‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 88 sur 168 · La conversion du roi Manassès · texte numérisé non relu

La conversion du roi Manassès

Le troisième cordon rej^résente le martyre

des douze apôtres et des diacres saint Etienne et saint Laurent.

Le quatrième cordon représente les quatre évangélistes et les principaux docteurs de l'Eglise.

Au cinquième et dernier cordon sont retracés les miracles de Jésus-Christ guérissant les malades et les lépreux» rendant la vue aux aveugles» chassant les démons des possédés» ressuscitant les morts ; en tout» plus de quatre-vingts sujets historiques de I ancien et du nouveau Testament» qu'on aper- Soit et qu'on peut suivre très-distinctomeni ans les cinq cordons en voussures superposées au-dessus de la grande porte a'entrée. Immédiatement au-dessous et aux deux côtés de la porte» on voit douze grandes statues représentant les scribes et les prêtres» ceux surtout qui contribuèrent le plus à la mort de Jésus-Christ. On les reconnaît facilement à l'expression de duplicité et de malice qui rè^ne sur leur physionomie sinistre. Sur le pilier qui sépare la porte en deux battants» on voit cette Vierge divine dont nous parlions tout à Theure» qui tient l'enfant Jésus dans ses bras. Au-dessus de la porte et sur la surface de son tympan triangulaire» le sculpteur a exécuté» en divers compartiments, l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem le jour des Rameaux » la sainte cène» le soufflet qu'il reçut chez Caîphe, la flagellation» le couronnement» le crucifiement» la sépylture» la résurrection» l'apparition auxclisciples» la scène de Thomas I incrédule et l'ascension. Il n'a pas oublié la fin tragique de Judas» se pendant par l'instigation du démon, qui paraît derrière lui sous la figure d'un bouc. La grande porte elle-même est d'airain et ornée d'une foule de statues et de bas-reliefs» parmi lesquels on peut lire les noms des sept planètes : Sol^ Lunaj Mars^ Mercurius^ Jupiter ^ \énus^ Sorturnusy et diverses inscriptions fort intéressantes pour l'histoire du monument.

C'est ainsi que la grande porte d'entrée» avec ses immenses accessoires de statues et d'autres sculptures de toute espèce, peut être considérée, à elle seule» comme une magnifique histoire de l'univers» depuis sa création jusqu'à sa rédemption par la mort d'un Dieu. Nous verrons prochainement comment les deux portes de droite et de gauche» et le restant de la façade» complètent cette admirable page historique de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais avant d'en dire un mot» je ne puis m*empêcher de signaler à l'observateur ces groupes délicieux d'anges qu'on voit sur les angles extérieurs de cette grande porte» et qui jouent de divers instruments de musique» traduisant à leur manière le psaume cl*» et célébrant par leurs concerts» en guise dlntermède» le divin auteur de tant de merveilles !

hès deux petites portes de la façade sont surmontées chacune de quatre cordons en ogive» de voussures» dans le^enre des cinq de la (lorte principale. Les niches dont ils sont ornés renferment ésalement de nombreuses et belles statues d anges et de saints*

STR

MCTIOmAQIB

STjEl

ImmédiAtemeni au-dessus dB' la porte de droite, dans le tympau ogival .qui la sépare des quatre condons de niches, ou yoit Jésus- .Cbri3j;».$ouveraio juge,.assis sur un aroen*^ ciel ; plus bas, la résurrection des morts, et a\k milieu» Ses réprouvés de toute condition, i8Qtrant daos la gueule du dragon infernaU Aux.deu?(c6té$ de la porte et iaunédiatemeni au-dessous des quatre rang^ de cordons^ /est représentée la parabole du royaume, des c|eux,^par les dii vierges invitées à la noee. L'époux avec Jes cinq vierges sages sont è la jlroite ; et à la gaucbe* l'épouse avec les cinq TÎerges folles, qnx tiennent leurs lampes renversées, tandis que les autres tiennent )e$. leurs debout. Rien de plus naïf, de plus gracieux,, et en même temps de plus yrai» que cette délicieuse composition, dont le gujet du rest^ s'Mrmonise si bien avec les autres de la môme. porte, que nous venons d'indiauer.

