SAR
DICTUhNNAIRE.
SGU
)es avec intelligence et fidélité. Conservonsles dans leur yérité historique, en supprimant les décorations parasites qui les deshonorent, et en nous conformant en tout à la pensée de Fartiste du moyen Age» au stvle et au caractère du monument. Que ces belles pages de l'architecture ne soient point déti-
5 urées à plaisir par la brutale imagination es architectes de département qui, pour la plupart, peuvent être d'excellents maçons, ou d'habiles tailleurs de pierres, mais qui souvent n'entendent rien aux choses d'art. Epargnons-nous les reproches de l'avenir; l'art est une chose sainte dont il faut avant tout écarter les profanes f
j( Mais ce n est pas le seul point de vue artistique, c'est aussi l'orgueil national qui doit nous faire vénérer ces grandes œuvres des siècles passés, car elles sont les boulevards de notre histoire ; c'est aussi le sentiment religieux, car, nous ne craignons pas de le dire, tous ces accessoires si négligés des églises gothic[ues importent plus 3u'on ne le pense vulgairement aux intérêts e la religion. Ils ne représentent pas seulement une idée, une époque, une croyance éteinte ; ils sont encore les symboles de ce
3u'il y a de plus sacré et de plus vivace ans la foi catholique. « Pour bien prier, dit « H, de Montalembert, il nous faut uos vieil- « Jes églises, telles que la piété si féconde ff et si ingénieuse de nos aïeux les a con- « çues et créées, avec tout leur symbolisme c inépuisable et leur cortège d'inspirations « célestes, cachées sous un vêtement de «( pierre (676).
« C'est pourquoi, effacer sur nos monuments religieux et historiques les injures du temps et des hommes, n est-ce pas là une noble tAche, une œuvre sublime? C'est celle qui est départie à notre époque ; rendonsnous dignes de notre mission; que cette protection éclairée que nous devons aux arts soit pour nous un titre de gloire devant la postérité!... »
SAINTS (Les). Voy, Caractères, Contrastes^ Ttpes.
SAMEDI SAINT. Analyse du chant de Toffice de ce jour. Voy. Modes ecclésiastiques.
SAPHIR (Le). Couleur symboliaue. \oy.
COULEI3R8.
SARDE (La). Couleur symbolique. Foy,
CoiltEUES.
SARDOINE (La). Couleur symbolique.
Foy. Couleurs.
SAXE (Tombeau du maréchal de).. ?oy.
Strasbourg.
SCHDTZ ( Henri ) , dit Sagittamids.
Compositeur allemand, né en 1585. Voy.
Musique.
SCULPTURE. D'après les considérations auxquelles nous nous sommes livré , soit dans notre dissertation préliminaire, soit au mot Peinture, et qu'il serait, par conséquent oiseux de reproduire ici, nous estimons que la sculpture ne doit pas plus son origine au hasard ou à quelques timides essais, que les autres arts libéraux. Ab Jove principium^ sera toujours notre devise sur ce pomt comme sur tout le reste. Et ne voyons-nous pas, en effet, la sculpture briller d'un grand éclat chez les peuples les flus anciennement connus, tels que les uiTs (677) , les Assyriens (678) , les Iduméens (679), les Egyptiens (680) et mime les Indiens (681) , bien avant les' essais informes qui en lurent faits beaucoup plus tard chez d'autres nations ? Ne savons-nous pas que le même peuple peut passer successivement de la civilisation à la barbarie, et de la barbarie à la civilisation? Cela s'est vu plus d'une fois, et les révolutions, qui bouleversent de temps à autre les plus grands empires, sont un terrible argument contre Je système aussi absurde qu*impie du progrès indéfini, tels aue Tentendent, en haine de Dieu et de la révélation divine, les rationalistes et les humanitaires de nos jours.
« L'architecture et la sculpture étaient dans l'origine des actes divins: les premiers édifices furent des temples; les premières statues furent des dieux. L'art fut soumis au culte, et par conséquent à la tradition.
« Les premières statues tirent de bois ou d'argile (682). On taille le bois, on pétrit l'argile en se jouant, et Ton s*étonue d'avoir ébauché une statue. On veut mienx faire, on fait mieux ; on approche de la nature; on l'atteint, on la dépasse: l'art est fait (683).
a Si la plastique ou l'art de modeler Tarile a des exigences particulières , la fragiité de la matière rendra le sculpteur timide : il s'efforcera autant que possible de ramasser sa statue en un seul morgeau ; il craindra de séparer le bras du corps , d'où-
(676) Du vandaliime en France. (Remte dee Deux^ Mondée^ 1855.)
(677) Par exemple, dan$ la coostruction du temple de Salomou et dans la partie décorative de ce célèbre édifice.
. (678) Dans Inurs temples ei dans leurs palais.
(679) Dans les colonnes et les galeries aériennes qu'ils avaient sculptées sur les flancs des montagnes. ( Yoy. Abcuitegti^rb.)
(680) Sur leurs obélisques, leurs pylénes, comme dans leurs temples, dans leurs palais souteirains.
(68i) Dans les grottes merveilleuses d'EUora et d*Eléplianlis. Nous pourrions citer plusieurs autres exemples de ce genre que nous fournit Tantiquitc la
plus reculée.
(68i) Dans la Grè<^, c^est possible; mais ailleurs, qa^cn savez-vous ? Parmi les statues qui nous restent» celles qui ont disparu en si grand nombre, et qui proviennent d'une époque beaucoup plus ancienne que les premiers temps de la Grèce, il v en a en pierre et en métaui de diverses qualités. L histoire, d'ailleurs, en fait une mention trop claire, trop eiplicite, p(»ur qu'il puisse rester le moindre doute a cet qs^rd. ( Soie de rauuur.) Voy. Sta-
TUAIBE.
(685) Nous maintenons toutes nos réserves touchant cette manière par trop absolue d'exposer la marche de Fart.
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D ESTHETIQUE CHRETIENNE.
SGI]
f rir les jambes, oe laisser flotter la drape* rie. La moindre chose détruirait son ouvrage.
€ Latoreutique, ou scvlptare sur bois, est
tltts hardie; la statue peut ouvrir les James, écarter les bras; elle peut se pencher en avant et en arrière, au mépris même des lois de i^équilibre. Le bois est si léger qa'un crampon de fer suffira toujours à fixer' une statue dans les poses les plus hardies.
« Le plus haut degré de la plastique fut la sculpture de bronze et de marbre. La sculpture sur bois aboutit à la statuaire chryséléphantine. On s'avisa de faire des statues de bois, doot le visage et les mains étaient de marbre ou d'ivoire ; on dora les draperies, puis on les fit en or (684). v
il était réservé à l'art chrétien d'élever la sculpture è sa plus haute expression , et de iui^ donner le plus çrand développement qu'elle eût jamais atteint, dans ces admirables églises sur lesquelles elle a jeté comme un immense voile de broderies aussi t^elles pour le fini de l'exécution que pour les motifs de la composition. Parlons d'abord des églises romanes. On est émerveillé devant un portail tel que, par exemple , celui de Saint-Gilles (685), à la vue de ces détails inflnis de sculpture, dont la prodigieuse variété n'altère en rien l'imposante, l'harmonieuse unité, à la vue de ces belles figures d'hommes et d'animaux symboliques , et de tous les autres types hiératiques auxquels cette sublime page de pierre et de marbre emprunte un cachet mystérieux et divin.
Qu est-ce que la fameuse procession des Panathénées sculptée sur la frise du Panthéon, auprès de ce portail de Saint-Gilles et d§ ses analogues (686) , au point de vue de la grandeur, de la conception et de l'impression qui en résulte ? Combien une procession de jeunes filles en l'honneur de la déesse Minerve est froide , et pour la composition, et pour Teffet quelle produit, comparativement à cette vaste composition hiératique de la façade de Saint-Gilles, sur laquelle s'est épuisé tout le luxe, toute l'or- DementatioQ des byzantins 1 « Elle se présente, dit M. Mérimée, comme un immense bas-relief de marbre et de pierre, où le fond disparaît sous la multiplicité des détails. Il semble qu'on ait pris a t&che de ne pas y laisser une seule partie lisse : colonnes, statues, frises sculptées, rinceaux, motifs empruntés au règne végétal et animal, tout s'entasse, se confond; des débris de cette iaçade, on pourrait décorer dix édifices
(684) Mémoire iur CiU iVEgine , par M. Aboo^
neiubre de Fécole française d'Âlbènes. (Paris, 1854.)
