements les plus heureux; 1 économie dans la construction et la solidité, jointes à la légèreté (638). » Voy. BA8U.1QVBS.
SAINT-MAXIMIN (Eglise de) (639], (Var) « Le premier objet qui frappe la vue du voya-
mère de Quincy, verb. Basilique, in finem.
(639) Cet article est la reproduction intégrale d*UM excellente Notice de M. Louis Kostan, publiée k Marseille eu 184t.
SAl
IkM
geuren approchant de Saint-Maximin, c'est la grande église autour de laquelle se pressent toutes les maisons «le cette petite ville.
« La fondation de cet édiûce se rattache à une ancienne légende, d'après laquelle sainte Marie-Madeleine^ lapécheresse deTEvangile, serait venue en Provence pour faire pénitence de sa vie passée, y serait morte après de longues années d'expiation , et aurait été ensevelie dans le lieu même où Ton voit aujourd'hui l'église de Saint- Maximin.
a Cette tradition généralement répandue en Provence, a été parmi .les écrivains anciens et modernes le sujet de nombreuses controverses; elle a trouvé de zélés partisans et n'a pas manqué non plus d'adversaires. Les uns lent chaudement défendue 16M) f les autres lont rejeiée complètement (641). 11 en est aussi qui ont voulu établir une distinction entre Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, et Marie-Madeleine la pécheresse de Galilée, qui assista à la mort du Christ. D'après ceux-ci, cette dernière serait morte àËphèseoù elle aurait accompagné la sainte Vierge, et l'empereur Léon le Philoso{>he aurait transféré ses reliques à Constantinople, tandis que Marie de Bethanie, qui répandit le nard aux pieds de Jésus-Christ, etquelesévangélistes nomment Marie et jamais Madeleine, serait celle qui serait venue dans les Gaules, et dont ou aurait trouvé le tombeau à Saint-Maximin|(642). D*autres encore pensent que lasainledontou honore les reliques en Provence, est tout simplementunereligieuseeassianite, nommée Madeleine, qui dans le yiu* siècle, à l'époque des Sarrazins, échappa au massacre^que ceux-
(640) De ce nombre sont : Bouche, Vindîeiœ fidei et frielaiii, etc.. Histoire de Provence; le P. Guesnay. De adventu Magdalenœ; une foule d*aociens chroniaueurg, entre autres le P. Gavoty, Vie de êaittU Madeleine; le P. Courtes, û<.; le P. Colombi, «<.,etc., tous trois Dominicains.
^ Le P. Pierre de Saint -Louis, canne, a composé aussi à ce sujet un curieux poème en douze livres {La Madeleine au désert de la Sainte-Baume ) ; c*est uu chef-d*œuvre de pieuse eitravagance; Tabus de la méuphore y est porté au dernier point. En s'a- . dressant aux cheveux de la sainte, U dit .^
0 fortunés cheveux, perruque bienheureuse Autant Gonime autrelois vous Ittles dangereuse. Ton poil au poids de l*or, malhenreuxAbsalon, M'a rien de comparable au poil de Madelon; Car en prenant le ciel, le dei lui Ciît tout prendre, El le tien ne te sert que pour te faire pendre.
Il apostrophe en ces termes les adorateurs des belles dames :
Idolâtres amants de charognes pompeuses Qu'enchaînent par leurs chants ces sy rênes trompeuses,
Venez ici mortels de qui l'Ame souillée
A besoin d'être en tout et lavée et mouillée ,
Faites une lestive auprès de ce tombeau
gui fournira la cendre et vos yeux toute Veau; lie sera sans doute aussi blanche que bonne Si la cootrilion la frotte et la savonne, Quand pour Dieu seulement et la nuit et le jour Vous la ferez couler au feu de sou amour.
Cet ouvraffe, composé p(uirtant avec la lui'j Heure foi du monde pnrut eu 1G0I, la niéuic auiicc que VAnaromaum \\fi Racine.
ci firent de ses compagnes, se réfugia aans la solitude, et s'y renaît célèbre par ses austérités et sa pénitence 1643).
« Quoi qu'il en solR, sans entrer oans des discussions historiques plus ou moins obscures , nous accepterons la tradition , telle qu'elle est généralement répandue en Provence, et telle que l'ont approuvée les bulles de plusieurs papes. Ce n est point un livre de polémique religieuse que nous voulons faire, mais tout simplement l'histoire et la monographie d'un monument ; qu'il nous suffise donc de connaître cette légende «'encore si profondément enraciné dans la foi provençale, malgré toute la versatilité des idées htmaaines. Gardons -nous bien d'en aflaiblir la puissance, car ce serait tarir la source des émotions de son cœur. Aussi, dans le doute, pourquoi ne nous déciderions-nous pas pour notre vieille croyance populaire? Quand une tradition constante environne un lieu d'hommages, quelque obscure qu'en soit l'origine, quelque facile qu'en soit la contradiction , on peut en être sûr, quelque chose de grand a passé par là. Au surplus, les légendes des saints ne sontelles pas la poésie du christianisme? Déshéritée de sa tradition, l'église de Saint-Haiimin ne perdrait -elle rien de la vénération qu'elle inspire ? et pour bien comprendre la signification du monument, ne laut-il pas remonter jusqu'à la légende oui fut son fondement, c'est-à-dire se pénétrer de l'espril des hommes qui l'ont élevé, s'inspirer de leur pensée, s'émouvoir, de leur enthousiasme?
« Selon cette tradition , après la mort de
Pétrarque (Description de la Sainte^Baume envers latins^ déaiée à Pierre de Cabassole^ éoéque de Ca^ vaillott).
On a voulu citer aussi un écrit dont Texistenee serait assez difllcile à justiflcr : une Histoire de sainte Madeleine écrite , dit-on , en hébreu par sainte Marcelle, servante de sainte Marthe, et traduite iMir Synthès, etc., etc.
(641) Les écrivains les plus redoutables à la tradition sont : Le docteur Launoy (Dissertation contre la Sorbonne, iAl)i Baillet ( Vie tfas Sai nU) ; Fleury (Œuvres posthumes) ; LenaindeTiliemont, etc., etc.; la plunart des historiens modernes.
(64z) Plusieurs saints Pères grecs, ainsi qu^un ffrand nombre d*écrivains mcriernes, parmi lesquds les auteurs de la Biographie universelle^ distinguent deux et même trois personnes dans la Mailâeine (les Missels et les Bréviaires sont de cette opinion), tandis que les Pères de TEglise latine les confondent en une seule, comme fait la tradition ei TEglise de Provence. (Voir la note 63i de la page 629.)
(643) De ce nombre Papon, Millin, M. le comte de Villeneuve, M. Fortuné Chaillan. Cette opinion se fonde sur des recherches faites à ce sujet a» XV* siècle par un habitant de Saint - Zacharie, roms peut difficilement se soutenir devant des moDameou historiques qui constatent que déjà la croyatioe provençale était en vigueur plusieurs siècles avant rëpoque où Ton fait remonter la pénitence de la sainte cassianiie. Ces monuments sont, pour n>n citer quedeui : 1* l'acte de donation que lit, en 513, saint Césaire, cvéque d*Arles, eu faveur du ukulistére f(uidé pur 6;i «œur ( P. Courtes, Vie de sainte
Mi
SAI
D*ESTHETIQ13E CHRETIENNE.
