TO!I
7fi
œuvres, un traité intitulé : Opuictdum thfO" ricum de muiiea: il est divise en quatre livres, et le premier traite spécialement des huit tons, Deoeto tonis.
Saint OdOD, abbé de Cluny, mort en 942, un des plus célèbres théoriciens de son temps, a, dans son dialogue surlamusique» donné les formules propres à chaque ton, formulœ tonorum.
Dans le même x' siècle, Hucbald, né en 932, moine de Saint-Amand, au diocèse de Tournay, habile compositeur de musique sacrée, a, dans son bel ouvrage intitulé : Muêica Enchiriatis^ donné une table des huit tons en deux notations. Voici le titre de ce petit traité des huit tons : Commemoratio (Commutatio) brevis de toniê et psalniis mo^ itulandis.
Enfin, dans la première moitié du xV -siècle. Gui d'Arezzo a discuté dans divers traités, qui sont parvenus jusqu'à nousjes *questionsdu chant liturgique, d'après notre constitution tonale, universellement admise de son temps. Dans le Minologue^ son principal ouvrage, il traite (chap. 12) de la division des quatre modes en huit, et (chap. 13) de la connaissance des huit modes, ae ieur acuité et de leur gravité.
Nous ne pousserons pas plus loin ces citations, car ell^s deviennent plus nombreuses et plus explicites encore, si c'est pos- -aible, au siècle suivant. En présence de tant de monuments irrécusables de la constante tradition des écoles touchant la constitution tonale ecclésiastique, peut-on sérieusement avancer, comme on l'a fait dans ces derniers lemps, que cette constitution n'esit qu'une œuvre établie après coup, une •œuvre systématique, inventée par l'ignorance, accueillie et soutenue par la routine? Peut-on surtout insinuer qu'il est « possible qu'au moyen (ge^ qu^au xiii* siècle même, se soient trouvés des hommes amateurs de catégories* qui aient pris l'effet pour Ja cause, et aient conclu en faveur d'une divi'sion rigoureuse par modes constituant une tonalité exclusive, » lorsque les monuments prouvent, tout au contraire, que cette tonalité était constituée bien avant lo XIII* siècle, et que ce xiii' siècle, au lieu d*avoir été l'époque où s*établit une classification rigoureuse de tonalité, fut plutôU ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer ailleurs, celle oiSi se manifesta plus sensiblement la tendanceà s'atfranchir des règles et à créer un système de musique plus libre, plus populaire, à côté de l'ancienne constitution tonale, qui ne cessa point d'être observée, malgré cela?
Nous n'examinerons pas ici la difficulté qu'il y aurait eu, à ce xin* siècle ou à tout autre, de faire prévaloir dans le chant litur-
g'quelœuvre individuelle d'une classificam arbitraire, sans qu'aussitôt ne se fussent élevées de toutes parts des réclamations énergiques contre une telle nouveauté, surtout a une époque où TEglise possédait un corps complet de chants dus h Tinspiration 4io lam de saints évoques, prêtres et reli-
Fieui; a.ors que tout ce qui aboutissait à art chrétien, était Tobiet des préoccur^ations universelles. Seulement, nous aformons que, dès les premiers siècles, ITglîse a reconnu une classification tonale gni servait de base à la composition et à l'exé^mtion de ses chants pour l'office divin, comme le prouvent les documents irréfragables que nous venons de citer. De plus, nous ajoutons que, depuis le xii* siècle, cette classification, perpétuée jusqu'à nous par une constante tradition, a été véritablement sensible dans la plupart des pièces de chant des manuscrits, et plus tard, dans les livres de chœur imprimés.
11 ne suffirait pas de dire que l'indication des modes ou tons ne se trouve presque jamais en tète de ces morceaux de plain-chant (circonstance bien minime, du reste, pour ceux qui ont Quelque habitude des manuscrits) ; mais il faudrait encore prouver, par l'examen comparé des versions cantorales de chaque siècle, que cette constitution tonale n'y est pas plus sensible dans la contexture mélodique que dans le titre. Or, c'est ce à guoi Ton ne parviendra jamais. Je puis certiner, en ce qui me concerne, que parmi les nombreux manuscrits des xi% xii*, xiir et XIV siècles, que j'ai compulsés çn divers temps et en divers lieux, j'ai remarqué l'observation générale des règles de la tonalité. Qu'il y ait eu à quelques époques du moyen Age, comme il y en a encore aujourd'hui, de ces pièces de plain-chantgu'on ne peut rattacher à aucun des huit modes, el
f)Our lesquels on a inventé les tons irréguiers ; qu'ily ait dansles hymnes et séquences des élans d inspiration et de poésie, qui, plus d*une fois, ont brisé l'échelle modale ; bien plus, qu'il y ait eu en dehors de la constitution tonale qui nous occupe, un système de musique, plus libre, plus populaire, tel qu'il se montre visiblement au xiii* siècle ; enfin, que, même dans ces derniers temps, on ait vu se multiplier, au grand préjudice du chant liturgique, ces prétendues méthodes de plain-cnant dont les auteurs, étrangers aux premiers éléments de la constitution tonale, ont entrepris la ttehe monstrueuse d'accoupler à cette antique tonalité celles des temps modernes, avec tous ses accidents ; ce sont là des particularités qui ne sauraient être l'objet ni d'un doute, nid*une discussion. Ce sont des exceptions, et l'exception confirme la règle, au lieu de la détruire. On dit que les préceptes de Tart poétique et de l'art oratoire ne sont venus qu'après les poètes et les orateurs; sans doute, et cela prouve seulement qu'il existait avant ces préceptes une véritable éloquence et une véritable poésie, au foyer desquelles les poëtes et les orateurs ont puisé leurs belles inspirations; puis, les règles établies après coup n'ont été que la confirmation et la consécration des lois éternelles du beau. Mais l'histoire du chant ecclésiastique nous offre oette particularité, que les règles en sont aussi anciennes, que la com{K>sition du chant elle-^ménie. Nous
Ibl*
ULblHEllUbE CmiETlIâNNE.
TUL
▼eoons de le démontrer par des citations péremptoires qui ne sauraient laisser aacim doute snr ce point.
Fojf. GmiooRiBN {Chant) , Contrb-point»
Harmonie, Modes ECCLisusTiQUEs, Musique, Op6ra.
TOPAZE (La). Pierre et couleur symbolique. Vojf. CÔ0LBI3RS.
TOREUTIQOE (La). Voy. Sculpture.
TOURNAY (CiTHéDRALE de). Voy. Dimensions.
TRAINI. Peintre» disciple d*Orcagna. Voy, Peinture*
TR01S-CHATEAnX(CATHiDRALE DE Saint- Paul). Voy. Romano-btzantin (Style) , DÉ- TAiLS, Frange.
TRONES (Les), foy. Anges.
TROPHIME (Eglise DE Saint-), à Arles.
Foy. Sculpture.
TULLE (Antiphonaire manuscrit de l'Abuse DE Sainte). Nos lecteurs nous sauront gré, sans doute, de consacrer une digression spéciale et un peu étendue à un manuscrit célèbre parmi les iconographes, et d'autant plus précieux, que peu de personnes ont la fth cultédelevoir et deTadmirer. Je veux parter de VAntiphonairede Sainte-Tulle, qu*un heureux concours de circonstances m'a tout récemment permis de voir et d*ap(>récier comme Tun des plus magnifiques chefs-d'œu- ▼r€ de Tart chrétien (TIO).
ATant dt reproduire les notes qu'il m'a été donné de recueillir sur ce splendide chefd'œuvr^ pendant les quatre ou cinq heures que i'ai mises h en dérouler les superbes leailiets dans le presbytère si hospitalier de la paroisse de Sainte-Tulle, je dois entrer dans quelques détails sur sa provenance et sur la sainte dont il porte le nom.
Sainte-Tulle, ancienne ville gallo-romaine, connue sous le nom de Tetea (711), est aujourd'hui une commune de onze cent cinquante habitants, dans le canton de Manos- Que, département des Basses -Alpes. Son ^lise dépendait autrefois de la commanderie de l'ordre de Malte, dont le chef-lieu était Manosque, et c'est ce qui explique le titre du prieur commandataire qu a pris Jacques Bremond, donateur de l'AnitpAonatre, objet de cette notice (712). Voici le texte de ce titre qui sert de frontispice à l'ouvrage. 11 est richement eccadré, et plusieurs des gros-
(7i0) Il y a quelques années, M.Didron ayant eu roccasion de le voir à Marseille, où il avait été apporté rooiDentanément, s^écria : Pi oui tCavom rim ^amêêi beau à Parlé.
(711) Au v]« siècle elle prit le nom de Sainte- Tulk, fille de Tillusti'e Eucher, sénateur romain, devenu depuis évéque de Lyon, qui d'abord s'éuit retiré dans une grotte sur les bords de la Durance. Tullia mourut près de lui en odeur de sainteté. Elle avait une sœur ainée appelée sainte Cunsorce.Après sa mort elle apparut à sa mère Galla, pour lui auuuncer qo*elle était dans le ciel où elle Tattendait, Ci que son époux deviendrait évéque de Lyon. Il est bon de remarquer que cette ville a eu deux illustres évéques du nom d*£ueher. Celui dont il s'agissait ea le damier par ordre de date ; il vivait au vi* sié eJe. (Voir la Vm de saîii/c CoiMorccdans les Acia Smclamm du P. Mabillon, l. 1*'.)
ses lettres dont il se compose sont en or.
MAGISTEA JACOBUS BBEMOND
pbbsbtter ex PAGO
NBAULA
DIOKCESIS TOLONENSIS ORIUNDUB
PBfOR GOMHENOATOB
HUJUS PAROGHif
BTM TDLLIM COMCEX ISTUM DONO DEDIT ANKO 'dOMINI SEPTINGBNTESIlfO QUARTO SUPRA MILLESIUUV.
On le voit, il ne s'agit point ici d'un manuscrit du moyen Age, mais d'un antiphonaire qui ne remonte pas au delà d'un siècle et demi. Cette date relativement moderne explique le genre mixte que nous offre ce livre précieux, et quant à l'ordonnance des sujets, et quant aux rostumes et à l'expression des nombreux personnages qu'ils représentent. En effet, si les traditions et les pratiques de l'iconographie chrétienne y revivent encore en partie, surtout en ce qui se rapporte à l'expression mystique ;.d*un autre câte, les inspirations de la peinture moder* ne, surtout en ce qui concerne l'imitation do la nature, s'y laissent clairement apercevoir. Toutefois, la part, si large pour le temps, qui y a été dévolue à la peinture mystique, a lieu de surprendre quand on considère l'état de dégénérescence où était arrivé l'art chrétien en 170&-, époque où fut terminé cet admirable manuscrit. C'est ce qui me fait croire qu'il n'a pu être composé.que par des religieux, attendu c|u*eux seuls avaient conservé quelques étincelles du feu sacré; et, comme la paroisse prieuré de Sainte-Tulle dépendait de l'abbaye de Saint -Victor de Marseille, c'est probablement dans ce célèbres monastère qu'aura été exécuté le superbe Antiphonairequi lui était destiné. Quoiqu'il en soit, ce livre, merveille dej'art, après avoir échappé^ comme par miracle, à la rag9 destructive de nos iconoclastes révolutionnaires, existe encore, dans son intégrité, Suoique légèrement endommagé. 11 est coné à la garde d'un prêtre aussi intelligent que pieux, qui en connaît tout le prix. Mous allons en décrire les vignettes (713) etlesfron-
(712) Le format en est grand in-folio, et les notes de plain -chant, de même que les lettres, ont presque la hauteur du travers du petit doigt. Il a près de deux cents pages. Ce qui ajoute au prix dts cet inestimable manuscrit, c'est qu'au lieu d'être écrit sur parchemin, qui n'est ou'une peau de mou* ton préparée, il est au contraire sur vélin, qu'un confectionne avec la peau de veau mort-né. Confie à la garde d'un ecclésiastique plein d'intelligence et de zèle, M. l'abbé Bellier, curé de la paroisse du Sainie -Tulle, ce magnîttque Antipbonaire est conservé avec tout le soin que rédame un tel chefd'œuvre de l'art chrétien.
