‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 98 sur 168 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

Son origine est divine comme celle des autres arts, quoi qu'en disent \q^ proqressis^ lêêf contrairement à l'évidence des faits et du simple bon sens. Que nous enseignent, en effet, les notions les plus élémentaires de rhistoire ? qu'il n'y a jamais eu une marche uniforme quant aux progrès de l'art, parmi lu diverses nations du globe , puisque les

unes avançaient, tandis que les autres reculaient, et vice versa. Non-seulement, il a'v a pas eu chez elles une marche uniforme a cet égard , mais encore, en comparant celles qui ont le plus brillé dans les arts» à l'époque la plus rapprochée de l'Iucarnatiàli. aux peuples les plus anciens , comme léti Assyriens, par exemple, on voit que chez ces

Sli

derniers, la pratique des arts était portée à une perfection qui n*a jamais été surpassée et même égalée» sous certains rapports. Or un tel ordre de faits n*est-il pas diamétralement opposé au système rationaliste qui voudrait que l'humanité eût débuté, dans les arts comme dans la philosophie , par Tétat sauvage, pour arriver graduellement à Tétat de civilisation? Et puis, est-on bien d'acconi sur le véritable sens de ces deux mots déeadenccy progrès? Tout dépend du point de vue où 1 on se place, et ici, chacun a le sien. Le seul vrai, le seul logique, ne se trouve que dans Tordre de la révélation. — Nous ne croyons pas non plus qu'il faille attribuer l'origine de la peinture au désir de reproduire sur la toile ou sur toute autre surface les traits d'une personne chérie. On n'en donne aucune espèce de preuve. Au lieu de cette hypothèse purement gratuite, nous aimons mieux croire que l'homme a trouvé, dans la tradition primitive» les premiers éléments de la peinture, comme ceux du langage et de tous les autres arts. L'état de perfection où nous les voyons dès les temps les plus reculés serait une preuve de notre opinion, quand bien même elle n'aurait pas pour elle les oracles formels des Livres saints, d^accord en ceci, comme en tout le reste, avec les témoignages non moins formels de l'histoire et les données du simple bon sens. Toutefois, il résulte du petit nombre de documents qui existent sur 1 état de la peinture chez les anciens , ou tout au moins chez les Grecs et les Romains, que la pratique de cet art ne fut ni aussi générale oi aussi populaire chez eux que parmi nous. On peut en donner deux raisons, l'une tirée de la difi'érence d'architecture ; l'autre,, de la différence plus grande encore du principe religieux, entre les païens et les Chrétiens. Dans les temples du paganisme moins grands, moins élevés , moins éclairés à l'intérieur qvie les nôtres , la peinture ne jouait qu'un rôle secondaire, tandis que la sculpture étalait toutes ses magnificences sur les frises et sur les frontons. Dans nos temples catholiques, au contraire, tout a été a l'inverse des temples païens, aussi bien pour l'art que

Eour le culte lui-même. Nos basiliques , eaucoup plus vastes , beaucoup plus hautes, ont présenté naturellement un champ beaucoup plus vaste aussi à la peinture qui elle-même a eu à s'exercer sur des sujets autrement grandioses et autrement compliqués que ceux de l'art antique. En outre, le peuple fidèle étant appelé désormais à remplir les immenses nefs du temple saint, la peinture a dû déployer toutes ses ressources et toute la magie de ses effets dans l'intérieur de nos basiliques ^ et dans leurs dépendances. La sculpture n'a rien perdu, de son côté, ii cette métamorphose , puisque , indépendamment de la part assez belle qui lui a été foite à l'intérieur, elle est toujours restée en Iiossession de l'extérieur du temple, et particulièrement du frontispice, qui lui a offert dés surfaces trois fois plus vastes que les p\M grandes des frontons de l'antiquité.

Mais il n'en est pas moins vrai que la peinture a tout gagné à cette métamorphose da temple païen. Elle y a gagné non-seulement au point de vue de Tarchitecture , mais encore et plus encore au point de vue de l'esthétique proprement dite. En effet, un art abstrait quant à la disposition des lignes, et, en même temps expressif quant au procédé des couleurs , ne pouvait que sympathiser à une religion à la fois spiritualiste dans son essence, et expressive par les divers sentiments qu'elle inspire. Ici l'élément physique s'efface ou s'amoindrit singulièrement sous l'intluence de l'expression mystique qui est TAme de la peinture catholique. D'ailleurs, l'allégorie, a laquelle elle accorda jadis une si large part qui est restée encore assez grande aujourd'hui, l'allégorie arec ses raille nuances délicates, trouve une interprète plus heureuse et plus facile dans la peinture que dans la sculpture. Tels sont les motifs qui ont rendu la peinture plus populaire chez les catholiques qu'elle ne le fut chez les peuples de l'antiquité. Voilà pourquoi cet art est, dans ses conditions essentielles, plus chrétien que la sculpture» art éminemment plastique, aux formes bien accusées, au relief très- prononcé. Sans doute le génie chrétien a su façonner la iscui^iture, comme tout le reste, à son image. Mais il n'en est pas moins vrai que la peintuns dans son élément constitutif, est pi lis chrétienne que la sculpture dans le sien.

Ici se présentent les questions très-importantes qui suivent : 1* Quelles furent les origines de la peinture chrétienne ? 2" Quelle part y eut le symbolisme ou rallégorleT 3*" Quels en furent les motifs principaux? 4* Quelles furent ses. destinées depuis les catacombes jusqu'au xviir siècle? Ces intéressantes et graves questions, nous les traitons esthétiquement et historiquement, tu extenso^ dans plusieurs articles spéciaux* Nous répondons à la première par l'article Catacombes; à la deuxième, parles articles Allégorie, Couleurs; à la troisième, parles articles Anges, Apocalypse, Jésus-Christ»

Vierge Marie, Bésurrection ; et à la quatrième, par Tarticie Types ; sans parler de plusieurs autres articles détachés qui ont trait à ces diverses questions. 11 en est d'autres encore, dans lesquels nous avon» traité aussi, historiquement et esthétiquement, chacun des genres principaux de la peinture chrétienne, à savoir : la Fkksqvk* la Mosaïque, la Miniature et les Vitraux PEINTS. Au premier de ces quatre genres particuliers de la peinture catholique se rapportent, en partie, les articles Albi ( Cu-théàrale d), Paul (Saint') de Nîmes, et plusieurs autres; au deuxième, en partie, les articles Basiliques, Coupole, Dôiib, et surtout celui Vitraux peints ; au troi3ièaie« les articles France, Vitraux pbiiits et Tulle [Antiphonaire manuscrit de F église de Sainte-); enOn, au quatrième, Tarlicle Vitraux peints et la plupart ile ceux qui traitent des églises ogivales, tels que Amirus Strasbourg. — Ces diverses branches de

Page 1