CHAUNY
chaque donation (Cartulaire, p. 10 sq. ; Wiederhold, i, 27, 47, 72).
Ces documents permettent encore de déterminer quelques points importants du statut canonique de l'abbaye. Dès 1102, Pascal II reconnaît aux chanoines la liberté dans les élections; seule l'intervention de spiriluales uiri est prévue. En 1123, Calixte II confirme la stabilité des membres en interdisant tout départ qui n'est pas autorisé, même arctioris uitae aut lerosolimitanae peregrinalionis obtentu. Toutefois, suivant l'évolution générale du droit canonique, le libre passage ad uitam arcliorem est prévu dans la bulle accordée en 1198 par Grégoire VIII. Enfm, en 1221, à la demande de l'abbé, Honorius III interdit la réception à Chaumouzey de moines bénédictins et cisterciens ou de prémontrés. La liberté accordée aux églises suscite quelques difïicultés de la part des archidiacres. Toutefois, en 1193, Gérard reconnaît l'immunité dont jouissent les chanoines sur ce point. Grands bienfaiteurs de l'abbaye, les évêques de Toul, tout en reconnaissant aux chanoines une grande liberté, avaient maintenu leurs droits essentiels. Au début du xiii'= s., les abbés semblent avoir tenté d'acquérir l'exemption. Ils entrent en conflit avec le pouvoir épiscopal et sont excommuniés. En 1223 Honorius III intervient en leur faveur et affirme que le monastère relève directement du S. -Siège, nullo medianie. Trois des églises données par les laïcs, Marast, Chenoix et Fleury, deviennent durant cette période des prieurés qui, avec Chaumouzey, forment une congrégation dont le chapitre général constitue l'organisme centralisateur. Kn 1294 il décide que les abbés qui négligent les statuts se verront interdire l'accès de l'église (Cartulaire, Wiederhold, ibid.).
Les xiv<^ et xv» s. marquent un affaiblissement de vitalité pour l'abbaye. En 1312, le pape doit intervenir pour maintenir l'autorité de l'abbé combattue par un groupe de factieux qui prétendent introduire le pécule. En 1354 Innocent IV place lui-même l'abbé Liébaud à la tête de la communauté et se réserve le droit de nomination. Malgré cela les chanoines élisent eux-mêmes le successeur, Thierry, en 13()2, et après enquête Urbain V ratifie cette élection et confirme toutes les immunités de l'abbaye. Le problème de l'exemption est encore soulevé vers 14.50 et. sur l'ordre de Nicolas V, Ferry, chantre de S.-Dié, mène une enquête qui aboutit à la confirmation des privilèges.
Au cours du xvi« s. la commende est introduite. Toutefois, en 1586, une recrue de choix, P. Fourier, entre à l'abbaye, est ordonné prêtre et avec lui, l'esprit de réforme gagne progressivement : en 1595 Clément VIII accorde la séparation de la mense abbatiale, mais une première tentative de réforme conduite par le cardinal de Lorraine échoue. En 1637 une requête signée par huit religieux est adressée à l'abbé pour établir une union avec la congrégation des réformés de Pont-à-Mousson. Elle ne sera réalisée qu'en 1653. Sous l'abbatiat d'Antoine Dubourg (1654- 80), la situation des réguliers est encore bien précaire, mais ils réussissent en 1699 à élire son successeur, Jean Legagneur, et pendant un demi-siècle environ l'abbaye connaît un nouvel âge d'or. Le rayonnement spirituel va de pair avec la restauration matérielle; la mense conventuelle est estimée à 40 000 francs barrois et les bâtiments nouveaux sont construits. Nicolas Verlet poursuit la réalisation de la tâche entreprise par son prédécesseur et conclut un accord avec l'évêque de Toul au sujet des neuf églises sur lesquelles il exerce les droits de patronage. Sous l'abbatiat de François Huguin, général de l'ordre (f 1738), la béatification de P. Fourier constitue une approbation éclatante du mouvement de réforme. Mais, après une vacance de trois ans, les abbés commendataires re-
prennent de nouveau la direction de l'abbaye, jus-^ qu'à la Révolution française. Évalués à 50 000 livres, les biens sont alors vendus au citoyen Haener qui transforme les bâtiments en carrière. La dévastation est presque totale. Il ne subsiste qu'une portion du quartier abbatial et des caves. Le musée départemental conserve la tombe de l'abbé Guy (t 1182), des débris de chapiteaux romans et des statues du xv« s.
Liste des abbés (d'après A. Philippe, Inventaire sommaire..., p. VIII). — Séhère, 1091-1128. — Jocelin, 1128-37. — Rory, 1140-60. — Viard, 1168. — Guy, 1172-80. — Pierre, 1187. — Hugue, 1189. — Humbert, 1193-97. — Gui, 1204. — Guillaume, 1224-29.