SAI
ftlS
Jésus-Christ et sa divine résurrection , les Juifs effrayés des progrès rapides que la foi nouvelle faisait dans Jérusalem , suscitèrent une terrible persécution dont le martjrre de saint Etienne fut pour ainsi dire le signal. Madeleine la pécheresse, dont la conversion avait fait tant de bruit dans la Judée , ne fut point ï Fabri de Forage ; jetée , un jour de tempête, dans une barque sans voiles, sans rames, sans aviron, avec le Lazare son frère, Marthe sa sœur, Marcelle leur servante , Sidoine,Maximin, les deux Marieset plusieurs antres, ils furent ainsi exposés aux horreurs d*QDe mort qui semblait devoir être certaine; mais la sainte nacelle, loin d'ôtre submergée par les flots, vit au contraire s'apaiser autour d'elle la fureur de l'élément, et protégée par la Providence dans sa longue et périlleuse navigation, vint aborder sur les cotes de Provence ; de là ces disciples fidèles se répandirent dans divers nays pour prêcher leur religion; Lazare et Madeleine* s'arrêtèrent à Marseille ; cette ville était à cette époque une des métropoles do la civilisation; de tous les points de l'empire romain on venait à ses écoles étudier la littérature et la philosophie. Madeleine s'y rendit céièbre par ses prédications , après y avoir lait de nombreuses conversions et de grands miracles, elle voulut se réfugier loin des regards du aïonde, en un lieu sauvage, au sein d une montagne recouverte d'une forêt mystérieuse et sombre, aujourd'hui connue sous le nom de Sainte-Baume , à cause de la grotte célèbre (6U) où elle termina sa vie dans la pratique de la plus austère pénitence. Sept fois par jour les anges venaient la visiter et relevaient au sommet de la montagne pour lui faire ouïr les accords célestes. A rapproche de ses derniers moments, ils la transportèrent à Villelale, lieu de retraite de Tévêque saint Maximin.qui plus tard donna son nom à la ville; déposée à l'endroit oit Fou voit aujourd'hui la colonne de uierre appelée Saint-Pilon (6tô), elle vint de là à pied recevoir les derniers sacrements des maios du saint disciple et mourut quelques jours après; son tombeau devint l'objet d'une pieuse vénération; saint Sidoine, sainte Marcelle et saint Maximin lui-même furent plus tard inhumés à ses côtés.
c Cette curieuse légende, en nous révélant Ja raison de l'édification de l'église de Saint-Maximin, nous donne en mAme temps l'explication de nombreux ouvrages d'art qui se trouvent dans ce monument.
c Nous ne prétendons point fixer par elle l'époque où le christianisme fut prêché en
Mmiiieine ) ; 2^ un ancien code contenant les actes des saiols luléladres de T Eglise de Toulon, qui fui écrit par Tordre et les soins de Désiré, évèque de Toulon, Tan 572 , qui tous deui en l'ont mention. ^09. Âlei. Noél, de Tordre des Prècheurs, Selectœ ^tor, eccl. capita^ 1. 11, dissert. ivi.
(644) Du provençal baoumUj grotte.
{^ Sur cette coloime est ligurée la Madeleine portée par lesangt^s. Un moine bénédictin parait à geiious devant la s:iinie d'un cêté, et de Tautre une i«ligi;.-uie bénédictine; Tun et Tautre sont aujour-
Provence, ni désigner les premiers apôtres do la nouvelle religion dans ce pays, mais toujours est-il que la vie de la Madeleine ainsi racontée est pleine de poésie et de grandeur; aussi les restes de cette sainte pénitente étaient-ils révérés par les fidèles, quand au yiir siècle, les moines qui veillaient à leur earde, jugèrent à propos de les cacher pour les soustraire à la profanation des. Sarrasins. Ces barbares avaient franchi les Pyrénées et s*avançaient en jetant Té-
f)ouvante sur leur passage; ils dévastaient es églises et livraient aux flammes les ossements des saints ; alors, à la faveur de la nuit, on crut devoir renfermer dans le sein de la terre les tombeaux que Ton possédait, et pour préserver encore plus les reliques de sainte Madeleine, on eut soin de les transporter de son sépulcre d'albAtre, dans celui de Sidoine qui était plus secret, où elles restèrent plusieurs siècles.
« Ce fut le comte de Provence , Charles II, dit le Boiteux, tils du belliqueux frère de saint Louis, Charles d'Anjou, qui en fit I4 découverte. Les chroniques nous apprennent à ce sujet de merveilleuses cnoses. Vers la fin de 1279, Charles, alors prince de Saierne, se trouvait à Aii, pendant que son père» combattait en Italie pour la succession du royaume de Naples ; s'étant pris d'une grande dévotion pour la mémoire de la Madeleine, celte sainte lui découvrit elle-mêuie l'endroit où son tombeau avait été caché : « Elle lui déclara, dit le Père Gavoty, que « c'était dans un champ voisin de 1 égnse « de Villelate, là même où se trouverait « une plante de fenouil toute verdoyante. » « Charles, plein de foi, se porta au lieu désigné, où voyant la plante verdoyante, quoique ce fût en hiver, il Ql creuser et découvrit le tombeau d*albAtre et trois autres tombeaux de marbre [&^^). Alors il eut soin de convoquer les archevêques de Narbonne, d'Arles, d'Aix, d*£mbrun, et les évêques d'Agde, de Magueloue et de Glaudèves pour procéder à l'ouverture des sépulcres, ce qui fut fait en leur présence le 9 décembre 1279. Bans un des tombeaux de marbre on trouva deux billets enfermés dans des bottes de liège, qui constatent la mutation qui eut lieu. L un d*eux portait ces mots latins : Hic requiescU corpus bealœ Mariœ Magdalenœ. Kt Tautre ceux-ci : Anno nativitalis Domini et dggxvi, mense Decembrif in nocte secretissima^ régnante Odoino piissimo^ Fran* corum regey tempore infestationis gentis perfidœ Sanacenoram^ translatum fuit hoe cor* pu$ charissimœ et venerandœ Mariœ Mayda^
d'hui mutilés, et sans le secours des anciens chroniqueurs, U serait assez diOicile d'assigner Tordre auquel appartenaient ces religieux. Ce monumenl, placé sur la route de Marseille, est fort aucien. Sa JiMise est niaintenaut clianceiautc! ; il serait à désirer qu'on la réparât.
(646) Ou prétend que le premier tombeau découvert fut ct^iui de saint Maxiiuin, ce qui détermina Charles 11 à donner ce nom à la ville appelée jus^ qu'alors Villelale,
SAl
MCTIONNAIRB
SAI
lenœf de êepulcro suo alabcatri in hoe marmorfumy ex metu dietœ gewtiê perfidœ Sarro" cenorum^ quia seeuriuê eêt hiCj ablato cor^ pore Sidonii (Wt).
« Il est à remarquer que les religieux de Vézelay, dans le diocèse d^Autun, croyaient aussi posséder les reliques de sainte Madeleine, puisque douze ans auparavant leur translation avait eu lieu avec beaucoup de pompe en présence du roi saint Louis. Cette tradition est expliquée par la tradition provençale de la manière suivante : Après la défaite des Sarrasins par Charles-Martel, ce grand homme offrant le choix d'un trésor au duc de Bourgogne pour l'avoir aidé dans la guerre contre Tes barbares, celui-ci aurait alors demandé pour toute récompense le corps de la sainte tutélaire de la Provence, qui lui fut accordé; se transportant donc à âaint-Maximin et là, faisant ouvrir le tombeau d'alb&tre, le duc de Bourgo^^ne aurait enlevé les reliques qu'il renfermait pour les déposer au monastère de Vézelay^ ne se doutant point que c'était les ossements de saint Sidoine qu'il emportait au lieu de ceux de sainte Madeleine, à cause de la mutation faite quinze ou vingt ans auparavant.
« Après sa découverte, le prince Charles écrivit au Pape pour lui rendre compte de cet événement ; le Saint-Siège approuva les reliques et en autorisa la translation en une
(647) On a révoqué en doute Tauthenticité de ces dorunients. Selon Papon, on n'était point encore à celte épooue dans Tusage, en Provence, de datei les actes publics de la naiivité de Notre-Seigneur, cependant il avoue que la plupart des historiens recotsnaissent la souveraineté passagère d*£udes,duc d'Aquitaine, sur la Provence en 716, et c'est précisément dans ce temps que les Sarrazins sortant d'Espagne firent leur irruption dans les pays voisins des Pyrénées, où Eudes eut à les combattre ; mais, objecte t-il, si c'est d'Eudes dont on a voulu parler, pourquoi le qualifler de roi, et surtout de roi de France, puisqu'en 716 c'était Ghilpéric qui ré-
Î;nait dans ce pays? Aussi Bouche soutient-il qu'au ieu de 71G, c'est 890 qu'il faut lire, cette année Correspondant au règne du roi Eudes, fils de Robert le Fort, et à la fameuse invasion des Sarrasins en Provence. Il voit dans la date de 716 une erreur de chiffres dont il accuse les secrétaires de Charles 11, qui furent les premiers copistes de ce manuscrit presque indéchiffrable. Il nous assure que de son temps, c*e8t-à-dire sous Louis XIV, cet écrit, soigneusement conservé à Saini-Maximin, était complètement illisible.