(713) Chaque lettre initiale d'une des parties du même office forme une superbe vignette hi8toriée.A la tète de chaque office se trouve, en guise de fron« tlspice, une magnifigoe peinture représentant le principal sujet de la leie.^
Tll
TDL
tispices, en suivant Tordre de ta pagmatiori. A la première page et aux premières yéprès de Noël, la vignette (initiale) représente saint Joseph et la Vierge allant en Judée, pour obéir à Tédit d^Auguste, au sujet du dénombrement. Cette vignette forme un carré parfait de 15 centimètres» relevé par une bordure en or et coupé par un grand R {7U) aussi en or.
Là vierge sur Tftnesso n'a pas une expression assez mystique ; son C'Ostume et sa pose sont trop modernes; néanmoins, ce type est bien supérieur à ses analogues des xvu* et xviii' siècles. L'attitude de saint Joseph, qui marche derrière ce modeste équipage, est plus conforme à celle que les peintres du moyen âge ont prêtée au père nourricier de Jésus-Christ.
La deuxième vignette de VTntroU 'de la messe de minuit, ad Missam in nocte^ représente, au centre, couché sur la paille, le nouveau-né, la Vierge, les bras étendus, en adoration, et saint Joseph, dans l'admiration de ce grand événement qui va changer la face du monde. La figure de la Yieree est expressive; ses mains laissent à désirer. Saint Joseph est mieux. L'Enfant Jésus, étendu par terre, est remarquable par la teinte légèrement violacée de tout son corps.
Nous ferons les mêmes observations sur le frontispice, enluminé 'd*or, qui se trouve en tête de la page 39, m Navitate Dotnini, et qui contient les images de la Vierge, de saint Joseuh et des bergers en adoration aux pieds de 1 Enfant et lui offrant un agneau. La vignette (initiale) de l'Introït de cette messe du jour. Puer natu$ est nobis, nous présente un berger jouant de la cornemuse, précédé de son chien, parfaitement traité, qui tourne la tête en arrière pour regarder un berger donnant le bras à une bergère et tenant une houlette de la main droite.
La page kk se termine par une farandole provençale de deux bergers et de deux bergères, avec les costumes du temps. Au bas du tableau, on voit encore un chien admirablement rendu, qui regarde en arrière Tes- Eèce de pifferari qui joue de son instrument, elte farandole champêtre, exécutée le long d'un massif d'arbres verts se détachant sur le fond d'un ciel bleu, offre un tableau des plus naïfs, des plus çracieux.
La vignette (page l5) de la première antienne des secondes vêpres, Tecum princi" S'ttm^ qui représente un sujet analogue à la te, est unedes moins bien réussies. Celle de rintroit de la messe de saint Etienne, Sederunt principes, est remarquable par l'attitude du saint, à genoux, au moment où il va être frappé, regardant le ciel où l'on aperçoit au coin du médaillon le Père éternel et le Fils tenant sa croix à la main, qui lancent les rayons de leur divinité jusqu'à lui. On remarque aussi les figures des bourreaux qui le lapident. Au c6té droit, on voit un jeune homme (Saut) qui garde les vêtements du saint martyr.
La vignette de l'Introït dé la messe de saint Jean, Inmedio ecckêiœ [[)a§e 56), présente un groupe assez insignifiant de juifs et de gentils qui écoutent la parole de l'Apôtre. Mais le personnage principal y est représenté à la hauteur du sujet. Son attitude est noble, inspirée; les draperies de son vêtement sont
{)anaitement jetées; à ses pieds est une émme tenant un enfant dans ses bras, et dont la pose et la figure sont également distinguées.
A l'Introït de l'Epiphanie, Eece advenU (page 62), nous vovons les trois mages, revêtus de leurs riches costumes , se mettre en marche» avec leur nombreux cortège, pour Tenir déposer leur offrande aux pieds du nouveau-né. La page 66 nous représente là sainte Vierge tenant dans ses bras l'Enfaut Jésus, qui, les mains étendues et avec l'intelligence et la bonté d'un Dieu, reçoit successivement les hommages des trois rois, éclairés par l'étoile qu'on voit projeter sur eux ses rayons lumineux. Tout est remar-
auable dans la figure, la pose et le costume e ces trois personnages. Seulement, leurs mains laissent beaucoup à désirer, de même
3 ue celles de saint Joseph, qui est représenté ans une attitude de religieuse surprise derrière la Vierge, au fond du tableau.
La vignette de la page 72, aux premières vêpres : Qui me confessus fueriiy de saint Biaise, évêque et martyr, et patron de Sainte- Tulle, le représente au moment où il prècJxe au peuple de Sébaste. A gauche, au bas du tableau, une femme tient un enfant dans ses bras. Une autre vignette à Tlntroït SacerdO' tes Dei (page 76), nous retrace sa décollation, lorsque, revêtu de ses habits pontificaux, il est à genoux et prie pour ses nourreaux. A la page 82, qui est la dernière de Tofllce du saint, on admire un médaillon malheoreusement endommagé, qui représente au naturel un bouquet de roses, d anémones» de tulipes et d'œiUets.
Le beau frontispice de la page 83, qui annonce Toffice de la fête de la Résurrection, nous présente Jésus-Christ sortant glorieux du tombeau et renversant les gardiens du sépulcre, frappés de stupeur. Le Christ offre dans toute sa personne et surtout dans sa figure une expression vraiment divine. Tout son corps, légèrement violacé, est lumineux. Il répand autour de lui un éclat divin. Les deux côtés de ce frontispice, l'un des plus remarquables du manuscrit, sont ornés de riches et larges enroulements qui se détachent, comme tous les autres, sur un fond or massif.
La vignette de l'Introït, Resurrexitf représente l'apparition de Jésus à Madeleine, sous les traits et avec l'instrument d'un jardinier. Cette messe de Pâques se termine ( page 90) par un médaillon où Ton voit saint Jean courant au sépulcre du Sauveur plus vite que faint Pierre, qui le suit de loin. Cette scène naïve se passt; au bas du mont Cal-
(7i4) Cet R est rinitiale du premier mot de ranlienne fle« pad/îcui.
TUL
DESTIIETIQIJE CHRETlEiNNE.
TUL
ipaire, qu*on reconnaît aux trois croix dont il est surmonté. A la page suivante, dans Vinitiale de la première antienne des secondes TÔpreSy Angélus t on voit les saintes femmes avec des parfums. Elles viennent voir le tombeau où Ton avait déposé Jésus, et sur la pierre duquel Tange assis , après Tavoir soulevée, leur dit : Il est ressuscité^ il n'est plus ici. On remaraue la figure gracieuse de cet ange et celle pleine de douceur de Ma^» deleine, h qui il adresse la parole. Cet office de PAques se termine par le tableau d'une |[4che fluviale le long aune rivière coulant dans an riche et vert paysage» qui se dessine sur un fond bleu de ciel.
La vignette (initiale ) de llntro'it de la seconde ferie de PAques : tntroduxit ws (page 95), représente un paysage abondant en fruits et en oiseaux aquatiques, symbole de la terre promise, au double point de vue physique et spirituel. Cest pourquoi elle est eouverte d'une riche moisson et de toute sorte de produits. A droite, on remarque un arbre magnifique tout chargé de grenades,^ qu'on prendrait pour des fruits réels.
L'Introït (page 100) : Aqua sapientiœ po-^ ttmt €OSf de la troisième férié après PAques, BOUS présente des groupes délicieux de charmantes têtes d'enfants s'abreuvant à la source de Teau de sagesse, qui jaillit de la vie éternelle. Au bas de la dernière page de cet office de la troisième férié, on voit une belle vignette représentant une. riche corbeille de fleurs, parmi lesquelles on distingue des tulipes, des roses et des anémones.
La page 106, où commencent les premières vêpres de sainte Tulle, fixée au 21 mai, nous oflve l'initiale de la première antienne : Hœc est Yirgo sapiens^ dans une vignette oà la bienheureuse Tullia, en costume romain, robe blanche avec bordures dorées, tient à la main, comme une des vierses prudentes, la lampe de la sagesse allumée.
A la page 108, dans Tinitiale de l'antienne de Magnificat, dixit beata Tullia malri suœ^ cur velut amissam luges ^am Dominus in consortium sacrarum virgtnum introduœit?
Elle apparaît à sa mère, après sa mort, lui recommandant de ne pas pleurer, puisque Jésus-Christ l'avait reçue au nombre de ses épouses. Derrière elle on voit un grand nombre d'autres vierges.
Les. pages 110 et 111. contenant l'Introït de la fête solennelle de la sainte , nous offrent certainement tout ce que l'art de l'enluminure a jamais produit de plus riche, de plus éclatant.
Dans ces deux grandes pages, toutes ruisselantes d'or, les lettres, les notes de chant, et jusqu'aux barres, sont entièrement de* ce précieux métal, et offrent de plus un relief très- prononcé. Chacune de ces splendides pages est rehaussée d'un magnifique encadrement semé d'arabesques et d'or. On y admire neuf petites et délicieuses vignet-
tes qui retracent la vie et la mort de la sainte. En voici la description (715) :
« Le numéro 1 nous représente saint Eucher^ accompagné de ses deux filles, Tullia et Consortia, recevant Galla, son épouse,
aui descend d'une barque avec voile et baneroUe, ce qui semble prouver, avec M. Tolosan, que la Durance était autrefois une riviètre navigable autrement que pour les utriculaires de Calvet.
«Au numéros on voit la sainte en tunique blanche, debout au pied d'un mont scabreux et rembruni, qui ne pouvait qu'être l'ancien Mont Mars , notre Runade moderne, parlant à son père, déjà enfermé dans sa grotte, lui foisant peut-être ses adieux, ou recevant de lui des instructions relatives à la perfection et au bonheur de la vie solitaire.
ff C'est dans le numéro 3 que l'on voit des chasseurs de Cucuron , amenant la sainte qu^ils ont trouvée en prière dans sa solitude ; le costume de cnasse y est complet. On .sait par tradition que Tullia, amenée à Cucuron, se déroba miraculeusement dans la nuit, à ses gardiens, et revint à sa crypte de Tetea.
«Tulle est en oraison, sur je seuil delà chapelle, dans la vignette n"" fc, où diverses personnes à genoux s'unissent à ses prières.
^ Au n"" 5, Tulle fait sentir des fleurs aux malades et les guérit. La tradition a perpétué ce souvenir jusqu'à nous, et le jour de sa fèie son buste, porté à la procession, est chargé de fleurs ; elles sont ensuite distribuées au peuple, qui les conserve religieusement.