Sur le tympan de la porte de gauche on yoit la purification de la Vierge, ^'arrivée ides Mages, les sept péchés capitaux» repré-» sentes nar des statues, dont cnacuDe a sous les.pieds une tétç oii est inscrit le nom de chaqjPQ péché capital. Aux deux côtés de ces ligures, et comme contraste, on a repré; sente les quatre vertus cardinales, . la prur dence, la justice, la force et la tempérance» . Je ne pousserai pas plus loin ce dénom*bremept, poi^r ainsi dire in&ni, des sujets historiques, religieux» mysjtlques que la jsculpture chrétienne a .retracés sur cet imr ^nense portail. D'ailleurs, les principaux et lés plus nombreux se . trouvent autour des troisi porles d'entrée de la feçade, que nous .Tenons de décrire. Mais quelle harmonie» quelle liaison» quels rapports, admirables entre eux ! Chacune de ces innombrables et jgénéralemept belles statues est à la placé où elle, doit élre. Essayez d'en changer . quelr i]ue$-uQes, et tout J'ordre historique et lo* ffiaùe de classemeQt sera interverti, ettout^ la bel le harmonie de cette mervçilJQuse et immense page de pierre sera bouleversée^ Observons que pour que ri0n ne manquAt à ce caractère .dQ popularité, qui est propre AUX frontispices gothiques» les dimension^ respectives des .statues qui les embellissent, >put été calculées de . manière à ce que çhàr cune pût 6ti:e jTaciiement aperçue du parvis. Cette précaution de l'arohilecte Qt du sculpr jleur nous prouverait suffisamment, quand Qiéme des témoignages écrits ne seraienjt pas là pour nous l'attester» que les construcr leurs de ces édifices ont voulu que leur imr mense surface étalât au grand jour et à la Tuede tous, les fidèles l'eiiseigpement histor rique, parabolique, dogmatique, moral et mystique tle la religion, dans son universalité.

Que dirons-nous maintenant de tout Texr térieur de Ja cathédrale, et surtout de ces deux t)eaux portails latéraux? si ce n'estque

•- (706) On noas assure qite la restauration de ce chieur vient de s'effectuer dans de bonnes conditioiis. Ne pouvant en juger, ni de visu, ni au moyen

par le réseau transparent de sculpture dentelée qui l'environne entièrement; que par labeauiéde ses milliers de statues, et la poésie divine de$ sujets qu'elles représeotent, cet extérieur est digne du magnifique portail occidental, sauf la hauteur gigaotesq)ie et la hardiesse de ce dernier.

Maintenant, ai nous entrons daus Tintérieur de l'édifice» nos yeux ^e seront lias frappés sans doute par l'élévation de la nef principale, qui n'a guère plus de soixaate-r dix pieds de hauteur, ni par ces dimensions colossales qui distillent d'autres monu^ ments célèbres tpls que, pour ne parler que des églises de France, les cathédrales d Amiens, de Reims, de. Rouen, de Paris ; mais ils seront sous le charme de l'effet magique d'immenses vitraux peints» qui, divises en

Juatre compartiments » c'est-à-dire cenx es deux côtés de la nef principale et ceux des ^urs des deux nefs latérales» décorent la basilique tout entière depuis le pa\é jusqu'à la hauteur des voûtes. On peut affirmer, sans crainte, qu'il n'est pas d'églises au monde, qui présente une telle profusion de.peintures transparentes. C'est an point que l'édifice paratt plutôt soutenu par des murailles de verre que .pat de la maçonnerie. Ici la.pierrre devient accessoire» et rœil se perd dans la contemplation de ces immenses fenêtres coloriées où des milliers de personnages de grandeur naturelle re-