(648) Entre autres, par un manuscrit du xvi* siè- 'cle où on lit ce qui suit : Le roi n'ayant aucun es-
Cnr d'être délivré se serait recommandé à sainte adeleine, la veille de sa fête, c et advenant sur la minuit en dormant saincte Marie Magdelleine auroict éveillé le lit roy du sommeil et d^une très douti-e et aymable voix, par sa présence le consollant lui auroict dit : 0 roy dévot, qu'est ce que tu me demandes? ou que veux-tu de uioy que je fasse pour toy? I A quoi il répondit : c 0 très saincte et débonaire dame, estant moy debtenu cruellement eu ce croston de prizon, soulz rigoureuse garde, destitué de lout humain seeours d'en pouvoir estre délivré, en toy seule est ma confiance ; 6 ma très douice maîtresse, délyvre*moi ; car tautes choses te sont possibles envers Dieu, i Lhors fut par elle répondu : c Ton oraison est exaulcée ; dresse-toy vistement et me suys... i Et prenant le dit roy par la
chAsse d'argejit. La cérémonie de la translation eut lieu en 1281» le diuiancbe après TAscension, en présence de plusieurs prélats, des principaux gentilsbomines de Provence et du notaire Jaccpies Jourdan» qui en dressa un acte authentique.
« Sur ces entrefaites, arrivèrent les fameuses Vêpres siciliennes et l'intervention de Pierre d'Aragon, qui avait aussi ses prétentions à la couronne de Najples ; ce prince avait épousé la fillede Hainfroi, et Conradin jetant son gant du haut de féthafaud, Tavait désigné pour son héritier. Pierre accourut au secours des Siciliens révoltés ; le prince de Salerne qui, sans attendre les ordres de son père, se hasarda témérairement à livrer un combat naval aux troupes aragonaises, fut fait prisonnier Tan 128b et conduit dans les prisons de Barcelone, où il fut détenu pendant quatre ans. Dans cet intervalle, son père mourut à Naples. Les rois de France et d'Angleterre, de concert avec le Pape, négocièrent alors la délivrance du jeune prince, et l'histoire noiis dit au prix de quels sacrifices il lui fut permis de revoir ses Etats. Plus tard, Timagination provençale, Daisant bon marché des faits historiques, entoura cet événement de circonstances merveilleuses rapportées par d'anciennes chroniques (6tô).
« Quoi qu'il en soit, ce prince, qui avait
main« le fist sortir et délivra du croston des dictes prisons aveq ses serviteurs. Quoy faict et sur la minuit mêmes auroict demandé à la dite dame, où est-ce qu'ils estoient et s*ilz estoient point au nailaix de Barciilone? Mais la saincte dame lui dict : c Tu es près de Narbonne, à trois mille où repose le corps de sainct Pol Sergé , disnple de sainci Pol apôtre, i De manière que ce roy, asseuré de sa délivrance et des siens , se volant rendre certain sy la dite saincte estoict la Marie Magdeleine, il rauroict instamment requise si c'estoit elle, qui lui répondit que ouy... Lhors la saincte lui dit : c Je te donne cela en charge et te demande de croire et faire entendre aux évesaues et peuple chrétien que mon corps est à Yille>Late, que Saint-Maximin Ton appelle, et non en Bourgoigne; lequel tu trouveras à l'église du dit Sainct Maximin auprès du grand au* thel, acoustre dextre, en ung monument auprès duquel en même ârlise reposent les corps de sainct Maximin, Biaise Siflfredi et saiiictes Marcelle et Suzanne, et pour regard du corps de sainct Cédon, aveugle de nature ; lhors qu'on chassa les infidèles de Provence, a esté au lieu du mien transporté en Bourgoigne par Oddon, roy de France et Bourgoi» gne, cuidant avoir prins mon corps à mon monument ; mais afiin que tu soys rendu certain de ce faict, tu trouveras dessus mon monument une escorce d'arbre quy jamais ne porrira et en cesie es* corce tu trouveras ce que j a escrit sainct Maximin, smilz ces mots ; Requkscti hic corfnu beatœ Marùt Ma^dalenœ ; trouveras encore mes os destitués de chair, excepté à la partie de mon chef oà Notre- Seigneur Jésus-Christ me toucha, me disant après sa glorieuse résurrection : NoU me toMgere^ et de plus auprès de ma mâchoire senestre trouveras uae petite ampoulle de cristal où est de la terre mouillée de sang de Jésus-Christ, que j*ai recueilli an temps dp la passion, en mémoire de laquelle je la portais continuellement aveq moy, eu aussy treu* veras les cheveux de mon chef leduitz en cendre, excepté ceux quy ont touché les saincts pieds de ié» sus-Christ, lhors que pleiuant, de*mes iaraies les
SAI
DESTHETIQUE CHRETIENNE.
SAI
toujours conservé uoe grande dévolion pour saÎDte Madeleine, ne manqua pas d^ttribuer sa délivrance à son intervention, et en reconnaissance d'une faveur si grande, il fit ieier les fondements de la magnifique basiliaue de Saint-Maximin. Il voulut que cette ^lise fût desservie par les religieux de Tordre des Frères Prêcheurs ; le Pape Boriiface VIII, par sa bulle du G avril 1295 confirma leur établissement et ordonna que les moines Bénédictins, oui depuis plusieurs siècles y étaient établis, se retirassent à l*abbaje de Saint-Victor lès Marseille , dont ils étaient dépendants, moyennant l'abandon de quelques revenus.
« Charles, alors roi, dépensa des sommes immenses à la construction de ce monument, mais après lui les travaux ne furent pas toujours poursuivis avec la même activité'; les troubles et les guerres de îa Provence vinrent souvent en interrompre le cours , au point que, dans les premières années du xv* siècle, cet édifice inachevé menaçant ruine, le Pape Martin V, sur la demauda.de Louis HI, comte de Provence, permit aux^religieux de Saint-Maximin de prendre, pour les réparations les plus urgentes, mille florins d*or sur les legs pieux qui n'avaient aucune desti* nation certaine dans les trois provinces ecclésiastiques d'Aix, d'Arles et d'Embrun (649). Sixte IV et Benoit XIII donnèrent aussi, Tun trente mille ducats et Tautredeux mille florins (6S0). Antérieurement & ces Papes, Louis I, comte de Provence, avait laissé par son testament une rente annuelle et perpétuelle de cent livres pour la dotation 4*une chapelle dans notre église (651); Louis II avait aussi légué mille livres, recommandant qu*il fût dit à son intention quinze mille messes (652); mais toutes ces ressources étaient loin d'être suflisantes ; ce fût le roi René qui contribua tellement à la continuation de l'édifice, qu'il peut à juste titre en être considéré comme le second fondateur. Ce prince, dont la Provence a gardé de si touchants souvenirs, aimait passionnément les arts, aussi prit-il à tAche de réaliser la conception de son prédécesseur Charles II, en posant la dernière pierre à notre monument (653). Il lui laissa de plus, par une danse de son testament, six mille florins.
« C'est alors que Ton vit achever ce beau cantique de pierres élevé sur la tombe de la Madeleine, comme le splendide reliquaire
des saints ossements que l'on voulait honorer. La munificence et la piété des comtes de Provence en dota notre pays; mais sans doute aussi que toute la hiérarchie sociale dut contribuer è son édification, car dans ces siècles de foi et d'enthousiasme, la construction d'une église était une chose nationale , les habitants d'une ville entière y concouraient.
