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VII. Chapitre cathédral et autres chapitres

! — L'ancien chapitre de Notre-Dame de Chartres doit être considéré comme l'un des plus illustres et des

j plus puissants de l'Église de France. Il est difficile

[ d'en préciser les origines. Il se trouva constitué lorsque certains membres de la communauté cléricale dépendant de l'évêque furent spécialement chargés du service de l'église et pourvus d'une mense distincte. II est probable que cela eut lieu au cours du ix« s. C'est à cette époque qu'apparaissent dans les documents les termes de canonicus et de capitulum. A l'origine, la mense capitulaire fut administrée par quatre prévôts, mais ces dignitaires se rendirent odieux par leurs exactions et, en vertu de différentes mesures prises dans le dernier tiers du xii^ s., les prévôtés devinrent de purs titres honorifiques. II y eut une division des prébendes qui furent administrées par les bénéficiers eux-mêmes.

Au xiv« s., le nombre primitif des chanoines passait pour avoir été de soixante-douze, en souvenir des soixante-douze premiers disciples. Quoi qu'il en soit, le chiffre réel est assez voisin de ce chiffre théorique : le polyptyque de 1300 compte soixante-dix sept chanoines et le pouillé de 1738, soixante-seize.

j Les dignitaires apparaissent dans les documents aux x'' et xi« s. Il y avait dix-sept dignités — ce nombre n'a pas varié — dont voici la liste, dans l'ordre établi

j définitivement et conformément aux traditions en 1364 : doyen; chantre; sous-doyen; sous-chantre; chambrier; chancelier; archidiacre de Chartres ou grand archidiacre; archidiacre de Dunois; archidiacre de Pincerais; archidiacre de Blois; archidiacre de

I Dreux; archidiacre de Vendôme; prévôt d'Ingré;

j prévôt de Normandie; prévôt de Mazangé; prévôt

j d' Anvers; chefcier.

j Toutes les dignités, à l'exception du décanat, et ! tous les canonicats étaient à la nomination de l'évêque, à moins que le S. -Siège n'ait usé de son droit de réserve. Il va sans dire que le roi exprimait parfois des désirs qui étaient des ordres. Le décanat était à l'élection du chapitre.

! En dehors des offices liturgiques, le chapitre se réunissait fréquemment à la salle capitulaire, rebâtie au xrv« s. pour remplacer une construction du xi«. Il y avait deux^s par an, à la Purification et à la S.- Jean-Baptiste, des réunions constituant des chapitres généraux où étaient traitées les affaires les plus importantes.

Le chapitre possédait, en Reauce et au delà, de grandes propriétés dont certains revenus en nature (blé et vin) étaient entreposés, près de la cathédrale, dans le magnifique cellier de « Loëns » encore existant; il possédait à Chartres un certain nombre de maisons canoniales, dont la plupart étaient dans le « cloître », enceinte qui fut close en vertu d'une convention passée avec le comte Jean de Châtillon en 1256.

Puissant et riche, le chapitre n'échappa pas à la tentation de l'indépendance. Ainsi que l'a fort bien dit M. Maurice Jusselin, « oublier que la Vierge seule était l'objet de ces libéralités et que tous ces biens étaient les siens; refuser à l'évêque, qui était tout, la juridiction et le contrôle sur la discipline du chapitre, fut une séduction à laquelle ne surent pas résister les chanoines de Chartres dès la fin du xiii« s. ». Élargissant d'une manière abusive des privilèges réels, se prévalant de prétendues coutumes, ils en arrivèrent à se considérer comme les seuls maîtres dans leur cloître,

CHARTRES

leurs soixante-douze paroisses et même dans la cathédrale. Il y eut entre l'évêque et le chapitre, particulièrement sous l'épiscopat de Miles d'Illiers (1459-92), des moments de forte tension. Cela dura environ quatre siècles. Du temps de Paul de Godet des Marais, soutenu par Madame de Maintenon, Louis XIV fit rendre par le Conseil d'État (1700) un arrêt mettant fin à la situation privilégiée des chanoines, qui se consolèrent par des épigrammes telle que celle-ci : Comment gagner, quand on a contre soi le roi, la dame... et le valet!

Il faut avouer que dans cette grande organisation les intérêts temporels avaient bien un peu nui aux soucis d'ordre spirituel qui n'auraient jamais dû cesser d'avoir la primauté. A la fin du xvii« s., Sablon, auteur d'une petite Histoire de l'Église de Chartres, est fier d'écrire que le clergé de la cathédrale est composé de « six vingts personnes portans surplis ». Il s'en faut de beaucoup que telle ait été l'assistance ordinaire aux offices dont trop de chanoines étaient exempts.

L'ancien chapitre finit dignement, ne cédant qu'à la force (oct. 1790). « Tous et chacun de Messieurs ont déclaré que les fonctions attachées à leur dignité leur ayant été confiées par l'Église, ils ne peuvent en être privés ni dispensés que par un jugement canonique... »

Outre le chapitre principal, il existait deux chapitres, celui de S.-Piat et celui de S. -Nicolas, ayant leur siège dans des chapelles annexes. Les prébendes de ces chapitres, à la nomination et collation du grand chapitre, avaient fini par servir de rétribution aux ecclésiastiques du bas chœur. Il en était de même des six canonicats fondés au xvi« s. par le chantre Thiersault.

Le chapitre cathédral a été rétabli par Mgr de Latil, le 8 nov. 1821, et installé le 10 du même mois. Il comprenait à cette époque quatorze chanoines, dont quatre archidiacres dignitaires. L'ancien chapitre y était représenté par quatre survivants. D'après ses derniers statuts (1928), le chapitre « est composé d'au moins neuf chanoines titulaires, y compris le curé de la cathédrale ». Le doyen en est le seul dignitaire.

Trois des anciennes églises paroissiales de Chartres, S. -André, S. -Maurice et S.-Aignan, étaient en même temps collégiales. L'importance de leurs chapitres a toujours été bien modeste, à tous les points de vue, en comparaison de celle du chapitre de la cathédrale.

VIII. Écoles de Chartres. — Les écoles de Chartres ont été célèbres aux xi« et xii« s.; elles sont aujourd'hui bien connues du monde savant grâce à l'importante monographie qu'un érudit chartrain, l'abbé Clerval, leur a consacrée (1895). La très grande valeur de cet ouvrage est à peine diminuée du fait qu'on a pu y découvrir quelques légères inexactitudes de détail. La principale critique qu'on pourrait lui faire — mais cette critique est presque un éloge — est de donner beaucoup plus que le titre ne promet. Ce titre annonce une étude sur Les écoles de Chartres au Moyen Age; or, on trouve dans l'ouvrage de longs passages sur des personnages qui n'ont été ni maîtres ni élèves de ces écoles. Le titre d'Hist. littéraire de Chartres au Moyen Age conviendrait certainement mieux, mais serait encore débordé, car le livre enregistre des faits qui ne concernent guère l'histoire littéraire, tels que, par ex., l'envoi à Paris, en 1353, d'un enfant de chœur dont les chanoines voulaient faire un organiste, ou l'achat, en 1385, d'un psautier par la fabrique de l'église rurale de Landelles. Cette réserve faite, nous ne pouvons que recommander très vivement le livre de l'abbé Clerval à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'enseignement.