Sroduisent Tes scènes de l'Ancien et du iouveau Testament^ ainsi que les principaux faits historiques et les portraits des empereursd'Allemagne.Je ne parle pas desgrou-

f>es admirables de statues que renferme l'iur érieur de cet étonnant édifice, surtout ce fameux pilier des anges qu'on voit dans le tcansept de droite dont il soutient à lui seul la voûte, et qui est orné, de la base au sommet, des (quatre évançélistes et d'une série d'anges jouant de. divers instruments de musique, d'une beauté incomparable. Vais pourquoi faut-il que dans l'intérieur si mystérieux, «i solennel, de cet admirable é*- Jicfi, nousj ayons à relever une irrégularité encore plus choquante que celle que nous avons signalée au sujet clu portail extérieur? Je veux parler dé ce chœur étroit^ écrasjé et DQesquin, dont l'architecture romane, antérieure et tout à fait opposée ^ celle du restant de l'édifice, produit une disparate fort disgracieuse,' en brisant on ne peut plus brusquement Tharqaonie des lignes et l'unité de l'ensemble?, A plusieurs reprises, il a été .question de reconstruire dans un nouveau styre conforme à celui de l'église, ce chceor qu'on attribue. à Cbarlemasne. Mais toujours Qn> a .reculé devant la dépense, qui serait très-considérable (706). En l'état, su faisant abstraction du chœur, et en se plaçant .derrière sa porte d'entrée, on a le Visage'toumé vers la grande porte et la rosace, on ne yoit alors que. le beau côté de l'édifice j et, en

de la gravure, nous sommes obligés de maintenir (néanmoÎDS sous toutes réserves) nos orenùèrcs observations.

STR

DESTHETIQUE CmETIENN^.

STR

TM"

bce de cette rosace flamboyante, et au mi-^ iiea de ces deax immenses surfaces latéra-^ les de yiiraox étincelants, on sefignredifâcilement un intérieur de cathédrale plus riche» plus brillant, pFus solennel. Quoique celié-ci n'atteigne pas leis dimensions de nés plus grandes églises du Nord, elle ne laisse pas d'être fort vaste, puisqu'elle a 335 pieds de long, c'est-à-dire, 3a pieds de plus que celle de Vienne en Dauphiné, qui en a fth de 300, et 95 de plus que celle de Lyon, qui n'en a que 2fc0.

Parmi les nombreux et remarquables objels d'art qu'elle renferme, et âohi la sim-'

|»le nomenclature nous mènerait trop loiuy les est trois principalement, qui attirent Tatteiltion de robservateu^, et que je me contenterai d'indiquer, toujours pour abré-. ger une description déjà si loneue. Co sont : 1* la célèbre horloge, Yéritaole monument dans un autre monument, chefrd'œuvre de Dasy podius, tout récemment restauré» qui indique la marche des constellations^ ]e( cours du soleil et de la lune^ les heures Jes jeurStetc. 2r La chaire à prêcher, du xy* siècle, restaurée en 1834, œuvre remarc[ua-i Ue parla fiaesse de ses ciselures en pierre ft les statues qui la décorent, qu'on doit au' ciseaa de Jean Hammner, en ItôO, et qui, col617,.a été recouverte d'un , baldaquin en bois, par Conrard CuUin et son fils, maîtres menuisiers, 3" Enfin, les magnifiques et ficellentes orgues, dans le goût, il est vrai, da ivm* siècle, puisqu'elles furent frabriqoées en 1714,- par André Silbermann. Néanmoins, soit à raison de la place qu'elles oc-, capent (sur le côté gauche» en entrant par la • grande porte), soit à eause de la grande ri-) cbe$se du buffet entièrement doré, elles) n'offrent pas un contraste trop disgracieux avec le style général de i'édince. Je les ai tntendues plusieurs fois, et j'ai admiré leur paissante »et majestueuse sonorité, qui remplit bien te vaste édifice et en complète le caractère imposant et mystérieux.

