C. Laplatte
CHAUMONT-LA-PISCINE (Notre-Dame de), Calviis-Mons, Chaumont- Porcien, abbaye de l'ordre de Prémontré, dioc. de Reims, entre Rethel et Château-Porcien, arr. de Rethel (Ardennes), relevait de la circarie de Floreffe et était filiale de Prémontré. La légende raconte que vers la fin du v^ s. l'endroit — un monticule couvert de bruyère, qui lui donnait un aspect de chaume — servait de retraite aux ermites Berthold et Amand, de souche royale, auxquels s'étaient jointes des vierges nobles qui servaient le Seigneur sous l'autorité de Berthold. Ces origines se perdent dans la nuit des temps. Plus tard l'endroit fut fréquenté par des ermites et des chanoines. A leur sujet il n'existe qu'un document de 1087, émanant du roi Philippe \", qui fait don du village de Renaucourt à l'église de Chaumont. En 1142, la fondation formait un chapitre collégial auquel en cette année l'évêque Samson de Mauvoisin confirmait la possession d'un alleu, don du comte Henri de Chastel et de Clarembald de Rosoy aux chanoines de l'endroit, qui obtenaient en même temps assignation de la dîme. Il est certain d'autre part que l'église de Chaumont relevait en 1087 du prieuré de Château- Porcien; qu'en 1142 cette église se trouvait sous l'obéissance de chanoines réguliers et que les alentours hébergeaient des ermites; qu'en 1147 ces chanoines réguliers relevaient de l'ordre de Prémontré. Comme fondateur de cette maison est cité Réginald de Rosoy (d'après le nécrologe de S. -Juste de Beauvais). L'église se trouvait sous le patronage de la Ste Vierge et de S. Berthold.
L'abbaye était réputée comme endroit d'un pèlerinage florissant. L'abbé Pierre le Boucher de Roquigny (1426-44) fit construire un hospice pour les pèlerins qui venaient honorer en foule S. Berthold. L'ab-
baye reçut en don de Jeanne de Châtillon, dame de Chaumont, une lampe d'argent et une dotation de 100 livres, pour l'ornementation de la sépulture du saint.
L'abbé Cousin fut le dernier des réguliers (f 1550). Sous l'abbé commendataire Claude le Roi, l'abbaye et les religieux eurent gravement à souffrir des calvinistes : pillages et emprisonnements furent à l'ordre du jour et la maison fut en partie dévastée. On la restaura, mais elle fut de nouveau incendiée pour la plus grande partie. On chercha alors un endroit plus favorable pour reconstruire le monastère et, le 23 juin 1623, la communauté émigra à Aubilly, où de nouvelles constructions avaient été élevées. On avait pu sauver les plus précieuses reliques, qui avaient été mises en sûreté à Reims. Le nouvel emplacement de l'abbaye se nommait ' la Piscine >-. L'église fut consacrée par l'évêque de Tarse, sufTragant de l'archevêque de Reims.
Tous ces événements n'avaient pas été sans influencer la discipline conventuelle. L'abbé Picot (t 1638), mais surtout son prieur Jean Lieuteau s'attachèrent à remédier à la situation. Dans cet esprit, le 24 sept. 1641, Pierre de Thieuville, abbé de Ste-Marie de Pont-à-Mousson, annexa Chaumont à la jeune congrégation de la réforme de Lorraine et plaça des religieux de cette tendance à l'abbaye de Chaumont pour y consolider les nouvelles directives.
Liste des abbés. — 1. Jean, venu de Prémontré, nommé dans la bulle du pape Eugène III, qui attribue Chaumont aux Prémontrés. — 2. Gésaire, 1158. — 3. Julien ou Jules, assista au chapitre général de 1171. — 4. Jean II, f probablement le 2 janv. — 5. Anselme, ou Alelme ou Atelme, gouvernait en 1182 et en 1195. Il est douteux qu'il faille l'identifier avec l'abbé Anselme, de Bonne-Espérance, abbaye à laquelle il aurait passé. — 6. Albéric. — 7. Alelme, t 1219. — 8. Roger, t 1222. — 9. Henri, t 1231. — 10. Odon, t 1246. — 11. Pierre de Baucigny, f 26 nov. 1256. — 12. Jean III de Logni, f 1273. — 13. Alard, 1 1285. — 14. Simon I", passa comme abbé à Cuissy en 1287. — 15. Simon d'Aharis ou d'Achaires, passa comme abbé à Braine.
— 16. Pierre de Baucigni II, f 1347. — 17. Jean IV, t 1365. — 18. Radulphe de Châtillon, t 1383. — 19. Jean V, f 1409. — 20. Pierre le Boucher de Roquigni, t 1444. — 21. Jean Lochart. — 22. Gobert de Roquigni. — 23. Jean Hardy, vivait en 1497. — 24. Pierre de Frouart, alias Fuyart, présidait en 1517. — 25. Gobert Cousin, dernier des réguliers, f 6 juill. 1550. — 26. Robert. — 27. Ponchard. — 28. Galtier : ces trois noms doivent être intercalés dans la liste précédente, mais on ne sait pas à quelle date. — 29. Étienne Lallemand, premier abbé commendataire; la veille de son mariage, il passa l'abbaye au suivant. — 30. Mathieu Chalon, clerc de Chartres, qui ne fut admis par les religieux qu'après sentence d'excommunication en 1557, f 1560.