— Hugue, 1230? — Séhère, 1235. — Guillaume II, 1243-57. — Renaud de Darnieulles, 1274-av. 1281. — Oscelin, 1284. — Demenge, 1292-95. — Guillaume III, 1297. — Jean de la Porte, 1308-13. — Ponce, 1317-45.
— Liébaud, 1354-56. — Thierri de Dompaire, 1363- 78. — Thiébaut de Dompaire, 1394-1406. — Jean de Buffignecourt, 1427. — Jean de la Grand-Maison de Parroie, 1452-56. — Guillaume de Vaulx, 1469. — Philippe de Craincourt, 1487-1505. — Charles de Fraisnel, 1505-20. — Jean de Fraisnel, 1520-60. — Claude de Fraisnel, 1560-66. — N. de Mercy et Nicolas de Louppy?, commendataires. — Gérard du Hautoy, 1569-86. — François Pasticier, 1586-1601. — François II Pasticier, 1601-54. — Antoine du Bourg, 1654- 80. — Antoine de Lenoncourt, 1680-99. — Jean le Gagneur, 1699-1714. — Nicolas Verlet, 1714-26. — Sigisbert Verlet, 1726. — François Huguin, 1726-38.
— Jean de Krakinski, commendataire, 1741-58. — Jean-Anaclet de Bassompierre, 1758-65. — Stanislas- Louis de Bassompierre, 1765-90.
Archives : dép. des Vosges, sér. // 12-13; cf. A. Philippe, Inueiitaire sommaire..., sér. //, ii, Ëpinal, 1930, p. 16- 54; Paris, Bibl. nat., coll. Lorraine, 717, fol. 228 sq.; Metz, bibl. municipale, 1174, fol. 31-42. — Primordia Calmosiacensia, mss. Metz 1219, et Épinal 202; éd. Martène, Thésaurus..., ni, ] 161-98; Calmet, Hist. de Lorraine, u, 90-109; P. L., CLXii, 1120-52; M. G. H., SS., xii, 32.5-46; Duhamel, Documents rares ou inédits relatifs à l'tiist. des Vosges, ii, 18-90; voir les corrections proposées par Ch.-E. Perrin, La clironique de Cliaumouzey, dans Annuaire de la fédération liist. lorraine, iv, 1931-32, p. 26.5-80. — Censiers, av. 1130 et 1160, éd. Ch.-E. Perrin, Rechercties sur la seigneurie rurale en Lorraine d'après plusieurs censiers {Pubt. de la [ faculté des lettres de l'univ. de Strasbourg, fasc. Lxxi), Paris, I 1935, p. 711-16, et commentaire, ibid., 374-404. — Cartu- 1 laire, éd. Adnot, dans Duhamel, Documents rares..., x, 1891, ! p. 1-300; XI, 1898, p. 307-42 ( = Stein, Cartulaires français, 917). — Documents rares..., i, 296 sq., liste des abbés, prieurs et chanoines; m, 53 sq., acte de vente de Frocourt à Morimond; iv, 198 sq., droits seigneuriaux de l'abbé I sur le village de Chaumouzey; vu, .326 sq., ordination de j P. Fourier. — Calmet, Hist. de Lorraine, passim. — Gall. j clu-ist., xiii, 1419 sq. — Wiederhold, Papsturkunden, i, I passim. — A. Thévenot, Notice topogr., statistique et liist. ■ sur Chaumouzey, dans Annales de la Soc. d'émul. des Vosges, j Lxv, 1889, p. 1-112. — A. Philippe, Les chartes-parties des I archives départ, des Vosges, dans Bull, philol. et hist. du I comité des travaux hist. et scientifiques, 1921, p. 153-209. j — Pour plus de détails bibliographiques, Cottineau, i, 747 j et A. Philippe, Inventaire sommaire, p. vu.
Ch. Dereine.
CHAUNY (Notre-Dame de), Calniacum, puis S.- É loi- Fontaine, S. Eligii Fons, comm. de Commenchon, arr. de Laon (Aisne), dioc. de Noyon, auj. de Soissons, sur la rive droite de l'Oise. L'ancienne collégiale Notre-Dame de Chauny, fondée probablement par la famille de Vermandois, n'entre dans l'histoire qu'au moment où, vers 1130, les chanoines adoptent la règle de S. Augustin et s'affilient à la congrégation d'Arrouaise, dans laquelle ils occupent la cinquième place. Le premier abbé, Baudouin, abandonne rapidement sa communauté pour prendre la tête de la réforme à Notre-Dame de Chàtillon-sur-Seine, au