« Commencée par conséquent dans les.der* nières années du xui* siècle, cette époque d'inspiration religieuse qui vit produire les plus oelles cathédrales dans le système ogival, l'église de Saint-Maximin fut continuée pendant le cours du siècle suivant, et terminée seulement vers la fin du xv% au moment où l'architecture gothique élevait ses dernières assises, prête a céder la place au torrent de la renaissance. On mit donc près de deux cents ans à la bAtir, et cependant, en considérant la parfaite unité de son architecture, l'ensemble et l'harmonie de ses proportions, on la dirait faite d'un seul jet, on la croirait l'œuvre d'un jour.
« Chaque année, à l'époque de la semaine sainte, le bon roi René se rendait à Saint- Maximin pour demander au recueillement de la cathédrale de mystérieuses inspiratioàs (65<t). Il accorda de nombreux privilèges à cette ville, et y fonda, le 13 décembre 1M6, un collège royal pour l'enseignement public des arts libéraux, de la philosophie, de la théologie et du droitcanon (655); il en donna la direction aux frères prêcheurs,
?[u*il affectionnait beaucoup, et dont le prieur Sléazar Garnier était son confesseur. Enfin, il fit procéder en sa présence à une translation solennelle des reliques de sainte Madeleine, et, pour leur plus grande sûreté, fit ceindre de murs la ville de Saint-Maximin (656) ; car il est bon de remarquer que plus d'une fois, dans les siècles passés, ces reli-
Îues avaient excité la convoitise; déjà, en 357 (657), on avait été obligé de les trans- Eorter à la Sainte-Baume, dans la crainte des rigands qui ravageaient la Provence.
« Environ un siècle après, vers l'an 1W7, des Marseillais qui se tl*ouvaient à Saint- Maximin le jour de la fête de sainte Madeleine, résolurent de les enlever par force au moment de la procession et da les emporter à Marseille, ce qui certainement aurait eu lieu sans l'intervention des bourgeois et gentilshommes d'Arles qui, les armes à la
arrosant el de mes cheveux essuyant, j'obtins la rémission de mes péchés. Pareillement y trouveras uiiff sarment de vigne avec des feuilles vertes. Procédant de ma bouche toutes ces choses Dieu veuilt être découvertes et certifiées au peuple , et la dévotion être auffmenlée au lieu de sainct Maxtmin où mon corps Rist entre les fidelles Chrétiens. Et daul- Unt que l%lise est petite , et Toffice divin n'y est conveBableinent célébré, tu y feras édifier une église et couvent de frères prédicateurs en ma révérence d'avoir esté apôtre et les dotteras et magnifieras avec les antres et cavernes de la-Saincte Baume où j'ay faict ma péniience...! Et ce faict, ladite saincte Marie Magdelleine seroict disparue. > a consie cependant de divers monuments qui ne
laissent aucun doute à cet égard, que les relioaes avaient été trouvées en 1279, tandis que le roi Charles ne sortit des prisons de Barcelone qu*en 1288| c'est-à-dire neuf ans après.
(649) Miliin, Voyage dan$ le Midi.
(650) P. Guesnay et P. Columbi.
(651) Ruffi, Hiitoire des comte» de Prov.; Bouche, Biitoire de Provence,
(66Î) Bouche. „ .
(655) Bouche ; Ruffi ; MilUn ; P. Courtes ; M. de Villeneuve (Vie de René d'Anjou), etc., etc.
(654) Archivée de la ville de BarjoU.
(6fô) Tous les historiens déjà cités.
(656) P! Courtes, Vie de smnu Madeleim. (657^ Bouche, Uiêtoire de Prov.. t. IL
DfCTKINMAIRE!
SAI
main^'P^ryiitrent a décourner cet enlè?ement :' « De ({uoi, les consuls et habitants de « Saint-Maximiny dit Thistorien Bouche, fu- « rent si reconnaissants, qu'en mémoire de « cette action, comme toutes les années il « venait un capitaine de la ville d'Arles en « celle de Saint-Maiimin, le jour de la fête « de cette sainte, accompagné de beaucoup « de ses concitoyens, les consuls de Saint- « Maximin lui remettaient en main les clefs a de la ville et défrayaient toute la compa- « gnie, cérémonie qui a duré jusques à 1 an ce 1596, au temps de nos guerres civiles dans « ces provinces, v
« Plus tard, au mois de janvier 1505, des religieux italiens qui étaient au couvent de Saint-Maximin , eurent l'audace d'enlever
f>endant la nuit le masque d'or qui couvrait a face de sainte Madeleine et quelques reliques de cette sainte pour lés porter en Italie ; mais découverts et arrêtés, le parlement d'Aix les condamna à être pendus le 16 juin suivant (658).
« Sous François I" aussi, Charles-Quint, dans son excursion en Provence, ayant pris Saint-Maximin, voulait enlever les reliques de la Madeleine. « Je ne sais, si c'était par « dévotion envers cette grande amie de Dieu • ou pour en priver par envie la Provence, « dit encore Bouche, mais la prévoyance des « religieux ayant caché ces saintes reliques « dans le creux d'un puits, rendit tous les ef- « forts de l'empereur vains et inutiles (659). »
« Ce n'est pas tout, en plein xvu* siècle, Tan 1622, Louis XllI, après avoir visité Saint-Maximin, témoigna l'envie d'obtenir
auelques reliques de la célèbre pénitente, ont il venait d'honorer la mémoire; il en adressa la demande au parlement d'Aix, qui chargea aussitôt son premier président et quelques autres de ses membres d'aller prendre une portion du dépôt sacré pour satisfaire le désir royal. Le peuple de Saint- Maximin prit les armes pour s'opposer à l'enlèvement, les plus mutins furent décrétés de prise de corps. En même temps un conflit s'éleva entre les deux parties sou veraines ; la cour des comjptes prétendit avoir seule le droit de connaître de tout ce qui concernait les reliques de Saint-Maxiluin, et chargea quelques-uns de ses membres d'aller en faire l'inventaire. Instruit de cet arrêt, le parlement se hflta d'en rendre un autre par lequel de nouveaux commissaires furent nommés pour remplir la même mission (660). ,
« Les reliques des saints étaient alors considérées comme le plus précieux trésor; chaque époque a ses mœurs et ses idées ; mais le cœur des hommes ne change point,
ce sont de tous .es temps les mêmes passions, les mêmes faiblesses 1
« Description de F église, La façade de l'église de Saint-Maximm est loin de correspondre à la beauté de l'intérieur ; le portail de la grande nef n'a jamais été commencé ; ce n'était qu'à force de siècles que s'achevaient les grands édifices du moyen ige, parce qu'ils coûtaient des sommes immenses. On a voulu cependant expliquer cette nudité extérieure, cette absence de richesses efflorescentes que la main des artistes du temps réuandait avec tant de profusion à l'entrée des temples, par un statut de l'ordre de Saint-Dominique, qui aurait été la symbolique (raduction d'une idée facile à deviner. Mais cette explication est toute coi^ecturale, car il ne manque pas d'églises de prêcheurs avec façade ; elle est au surplus en contradiction avec un fait historié Sue qui constate que les religieux de Saint- [aximin eux-mêmes voulurent profiter de la visite du cardinal Mazarin pour lui demander de faire bfltir le portail, lui vantant beaucoup à cet effet la munificence des comtes de Provence à qui l'on devait le monument: « Si ces princes l'ont commencé, a leur répondit glacialement Mazarin, cher- « chez un fou qui le fasse finir (661). »
« Les façades des nefs latérales sont pourtant achevées, leur architecture, excessivement simple pour l'époaue, porte le cachet du XV* siècle ; elles sont cnacune percées d'une large fenêtre à lancettes ornée de trèfles et de quatre feuilles et coupées par un double meneau perpendiculaire. La porte placée au fond d'une suite d'arcs décroissants, qui simulent une perspective fuyante et se terminent en ogive, n'est point divisée par un jambage ; sur son tympan circulent quelques légères dentelures autour d'une petite niche vide. Mais la grande nef avec ses pierres rugueuses et inégales, qui semblent attendre encore la main de rouvrier, donne à l'église l'aspect d'une chapelle de village. Cette difformité cependant procure une agréable surprise, car en franchissant le seuil deTédince, on se trouve brusauement, sans préparation, en face d'une arcniteclnre granaiose et foudroyante qui saisit par la maiesté de l'ordonnance, par la hardiesse et rharmonie des proportions.
