CHARLES - JOSEPH DE SAINT- BE
I NOIT, feuillant, originaire de la famille Imbonati. de Milan. A Rome, il fut élève de Bartolocci, qui en fit un éloge sans réserve dans sa Bibliotheca magna rabbinica de scriptoribus, iv, 1694, p. 229. Il fut chargé parfois de remplacer son professeur, notamment au collège des Néophytes. Il laissa un travail inédit : Adventus Messiae ab haerelicorum ac judaeorum erroribus vindicatus...
Morozzo, Cislerrii reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin, j 1690, p. 1.32.
J.-M. Canivez.
CHARLES VERRI DE CRÉMONE, capucin italien, moraliste (xvii" s.). Voir D. T. C, ii,
CHARLESTON, dioc. des États-Unis d'Amérique, suffragant de Baltimore, érigé le 12 juill. 1820 et comprenant actuellement l'État de la Caroline du Sud.
Évêques : John England, 1820-42. — Ignace A. Reynolds, 1844-55. — Patrick N. Lynch, 1858-82. — Henry P. Northrup, 1883-1916. — William T. Russell, 1917-27. — Emmet M. Walsh, 1927, transf. à Youngstown, 1949. — John J. Russell, 1950.
Cath. Enc, m, 630-31. — Cath. Directory, 1950, p. 28.')- 87. — Ann. pont., 1948, p. 106.
É. Van Cauwenberoh.
CHARLEVOIX (Piehre-François-Xavierde).
jésuite, né à S. -Quentin le 29 (24) oct. 1682, mort au collège de La Flèche le 1" févr. 1761. Il entre au noviciat le 15 sept. 1698. De 1705 à 1709 il est professeur au collège de Québec, puis il revient en ; France pour y faire ses quatre ans de théologie au i collège Louis-le-Grand et voyage en divers pays. Il manifeste son intérêt pour les missions de la Compagnie, dont il sera appelé l'Hérodote, par une œuvre de jeunesse : Hist. de l'établissement, du progrès et de In décadence du christianisme dans l'empire du Japon,
r)37 CHAHJJ'.VOl X
1715 (traduite en anglais la même année). Plus tard il reprendra son sujet sur une base plus large et avouera, dans la bibliographie critique à la fin de l'ouvrage, s'être mépris sur plus d'un point dans cette cpuvre de jeunesse.
En 1720 il rentra au Canada chargé d'une mission d'information parle duc d'Orléans, régent du royaume pour le jeune Louis XV. Le traité d'Utrecht avait compromis le commerce extérieur du Canada. Dès 1717 on élabora le projet de rechercher une route vers la mer de l'Ouest qu'on appelait mer Vermeille, qui devait conduire aux relations avec le Japon et la Chine. C'était une variante de la recherche du passage vers le Nord-Ouest qui avait lianté Gavelier de la Salle. On se faisait une idée fausse de la largeur du continent nord-américain. Charlevoix devait parcourir les diverses parties de la Nouvelle France et prendre partout des informations sur cette route. Parti de Paris en juin 1720, il débarqua à Québec fin sept. La saison ne se prêtant pas au voyage, il parcourut la colonie canadienne, recherchant partout des voyageurs susceptibles de l'informer. Au début de mai 1721 il entreprend son voyage par Catarakoni, Niagara, Détroit, Michillimakinac, Michigan, les grands lacs, la rivière des Illinois, gagne le Mississipi, la Nouvelle-Orléans, l'embouchure du grand fleuve et s'embarque pour S.-Domingue; mais il fait naufrage en face des Bahamas, retourne au Mississipi par la côte de la Floride, reprend son voyage vers S.-Domingue et débarque au Havre le 26 déc. 1722. Reçu par le régent le 13 janv. 1723, il lui expose les résultats de son expédition et signale deux moyens de rechercher la route de l'Ouest : remonter le Missouri ou établir une mission chez les Sioux. Quand on se décide pour la seconde solution, il s'ofïre pour la mission. A partir de ce moment sa vie est consacrée à l'histoire du Nouveau Monde.
En 1724, il publie la Vie de la Mère de l'Incarnation, en exécution d'une promesse lors d'un grand danger. La Vie est précédée d'une longue préface apologétique sur la mystique, intéressante comme caractéristique de l'attitude du xvii^' s. envers la mystique. En 1730, il publie son Histoire de l'Isle espagnole ou S.-Domingue, d'après les notes du P. J.- B. Le Pers pendant vingt-cinq ans missionnaire en cette île, mais aussi d'après de nombreux documents originaux du ministère de la Marine. De 1733 à 1755, il est attaché à la direction du Journal de Trévoux et y public de nombreux articles, entre autres son plan pour une histoire du Nouveau Monde, reproduit à la fin de son histoire de la Nouvelle France. En 1736, il publie son Hist. et description générale du Japon, œuvre de compilation basée en partie sur l'histoire du Japon et du Siam de Kaempfer. Sa bibliographie critique à la fin de l'ouvrage (vol. ix) dénote un grand souci d'information. Il semble avoir lu tous les mémoires publiés sur cette matière. En 1744 paraît la première édition de son Hist. et description générale de la Nouvelle France, 6 vol., œuvre de première importance pour l'histoire de l'ancienne colonie française d'Amérique. Il y a joint son journal de voyage sous forme de lettres à la duchesse de Lesdiguières, qui contient de nombreux détails intéressants sur les diverses nations indiennes. Enfin eu 1756, il donne Hist. du Paraguay. Contrairement aux ouvrages précédents, on n'y trouve pas de bibliographie systématique, mais nombre de pièces justificatives qui prouvent son souci de documentation originale.
C. de Rochemonteix, S. J., Les jésuites et la Nouvelle France au XVIII' s., i. — Sommervogel, ii, 197.)-80.
A. De BlL.
CHARLIER (GiLLKs). Voir Carlieh, xi. 1046- 10.50.
- CHAHMKNA 538
CHARLIEU (S.-Étienne), Carus locus, Cari- \ locus, dioc. de Mâcon, auj. de Lyon, arr. de Roanne j (Loire). Abbaye de bénédictins, fondée vers 876 par I Ratbert, évêque de Valence, et Édouard, son frère, sur leurs propres terres. Le premier abbé fut Gausmar. En 946, ce monastère passa à Cluny, mais il lui fut enlevé bientôt par le seigneur Sebo ou Sobo, qui le restitua sous l'abbé Aimard. Cependant, Odalric, archidiacre et plus tard archevêque de Lyon, contesta aux Clunisiens la possession de Charlieu, mais, à son ' tour, il le leur rendit sous l'abbé Odilon, qui fit recons- ; truire les bâtiments conventuels avec l'église, consacrée en 1094 sous le vocable de S. Fortunat. Charlieu, qui était déjà réduit au rang de prieuré en 1034, comptait en 1412 vingt-six moines. Il fut frappé par les édits de 1768 et de 1773, et supprimé définitivement en 1789. Les édifices claustraux disparurent presque tous en 1792. Subsistent encore une partie de l'église, avec son porche célèbre (xii» s.), les cloîtres, la salle du chapitre, et une grosse tour.
Abbés et prieurés connus : Gausmar, abbé en 876. — Ingelarius, 887. — Robert, 1034. — Achard, xii« s. — Guillaume, 1145. — Altard, 1180. — Guillaume de Espinacia, 1412. — Simon de Ronchival, 1428. — Jean de Magdalena, 1518. — Claude de Magdalena, 1527. — Gabriel de Roquette, év. d'Autun, échangea Charlieu contre le prieuré de Val-Benoît, dans son diocèse, 7 avr. 1697. — Bertrand de Senaux, auparavant prieur de Val-Benoît, 7 avr. 1697.
Dr Barbat, Charlieu. Ses monuments, son abbaye, 2' éd., I Charlieu, 1925; Dévastation du prieuré de Charlieu pendant ! la Révolution, dans Ann. de l'Acad. de Mâcon, III" sér., xv, 1910; II» part., p. 309-15. — A. Bruel, Mémoire de l'abbé de Cluny [Bertrand 1" de Colombier] contre les entreprises [ de Guichard VI, sire de Beaujeu, sur les droits de l'abbaye ■ et des prieurés de Charlieu et de Salles en Beaujolais ( 1305), ! dans Bull, philol. et hist. du Comité des travaux hist., Paris, j 1917, p. 239-45. — Chevalier, T. B. — Cottineau, 707. — j J.-B. Desevelinges, Hist. de la ville de Charlieu depuis son origine, Roanne, 1836. — Galt. clvist., iv, 1111. — Mabillon, Ann. O. S. B., lu, 183, 192, 222, 257, 403, 486; vi, 205. — A. Rhein, Charlieu, dans Congrès archéol. de France, sess. Lxxx, p. 242-69. — N. Thlollier, etc., Fouilles à Charlieu sur l'emplacement de l'église S.-Fort, dans Bull, de la Diana, XXII, 1926, p. 475-500. — J. Vallery-Radot, Les analogies des églises S.-Fort de Charlieu et d'Anzy-le-Duc, dans Bull, monum., lxxxix, 1929, p. 243-68.