Qoel monae, qu'une cathédrale gothique coDsidérée extérieurement et' intérieurement 1 J'ai à peine ébauché , celle de ; Strasr beurg, sauf le grand portail et la touir qui demandaient une notice à part ; et cependant, après tout ce que je viens de raconter de cette merveilleuse basilique, n'est-il pas vrai de dire qu'elle offre un magoifique çt fidèle. résumé de la religion tout entière, eonsidérée .dans son histoire, dans son culte, dans sa iporale et dans s^s mystèresJ.Et . oette réflexion s'applique k toutes celles.que les siècles de foi, et le xniVsurtout, ériçèreot I l'envi sur le sol chrétien. Non, Tes plas renommés parmi les monuments de Cantiquité profane, n'approchent pas de oenx-ci. Qu on .vante tant qu'on voudra la beauté de la foi^ine qu'ils expriment, dit-on, aiiplas haut degr.é ; les nôtres n'ont rien à leur eaî^er sous ce rapport (comme mille preuves sensibles et palpables râttesterout aux! |dus in/Drédules, quand ils voudroat bien prendre, une bonne fois pour toutes, la peine de les regarder) ; et ils les surpassent de

toute la bauteifr de l'inspiration ^ui les a conçus, et de leur sublime et universelle destination, telle que nous venons de l'envisager. En sortant du dôme de Strasbourg, j.e mérdisais, encore sous le poids de tant de magnificences, qu'une vie d homme* suffirait à peine pour les étudier en détail et Lesclas-^ ser. Elles sont>si nombreuses et si variées^ que l'imagination efi'rayé.e succombe elle* même, sous son impuissance.- Aussi, les habitants-de Strasbourg ne peuvent se lasiser de voir et d'admirer ce monument, qui sera réternel honneur de leur cité. Us veillent à son entrelien et à sa conservation avec un soin religieux. Heureusement, rAllemagne, , dont cette ville faisait partie avant sa réunion à la France sous Louis XlV.,vn'ayant pas eu à souffrir de cette renaissance païen*», ne qui a tué l'art religieui en France^ ses architectes et ses sculpteurs se spnt trans-. mis fidèlement les vieilles traditions de co: bel art chrétien, si fécond en merveilles ; en. sorte qu'à Strasbourg comme à Cologne» on trouve facilement des ouvriers, disons mieux, des artistes capables de restaurer, convenablement et dans une imitation ri- . goureuse de leur style primitif, ces vieilles, basiliques. En outre, comme Topulent cha-i pitre de Strasbourg possédait des terres considérables de l'autre côté du Rhin, les. lois révolutionnaires qui ont dépouillé le^ églises de France de leurs biens, n'ont pu. atteindre ceux que l'église de Strasbourg possédait en pays étrangers, en sorte que la • fabrique de cette cathédrale, trè^riche actuellement comparatiyemçnt aux autres »

hormis celle dç Reims, q^i est dans le même cas, prouve dans ses propres ressources, le^ . fond^ nécessaires |)our 1(1 conservation de . l!église,. e,t en particulier pour l'entretien de la tour, qui est très-considérable.

Le moment est yenu n^aintenant de faire lin petit récit de la constr^ctipn du mp-* riument, aui a duré plusieurs siècles*. Jr'ai recueilli à ce sujet des renseigneanehtji, exacts et même intéressants, soit sur lés lieux, soit dans ceux de nos vieux livres qu'on né lit guère aujourd'hui, • et qui cependant sont si pleins de choses curieuses et instructives. Je ne citerai ici que le» grand dictionnaire géographique, historique; et politique des Gaïues et de la f'f ance, d'Ex- » pi lly, «édition de 1770. C'.est une cnine inépuisable de richesses et de faits, qu'on s'attendrait vainement à trouver dans nos livres . du jour, si brefs, s\ insuffisants.