« Quoique terminée à une époque où le gothique (662) était en pleine décadence, vers la fin du xv* siècle, l'église de Saint- Maximin est néanmoins d'un goût sévère et pur, comme en général toutes les fondations de Dominicains. C'est un vaisseau d'une merveilleuse beauté d*ensemble, d'une grande simplicité d'exécution, d'une sou-
(658) Bouche, Histoire de Prov.y t. II.
(659) Id., ibid. Auionius Âreiia, poète provençal conleiiiporain.
(660) Augustin Fabre, Hist. de Prov., t. IV. (061) Miliin, Voyage dans le Midi.
(60^) Le mot gothique, dans le sens où on remploie généraleiDeiil, est parfaitement iuipr«>pre, mais
parfaitement consacré. Nous Tacceptons donc et nous Tadoptons comme tout le monde pour caractériser Tarchitecture de la seconde moiUédu moyen ftge, celle dont Togive est le principe, oui succéda à rarchiieoture de la première période dont le plein* cintre est le générateur. (Victor Hugo, Nctrê'Dams de Paris.)
SAl
D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.
S.Vl
plesse et d'une légèreté de^ formes vraiment admirables. « Il y a i)eu d'églises eo France, a dit H. Millin, qui présentent autant de c noblesse et d'élégance.» On ignore le nom des artistes qui furent chargés de la direction des travaui, mais on présume quMIs étaient Italiens, car le style en est le même gue celui des plus beaux temples construits en Italie dans le xiy* siècle.
c Ce ne serait point une étude inutile à (aire sous le point de vue historique, Je suivre la filiation de Tarcbitecture ; elle donnerait la mesure de la filiation des idées et de la civilisation en général. En tenant compte aussi de la part que chaque pays y aurait ajoutée, on aurait l'histoire entière de ce pays, car chaque province a pour ainsi dire un genre d'architecture à part, comme elle a une langue, un patois qui lui appartient en propre. Le gothique, qui semble devoir peu s'allier avec le soleil et les mœurs du Midi, s'harmonise pourtant bien ici avec les teintes lumineuses du ciel de Provence et l'imagination de ses habitants ; moins sombre et moins mélancolique que les églises du Nord, celle de Saint-Maximin offre un caractère particulier qui ne doit point être perdu de vue et qui trouve peutêtre son explication dans cette transmission de l'arclutecture septentrionale au moyen d'artistes italiens. Les ingénieux détails qui fourmillent de toute part dans les cathédrales gotbic^ues sont ici radicalement supprimés, les pierres n'en sont pas fouillées et ciselées ; ce n'est point un poème hiéroglyphique, une énigme éternellement proposée è l'intelligence, c'est une belle et simple page que l'esprit le moins exercé lit et comprend.
« Par une rare exception aux habitudes du moyen flge, notre basilique n'est point coupée par un iransepi^ c'est-à-dire qu'elle ne I dessine point une croix ; elle a dans oeuvre soixante-douze mètres de longueur, vingt-sept mètres de largeur non compris les chapelles dont la profondeur est de dix mètres ; la hauteur intérieure de la grande nef est de vingt-neuf mètres vingt-cinq centimètres. On entrant on est stupéiait par l'élévation et la hardiesse des voûtes ; seize piliers détachés et quatre engagés soutiennent les retombées des arcades ogivales qui .fuirtagent l'église en trois nefs, ces piliers s'élancent audacieusemeot du sol, détaillés en laisceaux d'élégantes et sveltes colonnettes. Leurs chapiteaux n'ont point de feuillage sculpté, point de festons, ^oint d'arabesques, (»oint de fantaisies sarrazines. Il n'y a pas de galerie non plus qui circule autour de la nef; tout y est simple, mais grande beau, harmonieux, poétique. Les nervures qui partent des piliers et forment les arêtes des voûtes, en se recourbant en ogive, rappellent par leurs flexibles ramifications les branches de nos forêts ; si, comme il est vrai, les labyrinthes des bois sont retracés dans l'église gothique» le type n'était
pas loin de Saint-Maximin : la mysiérioiise forêt de Sainte-Baume, où la Madeleine avait pleuré ses fautes, devait se retrouver dans le temple élevé pour sa glorification sur sa tombe ; il y avait corrélation parfaite. Les clefs de voûte auxquelles viennent se rattacher les nervures figurent le plus souvent un écusson où l'on distingue des signes de blason ; on v voit aussi les images de Charles II» fondateur de l'éj^ise» et de son épouse. Les murs et les piliers sont construits en pierres calcaires, et la voûte en Eetites pierres tendres taillées en forme de riques.
«L'intérieur de cette église a eu l'insigne bonheuir de ne point être badigeonné. Us sont rares de nos jours, les édifices religieux qu'un zèle malentendu n'est point venu souiller par ce genre de profanation. « Parmi « les belles églises des provinces riveraic nés du Rhône^ dit M. de Montalembort, « il n'y a suère que celle de Saint-Maxi- «( min, la plus célèbre de la Provence, qui « ait échappé jusqu'à présent à la brosse « dévastatrice (663). » Cette rouille austère
3ue le temps a répandue sur les murs prouit sur l'Ame une religieuse impression. II faut espérer aujourd'hui que l'énergique réprobation qui s'est maniiestée de toute part aura désormais rendu impossible toute entreprise de badigeonnage en grand ; mais ce qui est à redouter par-dessus tout, c'est le barbouillage en détail dont presque toutes les chapelles portent des traces ; ce sont aussi les grossiers replâtrages qui conservent apparentes les réparations exigées soit à la voûte, soit aux murs, et exécutées sans intelligence et sans art par des Vandales qui portent le nom de maçons ; nous ne saunons trop recommander sur ce point notre monument à la surveillance de l'administration.
« Il est à regretter que le pavé de l'église ne soit pas en narmonie avec le reste de l'édifice : les grandes dalles et les pierres tombales qui en couvraient le sol ont disparu depuis une vingtaine d'années pour faire place à un rustique carrelage difforme à la vue, et muet à l'Ame et au cœur. Les pavés tumulaires font partie intégrante de regllse gothique, et c'est en méconnaître l'uniteque de les supprimer.
« Le sanctuaire est de forme polygonale; il est éclairé par un double rang de fenêtres fort hautes, en forme de lancettes, surmontées de trèfles et de rosaces ; les fenêtres des nefs sont dans le même genre, toutes coupées par un seul meneau. Quelques ornements seulement en diffèrent, ce sont, au lieu de rosaces, des (quatre feuilles aux lobes plus ou moins aigus , entourées ou non de cœurs et de flammes allongés. Les fenêtres des nefs latérales ont conservé entre les contours des nervures des fragments de leurs anciennes verrières. Celles de la srande nef, uniquement garnies de froides vitres blanches, donnent trop de jour à Téglise, mai|
(663) Du vandalisme en France. — LeUre à Victor Hugo.
DfCTfO?l?l. D'ESTatTlQlK.
SAI
SAI
sont toutefois préférables aux ignobles virraux barbouillés de diverses couleurs réoemment placés aux fenêtres de l'abside , dont la reconstruction vient d'être néanmoins assez âdèlement exécutée.