A Chartres, comme ailleurs, les écoles sont nées de l'obligation qu'avait l'évêque de pourvoir à l'instruction de son clergé. Chartres a eu, au v« s., des évêques

I lettrés, tels que Flavius et S. Solenne, qui ont pu I s'acquitter par eux-mêmes de ce devoir. Au vi" s., on rencontre un maître de l'école cléricale qui n'est pas l'évêque; ce maître, Chermir, est assez célèbre pour que, dans une épitaphe, on fasse un titre de gloire à un défunt d'avoir été son élève. Vers la fin du même siècle, S. Béthaire est maître de l'école avant de j devenir évêque de Chartres. Au vn« s., S. Leufroy, ' futur abbé du monastère de La Croix, y vient d'Évreux pour y étudier; à notre avis, il est fort douteux qu'il y ait enseigné.

! Il y eut, semble-t-il, une décadence de l'école de Chartres au viii« s., et une restauration au ix«. On peut citer comme élève à cette époque Hérifroid, qui devint évêque d'Auxerre. Un peu plus tard, au x<= s., le moine Richer, de S.-Remi de Reims, vint à Chartres pour y étudier la médecine sous la direction d'un certain Héribrand qui paraît avoir été chanoine.

C'est au x« s. (931) qu'apparaît pour la première fois dans les documents le titre de chancelier; on constate que dans la suite les chanceliers, dont la fonction supposait une certaine culture littéraire, eurent la responsabilité des écoles, soit en y donnant eux-mêmes l'enseignement, soit en l'y faisant donner en leur nom.

Avant d'être évêque de Chartres, Fulbert y avait été chancelier et écolâtre. Originaire d'Italie, disciple, à Reims, de Gerbert et condisciple du roi Robert, il était arrivé à Chartres dans les dernières années du x« s. et avait commencé d'y enseigner avant l'an mille. Il fut, dit l'abbé Clerval, « le prince des écoles chartraines. Nul n'a plus fait pour leur gloire, nul n'a été plus admiré des contemporains et de la postérité ». Sous sa direction, l'école chartraine, sur laquelle nous sommes abondamment documentés par divers écrits contemporains — poème d'Adelman de Liège, lettres d'étudiants — • fut un véritable foyer intellectuel qui attira, même de loin, la jeunesse studieuse. On connaît le nom et la patrie d'une cinquantaine de disciples de Fulbert; ils sont originaires de lieux très variés : Angers, Tours, Poitiers, Montmajour, Paris, Mantes, Beauvais, Besançon, Cologne, Liège, etc.

Le Trivium et le Quadrivium constituaient, naturellement, le programme des études, mais ce programme était dépassé. On enseignait aussi à Chartres les sciences sacrées, ainsi que la médecine, en laquelle Fulbert lui-même excellait. Parmi les élèves, on peut citer Jean, médecin du roi Henri I", qui aurait été l'initiateur du nominalisme. L'hérétique Bérenger, ainsi que plusieurs de ses contradicteurs — Arnoul, Guillaume, Ascelin, Adelman — avait étudié à Chartres. Peu respectueux de la tradition {« à quoi bon se tromper avec tout le monde, si tout le monde se trompe? »),il eut des adversaires pénétrés, au contraire, de l'esprit de Fulbert, qui enseignaiit l'obligation « de marcher droit dans la voie royale, en suivant toujours avec soin les vestiges des saints Pères ».

Ajoutons, pour donner une idée exacte de ce que pouvait être l'école de Fulbert, que le maître se montrait toujours accessible et paternel avec ses disciples, ne cherchant pas à leur en imposer par son éloquence, et s'efïorçant toujours de les rendre vertueux autant que savants. C'est pourquoi, dès sa mort, il fut honoré, sans cependant être l'objet d'un culte proprement dit, du titre de saint, titre qui n'est devenu officiel que de nos jours, grâce à l'initiative du cardinal Pie.

Il faut avouer que pour la période du xi« s. qui suit la mort de Fulbert (1028) on manque de renseignements précis. Une liste assez copieuse de chanceliers et de maîtres, c'est à peu près tout ce que donnent les documents; cela suffit à démontrer la continuité de l'école.

On est beaucoup mieux renseigné sur son sort à partir de l'épiscopat de S. Ive (1093-1115) et au cours de

la première moitié du xii«s. Yves dut y faire étudier le droit canonique. Après lui se succédèrent plusieurs maîtres illustres dont la renommée dépassa de beaucoup le cercle de leurs auditeurs : Bernard de Chartres, grammairien et rhéteur, philosophe platonicien; Gilbert de la Porrée, philosophe, théologien, commentateur de la Sainte Écriture, qui devint évêque de Poitiers; Thierry, auteur d'un Eptaleuchon, recueil de textes classés dans le cadre du Trivium et du Quadrioium pour servir de programme aux études, philosophe, exégète, auteur d'un curieux système concordiste pour l'interprétation des récits de la création contenus dans la Genèse; Bernard, qui depuis devint évêque de Quimper.

On vit à cette époque, comme à celle de Fulbert, les élèves venir de loin pour recevoir l'enseignement de l'école chartraine. h' Eptaleuchon de Thierry nous révèle la nature de cet enseignement. On connaissait alors l'Antiquité mieux qu'au siècle précédent; ainsi Thierry, à la différence de Fulbert, avait étudié tous les livres de VOrganum d'Aristote. En fait d'astronomie et de mathématiques, les Chartrains du xii"= s. étaient en possession de traductions d'ouvrages arabes.

Il est intéressant de constater à quel point le milieu intellectuel chartrain de la première moitié du xii» s. portait la vénération pour les anciens et l'amour de la science. Il y avait déjà des discussions sur les mérites respectifs des anciens et des modernes; à Chartres, on prenait parti pour les anciens : « Ce sont, disait-on, des géants; nous sommes des nains, et si nous voyons plus loin qu'eux, c'est que nous sommes juchés sur leurs épaules. » Thierry était le grand ennemi des arrivistes auxquels on avait donné le sobriquet de Corniliciens : gens pratiques, qui désiraient abréger le temps des études auxquelles ils ne reconnaissaient d'autre utilité que de procurer des honneurs et de l'argent. Ces courants d'opinion font penser à ceux que l'on constate trois siècles plus tard dans les milieux lettrés de Florence et de Rome : il y eut à la Renaissance des admirateurs fanatiques de l'Antiquité, et aussi des arrivistes.

« En résumé, dit l'abbé Clerval, l'école de Chartres, ])endant la première moitié du xii» s., fut le foyer d'une renaissance universelle des études. Elle aima l'Antiquité profane et se passionna pour ses écrivains, ses poètes, ses philosophes. Avide de savoir, elle rechercha les écrits d'Aristote, de Ptolémée et des autres auteurs grecs, jusque chez les Arabes d'Espagne, et agrandit le cercle des branches cultivées. Elle sut mener de front la littérature, la philosophie, les sciences, le droit, les arts. Elle porte un cachet d'idéalisme très nuancé, où se rencontrent les influences d'Aristote, de Platon, des Alexandrins, des Arabes, avec celles de la doctrine chrétienne. Tous ces reflets divers, concentrés sur elle, lui constituent une auréole qui n'appartient qu'à elle seule au xii« s. • Bien qu'assez porté à grossir l'importance des écoles chartraines, l'abbé Clerval avoue qu'au cours de la seconde moitié du xn« s. elles « se replient sur elles-mêmes ». Il serait sans doute plus exact de dire, en termes plus clairs, qu'elles cessent d'exister ou, ce qui revient à peu près au même, de fonctionner. Sans doute on peut citer pour cette époque un certain nombre de personnages dont le nom, dans les documents, est précédé de la qualification de mugisler, mais rien ne prouve qu'ils aient été écolâtres, et écolâtres à Chartres. Sans doute il y eut à Chartres, au cours de cette période, des évêques lettrés, tels que Guillaume de Champagne (1164-76) ou Pierre de Celles (1180-83), mais ils avaient étudié i ailleurs qu'à Chartres et il n'est guère vraisemblable qu'ils y aient enseigné. Le cas est un peu différent pour Jean de Salisbury (1176-80), dont l'épiscopat se j place entre ceux des deux évêques mentionnés ci- |

dessus. Cet illustre homme de lettres, le plus grand peut-être des humanistes du Moyen Age, n'a pas étudié à Chartres et les ouvrages qui ont fait sa célébrité étaient composés avant qu'il en devînt évêque. Mais on y trouve de précieux renseignements sur les écoles chartraines de la première moitié du siècle, car il avait été, à Paris, disciple de Gilbert de la Porrée, qui lui avait transmis des souvenirs concernant Bernard de Chartres.

