X. W. Mevsztowicz
CHELMICKI (Sigismond), protonotaire apostolique, écrivain, orateur, f 1922. Originaire de vieille noblesse de la province polonaise de Masovie, il naquit à 1 Varsovie en 1851. Il étudia successivement à Chelmno, à Plock et à la faculté de théologie catholique de Miinster en Westphalie. Rentré en Pologne, il devint vicaire à la cathédrale de Plock, puis recteur de l'église du S. -Esprit à Varsovie; il organisa de nombreuses œuvres d'assistance et se distingua par ses talents oratoires. Il fonda à Zielonka, près de Varsovie, un hospice pour institutrices en retraite, puis coopéra en 1882 à la fondation des caisses ouvrières. Il entreprit un voyage au Brésil pour se rendre compte personnellement du sort des émigrants polonais et s'appliqua, après son retour, à améliorer leur condition ou à aider bon nombre d'entre eux à rentrer dans leur pays. Il publia les impressions de son voyage, Brazilii, notatki z podrozy (Varsovie, 1892, 2 vol.). Il fut chanoine de Varsovie (1903), juge suppléant de l'oflicialité métropolitaine (1909), prélat du chapitre (1914) et protonotaire apostolique (1920). Par contre il refusa de devenir métropolitain de Mohylew ou archevêque de Varsovie.
Chelmicki publia une collection considérable d'ouvrages variés, groupés sous le nom de Bibliothèque d'ouvrages chrétiens, comptant 172 volumes; à côté
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d'une encyclopédie catholique, on y trouve un certain nombre de traductions d'oeuvres importantes, telles l'Hist. ecclésiastique de Hergenrother, l'Apologétique de Schanz, ou de travaux de P. Allard, de P. Batifïol, de E. Hello..., et nombre d'ouvrages originaux polonais.
Il publia, en outre, Nasi nowi biskupi, ouvrage sur l'épiscopat polonais (Varsovie, 1888), Opowiadanie (Varsovie, 1897), ainsi que de nombreux articles dans la Podreczna encyklopedja katolicka et deux ouvrages d'exégèse.
Il fut aussi mêlé à la politique. Avant la guerre de 1914-18, il fit partie du groupe politique, dit réaliste, prônant une attitude loyale envers le gouvernement russe, quitte à en obtenir le respect des quelques libertés restées aux Polonais sujets de l'Empire russe. Il maintint cette attitude après la déclaration de guerre en 1914. Cependant, après l'occupation de la Pologne russe par les armées allemandes, il se décida à prendre une part active dans le gouvernement de l'État polonais restauré par l'acte du 5 nov. 1916 de Guillaume II : il devint en fait chancelier du Conseil de régence placé à la tête de cet État. Au lendemain de l'armistice, son rôle politique prit fin. Il se confina dès lors dans les travaux de la curie métropolitaine de Varsovie et mourut le 3 juill. 1922.
Wiadomosci archidiecezjalne warszawskie, 1922, n. 8. — A. Szlagowski, Mowg narodowe, Poznan, 1924. — Kurier Warszawski, du 4 julU. 1922. — Z. Ch. Godlewski, dans Polski Slownik biograftczny, m, Cracovie, 1937, p. 277-78.
J. OSTROWSKI
CHELMNO, Culma, ville de Pologne, au palatinat de Pomorze (Poméranie), située sur les collines de la rive gauche de la Vistule, d'où le nom (chelm, « monceau »). 12 800 habitants, 10 652 catholiques (1938). Titre d'un diocèse catholique du même nom (résidence de l'évêque : Pelplin). District et décanat (« vicairie foraine »).