« Un linceul funèbre indique, au numéro 6, que Tulle est morte; on v voit un rayon d'immortalité qui,, du haut du ciel, vient se projeter sur elle. Rassembli^e auprès de sou tombeau , la population de Tetea l'arrose de ses larmes, et c'est ce que nous apprend la vignette n' 7.
« C'est dans le numéro 8 qu'on voit un ange présentant à Jésus-Christ la sainte, reyètue de sa robe d'innocence.
«r Enfin, dans le numéro 9, la sainte s'é* levant au ciel, est fixée par la population entière qui, prosternée, l'invoque dans ses ferventes prières et demande sa bénédiction^ non-seulement pour elle et pour ses enfants, mais encore pour leurs descendants, chez lesquels la mémoire des bienfaits delà sainte sera toujours en vénération, et perpétuellement invoquée dans les calamités publiques.
« La page 119 de la première antienne de 1 Ascension : Viri Galilœi, nous représente Jésus-Christ montant au ciel en présence de ses onze apôtres. C'est une œuvre d'inspiration sublime.
« A la page 122, on ne voit plus que les pieds du Sauveur, le reste du corps étant dérobé par un nuage à la vue des assistants. Mais les figures des apôtres y sont plus ex-
(715) Nous la prenons dans VHûtotrc de sainte Tulles de M. Robert, éditée à Digue,, cliez Re pos, i8i3.
TUL
MGTIONMAIRE
TUL
lU
pressiTes et plus variées que aans le sujel précédent. Celles des deux anges sont aduitrables. Ces deux anges, et notamment celui qui est le plus en vue, sont d*une grande beauté.
^ La page 127, des premières vêpres de la Pentecôte : Cum complerentury représente saint Jean à côté de Marie, au milieu des apôtres, qui tiennent des livres et qui sont eu oraison dans le cénacle.
« Le frontispice, en tète de la messe : Spiritui Domtnt, est d*une exécution admirable, surtout par son magnifique dessin d*arabesques rouges sur fond or. La vignette de rintroSt iSpiritus />omtnt, nous représente la prédication de .saint Pierre. On y remarque des rabbins, des scribes et des pharisiens, des Parthes, des Mèdes et des Elamites, symbole de la conversion de tous les peuples, dont celle des trois mille auditeurs de saint Pierre était Tavant-coureur. Au bas de la dernière page de cet office, on voit un superbe bouquet de roses.
« Pour la Fête-Dieu : In festo corporis ChristU la vignette (p. HO) de la première antienne des v6()res : Sacerdos in œternum^ nous offre un sujet bien approprié à la solennité , dans la rencontre d Abraham, vainqueur du roi Chodorlahomor, avec Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Très- Haut, qui bénit et lui présente le pain et le vin, en sacrifice au Seigneur, et comme figure de celui qui devait consister dans le l>ain et le vin eucharistiques.
« Le frontispice , en tête de la messe du jour, présente des teintes ôfeu, rouge et or, d'un effet magique^. On y remarque les anges en j)TÛat7/e5, qui offrent des corbeilles de raisins. Le tableau de la Cène que fit Jésus-Christ avec ses apôtres, est admira^ble d'expression et de coloris. Au bas de la dernière page de l'ofiice est un beau médaillon représentant des fruits symboliques peints au naturel.
« La première antienne, A^iumpta est (p. 161) aes vêj[)res de TAssomption. nous offre dans son initiale : la Mort de Marie. La Vierge est sur son lit de mort, entourée des apôtres et de plusieurs saintes femmes. L'attitude de chaque personnage est grave, silencieuse, et telle qu'elle convenait k la circonstance. Cette partie de l'office se termine par une belle corbeille de fleurs.
« Mais le frontispice ({ui, à la page 165 , représente son Assomption , est un tableau plein de erAees et d'animation. Les anges enlèvent Marie dans le ciel, au milieu d un concert exécuté par un groupe d'esprits célestes, munis de toutes sortes d'instriimenls de musique, tels crue trompette, basson, violoncelle, mandoline, guitare, violons et chœurs de petits angles ou chérubins tenant (les papiers de musique à la main ou sur les genoux. La pose de la Vierge, portée
(716) Les ceins de ce magnifique firontispice, vériuble ebe(-d*Qravre, sont oroés de beaux vases de flf urt iiur fond or. {Nou de Vttuieur.\
(717) Pour mol, je vais plut loini.en avouant ^ue
surjun nuage, est toute aérienne, et son cortège nous annonce la reine des cieux (TIM. « Une vignette, k la même page, nous offre une seconde image de l' Assomption.
Elle est accompagnée de moins d'éclat et de moins de pompe que celle du frontispice. Quatre anges seulement enlèvent la Vierge. Hais quel tableau 1... L'art y brille d'auUnt plus qu'il est entouré de moins d'ornements. L'admiration que sa vue excite est telle qu'on serait presque tenté de croire
Îue le pinceau de 1 Albane, du Guide et da itien n'a jamais pu produire rien de plus gracieux et de plus parfait (717). Le corps de la Vierge, dans sa merveilleuse Assomption, semble n'avoir plus rien de terrestre. Elle s'envole, comme une ombre animée, sur les ailes d'une puissance surnaturelle , ei qui est invisible à nos yeux. Qui pourrait douter un instant que l'artiste, qui i eu une si heureuse inspiration et une main si habile et si intelligente, n'ait reçu une mission d'en haut, à la recommandation de notre jeune sainte, pour nous laisser un si beau modèle de la mère des gr&ces, qu'on n'intercède jamais en vain auprès de son fils. Sauveur et Rédempteur du genre humain?
« La page 171 (à l'antienne des premières vêpres de la Toussaint, Yidi turbam mgfîam) nous retrace les symboles cju'actéristiques des quatre Evangélistes avec une grande simplicité et sans ornements. Mais le frontispice de la page 176, consacré à la fête de tous les saints, nous représente les vingt-quatre vieillards de VApocalypie^ ran-
Êés en cercle aux pieds du trône du Très- [aut, qui est peint avec une véritable ma* jesté divine. Ils tiennent chacun une con** ronne d'or à la main ou sur la tète ; tous sont revêtus d'une tunique blanche,, et forment une espèce d'Aréopage sacré, accompagné de toute la splendeur convenable à une pareille solennité.
« L'introït de la messe, à la même page, contient un encadrement où figurent cfivers apôtres, notamment saint Pierre et saint Jean, et une cinquantaine de disciples ; oiûs la Trinité est représentée au haut du cadre^ sous les traits du Père, du Fils et du Saint- Esprit; la Vierge et saint Jean sont à côté; vers le bas saint Pierre et saint Paul, tenant un glaive k la main. Au bas et au milieu est saint Michel, armé d'une t)alance et de. deux ailes. Un cortège d'anges et d'élus règne tout autour, formant une espèce de chaîne séraphique et nous donnant une image du ciel, ff Mais je ne puis quitter ce beau Hvre sans faire mention des beaux vases de fleurs et des corbeilles de fruits qui ornent le Ijas de cjuelques pages. L'éclat des couleurs, la délicatesse du dessiq, le velouté dea corolles et le duvet des fruits artiQciels y produisent une illusion telle que Ton croirait, à H'ur approche, qu'on va sentir et respirer rarome
le miniaturiste français du xvn* siècle laisse ici derrière lui ces faïUHix peinires de récole natoralisia
en Ualie. (Note de l'ameur.)
ns
TTP
D^ESTHETIQUE CHRETIENNE.
TYP
iltp
6uaTe des fleurs et des fruits naturel$.
« La fidélité de Tancien costume orientaJl des personnages qui àgurent dans les sii^' frontispices tout enluminés d'or et d'arabesques, et dans les vingt-six vignettes également riches en ornementation, y a été scrupuleusement observée. L*artiste, qui a exécuté ce beau travail, s'est distingué surtout par son habileté et sa correction dans le dessin^ mais encore par son intelligence dans la distribution des teintes et des couleurs. Son pinceau s'y est montré à l'unisson des sentiments de son Âme et il a visé au beau idéal, toutes les fois surtout qu'il a eu à représenter saint Pierre, ce prince des apdtres, devenu la pierre angulaire de l'édi fice chrétien, quoiqu'en général les apAtres y soient dessinés d'une manière toujours grandiose (718). »
Tel est ce splendide manuscrit de sainte Tulle« l'une des dernières, mais des plus belles inspirations de l'art chrétien. 11 termine glorieusement cette série brillante, mais trop peu connue des peintres miniaturistes français qui, dès le xii* siècle, portèrent à un si haut degré , dans notre pays, l'art de l'enluminure et des vitraux peints. Si l'exécution d'un tel chef-d'œuvre, à la fin du xvu* siècle et au commencement du xviir, semble, malgré plusieurs défauts qui le déparent, être une espèce d'anachronisme pour cette époque de décadence et d'aff'aissement, elle dénote en même temps tout ce qu'il y a de force et de vitalités féconde dans les grands «principes du beau surnaturel et divin. Elle montre clairement les immenses ressources qu'une telle esthétique offrira toujours aux artistes de bonne volonté qui auront le courage de s'élever au-dessus iïes idées naturalistes et. des éléments délétères qui tendent sans cesse à Tanéantir. N'en avons-nous pas d'ailleurs la preuve frappante sous nos yeux dans les œuvres merveilleuses de peinture chi'étienne(pour ne parler que de celies-lè}, de l'école mystique d'Owerbeke ? Le succès prodigieux' obtenu par celte noble école, sijtot devenue populaire, nous démontre évidemment combien, même au plus' fort du scepticisme de l'esprit et du sensualisme de la chair, partout ou quelque reste de croyance a pu encore se conserver, la fibre du sentiment vrai du beau est facile à remuer au contact de l'inspiration toujours ancienne et toujours nouvelle du génie chrétien.
Yoy. Albi (Cathédrale d'}, AtLÉGORiE,
MaRDSCEITS, PkINTORE GHRÊTIBliNE, TyPSS, VirRACX PEINTS. 4
TYPES. Eu plusieurs endroits de ce dictionnaire nous avons essayé de faire ressortir l'excellence des types que le christianisme est Tenu révéler & rart,et leur incontestable supériorité sur les types pa'iens. En effet, sans renier la beauté physique, élément essentiel de Tart païen» le génie chrétien s'attacha par-dessus tout à exprimer la beaul^ morale et surnaturelle. En prenant pour
(718) Histohê iU $ainit Tulle, p. 150-57.
objets de son imitation, des types qui n*avaient aucun rapport avecceux de l'antiquité, et en se proposant, dans celle imitation, un tout autre but que celui qui avait dirigé les anciens artistes, il opéra dans le domaine de l'art une révolution aussi étonnante que celle qu'il avait opérée dans le domaine de la morale et de la philosophie. Un Homme* Dieu, une Vierge-Mère Jes neuf chœurs des anges, les apAtres, les vierges, les martyrs, les confesseurs, les saints des divers états de la société* des femmes, des enfants, des vieillards, tels furent les types aussi nouveaux que variés qui vinrent révéler au monde UB idéal où l'humanité jouait un rôle inconnu jusaue-là, où l'humanité se manifestait sousdes formes non moins surprenantes, où tout, enfin, était changé, les personnages et le mode même de rei)résentation.