R. Van Doren.
CHARLOTTETOWN, dioc. du Canada, comprenant l'île du Prince-Édouard, située dans le sud du golfe du S. -Laurent; il fut érigé en vicariat apostolique le 23 nov. 1818 et en évêché le 11 août 1829, dépendant depuis 1852 d'Halifax.
Évêques : Bernard A. Me Eachern, 1829-35. — Bernard D. Me Donald, 1837-59. — Peter Me Intyre, I 1860-91. — James Ch. Me Donald, 1891-1912. — Henry J. O'Leary, 1913-20. — Louis J. O'Leary, 1920- 30. — Joseph A. O'Sullivan, 1931-44. — James Boyle,
I Cath. Enc, m, 632-33. — Calh. Directory, 1943, III» part., p. 73-74. — Ann. pont., 1948, p. 106.
I É. Van Cauwenberoh.
CH ARM EN A (Xappaiva, Xap^éva), évêché de la province de Thessalie, dépendant de Larissa. Il ne paraît qu'à une époque tardive parmi les nombreux sièges épiscopaux qui pullulèrent dans la région aux xin« et xiv« s. (G. Parthey, Hieroclis Hynecdemus et Notitiae graecae episcopatuum, Berlin, 1866, p. 121, 218, 260). On n'en connaît aucun évêque. Du moins les documents patriarcaux fournissent deux renseignements sur son compte. En août 1317, une décision du patriarche Jean XIII Glykys permet au métropolite de Larissa, qui ne peut rentrer dans son éparchie
I à cause de la guerre, d'exercer dans celle de Charmena
CHAH MENA — CHARHOUX
ses pouvoirs épiscopaux : ofrices publics, ordination de diacres et de prêtres, etc., à l'exclusion du trône épiscopal (Miklosich-Miiller, Acta et diplomata graeca medii aevi, i, 79-80). En cet. 1318, le même patriarche déclare que l'évêque de Charmena n'a aucun droit sur le monastère patriarcal twv Mapuapiôtvoov, bien qu'il soit voisin' de son siège (Miklosich-MûUerj i, 88).
Le titre de Charmena est inconnu des listes de la Consistoriale.
R. Janin.
CHARMOYE (La), Charme.ia, Camiria, ancienne abbaye cistercienne fondée en 1167 par Henri I", comte palatin de Champagne, comm. de Alontmort (Marne), dans, les l)ois de Charmes, non loin d'iïpernay, dioc. de Ghâlons. L'abbaye de Vauclair, tille de Clairvaux, fournit les moines. En 1275, l'abbé de La Charmoye fut déposé par le chapitre f^énéral de Cîteaux; il faisait partie de ce groupe de neuf abbés qui s'étaient insurgés contre les définiteurs (lu chapitre; deponnnlur in instanti, dit le décret. On signale également en 1454 la déposition de l'abbé Jean de Saint-Éloi; le cas fut assez grave pour que le chapitre général crût devoir lui-même nommer à la prélature vacante, supprimant ainsi l'élection canonique. On choisit un religieux de Clairvaux, Nicolas de Milleville, qui démissionna six ans après. La commende ne put faire qu'un essai à La Charmoye. En 1602, Octave Arnolfini fit profession monastique, se transformant ainsi en abbé régulier. On eut ensuite Étienne Maugier, l'un des chefs de l'étroite observance, fougueux abstinent, dont les allures aggressives nuisirent beaucoup à la cause qu'il défendait. L'année 1697 vit l'élection du savant Paul- Yves Pezron. La suppression de l'abbaye à la fin du xvni» s. n'y trouva même plus dix religieux.
Série des abbés : 1. Bernard, 1167-73. — 2. Jean l", 1183. — 3. Joscelin, 1192-1200. — 4. Évrard, 1207. — 5. Arnold, 1220. ^ 6. Léodegaire, 1223. — 7. Jean II, 1235. ~ 8. Guillaume, 1246. — 9. Égide, 1250. — 10. Jean III, 1266. — 11. Garnier, 1299. — 12. Jean IV, 1360. — 13. Égide Baudonnart, 1445. — 14. Jean de Saint-Éloi (Gall. christ. : Philippe), déposé en 1454. — 15. Nicolas de Milleville, démissionna en 1460. — 16. Baudouin Caulier, 1460. — 17. Jean de Longpré (Galt. christ. : Sompuis), 1463. — 18. Jacques de Tournai, 1474-93. — 19. Claude Duplessis, 1497. — 20. Jacques Duplessis, 1506-11. — 21. Jacques du Chesnel (Gall. christ. : Quesnet), 1524. — 22. Eustache du Bellay, év. de Paris, commendataire, 1543. — 23. François de Tournon, cardinal, 1550. — 24. François des Essarts, 1550-77. — 25. Philippe Porcherot, 1577. — 26. Simon de Sommière, 1587. — 27. Octave Arnolfini, 1602. — 28. Étienne Maugier, th. dr., f 1637. — 29. Étienne le Gendre, 1647. — 30. Charles Bourgeois, th. dr., 1667. — 31. Étienne Guérin, th. dr., 1680. — 32. Thomas Chevalier, th. dr., f 1697. — 33. Paul- Yves Pezron, démissionna en 1702, f 1706. — 34. .Jacques Noël (Gall. ctirist. : Nouet), th. dr., 1702-26. — 35. Siméon Hénault, 1726, t 1733. — 36. Mallon- Nicolas Gruel, 1 734. — 37. Martian, 1 765. — .38. Simon Louvet, 1771.
Archives : dép. de la Marne : 12 reg., 31 lia.sses, 1 plan; (l^p. du Nord, 3.3, H, n. 2 : sceau de Pierre, abbé rte La Charmoye; Paris, Bibl. nat., nis. fr. 20892, n. 71. — Éd. de liarthélemy. Recueil des chartes de La Charmoye, Paris, 1886 (recueil factice d'actes des années 1169-1355, dit Stein, n. 1794). — Cottineau, 708. — Gall. christ., ix, 970. — Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 155. — Manrique, cisterc, Lyon, 1642, année 1167, ix, l;t. iv,
r>(iï. — Slaliiia cap. gen. on/, cisterc, i-viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim.
J.-M. Ganivez.
CHARON, Gratta B. Mariae, de Carone, Jariintn. ancienne abbaye cistercienne au pays d'Aunis.
Le roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, avait voulu cette fondation en ce lieu qui relevait de lui en tant que duc de Normandie et d'Aquitaine, 1189 (Gall. clirist., ii, Instr., 388). Des moines venus de La Grâce-Dieu, dioc. de Saintes, s'installèrent en 1191 près de l'Océan, à trois lieues de La Rochelle, jadis dioc. de Saintes. Les auteurs du Gallia reproduisent l'inscription lapidaire de la porte d'entrée; elle cite les grandes étapes de l'abbaye : détruite en 1562 par les huguenots, elle fut restaurée en 1614 par le prieur Pierre Bagon, qui fit la même besogne à l'abbaye des Châtelliers et à celle de Boschaud. En 1714, Charron ne comptait plus qu'un seul religieux; ils étaient quatre en 1768.
Série incomplète des abbés. — 1. P., 1204. — • 2. André, élu à La Grâce-Dieu, 1408. — ■ 3. Nicolas, 1441. — 4. Jean I", 1451. — 5. Jean II Assille. 1464-80. — 6. Hilaire Chapperon, 1527. — 7. Hubert de Prie, commendataire, 1535-64. — 8. François Bonnault, 1590.
— 9. Jacques Jousselin, aumônier du roi. — 10. Jean-Raymond Ferrier, 1676-1714.
Archives : dép. de Charente-Infér., H, 21-31 : 12 articles, copie de titres de 1188 à 1789, procès-verbaux de visites (xviii" s.); La Rochelle, bibl. municipale, mss. S3; 95-96, p. 367; 123, fol. 5; 283, fol. 7; 621, fol. 187; Paris, Bibl. nat., ms. lat. 12858; ms. /r. 20901, n. 81. — Cottineau, 710.
— Gall. christ., u, 1399. — Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 194. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, année 1191, vu, 7. — Meschinet de Richemond, Cartulaire de l'abb... Choron en Aunis, La Rochelle, 1883.
— Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933- 41, paisim.
J.-M. Canivez.
CHARPUT, Kharput. Voir Hesna de Zaid.
CHARROUX (S. -Sauveur ou Ste-Croix), Carrofwn, Carrofense, arr. de Civray (Vienne), dioc. de Poitiers. Abbaye de bénédictins, fondée vers 785 par Roger de Limoges et sa femme Euphrasie. Ce monastère attirait de nombreux pèlerins à cause de la présence de reliques importantes, notamment une parcelle de la croix, envoyée, dit Adhémar, à Charlemagne par le patriarche de Jérusalem, ou, d'après une autre tradition, remise par le pèlerin breton Frédeland à Roger de Limoges. Gharroux fut l'objet de plusieurs donations de la part de Louis le Pieux. Très éprouvé par la guerre de Cent ans, ensuite par les guerres de religion, et quoique unie, en 1587, à la congrégation des Exempts, l'abbaye ne parvint pas à se relever. Quand, en 1760, elle fut unie au chapitre de Brioude, il n'y avait que huit religieux, qui n'observaient plus la vie commune. L'église et le monastère furent détruits au commencement du xix« s. Il en subsiste pourtant un magnifique clocher octogonal, construit entre 1028 et 1047. Le trésor des reliques fut transféré à l'église S.-Sulpice (xii'' et xv« s.).
Liste des abbés : Dominique. — • David, 799. — Justus, 817. — Gombald I", 830. — Walafrid, 869. — Guillaume I", 862, 869. — Frotarius. — Grinferius, 879. — Alboin, 937, devint év. de Poitiers. — Adalbald. — Pierre l", simoniaque, expulsé par Guillaume d'Aquitaine, qui fit appel à des moines de S.-Savin pour réformer Charroux. — Gombald II, 1014. - GolTred I", 1017, f 1"18. -- Hugues I", f 1017. Rainald ou Réginald. - Fulcherius, 1028, 1040. - Hugues II, 1050, 1061. — Kulrad (Fulcaud), 1088. Pierre II, 1140. — Fulcald, 1147. — Guillaume II, 1180, 1187. — GolTred II, 1195. — Guillaume III. 1203. — Hugues III, 1208, 1210. — Jourdain II, 1217. — Émeric, 1217, 1220. — Jourdain III, 1234, 1269. — Pierre III, 1279, 1282. — Gui de Baussay. — Raimond de Chàteauneuf, 1295, 1308. — Pierre IV Bertaud, 1340. — Matthieu, devint év. d'Aix en Aqui- I taine, en 1.358. •- Pierre V la Flotte. 1372. — Gérald
r./i1 CUAKHOIJX
(le Jovion, devint abbé de S. -Martial et de S.-Martin de Limoges. — Bertrand, 1398. — Adhéinar, 1390. — Guillaume IV Robert, 1444. — Jean I'""' Chaperon, 1 444-1447. — Louis Fresneau, abbé commendataire, 1481. — Godefroid III de Cluys de Briantes, abbé régulier, 1504-1507. — Pierre VI Chateigner de la Hocheposay, 1251, 1555 (?), donna Charroux en échange de l'abbaye de La Grenetière. — Lazare de Haïf, abbé de La Grenetière. — René (Louis) de Daillon, év. de Luçon, abbé de Charroux de 1559 à 1567. — l^antaléon de la Rochejaiibert, 1588. — l'Yançois de la Hochejaubert, lti14. — Jean II de la Rochejaubert, 1(535. — .lean III Armand, card. du Plessis de Richelieu. — Richard Smith, Anglais, év. de Chalcédoine, l(>48. -.Iules, rard. Mazarin, 1650. — Louis II Maurice de la Trémoille, comte de Laval, 1651, t 1681.
- Frédéric-Guillaume de la Trémoille, prince de Talmont, obtint les abbayes de son oncle, en 1681; il quitta l'état clérical en 1689. — Charles F"rotier de la Messelière, doyen de S.-Hilaire de Poitiers, 1689-
Abbaye S.-Sauveur. Charroux, son abbaye, ses reliquaires, Poitiers, 1896. — Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., III, 228. — Berlière, La congr. bénéd. des Exempts de France, dans Revue bénéd., 1897, p. 413. — Besly, Hist. des comtes de Poitou, 149-64. — G. Chapeau, L'église abb. de Charroux, dans Bull, de la Soc. de.s antiq. de l'Ouest, III« sér., vui, 1929, p. 503-33; Fondation de l'abb. de Charroux, ibid., vu, 1926, p. 471-508; Les grandes reliques de l'abb. de Charroux, ibid., 1928, p. 101-28. — Chevalier, T. B., 660. — Cottineau, 711. — P. de Monsabert, Chartes et documents pour servir à l'histoire de l'abb. de Charroux, Poitiers, 1911 (éd. 277 chartes [ix'-xviii« s.], un pouillé des bénéfices et la liste des abbés). — Comte de Saint-Saud, Églises du Périgord dépendant d'abbayes poitevines, i, Abb. de Charroux, dans Bull, de la Soc. hist. et archéol. du Périgord, xlviii, 1921, p. 139-43. — Gall. christ., ii, 1277. — H. L. Fr., v, 39-40.
R. Van Doren.
CHARSZEWSKI (Raymond a sancto Casimiro, O. P.), év. de Théodosie, t v. 1659. Frère prêcheur, il enseigna d'abord quelque temps à l'université de Cracovie, puis fut envoyé en Crimée pour évangéliser les Tartares et secourir les nombreux chrétiens captifs en cette région. Son apostolat fut des plus féconds : au seul centre de mission existant à son arrivée, celui de Théodosie. il ajouta ceux de Kara-Su-Basar, Bakczyseraï et d'Eupatoria, puis quelques groupements de moindre importance, de chrétiens on de catéchumènes, qui tous restaient sous sou influence directe. Il fut promu au siège de Théodosie vers 1658 et y mourut vers 1659. Il a laissé une curieuse Succincta relatio de statu missionis Tarlariae facta, où il décrit l'état de ces chrétientés et esquisse son action apostolique et pastorale à l'époque de la révolte des cosaques contre l'État polonais; les confins sud-est de ce pays étaient alors dévastés par de continuelles invasions tartares et des déportations de chrétiens.
S. Baracz, Rys dziejow zakonu Kaznodziejskiego w Polsce, II, Lwow, 1861, p. 57. — R. Loenertz, Le origini delta missione seicentesca dei Dominicani in Crimea, dans Archiv Fr. Praedic, v, 1935. — .M. Dynowska, R. Charszewski, dans Polski Slownik Hiograficzng, m, Cracovie, 1937, p. 265.
J. OSTROWSKI
1. CHARTIER (.\lain), poète, orateur et homme politique. Xé à Bayeux, à une date non jiréci.sée, mais certainement antérieure à 1395, il était fils de .lean, bourgeois de cette ville, mentionné en 1387 et en 1404. Il étudia à l'université de Paris el ses premiers vers. Le loi de plaisance, dateraient de 1414. C'est peu après la bataille d'Azincourt qu'il composa le premier de ses ouvrages célèbres, Le livre des quatre dames, qui traite de quatre personnes ayant perdu dans la défaite leurs chevaliers : l'un a été tué, un autre a été fait prisonnier par les Anglais, le troisième
- C H A riTfl'. U
a disparu et le dernier s'est déshonoré jiar la fuite; chacune d'elles se juge la plus malheureuse. Chartier s'était rendu à Paris lors de l'occupation de la Normandie par les Anglais et il adressa à Charles VI, en 1418, une épître de félicitations au sujet du maintien des privilèges de l'Église gallicane. Il fut alors attaché à la personne du dauphin dont il adopta la cause et écrivit, avant le 4 juin 14'20, une lettre à l'université de Paris pour défendre les droits de l'héritier de Charles VI, qu'il suivit dans sa retraite. Il vécut alors à la cour et les comptes du dauphin le montrent recevant des sommes assez considérables. Le spectacle de cette cour oisive, ni édifiante ni sincère, lui inspira beaucoup de ses œuvres qui peuvent être placées entre 1421 et 1428. Le quadrilogue invectif, que l'on date de 1422, met face à fa(* la France et les trois ordres, et il est peu d'ouvrages où il y ait autant de poésie que dans ce chef-d'reuvre de la prose française : la France expose ses malheurs et supplie ses habitants d'avoir pitié de leur mère, le peuple reproche aux nobles de le pressurer et de vivre sur lui, la noblesse répond en blâmant ses excès, les meurtres et insurrections, le clerc se pose comme juge entre eux et est assez ménagé par l'auteur. Il n'en est pas de même dans un de ses livres postérieurs, Le livre de l'espérance ou consolation des trois vertus (foi, espérance et charité), qui prend le clergé violemment à partie et lui rei)roche avec verve et éloquence la frivolité de sa vie et la dissolution de ses mœurs : « Les nuits leur ont été trop courtes pour leurs dévergondées plaisances et les jours trop brefs pour dormir. » Le curial, apparemment de la même époque, rédigé en latin et traduit en français par un inconnu, est une satire amère contre la cour. Dans le Dialogus familiaris amici et sodalis, il se pose en moraliste et dit que ce sont les mauvaises mœurs qui causent la ruine de la France.