(S8o) Petite ville près de la Méditerranée , non
loin d^Aigues-Mortes, remarquable par son ancienne
église collégiale bâtie par les corotefi de Toulouse
ei dont il ne reste presque plue que le grand et ma»
goifique portail, Tun des plus beaux assurément
qui existent dans tout Tunivers catholique.
f (686) Comme ceux de Vézelay« de Givray, de
• MoisKic, de Notre-Dame la Grande de Poitiers, et
plusieurs autres.
somptueux. » Mais ce que nous admirons à cette façade , plus encore que la profusioti inouïe des noblesses sculpturales qu'elle étdle h nos regards, c'est le caractère si fortement accuse de noblesse et de grandeur» que lui imprime l'expression éminemment hiératique des personnages divers qui la composent, non moins que l'ordonnance gé-i nérale de cette magnifique page de l'art (687). Malheureusement, la petitesse de la ville où elle se trouve, et son éloignement des gran«* des routes , font qu'elle est à peine visitée par quelques rares vovageurs, tandis que le portail de Saint-ïropliirae d'Arles , grâce à la position plus heureuse de celte ville, est beaucoup plus connu, quoique d'une moindre iinportance quant aux dimensions. C'est ce qui nous porte à lui consacrer une courte description.
; Diaprés Emeric-David (688) , la construction en aurait été commencée vers le milieu du xn* siècle. « Le. portail de l'église de Saint-Trophime d'Arles, dit-il, termiuée en 1152, dernier soupir du ciseau grec, reporte l'imagination vers les plus belles époques de l'art; on y retrouve encore dans les attitudes, du naturel; dans les draperies, de la simplicité; dans les tètes, de la vérité, de la dignité, de l'énergie, et quelquefois sur les bas-reliefs, d'heureuses réminiscences des compositions antiques. »
Que ce beau portail soit le dernier soupir du ciseau grec, nous l'accorderons si 1 on yeut, bien que l'assertion donne prise à
Elus d'une difficulté; mais que les types iératiques qui occupent une si large place dans sa composition générale , en fassent la principale beauté et relèvent, en somme, au-dessus des œuvres de sculpture de la Grèce les plus vantées , c'est là un point incontestable et qui ressortira des détails dans lesquels nous allons entrer à ce sujet, a Lesdeux veotauxde la porte principale.» dit M. Histraogin, avocat à Arles (689), « viennent se fermer sur une colonne antique de granit : sur le piédestal de la colonne, allon-
Jée d'un morceau de marbre blanc, quatre ommes sont (agenouillés^ symbole du triomf^he de la foi sur les nations barbares. Dans es entre-colonnements on a sculpté en relief, mais dans de petites proportions* les principales histoires de l'Ancien Testament, telles que Samson sur les genoux de Dalxla^ un philistin lui coupe les cheveux, etc. ; pour le Nouveau Testament, on trouve celles qui se rapportent h la sainte Vierge , à l'Enfant Jésus, à l'adoration des Mages, à saint Joseph à la fuite en Egypte, etc., etc., chacune de ces
(687) iLlle a été reproduite dans les Voyages pii^ toresaues et rotnantiques dans ranciettne France, par Gbarles Nodier, Taylor et Gaiileux» pi. 287, de iiiëuie que la vis et régfise souterraine de Saint-Gilles, pL 288 et 289.
(688) Dans son Essai sur U classement chronologique des sculpteurs arecs Us plus célèbres.
(689) Dans ses Etudes archéologiques , historiques et staiiitiques sur Arles, p. 204 et suiv. (Aix, chei Aubin, 1858.)
S'oU
DICTIONNAIIŒ
SCU
histoires forme un petit carré en relief. L*arl est à sa naissance (690) comme daos les re- « liefs analogues du cloître. ^ '
« On remarque parmi ces sculptures une &me que deux anges élèvent et présentent à l'Ëternel ; c*est celle de saint Etienne, premier martyr, à qui celle église fut d^abord consacrée, et dont l'entière légende est rappelée par d'autres sculptures; là deux bornâmes sont prêts à le lapider; ici, le martyr semble monter au ciel.
« Les côtés intérieurs et les grands entrecolonnements sur le premier plan sont déeorés de statues en pied qui portent les marques distinctiyes des ap&tres et leurs noms gravés perpendiculairement. Une figure d'évôque portant la crosse, accompagné de deux assistants et de deux anges soutenant la mitre, représente saint Tropbime premier évéque. On lit sur son paltium ce distique gravé perpeadiculai rement :
Certttiwr eximhu ttr, ChriêH ditctpulormn De numifo TrophhmUf lue tephtaginta duormn.
c A la droite du portail , le plus près de ta porte, est saint Pierretenant un livre ferioé, sur ta couverture duquel est gravé ce vers;
Crimkttbui demplis, reêerat Pefnu attra redmvptàM*
« Après vient saint Jean Tévangéliste, lenant aussi un livre fermé, sur la couverture duquel on Ht ces caractères gothiques :
XPI DltBCTUS JOES BST IBI SBCTUS.
« C'est après saint Jean et en contournant, qu'on voit saint Tropbime, revêtu de •es habits pontiflcaux,ave<: le pa/ftum à Tantique, sur le pendant duquâ est gravé le distique cemt/ur, etc. , ci-dessus imprimé. Après est placé saint Jacaues tenant un U- Tre fermé sur lequel on lit : s£s iAcosus. Vient ensuite saint Barthélémy, portant un livre ouvert et sur les deux feuillets qui se présentent on lit : ses jsartholomobus.
« A la gauche du portail et le plus près de la porte est saint Paul , avec un rouleau déplové qui descend de son épaule gauche
I'usqu au dessous de sa poitrine. Sur ce rour eau est gravé ce distique ;
Ux Moy$i ce(at quod Puuli lermo reveUu. Nom data ^ma mœ pet etini stoit fàcta farinœ.
€ Saint André vient ensuite ; il tient un livre fermé sur lequel esigravé un vers qu'il
(690) 11 peut rètre, sous certains rapports, mais, il ne rest pas assurémenl sous celui de rinveniion et de la composition qui se révèlent clairement dans la vaste et harmonieuse ordonnance de ce portaiU (Noté de Vamenf.\
(69i) Nous croirions plutôt qn*elle signifie : Pto CkriêUf Stepkofms paimi eii WÊartunum, ( Note de routeur.) ^
n'a jamais été possible de lire» Sur le bas sont représentés oinqpains^ allusion au chapitre VI, vers 9 de l'Ëvangile de saint Jean.
« Après saint André et en c(«ntonrnant est représenté le martyre de raitU Etiefine^ il a sur Tépaule gauche une espèce d'étole sur laquelle on lit ces quelques lettres : pro-xpo STB-PHs ; le reste ne peut se lire, mais cette inscription désigne évidemment EHenne proto-martyr (6Si).
« Après saint Etienne est saint Jacques tenant un livre ouvert sur lequel on lit : ses Jacobus. Enfln, ensuite de saint Jacques vient saint Philippe; sur la couverture de son livre on lit : Sci Philippus.
«r Les sculptures les plus élevées du fronton de la corniche se rapportent au jugement général et dernier. Au-dessus du tympan, des anges sonnent de la trompette pour appeler les nations autour du trône de TEternel. Pans le tymiian, Jésus-Christ est au centre d'un médaillon, emblème de l'univers : sa tète porte une couronne , insigne de souveraineté ; une croix, symbole de son sacriftce et de son triouphe, surmonte la couronne ; il lève la main pour rendre ses irrévocables arrêts. Autour de lui un lioo, un bœuf, un aigle et un ange, symbole des évangélistes, présentant les livres sacrés de la foi (6a2).