Un cas typique est celui de Pierre de Blois. Né vers 1130, il vint tout jeune à Chartres où il fit ses premières études — c'était donc avant 1150; puis il se rendit à Paris pour y cultiver la rhétorique, la philosophie, les mathématiques et la médecine; de là il alla à Bologne pour y étudier le droit. Cet exemple montre bien le déclin des écoles de Chartres dont le prestige allait s'efîaçant devant celui de l'université naissante de Paris.

Au xiii« s., l'éclipsé est, s'il se peut, encore plus complète. Si l'on étudie à Chartres, ce n'est plus dans les écoles cléricales, mais chez les frères prêcheurs, arrivés en 1231. On trouve bien, dans un document de 1285, mention d'un « recteur des grandes écoles », ce qui prouve que le titre existait toujours. Mais quelles étaient ses fonctions? Un autre document, de 1287, nous fait savoir qu'il était tenu d'assister aux matines les dimanches et jours de fête pour marquer les leçons et en surveiller le chant. C'est peut-être à ce rôle modeste qu'avait été réduite l'activité de l'écolâtre, dont les prédécesseurs avaient eu tant de célébrité aux xi" et xii'= siècles.

Au xive s. le titre de « recteur des grandes écoles » n'existait sans doute plus, car c'est au chancelier qu'incombait le soin de veiller à la bonne exécution des lectures liturgiques. Le chancelier conserva jusqu'à la fin du Moyen Age quelque chose de ses anciennes attributions en matière d'enseignement : la surveillance des petites écoles et de la profession de copiste.

IX. Paroisses et principales chapelles — Avant la Révolution, Chartres possédait onze paroisses, dont sept dans l'enceinte de la ville et quatre dans les faubourgs, pour une population qui, en 1709, avait été évaluée avec précision à 15 892 âmes. La moyenne serait donc de près de 1 450 âmes par paroisse, mais ces paroisses étaient d'importance très inégale, l'une d'elles comptant près de 3 000 âmes et la moins nombreuse n'en comptant même pas 550.

L'origine de ces paroisses est, dans la plupart des cas, fort obscure. Toutes existaient au xii« s. En voici rénumération.

Paroisses urbaines : S.-André. Fondée hors les murs, cette église y fut renfermée au xii« s. EUe était le siège d'un chapitre. La petite église S. -Nicolas, toute proche, dont il ne reste rien, était probablement la paroisse primitive. De S.-André il existe encore, malgré deux incendies, de beaux restes en majeure partie du xii« s. — S.-Aignan. Cette église aurait été fondée à une époque très ancienne par l'évêque de Chartres de ce nom, dont elle conservait le tombeau. Elle était à la fois collégiale et paroissiale; c'est la seule des anciennes églises paroissiales de Chartres qui soit encore affectée au culte. Elle date, dans son état actuel, des xvi"' et xvii" s. — Ste-Foy n'était, au xi« s., qu'une chapelle hors les murs; elle fut sans doute érigée en paroisse, rebâtie et enclose dans la ville au xii« s. Il n'en subsiste qu'une partie, restaurée au xix" s. par les Maristes. — S.-Hilaire, église voisine de l'abbaye S. -Père et en dépendant; elle a complètement disparu. — S.-Salurnin, église primitivement hors les murs, détruite au xv" s. et rebâtie en ville. Il n'en reste rien. — S.-Marlin-le-Viandier (vitam dans?) aurait rappelé le souvenir d'un miracle opéré à Chartres par

S. Martin. Il subsiste quelques restes de l'église, notamment une crypte du xii^ s. — S. -Michel, près de la porte de ce nom, dont il ne reste aucun vestige.

Paroisses suburbaines : S.-Maurice, hors la porte Drouaise, était une église collégiale et paroissiale; il n'en reste rien. — S. -Barthélémy, au faubourg de ce nom, a eu le même sort. — S.-Chéron n'avait d'autre siège que la nef ou une des chapelles de l'église abbatiale du même nom, hors la porte Morard. — Il en était de même primitivement de la paroisse S.-Brice, qui avait son autel dans l'église du monastère S.-Martinau-Val; après la dévastation de celui-ci au cours de la guerre de Cent Ans, elle eut son église particulière, dont il ne reste rien.

Mentionnons aussi : la Madeleine, au faubourg S.- Jean, église ruinée pendant les guerres de religion, qui n'a pas été rétablie; la chapelle de l'hôpital des aveugles, dédiée à S. Julien et autrefois considérée comme paroissiale, très modeste édifice de la fin du xvi« s., qui sert encore au culte.

En 1791, toutes les paroisses furent supprimées et remplacées par une paroisse unique érigée dans la cidevant cathédrale. Lors du rétablissement du culte en vertu du Concordat, il y eut deux paroisses : Notre- Dame (ex-cathédrale) et S. -Pierre (ancienne abbatiale S. -Père). La paroisse S.-Aignan a été rétablie en 1822. Ces trois paroisses se partagent la population de la ville qui est actuellement (1949) d'un peu plus de 27 000 âmes.

Parmi les anciennes chapelles, d'ailleurs peu nombreuses et peu importantes, nous citerons seulement Notre-Dame-de-la-Brèche, bâtie en 1600 pour commémorer la levée du siège de Chartres par les huguenots en 1568. Relevée en 1843, agrandie en 1869, elle sert de chapelle de secours pour la paroisse Notre-Dame.

Parmi les nouvelles chapelles, dépendant la plupart de communautés religieuses, il faut mentionner Ste- Jeanne-d'Arc (1919) et Ste-Thérèse de l'Enfant- Jésus (1934), chapelles de secours érigées sur le territoire de S.-Aignan.

X. Abbayes et principaux prieurés. — S.-Pèreen-Vallée. — Ce monastère était situé dans la vallée de l'Eure; primitivement il se trouvait en dehors des murs de la ville. Si sa fondation par Clovis doit être considérée comme légendaire, on ne peut mettre en doute qu'il ait existé dès le milieu du vu» s. Envahi à main armée et piUé par l'évêque batailleur Hélie (840- 46), dévasté une première fois par les Normands en 857, il fut restauré par l'évêque Gislebert vers 860. Détruit lors d'un retour des Normands en 911, il fut relevé par l'évêque Aganon qui y mit, vers 930, des clercs séculiers. L'évêque Ragenfroy envoya leur supérieur, Alveus, à Fleury, où il s'initia à la vie monastique et d'où il revint, en 954, avec un groupe de moines bénédictins. Dès lors, l'abbaye se maintint jusqu'à la Révolution. Elle paraît avoir été particulièrement florissante au xii*' s. : à cette époque, les moines correspondent avec S. Bernard, accroissent leur bibliothèque, et le tombeau de S. Gilduin attire les fidèles dans leur église. Les guerres de la fin du Moyen Age et les guerres de religion éprouvèrent l'abbaye. L'institution de la commende contribua à sa décadence. En 1650 elle fut agrégée à la congrégation de S.-Maur, ce qui lui valut une courte période de prospérité. Elle ne comptait plus que huit religieux en 1790.