Entre temps, il avait été chargé de missions diplomatiques. Il avait peut-être été marié, mais en 1425 il était clerc, sans avoir reçu les ordres, et possédait l'église de S. -Lambert au diocèse d'Angers; en 1426, il avait un canonicat à Tours, et devait alors être religieux. En 1425 il avait été envoyé en Allemagne vers l'empereur Sigismond pour tenter, mais inutilement, d'obtenir un secours ou une intervention en faveur de la paix; il prononça la harangue aux hussites pour les ramener à la vraie foi. Son ambassade se continua par Rome vers le pape Martin V, puis par Venise. L'année suivante, il fut envoyé vers Philippe le Bon, duc de Bourgogne, toujours à la recherche de la paix, mais cette « paix heureuse, fille du Dieu des dieux », ne produit de fruits, dit-il, que si elle est dans les âmes. En mai 1428 il fut envoyé en Écosse pour renouveler les alliances et négocier le mariage du jeune dauphin avec Marguerite d'Écosse, mission accomplie avec succès et dont la jeune princesse lui sut gré, si l'on ajoute foi à la légende d'après laquelle il aurait, étant endormi, reçu d'elle un baiser, en dépit de sa laideur mais par amour et estime de la poésie. La dernière œuvre d'Alain Chartier est la lettre à l'empereur Sigismond sur Jeanne d'Arc (1429); il mourut ])robableinenl à la fin de cette- année, peut-être à Avignon. Il est encore l'auteur de beaucoup d'autres pièces, discours, rondeaux, ballades et chansons, d'un poème, La belle dame sans merci, ou il se présente comme le plus dolent des amoureux et qui a beaucoup contribué à sa réputation. Ses Œuvres ont été publiées en 1529 par (ialiot LJu Pré, puis en 1617 par A. Duchesne, ce dernier ouvrage contenant du reste des travaux qui lui sont attribués à tort.
(jomnie écrivain politique, Alain Chartier est partisan du dauphin, de la résistance à l'Angleterre, de l'unité nationale, pressant le duc de Bourgogne (Le lui] lie pair) de nirmtrer qu'il est né en France et
CHA HTIER
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d'oublier le temps passé. Il ne craint pas de mécontenter le monde en dénonçant la paresse des nobles, la lâcheté du « fol peuple qui ne désire que mutation », du clergé qui de biens temporels a pris un tel faix « qu'il le courbe tout vers la terre et le destourbe à regarder sus aux cieux ». Certaines apostrophes annoncent Bossuet : « O rois de la terre qui séez en chaire treml)lante et commandez par autorité décevable sur le le peuple pervertible, retenez cette leçon du roi des cieux qui siet en trône perdurable, dont le royaume ne se peut changer ne l'autorité contredire. Votre règne faut avec la vie, le sien seigneurit sur la vie et sur la mort de tous et de toutes choses. » « Celui qui tout peut, déport et retranche les puissances et de sa perdurable éternité mue les choses qui sous le temps décourent. «
(i. de Beaucourl, Les Chartier, 1869. — Notice par Charpennes, dans l'éd. de La belle dame sans merci, 1901. — Notice par E. Droz, dans Le quadrilogue inueclif, 1923. — Notice par R. Bouvier pour le même, 1944. — P. Champion, Hist. poétique du XV' s., i. — C. J. Hoffmann, Alain Chartier, his works and réputation, 1942. — Le livre de F. Perrot, Reclierches sur la fdiation de Guillaume, Alain et Jean Chartier, 1900, est sans valeur.
M. Prévost.
2. CHARTIER (Guillaume), évêque de Paris. Né à Bayeux et frère cadet d'Alain (v. notice), il fut le premier « écolier », c.-à-d. boursier de Charles VII encore dauphin. En 1432, qualifié « docteur fameux en l'un et l'autre droit », il fut envoyé à l'université de Poitiers, nouvellement fondée, pour y enseigner le droit canon. Il possédait la cure de S. -Lambert de Saumur, avait le titre d'archidiacre de Gand, de conseiller-clerc au parlement de Poitiers en 1433. En 1435 il prit part aux négociations qui aboutirent au traité d'Arras. En 1437 il était chanoine de Paris, fut élu évêque en déc. 1447, sacré à S. -Victor et prit possession le 4 avr. suivant. En nov. 1449 il fut envoyé en Normandie par Charles VII pour des conférences avec les commissaires anglais. Il est mentionné dans divers actes administratifs diocésains : il fait faire, le 13 oct. 1449, une procession en action de grâces pour la victoire de Formigny, bénit ou consacre des chapelles ou églises à Charonne, à S. -Denis, à Groslay, fonde une chapelle à Bayeux, remet en état les domaines épiscopaux à Gentilly et à Moissyl'Évêque, est membre de la commission qui préside à la réforme de l'Université, figure en 1455 au nombre des commissaires délégués par Calixte II pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc. En 1459, faisant partie de l'ambassade envoyée par Charles VII à Mantoue, il fut reçu en audience par le pape Pie II qu'il harangua, et le pontife loua l'élégance, l'art et le charme de ce discours qui est conservé dans le ms. lat. 8576 de la Bibl. nat. Il fut chargé, avec Thomas de Courcelles, de la réforme de l'abbaye de Fontevrault.
II assista aux funérailles de Charles VII et au sacre de Louis XI, mais quand le nouveau roi vint à Paris, l'évêque demanda et obtint le maintien des libertés ecclésiastiques et du privilège claustral de Notre- Dame. Lors de la Ligue du bien public, il prit parti pour les mécontents et demanda au roi que les affaires fussent conduites par « bon conseil ». Quand le roi fut parti pour la Normandie, l'évêque entra en relations avec les princes confédérés au sujet de leur entrée à Paris, ce dont le roi fut fort, mécontent. Chartier mourut subitement le 1"' mai 1472. Il était, dit le chroniqueur Jean Castel, « saint, bonne personne et grand clerc ». Mais Louis XI, qui ne pardonnait pas, exigea que l'on mît sur son épitaphe qu'il lui avait été hostile et avait agi contre lui. L'inscription disparut après la mort du roi et fut remplacée par un éloge.
[ II possédait un des exemplaires originaux du procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc, qui, maintenant à la Bibl. nat., a servi à Quicherat pour son édition.
G. de Beaucourt, L^s Chartier, 1869. • — L. Jaunay, Les éoêques et archevêques de Paris, 258-62. — Gall. christ., VII, 152. — Les histoires et clu-oniques de Charles VU et de Louis XI.
M. Prévost.
I 3. CHARTIER (Jean), chroniqueur, xiv^ s. I On manque de notions précises sur le commencement ( de sa carrière; on l'a longtemps dit frère d'Alain et de i Guillaume et on l'a fait naître à Bayeux, mais rien ■ ne prouve la communauté de famille ou d'origine. La I première mention que l'on trouve de lui est de 1430, j où il est dit prévôt de La Garenne, ce qui en faisait un des dignitaires de l'abbaye de S. -Denis et lui assurait I de bons revenus. Il l'échangea, en 1433, contre la prévôté de Mareuil-en-Brie. Il fut dans les années suivantes désigné par l'abbé de S. -Denis comme son procureur pour diverses affaires, administrait la préceptorie et était, dès 1435, commandeur de l'abt baye. En 1445 enfin, il recevait la dignité de grand chantre. C'est à tort que Vallet de Viriville le fait vivre jusqu'en 1470; le nécrologe de S. -Denis mentionne son décès à la date du 19 févr. 1464.
