‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 106 sur 282 · CHA · texte numérisé non relu

CHA

au couiaiil de lous les perfeclioniienieiits apportés de sou temps dans l'art de bâtir, a pour la première fois mis fin définitivement aux tâtonnements du premier art gothique. Plus de tribunes, plus de voûtes sexpartites, plus d'alternance dans les supports, plus d'arcs-boutants timides rasant les combles des bascôtés. Les baies sont largement percées, et les arcsboutants concourent à la beauté de l'ensemble.

Les deux porches latéraux, terminés vers le milieu du xiii« s., présentent un ensemble extrêmement riche de sculptures, œuvre de plusieurs ateliers successifs. Les statues les plus anciennes ont une grandeur austère et presque farouche — telles sont celles des personnages de l'Ancien Testament au portail nord; les plus récentes — telle la Ste Modeste du porche nord ou les saints guerriers du portail sud — sont d'un art qui annonce celui qui triomphe à Reims dans les plus parfaites statues de cette cathédrale.

Mais ce qui constitue le plus grand charme de Notreliame de Chartres, c'est sa parure de vitraux, dont l'ensemble est unique au monde. Les plus anciens et les plus splendides sont ceux de la façade ouest : trois grandes lancettes, dont une est le célèbre « arbre de Jessé ». Les autres datent en majeure partie du xiii« s. Trente-huit vitraux légendaires dont trente absolument intacts, une centaine de roses ou de lancettes comportant de grandes figures, trois roses d'environ 10 mètres de diamètre composent cette collection sans rivale. Aucun de ces vitraux n'est daté, mais beaucoup ont été offerts par des donateurs identifiables, ce qui permet de savoir que vers 123.5 ou au plus tard vers 1240 la cathédrale était en possession de cette magnifique parure.

Au cours du xiv« s., on reconstruisit, au chevet, la salle du chapitre, qui fut surmontée d'utie chapelle dédiée à S. Piat; au commencement du xv<^, I^ouis de Bourbon fit élever, entre deux contreforts du bas côté méridional, la « chapelle Vendôme », de style flaml)oyaiit. La flèche nord, ou « clocher neuf », fut bâtie par le maçon Jean Texier i)our remplacer une flèche (le charpente couverte en plomb foudroyée en 1506; cette flèche est un chef-d'(i-uvre de l'art flamboyant. Le même architecte fut chargé, (juelques années plus lard, d'entourer le chœur d'une riche clôture qui, conmiencée en style gothique, présente dans ses parties les i)lus récentes le décor de la première Renaissance. Cette clôture est enrichie de groupes sculptés dont les derniers en date remontent seulement au premier quart du xviii» siècle.

Un grand travail — moins heureux — fut exécuté au cours des trente années qui précédèrent la Révolution : la transformation du chœur. Le maître-autel fut inauguré en 1773. Il est surmonté, en guise de rétable, de l'Assomption de Bridan, groupe colossal en marbre de Carrare dont le mérite incontestable ne justifie pas l'intrusion en pareil lieu. La décoration du chœur, comportant des revêtements de stuc, des bas-reliefs de marbre et de nouvelles stalles, était à peine terminée lorsque les lois révolutionnaires amenèrent la dissolution du chapitre qui avait commandé ces coûteux travaux.

i-e xix"= s. s'est, en général, borné à restaurer. L'ancienne charpente des [jarties hautes, supportant une couverture de plomb, fut incendiée en 183fi; on lui substitua un comble métallique couvert en cuivre.

Profanée depuis la Révolution, la crypte fut rendue au culte partiellement en 1855, totalement en 1860. lille reçut au cours de cette période et pendant les années suivantes une décoration picturale d'intention archéologique et symbolique, en réalité d'un effet assez contestable.

En somme, la cathédrale de Chartres est un des monuments les plus représentatifs de l'art gothique;

1 elle possède la collection de vitraux des xii'^ et xih« s.

I la plus remarquable qui soit au monde; et l'on y peut suivre le développement de la sculpture gothique depuis sa naissance jusqu'à sa maturité, au cours d'un siècle qui est l'un des plus grands dans l'histoire de l'art français.

Page 1