L'église, aujourd'hui paroissiale sous le nom de S. -Pierre, existe toujours; elle comprend diverses parties dont les plus anciennes datent du début du xi« s., peut-être du x", et les plus récentes de l'extrême fin du xiii«. Les bâtiments réguliers, utilisés à diverses fins depuis la Révolution, avaient été reconstruits vers 1700 par les Mauristes.

S.-Marlin-au-Val. — Ce monastère, situé dans un faubourg de Chartres, près de l'Eure, en amont de la ville, paraît occuper l'emplacement du premier cimetière chrétien de l'Église chartraine; c'est là que se trouvaient les plus anciennes sépultures épiscopales dont l'histoire ait gardé le souvenir, et l'on voit encore dans son église, rebâtie vers le commencement du xi"' s., des sarcophages mérovingiens. Ce monastère passe pour avoir eu le titre d'abbaye. Vers le milieu du x« s., il fut donné à des clercs séculiers, et en 1128 il fut remis à l'abbaye de Marmoutier qui en fit un prieuré. En 1668, il fut acquis par les capucins, protégés par le chancelier Séguier, qui y restèrent jusqu'à la Révolution. C'est aujourd'hui un hospice. L'église romane a subi une restauration radicale au xix« s.; les autres bâtiments datent de l'établissement des capucins.

S.-Chéron. — Dès l'époque mérovingienne une église fut élevée sur le tombeau du martyr de ce nom, sur la hauteur dominant la vallée de l'Eure, en face de la ville. Une tradition, constatée par une inscription paraissant du xi« s., attribuait à un roi Clotaire la dotation de cette église qui, à l'époque mérovingienne, était un lieu de pèlerinage. Dévasté par les Normands au ix« s., sécularisé au x^, le monastère fut restauré au xii". Il devint, vers 1149, une abbaye de chanoines réguliers. Les guerres et la Réforme, ainsi que la commende, introduite en 1541, eurent une influence néfaste sur le monastère. Vers 1625, il passa à la congrégation des Génovéfains qui y établirent une maison d'éducation. Il n'était plus habité que par quatre religieux en 1790.

S.-Jean-en-Vallée. — L'église de cette abbaye, bâtie vers 1020 au pied des murs de la ville et dédiée à S. Jean-Baptiste, fut à l'origine confiée par S. Fulbert à un collège de chanoines. En 1099 S. Yves y appela des chanoines réguliers. L'abbaye fut particulièrement florissante aux xii« et xiii" s. Située hors les murs, elle eut, à diverses reprises, beaucoup à soufirir, mais le siège de Chartres par les huguenots en 1568 lui fut fatal. Les bâtiments furent mis dans un état tel que leur restauration fut jugée impossible. Les chanoines réguliers se retirèrent dans la viUe, au prieuré S.- Étienne, situé près de la cathédrale, qu'ils possédaient depuis leur établissement à S. -Jean. Vers 1640, les génovéfains, arrivés en 1628, rebâtirent le prieuré. S.-Jean-en-Vallée avait été soumis au régime de la commende en 1556. En 1790, il n'y avait plus que onze religieux.

Il ne reste rien du premier monastère. Les bâtiments élevés par les génovéfains existent encore en majeure partie et sont actuellement occupés par le grand séminaire.

S.-Lubin-des-Vignes. — L'église S.-Lubin, située à quelque distance des murs de Chartres, vers le Sud, paraît remonter à l'époque mérovingienne; elle est qualifiée dans les anciens documents d'église abbatiale. Au x« s., elle était tombée en mains laïques; au xi«, elle fut donnée à l'abbaye S. -Père qui y établit un prieuré. En 1585, l'abbé de S. -Père abandonna ce prieuré aux capucins qui y restèrent jusqu'à leur installation à S.-Martin-au-Val. Une croix en marque aujourd'hui l'emplacement approximatif.

Les Filles-Dieu. — Prieuré de femmes suivant la règle de S. Augustin. Après avoir séjourné quelques années en ville, dans le quartier S. -André, les Filles- Dieu se fixèrent, vers 1239, hors les murs, dans un faubourg qui prit et garde encore leur nom. Leur monastère était sous l'invocation de S. Jean l'Évangéliste. Détruits lors du siège de 1568, restaurés en 1574, détruits de nouveau lors du siège de 1591, les bâtiments furent relevés au xvii<= s. La maison des Filles- Dieu connut alors une période de prospérité; les religieuses s'y livrèrent avec succès à l'éducation des

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jeunes Tilles. En 1790, elles étaient encore vingt et une, aidées par six converses. Les bâtiments ont totalement disparu.

XI. Communautés et congrégations. — 1" Avant la Révolution. — Jacobins (Frères Prêcheurs). — Le couvent de Chartres fut fondé en 1231 (et non 1221, comme on l'a dit plus d'une fois), grâce à la protection du doyen du chapitre, Hugues de la Ferté, futur évêque de Chartres. La première pierre de l'église fut posée en cette même année, en présence de Blanche de Castille. On peut citer parmi les dominicains de Chartres, aux xiii« et xiv s., plusieurs théologiens ou exégètes (Geoffroy d'Ablis, Thomas d'Épeautrolles, Gérard de Hanches); aux xv!": et xvii" s., de nombreux prédicateurs (Michel l'Allemand, Médard de Laval, etc.). L'église était le siège d'une confrérie de S. -Jacques. En 1790, le couvent, bâti pour une trentaine de religieux, n'abritait plus que six profès.

Cordeliers (Frères Mineurs). — Les frères mineurs s'établirent à Chartres, au Grand-P'aubourg, en 1231, c.-à-d. la même année que les frères prêcheurs, mais probablement un peu plus tard. Leur fondation prospéra. Ils se livrèrent avec succès à la prédication et ouvrirent, à la fin du xiv» s., une école de théologie. Au commencement du xvv s., ils furent réformés et réparèrent leurs bâtiments. Le siège de 1568 fut cause de la destruction du couvent qui, dans la suite, fut transporté en ville. En 1790, les frères mineurs chartrains étaient au nombre de dix, dont quatre seulement résidaient. Il susbiste du couvent un portail et un cloître de la fin du xvi« s.

Capucins. — Ils arrivèrent à Chartres en 1585 et s'établirent, comme nous l'avons dit plus haut, au prieuré S.-Lubin-des-Vignes. Leur église fut un lieu de dévotion très fréquenté; Henri III ne manquait pas de s'y rendre lors de ses nombreux pèlerinages à Chartres. En 1663 ils prirent possession de l'ancien prieuré S.- Martin-au-Val dont les lieux réguliers furent reconstruits. L'histoire a gardé le souvenir de leur conduite édifiante lors des épidémies. En 1790, la communauté comprenait seulement cinq profès, y compris le gardien.

Minimes. — Arrivés à Chartres en 1615, ils se fixèrent en 1618 sur la paroisse S. -André. Leur couvent, qui n'a jamais eu grande importance, ne comprenait plus que deux religieux en 1790. Il ne reste à peu près rien des bâtiments.