« L'arcade est circulaire , elle est formée de plusieurs bandes; sur la plus élevée, des anges groupés prient le Seigneur et chantent ses louanges. Des scènes du jugement dernier sont sculptées en relief sur la frise. Au milieu, les douze apôtres assis tiennent chacun è la main le livre des évangiles, symbole de l'apostolat. A gauche sont des Ames, les unes , prêtes à entrer en paradis, les autres allant paraître devant Dieu; à droite des hommes nus et enchaînés par un même lien dont un démon tient l'extrémité sont traînés à l'enfer ;. leurs pieds touchent déjà les flammes. Au retour, un groupe de damnés se tord au milieu du feu ; au retour opposé» Adam et Eve rappellent le péché originel et la mort.
«. Des méandres et des vagues sont sculptés sur la frise : est-ce un symbole des démons ou des péchés capitaux ? ou plutôt ces emblèmes et ces animaux fantastiques, d'un masque maussadement gai, sont-ils la représentation des schismes et des hérésies, Sue terrassèrent les Pères de l'Eglise ? Fautenfltt n'y voir que de simples ornements?»
Nous répondrons : Les méandres et les vagues dont il est ici question^ représentent cette mer couleur de verre que saint Jean dans V Apocalypse (693)^ nous mentre en
(692) La réunion de ces quatre figures symboli
Sues forme ce qu*on appelle le Tétramorphe (dérivé u grec ), et qui est devenu un des priacipaux mo- Uh de ricoDOgraphie chrétienne. 11 est baaé sur la célèbre vision d*Ezéchiel et sur un passage analoffiie de V Apocalypse que noua rapportons plus bas. {Note 4e fauteur.) (151)3) Voici ce passage : Et in conspeetu seâU
D ESTHETIQUE CHRETIENNE.
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bcede TAgneau. Cette belle Ugurea été souvent employée paries artistes du moven Age, et elle ne (K)uyait être mieux à sa place que dans le sujet dont il s*agit. En ce qui concerne les animant et les personnages grotesques et fantastiques, nous ferons observer que ces figures grimaçantes et monstrueuses qui se montrent surtout è l'extérieur de nos basiliques et qu'on appelait jadis magots, deGog et Magogqui doivent venir à la fin du monde avec l'Antéchrist, représentent en effet le génie du mal planant sur la tête des fidèles pour les écarter de TEgiise qui est le symbole du bien. Saint Pam nous dit positivement que nous avons i nous garantir des esprits de malice répandus dans les airs. Telle fut l'origine des gargouilles et de ces nombreuses tôles grimaçantes que les architectes chrétiens firent saillir des cheneaux, des toits, des clochetons et des galeries aériennes des cathédrales, pour signifier ces légions infernales de démons qui peuplent notre atmosphère, ne eessant de conspirer contre notre salut que nous ne pouvons obtenir que dans l'Eglise de Dieu. De cette opposition entre les figures grotesques, hideuses ou terribles de Texté^ rieur cfu temple, et les figures si douces, si pures, si aiigéliques que le sculpteur et le peintre sur verre avaient réservées pour l'intérieur, il résulta un contraste saisissant qui ne pouvait que rehausser la beauté de nos édifices religieux. Nous pouvons nous-mêmes juger de ce genre d'effet, dans celles denos nasiliques qui ont échappé aux ravages du temps et a ceux plus destructeurs encore des vandales du protestantisme et de la révolution.
Comment quitter le portail de Salnt-Tro-
ttume sans parler du cloître merveilleux de i vénérable basiliaue, chef-d'œuvre du genre, et qui ne le cède peut-être qu'à Tincomparable CampoSanto des Pisans? Main* tas fois nous avons visité et étudié ce délicieux bijou de l'art chrétien ; nous avons admiré ses quatre grandes paieries, dont deux romanes et deux ogivales , ainsi que les nombreuses colonnettes en marbre blanc qui flanquent toutes ses gracieuses arcades (oU) , et leurs chapiteaux historiés reproduisant, avec une variété pour ainsi dire infinie, les scènes si touchantes et si naïves de l'Ancien et du Nouveau Testament. Néan-
liii^iim mare vitreum iimile erystallo ; et in meàio Mtfts, et in eireuitn sedis^ quatuor animalia ptena Mviff anie et rétro.
Et ammal prrmiim itmile leoni^ et secundum ani • «m/ timite vttuiOf et terlium animal habene (adem fiMfi hominien et quartum animal iimile aquilœ vouant. {Apçc. IV, 6, 7.)
(69i) Elles sont au nombre de cinquante. Les mze de la galerie dii midi » ainsi que les quatorze de la galerie du couchant et leurs voûtes correspond danles sont en oyive. Les douze arcades de la galerie du levant et celles de la galerie du nord sont, au contraire, ainsi que leurs voûtes, en plein clnue. Celle différence si nettement tranchée s^expHqve nar la diversité des époques auxquelles furent cuastruites ces gnleries, coniine nous le verrons
. moins nous n'hésitons nas è céder encore la plume à l'écrivain qui l'a décrit , comme le portail , avec le patriotisme d'un chrétien et avec l'exactitude d'un observateur patient et consciencieux. Voici comment il s'exprime :
Malgré les dégradations et les mutilations qui remontent à 1793 , époque où cette basilique était sans culte, même sans pasteur, et avait été transformée en temple de Ut Jtaison^ on reconnaît facilement les sujets du plus grand nombre des sculptures, en général tirées de la Bible. Le cloître de Saint- Trophime est une nouvelle preuve qu'au moyen âge les. peintres et les bculpteurs
ecclésiastiqu(
A gauche, en partant de l'entrée prin-^ cipale, côté de la cour extérieure, on remarque un autel à trois niches, vraisemblablement du XVI* siècle, que l'on aperçoit des deux entrées principales: extérieure, en venant du côté de la cour ; intérieure, eu venant du côté de la basilique. Cet autel , lors des processions des chanoines dans le cloître , servait de station , et de nos jours encore il reçoit la même destination, lorsque la rigueur des saisons ne permet pas aux processions de sortir de l'église et les circonscrit dans cette enceinte. Alors les marbres reflètent la lueur des torches; l'écho des voûtes porte au ciel , en les répé* tant, les cantiques de Sion, et les pontifes, étincelant de pourpre et d'or, précédés du chour des vierges, cachées sous les longs voiles blancs, se montrent et disparaissent en longue file derrière les colonnes sveltcs et légères du monument.
La galerie première, en partant de cet autel (côté du couchant du préau), de quatorze arcades en ogive, fait face à la porte intérieure qui de l'église introduit dans le cloître. Cette galerie commence par les statues en pied de saint Trophime et d'un apôtre ; les sculptures sont du xi siècle, les pilastres, revêtus d'arabesques. Une longue inscription en caractères gothiques sur le piédestal est, à l'exception des mots : Obiit AMNo M.ccc.Lxxxviii, difficile è expliquer, parce qu'elle se rapporte h un dignitaire peu connu qui )iaralt être un dojen du cha-
plus bas. Le préau carré qui est au centre, a dix* sept mètres du midi au nord, et dix-neuf de Turient au couchant.
Ce beau clottre fut commencé en 1181, ainsi qu*il résulte dMuscriptions tumulaires authentiques, et devint celui du chapitre de la cathédrale d*Arles, dont les chanoines adoptèrent en il 83, sur la proposition de Tarchevéque Pierre Aynard, la régie des chanoines réguliers de SaintAu^ustin.Le prélat luimême prit la robe blanche, qui était celle de Tordre adopté. Les chanoines d^Arles ne furent sécularisés qu^en 4489, par le Pape Innocent XIU, dont le neveu, Nicolas Cibo, de Gênes, était alors archevêque de cette ville. 11 existe encore autour du cloître une bonne partie df^ anciens bâtiments canoniaux.
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SCU
pitre décédé à cette époque. La lettre entre* lacée ou sîgle, que croit entrevoir dans cette inscription Tauteuf du Guide (pag« 385), nous paraît être I'a, qui était en usage dans Lps inscriptions lapidaires des x*, xr et xir siècles y et qui appartient au mot decanus.
Les chapiteaux des colonnettes de cette galerie présentent successivement en relief: sur la première y les têtes des douze apôtres, un lion et un griffon symbolique, la Vierge et saint Joseph; Gabriel et la vierge Marie, c'est-à-dire le mystère de TAnnonciation ; sur la troisième, au centre, la dernière scène de Jésus avec ses disciples , et, sur un des côtés, sainte Marthe muselant un animal monstrueux et chimérique , k tarasque , qui a donné son nom h une ville voisine, Tarascon, et dont Tirnage sculptée dans le cloître d'Arles prouve la haute antiquité de ces histoires fantastiques, merveilleuses, du moyen âge ^695).