« 11 serait à désirer que le gouvernement complétât son œuvre en rétablissant les verrières coloriées, puisque le secret de ce genre de peinture a été retrouvé (664).
a Le fond du sanctuaire est orné de belles
colonnes de port-or (665) dans le style corinthien» et de iriches incrustations en marbre qu'on aimerait mieux ne pas y voir; c'est un détestable anachronisme, comme on savait les faire au temps de Louis XIV, et dont tant de belles cathédrales portent les traces. Ces additions du xvir siècle contrarient singulièrement le plan primitif de l'église qu'on aurai4 dû s'appliquer à conserver; non-seulement leur ordre d'architecture est un contre-sens avec le reste de rédifice,mais encore placées de manière à envahir une partie du rang inférieur des fenêtres, elles diminuent l'effet que voulait ménager l'artiste. La pensée première, telle quelle est sortie du cerveau de Tarcbitecte, était de faire de Téglise de Saint-Maximin un édifice entièrement découpé à jour; la multiplicité et la prolongation des ouvertures le démontre; on semble en comprendre aujourd'hui la portée, puisqu'on rouvre en ce moment les fenêtres des absides des petites •nefs qui depuis longtemps étaient murées; il faudrait aussi que les autels des chapelles latérales fussent replacés dans le sens primitif, afln de pouvoir encore ouvrir les grandes fenêtres qui les éclairaient jadis ; qu'on imagine alors l'effet magique qu'offri- Tait la vue de ce monument ainsi rétabli dans son originalité primitive, en ayant soin d'y ajouter, bien entendu, de beaux vitraux -coloriés, de manière à arrêter les rayons trop vifs du jour, et à n'avoir qu'une mystérieuse clarté, bien en rapport avec la sainteté du lieu. Néanmoins, dans l'état actuel, ce sanctuaire présente un aspect incompaparabte dans son genre, on le dirait de verre suivant la pittoresque expression d'une ancieiiiie inscription de l'église.
« 11 y a audessus des marbreries d'assez bons tableaux relatifs à l'histoire de la Madeleine , et des groupes d'anges en plâtre doré qui composent ce qu'on appelle la gloire; la plupart de ces personnages sont mutilés et demandent une réparation. Les murailles
(664) Nous avons souvent entendu dire à bien des ^rsonnes, estimables d*ailleurs, qu*il faudrait aux leuélres de réglise des ridt^aux rouges pour diminuer le jour. Ce serait vraiment là la chose du ' moude la plus barbare en matière d*art. Comment peut-il y avoir des (ens qui ne comprennent pas que suspendre de miseraDles lambeaux d'étoffe dans les nefs et puis leur adjoindre de longues cordes pour tes tirer à volonté, c*est détruire tout l'effet de rarebitecture, c'est aimibiler la perspective, c'est Iranslormer notre belle et sainte église en un vaste magasin de tentures? C'est la dépouiller de son ca-: ractére religieux, de sa majesté, de sa poésie; car
du rond-poinl sont revêtues d'une scaiole oui Qgure des compartiments de marbre de différentes couleurs. On y lit le nom de l'auteur :
(JoANN. Ant. Lombard fecit. 1681.) ^ « Ces murs sont ornés de bas-reliefs, dont l'un en marbre représente sainte Madeleine transportée par les anges sur la montagne : un de ces anges joue du violon, un autre de la lyre. L'expression de la sainte a quelque chose d'ineffable; elle parait livrée aux saints ravissements de l'extase et aux douces harmonies du ciel.
« Au-dessous on lit cotte inscription relative à l'invention des reliques par Charles II :
Régnante sereni"^^ d. d. utriiaq. Sieilim rege et comité Provinciœ Carolo /, SiicroHi" siiHum D. M, Magdalenœ corpus Y* idu$ de* aembris an 1279, ab excell^'» principe Sor lerni Carolo eju$ primogenito divino »ptrante Pneumate (sic) eiq; aemel etiterum êacratissiina pœnitente révélante^ prœsentibus Narbonensi^ Arelat.yEbredun. etAquen.
archiepiscopis ; spectantibus Magahnemi^ Agathensi et Glandensi episcopis, in kae basilica intentum fuit, cujus ut sanctitali et majestati consulereturt successu temporis nonis videlicet maii an» 1281^ seorpcnetificum et decem abbatum convocato sinodo (sic) nempe Grimerii, Aquensis arek. f Raymundi Aptensis , Pétri SistarieeneiSj Raymundi Carpentoratensis^BertrandifO' rojuliensis et Guilielmi Venciencis episcù* porum: Hyvonis ClunicLcencis y AstorgU Sancti-^gidii 9 Pontii Aqaœ-Bellœ^ Berirandi Siivœcanensis , Guilielmi Franearum-Va/Zt'um, Arnaudi Vallis-Magnœf Alphonsi Thoronetif Gulielmi Sinamquœ (sic), Bemardi Silvœ-Regalis et Joanms YaUis- Regalis abbatum , eorumdum omnium mt- Histerio solemnis"^ ritu et pompa in cttpsaargentea^ in majori ipsiusecctesiœaltwr fuit repositum^ ejusque caput in aurea theca variis gemmis pretiosisq. eireumêrnata lapidibus , nonis maii anni 1283, reconditum adperpetuamreimemoriam.
« L'autre bas-relief qui figure la commanion de la Madeleine est en terre cuite. Cette composition, d'une onction et d'une délicatesse de touche remarquable, e^t ielte
tout doit être essentiellement grave et solennel dans l'église gotbique. Et les ornements découpés des fenêtres, tout minutieux qu'ils sont, ne renfenneniils pas un sens profond, une idée symbolique Tardent-ils pas Parcbéologue k reconnaitre Tige du Monument, les idées humanitaires deTépoque! Pourquoi donc ne pas les laisser k découvert?
(665) Les belles colonnes de port-or d'un noir et d'un jaune fort vif qui parent ie maître -aulel <le Saint-Maximin, ont été tirées du terroir d'OUiéres, prés de Termitage de Saint-Hilaire. (Papon, Vofifi en Ptov,^ t. i, p. 8i.)
SAI
D'ESTHETIQUE CIIRETIENNE.
SAI
seule ioui un petit çoème plein de sentiment ; la pose de la sainte pénitente est sn- Uime d'humiliation, et le groupe d'anges suspendu dans Tespace y rayonne d'une grâce céleste.
€ Au bas se trouve cette autre inscription qui fait foi de la translation des reliques en présence de Louis XIV :
Noverint universi (am prœsentes qvuwi futurit Chrisr''* Galliœrege Ludovico magno XI Y^ belli paeUque aroitroj annuente et êptctantt^ una cum êtren^»^ regina maire 6. AsMka auêtriacaac eceell^'* principe Philipo BorboniOy germano unico^ magna prineipum, ducumatque nobilium comitanie caierva^ sacroê iU^^ pcmitenlis Magdalenœ reliquias ex urna plumbea in porphyrttieam pretiosam aham fer summum pont. Urbanun yiii sùlemni ritu Romœ 6enedictam^per excels^^ daminicum de Mafinis , arch. Avenionens, ex ordine prœdicatorum assumptum ac dictœ umœ largitorem munificum^ priore ac cœteris re/t* ^iosis hujusce regiœ dom, assistentibus^ npsius regiœ majestalis jussu et applausu fuisse nonis febr. an. 1660 , solemniter translatas. Cujus rei qratia prœfati ccmobitœ altare lateritium tnmarmoreum variis figuriê deauratis summis expensis^ magna que cura et artificio eleboratii arnatum; oc umam porphyretieam decoratu immu iantnij ut lateritiam peccatricem ^uam ad pedes Domini plurimi viderant, tn pcmi'teniem et porphyretieam mutatam universi vidèrent^ ac admirarent ; xiy** id. ap. an. 1683. Funde ergo lacrimas pcBnitentiœt quisquis sisy pcmitentis exemplo^ et teto^ $um senties tn bonum immaculatum atque iranslatumy lœtusque ac illa audies : Vade m paee.
€ On distingue aussi sur un médaillon le dessin de la Sainte-Baume, telle qu'elle était avant la dévastation de 1793, c'est-à-dire avec son hôtellerie et son couvent.