Le premier de ces types, c'est Dieu luimême, ceDieuqui est (lescendu comme une lumière, comme une douce rosée sur la terre, pour l'éclairer et la régénérer,qui s'est foit semblable à nous, afin que nous puissions converser avec lui, le voir des yeux de la chair et le toucher de nos propres mains, toucher ainsi la vérité elle-même dans la personne du Verbe-chair plein de grâce et de vérité. En iAui qu'homme, Jésus est un sage, un docteur, un frère, un ami, un prophète, un martyr. En tant que Dieu, il est la puissance, la force, la majesté même.C'est dans la réalisation de ce type incomparable, telle que le comprirent nos grands artistes chrétiens, que nous admirons l'expression la |}lus haute du beau idéal surnaturel ou divin. (Fotr notre deuxième dissertation pré» liminaire.)
« La seconde de ces figures propres au christianisme est la mère mortelle de ce Dieu fait homme. Dans la représentation de la Vierge sans tache, avec rBnfiint-/Keu sur ses genoux, l'art chrétien dut exprimer tout ce qu'il y a de plus intime et de plus tendre dans le sentiment de Sa maternité, joint à ce qu'il y a de plus pur dans le cœur d'une vierge et de plus élevé dans l'amour divin ; et cette combinaison qui n'a point de rivale et qui n'avait point eu de modèle dans les œuvres du génie et de la main de l'homme^ suffirait à la gloire du christianisme, quand elle ne serait que le miracle de l'art. » [Vay.
îe mot VlBRGE-MlRIR.)
« Au-dessous de ces deux grandes images apparaissent, comme figures idéales d'ua ordre subordonné saint Jean^ l'ami de cœun du Christ; saint Jfian-Baptiste, le précurseur; saint Joseph^ l'homme du i>euple, choisi selon les vues de Dieu ; les ap6tres saint Pjerre^ saint Paul^ saint Jacques; avec les saintes femmes r Elisabeth^ Marthe^ et les Maries j et avec Madeleine^ la pécheresse ; types pris dans les aflEections les plus douces, les plus intimes de la natui^e humaine et dans les conditions de Khumanité, de manière à personnifier sous tes traits de ces héros du christianisme», tout ce que le cœur
Tï?
MCTiOrafAIIIB
HP
biimain renferme de sentiments tendres , de dévouemenis sublimes et de faiblesses touebanteSy et non plus ces qualités physiques,
3ui araient eu jadis leur consécration ans roiympe idéal , et leur culte dans tle monde réel des Grecs.
« Tels sont les principaux objets de Tart chrétien, dont le type primitif s'observe dans le berceau même du christianisme. Dieu le Père se trouve seni en dehors de ce monde pittoresque, tel qu*il se trouve ébauché dans les œuvres du christianisme naissant. Cette image, déjà si extraordinaire et si importante sous la main d'un Buffammalco, au Campo $an(o de Pise, si grande, si sublime dans les logée du Vatican, manque dans les peintures des catacombes, comme sur les bas-relieis des sarcophages chrétiens.... (719).
« lien est de même des martyrs, de ces premiers champions de la foi chrétienne, dont la vie et la mort pouvaient fournir de si nombreuses et si intéressantes images, et dont ou s'étonne de ne trouver dans Tes catacombes, peuplées de leurs dépouilles, rien qui rappelle les souffrances et qui consacre les souvenirs, si ce n'est des couronnesy des palffui et quelques fragments de vasee dé verre^ monuments si fragiles et titres si équivoques d'un si généreux dévouement. Il semble que ce berceau du christianisme, caché dans les entrailles de Rome, fût trop étroit pour contenir cette immense galerie d'images sanglantes, dont l'affreuse réalité couvrait alors la face entière du monde romain ; ou que la main des martyrs lût impuissante à rendre ce qu'ils étaient seuls capables de souffrir. Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les premiers siècles de l'E-
Sliise, où le martyre offrit tant de modèles, ne trouva point d'artistes. Ce qui est encore bien avéré, c'est que l'art primitif du ehristianisme, tel qu'il nous apparaît dans les cimetières sacrés de Rome, ne s'est exercé que sur les types fournis par la famille du Sauveur ; rien d'humain ni de terrestre, rien qui n'ait été sanctifié par la présence du Dieu vivant, ne se mêle a ces images augustes ; et cet idéal chrétien, tout imparfait et grossier qu'il peut être dans son exécution, ne laisse pas de paraître impo-* lant par cette absence même de tout élémen réel, de tout sujet historique. »
En ce qui concerne les images des deux apôtres Pierre et Paul, saint Augustin en parle de diverses manières, lorsqu il assure
Ji9) Ce n*est que dans des miniatares de manuscrits des ix% X* et xi* siècles que le Père étet" nel apparaît pour la première fois ; encore les etemples en sont-ils rares. Et le manuscrit du ix* siècle, où M. Eroérlc David en a signalé deux, est-il encorv unique. ( Voy. ses Diecours historique* sur la peinture moderne, p. 45, 44,
(7i0) De hœre$ib.<, cap. 7. Seclœ ipiiue ( Garpocralis) fuiae traditur $ocia quœdam Marcellina^qiuB ^tebat imaginei Je$u et Paulin et Homeri et Pytha* yorWf adarando incensumque ponendo.Ce passage de Httint Augustin se trouve paitailenient d^aocord avec le trait si célèbre de Tenipereur Alexandre Sévère, qui avait placé dans son Laraire, entre les imagpt
dans un de ses écrits {in Gen. xxii), qu'il n^exieiait point de son temps de portraits des apôtresy et que dans un autre de ses ouvrages {De consens, evang.^ lib. i,n* 16)'il parle d'images du Christ et des apôtres qui s'offraient de toutes parts à la contemplation des fidèles sur les murs peints des églises.
« Dans le premier cas, il s'agit de portraits réels et authentiques, qui n'avaient pu tire exécutés dans le premier Age de 1 Eglise, mais à défaut desquels, le sentiment religieux, toujours d'autant moins scrupuleux qu'il devient plus exigeant, n'avait pas tardé à adopter le premier modèle qu'il avait eu à sa disposition ; et c'est sans doute de ce modèle, d'origine gnostique, que les copies se trouvaient déjà si multipliées, du temps de saint Augustin, et de l'aveu même de ce docteur (720).
« Dès cette époque aussi. Ton doit croire que le type de ces portraits si chers à l'Eglise, était fixé de manière à ne plus permettre à la main de l'artiste ou à la piété du chrétien de s'égarer à la recherche de combinaisons nouvelles ; sans doute parce que cette œuvre de l'imitation, quelque imparfaite qu'elle put être, avait déjà reçu le sceau de l'autorité sacerdotale. Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient au trait de la vision de Constantin, rapporté dans une lettre du Pape Adrien {Ad imper. Cons^ tantin et Iren,)j concernant ces deux flgtires d'apôtres que l'empereur avait vus en songe» et qu'il reconnut dans leurs portraits, quand le Pape saint Sylvestre les mit sous ses^eux, on doit inférer de ce trait, qu'il existait dès lors, dans le trésor de l'Eglise, un modèle consacré pour la figure de chacun des deux apôtres. Il est certain, d'ailleurs, que le portrait de saint Paul, connu de saint Ambroise» parait avoir été transmis au siècle de ce grand docteur par une tradition non interrompue; et telle était encore l'opinion de saint Jean Chrysostome, dont on raconte qu'il avait toujours près de lui un de ces portraits de saint Paul, en lisant sesEpltres, afin dei'ouvoir fixer alternativement ses yeux et sa {pensée sur le texte et sur l'image de l'écrivain sacré.
« Mais ce qui prouve encore mieux h quel point ces portraits des apôtres, à quelque source qu en eût été puisé le type primitif, étaient répandus dans les mains des fidèles, au IV* siècle de notre ère, c*est l'usai^e qui s'en faisait à celte époque, pour en décorer
des philosophes et des princes les plus révérés les portraiis.du Chriit et d'Abraham^ opposés k cedx d'Orphée' et d^ Apollonius de Tyane^ et qui leur ren* daii indistinctement un culte divin. ( Ael. Lamp. m Alexandr. Sev., c. 29. ) En soiie qu'on ne sauraii douter que celte association bizarre n^ail eu liée dans le sein des écoles néoplatoniciennes comme de plusieurs sectes gnosiiques ; et de là on peut rondure que c'est par le fait de ces images fabriquées (le main gnosiiijue, que ces Chrétiens se laissèrent induire à les adopter pour leur propre usage,à mesure que ropinion de TEglisese relâchait de son ait* cif^pne aversion pour les nKmuments de ridoUirie.
TYP
DTSTUETiUUE CHRETIENNE*
TYP
les irases de verre de toute sorte. Le témoi-
fnage de saint JérAme ne laisse aucun doute cet égard (721); et les nombreux fragments de verre peint, avec les portraits de saint Pierre et de saint Paul, qui ont été trouvés à diverses reprises dans les catacombes de Rome, justifieraient, s'il en était besoin, le témoignage de ce Père de TEgHsê.
ff Mais c'est surtout dans les sarcophages chrétiens du premier Age, que l'on peut observer avec intérêt et apprécier avec certitude la manière dont on représentait les apôtres, d'après un type conventionnel qui devait avoir acquis, a cette époque, Tautorité d'un fait consacré. Sur les plus anciens de ces sarcophages, tel que celui qui se trouve dans lecora7ede 1 église dç Sainte- Agnès, de la place Navone, et un autre maintenant placé dans le Musée chrétien du Vatican, Jé$u8'Chri$ty entouré de ses apAtres, apparaît toujours y^tine et imberbej quelquefois ayant près de lui Maint Jeatij pareillement doué des formes de là jeunesse ; le Îlus souvent, entre saint Pierre et saint ^auly qui ne se distinguent du reste de leurs compagnons par aucun trait particulier, soit de physionomie, soit de costume. Tels se montrent encore sur Tun de ces monuments do temps de Constance, sur le célèbre sarcophage de Junius-Bassus (722), les deux apôirest debout aux côtés de Jesus-Christ^ imberbe^ assis sur un siège curule^ avec un rouleau à demi déployé dans la main gauche, et avec cette partn'ularitéremarquaDle, que le Christ a sous ses pieds la partie supérieure d'une figure d'homme tenant de ses deux mains un voile qui s'enfle au-dessus de sa tète, tel qu'on voit le ciel personnifié, sur la plupart des monuments romains du Haut-Empire. A ce dernier trait, de même qu'à tous les détails du costume, on reconnaît sur ce monument, dont la date est si positivement déterminée par le nom du personnage qui y fut déposé, et par l'inscription qui s y lit, une réminiscence sensible des traditions du paganisme, en même temps qu'on y acquiert la preuve, qu'à cette époque du iv siècle, le type chrétien des figures du Christ et des Apôtres n'était pas encore généralement admis surdes monuments d'une certaine importance (723).
a Mais le progrès des idées chrétiennes qui suivit si rapidement la mort de Julien, se fait apercevoir sur plusieurs sarcophages, qui appartiennent à cette époque» et qui
(721) Et resera %n iptis cueurbitis vauutarum,,. êcient apostotorum imagines adumbrari. ( Afnui Buo- BaroUi, Vetri antichi^ p. 75.)
(722) Jeaii Bassus, ftréfet de Rome et néophyte* mourut dans Texercice même de sa préfecture, sous le consulat d'Eusebiiis et d'Hypaiius ; et ce consulat est marqué dans la chronique de Cassiodore deux ou trois ans avant la mort de Constance.