Sur la quatrième, la fuite en Egypte de Marie et ae Joseph avec Jésus ^ enfant; sur la cinquième, l histoire de Samson^ vainqueur du lion et lui-même vaincu par Dalila, qui, pendant son sommeil, rasa ses cheveux; sur la sixième, la Lapidation de saint Etienne^ premier martyr et premier patron de l'Eglise.
La galerie, côté nord, conduit de la porte intérieure de Téglise à la porte des salles du chapitre ; à Tangle, le pilier est soutenu par un Père de l'Eglise en forme de cariatide et dont le nom n'est plus li.sible. Le pilier a plusieurs panneaux; chaque panneau est composé de deux tableaux sculptés. Sur la partie inférieure on a représente les
f)èlerins d'Emmaiis, leur table décorée de coonnes en rel ef que le temps a effacées; sur la partie supérieure, les trois Marie portent des vases de parfum au tombeau du Christ.
Un saint crosse est à l'angle; une inscription au bas indiquait son nom, elle n'est plus lisible ; l'encadrement est formé par deux pilastres entourés de rinceaux.
L'autre panneau est également divisé en deux parties.
Le Saint-Sépulcre est au centre ; dans la partie inférieure , les soldats préposés à sa garde sont endormis. Un ange est sculpté des deux côtes du saint sépulcre, d'où s'élève, dans une nuée, la croix triomphante avec cette inscription : Sepulcruu Dei.
Sur le plan le plus élevé, Jésus monte au ciel; VAscensiony
Le rinceau ou enroulement de la frise est en feuilles d'acanthe el entoure les quatre galeries.
La statue de Vapôtre saint Pierre , symbolisée par les clefs, touche à ce pilier et commence la galerie du levant. Les chapiteaux: des colonnettes , ici encore , sont siculptés : sur la première , la Résurrection de Lazare se lit avec netteté ; sur la deuxième , le Sacriâce d'Abraham ; sur la troisième. Les Israélites campés dans les plaines de Moab^ bénis par Balaam , des hauts lieux de Baai. La scène est caractérisée par l'Ânesse de Balaam et par une tour avec cette inscription : Israël. Un pilier surmonte immédiatement trois Genres de saints, dont l'une est remarquable par les sandales et la besace » symbole des ordres mendiants.
Sur la sixième est figurée VApparition du Sngneur à Abraham dans la vallée de Mambré: Abraham porte sur ses épaules à Sara, dont le nom est visiblement gravé, le veau gras destiné à ses hôtes. Sur la septième, on distingue un homme tenant uo livre ouvert sur lequel est écrit Paulus, entouré de vieillards qui Técoutent : évideaiment, c'est la Prédication de saint Paul dans l'aréopage d'Athènes.
Trois statues entourent le troisième pilier : la première représente l'apôtre saint Jacques, puisqu'elle porte sur un livre l'inscription Jacobus; la seconde offre le Christ montrant ses plaies à Vapôtre Thomas^ troisième figure oe ce groupe.
Sur le chapiteau de la septième colonnette et en relief, mais en raccourci, un vaste tableau : c'est le Peuple d'Israël et ses troupeaux^ et comme sujet princi[)al, Moïse recevant du Seigneur tes tables de laloiy avec cette inscription : Tabula Motsi.
Les sculptures des huitième et neuvième colonnes sont fantastiques et de pur ornement.
Le pilier le plus rapproché, et qui forme angle, présente, d'un côté, un apôtre debout^ dont une inscription indiquait le nom, mais elle est entièrement effacée ; de l'autre côté« tin saint présente un livre sur lequel est gravé le nom Stbphanus. Dans les patineaux ugurent, d'un côté, la Lapidation de saint Etienne^ martyr; de l'aiître, l* Ascension de Jésus.
Le mur parallèle aux colonnes de cette galerie était découpé en arcades : il conduisait au réfectoire, lorsque ce cloilre servait de monastère.
Sous le rapport de l'architecture, les arcs doubleaux de celte partie de l'édilice, ornés de culs-de-lampe el de feuilles d'acanthe, doivent fixer laitenlion.
La galerie du côté nord offre un cintre
(G95) Ceci est plus qu*iine histoire fantastique ; c'est un admirable symbole de la victoire «|ue sainte Marthe, sœur de Lazare, remporta dans cette contrée alors idolâtre, par TEvangile qu'elle y apporta, sur le monstre du paganisme représenté par un dragon que, le jour de Sainte-Harthè, une jeune fille mène à Pé^Use enchaîné, pour qu'il meure sous Toau bcnile. Ce jour-là est , de leuips inimcmorial.
un jour de grande Tète pour la ville de Tarascon et ses environs. Ces sortes d'allégories destinées à rappeler le triomphe, par la prédication évangélique, du christianisme sur Pidoiâtrie, nous les retrouvons dans plusieurs autres cités ; niais celle dont il s'agit est une des plus expressives, des plus^ poétiques. {îSoie deTauUur.)
Ç73 S€U D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.
plein, mais surbaissé du côté du préau pour hciliter récoulement des eaux pluviales.
scu
EUe commence encore par la Lapidation de saint Etienne^ sujet qui reparaît plusieurs fois, parce que ce martyr était le patron de l*EgHse. Le martyr est entre deux pilastres ornés de rinceaux, et le nom Stephanus est lisible.
Dans les panneaux on a sculpté : sur le plan inférieur, la Lapidation: sur le plan supérieur, F Apothéose, c'est-à-dire Jésus- . Christ décernant à Etienne la palme du martyre. Dans la partie supérieure de cette galerie, entre les archivoltes et la corniche, les ëvangélistes sont symbolisés par des têtes de bœuf, de lion, etc. (696).
Les sculptures des chapiteaux des colonnettes de cette galerie, représentent, en raccourci :
Le OFemier, les mystères de rAnnonciation^ de la Visitation de la Vierge, de la Naissance du Christ et de la Purification ; le second, trois aigles et un auge, les ailes déployées.^
Sur le troisième, rAnge annonce aux 6crgers la naissance du Christ,
Les sculptures qui entourent le deuxième pilier de cette galerie rappellent la flagellation de Jésus : un soldat est armé de l instrument de la flagellation: Judas, sur le côté, porte dans une bourse le prix du sang du juste et de sa trahison ; le Christ est attaché à lacolonneMais ce Christ ayant été détaché du groupe par accident, n'est plus à sa place; il est conservé au musée d'Arles : sans doute on le rétablira incessamment pour compléter ce tableau.
Sur les chapiteaux des colonnes qui l'avoisinent on distingue :
Surlune, le roi Hérode, le Massacre des Innocents et Bachel pleurant ses enfants; sur l'autre, la Fuite en Egypte, le Sommeil des rois mages et l'avertissement du ciel de natter point reXrouver Hérode: sur le troisième, V Arrivée chez Hérode des mages; leurs trois chevaux accolés, remarquables par des selles arabes à haut dossier, ornent un des côtés du chapiteau.
Vagneau de saint Jean-Baptiste surmonte le troisième pilier, dont les bas-côtés sont occupés par deux statues; Tune est la reine de Saba; l'autre, un saint: on reconnaît sur les pierres de ces deux statues des traces ou restes de peinture, en usage au moyen âge. Vadoration des rois mages , leur sommeil, l'avertissement du ciel, reparaissent de nouveau sur le chapiteau de la septième colonne.
Plusieurs sujets occupent celui de la huitième : 1* la Fête des palmiers et lEntrée de Jésus à Jérusalem ; 2" la Conversion de saint Paul; le sculpteur a choisi le )noment où l'Apôtre des gentils est renversé de cheval.
Les apôtres réunis au cénacle et la descente de l'Esprit-Saint , le mystère de la Pentecôte, sont indiqués sur la neuvième.
La statue de saint Mathias, élu dans le cénacle à la place de Judas, suit iramédiatenieiit au Quatrième pilier ;rinscription n'est ['lus lisible.