« Le mattre-autel est de marbre jaspé, enrichi de figures et de médaillons de bronze : il date de 1683. A cette époque les Domini* cains voulurent remplacer l'autel primitif, qui était de briques , par celui-ci qui coûta quatre ans de travail et vingt-deux mille livres (666). 11 est surmonté d'une très-belle orne de porphyre , sur le couvercle de laquelle on voit l'image de la Madeleine en bronze doré. Cette urne est supportée par deux chiens aussi de bronze tenant un flam-
i666) Archises de la mlU de Samt 'Maximin. è67) Père Çavoty, HisL de sainu Magdeleine. (668) Les lettres-patentes du roi et les procès verbaux sont rapportés en entier par plusieurs his- CorîcDs, entre autres par fiouche, Bût. de Prov.f U U, p. 1054 et 1035.
(66tf) Les sujets du cété droit en entrant sont : S. Uouilnique,
S.àotODin,arcliev.deFlo- S. Pierre Gonzalés, renée, Albert le Grand,
S. Vincent Ferrier,.
& Raymond de Fennàforty Ste Rosalie de Lima, SteCatherinedeCasteik),
beau; c*est Temblème de saint Dominique : lumière et fidélité. L'inscription que nous Tenons de transcrire nous donne , en quelques mots, rhistoire de cette urne : elle fût un présent de Tarchevôque d'Avignon, Dominique de Marinis; le Pape Urbain Vlll la bénit à Rome en 1634, et une partie des reli- Sues de la Madeleine y fut transportée le février 1660, en présence de Louis XIV, d'Anne d'Autriche, sa mère, de Philippe de Bourbon et d'un nombreux cortège de princes et de seigneurs.
« La cour de Louis XIY se trouva réunie à Saint-Maximin, elle y arriva le k février à l'entrée de la nuit ; « Le roi fut reçu et ha- « rangué à la porte de l'église par le prieur « du couvent, revêtu des plus riches orne- « ments et accompagné de soixante reli- « gieux tenant chacun en leurs mains un. <c flambeau, et après que ledit prieur eut « présenté l'eau bénite et donne la croix à « baiser au roi et à la reine sa mère. Leurs « H^estés furent conduites piocessionnelle- « ment dans l'église et éclairées de quantité « de flambeaux jusqu'au maltre-autel (667). » Le lendemain, le roi et la reine allèrent visiter la Sainte-Baume et revinrent pour la cérémonie de la translation, à laquelle procéda, en leur présence, Tarchevèque d'Avignon, au milieu d'un immense concours de peuple. La vieille chAsse de Charles H fut ouverte; les ossements qu'elle contenait furent renfermés dans le vase de porphyre destiné à cette fin, conjointement avec les procès-verbaux que dressèrent à cette occasion l'archevêque d'Avignon et les secrétaires de Louis XIV (668), ainsi que tous les écrits qui se trouvaient dans l'ancienne chAsse; cela fait, on ferma l'urne, on en donna les clefs au roi qui les fit briser en sa présence, voulant qu'elle ne s'ouvrit que par son ordre ; mais en 1793 on tenait peu de compte des ordres des rois ; aussi, l'urne ne manqua pas d'être ouverte et les objets qu'elle contenait d'être livrés aux flammes.
« Le chœur est vaste et bien proportionné ; pavé en marbre comme le sanctuaire, ilren- Terme quatre-vingt-quatorze stalles et porte le millésime de 1692 ; ses boiseries sont dignes de fixer au plus haut degré l'attention par le fini du travail et la délicatesse des sculptures ; elles sont ornées de vingt-deux médaillons relatifs à l'histoire de Tordre de Saint -Dominique, de l'exécution la plus franche et la plus correcte (669). Cette menuiserie est grave, solennelle, architecturale, brune de ton, riche de détails ; le de--
Côté gauche :
S. Pierre, martyr. Le bienheureux Marcelin,
S. Thomag d^Aquin, Ste Catherine de Sienne, S. Hyacinthe, Ste Agnès de Mont«iPiil-
S. Louis Bertrand, ciano,
S. Ainhrolse de Sienne, Sie Marguerite de Savoie. S. Pie V;
Les Biéitaillons supérieurs : traits de la vie de saint Dboiinique.
(Note communiquée par M. le curé de Satm-Jf aaf> min.)
SAl
SAl
ose
vant en eât ferme par ane grille en fer avec force enronlemeifts dans le goût de Tépo-
2ue. La porte est snnnontée d'un beau lirist et ae deux anges assis à côté dans «ine pose pàrfaMe^ de grandes colonnes cannelées, dans le style oorinibien, en décorent rentrée ; c^est là un flagrant désaccord avec l'architecture de )*édifice; mais comme en résumé) la beauté de la sculpture fait de ce chœur une des choses les .plus remarquables de notre église; nous l'aC'Ceptons sans nous plaindre.
« On ne sait pas s'il a jamais existé un jubé. Les architectes gothiques étaient pourtant dans l'usage général de jeter à l'entrée du chœur ces barrières de pierres» si richement découpées, pour déroner aux yeux du peuple les mystères dusanduaire et Ajouter encore à l'effet de la perspective ; mais dans l'église de Saint-Maximin» il n'y en a ni trace, ni souvenir.
«i Un autre ouvrage de sculpture sur bols bien en rapport avec la majesté du monument, c'est la chaire; grand et beau travail dû au ciseau d'un humble religieux, le frère Louis, qui la termina en 1756. Les sept médaillons dont elle est ornée Ggurent tous des sujets puisés dans la vie de la Madeleine. Le groupe au-dessus de l'abat-voix est d'un effet grandiose : il représente l'apothéose de cette sainte; au-dessous des médaillons sont les emblèmes des quatre évangélistes et une pomme de cèdre du Liban.
« Le dernier objet qui fixe l'attention dans la grande nef, c'est l'orgue : ce gigantesaue instrument avec son double buffet, ses îbrmidables batteries de tuyaux, se trouve placé au-dessus de la grande porte sur d'ignobles colonnes d'ordre ionigue en plAire blanc, brutal anachronisme qui jure avec le reste de l'édifice. et suffit pour donner une idée du bon goût du siècle de Louis XV auquel appartient cette construction ; quant à 1 instrument en lui-même, sorti des ateliers du fiicteur Isnard peu d'années avant la révolution, riche de quatre claviers, de quarante-neuf registres, d'un clavier de pédales d'une octave et demie, et d'un bourdon de trente-deux pieds, il est le plus puissant et le plus complet de tous ceux du Midi.
« Au-dessops de la tribune de l'orgue,
{)rès de la porte, on lit cette inscription reative à la consécration de l'église :
D. 0. Jf,
Anno reparatœ saluiis mdgclxxvi , die xix êepiembris, regiam hanc basilicam^ subinvocationeS, Magdalenœy solemni ritu conse^ cravii iliusL ac rêver inx' pater d. d. Jaeoh franc. Thomas d'Astemn ord. prœd.<, episcopus Nieensis hujus regii conventm iuumnus,
« Dans la nef du sua ou ou rosaire, la première chose à remarquer c'est aussi une inscription en caractères gothiques qui ré-
sume en quatre distiques l'histoire de l'église * la voici :
1279. CaroUu atlrifero nobii dendmu oigmpo
FlmgererexU tecta TonmUsape.
1480. AniUgaKmspaiU)rriûêUi$Benatusmomt
Hoc timul mceeptum ccnlùmaml ofms.
1515. Franciêcus^ mblime dectu, radiantiu pergil,
Templa quidem, cujm nomen ad astra ro/itf. 1519. Qutnpe Benatus ovans cUtra de ttirpe SubanduSf
aa$ œdes vitreM mmc nUiUmUr agît.
« Le dernier René dont il s'agit c'est le bAtard de Savoie, grand sénéchal et gouverneur de Provence sous François 1". Nous voyons par là que quatre princes, Charles II, René d'Anjou, François I*' et René de Savoie, contribuèrent à l'édification et Tetubellissement de notre église.