Carmélites. ■— C'est en 1020 qu'elles viiuent à Chartres. Elles eurent pour première prieure une fille de Mme Acarie. Leurs bâtiments, construits vers 1660, servent aujourd'hui de prison, et leur chapelle, dédiée en 1660, de local à la cour d'assises. Les religieuses se maintinrent dans la régularité jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Il y avait, en 1790, vingt-cinq sœurs de chœur et cinq sœurs du voile blanc.

Ursulines. — Cette congrégation eut à Chartres un établissement en 1626. Les religieuses s'installèrent dans l'ancien hôtel de Montescot, où elles ouvrirent un pensionnat pour l'éducation des jeunes filles. Leur communauté, qui avait cessé de prospérer, fut dissoute en 1 760 par Mgr de Fleury.

Visitation Notre-Dame. — Le couvent de la Visitation fut établi en 1647, d'abord sur la paroisse S.- Hilaire, puis, définitivement, en 1653, sur la paroisse Ste-Foy, tout près de la cathédrale. Ce monastère garda, jusqu'à la fin, comme celui des carmélites, toute sa régularité. En 1790 les religieuses étaient au nombre de trente-neuf. Une partie des anciens bâtiments du couvent existe encore.

Sœurs de la Providence de Chartres. — Cette petite congrégation, destinée à l'éducation des jeunes filles pauvres, fut fondée en 1653 par M. Pedoue, chanoine de la cathédrale. Établies d'abord sur la paioisse

S. -André, elles remplacèrent, après 1760, les ursulines à l'Hôtel de Montescot. Considérées comme se livrant à l'enseignement public, elles furent d'abord épargnées par la Révolution, mais leurs idées les firent bientôt proscrire : elles avaient dit à leurs élèves que l'évèque constitutionnel était un intrus. Elles furent dispersées en 1792.

Filles de la Charité. — L'hôtel-Dicu de Chartres leur fut confié en 1662.

Union chrétienne ou Filles de S.-Chaumont. — Appelées à Chartres dans les dernières années du xvii« s. par Mgr de Godet des Marais, elles s'installèrent, sur la paroisse S.-Hilaire, dans une maison qui avait appartenu à la léproserie de Beaulieu. Elles y ouvrirent une école qui fut fréquentée au xviii" s. par une centaine d'enfants. Il n'y avait plus qu'une sœur en 1792.

Sœurs de S. -Paul. — Louis Chauvet, curé de Levesville-la-Chenard, petite paroisse de Beauce, fonda, dans les dernières années du xvii« s., une pieuse association ayant pour but d'apprendre aux petites filles de la campagne à prier et à travailler. Mgr Paul de Godet des Marais les fit venir à Chartres, les installa, en 1708, au faubourg S. -Maurice, et les plaça sous le patronage de S. Paul. La nouvelle congrégation prospéra; elle s'adonna à diverses œuvres et, dès 1727, préludant à son expansion missionnaire, eut un établissement à Cayenne.

2» Après la Révolution. - Les lois révolutionnaires furent fatales aux ordres d'hommes. Lorsque la paix religieuse fut rétablie, plusieurs congrégations de femmes se reformèrent. Le Carniel, a|)rès un séjour provisoire dans l'ancien monastère de la Visitation, s'est fixé, en 1836, à proximité du faubourg S. -.Jean ; Il y est resté, sauf pendant un exil forcé au début rie ce siècle. La Visitation avait trouvé, dès 1834, un emplacement propice au faubourg S. -Maurice; elle a dû, elle aussi, s'ex|)atrier plusieurs années. La Providence a pris jjossession, au commencement du siècle dernier, de l'ancienne abbaye S. -Jean qu'elle a quittée en 1920 pour faire place au grand séminaire. Les Filles de la Charité ont pu de nouveau se dévouer aux mala<les de l'hôtel-Dieu.

Quant aux sœurs de S. -Paul, installées depuis 1803 dans l'ancien couvent de S. -Jacques (dominicains), elles ont vu, au cours du xix« s., leur rayon d'action s'accroître de plus en plus. Elles ont créé des établissements charitables aux Antilles, en (;hine, dans l'Indochine française, au Siam, au .lajjon, en tlorée, aux Philippines. Tout récemment (1949), elles ont fait une fondation en Afrique équatoriale.

Chartres a vu aussi, au xix"" s., la création de maisons religieuses appartenant à des congrégations nouvelles ou nouvellement introduites dans la ville. Les sœurs du Bon Secours, fondées à Auneau en 1719, sont venues s'y établir en 1844. Une œuvre de jeunes filles, créée en 1832 par la baroime de Coussay, est devenue, un peu plus tard, la congrégation du Saint-Cœur de Marie, dite « Maison Bleue ». Les petites s(Eurs des pauvres ont ouvert leur établissement en 185.'î. Les scjBurs de Notre-Dame de (Chartres, après un séjour de quelques années à Berchères-l'Évèque, ont transporté leur maison mère à Chartres en 1865. Enfin, les franciscaines de Notre-Dame de Pitié (de Perron), arrivées en 1891, assurent depuis 1908 le service de la clinique S. -François.

Une seule congrégation d'hommes s'est établie à Chartres depuis la Révolution, celle des maristes, qui en 1857 ont acheté et restauré ce qui restait de l'ancienne église paroissiale Ste-Foy. Ils n'ont jamais été nombreux, mais ils ont toujours rendu au diocèse, surtout comme prédicateurs, des services très appréciés.

Nous mentionnerons plus loin, en traitant du

diocèse, les congrégations vouées spécialemenl à l'en- ! seigiiement.

Ouvrages généraux. — M. Jusselin, Charires dans le passé, suivi d'une introduction à l'étude de V Eure-et-Loir, Chartres, 1937. — .f.-B. Souchet, Ilist. de la ville et du dioc. de Chartres (ouvrage écrit vers 1650), Chartres, 1866-83, 4 vol. — E. de Lépinois, Hist. de Chartres, Chartres, 1854- j 58, 2 vol. — Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, Mémoires, depuis 1858, 17 vol. — La voix de Notre-Dame de Chartres, depuis \ 1857. — Coll. de l'Ordo.

Origines chrétiennes. Légendes. — S. RouUiard, Parthénie, Paris, 1609. — A. C. Hénault, Origines chrétiennes de la Gaule celtique. Recherches hist. sur la fondation de l'Église de Chartres, Paris-Chartres, 1884. — L. Duchesne, Bull, critique, 1885. — R. Merlet, La cathédrale de Chartres et ses oriqines, dans Bévue archéol., 1902; Les traditions de I l'Église de Chartres, dans Archives hist. du dioc. de Chartres, \ 1914. — M. .Jusselin, Les traditions de l'Église de Chartres à [ propos d'une bulle de Léon X, dans Mémoires de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, xv, 1914; Nouvelles recherches sur les traditions de l'Église de Chartres, Chartres, 1917.