Ceite notice terminera tout ce que j'avais à dire sur la cathédrale de Strasbourg, et sera suivie du tableau dé la hauteur comparative dés principaux édifices de l'univers. , ' Sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la tour et la cathédrale de Strasbourg, s*élevait avant lésûs-Christ, une tour et un temple consacrés, les uns disent, à Mars, les ! autres, à Hercule. Ces deux éiiifices furent . démolis par Attila. D'après une tradition locale, Glovis ayant commencé à rétablir cette ville oCt le christianisme avait été prêché de très-bonne heure par saint Amand,

STR

DIGTIOMMÂIRE

STR

évéque de Tongres, y fit bfttir une petite église sous le titre de la Sainte-Trinité et de la Sainte-Vierge. Le premier évoque connu de ce siège est saint Arbogaste, qui y fut nommé en 638, sous le rème de Dagobert. Ce prince acheya la cathédrale commencée par Cloyis, sauf le chœur qui fut commencé par Pépin le Bref, en 769, et terminé par son fils Charlemaene. Mais en l'an 1003, Hermand II, duc oe Souabe, s'étant révolté contre l'empereur Henri II, prit la ville d'assaut, et ayant éprouvé une grande ré* sistanre de la part des habitants qui s'étaient réfugiés dans Véglise, il ne put s'en rendre niattre qu'en y mettant le feu, qui dévora l'édifice, excepté le chœur de Pépin et de Charlemagne, le même probablement qui subsiste encore aujourd'hui. Douze ans après ce désastre, en 1015, Werner, évéque de Strasbourg, entreprit de rebâtir son église, en pierre de taille, sur un beau plan qui s'est conservé iusqu'î nous. Les fondements en furent jetés sur des couches de terre glaise et de charbon de terre pilé, mêlés ensemble. Werner employa è cette grande œuvre les quatorze dernières années de sa vie. Ses successeurs la continuèrent jusqu'à Tannée 1275, époqueoù elle fut terminée, et qui est aussi celle de la plus pure et de la plus brillante architecture ogivale. Ainsi la construction de l'éçlise proprement dite, dura près de deux siècles et demi.

D'après le plan primitif, la façade principale devait être flanquée de deux tours : celle du nora, telle au'on la voit maintenant, fut commencée en 1^77, sous l'épiscopat de Ck>nrad III de Lichtemberg. Le plan de ces deux tours surmontées d'une flèche, avait été conçu par le célèbre architecte ou maître de l'œuvre, Erwin, né h Steinbach, dans le margraviat de Bade. Il en dirigea lui-même rérecti.on jusqu'à sa mort, arrivée en 1318. Son fils Jean» mort en 1339, et sa fille Sabine, continuèrent la construction sur le même plan et poussèrent la tour du nord jusqu'à la naissance de la flèche. Ce fut pendant cette période que l'on construisit le merveilleux portail, dont les plus belles statues furent sculptées des mains de Sabine de Steinbach. On a voulu plus tard rappeler cette circonstance si curieuse et si intéressante dans les jEststes de Tart chrétien, en érigeant à cette

t'eune fille, sur le cêté gauche du portail laéral {est)^ une statue de grandeur naturelle, qui la représente, en cheveux, et dans le noble et élégant costume du temps, tournée Ters l'église et tenant d'une main le ciseau divin qui sculpta tant d'admirables chefsd*œuvre. En face, à l'angle opposé du portail, on a érieé une autre statue à son père, principal architecte de la cathédrale. Il est aussi tourné vers l'édifice, et il tient de la main droite un marteau, symt)oIe de son art et de ses merveilleux travaux. J'aurais bien Tonla faire ladescription de ce beau portail latéral, tout symbolique, et dont le principal sujet est une magnifique allégorie de la sagesse incréée se manifestant dans le jugement de Salomon. Mais j'ai dû y renoncer.

comme à tant d'autres deseriptionsi pour abréger, autant aue i^ossible, dans une ma^ tière pour ainsi aire inépuisable. Je revieni à la tour du nord.

Après la mort de Jean et de Sabine de Steinbach, elle fut continuée par Tarchiteele Jean Hultz, de Cologne, mort en 1^65, qui conduisit la flèche jusqu'à la couronne, en 1439 sous l'évêque Guillaume de Diesth. La seconde tour resta inachevée, probablement à cause des troubles qui agitèrent longtemps le pays, à l'occasion de la réforme de Luther.