(723) Je puis citer encore pour preuve le célèbre sarcopnage de-Saînt-Ambroise de Milan dont la corn* position et le travail offrent, avec le sarcophage de Jean Bassus, une isimilltude complète. Aljeyranza, S^^cri Mon, di Milano, t^v. 4, 5 et 6, p. 47-74.
proviennent tous du cimetière du Vatican. Sur Tun de ces sarcophages oik le costume est encore romain (72«), le Christ^ au milieu des apôtres^ offre déjà les principaux traits de sa figure hiératique, le visage ovale, la physionomie mélancolique, la barbe courte et rare, les cheveux séparés sur le haut du front, et tombant de chaque c6té sur les épaules. Saint Paul et saint iPterrc se reconnaissaient de même à leur place auprès du Sauveur, et au trait caractéristique que j'ai signalé plus haut. Saint Jean et saint Jaeques se distinguent entre tous les autres,
1>ar leur jeunesse, qui exprimait si bien dans es idées chrétiennes de cet flge, le caractère de ces deuxapAtres; en sorte que déjà sur ces monuments exécutés à la même époque que les verres et les peintures des catacombes, mais avec plus d'art et de mérite, les premiers éléments de Ticonographie chrétienne se montrent fixés d'une manière qui ne permet pas d'^r méconnaître une pensée religieuse, produite sous des formes consacrées.
«Si le temps eût laissé parvenir jusqu'à nous un plus çrand nombre de ces monuments de la primitive Eglise, surtout de ces [)6intures qui, dès le temps de saint Ambroise (725), couvraient déjà les murs des basiliques chrétiennes, telles qu'on peut à peine s'en faire une idée, d'après les écrits de Prudence, de saint Paulin de Noie et de notre saint Grégoire de Tours, telles aussi qu'on croit, diaprés les écrits des voyageurs modernes,
2u'il en existe encore dans quelques vieilles jjlises de la Grèce et du Levant, nous au^ rions bien des moyens de constater 19 marche que suivit l'art des Chrétiens dans le développement de ces types appropriés à leur usage ; et l'intérêt de ce parallèle compenserait, en partie du moins, ce qu'aurait de pénible pour l'observation le progrès de
Elus en plus sensible de la décadence. Maleureusement il ne nous est resté de ces innombrables travaux des premiers Ages du christianisme, que quelques peintures des catacombes, presque entièrement évanouies, avec quelques mosaïques des basiliques de Rome, encore la plupart aujourd'hui détruites, et où l'on ne peut reconnaître dans la grossièreté m6me du procédé qui produi-' sit ces images, que l'espèce de tradition su*
Eerstitieuse, justement qualifiée de manière yzantine, qui s'imprimait dans tous ces travaux à la fois, comme un effet de Tautonté religieuse qui y présidait (726) et des niafns
(724) Boltan, t. V, lav. 29
(725) On sait que ce grand oocteor avait fait décorer tout riulérieur de sa basilique de peintures re» présenunt des traits de TAnclen TesUment, pour diacune desiiuelles il avait conipot>é des vers.
(726) Rien n'est plus formel ni plus précis, au. sujet de Pintervention sacerdotale dans toutes les œuvres de Tart, que le témoignage rendu àceté^ard par les Pères du second concile de Nicée, qui, se tondant sur Tautorité de saint Basile, font remonter ainsi jusqu'au milieu du iv* siècle, et considérer comme la règle de cet ordre religieux Fespèce de tradition dont a s'agit: Voyez ce témoignage tir^ «hs
TYP
UCTIONNAIRE
TYP
7sa
sacerdptales qui s'y employaient. On sait , eu effet , qu'à partir des temps où éelata la persécution des iconoclastes , ce style des nouveaux Grecs fit invasion dans notre Occidenty et qu*il s'y produisit à Taide d'artistes presque tous moines de Tordre de Saint-Basile, dans tous les travaux qui s'exécutèrent à cette époque dans les peintures sur mur des églises, dans les tableaux portatifs sur dyptiques, et dans les mosaïques; et Ton conçoit qu'en de pareilles mains, des types déjà adoptés par le sentiment religieux aient dû se trouver immobilisés, comme l'avaient été dans l'antique Egypte et dans la Grèce primitive les signes représentatifs des myihologies locales; car ici l'action des mômes causes se reconnaît de part et d'autre aux mêmes résultats.
« Cette influence byzantine ne se montre
f)as moins sensiblement dans le choix et dans 'invention de toute une nouvelle classe de sujets qui étaient restés jusqu'alors presque entièrement en dehors du domaine de 1 art clirétien. Je veux parler des sujeti de mar- 4fre, qui n'ont pas laissé la moindre trace dans les catacombes de Rome, et qui n'ont commencé à se produire dans le monde pittoresque du christianisme qu'à une époque avancée du moven âge, offrant ainsi un double motif de réflexions par rapport aux temps où ils manquent et à ceux ou ils apparaissent. C'est déjà un phénomène bien remarquable qu'aucune représentation puisée dans cet ordre de faits et de personnages ne figure sur les monuments primitifs du christianisme ; que le sang des martyrs, aux époques où il coulait à flots sur toute la terre» n'ait aervi qu'à féconder le domaine de la religion, et que dans celui de l'imitation, la semence de ce sang généreux n'ait commencé à porter ses fruits que tant de siècles plus tard. C'est un autre phénomène non moins diffue d'attention que l'apparition de ces scènes de supplices «au sein d'une société qui n'avait plus désormais rien à souffrir ni à craindre pour sa croyance; car il y a dans cette révolution du goût l'indice de quelque grave modification de l'esprit humain. Or, s'il est un point avéré, c'est qu'à Rome, dans le principal siège du christianisme, et sur les monuments de son premier Age les êcèneê de martyre furent à peu près inconnues tant que dui:a Vère de$ martyre. Si l'on voit une représentation du martyre de taint Sébastien^ telle que le bas-relief en terre euile trouvé dans le cimetière de Sainte* Priscille , dont il ne subsiste plus depuis longtemps qu'un dessin eonservé dans la bibliothèque du Vatican (7â7|; ou bien une image du martyre de saint Pierre et de eaint Paulf telle que la peinture qui se voyait encore au temps de Ciampini* dans la Èasilica
act«8 mêmes du concile, ConciL Nic,^ ii, art. 5, t. IV, col , 360, et allégué par M. Euiéric-David, Discours Mstoriquest p. 141, note I.
(727; Ce dessin a éié publié par Boitari , Pitture ei sculturs, etc., t. 111, lav. 84, p. 167, et il sunil d*y jeter un coup d*œil pour 8*as8urer que la composition D*en aaurait appartenir aux premiers siè*
Siciniana (Saipt- André in Barbara)^ et que cet antiquaire, avec plus ou moins de raison, attribuait au v* siècle, ce ne sont là que de rares exceptions, dont on peut même contester la valeur. Le martyre de saint Himo^ lyte^ qui fit, au v* siècle, le sujet d une peinture d'église à Rome et d'une hymne de Prudence, n a pas laissé d'autre monument que cette hymne même du poète chrétien, puisque la statue de saint Hippolyte, qui se voit dans la bibliothèque du Vatican, et qui le représente assis sur son siége^ dans une attitude paisible et dans le costume romain du temps, sans aucun indice de violences exercées sur sa personne, est un monament purement honorifique.
« Mais nous avons acquis tout récemment, par une peinture de l'onlre le plus vulgaire et par là même plus propre qu'aucun autre à nous faire apprécier le c^urs des idées po^ pulaires, la preuve qu'elles se maintenaient encore, à cet égard, dans la direction qui leur avait été d abord imprimée. Je veux parler de cette peinture d*un petit oratoire chrétien, qui s était formé aux dépens d'une portion atùindonnée des Thermes de Titus, et qui fut découvert en 1812. La situation même de cet oratoire, dans un des grands édifices de Rome, ne permet d'en assigner la <x)nstruction qu'à quelque époque de décadence, où les Thermes de Titus ne servaient déjà plus, du moins en totalité, à un usage public, et le mode de cette construction, et le style de cette peinture, qMi sont des plus misérables, s'accordent avec cette première donnée pour nous faire reconnaître dans cet oratoire chrétien un monument du vn' siècle. Le sujet est le martyre de sminlê Félicité ei de ses sept enfants^ tous pecsonnages romains, dont la mémoire n'avait pu manquer, à ce titre, de rester chère et honorée au sein de la population de Rome.
« Or, c'est encore dans Vaititude de la prière^ avec la couronne à la main, coœma dans les verres et les peintures des catacombes, que l'artiste chrétien a renrésenté cette famule de martyrs. Le Christ, uguré en buste dans la partie supérieure du tableau» rappelle aussi dans les principaux traits de sa figure,le style primitif des catacombes» et dans la couronne qu'il tient à la main le svm* bole habituel du martyre, admis jusqu'alors dans le langage figuré du christianisme* Tout est donc encore, dans cette peinture, d'une exécution d'ailleurs si défectueuse, empreint du même esprit qui avait présidé à la décoration des cimetières chrétiens, où le martyre ne se reconnaît qu'à la prière, et le christianisme qu'à des symboles a espérance, d*amour et de charité.* Sur un des murs de cet oratoire, une fisure en pied du Christ^ de grandeur naturelle, était placée entre les
clés du christianisme. Du reste, H paraît que ce martyre de saint Sébastien a été pour litalie chrétienne un sujet qu*elle a toujours aflecttonné et qu*elle s^est plu à reproduire suus toutes les foniies. Les images uu*on en conna!i,eiécutées à toolciles époques de rart, avant et depuis la renaissance, sont innombrables; et quant au motif qui douas
TYP
D'ESTHETIQVE CHRETIENNE.
TÎP
deax ap6tres saint Pierre et eaint Paul, Vnn et Vaatrt encore sans aucun attribuif tels qu'ils apparaissent constamment sur les ▼erres chrétiens des catacombes ; mais cette peinture superficielle se détacha de la muraille presque aussitôt qu'elle fut décou- ▼erte ; et Ton a perdu ainsi un moyen» peutêtre uniaue, de connaître par un monument original la manière dont le peuple chrétien de cet Age se figurait les pnncipaux objets de son culte.
« C'était pourtant à une époque bien peu éloignée de celle où nous sommes parvenus, que le monde chrétien allait se trouver inondé de représentations de martyres» qui devaient usurper la place des images de son premier Age. Cette révolution s'annonce à la no du yii* siècle et au commencement du ym% par l'apparition du Crucifix^ dont on chercherait vainement un exemple dans les cacacombus de Rome. Mais alors il £eillait se conformer aux décrets du concile de Cons-* tantinople, de 692, qui avait prescrit de substituer, dans toutes œuvres de Tart, au langage allégorique de la primitive Église, la réalité triste et sévère, l'histoire dans toute sa rigueur, et le martyre sous toutes ses formes. La Croixy qui n'avait été d'abord employée que comme un symbple, presque toujours encore avec la précaution de l'orner de fleurst de couronnes et de pierres pré' msuses (738) ; quelquefois aussi avec le buste du Christ, s'offrit aux regards la per* sonne tout entière de VHotnme^Dieu cruci" fé^ vAtu d'abord, et la iéie droite^ conservant encore dans cette attitude un reste, une apparence de la divinité, mais bientôt la téie abaissée vers la terre, le visage flétri par la douleur, altéré par l'agonie, tel que devait en effet le conceroir* et tel que pouyait encore le montrer l'art expirant d'un siècle barbare et d'une société déchue (729). C'était de la Grèce qu'étaient apportés à Rome vers la fin du TU* siècle (730), en petits tableaux portatifs pareils aux dyptiques d'ivoire ecclésiastiques, qui eurent cours dans le siècle suivant (731), les premiers crucifix peints que nous connaissions par l'histoire littéraire de cet Age. C'est de là que vinrent aussi en Italie, et sansMoute dans le môme temps, ces peintures de martyres et d'anachorètes, qui lormèrent, pendant une grande partie du moyen Age, la principale occupation des artistes byzantins, presque tous moines eux* mêmes et martyrs comme leurs modèles.