Il pourrait avoir commencé à s'occuper d'historiographie à S. -Denis vers 1407, fut nommé en 1437 historiographe de France et, vers la même époque, chapelain du roi. En dépit de son titre, il ne paraît pas avoir accompagné Charles VII ailleurs qu'en la campagne de Normandie de 1450; c'est à S. -Denis qu'il recueillait les témoignages et renseignements qui lui étaient utiles; les sources de sa chronique sont généralement de caractère officiel; il parle rarement en son nom personnel. Cette chronique a été publiée pour la première fois dans l'édition des Grandes chroniques de 1476-1477, de nouveau par Denis Godefroy en 1661 j et enfin par Vallet de Viriville en 1858-1859. Il est ! également l'auteur d'une chronique latine qui em- I brasse la plus grande partie du règne de Charles VII, puisqu'elle ne s'arrête qu'au milieu de l'année 1450, et qui paraît avoir servi de canevas à la chronique française; elle est conservée dans le ms. des Nouv. ncq. lat. 1796, de la Bibl. nationale.
De Beaucourt, Les Chartier; Hist. de Charles VII. — Vallet de Viriville, notice en tête de l'éd. de la Chronique de Charles VII. — Ch. Samaran, La chronique latine inédite de Jean Chartier, 1928.
M. Prévost.
CHARTRES. — i. VILLE ET faubourgs.
— I. Histoire sommaire. II. Origines chrétiennes. III. Liste épiscopale. IV. Légendes. V. Pèlerinage. VI. Cathédrale. VII. Chapitre cathédral et autres chapitres. VIII. Écoles de Chartres. IX. Paroisses et principales chapelles. X. Abbayes et principaux prieurés. XI. Communautés et congrégations.
I. Histoire sommaire. — Située en grande partie sur une sorte de promontoire triangulaire délimité de deux côtés par les vallées de l'Eure et du ruisseau des Vauroux, la ville de Chartres occupe une position dont I la valeur stratégique a dil être reconnue dès les temps [ préhistoriques. Là se trouvait, à l'époque gauloise, 1 un des centres de la peuplade des Carnutes, dont l'immense territoire comprenait aussi la région de Genabum, devenu plus tard Orléans. Après la conquête romaine, la ville, appelée Autricum, devint, vers le milieu du iii^ s., le chef-lieu de la civitas Carnotum, comprise d'abord dans la province Lugdunensis, et à la fin du iv« s. dans la Lugdunensis IV ou Senonia. Les autres cités de la même province correspondaient aux territoires de Sens (métropole), d'Auxerre, de Troyes, d'Orléans, de Paris et de iMeaux. Ces territoires deviendront les diocèses primitifs de la province
ecclésiastique de Sens, auxquels on ajoutera plus tard celui de Nevers.
Il ne reste à peu près rien de la ville d'Autricum. Un mur paraissant du iii« s. et passant sous l'abside de la cathédrale, mur dont on ne sait au juste s'il a appartenu à une enceinte fortifiée ou à quelque monument religieux ou civil; une stèle probablement funéraire, ornée d'une effigie très fruste; un chapiteau de pilastre corinthien; quelques fûts ou tronçons de fûts de colonnes et quelques chapiteaux de basse époque conservés à l'église S. -Martin -au-N'al, dans un faubourg; quelques restes d'aqueducs et d'égouts; voilà à peu près tout ce qu'on peut mentionner en fait de vestiges gallo-romains.
Comme plusieurs autres chefs-lieux, la ville perdit son nom pour prendre celui de la cité : Autricum devint Carnotum; ainsi est-elle appelée, à la fin du ivî s., par Sulpice-Sévère. Sous l'influence d'un texte bien connu de César (De bello gallico, VI), la forme Carnutum a prévalu à l'époque moderne, mais c'est Carnotum que l'on trouve dans tous les textes ecclésiastiques jusqu'au milieu environ du siècle dernier.
Nous ne croyons pas utile de résumer l'histoire de Chartres pendant la longue période qui s'étend de la chute de l'Empire romain aux premiers Capétiens. Cette histoire, d'ailleurs, est une suite de désastres. En 600, la ville fut saccagée par l'armée de Thierry, roi de Bourgogne; elle fut incendiée, avec la cathédrale, par Hunald, duc d'Aquitaine en 743. Nouvelle dévastation, accompagnée de massacres, en 858 par les Normands, qui revinrent en 911, mais furent défaits devant les murs de la ville, sur lesquels l'évêque avait arboré la « chemise » de la Vierge — nous verrons plus loin ce qu'était cette relique — donnée à l'Église de Chartres par Charles le Chauve.
A partir du x"" s., Chartres eut des comtes, dont le premier fut Thibault le Tricheur; les comtes de Chartres eurent également sous leur domination Blois et la Champagne. En 963, Richard, duc de Normandie, en guerre avec Thibault le Tricheur, s'empara de la ville qu'il dévasta. Avec le xi«^ s. commence une période plus tranquille. Grâce à ses célèbres écoles, Chartres devient un centre intellectuel. En 11.50, S. Bernard y prêche la seconde croisade.
Le comté de Chartres fut réuni à la couronne en 1286. Peu après, la ville obtint de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, une charte de franchises municipales. Son état, à cette époque, est assez bien connu. C'est une ville où le clergé exerce une influence prépondérante, localité principale d'une région agricole et viticole, où prospèrent le commerce et l'industrie artisanale.
C'est dans la banlieue chartraine que fut conclu, en 1360, le traité de Brétigny. Plus tard, en 1417, le parti bourguignon livra Chartres aux Anglais qui en restèrent maîtres jusqu'en 1432. Après les guerres des xiv^ et xv« s., Chartres connut une période de prospérité et de tranquillité relatives qui dura jusqu'aux guerres de religion. C'est à cette époque que le domaine de Chartres fut érigé en duché (1528). A partir de 1562, le pays chartrain eut beaucoup à souffrir, mais du mohis la ville de Chartres ne fut jamais au pouvoir des huguenots qui, après l'avoir assiégée en mars 1568, furent contraints de se retirer sans avoir pu y pénétrer.
Depuis l'avènement des Bourbons, la ville de Chartres, fortement intégrée à l'unité française, n'a guère d'autre histoire que celle du pays tout entier. La Fronde y causa quelques troubles. Les principaux événements des xvii" et xviii« s. furent des visites royales ou des pèlerinages de personnages illustres. La Révolution s'y passa d'une manière plus calme que dans d'autres villes ; cependant, quoi qu'on en ait dit — des documents ont été systématiquement détruits —
il y eut des victimes, dont un prêtre, Jacques-Louis Brière, guillotiné le 22 août 1794 pour cause de religion.
Supprimé par le Concordat, le siège épiscopal de Chartres a été rétabli en 1817, en principe, mais seulement, de fait, en 1821.
Depuis la Révolution, l'existence de Chartres est celle d'une ville d'une certaine importance commerciale, qui doit sa prospérité à sa situation au milieu d'une région de grande culture. Au cours de cette période, la ville a connu trois fois l'occupation étrangère. La dernière guerre lui a été particulièrement funeste en raison de la destruction, le 26 mai 1944, de sa bibliothèque où étaient rassemblées les richesses littéraires de l'ancien chapitre de la cathédrale et des autres établissements religieux antérieurs à la Révolution.
La population de Chartres est actuellement d'un peu plus de 27 000 habitants; elle paraît plus nombreuse qu'à aucune époque du passé.
La ville a conservé en grande partie son aspect ancien. Malgré le charme de ses vieilles rues, elle serait une ville comme il y en a tant en France si elle ne possédait sa prestigieuse cathédrale, chef-d'œuvre de l'art gothique, dont la renommée mondiale attire chaque année des milliers de pèlerins de l'art et de la foi.
IL Origines chrétiennes. — Cette question — fort heureusement — peut aujourd'hui être traitée sans passion. Le temps n'est plus où un certain nombre de membres de la Société archéologique d'Eure-et- Loir réclamaient, et obtenaient, sous menace de démission collective, la modification d'un passage de l'introduction du Cartulaire de Noire-Dame de Chartres où l'apostolicité de l'Église chartraine était contestée. Le temps est également révolu où les représentants de l'école critique se croyaient obligés d'adopter le ton du persiflage. La question, à notre avis, a fait couler plus d'encre qu'il n'était nécessaire.
Il existe au sujet des origines chrétiennes de Chartres une opinion dite « traditionnelle » qui, en somme, se base uniquement sur la Passion des SS. Savinien et Potentien. Voici, en résumé, ce qu'on y lit.