Liste épiscopale. — Gall. christ., viii, Paris, 1744. — R. Merlet, Catalogues des évêques de Chartres, dans Mémoires de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, ix, 1889. — Fisquet, La France pontificale (Chartres), Paris, s. d. • — Duchesne,

PÈLERINAGE. — A. Clcrval, Petite hist. de Notre-Dame de (^Iiartres, Rennes, 1908. — Y. Uelaporte, Le voile de Notre- Dame, Chartres, 1927. — Fêles mariâtes, Chartres, 1927. — Mgr Harscouët, Chartres, Paris, 1933, coll. Les pèlerinages. \

Cathédrale. - - Bulteau, Dcstrip/ion de la cathédrale de ' Chartres, 1850; Monographie de la cathédrale de Chartres, Chartres, 1887-1901, 3 vol. — A. Lecocq, La cathédrale de (Chartres et ses maîtres de l'œuvre, dans Mémoires de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, vi, 1876. — K. Lefèvre-Pontalis, Les architectes de la construction des catliédrales de Chartres, i dans Mémoires de la Soc. des Anti(iu;nres de France, 1905. I — R. Merlet, La cathédrale de Charires (" Petites monogra- ! j)hies »), Paris, s. d. (1909). — M. .lusselin, La maîtrise de ' l'œuvre à Notre-Dame de Chartres, dans Mémoires de la ! Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, 1921. — Y. Delaporte-E. [ Houvel, Les vitraux de la cathédrale de Chartres, Chartres, 1927, 1 vol. et 3 recueils de planches. — É. Màle, Notre- Dame de Chartres, Paris, 1948.

Chapitre cathédral. — E. de Lépinois-L. Merlet, ' Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, Chartres, 1862- 65, 3 vol. — L. Amiet, Essai sur l'organisation du chapitre cathédral de Chartres, Chartres, 1922.

Écoles. — A. Clerval, Les écoles de Chartres au Moyen j Age, dans Mémoires de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, xi, i 1895. 1

Paroisses. — N'. Doublet, Pouillé du dioc. de Chartres, ! Chartres, 1738. — P. Buisson-P. Rellier de la Cliavignerie, Tableau de la ville de Chartres en 1750, Chartres, s. d.

Abbayes, prieurés et communautés. — Gall. christ., VIII, Paris, 1744. — • M. Guérard, Cartulaire de l'abbaye de S.-Pcre de Chartres, Paris, 1840, 2 vol. — J. Vaudou, Hist. générale de la communauté des Filles île S.-Paul de Charires, Paris, 1922-31, 4 volumes.

II. DIOCÈSE. — L Limites et divisions. II. Histoire sommaire. III. Établissements religieux. IV. Enseignement.

I. Limites et divisions. — Jusqu'à la fondation du j siège de Blois (1697), le diocèse de Chartres était l'un des plus vastes, le plus vaste peut-être, des diocèses de i France. Ne pouvant en jalonner ici tout le pourtour, nous nous" contenterons d'en indiquer les limites extrêmes. Il était borné au Nord par la Seine ou, plus exactement, par la rive droite de ce fleuve dont les îles, par ex. celle où se trouvait la paroisse S. -Jacques de Meulan, lui appartenaient. Au Sud, il débordait notablement la Loire et, s'étendant au delà de l'abbaye de Pontlevoy, touchait presque le Cher. De j l'Est, où sa limite voisinait, sans cependant l'at- i teindre, avec le méridien de Paris, il s'étendait, vers I l'Ouest, plus loin que les sources de l'Eure. Il était limité par les diocèses de Paris, de Rouen, d'Évreux, de Séez, du Mans, de Tours, d'Orléans et de Sens. Il renfermait, avant son démembrement, 903 paroisses i

où vivait une population évaluée — approximativement, bien entendu — à 400 000 âmes.

On a prétendu, mais à notre avis sans preuves décisives, que le diocèse de Chartres avait cédé, à une époque très ancienne, une partie de son territoire, notamment .Alortagne et Bellême, à celui de Séez.

Les anciennes limites du diocèse de Chartres correspondent à peu près, autant que l'on peut en juger, avec celles de la civitas Carnotensis, mais rien ne prouve que la correspondance ait jamais été parfaite. Ainsi que l'ont fait remarquer les éditeurs du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, on ne peut croire que les premiers apôtres du pays se soient arrêtés devant les frontières qui séparaient les pagi chartrains des pagi limitrophes. « Ils poussèrent en avant la parole de Dieu, sans souci des limites administratives, et rattachèrent à l'Église chartraine tous les territoires qu'ils avaient évangélisés. Oux d'Évreux, de Séez, du Mans, de Tours, d'Orléans, de Sens, de Paris, de Rouen firent de même, en rayonnant autour de leur Église mère. Voilà, pensons-nous, comment les évèchés furent constitués dans l'origine et pourquoi les limites du nôtre pouvaient très bien ne pas correspondre exactement avec celles de l'antique cité ou des pagi qui la composaient au iv-v siècle. »

La Vieille chronique attribue à S. Lubin (milieu du vie s.) la délimitation du diocèse : Hic Leobiiius Carnotensem diocesim delimilavit . Malgré la date tardive du document (xiv<^ s.), le renseignement mérite d'être pris en considération, car le fait est tout à fait vraisemblable. L'époque de S. Lubin est celle de l'achèvement de l'évangélisation des campagnes. Les derniers paguni avaient disparu, les centres chrétiens avaient cessé d'être des îlots; il était temps de délimiter le territoire déi)endant de chacun d'eux.

Il y eut peu après, sous l'épiscopat de Pappolus, une tentative de démembrement. Le roi Sigebert, à qui appartenait Châteaudun, essaya de fonder dans cette ville un évêché pour la partie austrasienne de l'antique civitas Carnotum. L'évêque de Chartres protesta, en ,573, au concile de Paris qui lui donna gain de cause. Cependant l'évêque de Châteaudun, Promotus, se maintint dans ses fonctions jusqu'à la mort de Sigebert (575).

L'ancien diocèse, outre la ville et la banlieue de Chartres, comjirenait six archidiaconés : 1. le grand archidiaconé, composé des six doyennés d'Épernon, d'Auneau, de Rochefort, du Perche, de Brou et de Courville; — ■ 2. l'archidiaconé de Dunois : doyennés de Beauce et de Dunois-au-Perche; — 3. l'archidiaconé de Pinserais, composé des doyennés de Poissy et de Mantes; — 4. l'archidiaconé de Dreux, composé des doyennés de Dreux et de Brezolles; — 5. l'archidiaconé de Blois; — • 6. l'archidiaconé de Vendôme. Ces deux derniers ne comprenaient qu'un seul doyenné. « Nos archidiaconés concordent mieux avec les pagi. font remarquer les éditeurs du Cartulaire, que le diocèse avec la cité mérovingienne et carlovingienne... Quelle qu'ait été la date précise de cette institution dans notre diocèse [celle des archidiaconés], on était bien loin de l'époque où les pagi formaient la division administrative du pays; mais comme ils avaient élc remplacés assez fidèlement par les comtés, l'autorité ecclésiastique trouva sans doute une certaine convenance à donner à ses archidiaconés les limites des circonscriptions territoriales familières aux habitants. -

L'étendue du diocèse de Chartres en motiva le démembrement. En 1697 fut créé le diocèse de Blois, formé des archidiaconés de Blois et de Vendôme et d'une partie, comprenant 54 paroisses, de l'archidiaconé de Dunois — il est à noter que la carte du diocèse de Blois, publiée dans ce dictionnaire, établie sans doute d'après celle de Jaillot (1701), n'est pas

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parfaitement exacte; la limite des deux diocèses est trop au Nord : elle donne, par ex., à Blois Baignolet et Viabon qui n'ont jamais cessé d'appartenir à Chartres. C'est sous l'épiscopat de Paul de Godet des Marais que le nouveau siège fut érigé, mais c'est une erreur de dire qu'il ait eu l'initiative du démembrement. Le projet n'était pas nouveau, et lorsque Godet des Marais devint évêque, la décision, ainsi qu'il résulte de la correspondance de M. Tronson, était déjà prise en haut lieu.