« Ces artistes étaient en effet, pour la {>lu* part, des religieux de l'ordre de saint-Basile»
Beo à celte multiplication des images de saint kastîen* dès les premiers siècles derEgii8e»oiipeut eoDSoller Raronius ad ann. 680, n. 52.
(728) De là venait le nom de Crux gemmata donné k ces sortes de croix ainsi décorées. On en a des exemples daim deux peintures des catacombes. Bot- Uri, Niture , t. 1, Uv. U et 46, Tune et Tautre du cimetière de Saint-Pontian, et conséquemment du vni* siècle.
(729) Ces ▼ariatlons successives du cntciâx sont très-bien exposées par le chanoine Settele, dans les Ac$. deir Acad^ rom.,, t. Il, p. 73.
qui, durant plus d'un siècle que se signala perdes excès inouïs la fureur des iconoclastes, n'exerçaient leur art qu'au péril de leur, vie, et n'échappaient souvent au dernier supplice, qu'en laissant dans les tortures
3uelque^rtie d'eux-mêmes. De là, sans oute, l'espèce de passion, qui devint générale à cette époque pour les sujets du martyre, etqui avait quelque chose do fanatisme (732) religieux d'un autre âge. De pareils sujets devaient plaire à des imaginations nourries dans la solitude, surfont au sein de ces populations ardentes de l'Orient, qui, de tout temps avaient été attirées par leur propre génie, autant que par leurs docteurs, un Basile, un Grégoire, un Cbrysostorae (733), vers des images de ce genre; et l'on conçoit que ces tableaux apportés dans notre Occident par des moines proscrits, errants, mutilés, martyrs de leur art et de leur croyance, aient été accueillis par des Chrétiens restés âdèles au culte des images, avec tout ce gue la société chrétienne de cet âge pouvait éprouver encore de ferveur et d'enthousiasme. Ainsi se forma un cycle tout entier d'images pittoresques, où l'ascétisme et le martyre revêtaient toutes les for* mes; où les épreuves et les abstinences du désert se personniflaient comme les épreu* ves et les séductions du monde, sous les traits d'illustres champions de la foi, de tout âge, de tout sexe, de toute condition ; où la constance inouïe d'un saint Siméon-Stylite, les exploits merveilleux d'un saint GeoVge.s l'austère et studieuse retraite d'un saint Je* r6me, avec le lion pour unique compagnon de sa solitude, et l'univers chrétien pour auditeur de son génie ; la mort affreuse do tant Je confesseurs et la longue agonie de tant d'anachorètes, réalisaient pour le moyen âge enchanté, tout un monde héroïque, et si
lent eût répondu à la foi. »
Nous croyons avoir suffisamment établi, dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, et dans celui sur la Peinture en (tarticulier, que le talent des artistes du moyen âge fut à la hauteur de leur foi naïve et sublime. Leur Olympe, qui heureusement n'avait rien de. commun avec celui des Grecs, lui était biensupérieur, et pour la variété, et pour la noblesse, et pour la perfection des personne- ' ges qu'ils représentaient, et pour la gran-' deur de Thorizon dans lequel il les faisaient mouvoir. Inutile de revenir ici sur les con-
(730) Gori, Ih mtlrol. cap. JXMêlo, cmdf.^c. 8, { i et 3.
(751) Boonarottî, Diitico saero^ etc., p. 263-264.
(732) Les martyrs de la relisîon, k quelque âge qu*il8 aient apparlena, foreni des héros, mais jamais des fatuitiqueê.CeUe UéDomination ne convient qu'à des sectaires. (Note de fauteur,)
(733) S. Basil., Hom. 17, in Bar/. Mart.; et Hom. 19, in Quaàr. Mart., Op.. tom. H, p. 141 et 149. S. Grcf.Nyss., Orat.de S. Theod.Mart., t.tl.p.lOll; S. Chrysost. Encom. S. Melet^ Hom. 47, Op. t.TIL p. 19L
TU
TYP
DiCTI06fNAIRe
ri?
sidératioDS que nous avons exposées à Tappui de cette thèse qui rallie cnaque jour de nouveaux partisans. Seulement, nous rappellerons que c est précisément pour avoir embrassé les traditions de ce même Olympe 5rec, après avoir abjuré celles des artistes u moyen ftge chrétien» que ceux de la Renaissance et leurs successeurs ont amené la décadence de Tart. Au mot Peinture, nous avons relevé certains aveux remarquables à ce sujet. Nous pouvons y ajouter celui de M. Raoul Rochette lui-même, tel qu'il le formule clairement dans les c-onclusions fi* nales de sa Dissertation, si intéressante, d'ailleurs, à bien des égards, sur les types chrétiens. Ces conclusions finales, il les fait précéder d'un tableau animé de la renaissance de Tart chrétien aux xiii* siècle et suivants, que nous sommes heureux de reproduire :
« A la voix des pontifes , au sein des Etats libres, toutes les idées chrétiennes se produisent en foute dans le vaste champ
Îu'avait embrassé la grande trilogie du 'ante. Entre les mains d'un Giotto, d'un Orca« gna, d'un Nicolas et d'un Jean de Pise , tous ces typessacrés restés inertes dans la longue léthargie du moyen ftge (73^), 'commencent à s'animer et à se mouvoir. Le Sauveur reparaît avec tout son caractère; la Vierge^ avec toute sa pureté; comme si, au sortir de ces profondes ténèbres du moyen Age (735), il s'agissait encore pour l'un, d'une ascension nouvelle, et pour l'autre, d'un nouveau trioo^he. Tout respire, tout vit dans le do* maine du christianisme, par les travaux de Tari qui le- féconde. Les apôtres, les martyrs, leb docteurs renaissent de toutes parts à une existence qui' n'a désormais plus rien à craindre, ni de la main des hommes ni des atteintes du temps; et déjà dans la Mari de la sainte Vierge (73o}, de Giotto, se trouve recréé en traits impérissables tout le monde idéal du christianisme, chacun avec son caractère, son Age, son costume, et déjà le Triomphe de la mortn d'Orcagna, au CampoSanto «de Pise, annonce le Jugement dernieryde Michel-Ange (737). Tout marche dans cette voie nouvelle, avec un ordre, un accord, und régularité admirables, toujours sous la double et puissante induence de la religion et de la liberté, sans que l'art moderne, qui devait tout au christianisme, empruntât encore presque rien à l'antiquité, sans que le l'espect des traditions fit rien perdre à Tindé- |)endance du talent et à l'originalité de l'artiste ; et cette longue et brillante carrière où chaque pas, dans Ta même route, est marqué par un nouveau progrès; où tant de talents
(734) Nous avons déjà exprimé notre manière de voir sur cette prétendue léthargie du moyen Âge; nous ferons observer, à proiK>8 de ce dernier mot, que Giotto, Oreagna, Nicolas et Jfean de Pise, appartiennent tout aussi bien au moyen âge que leurs junsdécesseurs les byzantins , dont Técole eut généralement trop décriée par les partisans du naturalisme dans Part chrétien. (Noie de Couleur,)
nz^) Yoy. la note ci-dessus.
(736) On sait, par le léinoignagc de Vasari, rpie ce tableau fli Tadmiration de Miclicl-Ânge. Voy, la
divers ne cessent de puiser k la même 86«n ce ; où partout des hommes doués de facirités si différentes, mais animés du mêmeesprit, tels que Francia et Gbirlandaio, Pinturrichio et Pérugin, Montegna et Masauio^ se trouvent arrivés presque en môme temps, si près de la perfection ; cette carrière, rci|^ plie de trois siècles de travaux et de cbefid'œuvre, tous chrétiens, par le sujet, par ht physionomie, par le costume, aboutit enfti h Fra-Bartolommèo, à Léonard de Vinci et h Raphaël, par les mains desguels se montre dé&iitivement accompli le triomphe des idées clirétiennes, dans le miracle même de l'imi* tation (738). »
Voici maintenant les conclusions fort justes en soi, mais un peu inattendues, si on les rapproche des prémisses posées par l'auteur :
« L'art moderne louche à peine au poiot le plus élevé de sa carrière» qu'il se trouble, chancelle, et tombe dans la manière. Du livant même de Raphaël, et pour ainsi dire sous ses yeux (739^), des artistes, tels que Michel-Ange et Corrége,run, génie puissant et hardi, mais capricieux et bizarre,, l'autre, naturellement enclin à porter la rechercha dans l'originalité, et l'aSéterie dans la grice^ tendaient, en se livrant à leurs propres ios* pirations, à s'écarter des rouies anciefiMs et des traditions consacrées. Ce que de ps^ reils hommes avaient fait, par la seule im-
1)ulsion de leur nature, devint ua appftt pour e caprice de la médiocrité; leurs talents qui avaient ajouté tant de séductions à leur exemple» ne pouvaient servir d'excuseà ceux qui le suivaient ; et leurs défauts, de plus an plus sensibles chez leurs imittiteurs» oonti* nuèrent de corrompre le goftt.
« A cette époque aussi, l'anarchie qui s'é^ tait introduite dans l'Eglise, par l'effet da protestantisme, se glissa par la même voie jusque dans le domaine de l'art. Arec le trouble qu'elle porta dans les croyances chrétiennes, s'affaiblit encore davantage le culte des types primitifs et des traditions hiératiques, qui avait été l'une de ces crovances; et l'artiste, qui avait besoin de la foipoor l'exécution comme pour l'effet de son ouvrage, perdit avec elle le principal ressort de son talent. L'étude même de l'antiquité, presque toujours mal dirigée, devint à son tour une nouvelle occasion de méprises, une nouvelle cause de désordres. En cherchant à retremper lart chrétien dans l'imitation de l'antique, l'école des Carraches tenta une entreprise impossible et malheureuse, et 1< Madeleine du Guide, dans le caractère d'une
Vie de GioUOy t. II, p. 302, éd. de Milan, 4808.
(737) Avec celte difTérence que celui-ci aeréainj point, tant s'en faut, aiu roème degré que l'autre mi véritables conditions de i*expression cbrëCiaoBe^aai les sujets religieux. Œoie de routeur,) (758) Tweê imitailfê, p, 66, 67. ^^
(739) N est-ce pas Raphaël lui-même qui a domw h .«ignal de TalKindon des types biérati4tues,e^P^' suiio, de la décadence de Fart cbrétieB? Vof.*^"** TURE. (Note de Cauteur,)
VAL
D ESTHETIQUE CHRETIENNE.
VAL
Niobiy avait presque cessé d'appartenir au christianisme, sans appartenir, pour cela, à Tantiquité.