Les panneaux de ce pilier représentent trois sujets : l' le Lavement des pieds ; ^2" la Cène: S"* le Baiser de Judas,
A l'angle, une statue supporte une «'Oquille qui sert aujourd'hui de bénitier; elle est adossée à un puits dont l'ouverture et les parois extérieures sont, comme au puits de la cour de l'archevêché, formées avec 1» base renversée et forée d'une colonne de marbre blanc, qu'on suppose avoir été enlevée du théâtre antique. Là, sans doute, était primitivement le baptistère, auprès du préau du cloître qui, à la même époque, servait de cimetière; car, au moyen âge, le baptistère, comme le cimetière, était auprès de l'église, mais en dehors.
Dans le panneau, Jérusalem, le temple et la montagne sont en relief; le sculpteur a . voulu faire allusion aux tentations inutiles de Satan envers Jésus-Christ.
La statue du pharisien Gamaliel, en pied et de grandeur naturelle, sert de montant à ce panneau. Due inscription gothique sur le livre placé entre ses mains porte en caractères gothiques très-prononcés : Gauauel.
(Act. V, 3k.)
Cette statue d'un docteur pharisien et cette autre statue qui supporte la coquille du baptistère ne seraient-elles point une allusion à la vocation des Juifs et des gentils? Tout était symbole dans les sculptures de cette époque.
Une autre série de faits, un autre genre d'architecture, se développent dans la galerie du midi, construit en 1380 par Tarchevêque Cunzié, et qui se termine h gauche par un autel, à droite, par le puits, également ancien ; ce puits devait fournir l'eau pour le baptistère qui s'v trouve adossé. Au moyen âge, les baptisières étaient auprès des cathédrales, mais en dehors : tels sont encore dans l'Italie moderne, les baptistères de Constantin à Rome, de Pistoie et de Pise, ce dernier construit en 11&3.
Cette galerie, dont la voûte est en ogive.
. (696) Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler ici eue la tête de bœuf est aUribuée à sîiinl Luc, ceHc de lieu à saint Marc , celle d'homme à saiitt Matthieu, el celle d'aigle à saint Jean. Le bœuf symiMlise la force du slvle de saint Luc, ou bien le sacrifice de Zacharie; dans saini Marc, l s piedica- Uuos de saint Jean-Baptiste relent ssenl connue le
nigissement du lion dans le désert; saint Mathieu raconte la généalogie humaine du Sauveur, tandis que saint Jean, prenant l'essor de Vaigle, s'élève audessus de la terre pour aller cliercher dans les cieux les secreis de sa divine, de son étemelle génération. (iSote de fasOsur.)
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oCre cette particularité, <(ue les chapiteaux des colonnettes ne forno^nt qu*un seul bloc, et (iu*on y voit une colonne et un pilastre, puis une colonne et un pilier.
Les sujets de sculpture de cette aalerîe, au lieu d être puisés dans la Bible, I ont été dans THistoire ecclésiastique, et principalement dans celle des ordres religieux ; chose naturelle, puisque ce clottre comme celui de Saint-Jean de Latran à Rome, était dans l'origine le couvent des chanoines réguliers de Saint-Augustin.
Première colonne : Des religieux éeoutani la prédication du Sauveur;
Deuxième colonne : Des religieux tnvo* quant la protection de la sainte Vierge.
Le second pilier est orné de niches vides surmontées d un baldaquin gothique, indice que ces niches devaient contenir des statues qui ont disparu.
Troisième colonne : Des confesseurs de la foi chargés de liens. — Chapiteaux fantastiques, un pilastre.
Quatrième colonne : Des martyrs enckaU nés; du côté du préau, des bourreaux armés de massues ; du côté opposé, un autel de la primitive église ; sur le troisième pilier, des martyrs en surplis et en dalmatique^ pendus ou déjà la corde au cou ; la main de Dieu est étendue vers eux.
Quatrième pilier, encore des martyrs enchaînés ; sur le derrière, des bourreaux armés des instruments du supplice; sur le devant, un évique donnant la bénédiction. Trois niches, auiourd'hui privées de leurs statues décorent également ce dernier pilier.
L'architecte a placé en saillie, du côté parallèle aux colonnettes, des chapiteaux couronnés de figures symboliques qui paraissent désigner des Pères de TEglise mis en {»résence des martyrs. La voûte de cette çaerie, également en ogive, pone, du coté opposé au préau, sur un mur plus ancien qui date évidemment de la même époque
Sue la partie en plein cintre, c'est-à-dire» u XV siècle, tandis que la partie en ogive est du XIII*.
Contre ce mur on remarque encore les vestiges d'une porte à plein cintre , qui devait introduire dans I intérieur du coûtent; on suppose que le réfectoire était de ce côté. La salle capitulaire et d'autres appartements servent, depuis 1835, aux écoles gratuites des dames cle Saint-Charles ou sont loués comme greniers à blé; il en était ainsi avant la révolution de 1789, et depuis la sécularisation des chanoines en ltô9.
Toute la partie de l'édifice destinée à leur habitation, lorsqu'ils étaient réguliers et cloîtrés» a éprouvé et a dû éprouver de notables changements, qui ne permettent plus de constater avec précision l'état primitif de ce couvent.
Les sculptures des chapiteaux des colonnettes se rapportent toujours k des sujets
(4)97) Koy.la note 695 ciHles$us relative àcej^ujet.
de la Bible, répétés même plusieurs fois.
Sur la première : Lapidation de saini Etienne^ sujet gui revient souvent. Sur la deuxième,repétition de l'histoire de Samson: d'un côté, il est représenté terrassant le lion; de l'autre, Dalila lui coupe les cheveux. Sur la troisième, de nouveau, sainte Marthe et la tarasque ; un homme s'arme pour assommer cet animal fantastique . . . (697)
A côté, la statue d'un saint, on voit sur son cothurne les traces de lettres gothiques impossibles h déchiffrer.
Quatrième colonne : La Madeleine chez le pharisien versant un vase de parfum sur les pieds de Jésus.
Cinquième colonne : Deux tours^unange, et sainte Barbe s'appuyant sur une tour percée d'une Tbihitê de fenêtres.
Sixième colonne : Jésus couronne la sainte Vierge que deux anges adorent et ^Mensent (l'Assomption).
Septième colonne : Descente du Saint-Esprit sur les disciples réunis (allusion aux fAtes de la Pentecôte).
La quatrième et dernière galerie s*oavre par V Assomption du Christ^ figurée en relief dans l'entre-colonnement.
On des personnages de ce tableau porte une inscription gravée qui n*est plus lisible.
Les chapiteaux des colonnettes de la quatrième et dernière galerie, en feuilles d'acanthe du côté du préau, présentent, du côté de la galerie, des sujets bibliques sculptés. •
Sur la première colonne : Jési^ dans le jardin des Olives^ entouré de ses disciples^ leur donnant le livre du Nouveau-Testament^ sur lequel on ne peut lire que le premier mot : Tabula. De simples feuilles d acanthe sont sculptées sur les deuxième et troisième. Sur le chapiteau de la quatrième, la fille éê Pharaon présente à son pire MotsCf quelle m sauvé des eaux du NiL
Les dégradations empêchent de distinguer les autres sujets. Des figures de saints ornent les entre-colonnements.
Mettre en relief dans les sculptures de ce cloître les histoires et les mystères des livres saints, telle a donc été évidemment la pensée des artistes ; mais la dégradation de certaines parties des sculptures ne permet pas de traduire tous les détails minutieux de leur œuvre.
Ce clottre s'harmonise avec l'architecture et les sculptures du beau portail de la même église. Les ornements et les statues gothiques sont» il n'en faut pas douter, au moins en partie» de la même époque que le portail. L*art et le ciseau grec ne peuvent avouer que les fûts des colon net tes en marbre blanc et-les ornements en feuilles d'acanthe d'une riche sculpture» tout le reste» môme le rinceau ou enroulement de la frise» est du beau moyen ftge : il n'est pas en France un artiste
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DESTHETIQUE CHRETIENNE.
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qui Tait vu sans Tadmirer. 11 a exercé les pinceaax les plus habiles : M. Granet Ta reproduit dans un beau tableau, et M. Huart, professeur de dessin au collège d^Arles^son élève, en a peint des études exposées au salon de 183ii^, et qui ont mérité les éloges du maître.