— 31. Claude le Roi, t 1614. — 32. Étienne Galinet, qui fut transféré à l'abbaye de la Piscine. — 33. Eustache Picot, chanoine de la Ste-Chapelle de Paris, t 1648. — 34. Cyrus de Villers-la-Faye, év. de Périgueux, était prélat en 1653, t 4 oct. 1665 et enseveli à Paris chez les capucins de S.-Jacques. — 35. Égide de Fontaines, aumônier du roi, f à Paris 1697. — 36. Marc-Antoine de Brisai-de-Denonville, nommé le 25 déc. 1696, chanoine de Chartres, en même temps commendataire de S. -Pierre de Cannes. — 37. Charles- Amand de Gontaut-Biron, nommé en 1723, t 7 oct. 1732. — 38. Louis Chaumel, auparavant évêque d'Orange, obtint l'abbaye par lettres royales du 3 mai
Les archives de Chaumont-Ia-Piscine se trouvent, pour la plupart, aux archives du dép. des Ardennes; un cartulaire de la fin du xvi« s. était conservé chez la veuve Lucas
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à Château-Porcien ; d'autres archives se trouvent à Chaumont et à Reims. — C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 437. — Gall. christ., ix, 326-29. — M. Jadert, Le bourg et l'ancienne abbaye de Chaumont-Porcien, dans Revue hisl. ardennaise, 1904. — Lannois, Notice sur l'abbaye de Ctinumont, Rethel, 1880. — G. Marlot, Metropolis Remensis hisl., Reims, 1844. — C. Oudin, Hist. ecclesiae Calvinalis ex monumentis ipsius loci, dans A. S., juin, ii, 102-08.
M.-A. Erens.
CH AUMOUZEY, Calmosiacensis, abbaye de chanoines réguliers de l'ordre de S. -Augustin, près de Mirecourt, cant. et arr. d'Épinal, dép. des Vosges, dioc. de Toul, puis de S.-Dié. L'histoire des origines de cette importante communauté a été écrite par un des principaux fondateurs, Séhère, dans les Primordia Calmosiacensia. Dans le dernier quart du xi" s., un vénérable prêtre, Antenor, se retire pour vivre en ermite dans la solitude célèbre du S. -Mont. Bientôt il est rejoint par bon nombre de disciples désireux de restaurer sous sa direction le primiliuae Ecclesiae slatum, en pratiquant la pauvreté, cette nutrix uirlutum, selon la règle de S. Augustin. La réputation de ces convertis leur attire une recrue de choix, Liutolf, doyen du chapitre cathédral de Toul, qui se joint à eux avec tous ses biens, entre autres une église qu'il a construite dans le suburbium de Toul en l'honneur du pape S. Léon, où à sa demande les frères fondent une nouvelle communauté avec l'approbation de l'évéque Pibon (1094). Entre temps, le S.- Mont se révèle peu propice à la vie régulière, probablement à cause du voisinage des chanoinesses de Remiremont, et les ascètes se retirent dans un endroit solitaire, l'alleu de Chaumouzey, qui leur est donné en toute propriété ainsi que l'église du lieu par une femme pieuse et son mari, Thierry. La communauté s'étant encore accrue de nouveaux membres, les frères sentent le besoin de fixer de manière plus précise leur discipline. Dans ce but, ils envoient deux des leurs à S.-Ruf, abbaye provençale dont la réputation de régularité est parvenue jusqu'à eux. Les délégués reviennent inslructi uerbis et scriplis et initient leurs confrères aux coutumes de la célèbre communauté (Primordia..., dans M. G. H., SS., xii, 325-30; Gall. christ., XIII, Instrum., 172).
Pendant plusieurs années encore, l'attrait de la vita apostolica menée par les chanoines leur attire des recrues venant de tous les milieux, clercs et laïcs, hommes et femmes. Beaucoup d'entre eux abandonnent à la communauté, lors de leur profession, des biens de tous genres qui forment petit à petit le patrimoine temporel. Pour assurer leur avenir, les chanoines procèdent à une élection canonique et leur candidat, Séhère, est consacré par l'évéque de Toul comme abbé de Chaumouzey et de S. -Léon. Un statut spécial règle les rapports des deux communautés et prévoit l'émancipation définitive de Chaumouzey, ce qui se fera sans difficulté peu après. A peine en fonction, le nouvel abbé doit faire face à de nombreuses difficultés. A la mort de Thierry, principal bienfaiteur, son frère fait opposition à la donation de Chaumouzey et, par la violence, trouble le calme de la communauté, allant jusqu'à incendier l'église paroissiale. Malgré le recours au duc de Basse-Lotharingie et à l'évéque, il faut attendre deux ans avant qu'un compromis ne règle définitivement ce débat. Peu après Séhère fait confirmer par l'évéque Pibon les possessions de l'abbaye, préciser le statut à l'égard de l'autorité diocésaine et celui du curé de la paroisse de Chaumouzey (5 mai 1101) (Primordia, dans M. G. H., SS., XII, 327-31).