« Ce fut bien pis, quand la raison même et la philosophie essayèrent, par les mains savantes du Poussin (l^O), de donner aux sujets chrétiens une sorte de physionomie et de costumes antiques; lorsque, plus tard et presque de nos jours, la science et Tenthousiasme de l'antiquité allèrent jusqu'à proposer par l'éloquente voix de Winckelmann, de prendre le type d'une statue grecque pour celui de la figure du Sauveur (741). Pour prévenir Teffét d'une erreur, j'ai presque dit aune hérésie si grave en matière de goût, il eût fallu un nouveau miracle comme celui deGennadius; mais le siècle avait cessé de croire aux miracles, et l'art lui-même avait cessé d'en produire,
« C'est de ce point de vue, qui ne s'est jamais présenté dans l'histoire de l'art anti- 3ue, qu'il faut envisager celle de l'art moeme, à partir de Raphaol jusqu'à Menys,
et sans sortir de Rome, pour comprendra tout ce que cet art a perdu, en renonçant à s%s anciennes traditions, ens'éhdgnant de la voie sacrée qui l'avait conduit, sans dévia-» tions, sans écarts, de succès en succès et de chefs-d'œuvre en chefs-d'œuvre, de Giotto à Raphaël ; c'est là qu'il faut se placer, pour apprécier tout ce que l'indépendance du goût individuel, qui suivit l'abandon des types chrétiens, la passion déréglée des iodées nouvelles, jointe à l'application irréfléchie des modèles antiques, ont causé des perturbations dans la destinée d'un art dont la marche avait été d'abord si sage, si droite, si régulière ; pour juger enfin, s'il est possible, quel sort lui est réservé sur le domaine de plus en plus rétréci où il se débat, san9 force et sans conviction, entre des réminiscences chrétiennes et des imitations anti* ques, entre les systèmes de la science et les caprices de la mode, entre les inspirations d'une poésie surannée et celles d'une réa-* lité sans charmes. »
CCELLO (Paol). Peintre florentin, né en 1389; mort en U72. Foy. Peinturb.
VALENCE (Cathédbalb db). Si nous con-> sacrons un article à ce monument, c'est à i^use de sa beauté réelle, beauté peu appréciée du vulgaire, mais incontestée par les archéologues' les plus célèbres, maintenant qu'ils ont pu l'admirer sur les lieux. Tous s'accordent à regarder la basilique Saint- Apollinaire, comme une des plus belles, des
accusé de son styje arcnUectural. II parait qu'elle fut toujours sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui. Les nombreuses inscriptions et antiquités romaines qui ont été recueillies dans ce quartier , s'accordent avec les documents historiques pour nous indiquer qu'il ne cessa d'être le plus important de la cité. Il était donc naturel de le
CiQs complètes qui aient été érigées durant choisir de préférence aux autres, pour y J XI* siècle, époque d'une véritable renais*' établir Téglise-mère dans une ville qui, \
sanee de l'art. Quoiqu'en disent la plupart des Guides ou Uinéraira de France, d'après quelques lignes aussi inexactes qu'insuffisantes qu'ils copient mot à mot des Esquisses historiques sur Valence (7^2), la cathédrale de cette ville n'en occupe pas moins un rang distingué parmi les nombreuses églises de l'époque romane secondaire à laquelle elle appartient. Ce rang, elle y a droit, autant par Fimportance de ses dimensions que par la pureté, l'unité et le caractère franchement
(740) Voy. è ce sujet des fragments d'une lettre du Poussin, qui nous ont été conservés par Félibien dm ses Entretiens $ur les vies et les ouvrages des peintres^ et qui se retrouvent dans la nouvelle Coliectiû» des lettres du Pousm, p. 95, Paris, iSU.Ce grand peintre s'y dérend des reproches faits à la fleure du Christ dans son tableau de Saint-François levier^ au noviciat des Jésuites, figure où ses enneniis trouvaient de la ressemblance avec un lupiier tonnant, et qu'il n'avait pas dû imaginer, ce sont ses nropres expressions, avec un visage de torticolis ou de P. Douillet. Mais ce n'est là qu'une assez nuiiivajse excuse.
(7U) HUtoire de Part, liv. iv, ch. 2, $ 65, t. I,
cette époque gallo-romaine, jouait certaine* ment un r6le considérable.
Il résulte de la légende de Saint-Apollinaire, évoque de Valence aux v et vi* siècles, et devenu plus tard le patron de la cathédrale, insérée dans le martyrologe gallican édité par André de Saussay, en 1637, que réélise actuelle fut élevée pendant le XI* siècle, plus grande et plus belle qu'une autre qui existait sur le même emplacement, ou tout près de là, sous le vocable de saint
p. 595-94, éd. franc.
(742) Feu M. Jules Ollivler, auteur de ces Esquisses, était certainement un écrivain d'une érudi-
••'*" '-■"•oriquc jw" ^ "" —
gie n'étail
preqiiers ^. — ^„-^. ^,.„. ^ ,,^. ^-,„.^,.«
les lourdes méprises qui lui sont échappées dans quelques-uns des rares passages où il s'est occupé des monuments. Ainsi, il reproche à l'église Sainte- Apollinaire, comme un grave défaut, d'être privée dQ tribunes, comme s'il s'agissait d'une église du style ogival, qui admet toujours cet appendice, tandis qi • dans celles du style roman, telles que celle dont il s'agit, on ne le rencontre que par exception.
VAL
Blienne, et qui est qualifiée d*église majeure, majoriâ EecUiiœ. Or, on sait que c*élait sous ce titre qu'on avait coutume, à cette époque, de désigner les cattiédraJes. La cause de la reconstruction de celle qui nous occupe, fut, d*après le même martyrologe, le désir qu*on voulut réaliser, d*élever une ba-* silique, digne par sa grandeur et sa beauté, de recevoir les reliques de saint Apollinaire, des saints martyrs Félix, Fortuuatet Achil* ]ée, ap6tres de la cité. Elles y restèrent, en effet, déposées sous un splendide maîtreautel, jusqu'à l'invasion des réformés, qui les dispersèrent et endommagèrent gravement le temple saint où elles reposaient.
Complètement terminée en 1095, la non-»
▼elle cathédrale fut solennellement consacrée le 6 août de la même année par le Pape Urbain II, assisté de Gontard, évèque de Valence, et de onze autres prélats. C'est ce
3ui résulte de l'inscription commémorât! ve e cet événement, qui fut gravée sur une table de marbre et qui subsiste encore de nos jours (7b3).
Située sur un plateau qui domine le Rh6ne et je faubourg de la Basse-Ville, la cathédrale de Valence est, comme la plupart des basiliques construites à cette époque, orientée au levant. L'entrée principale, à 1 ouest, est la même que celle du clocher, dont la base lui sert de vestibule par lequel on pénètre dans l'église. On sait que cette disposition, rarement pratiquée dans les églises de la même période, est particulière àquel-
aues-unes d'elles, telles que Notre-Dame es Doms à Avignon, Saint-Philibert de Xpurnus et la Madeleine de Vézelai. Seulement, dcrtiS ces deu^r dernières, le porche, à raison de ses vastes dimensions, devient un véritable anti-temple ou pronaos.
Cette disposition de notre cathédrale n'a cessé d'exister, malgré les diverses reconstructions de son antique clocher. Celui qu'on est en train maintenant d'édifier, offre une conception des plus grandioses. 11 n'y a actuellement de termine que le porche, œuvre capitale en fait de restauration dans le style roman secondaire, le plus pur, le plus relevé. Dans son ordonnance générale, comme dans le genre de ses colonnes et le caractère de ses moulures, il est la reproduction exacte de tout l'édifice, y compris l'ancien clocher.
Il présente sur ses quatre faces autant de grandes arcades, chacune à plusieurs cintres décroissants, ornés des moulures caractéristiques de l'époque. Immédiatement au-dessous do l'imposte, les cintres ou archivoltes reposent sur des colonnes correspondantes^ aux chapiteaux variés et du plus beau travail. 11 y en a trente deux, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Au-dessus 'des arcades on voit un rang de fenêtres romanes géminées, mais beaucoup moins. grandes. Enfin, une magnifique corniche très-saillaute, soutenue
Ear des corbeaux ou modillons formés de ^ures grimaçantes singulièrement expressives et d'un haut reliel, couronne ce vaste porche qui a. cinquante pieds de hauteur sous voûte, et qui est tout de marbre de Crussol. 11 en est peu qui offrent autant de richesse, guant au choix des matériaux, autant de fini dans les détails de sculpture, au* tant d'ampleur dans le caractère et autant de vigueur et de fermeté dans l'exécution (7U).
Extérieurement, le corps de la basilique ne présente de remarquable que le bras se|>tentrional du transept et toute la gracieuse abside qui est on ne peut mieux caractérisée.
Elle offre deux parties bien distinctes
qui est celle des chapelles rayonnantes, el qui fait saillie au-dessous de la supérieure, à cause du prolongement des bas-côtés. Chacune de ces deux parties, terminée en demicercle, présente un système de fenêtres ro* mânes c^^rrespondantes. Celles de la partie supérieure sont ornées de deux élégantes colonneites oui en supportent les cintres, et au-dessus d elles, on voit établies perpendiculairement de petites fenêtres simulées, à baies géminées, avec une colonnette détachée au milieu. La partie inférieure comprend les chapelles absidales ouraycmnantes au nombre de sept^ ornées chacune de deux colonnes engagées au tiers, avec leurs chapiteaux. Tout cet extérieur absidal, qui ysU comme tout le restant de l'édifice, en pieries de taille de moyen appareil et [lariaitement ajustées, offre un aspect aussi régulier que gracieux. 11 est bien à regretter que les constructions parasites ( 7W ) successivement
(743) Voy.^ entre autres documents qui confirment ce fait, les Ge$ta Vrkani II papœ^ dans dom Buuquet, t. IIV, pag. 6S2. Les méines documents nous apprennent que le premier patriarche latin d'Autiocbë fut un prêtre de cette Eglise nommé Bernard, que le pape Urbain 11 avait emmené avec lui au concile deClermont, avec Tévèque Gontard, et qui avait ensuite accoiApagné, en qualité de secrétaire Adhémar, évèque du Puy, légat du Saint» Siège 'dans la croisade.
(744) Le dessin en a été fourni par M. L. Baillv, architecte de Paris; les moulures sont dues au ci* seau de MM. ***, choisis parmi les sculpteurs de Motre-Dame de Paris. Indépendamment des plus beaui modèles de chapiteaux qu*on a pu trouver sur les lieux, on en à fait venir de Bourges» de Chartres
et d'ailleurs. RiCn n a été épargné pour faire de ce porche un véritable type du genre. Il reste encore à sculpter le fronton denii-ckrculaire de la porte d*eiitrée, qui représentera Jésus-Christ au milieu des
Îiuatre symboles évangélioues , et au-dessous uns rise sur laquelle seront figurés les douxe apdties avec leurs divers attributs.
(745) Parmi ces nouvelles constructions flcuro celle de la sacristie, du xui* ou du xrr siècle, doiit la belle voûte ogivale ne saurait racheter Pineoevéniait que nous regrettons. On sait qu*en remontant au xn' siècle et au-delà, les églises cathédrales et collégiales n*avaient point de sacrisUe. Ou revêtait alors les babils de chœur dans les cellules ctonstraies qui touchaient à la basilique, et les vêtements sacerdouux daorles cb^kidsques des croîsUloos on
741 VAL DESTHETIQI3E
adossées à ses deux cAtés et formant un angle rentrant arec les deux bras du transept, dérobent à la vue les archivoltes et les chapiteaux des colonnes de plusieurs fenêtres dont les moulures sont traitées dans le goût le plus riche, le plus délicat.C'est d*autant plus à regretter que, par une sorte de JEatalité, les parties les plus nues de Tédifice sont celles qui ont été le moins obstruées par ces malencontreuses juxtapositions (7^6).