En vertu des lois révolutionnaires, le diocèse de Chartres fut réduit aux limites du département d'Eure-et-Loir et gouverné par l'évêque constitutionnel Bonnet. La bulle Qui Christi Domini, en exécution des dispositions du Concordat de 1801, supprima le diocèse de Chartres et en rattacha le territoire à celui j du diocèse de Versailles.

Le diocèse de Chartres fut rétabli en 1817 et Mgr de i Latil, aumônier du comte d'Artois, en fut nommé évêque. Mais c'est seulement en 1821 que la mesure fut réalisée. Depuis ce temps, les limites du diocèse, qui sont celles du département d'Eure-et-Loir, n'ont pas varié.

En somme, le territoire du diocèse a toujours été en diminuant. Il a perdu un très grand nombre de ses paroisses et n'en a gagné que très peu : quatorze qui appartenaient autrefois à celui d'Orléans (région de Janville) et une seule (S.-Bomert) qui faisait partie de celui du Mans. Ses divisions actuelles concordent à peu près avec les divisions civiles, ce qui nous dispense de les décrire en détail. Il comprend les quatre archiprêirés de Chartres, de Châteaudun, de Dreux et de Nogent-le-Rotrou. Quant aux doyennés, ils correspondent aux cantons, avec cette différence que le doyenné du canton d'Orgères est à Terminiers, et qu'il existe, depuis 1927, un doyenné de Louville dont le territoire a été constitué au moyen de paroisses enlevées aux doyennés d'Auneau, de Janville et de Voves.

On trouve dans VOrdo de 1950 les renseignements suivants : « Le diocèse de Chartres compte une population de 258 110 habitants, répartie en 426 communes. Il est partagé en 4 archiprêtrés et 25 doyennés formant 377 paroisses qui sont desservies par 208 curés et administrateurs, 45 vicaires, 2 ])rêtres auxiliaires. Il compte en outre 77 prêtres : chanoines, supérieurs, professeurs, aumôniers, etc., ce qui constitue un total de 332 prêtres en exercice. »

1 1. Histoire sommaire. — • 11 est dillicile de résumer. | même très sommairement, l'histoire d'un grand dio- j cèse dans une note aussi brève que celle-ci ; nous nous contenterons donc d'en tracer les grandes lignes.

Nous avons dit ailleurs que l'histoire des origines chrétiennes de la ville de Chartres nous était presque totalement inconnue; autant faut-il en dire, et à plus forte raison, de celle de l'évangélisation des diverses régions du diocèse. S. Martin y est passé ; il est probable que c'est par l'elïort de propagande chrétienne auquel son nom reste attaché que les populations rurales de cette partie de la Gaule ont abandonné le paganisme. L'évêque de Chartres S. Soleime — confondu postérieurement avec un autre Solenne dont on vénérait le tombeau en Touraine — est mentionné par son biographe comme ayant « catéchisé » Clovis, c.-à-d. l'ayant marqué du signe de la croix qui fait les catéchumènes. S. Lubin, qui vivait au milieu du vi" s., est le plus célèbre des évêques de Chartres de la période mérovingienne. Un demi-siècle après lui, l'évêque S. Béthaire, au cours d'une guerre entre Clotaire II et Thierry, roi de Bourgogne, se conduisit, au péril de sa vie, en véritable « défenseur de la cité ».

C'est au cours de la période historique antérieure aux invasions normandes que se place vraisemblable- |

ment la fondation de la plupart des paroisses rurales. Il y eut aussi à cette époque une belle floraison de vie monastique.

Les incursions des pirates du Nord, accompagnées d'incendies, de pillages et de massacres, furent néfastes, dans le pays chartrain, aux institutions religieuses. En 858 la ville de Chartres fut détruite, et l'évêque Frotbold périt avec plusieurs membres de son clergé. Un peu plus tard par contre, en 911, les Normands furent vaincus et repoussés sous les murs de Chartres, tandis que l'évêque Gantelme opposait à leur attaque, sur une des portes de la ville, la célèbre relique de la Vierge.

Au cours des x« et xi^ s., il y eut une restauration religieuse qui atteignit son apogée au xii^ Tous les évêques, il est vrai, ne furent pas à la hauteur des circonstances : il y en eut de cupides, de simoniaques et de batailleurs. Mais il y en eut aussi de saints et de savants, tels que S. Fulbert et S. Yves. A cette époque, l'influence monastique fut prépondérante. Beaucoup de laïques qui détenaient des biens d'Église, soit par usurpation, soit par héritage, les remirent à des institutions religieuses qui furent la plupart du temps des monastères, soit des abbayes du pays chartrain, soit des abbayes plus lointaines, mais célèbres, telles que Cluny ou Marmoutier. Beaucouj) de prieurés, dont la plupart ne devaient avoir qu'une assez courte durée, furent fondés à cette époque; beaucoup d'églises rurales, jusque-là en bois, furent, par les soins des moines, rebâties en pierre. Au point de vue religieux, le xn« s. fut une époque brillante. L'Église de Chartres eut d'illustres évêques, tels que Geoffroy de Lèves et Jean de Salisbury; elle fut visitée par trois papes : Pascal 11, Innocent II et Alexandre III; S. Bernard y vint deux fois. Le xiF s. fut aussi la belle époque des écoles chartraines. Il se termina dans l'enthousiasme populaire qui rendit possible la construction en quelques années de la cathédrale actuelle.

Dès le xiii« s. apparaissent certains signes de décadence. Des conflits se produisent, puis se multiplient, entre l'autorité religieuse et l'autorité civile, avec leurs conséquences ordinaires : interdits, excommunications. Le chapitre cathédral jouit, pour son malheur, d'une indépendance de plus en plus grande qui finira par l'opposer aux évêques en une lutte où, finalement, il aura le dessous. Les abbayes commencent à déchoir de leur prospérité; par contre, les ordres mendiants, frères prêcheurs et frères mineurs, s'implantent et prospèrent.

La fin du xiv« s. et la première moitié du xv« furent une triste époque pendant laquelle, en raison de la guerre étrangère et de la guerre civile, la pluj)art des établissements religieux et charitables furent privés de leurs ressources et ne purent entretenir leurs bâtiments dont beaucoup tombèrent en ruine. Au moment du Schisme, Chartres suivit, avec la France, le parti de Clément VII et eut pour évêque, en 1380, Jean Lefèvre, un de ses partisans décidés.

Lorsque, vers le milieu du xv^ s., la paix eut ramené la prospérité, le diocèse de (>hartres connut des jours meilleurs qui durèrent jusqu'aux guerres de religion. On releva les ruines matérielles et morales. La plupart des églises furent alors reconstruites, agrandies ou restaurées. Il s'en faut de beaucoup, cependant, que tout ait été parfait à cette époque. Le peuple, en son immense majorité, était croyant et pratiquant; mais sa foi n'était sans doute pas toujours éclairée, et sa pratique paraît n'avoir pas été exempte de formalisme. L'Église de Chartres eut à sa tête des évêques trop souvent mêlés à la politique, observant peu la résidence; quelques-uns d'ailleurs ne firent que passer sur le siège épiscopal. Le clergé était nombreux; on

CHARTRES

n'oserait dire qu'il ait toujours été à la hauteur de sa tâclie. Il n'était pas rare de voir des curés résider hors de leurs paroisses, après les avoir affermées à des desservants moyennant une somme fixe et des redevances en nature. Quant aux ordres religieux, à l'exception des mendiants, ils étaient dans un état de décadence que devait encore aggraver, au xvi« s., la généralisation du régime de la commende.