Ainsi, ce superbe édifice, commencé en 1015, ne fut terminé que dans l'espace de quatre siècles et demi. Que de générations y ont apporté le tribut de leurs labeurs et de leurs trésors 1 Les chroniques du temps rapportent que lorsqu'on en reprit la construction, en 12T7, il se manifesta un tel élan parmi les habitants, que plusieurs, victioaes de leur zèle, périrent dans la foule compacte des travailleurs, qui se pressait autour de l'architecte. L'histoire nous a conservé les noms des empereurs et des princes d'Allemagne, oui contribuèrent par leur monift* cence à 1 érection du célèbre édifice.

Mais n'oublions pas que ce fut principe* lement à cette occasion que s'agrandirent et se développèrent les fameuses confréries de maçons, de bâtisseurs d'églises, origine primitive de la franc^maçonnerie moderne* Formées d'abord dans la Lombardie, elles s'étendirent successivement jusqu'à Chartres, Rouen, Strasbourg et construisirent les plus belles cathédrales de France, d'Allemagne et de Belgique. « Ces corporationst dit Thomas Hope, dans son Histoire de l'architecture se rattachèrent toujours à l'église 3 ni pendant lés guerres de la féodalité était evenue l'unique asile de ceux qui voulaient cultiver les arts de la paix. Parmi ces arts, ceux mêmes qui n'avaient rien d*essentiellement religieux étaient cependant pratiqués par les moines et par les membres des ordres sacrés. Ne soyons donc point surpris que l'architecture des temples, si intimement liée avec toutes les branches du culte et de la hiérarchie, soit devenue une des occupations favorites des ecclésiastiques. Jaloux de diriger eux-mêmes la construction de leurs églises et de leurs monas* tères, et d'en régler les dépenses, ils se firent recevoir membres d'une institution dont le but était si noble et si sacré, et qui, complètement indépendante de toute juridiction civile et locale, ne reconnaissait d'autre chef direct que le Pape, et travaillait sous son autorité immédiate. Aussi voyonsnous des ecclésiastiques du plus haut rang, des abbés, des prélats, des évêques, ajouter à la considération de l'ordre des francs-maçons, en s'y faisant agréger ; nous les voyons donner les desseins de leurs églises, en sur* veiller la construction et employer leurs propres moines dans les travaux de maind'œuvre. Les souverains aussi jugèrent qu*il était de leur gloire et de leur intérêt de conférer à leurs loges nationales de francs-maçons des honneurs et des privilèges égaux à

STR

DESTHETIQtJE €»£fffiNNE.

STR

ceux qn'ils tenaient du chef même de la chrétienté. La perfection de la cathédrale de Strasbourg fit que la loge des francs^maçons de celte ville fut reconnue par un acte solennel» passé à Ratisbonne en 1U8, pour la Sremière de toutes les loges allemandes de ussie» Souabe, Bavière, Franconie, Saxe, ThurÎDçe et autres ; et en 1^98, Tempereur Maxiroilien 1*% ratifia et confirma solennellement cet acte, par un diplôme délivré à Strasbourg. •

Voici maintenant quelques détails sur la manière de procéder, de ces confréries, dans rérection de nos belles basiliques. Je les empruntée Texcellent Manuel des connaissances Mliles, de Mgr Dévie, évoque de Belley :