Le cloître est le vestibule de l'église ; il préfuire aux pensées de recueillement. Dans risolement ae ces vastes galeries, sur ce préau qui renferme les ossements blanchis d'anciens ministres du Très-Haut, en lisant ses inscriptions funéraires, vieilles de plusieurs siècles, en présence de ces prélats de marbre vénérables dans leur immobilité, le eorps s'bumilie, Tesprit s'élève à Dieu et les vanités de la vie se taisent : les douleurs se calment en face du dogme consolateur de Fimmortalité de l'Ame (698).
Pour la sculpture chrétienne, au xiii* siècle et suivants, voy. les articles Albi ( Cathédrale d* ), Amiens {Cathédrale d'), Rbims ^Cathédrale de), Strasbourg {Cathédrale de), OTATCURB, Frange.
SCULPTURE SUR BOIS. Voy. Amiens.
SCULPTURE SUR BRONZE. Voy. Pisb.
SENLF (Louis). Célèbre compositeur allemand, né en 1585. Voy. Luther, IdusfQus.
SÉQUENCES. Voy. Grégorien (Chant).
SÉRAPHINS. Foy. Anges.
SERNIN {Eglise de Saint-), h Toulouse.
Voy. Caractère, Dimensions.
SEXE. Beauté physique, morale et surnaturelle de rhomme et de la femme. Voy.
Beau, Contraste, Convenance, Expression.
SON DES INSTRUMENTS. Voy. Opéra,
TniBRB.
SOPHIE {Egliie de Sainte-), à Constantinople. Voy. Coupole.
SOUFFLOT. Architecte de l'église Sainte- Geneviève à Paris. Voy. Dôme.
SPIRE ( Cathédrale de ). Voy. Dimensions.
SPONSA CHRISTI. Prose oe la Toussaint dans le rite |)arisien. — Analyse du chant de cette prose. Voy, Modes ecclésiastiques.
STARNINA (Gherabik)). Peintre florentin né en 135& et mort en 1(^06. Voy. Peinture.
STATUAIRE. Bien que ce terme rentre sous la dénomination générale de sculpture (699j, il a néanmoins une acception propre qui en restreint le sens à l'art de faire des statues. C*est dans cette acception restreinte que nous le prenons ici. Mais avant de parler de la statuaire chrétienne proprement dite, nous tenons h combattre
(698) Etudes sur Arles, p. 483-202.
(699) Parce que les statues sont ordinairemenl •eulptees. Je dis ordinairenuTit, car il y çn a et il y en eut toujours en argile, en terre cuiie et en fonie. Ce dernier procédé fut irès-usiié chez les^ anciens peuples. Tous ces procédés sont compris dans le nom générique de statuaire.
(TêO) Qui appeilaverunt aeos opéra monimm Aoin*-" mwi, aurum et araentum^ artti intentionem, et «i-
ce préjugé issu du naturalisme et du rationalisme modernes, à savoir, qu*on ne trouve point, dans la haute antiquité, de trace delà pratique de la statuaire, et que cet art« comme tous les autres, contenu seulement en germe dans Tesprit de l'homme des temps sauvages ou primitifs, n'est parvenu qu'au moyen de tfltonnements et de progrès successifs à l'état de perfection oil nous le voyons aujourd'hui. Déjà, au mot Sculpture, et dans plusieurs autres articles de ce Dictionnaire, nous avons signalé la fausseté et les tristes conséquences par rapport à l'histoire et à Tintelligence de l'art, de ce système absolu de perfectionnements successifs, opposé à la révélation divine par l'orgueil de nos libres penseurs , système aussi impie en reli^on qu'absurde et contradictoire en esthétique et en poésie, puis* qu'il ne tend à rien moins qu*à nous représenter l'humanité tout entière comme s élevant progressivement, par ses seules forces, de l'état d'avorton à une perfection divine. Je ne reviendrai donc pas sur les considérations péremptoires que, dans plusieurs articles de cet ouvrage et surtout dans la deuxième des Dissertations préliminaires qui lui servent d'Introduction, j'ai fait valoir contre ce système essentiellement moderne de Vhomme-plantef qui. voudrait avoir si bon marché de la révélation et des traditions historiques de tous les peuples. Seulement, je me contenterai d'ajouter ici à ces exemples et documents péremptoires que j'ai déjà cités en faveur de la pratique immémoriale en faveur de la sculpture, quelques-uns des principaux et non moins nombreux exemples que nous fournit, dans le même sens, l'histoire universelle, par rapport à la statuaire, en particulier.
Salomon, qui écrivait à une époque bien lus reculée que celle des Grecs, nous parle, l'occasion de l'idolâtrie, de la fabrication des statues d'or et de la |)einture, comme de deux arts déjà très-anciens de son temps (700). Les ouvrages de bronze et les statues des chérubins que ce prince fit exécuter par le célèbre Hiram, artiste phénicien, dans le Temple du Seigneur; l'érection et la décoration si riche, si splendidc, de ce temple luimême, sont loin, certes, d'accuser Tcnfance de l'art. Mais, beaucoup plus anciennement, la fabrication du Serpent d'airain, dans le désert; celle du Veau d'or et la réduction de cette statue en poudre n'indiquent ni hésitation ni tâtonnement dans des opérations d'un genre si difficile et si compliqué (701).^ Les recommandations fréquentes que Dieu fit par Moïse et par les autres prophètes, à son peuple, d'éviter le culte des idoles, &ulfi-,
militudines animalium mil lapiéem imiîilem cpus manus antiquœ. (Sap. xni, iO.)
(70i) L*énuiiiénition que nous lisons dans VExode^ des vases d'or et d'argent et des autres objets précieux que les Hébreux apportèrent de TEgypte, prouve que la ciselure et geuéralemeiit tout ce qui se rapporte à fart de traTaîlier les métaux, éta.i aussi avancé que le reste cbex ce peuple célèLre dOnt Torigine se perd dans la nuit des tcuips^
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DICTIONNÂIUE
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raient, h elles seules, pour prouver combien I art de la statuaire était répandu dans ces temps reculés. Beaucoup plus tard, et à une époque cependant très-ancienne par rapport aux Grecs et aux Romains, nous voyons Nabuchodonosor faire construire, pour l'exposer dans une vaste plaine, une statue colossale en or, qui n'avait pas moins de soixante coudées de haut et six de large (702).
A propos des magnificences de l'art, dans le vaste et antique royaume d'Assyrie, on est moins disposé à taxer de mensonçe ou (l'exagération le récit que nous en ont laissé Hérodote et d*autres historiens, maintenant que des fouilles pratiquées sur l'emplacement de Ninive et sur celui de Babylone ont amené des découvertes inespérées, et (pour ne parler ici que de la statuaire) ont retiré des profondeurs du soi où elles étaient ensevelies depuis tant de siècles, ces superties statues équestres de granit, qui sont venues révéler au monde étonné un art puissant, fier, vigoureux, indépendant et complètement original, dont on ne soupçonnait ^las même l'existence. Cette grande décou- •verie des statues des rois d'Assyrie a produit la môme sensation (mais plus profonde encore) que celle que causa dans le monde artistique, en 1807, la découverte des célèbres marbres d'Egine, qui vint infliger un éclatant démenti à ces belles théories sur Torigine et le progris des arts, si répandues à cette époque, et qui, dans notre temps de rationalisme et de naturalisme, conservent encore, malgré l'évidence des faits, de nombreux partisans (708).
En ce qui concerne les Egyptiens, les Iduméens, les Indiens ; ce que nous en avons dit, au mot Sculpture, suffirait, à défaut des documents plus précis et plus détaillés que nous fournit Tbistoire sur ces diverses nations, pour prouver que la statuaire n'y était point à l'état de germe ou de rudiment.
Quanta la Grèce, personne n içnore combien elle s*iUustra dans cette brillante et si drOicilc partie de l'art» et combien fut grande
(702j Nabuchodonosor rex fecit statuam anream, ' allUudtnecubUorum $exaginta,elstatuUeamincampo Dura provinciœ Babyloniê, (ban, ni, i.)