Le protestantisme semble s'être infiltré d'assez bonne heure dans le diocèse de Chartres. A partir de 1523, on en signale diverses manifestations, d'ailleurs durement réprimées. La Réforme se propagea au cours de la seconde moitié du xvi^ s., favorisée par la neutralité plutôt bienveillante de l'évèque Charles Guillard. Des Églises protestantes furent fondées en divers lieux, tels que Châteaudun, Nogent-le-Rotrou, Dangeau. Les nouvelles doctrines firent des adeptes dans la petite noblesse. Il y eut des défections dans le clergé : un abbé commendataire de S. -Père, Pierre de Brizay, se retira dans son château de DenonviUe et se maria; plusieurs curés passèrent à la Réforme. Au point de vue militaire, les protestants éprouvèrent sur- ■ tout des revers dans le diocèse de Chartres : le prince de Condc fut battu à Dreux en 1562; il fut forcé, en 1568, de lever le siège de Chartres; les reîtres furent mis en déroute à Auneau en 1587. Lors des guerres de la Ligue, Henri IV s'empara de Chartres eu 1591, mais trois ans après, ayant abjuré l'hérésie, il y revint pour se faire sacrer (1594). Aujourd'hui il n'y a plus en Eure-et-Loir qu'un petit nombre de j^rotestants; ils sont surtout groupes à Chartres et dans les villages de Mézières-en-Drouais et de Guillonville.

Déjà commencée à la fin du xvr s. par l'évèque Nicolas de Thou, la réforme catholique, doiil le diocèse avait le plus grand besoin, fut réalisée par les évêques du siècle suivant, notanunent par Jacques Lescot, Ferdinand de Neufville de Villeroy et Paul de Godet des Marais, prélats savants, édifiants et zélés. Ferdinand de Neufville fonda le grand séminaire; Godet des Marais assura le recrutement du clergé par quatre petits séminaires et prit part activement aux controverses religieuses de son époque; c'est à lui et à son successeur, Charles de Mérinvillc, que le diocèse de (Chartres est redevable d'avoir été, dans son ensemble, préservé du jansénisme. En même temps que le clergé séculier, les réguliers éprouvèrent les heureux effets d'une réforme qui, pour n'avoir pas produit de résultats très durables, n'en fut pas moins bienfaisante : les bénédictins se rallièrent à la congrégation de S.-Maur et les chanoines réguliers à celle de Ste-Genevièvc. Différents ordres nouveaux ou réformés s'installèrent à côté des anciens. Il est à remarquer cependant que les jésuites, qui avaient été sous Henri IV à la veille de se voir confier la direction du collège de Chartres, ne possédèrent aucun établissement dans le diocèse.

Le zèle des évêques pour la formation des ecclésiastiques porta ses fruits : on constate l'existence, au xviiF s., d'un clergé plus cultivé et plus édifiant que celui du siècle précédent. Et les documents de tout genre — innombrables — sont d'accord pour attester que la population était dans son immense majorité non seulement pratiquante, mais pénétrée de convictions chrétiennes. Dans la seconde moitié du siècle cependant, les idées nouvelles s'infiltrèrent dans certains milieux, surtout dans la classe bourgeoise. Quant aux ordres religieux d'hommes, ils connurent une période de décadence accélérée, à laquelle n'échappèrent ni les frères prêcheurs ni les frères mineurs qui, restés fidèles à leurs devoirs, virent leur recrutement se tarir. Seules les congrégations de femmes restèrent prospères jusqu'au jour où elles furent forcées de se dissoudre.

Lorsque se manifestèrent les premiers symptômes de

la Révolution, une partie du clergé fut favorable aux idées nouvelles. Ces ecclésiastiques ne faisaient que suivre l'exemple de leur évêque, Jean-Baptiste- Joseph de Lubersac, bientôt désabusé d'ailleurs, qui avait

1 donné sa confiance à Sieyès, alors son vicaire général. Quand parut la Constitution civile du clergé, certains curés furent ravis de voir disparaître les moines et les chanoines, s'imaginant que tout ce qu'on enlèverait à ces prétendus parasites profiterait aux « pasteurs utiles ». Il est difficile de savoir au juste combien prêtèrent serment à la Constitution civile; les statistiques officielles, même complètes et sincères, ne tiennent pas toujours compte des restrictions plus ou moins manifestes et des rétractations subséquentes. Les assermentés furent sans doute entraînés par l'influence et l'exemple du lazariste Gratien, supérieur du grand séminaire, partisan de la Constitution civile et futur évêque constitutionnel de la Seine- Inf. On ])eut admettre, approximativement, qu'il y eut un nombre à peu près égal d'assermentés et de rcfractaires. Si parmi ces derniers on ne signale dans le diocèse de Chartres qu'une victime, la plupart des autres connurent les épreuves de l'exil, de la déportation — • où beaucoup moururent misérablement — ou furent contraints d'exercer leur ministère en cachette et au péril de leur vie, tandis que Mgr de Lubersac, passé en Angleterre, jiuis en Allemagne, s'efforçait de diriger et de secourir les prêtres fidèles restés dans le diocèse ou émigrés.

Le Concordat rétablit la i)aix religieuse, mais suj)prinia le diocèse de Chartres. La fameuse cathédrale ne fut i)lus, pendant une vingtaine d'années, qu'une église paroissiale du diocèse de Versailles. Cet état de choses dura jusqu'au concordat de 1817 qui, en ce qui concernait (>hartres, ne sortit son elîet qu'en 1821. Les autorités religieuses |)urent alors relever, peu à i)eu, les ruines causées par la Révolution. Le chapitre, les séminaires furent rétablis. Les congrégations religieuses de femmes coninirent une nouvelle prospérité. De 1824 à 1853 Chartres eut pour évêque Mgr Clause! de Montais, dont la jeunesse s'était écoulée sous l'Ancien Régime et <iui, depuis, n'avait rien appris ni rien oublié, gallican impénitent, mais homme d'hoimeur, incapable de transiger avec le devoir et défenseur intrépide des droits de l'Église.

La restauration de la crypte de la cathédrale, l'établissement de l'Œuvre des clercs ou Maîtrise (école

j cléricale), l'extension du pèlerinage de Notre-Dame

' sont les événements qui dominent l'histoire religieuse chartraine de la seconde moitié du xix' s. « J'ose le

! prédire, Chartres redeviendra plus que jamais le centre de la dévotion à Marie en Occident; on y alfluera comme autrefois de tous les points du monde. » Malgré rétablissement de pèlerinages nouveaux qu'il ne pouvait prévoir, cette parole de Mgr Pie, prononcée en 1855, n'a pas été démentie par les faits.

' Après un siècle de tranquillité relative due au Concordat, interprété tantôt avec bienveillance, tantôt avec hostilité, l'Église de Chartres s'est vue de nouveau spoliée par la loi de Séparation et privée, par la loi sur les associations, du concours des congrégations

j religieuses. Les événements qui se sont succédés depuis bientôt cinquante ans sont encore trop rapprochés pour qu'on puisse en parler avec une sérénité parfaite.

( Bornons-nous à constater que si l'Église de Chartres a subi, au point de vue matériel, de lourdes pertes, elle jouit d'une indépendance plus grande qu'autrefois, que ses séminaires ont pu être reconstitués, que l'œuvre du Denier du culte assure au clergé un mini-

i mum — malheureusement bien bas — de ressources, que les congrégations religieuses ont pu, dans une certaine mesure, reprendre leur rôle bienfaisant, que le culte de Notre-Dame de Chartres attire des pèlerins

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