Entre temps les chanoinesses de Remiremont veulent étendre à Chaumouzey les droits qu'elles ont exercés sur les ermites du S. -Mont. Elles revendiquent la possession de l'alleu, réclament les offrandes de
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l'église et y placent un curé de leur choix. Pour résister à ces prétentions, Séhère engage une longue lutte dans laquelle interviennent les évêques de Toul, le duc de Lotharingie, le roi de France et le légat pontifical, Richard. Finalement, Pascal II, de passage à Langres (févr. 1107), appelle l'affaire à son tribunal. Les chanoines ayant invoqué la donation faite par Thierry, les cardinaux leur opposent la législation de Grégoire VII interdisant aux laïcs de disposer des biens d'église, mais par ailleurs ils citent le passage de Grégoire le Grand qui exempte des dîmes ceux qui mènent la vie commune. Finalement le conflit est réglé et, pour éviter toute difficulté ultérieure, Séhère se fait confirmer par l'évéque et l'archidiacre, per baculum, les églises qu'il avait reçues antérieurement des mains des laïcs (Primordia..., dans M. G. H., xii, 338-41; bulle de Pascal II [original à Paris, Bibl. nat., iiouv. acq. lal., 2547, n. 13], dans P. L., clxiii, 206).
Malgré leur origine érémitique, les chanoines de Chaumouzey avaient adopté jusqu'en 1120 les coutumes modérées de Vordo antiquus tel qu'il était en vigueur à S.-Ruf. Mais à cette date, les fondateurs de Springiersbach et de Prémontré introduisent dans l'ordre canonial des usages plus austères en suivant à la lettre les prescriptions de Vordo monasterii qu'ils considèrent comme la seule règle authentique de S. Augustin. Cette innovation jette le trouble dans la communauté de Chaumouzey. Les frères sont tout disposés à suivre les novateurs mais, avant de prendre une résolution définitive, ils envoient une délégation à S.-Ruf pour consulter les autorités compétentes. Par deux lettres qui nous renseignent sur ces événements. Ponce, abbé de S.-Ruf, et Gautier, évèque de Maguelone, rassurent leurs confrères en établissant le caractère traditionnel de Vordo antiquus et en critiquant le manque de discrétion des nouveaux réformateurs. Ils leur reprochent entre autres d'accorder trop d'importance à Vordo monasterii qui ne peut, à leur avis, avoir été composé par S. Augustin (Ch. Dereine, S.-Ruf et ses coutumes aux xi" et Xii^ s., dans Revue bénéd., lxix, 1949, p. 167-75).
Pendant les xii« et xiii" s., le temporel de l'abbaye ne cessera de s'accroître régulièrement grâce à la générosité des évêques de Toul, des archevêques de Besançon, des ducs de Lorraine et de nombreux particuliers. Pour assurer une bonne administration, Séhère fait établir un censier. Lui-même et ses successeurs recourent volontiers à l'autorité pontificale pour confirmer les biens et le statut de l'abbaye. Suivant l'exemple de Pascal II, Calixte II, Innocent II, Eugène III, Adrien IV, Alexandre III, Grégoire VIII et Honorius III accordent leur protection aux chanoines. Parmi les biens nommés dans les bulles pontificales figurent bon nombre d'églises ou de chapelles. Outre Chaumouzey donné à l'origine, on trouve la paroisse de Dompierre, la chapelle de Dommartin et Orquevaux (1115), Ambacourt (1116), Marast (1123), Dombasle (1127), Meuil-en-Saintois (1129), la chapelle de Pierrefltte (1132), Fleury, Chesnois et Frocourt (1147), Montjustin et la chapelle d'Ainecourt (1150), BoufTromont et Tilleux (1197), Clerjoux (1198) et Vouxey (1229). Plusieurs de ces églises sont retirées des mains des laïcs qui les détenaient injustement et sont données ad suslentationem paupertatis. Rien ne prouve que les chanoines de Chaumouzey les aient desservies eux-mêmes durant cette période. Le statut fixé par l'évéque Riquin en 1115 pour Chaumouzey est étendu aux acquisitions ultérieures : les églises sont libérées de tous les droits dus à l'évéque, au doyen et à l'archidiacre, sauf le denier synodal; le vicaire est investi de l'autel par l'abbé, mais répond devant l'évéque de la cura animarum; l'archidiacre exerce l'action synodale et un cens récognitif est dû pour
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