(705) Ils viennent de recevoir un nouveau démenti, toujours à propos de TAssyrie qui décidément nous apparaît couune une nation étonnamment avancée dans la pratique de tous les ans du dessin, et méuie dans les procédés les plus ingénieux de la mécanique. Ou lit en effet dans une lettre de M. Loftus, datée de Houyunjik, le i2 février i855, et adreg • sée au trésorier des souscriptions pour les fouilles de l'Assyrie :
< Nous venons de trouver dans le palais sud -est, à Nenirod, une grande collection de magniliques ivoires, reste d'un trône ou de meubles. Ils avaient été adaptés ensemble an moyen de rivets, de coulisses et de rainures. Beaucoup offrent des traces de . dorures et d^émaux ; on les brisa probablement pour en tirer Por et les bijoux dont ils furent ornés autrefois. H y a dans toute la collection un caractère égypto-assyrien bien décidé,: Des tètes égyptiennes duuie exécution parfaite ae trouvent mêlées aux taureaux et aux lions assyriens. Parmi ces différeitt^i objets étaient des niasses, des mauclics de
et sensible l'influence qu'elle exerça pour en propager le goût et la pratique parmi les nations, ses voisines, et plus tard chez les Romains devenus ses vainqueurs, et aes tributaires, quant aux beaux arts, au moin.s en partie. C'est ainsi que la statuaire fut toujours, de même que la peinture, rarcbite^ ture et la musique, pratiquée sur le globe, sans qu'on puisse lui assigner une origine locale bien déterminée {10k). Mais aussi, de même que les autres arts, et dans la mesure qu'elle comportait, elle a été ennoblie. purifiée,exaltée, surnaturalisée et en quelque sorte divinisée par le génie chrétien. £t telle a été, au moyeu âge, et particulièrement en France, l'expansion et la popularité de cet art, que ce n'est point par centaines, mais par milliers, qu'il faut compter les statuç.<» dont il a peuplé l'intérieur de nos cathédrales, et qu il a multipliées avec autant d'intelligence que de prodigalité sur les
f)arvis de leurs splendides frontispices, dans eurs niches innombrables, sur leurs pinacles aériens et sur leurs hardis clochettons.
Il y a dix ans, j'écrivais à l'une de nos sommités archéologiques, au savant, h Tincisif M. Didron, en lui envoyant une Disser^ icuion que je venais de pùblier.sur la statuaire du moyen flge, et notamment sur les admirables. figures qui décorent les portails de la cathédrale de Strasbourg : « Disons bien aux partisans fanatiques de la ctAane grecque, que nos monuments chrétiens, qu'ils n'ont jamais étudiés, ne le cèdent en rien, môme sous le rapport de la beauté et de l'harmonie des proportions, aux monuments antiques. Disons-leur aussi que notre statuaire chrétienne, qu'ils ont encore moins étudiée, offre un bien plu.s grand nombre de chefs-d'œuvre (même à ne les considérer que sous le rapport de la beauté de la forme) que la statuaire païenne. Cette proposition parait exorbitante à ces messieurs, et cependant, rien de plus facile à prouver; car Strasbourg, Chartres, Auxerre sont là avec leur population de statues, dont un grand
poignards ou des restes de.chaises ou de tables, car nous ne doutons nullement que les Assyriens ne se soient servis de tels meubles. Des figures, placées dos à dos, forment un fût qui supporte un chapiteau à tète de fleurs. Il y a aussi des boites et un vase soigneusement graves. Les Assyriens étaient habiles en marqueterie, ainsi quHl résulte de plaques ornées d'emblèmes sacrés et de chasses aux lions. On lit sur deux ou trois objets des inscriptions phénîcieulies. » {Athœneum, 29 mars i8o5.)
(704) Ne serait-ce pas ici le cas d^appliquer à Torigine divine de Part, ce célèbre argiunent quod n^ique^ quod semper, quod ab omnibus, qu'on fait valoir avec tant d'avantage pour établir Torigine divine de certaines grandes institutions du catholicisme Y Eu effet, puisqu'en remontant jusqu'aux temps les plus reculés, nous voyons constamment les beaux ans pratiqués partout et par loue, n'est-ce pas une preuve évidente qu'ils n'ont, pas plus que le lang:^e, été inveniés par l'homme, et qu'ils remontent jusqu'à Dieu? Celte preuve acijuiert une nouvelle force de la connexion étroite qu'il y a entre le langage, llnr telligence et la pratique des beaux*arts.
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DESTHETIQUE GHRETieNNE.
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nombre sont de vrais chefs*d*œavre sous tous les mpports. Au surplus, attendons ; les Annales sauront bien réhabiliter la statuaire chrétienne comme tout le reste. »
M. Didron» en insérant dans les Annaleê arehéologiqueê (tome 11% 1845) ces quelques lignes» m'engageait en termes trop flatteurs pour être reproduits, à réunir en un volume mes feuilles volantes. J'ai rempli, du moins partiellement, son désir, à l'article StRAs* MURO {Cathédrale de) ; mais lui«in6me a largement confirmé mes prévisions, |)ar les remarquables et savants articles, d'un intérêt aussi neuf que piquant, qu'il a publiés dans les Annales archeologiqties^ sur la statuaire chrétienne. Nous lui avons emprunté celui de Rbus (Cathédrale de), en sorte que la lecture de ces deux articles qui se complètent l'un par l'autre, donnera» j'espère, une idée suffisante de la richesse et de la beauté de notre statuaire chrétienne, au point de vue de i'esthétique la plus intime, la plus large et la plus élevée. Voir aussi les mots : Ar- CHiTECtoEB, Expression, Grandeur, Peindre, AiuBNS {Cathédrale d'}. Francs» Scul- FTURB, Ttpb, Vitraux peints.
STEPHANO. Elève de Giotto en 13S5.
Fra; Peinture.
STRASBOURG (CathAdralb de). Du haut de la tour de la paroisse Saint-Georges de Scblestadt, une des plus belles éfflises en gothique fleuri, de l'Alsace, on découvre à une dislance de dix lieues, la flèche de la cathédrale de Strasbourg. On est au centre d'un magnifique et immense panorama qui se développe sur. une longueur de quarante lieues; au milieu de cette belle plaine de FAisace, sillonnée par des rivières et des canaux qui y répandent sans cesse la ferti*^ lité et la vie , toute couverte de riantes cam* pagnes, de charmants villages et de villes industrieuses dont les élégants clochers, presque tous imités de celui de Strasbourg, se succèdent sans interruption , élevant leurs flèches aiguës au-dessus des peupliers et des jolis massifs de verdure qui les environnent; bordée à l'est, par Je Rhin» à l'ouest et dans le lointain, par cette grande chaîne des montagnes des Vosges, dont la teinte azurée qui se confond avec celle du cieU et les formes sans cesse variées fascinent les regards charmés du touriste et du vogagenr. li faut avoir contemplé ce magnifique tableau, par une belle journée de printemps, pour s en faire une idée. En 1844, cette satisfaction me fut donnée.
C'est du milieu de cette vaste et belle plaine, qui s'étend encore à quinze lieues au norid de Strasbourg, qu'on voit se détacher peu à peu la sveite et gigantesque flèche du célèbre Munster. Depuis longtemps je la cherchais des yeux. Lorsque, à travers ua horizon immense et sans nuages, il me fut possible d'en distinguer la cime eflilée, je me livrai à ce recueillement intime et solennel qu'on éprouve, en découvrant pour
(705) Un le cenprendra aiséineiit si Ton coasidère que ies maisons les plus élevées atteignent à peine
Diction N. n'EsTHÉTiQUE.
la première fois une de ces merveilles monumentales qui, depuis des siècles, sont en possession de l'admiration universelle. C'est ce qui m'était déjà arrivé, en apercevant dans un lointain horizon, le dôme de Saint- Pierre, se dessinant solitairement au-dessus de cette campagne de Rome, aussi triste, aussi déserte, que celle de l'Alsace est fraîche, riante et animée. Mais la flèche de Strasbourg frappe davantage» surtout quand on la voit de près.
Cependant, à mesure qu'emportés plutôt que traînés par les rapides wagons, nous nous approchions de la ville, nous voyions apparaître et disparaître successivement à travers les touffes d'arbres, qui couvrent çà et là cette riche vallée, Ja flèche et le portail de la cathédrale; et, chaque fois que le géant reparaissait à nos reeards, il semblait avoir grandi. Au moment orentrer dans une ville de 75,795 Ames, nous ne distinguions absolument que sa cathédrale» et nous n'étions pas médiocrement surpris de voir le superbe édifice dominer de sa hauteur toute entière, une vaste et. puissante cité (705).