« Dès que les confrères étaient avertis qa*i1 y avait quelque part une église à bâtir, U9 s*y rendaient en troupes de tous les diocèses voisins, après avoir pris la bénédiction de leur évèque, et ils se mettaient au travail avec une ardeur incroj^able. Le chef, appelé maiire de Vart^ employait chacun selon son talent et ses forces. Ainsi les uns taillaient la pierre, les autres coupaient et façonnaient les bois, brovaient Je ciment, ma- «riaient la truelle ou faisaient fonction de manœuvres, en transportant les matériaux <m les provisions de bouche. C*était un spectacle inouï de voir des militaires, des nobles, des riches, des hommes de plaisir s'attacher à un char, en esprit de pénitence, et voiturer eux-mêmes le sable, la chaux, les bois, les pierres et les autres matériaux nécessaires pour Tédifice sacré, et se faire les serviteurs et les manœuvres des ouvriers. Mais ce qui était plus étonnant en« core, c'était l'harmonie, la subordination et le silence religieux qui régnaient dans les vastes ateliers où se trouvaient réunis tant de personnes différentes, plus accoutumées à commander qu*à obéir. Les ecclésiastiques donnaient l'exemple, et faisaient de temps en temps des exhortations pour inciter à la pénitence et au souvenir de la présence de Dieu, pour la eloire duquel on s'était mis au travail. Ces bons sentiments étaient entretenus par le chant des hymnes <t des cantiques en l'honneur de la sainte Vierge et é%s saints. S'il s'élevait quelque difficulté, on se hâtait de Tapaiser, et on chassait de l'atelier ceux qui refusaient de vivre en paix et de pardonner à leurs ennemis Haimon, abbé de Saint-Pierre-de-

Dives, en Normandie, dans une lettre écrite dans l'année 1145 aux religieux de l'abbaye de Tutteburv en Angleterre , raconte avec admiration rempressement avec lequel les hommes puissants ^t fiers de leur naissance et de leurs richesses, accoutumés è une vie roolJe et voluptueuse, s'attachaient à un . char pour transporter des pierres, du boîs, i du sable, pour la construction des églises. Haimon ajoute que pendant la nuit on allumait des cierges sur les chariots qui avaient servi à ces transports ; qu'on veillait, en cbaAtant des hjrmnes et des cantiques...» Suivent des détails sur les plus célèbres confréries de maçons, et notamment sur

celle de Strasbourg, dont j^ai déjà parlé. Cette association , continue l'historien, fut confirmée par les empereurs d'Allemagne ; elle avait tant de réputation que le duc de Milan (Galéas de Visconti) demanda, enliiAl, un architecte, qui 0U était membre, pour diriger la construction de sa magnifique c^athédrale.

« C'est aonc par les travaux de ces sortes de confréries (]ue furent bâties les églises de Saint-Denis, de Chartres, d'Amiens, dé Beauvais, de Strasbourg, de Cologne, d'Autun, de Vienne en Dauphiné, de Lausanne en Suisse, de Genève, et la plupart des belles églises de la Normandie, du nord de la France, de la Belgique et de l'Angleterre. »

Tel était Fentcainement qui poussait alors les populations vers ces constructions monumentales, que l'on vit plus d'une fois des enfants, des femmes, des dames du haut parage s'atteler aux voitures qui transportaient les matériaux du futur édifice. D autres y jetaient leurs bijoux d'or et d'argent, leurs pierreries, les diamants les plus précieux. Des actes authentiques en font foi, et ils nous apprennent aussi qu'il n'était pas rare de trouver de jeunes filles qui, à l'exemple de Sabine de Steinbach, se vouaient ft la sculpture des portails. C'est à elles (|ue nous devons la plupart de ces statues si naïves, si belles, de vierges, qui, après avoir vu passer tant de générations, nous apparaissent encore, au milieu des compartiments les plus gracieux, tenant à la main la palme du martyre ou le lis de la pureté.

Mais il est temps de dire adieu à notre merveilleuse cathédrale de Strasbourg. On la vante beaucoup sans doute, et néanmoins elle est peu étudiée et très-peu connue. Voilà pourquoi je m'y suis complaisamment arrêté.

Maintenant, comme appendice de ma dissertation sur la cathédrale de Strasbourg, voici le tableau de la hauteur comparative des principaux monuments de l'univers. Je le donne d'après les mesures les plus récentes et les plus exactes qu'il m'a été possible de me procurer :

pieds, met. c.

Page 1