« Au-dessus de cette inscription est un tableau représentant Tobie, son fils et l'ange. Cet ouvrage, dû au pinceau d'un jeune artiste de Saint-Maximin, M. Bertrand, parut au salon de 1829. Il a élé donné par l'auteur, dont il peut être considéré comme l'heureux début.
« En général, l'église de Saint-Maximin n'est pas très- riche en tableaux: nous citerons cependant dans cette nef celui de sainte Anne, sur un autel adossé au chœur, peint par un habile coloriste, Michel Serre, catalan de nation, mais justement considéré comme peintre français, parce qu'il vint se fixer À Marseille et y mourut Tan 1733. Ce tableau, très-incorrectement dessiné, est plein de vie et d'une grande vigueur de pinceau, la teinte en est chaude et accentuée; il y a aussi quelque chose qui se ressent de l'origine espagnole de l'artiste dans la beauté matérielle du visage de la sainte et dans le réalisme de ses formes.
« Une autre toile non moins dii^ne d*ai* tentionetqui se fait remarquer par des ({uv lités opposées, c'est celle de saint Dominique, dans la chapelle de ce nom. Le dessin est d'une irréprochable pureté, la com^sition bonne, la lumière parfaitement distribuée, tout y est calme, gracieux, bien ordonné; la tête d'un des chérubins est d'une beauté vraiment idéale. On ignore le nom du peintre à qui est dû ce tableau, mais à coup sûr il appartient à l'école française.
ff Suivant 1 usage établi dans presque toutes les grandes églises à ogives, une suite de chapelles règne à l'eniour des nefs, et chacune de ces chapelles correspond à une travée. Les nefs latérales, au lieu de tourner autour du chœur, s'arrêtent à ses côtés et se terminent en absides.
« L'autel du Rosaire, placé en face de la nef, se trouvait anciennement dans Téglise des Cafiuoins ; le devant en est remarquable; il y a été récemment adapté par les soins de M. le curé, qui l'a tiré de la |K>ussière où 11 çisait depuis longues années. C'est un curieux morceau de sculpture sur bois doré du xvi* siècle; quatre sujets y sont représentés : le départ de la Madeleine; Je- i sus-Christ ap^iaraissant à la Madeleine sou»
SÂl
DTSTHETIQUE CHRETIENNE.
SAl
esè
la forme de jardinier; au bas de la tumque du Christ* on Ht ces mots avec celte orlbo-
Srapbe : Jeêts talbator numdi fserbom^ Maeleine chez Simon le pharisien et Jésus- Christ prêchant à la Madeleine. Ce basrelief est Pouvroge d*un artiste de Saint- Maxirnin, comme rindicme rinscri)ption qu*on y trouve : Johannes Begini hi^jus civitalis fecil. 1536.
« Autrefois le Rosaire servait d!é^ise paroissiale, tandis ^ue l'usage da chœur appartenait exclusivement aux re1igieu)i;.
c*6st ce qui donna lieu, peu d'années avant la révolution, à un singulier procès entre Tarchevèque d'Aix et les Dominicains: Tarchevèque prétendait avoir le droit d'entrer dans le chœur sans la permission du prieur du couvent, parce que Téglise de Saint - Maximio se trouvait sous sa juridiction; le
[trieur lui déniait ce droit, distinguant dans 'église deux p^^ties, l'une soumise à la juridiction séculière, Tautre exclusivement monacale, et par conséquent ne relevant de lui en aucune manière ; la question fut portée devant le parlement de Provence qui donna gain de cause aux Dominicains.
« La nef du nord, ou du Corpus Dominif renferme plusieurs objets dignes d'attention.
« La cha|)elle de Sainte-Madeleine qui s'y trouve» facile à reconnaître à cause des nombreux eos-voto qui: couvrent ses murs, dat sa fondation dans le xv* siècle à un vœu de Jean le Maingre, maréchal de Bou* cicauh, dont la vaillance servit si bien le roi Charles Y et son ûls Charles VL II fit construire à ses frais deux chapelles, l'une dans l'église supérieure, l'autre dans i'é* glise souterraine de Saint -Maximin; cestravaux lui coûtèrent onze cent cinquante florins d'or (670). L'autel actuel, d'une belle menuiserie, u'a guère plus de soixante ans de date ; on y voit une mauvaise copie de la Madeleine de Lebrun dont on admire loriginal au Louvre, et qu*on dit être le portrait de La Vallière.
« Celle qui la précède immédiatement est sous le vocable de saint Louis, évéque de Toulouse, fils de Charles 11, fondateur de l'église . Ce saint prélat étant mort et avant été canonisé pendant la construction du monument, Robert son frère, alors comte de Provence, ordonna, en 1337, que la première chapelle achevée dans 1 église de Saint-Maximin lui fût dédiée. 11 écrivit à ce sujet au prieur du couvent (671). Ses ordres ne manquèrent point d'être exécutés ; mais Vautel qu'on y voit aujourd'hui est moderne et n'offre rien de remarquable.
« La chapelle de Saint-Eloi possède ua élégant autel portant le millésime de 1661.
< Celle de Saint^Jean, qui vient après» est ornée d'antij^ues et belles peintures sur bois; ces peintures, pleines d'intérêt pour ceux qui aiment à suivre le progrès des arts k fépoque de leur renaissance, renfermnt les qualités et les défauts des œuvres
du temps. Divers sujets y sont représentés, tous divisés en compartiments : Jésus-Christ apparaissant k la Madeleine sous la forme de jardinier, la décollation de saint Jean- Baptiste, sainte Marthe domptant la Tarasque, saint Thomas avec l'inscription gothioue : Bene tcripsiêti de me, Joma ; sur un méoaillnn sépare on distingue un missionnaire prêchant à des sauvages ; on voit aussi do g4*andeur naturelle saint Thomas d'Aquin,. saint Sébastien, saint Antoine et saint Laurent tenant un livre ouvert sur lequel ces mots en gothique : . In craticula te Dominum^ non negavU te D. J. C confessus sum; et audessus, à l'extrémité du tableau qui se recourbe en forme d'auvent, la sainte Vierge, Jésus-Christ sur la croix, saint Jean écrivant l'Apocalyse et l'Annonciation avec cette inscription : Ecce ancilla Dominiy fiai mihi seeundum Yerbum. Cet autel a conservé toute sa physionomie gothique; il est le seul qui, è notre grande satisfaction,, soit encore placé dans le sens primitif, c'est-àdire qu'il fait face à l'entrée de l'église.
« L'autel enfin qui mérite Le plus d'être observé c'est celui du Corput Dominù placé au fond et en face de la nef; il est aussi dé-^ coré de vieilles peintures suc bois trèsappréciées par les amateurs. Ces peintures, datent de 1520. On y voit un beau Christ eu. croix entouré de 16 médaillons figurant les diverses scènes de la Passion. Les personnages sont revêtus d'ajustements singuliers, comme on en prêtait dans le moyen fige aux Juifs ou Orientaux dont on ne connaissait pas le costume ; malgré la raideur du dessin et l'accent primitif du trait, on y reconnaît le cachet d un maître ; le mérite de la composition est immense pour la finesse des têtes et le précieux des détails, les fonds des médaillons forment des paysages riants et viariés dans lesquels l'on distingue le palais d'Avignon, le colysée et plusieurs monuments romains, ce qui ne nous empêche pas. d'attribuer sans crainte cet ouvraçe & l'école flamande; car il ne manquait pas, à cette époque, de peintres flamands qui quittaient leur pays pour aller s'inspirer soua le ciel de ritalie et eu rapporter des souvenirs. Sur les côtés de l'autel sont quelques têtes isolées pleines d'expression et de vérité. Le devant est aussi orné d'une belle Eeinture représentant la descente au tomeau; les têtes des saintes femmes et des disciples y ont cette expression pathétique et douloureuse dont les artistes gothiques possédaient si bien le secret. Un chartreux assiste à ce mélancolique spectacle et ne paraît pas du tout étonné de se tr^ouver en pareille compagnie; au-dessous on lit ^n caractères gothiques:.
MsssiaB Jacqlks de Beaumb,