A peine arrivé et installé dans la ville, je me dirigeai, comme je pus, vers la cathédrale qui, seule, m'y avait attiré. Dans ces sortes de circonstances, il est bon de se présenter, comme à l'improviste, devant un monument, en faisant abstraction de toute idée d'étude, de voyage et de comparaison. La première impression est presque toujours en effet la plus vraie et la mieux sentie. La réflexion vient ensuite, pour Texpliquer et la développer. C'est pourquoi, lorsqu'il m'arrive pour la première fois de me trouver en face d'un monument célèbre, j'en examine d'abord tout Textérieur, en commençant par le grand portail. Ayant ainsi pris une idée générale de l'extérieur, ie pénètre dans l'intérieur, et me place d'abord sur le seuil de la grande porte, ensuite, au rond-point du chœur, deux positions les plus favorables pour juf;er de l'intérieur d'une église, et pouvoir dire : «je l'ai vue.» Après cet examen général et assez rapide de l'ensemble, je reviens à l'extérieur pour en étudier les détails avec attention, et je rentre ensuite dans l'intérieur pour m'y livrer au même travail. Cea deux dernières opérations sont naturellement beaucoup plus longues que les deux premières. Ce n'est qu'après les avoir terminées, que j'essaie de me former une opinion aussi juste aue possible, sur l'ensemble et les détails e l'édifice.
C'est dans ces dispositions, que j'arrivai devant le grand portail de la cathédrale, par la rue ouverte en face. Quel aspect grandiose et ravissant, que celui de ce magnifique portail ! L'imagination est écrasée à la vue de cette immense surface merveilleusement ouvragée dans toute sa largeur et dans toute sa hauteur, qui n'est rien moins que de 230 pieds, sans y comprendre la flèche
par leur troisième étage à la haiiieut du porche esté • rieur deU porte piiucipale du gigautesque uionumenL
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DiCTIOraiAlRE
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aérienne qui, après avoir fiiil corps avec elle, s*élève encore à 210 pieds au-dessus^ Je ne crois pas qu'il existe de portail d'é* glise aussi gigantesque, aussi hardi et aussi majestueux. Toutefois, il a un rival dans celui de Reims, qui est aussi beau et plus homogène, parce qu'il se trouve mieux en rapport dans son ensemble, avec l'ordonnance et les dimensions de la basilique à laquelle il appartient. Nous donnerons plus bas la raison de cette différence.
En face de ce magnifique chef-d'œuvre <l'architecture .chrétienne, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de ses colossales proportions, ou du fini de ses innombrables sculptures, dont la simple énumération fatiguerait la curiosité la plus avide. Tant6t, , c'est l'ineffable harmonie de ce vaste ensemble, qui vous ravit ; tantôt, c'est rextrème délicatesse des détails, qui absorbe votre attention. De là vient que Tadmiration, pro- TO<iuée à la fois par tant d'objets divers, ne sait où se fixer et fait place a une immobilité pour ainsi dire extatique. Mais voyez quel mouvement, quelle vie, quelle expression surnaturelle dans tout ce monde de statues de saints, de vierges, d'évéques, de rois, de reines et de guerriers, qui, groupés dans des niches ouvragées comme de la dentelle, et dans les attitudes diverses de la louange, de lamour, de la prière, peuplent comme des hfttes anciens et fidèles cette magnifique façade de la maison de Dieu! £t en même temps, quelle grAce, quelle légèreté, dans ces colonnettes effilées, qui s élancent de la base de l'édifice, jusqu'à sa plus grande hauteur 1 Elles sont surmontées ellesmêmes de pinacles, de clochetons, de fenêtres en lancettes ou de longues croisées à jour, de 100 pieds d*élévatiM, comme celles qui contournent, en la rendant transparente, la tour octogone destinée à supporter la flèche renommée.
Que dire de cette flèche, ou plutôt de cet agrégat de milliers de dais, sculptés aussi délicatement que s'ils devaient être vus de très-près, et qui, enchevêtrés les uns dans les autres, et superposés en retraite, affectent par suite de leur diminution graduée, la forme d'une flèche qui s'élève, surmontée ii'une croix, à UO pieds au-dessus du sol ? Mais en voilà assez, en ce qui touche la description du merveilleux portail ; nous la reprendrons tout à l'heure avec plus de détarls, et à deux points de vue principaux ; qu'il me suflise de faire remarquer ici que ce portail considéré enlui-même, et abstraction faite de l'église pour laquelle il a été construit et qu'il dépasse de beaucoup, réunit au plus haut degré, la maj^té, la grâce •et la légèreté. Ces trois caractères, il les tire de la grandeur de ses proportions, jointes à runité d'un plan qui s'allie très -heureusement aux motifs si étonnamment variés de sculpture, qui sont entrés dans sa décoration. Et pour nous rendra bien compte de ces diverses conditions du célèbre portail, supposons qu au lieu d'être presque tout recouvert de l'immense et transparent réseau
de broderies de pierres, qui en rend Tas-
f>ect vraiment féerique, il soit entièremeni isse ; sans doute, on l'admirera toujours, à cause de la synaiétrie et de la grandeur de ses proportions, comme un monument imposant, majestueux. Mais, privé de cette multitude de sculptures, de profils qui s'harmonisaient si bien avec les diverses lignes de l'ensemble général, il aura perdu sa grftce et sa légèreté. Enfin, supposons-le à la fois réduit à de médiocres dimensions^ et vide des mille ornements qui le décoraient, il ne sera plus qu'un édifice vulgairement correct et régulier, comme on en voit partout.
Maintenant nous allons nous occuper de la double description de la cathédrale de Strasbourg, au point de vue de l'art absolu et au point de vue de l'esthétique chrétienne. Cette description sera suivie de l'histoire de la cathédrale et d'un aperça sur les confréries de maçons ou bâtisseurs d'églises, auxquelles son édification donna lieu. Nous faisons précéder le tout, d'une notice historique sur la ville elle-même. » BAti primitivement sur l'emplacement d'un des 50 forts construits sur le Rhin par Drusus, beau-fils d'Auguste, Strasbourg, appelé alors Argmtorahitkf devint, sous Caracalla, cité romaine et le siège de la huitième légion. Après avoir été dévastée par les barbares, cette ville fut rétablie en 718 par Adelbert, duc d'Alsace, et reçut le nom de Strasbourg, Strateburgum^ c'est-à-dire ville sur les routes, à cause des voies nombreuses de communication dont elle était le centre. Dès l'an 496, elle avait été sous la dominatian des rois mérovingiens. Puis administrée par les ducs d'Alsace, depuis 837 jusqu'à la fin du xiii* siècle, elle fit partie de l'empire d'Allemagne. Durant cette dernière période, elle fut exempte delà juridiction des comtes palatins qui gouvernaient l'Alsace, et elle ' eut ses comtes particuliers. Profitant du grand interrègne qui dura depuis l'empereur Conrad IV jusqu'à l'élection de Rodolphe de Hapsbourg, elle se constitua à peu près ville libre impériale. En l'an là53, elle entra dans la ligue défensive des villes rhénanes, qui étaient Cologne, Mayence, Worms, Spire et Bftle. Au commencement du XVI' siècle, elle prit une part active aux troubles de la réforme qui gagna à sa cause un grand nombre de ses habitants. L'Alsace ayant été cédée à la France par le traité de Westphalie (1648), Strasbourg conserva son indépendance. Ce ne fut qu'en 1681, qu'un détachement français s'en empara par une espèce de coup de main. Le 4 octobre de la même année, toutes les autorités prêtèrent serment à Louis XIV, qui y avait fait son entrée solennelle avec une grande pompe. . Ce fut alors que l'église cathédrale, dont les Luthériens s'étaient emparésdepuis plusd'un siècle, fut rendue au culte catholique, en n>ême temps qu'on restituait à son célèorecbapitre une partie de ses immenses richesses. Strasbourg, aujourd'hui cbef-Keu de (m^ fecturoi évêché, siège de la 5* division mili*
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