‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 87 sur 168 · TA · texte numérisé non relu

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riste imberbe^ ni un pauvre provincial, ni un prêtre ignorant et fanatique. Goethe, Toracle de l'Allemagne pendant plus d'un demi-siècle, était un vrai philosophe, je dirai plus, un philosophe païen, épris tout autant que vous autres, messieurs, des beautés de Tarchitecture grecque, dont il avait étudié tous les monuments. £h bien ! ce même Goethe prouve méthodiquement, d'après les principes éternels du goût et de la raison (comme vous les appelez), que le gothiaue^ dans ses chefs-d'œuvre, offre un modèle achevé de gr&ce, d'harmonie et de belles proportions. O vous tous, classiques superbes, pensionnés, décorés, pour la pi us grande gloire des Grecs et des Romains, et pour votre plus grand avantage, vous qui vous croyez modestement les arbitres suprêmes du bon goût, les conservateurs du feu sacré de l'art, quand vous aurez réfuté victorieusement cette malencontreuse dissertation de Goethe, nous croirons avec vous qu'architecture gothique et barbarie, c'est tout un. Mais jusque là, vous nous permettrez de rester fidèles à nos sympathies pour notre art chrétien et vraiment national. Oui, messieurs, jusau'à ce que vous ayez prouvé le contraire, 1 architecture trouvée et développée par nos ancêtres ne le cédera à aucune autre, comme type de goût, d'harmonie et d'heureuses proportions. Mais nous ajoutons que, considérée au point de vue de l'esthétique et de la beauté chrétienne, elle n'a jamais eu son égale dans l'univers, et que le portail de Strasbourg, par exemple, est aussi supérieur au Parthénon d'Athènes que l'inspiration mystique, surnaturelle est supérieure à l'inspiration humaine, même la plus heureuse. C'est ce que nous allons voir.

Si nous appliquons les principes d'esthétique chrétienne posés dans ce Dictionnaire à l'architecture catholique en particulier, nous considérerons cette forme aiguë, élancée, cette aspiration incessante vers le ciel gu'affectent nos belles églises du xm* siècle. Ceci n'est point TefFet du hasard ou du ca-

t)rice de l'architecture. Cette tendance à s'éever au-dessus de ce monde visible et matériel nous est formellement indiquée par les chroniqueurs du temps, comme un des besoins de la religion et le principal caractère des monuments qui en sont l'expression la plus populaire. Et à propos de ce mot populaire^ qui est en si grande vogue aujourd'hui parmi nous, est-il un genre d'édifices auquel il convienne mieux qu'à ces magnifiques portails de cathédrales, qui nous représentent en caractères les plus sensibles et les plus intelligibles aux masses, par les milliers de statues qui les décorent, l'nistoire détaillée de l'univers, dans ses trois grandes divisions, de la création, de l'incarnation et du jugement dernier, qui embrassent le passé, le présent et l'avenir de l'humanité tout entière 7 N'est-ce pas en effet un vrai poème de pierre que cette immense façade qui , dans SAS sujets innombrables et symétriquement liés les uns aux autres, sans désordre^

sans confusion, retrace à toutes les générations qui paraissent et disparaissent successivement aevant elle» les mystères consolants qu'elles doivent croire, les événements historiques qu'elles doivent savoir? Sur cette magnifique page de pierreries yeux les plus opaques peuvent lire tout ce qu'il, importe à rhomme de croire, d'aimer et d'espérer.

C'est là vraiment un livre populaire, accessible à toutes les intelligences,.aux plus haur tes comme aux plus vulgaires. Mais n'oablions pas oue cest surtout par ce cachel inimitable d expression céleste»^ surnaturelleet divine, que ces monuments se distinguent de tous les autres et surpassent tout ce que l'antiquité a produit de plus achevé. Nod, le fameux Apollon du Belvédère, cité comme un des types les plus parfaits de la beauté physique et morale, ne m'a pas ému ettrans^ porté comme cette statue qui orne la grande porte de la cathédrale de Strasbourg, statue divine, d'ineffable tendresse et de sereine nukje^té, qui représente la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras, et que la tradition attri*bue auciseau d'une autre vierge de vingt ans, de Sabine, fille d'Ervinde Steinoach, dont nous parlerons bientôt. On voit bien qu'une inspiration, toufe différente dans son origine et dans ses conditions,de l'inspiration humaine» même la mieux organisée, a présidé k cette œuvre merveilleuse. On peut en dire autant d'un grand nombre d'autres statues qui dé* corent soit la fagade, soit l'intérieur de la basilique, et qui, à ce genre d'expression qui n'appartient qu'à elles, joignent le mérite de la beauté physique, par l'harmonie de leurs proportions,* la régularité de leurs traits, la grftce, le naturel et la distinction de leur

Rose. Ici des détails seraient indispensables, fais on n'en finit plus, quand on a une fois entrepris l'analyse, même superficielle, Je cesadmirablesdlusées chrétiens qu'on appelle cathédrales gothiques. 11 faut donc se borner, et c'est avec regret que je me vois réduit à la nécessité de donner seulement la sèche mais exacte nomenclature des magnifiques et nombreux sujets historiques qu'offre la façade du magique portail de Strasbour:^. Après cette nomenclature et un coup d'oatl jeté sur tout Textérieur de l'édifice, noas pénétrerons dans l'intérieur, digne aussi de tout l'intérêt de l'observateur attentif, et dont nous donnerons une description aussi abrégée que possible. Suivra ensuite l'historique de la construction de ce merveilleux édifice, qui a duré plus de quatre siècles, et et un tableau comparatif de la hauteur respective des principaux monuments de l'univers. A l'aide des détails dans lesquels ie vais entrer, et surtout en étudiant la belle vue daguerréotvpée de la cathédrale, on ja-

Sera par soi-même, autant qu'il est possible e le faire d'après une description et une gravure, jusqu'à quel point la cathédrale de Strasbourg et son portail en particolierv par la tendance de son ensemble et de ses parties les plus minimes vers le ciel| par I ex- (Tcssion surnaturelle, mystique, decesmiliers de statues et par les autres caractères

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Sie nous ayons déjà indiqués» offre le caet de Testhétique ou de la beauté chrétienne. Commençons d*abord par la description des statues du portail, et en particulier de celles qui remplissent dans des niches les immenses cordons en archivoltes ogivales des trois portes d'entrée. Il est bon de faire observer que chacune de ces niches» qui sont, du reste » d*un travail exquis, représentant un sujet hiçtorique de TAncien ou du Nouveau Testament» le sculpteur a reproduit» indépendamment des statues des personnages mis en scène» les objets qui devaient n^prer dans les divers sujets qu'il a voulu traiter.

Jhseriptiondes sujets hisioriques représentés dans les cinq grands cordons de niches su^ perposéSf qui environnent ju^qu^à la nais^ sanee de sa voûle^ la principale porte d'entréSf en commençant par le cordon le plus éloigné.

i" sujet. Création au monde.

S. L'esprit de Dieu porté sur les eaux. > 3. La création du soleil et de la lune. k. La séparation des eaux suoérieures d'avec les inférieures.

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