Intérieur de la cathédrale.
Lorsque, du porche grandiose qui est audesso«is du elecher, on pénètre dans la nef huit fois séculaire , on yoit se dérouler devant sol , un intérieur plein de grftce et de majesté. Ici, plus de juxtapositions, plus de disparates qui offensent les regards, comme à Textérieur, mais au contraire, un ordre, une harmonie, une unité, qui vous satisfont pleinement, à la vue de ses lignes si pures, si régulières. Les yeux se |)ortent tout d'abord vers le fond de cette abside transparente du doux éclat de ses deux rangs superposés de vitraux peints. Ils sont en même temps tsaptivés par Thenreux effet de ces arcades mauresques en fera cheval très-allongé, sur lesquelles repose la voûte de Tabside supérieure, et que supportent de belles colonnes de marbre ou de granit, bien espacées entre elles, et formant autour du sanctuaire une vraie couronne par leur harmonieux contour f7b7). Remarquons qu'à mesure (jue nous nous avançons dans la nef, l'abside se développe et laisse apercevoir d'autres chapelles rayonnantes avec leurs vitraux peints qu'on ne pouvait distinguer du bas de Téglise. Arrivé en face du maître autel , on saisit i)arfaitement l'ordonnance de l'édifice en croix latine , qu'accuse principalement un transept bien caractérisé et offrant une longueur dans-œuvre de cent pieds environ. Ce transept sépare le sanctuaire du chœur qui est (le médiocre dimension, mais dont Ùl (perspective est agrandie par le jeu des csolonnes et des arcades à jour qui le contournent et l'unissent au pourtour de l'ab* side» formé par la prolongation des deux bas-c6tés. Considéré à ce point de vue, le chœur est véritablement grand , même quant à la surface matérielle.
Les trois nefs, dont les deux latérales ont presque la hauteur de celle du milieu, sont séparées par treize piliers très-élancés, ornés à leurs quatre laces de colonnes enga-
daas les dîaconiques (t^taconifcm) qui étaient à droite •t k is^uctie de la tribune ou abside.Ge ne fut qu*au XIII* siècle, époque d'altération hiératique sous plusieurs rapports, que s'introduisit Tusage des sacristies.
<746) On les blâme encore plus vivement lorsque, des étages supérieurs des maisons voisines, on considère ces belles moulures ainsi que cette forme si distiiiguéeet si prononcée de croix latine qui donne i rexiérieur du monument tant de ressemblance avec celai de la cathédrale de Pise.
(747) No«s supposons le maltre-aulel au fond de ralislda el le choeur rejeté .en avant du sanctuairs,
VAL
gées aux deux cinquièmes de leur diamètre. Ces colonnes, surmontées chacune d'un élé* gant chapiteau aux riches feuilles d*ftcanthê^ supportent elles-mêmes les arcs-doubleaux de la grande voûte, en même temps que ceux des cintres qui la séparent des bascôtés, et au moyen desquels elles sont réunies en longueur. Les nefs sont éclairées i'usqu'au transept, par seize grandes fenêtres i plein cintre t pratiquées dans les murs très-épais qui portent les voûtes des bascôtés. Ces fenêtres, garnies de grisailles en arabesques, sorties des ateliers de M. Thévenot de Clermont, sont ornées chacune de deux colonnes dégagées qui supportent les retombées de leurs arcs inférieurs. A ce système de grandes fenêtres en succède, k partir du transept, un autre de moins grandes , mais superposées en deux rangs, qui forment une double ligne non interrompue depuis le croisillon méridional du transept jusqu'au septentrional inclusivement, en y comprenant celle de Tabside , dont les vitraux sortis également des ateliers de M. Thévenot de Clermont, sont presque tous à personnages (748).
Quant aux moulures, Tintérieur de Tédiflce, traité avec assez de sobriété sous ce rapport, n'en offre guère d^autres que celles des nombreux chapiteaux des colonnettes des croisées et des quatre colonnes engagées dans chacun des seize piliers qui soutiennent les voûtes. Ces chapiteaux, presque tous d*un goût différent , sont sculptés en feuillages aespèces diverses qui se rapprochent généralement de la teuiile d'acanthe; ils sont tous d*une bonne et belle exécutiont et attesient également Tinfluence du voiSi* nage des monuments romains.
Nous ne parlerons des tableaux trop nom* breux qu'on voit dans cette cathédrale, que pour faire remarquer combien ces cadres de toile peinte brisent désagréablement les lignes architecturales d'un édifice, et en altèrent par conséquent l'harmonieuse unité. Ce défaut est particulièrement sensible dans les églises romanes, toutes en arcades et en oolonnes, comme celles dont il s'agit. Aussi ferait-on bien de n'admettre, comme autrefois, dans nos temples, que des peintures liées par leurs dispositions à rordonnanco architecturale de Tédifice. C'est ce qu'avaient admirablement compris les anciens peintres à- la fresque. C'est ce que comprennent en* core généralement aujourd'hui , quoiqu'on en dise, les artistes et les ecclésiastiques ita-
comme cela eiistait primitivement et comme on a rintention de le rétablir.
(748) Les deux principaux sont celui du fond du chœur et celui du fond de Fabside. Le premier r»* présenie le Christ entouré des quatre symboles des evangélistes ; le second, consacré à la Vierge, a pour sujet rinsUtutîon du Rosaire par saint DomjuM|iie. Les autres représentent les saints martyrs et éfvéques fondateurs on patrons de Téglisede Valence.
Cette cathédrale est la première des églises de France qui ait reçu dans ces derniers temps un système complet de feiiètrage en verres de couleur.
745 VAL
liens, plus înteriigents que nous, dans la décoration de leurs églises. Pour celles qui ne peuvent être ornées ni de fresques, ni de mosaïquesi ils n'admettent ordinairement que des tableaux de bon aloi, en ayant soin que, par le genre de leur encadrement et leur disposition régulière dans Tédifice, ils en rehaussent la symétrie architecturale plutôt que de ladétruire. Que voyons-nous, au contraire, dans la plupart de nos églises de France? Un mélange confus, incohérent de cadres anx formes diverses, aux dimensions inégales, disposés sans ordre et sans discernement, et dont le pêle-mêle effroyable offense autant les yeux que le bon goût. Cet inconvénient se fait sentir, en partie, dans la cathédrale qui nous occupe, dont les nombreuses colonnes et arcades rejettent absolument la plupart des toiles qu'on y a introduites peu a peu. On ne devrait garder de ces tableaux, dont plusieurs sont estimables, que le petit nombre de ceux qui f courraient être adaptés à certaines surfaces isses, sans interrompre les lignes architecturales de rédifice. Sa longueur extérieure y compris le porche, dépasse 75 mètres, ce ce oui donne plus de 225 pieds; sa largeur, également extérieure, est de 18 mètres 68c., dans les nefs, et de 35 mètres 50 c, soit 103 pieds 2 pouces, dans le transept. Sa hauteur est de 16 mètres 92 c, ce qui donne 50 pieds environ (7^9).
Voici comment M. le chanoine Bourasse, dans son livre Dti cathédrales de France ^ s'est exprimé sur celle qui nous occupe. « Bile porte , dans toute leur pureté , les caractères de larchitecture romano-byzantine de la seconde époque. Il existe peu d'édifices où ce style, noble dans sa sévérité, soit exprimé avec plus de grandeur et d'harmonie. Les formes des arcades, des chapiteaux, des moulures, sont irréprochables sous le rapport du type, et rappellent ie.s détails des monuments de la même époque, bAtis en si grand nombre dans les provinces méridionales de la France. Les antiquaires chrétiens estiment beaucoup l'ensemble de Saint-Apollinaire , précisément à cause de eette unité de style , de cette austérité de décoration propre à cet Age, et si j'osais ainsi parler, à cause de ce parfum d'antiquité chrétienne qu'on y respire. L'aspect général en est grave et solennel, et l'effet religieux n'est point diminué par les caprices de la décoration, et par ces mille ornenements qu un art moins avare a répandus d*une main prodigue dans d'auires constructions moins belles, au point de vue esthétioue. »
M. le chevalier Joseph Bard, membre de plusieurs sociétés savantes, a consacré à l'ap^ préeiation de notre basilique , par lui étudiée sur les lieux, deux articles publiés dans le Moniteur de Vienne (juillet 1853), et qui portent le cachet de la science et du
IHCTIQNMAIBfi YEN 7U
?oût de ce monumentaliste si expérimenté, oici comment il termine son intéressante et consciencieuse étude de la cathédrale Saint-Apollinaire : « C'est un monument de l'école romano-byzantine, telle que la for* mulèrent et la comprirent les Lombards au XI* siècle, et Tnn des archétypes les plus beaux du genre, qui existent en France. » Tout près de ce monument, au septentrion, on voit le célèbre pendentif, édifice carré , dont les quatre faces vermiculées et historiées, offrent des soleils et des sala^mandres dans les flammes, symboles favoris de François i". Chacun des quatre angles est flanqué d'une colonne d'ordre corinthien. La frise qui règne au-dessus est d'un goftt très-pur. La clef qui est au milieu du cintre de chacune des quatre grandes ouvertures en forme d'arcade , est ornée d'une tète et d'une armoirie. La voûte en pendentif, qui couronne l'édifice, est la première de ce genre, oui ait été construite en France , ce qui fit donner à ces sortes de voûtes , dont celle-ci est le type, le nom (générique do pendentif de YcUence. Cet édifice était un oratoire funéraire érigé au milieu du cloître canonial , aujourd hui démoli , dans les souterrains duquel on avait déposé les toni* besde MM. de Mistral, famille très-ancienne^ mainteuant éteinte. L'inscription qui cens* tate cette particularité en même temps que la date du monument, qui est de 15ik8» fui découverte en 1839 , époque où l'on oooimença la restauration encore inachevée de cet édicule.
VALTHER(JBAif). Compositeur allemand, mort en 1555. Foy. Musique, Répoemb mu-
TESTAMTB.
VENDREDI SAINT. Analyse du chant de l'adoration de la croix de cet oflice. Voy.
MOOBS ECCLÉSIASTIQUES.
VENI CREATOR. Hymne caractéristique du 8* mode. Voy. Modes.
VENISE (École de peinture de). A l'article Coupoles, nous apprécions sous ses divers aspects la célèbre basilique de Saint- Marc, cette merveille architecturale d*une ville si riche en monuments et en objets d'art de tous genres. Dans celui-ci, nous dirons quelques mots de ceux des plus grands peintres qui ont fécondé sa célèbre école. Les plus anciens sont Juste et Antoine de Padoue, élèves de Giotto, auteors des fresques de la coupole du baptistère , et Guariento de Padoue, qui, en 1965, a exécuté les fresques de Téglise des Eremitani, de la même ville. Viennent ensuite les Vivarini , de rtle de Muranu, (Louis , Jean , Antoine et Barthélémy) , de lUï à lb98. Ces quatre peintres peuvent être regardés à bon droit comme les fondateurs de l'école mystique de Venise. Cette illustre cité montre encore à Tadmiration des voyageurs, dans ses églises et ses musées,* plusieurs mado-
(710) fl résulte de ces mesures prises avec exactitude par M. Ctievillet, arcbitecle du déparleineui,
que les dimeMions de la cathédrale de Yalenee soal pie* grandes qtt*on ne le pepse communémeitt.
ve;»
^ESTHETIQUE CHRETIENNE.