Savinien, Potentien et leur compagnon Altin étaient du nombre des soixante-douze disciples du Seigneur. Ayant suivi S. Pierre à Antioche, puis à Rome, ils furent par lui envoyés en Gaule. Ils se fixèrent d'abord dans un faubourg de Sens, où ils convertirent Sérotin et.Eodald, qui furent ordonnés diacres. De là, Savinien, fondateur du siège de Sens, envoya ses compagnons évangéliser d'autres cités : Altin et Eodald visitèrent successivement Orléans, Chartres et Paris; Potentien et Sérotin se rendirent à Troyes. Après avoir annoncé l'Évangile au péril de leur vie, car il y eut des martyrs parmi les nouveaux convertis, les missionnaires revinrent à Sens pour y travailler, sous la direction de Savinien, à l'établissement de la vraie religion. Ils y terminèrent leur carrière apostolique par le martyre qu'ils subirent à des dates différentes. A Chartres, où une église avait été dédiée en l'honneur de la Mère de Dieu par Altin et Eodald, la persécution ordonnée par le gouverneur (praeses) Quirinus avait fait des victimes, au nombre desquelles était une vierge appelée Modeste. Les corps des martyrs avaient été précipités dans un puits voisin de l'église.
Telle est, réduite à ses éléments essentiels, l'histoire des origines chrétiennes de Chartres d'après la Passion des SS. Savinien et Potentien.
Quelle valeur convient-il d'attribuer à ce document? On en connaît le lieu d'origine : Sens. On en connaît la date, passablement tardive : le troisième quart du xi« s. L'auteur a utilisé certaines données topographiques, onomastiques ou liturgiques qui sont exactes
CHARTRES
et (loiiiient à son récit une certaine apparence d'authenticité. Mais il n'est pas besoin d'une longue étude pour se convaincre que ce récit fourmille d'invraisemblances et d'anachronismes. De plus, ainsi que l'a fort bien fait remarquer Mgr Duchesne, « à Chartres, à Troyes, à Orléans, on ne relève, sur ce fait de la mission, aucune tradition indépendante de celle-ci et capable de l'appuj'er ». I.a Passion, in extenso ou sous forme d'extraits, apparaît au xii" s. dans les manuscrits liturgiques chartrains, mais, antérieurement à cette époque, on ne trouve dans les documents d'origine locale aucun renseignement de nature à en confirmer les assertions. J,a Passion de S. Chéron, qui place au I" s. la venue à Chartres de ce saint, n'y fait aucune allusion.
Faut-il donc croire, avec le rédacteur des leçons du l)réviaire chartrain de 1783, qu' « en raison des malheurs des temps et de l'incurie des auteurs l'histoire des premiers évêques de Chartres est tellement obscure que Dieu seul les connaît »? Ce serait pousser trop loin le scepticisme. Chartres, nous le verrons, possède une liste épiscopale de nature à inspirer confiance. Le nom qui figure au troisième rang de cette liste, Valentinus, est très probablement celui d'un contemporain de S. Martin. En somme, il est prudent de conclure avec Mgr Duchesne que le siège épiscopal de Chartres est un de ceux dont la fondation « est une conséquence de la tolérance religieuse pratiquée par Constantin et proclamée par les édits de 311 et 313 ». Remarquons d'ailleurs, toujours avec le même historien, qu'il faut distinguer entre la constitution des Églises épiscopales et l'existence, qui peut remonter plus haut, de fidèles isolés ou même de ])etits groupes de chrétiens dans les principales localités de la Lyonnaise. Bien avant que la Passion des SS. Savinien et Potentien ait été connue à Chartres, on y honorait des martyrs locaux : S. Chéron, S. Eman, S. Piat et S. Prest, ces deux derniers confondus à partir d'une certaine époque avec d'autres saints homonymes, et Paris rendait un culte à S. Lucain, martyr in pago Dunensi. N'oublions pas cependant que le seul de ces martyrs dont l'époque soit certaine, S. Eman, n'a vécu qu'au vi'' siècle.
IIL Liste épiscopale. — Chartres est en possession d'une liste de ses évêques que l'on trouve sous diverses formes dans des documents manuscrits et dans les ouvrages d'histoire ecclésiastique locale. Dans les copies postérieures au xiv<^ s., cette liste renferme des erreurs de plus en plus nombreuses et s'encombre d'indications chronologiques manifestement fausses. Le plus ancien document donnant la série des évêques de Chartres est le ms. lai. 13758 de la Bibl. nat., provenant de l'abbaye de Vendôme; on y trouve, de première main, les noms des évêques qui se sont succédé depuis l'origine jusque vers 1160. Ce catalogue inspire confiance, car, comme R. Merlet l'a remarqué avec raison, « il ne contredit aucune des corrections que les auteurs du Gallia christiana ont apportées aux autres listes, soit d'après les souscriptions de conciles, soit d'après des pièces authentiques. On doit donc lui accorder une semblable autorité pour la succession des évêques sur lesquels on n'a point d'autre moyen de vérification, du moins jusqu'à ce qu'on ait de véritables preuves à ai)porter à rencontre ». Quant aux évêques de la lin du xii" s. et des siècles suivants, ils sont connus ])ar ailleurs et il ne peut y avoir de doute sur leur identité et le temps où ils ont vécu.
Voici cette liste prolongée jusqu'à notre époque : Adventus. — Optatus. — Valentinus (Sulpice-Sévère, Dial., II, II). — Martinus. — Anianus (S. Aignan), V. D. H. G. E., I, 1111-14. — Severus. — Castor. — Africanus. — Posse.ssor. — Polochronius (d'après dom Cl. Morin ce personnage et le précédent seraient des
j évêques de Vcrdim « réfugiés » à Chartres). — Palla- I dius (nom omis par erreur dans la liste des Fastes épis- \ copaux... de Duchesne). — Arboastus. — Flavius. — I Sollemnis (S. Solenne, contemporain de Glovis; Vie ancienne). — Adventinus (S. Aventin; concile d'Or- [ léans, 511), v. D. H. G. E., v, 102.5. ~ Aetherius I (conciles d'Orléans, 533, 538, 541). — Leobinus (S. Lubin; Vie ancienne; conciles d'Orléans, 549, et de Paris, 552). — Caletricus (S. Caletric; conciles de Paris, 556, 573; de Tours, 567), v. D. H. G. E., xn, 281. — Pabulus (Papolus; conciles de Paris, 573; de Mâcon, 585). — Boetharius (S. Béthaire; vers 600, Vie ancienne), v. D. H. G. E., vin, 1244. — Magnebodus. — Sigoaldus. — Mainulfus. — Theodaldiis (concile de Paris, 614). — Bertegesilus (concile de Glichy, 627). — Malardus (S. Malard; privilège de j Rebais, 637 ou 638; concile de Chalon-sur-Saône, 650). — ■ Gauzbertus (chartes de 660 et 667). — (irodo- ! bertus. — Deodatus. — Domo. — Probo (ou Promo). j — Bertharius. — Bertegrannus. — Haiminus. — Hai- [ gradus (ou Ageradus; concile de Rouen, 688 ou 689; ! charte de 696 ou 697). — Agatheus. — Leobertus. — Hado. — Flavinus. — Godalsaldus. — Bernoinus (concile de Paris, 839; mentionné en 836 dans la Translation de S. Liboire). — Helias (concile de Beauvais, 845), t 853. — Burchardus (mentionné en 853 et 854). — Frotbaldus (assemblée de Bonneuil, 856), victime des Normands en 857 ou 858. — Gislebertus (divers conciles, 859-878). — Haimo (translation des 1 SS. Wandrille et Ansbert, 885). — Girardus (cité en 886 ou 887). — Haimericus (mentionné en 890 et 891).
— Wantelmus (mentionné en 911). — Haganus, t 941. — - Rainfredus. — Harduinus. — Vulfaldo (chronique de Flodoard, 962). — Odo, f 1003. — Radulfus, 1004-06. — Fulbertus (S. Fulbert), 1006- 28. — Teodoricus, 1028-49. — Agivertus (ou Agobertus; chartes de 1052-60). — Hugo, simoniaque, déposé
] par Alexandre II vers 1063. — Rotbertus, f 1068 ou \ 1069. — Arraldus (mentionné en 1070), t 1075. — Robert dont l'élection fut annulée pour simonie par Grégoire VII en 1076. — • Geoffroy, déposé par Urbain II en 1089. — S. Yves, 1090-1115. — Geoffroy de Lèves, 1115-49. — Goslein de Musy, dit de Lèves, 1149-56. — Robert, 1156-64. — Guillaume de Champagne, 1164-76. — Jean de Salisbury, 1 176-80. — Pierre de Celles, 1180-83. — Renaud de Mouçon, 1183-1217.
— Gauthier, 1217-34. — Hugues de la Ferté, 1234-3(i.
— AubryCornut, 1236-44. — Henri de Grez, 1244-46.
— Mathieu des Champs, 1247-59. — Pierre de Mincy, 1260-76. — Simon de Perruchay, 1276-97. — Jean de Garlande, 1298-1315. — Robert de Joigny, 1315-26.
— Pierre de Chappes, 1326-27. — Jean Pasté, 1327-32.
— Aymeric de Chastellux, 1332-42, — Guillaume Amy, 1342-49. — Louis de Vaucemain, 1349-56. — Simon Lemaire, 1357-60. — Jean d'Anguerant, 1360- 68. — Guillaume de Chanac, 1368-69. — Guérin d'Arcy, 1370-76. — Ebles du Puy, 1376-80. — Jean Lefèvre, 1380-90. — Jean de Montaigu, 1390-1406. — Martin Gouges de Charpaignes, 1406-15. — Philippe de Boisgiloud, 1415-18. — • Jourdain des Ursins, 1418- 19 (ne prit pas possession). — .lean de Frétigny. 1419-32. — Robert Dauphin, 1432-34. - Thibaut Lemoine, 1434-41. — Pierre de Comborn, 1441-43. - Pierre Bèchebien. 1443-59. — Miles d'Iiliers, 1459-92.
— René d'Iiliers, 1492-1507. Érard de la Marck, 1507-25. — Louis Guillard, 1525-53. — Charles Guil lard, 1553-73. — Nicolas de Thou, 1573-98. — Phi lippe Hurault de Cheverny, 1598-1620. — Léonor d'Estampes de Valençay, 1620-41. — Jacques Lescol, 1641-56. — Ferdinand de Neufville de Villeroy, 1657- 90. — Paul de Godet des Marais, 1690-1709. — Charles-François des Monstiers de Mérinville, 1709-46. ■ Plerre-Auguste-Bernardiii de Rosset de l""leurv, 1716
80. — Jean-Baptiste- Joseph de Lubersac, 1780, démissionne en 1801. Pendant son épiscopat, Nicolas Bonnet fut évêque constitutionnel (1791-93). En vertu du Concordat de 1802, l'Eure-et-Loir fut rattaché à l'évêché de Versailles jusqu'en 1821. — Jean-Baptiste- Marie-Anne De Latil, 1821-24. — Claude-Hippolyte Clausel de Montais, 1824-53. — Louis-Eugène Regnault, 1853-89. — François Lagrange, 1890-95. — Gabriel Mollien, 1896-1904. — Henri-Louis Bouquet, 1906-26. — Raoul-Octave-Marie Harscouët,. 1926.
IV. LÉGENDES. — Les origines de l'Église de Chartres ont donné lieu à une floraison de légendes, assez discréditées au xviii« s., remises en honneur au xix«, dont nous ne pouvons nous dispenser de faire mention. Ces légendes se trouvent sous leur forme la plus développée dans la Parthénie de Roulliard (1609), livre qui paraît avoir suffi à la curiosité du public jusqu'à la réaction critique du xvii" s. Voici, résumés en quelques mots, les faits que l'auteur narre sur le mode oratoire.
Cent ans avant l'incarnation du Sauveur, les druides chartrains, mus par une inspiration prophétique, érigèrent dans une grotte un autel et une statue en l'honneur de la Vierge qui devait enfanter (Virgo paritura). Le souverain de Chartres, Priscus, fit don de son royaume à cette Vierge qui dès lors fut la » Dame de Chartres ». Lorsque, vers l'an 44, les SS. Potentien, Altin et Eodald arrivèrent à Chartres, ils trouvèrent les druides en prière devant l'image de cette Vierge. Ils n'eurent pas de mal à les convaincre que ce qu'ils attendaient était arrivé. Les Chartrains furent baptisés; la grotte, dûment consacrée, devint une église, qu'un clergé, ordonné à cette fin, fut chargé de desservir.
Après le martyre des victimes de la persécution, racontée par Roulliard comme par l'auteur de la Passion des SS. Savinien et Potentien, à ce détail près que Modeste est devenue la propre fille de Quirinus, les Chartrains, ayant retrouvé la tranquillité, envoyèrent à Marie une députation pour lui faire savoir qu'en vertu de la donation de Priscus elle était devenue leur souveraine, titre que la Vierge daigna accepter. Roulliard n'en dit pas très long sur cet épisode, mais Savard, auteur d'une autre Parthénie restée manuscrite (1664), est plus renseigné. Il nous apprend que 1' « ambassade » se composait de trois membres choisis dans les « trois estats »; il nous donne le texte de leur harangue à Marie ainsi que celui de la réponse de celle-ci; il reproduit la traduction d'une lettre adressée aux Chartrains par « Marie, l'indigne servante du Seigneur », lettre dont l'original en hébreu est conservé, dit-il, dans le trésor de l'église de Chartres.
N'accusons pas Roulliard d'avoir inventé. Cet auteur est crédule, mais d'une entière bonne foi. Quand on peut identifier ses sources, qu'il ne cite pas toujours, on constate qu'abstraction faite du style il les reproduit exactement. Ici, sa source est un écrit de 1389, connu sous le nom de Vieille chronique, dans lequel, cependant, il n'est pas fait mention des druides, l'érection de l'autel et de la statue y étant attribuée aux « pontifes des idoles ».
L'introduction des druides dans la légende est constatée dans différents écrits ne remontant pas plus haut que le commencement du xvi<= s., notamment dans un Petit traicté... touchant la fondation et érection de l'église Notre-Dame et cité de Chartres, composé par l'ofTicial Estienne Prévost (1558). On croit que le rôle des druides avait été imaginé par quelque érudit ayant lu César; tel est, à peu de chose près, notre avis. Nous pensons que le premier auteur qui ait mentionné les druides à propos de Chartres, mais sans leur attribuer l'établissement du culte de la Virgo paritura, est Oerson; un lecteur trop peu
attentif de son poème intitulé Josephina aura cru y voir ce que l'auteur n'y a pas mis.
A part ce qu'il dit des druides, Roulliard doit à peu près tout ce qu'il sait à la Vieille chronique de 1389. Mais où l'auteur de cet écrit a-t-il lui-même puisé? Il s'est servi comme source principale de la Passion des SS. Savinien et Potentien. Il est à noter cependant qu'il n'est nulle part question dans ce document du culte prophétique de la Virgo paritura; il y est dit seulement que l'Église de Chartres a été fondée du vivant de la Vierge, assertion souvent répétée au xiv s. On a supposé que l'auteur de la Vieille chronique s'était fait l'écho de traditions très anciennes, qu'il pourrait s'agir de quelque survivance d'un culte païen christianisé. De l'antiquité incontestable du « puits des Saints-Forts », retrouvé en 1902, on ne saurait, croyons-nous, conclure à celle du culte prophétique de la Virgo paritura; car, bien qu'on ait dit que la dévotion à ce puits fut associée de temps immémorial au culte de la Vierge, le moine Paul, de S. -Père de Chartres, qui écrivait au xi« s., n'évoque à ce propos d'autre souvenir que celui des fidèles massacrés en 858 par les Normands. Il semble donc que les traditions enregistrées en 1389 dans la Vieille chronique n'étaient pas, à cette date, fort anciennes. Si, au xi» s., S. Fulbert de Chartres les avait connues, n'y aurait-il pas fait allusion dans l'un ou l'autre de ses sermons pour la Nativité? Et l'auteur de l'original latin du Livre des miracles, qui écrivait dans les premières années du xiii" s., ne leur aurait-il pas emprunté quelque récit, si elles avaient eu cours de son temps? Il n'est pas impossible qu'un mot isolé de son contexte ait été pour quelque chose dans le développement ou même la naissance du culte de la Virgo paritura. Dans son office de la Nativité autrefois répandu dans tout l'Occident, Fulbert n'a-t-il pas célébré Marie enfant, regem paritura supremum?
Est-il besoin d'ajouter qu'en pareille matière on est forcé, presque toujours, de se contenter de probabilités? Peut-être cependant est-il permis d'espérer plus de lumière. S'il n'y a plus rien à tirer des documents chartrains, aujourd'hui bien connus, il y aurait peutêtre quelque chose à attendre du rapprochement de la tradition chartraine avec celle de Nogent-sous-Coucy, oli un culte de la Virgo paritura est attesté dès le début du xii« s. par l'abbé Guibert de Nogent, c.-à-d. par un auteur qui n'était pas des plus crédules.
V. PÈLERINAGE. — Le pèlerinage de Notre-Dame de Chartres est, depuis un temps immémorial, un des grands pèlerinages français. L'un des objets matériels que vénèrent les pèlerins est la relique connue autrefois sous le nom de « chemise » et aujourd'hui sous celui de « voile » de Notre-Dame, donnée à l'Église de Chartres, vers 876, par Charles le Chauve. On s'est demandé si c'est en raison du pèlerinage que la relique a été donnée à la cathédrale, ou si c'est à la relique que le pèlerinage doit son existence. Faute de renseignements, la question est insoluble, mais on ne peut mettre en doute que la célébrité de la relique ait grandement contribué au développement du pèlerinage. Enfermée vers l'an mille dans une châsse qui resta close jusqu'en 1712, la relique passa pour une chemise; lorsque Mgr de Mérin ville en fit la reconnaissance, on constata avec étonnement qu'elle consistait en une pièce d'étoffe de soie écrue, parfaitement unie, large entre les deux lisières de G m. 46 et longue d'environ 5 m. 35. Dès le xii" s., et sans doute avant, la « sainte châsse » était conservée au rétable du maîtreautel; les pèlerins y accédaient pour la vénérer et rapportaient de Chartres, comme objets de dévotion, soit de véritables chemises, destinées surtout aux gens de guerre ou aux futures inères, soit de petits insignes en forme de « chemi.sette », encore en usage
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aujourd'hui. La relique Tuf morcelée et dispersée en 1793. Le trésor de la cathédrale en récupéra depuis plusieurs morceaux, dont un long de plus de 2 m., qui fut mis dans une nouvelle châsse. L'étofïe, examinée en 1927 par M. d'Hennezel, conservateur du musée des tissus de la chambre de commerce de Lyon, peut remonter à l'époque à laquelle la tradition l'attribue.
Au xii« s., on vint beaucoup à Chartres implorer Notre-Dame pour la guérison du « mal des ardents ». La Translation de S. Germer fait mention du pèlerinage que firent à cette intention, en 1132, les habitants de Beauvais. Nous savons, par la traduction en vers français (xiii'^ s.) du Livre des miracles, que les pèlerins étaient hospitalisés pendant neuf jours dans une partie de la crypte de la cathédrale.
C'est aux xii« et xiii« s. que le pèlerinage de Chartres paraît avoir atteint sa plus grande célébrité. Guibert de Nogent (f 1124) dit que le nom et la relique de la Vierge (nomen et pignora) y sont l'objet de la vénération de presque tout le monde latin. Dans un document de 1260, le pape Alexandre IV atteste que la dévotion envers Marie attire à Chartres une multitude innombrable de fidèles. Même assertion, presque dans les mêmes termes, dans une bulle de Nicolas IV en date de 1289.
Quelques années avant le milieu du xii« s. la dévotion à Notre-Dame de Chartres prit une forme nouvelle. A l'occasion des grands travaux qui étaient alors en cours à la cathédrale, les pèlerins s'attelèrent aux chariots qui amenaient à pied d'œuvre, quelquefois de fort loin, les matériaux ainsi que les provisions destinées au ravitaillement des ouvriers. Nul n'était admis à ces pieuses corvées, s'il n'avait fait pénitence de ses fautes et réparé le tort qu'il avait pu faire à son prochain. Plusieurs textes — chronique de Robert de Mont, lettres de Haymon, abbé de S.-Pierre-sur- Dives, et de Hugues, archevêque de Rouen — ont relaté ce fait que l'on constate en divers lieux, mais dont l'origine est à Chartres. Le même enthousiasme se manifesta de nouveau cinquante ans plus tard, lorsque la cathédrale actuelle fut bâtie après l'incendie de 1194. Le Livre des miracles de Notre-Dame de Chartres nous fait connaître les pratiques des pèlerins à cette époque. L'objet de leur vénération était surtout la sainte châsse; c'est par conséquent devant le maître-autel où elle était conservée qu'ils venaient prier; ce maître-autel était déjà sans doute surmonté d'une statue de la Vierge Mère. Il en fut ainsi jusqu'à la fin du Moyen Age. Au xvi" s., on trouva que cette afiluence de pèlerins dans le sanctuaire troublait les offices; une réplique de la statue fut exécutée et exposée en avant du jubé, et la châsse, renfermée dans un « trésor », ne fut plus constamment visible. Il est à noter qu'il n'est pas question au xni« s. de la statue de la crypte, qui cependant existait déjà, car l'original, brûlé en 1793, mais connu par de fidèles reproductions, était une œuvre du xn« s. La célébrité de cette statue ne paraît pas antérieure à la diffusion du récit concernant le culte de la Virgo paritura. Au xv« s., elle était fort vénérée; Louis XI, en 1471, la fit placer dans un riche tabernacle; au xvi« s., elle était le but de processions extraordinaires. Les pèlerins accouraient individuellement ou par petits groupes; les affluences ne se produisaient qu'aux principales fêtes de Notre-Dame, à l'Assomption et surtout à la Nativité qui, depuis S. Fulbert, était devenue la grande fête chartraine. A cette occasion, les pèlerins passaient la nuit dans la cathédrale, ce qui causait un tel désordre que le chapitre, en 1531, jugea impossible de célébrer les matines à l'heure habituelle et décida de les retarder à l'avenir jusqu'au matin des l.'î août el S sepletnhre.
Le sanctuaire chartrain jouit d'une grande célébrité aux XVII* et ickiw s. Parmi les pèlerins illustres qui vinrent y prier, il faut citer S. François de Sales. S. Vincent de Paul, Monsieur Bourdoise, Monsieur Olier, S. Benoît Labre.
La Révolution mit fin momentanément aux pratiques du pèlerinage. Quand le monument fut rendu au culte, comme simple église paroissiale, les fidèles y retrouvèrent la Vierge du Pilier (ancienne Vierge du jubé); un peu plus tard, ce c)ui restait de l'ancienne relique vénérée fut restitué et remis en honneur. La crypte profanée ne retrouva sa destination ((u'en 1855 et ne fut totalement restaurée (pi'en 1860. De cette période date la renaissance du pèlerinage, qui depuis n'a cessé de prendre une am|)leur de plus en plus grande. Signalons seulement (piel(|ues événements. Un 1855, la Vierge du Pilier fut couronnée au nom de Pie IX. La dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta après 1870 n'oublia pas Chartres : il y eut un grand pèlerinage en 1873; un autre en 1876. i Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont I le premier eut lieu en 1891. D'imposantes fêtes mariâtes, avec exposition du « voile de Notre-Dame », furent célébrées en 1927. Actuellement, le sanctuaire chartrain est visité en tout temps par des pèlerins individuels ou formant de petits groupes; pendant la belle saison, on voit se succéder des groupes importants : œuvres, paroisses, sociétés diverses. Le pèlerinage le plus imposant est celui des étudiants, qui font à pied au moins une partie du voyage. En 1935, ils étaient une quinzaine; en 1948 et 1949 ils pouvaient être cinq ou six mille.
VI. Cathédrale. — La cathédrale de Chartres jouit à bon droit d'une renommée mondiale; les connaisseurs les plus compétents sont d'accord pour voir en elle le spécimen le plus parfait de l'art religieux du Moyen Age à son apogée.
Telle qu'elle est aujourd'hui, elle date en majeure partie des xii' et xiii« s., mais ceux qui l'ont élevée î ont conservé ce qu'ils ont pu de l'œuvre de leurs de- I vanciers, et elle a reçu dans la suite des temps d'imj portantes additions.
I Détruite par les pirates normands, l'église fut rele- I vée au ix* s. Il reste de cette époque d'intéressants I vestiges, notamment une crypte située sous l'abside. ! .\près un incendie survenu en 1020, la cathédrale fut rebâtie par l'illustre évêque Fulbert. La crypte actuelle, comprenant deux galeries parallèles sous les bas-côtés, reliées par un couloir semi-circulaire sur [ lequel s'ouvrent des chapelles, remonte à cette époque. L'église de Fulbert, élevée au début de l'art roman en une région oîi cet art resta longtemps d'une extrême simplicité, était un monument vaste et imposant, mais d'un aspect fort austère.
A peine terminée, la cathédrale du xi« s. reçut diverses additions. Au xii« s., elle fut pourvue, à l'Ouest, d'une nouvelle façade et de deux tours. Cette façade ' comprend l'admirable portail Royal, œuvre du même atelier de sculpture que le portail de S. -Denis, mais mieux conservé. On y remarque les célèbres « statuescolonnes » dont la verticalité s'harmonise avec les lignes architecturales. La tour nord, dont les parties hautes sont plus récentes, est la plus ancienne des deux; la tour sud, surmontée dès l'origine par son immense flèche, est le célèbre « clocher vieux ».
La cathédrale romane, à l'exception des parties occidentales ajoutées au xii« s. et de la crypte protégée par ses fortes voûtes d'arête, fut incendiée ei 1194. La reconstruction en fut aussitôt entreprise, ce travail gigantesque, accompli avec enthousiasin ne demanda qu'une quarantaine d'années. L'impo tance de ce monument dans l'histoire de l'art e considérable : c'est à Chartres ((u'un chef de chantie