I. Histoire de la province. — La terre de Chelmno proprement dite se trouve sur la rive droite de la Vistule, entre les fleuves Ossa au Nord, et Drweca au Sud; elle touche à la région lacustre de la Prusse orientale, où ces fleuves ont leur source. Elle comprend, à part la ville de Chelmno, les villes de Grudziadz, Wabrzezno, Brodnica, Chelmza et Torun. Elle forme la partie centrale du diocèse, qui occupe actuellement un territoire beaucoup plus vaste (v. carte). Cette région entre dans l'histoire avec le document de Mieszko I", Dagome iudex (985-92), étant comprise dans les frontières des terres de ce prince; elles touchaient ici ad fines Bruzze, « aux confins de la Prusse ». Dans les temps préhistoriques, autant que les fouilles le démontrent, la région fut habitée par des Slaves, et avant eux par des peuples de la civilisation « de Lusace ».
La Prusse, pays limitrophe de la terre de Chelmno, appartenait jusqu'au xiii« s. aux Borusses, Pruthènes ou Prussiens, peuple du groupe ethnique letto-lithuanien. Après le baptême de la Pologne, les Pruthènes devaient rester païens encore pendant trois siècles. Les missions chrétiennes qui y allaient de Pologne finissaient par le martyre des missionnaires (S. Adalbert, t 997; S. Brunon (Boniface), t 1009; v. ces noms). La défense des terres polonaises devant les incursions prussiennes fut, pour les rois de Pologne, et surtout pour les ducs de Masovie, un problème constant jusqu'au XIII» s. La terre de Chelmîio avec ses nombreuses places fortes faisait partie du duché de Masovie et était au centre du système de défense de la Pologne contre les invasions des barbares de la Prusse.
L'immense puissance, créée par Gengis-Khan en Asie centrale, eut une part décisive dans l'histoire du pays. La défaite que les Tatars infligèrent en 1224 sur
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la Kalka aux princes Rurikides du florissant État varégo-ruthène de Kiev ouvrait les yeux des princes polonais sur le nouveau danger qui les menaçait du côté oriental. En 1226, deux ans après la bataille de Kalka, Conrad de Masovie faisait venir en Pologne l'ordre militaire teutonique de Ste-Marie de Jérusalem qui, après s'être retiré de Terre sainte, restait à Venise, avec le grand maître Herman von Salza, sous la protection de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen.
Conrad leur donnait en fief provisoire la terre de Chelmno, avec l'obligation de défendre les chrétiens devant les invasions des Prussiens; il espérait ainsi avoir le flanc couvert pour l'heure de l'invasion mongole, qui ne tarda pas (1240). L'ordre teutonique extermina en peu d'années les Prussiens et établit sa domination sur leurs terres; rien ne restait de ces anciennes tribus, sauf le nom de Prusse. Les terres de la Prusse conquise devinrent domaine de l'ordre. Celui-ci s'étendit encore sur les rivages de la Baltique, après s'être, en 1237, uni avec les chevaliers Porteglaives qui dominaient la Livonie. L'ordre conquit aussi bientôt des terres appartenant aux ducs de Poméranie, avec la ville de Szczecin (Stettin). Les chevaliers voulurent se libérer de la souveraineté polonaise, fondée sur la donation de Conrad. L'ordre lutta contre la Pologne; en 1410 il fut battu à Grûnwald; malgré cela, la terre de Chelmno ne revint définitivement à la Pologne que par le deuxième traité de Torun, en 1466. En cette même année, Casimir Jagellon y créa un palatinat (qu'il donna à Augustin do Scheve); il renouvela aussi, avant 1476, l'ancienne castellanie. La terre de Chelmno tomba encore une fois, au xix« s., sous la domination étrangère, à l'époque des partages de la Pologne; attribuée par le Congrès de Vienne (1815) à la Prusse, la province, revint à la Pologne par le traité de Versailles (1919), Pendant la seconde guerre mondiale elle fut ravagée par une invasion hitlérienne (1939-44).
II. Histoire de la ville. — Chelmno, selon la tradition historique, aurait déjà existé au x= s. Elle fut, en 1139, le siège d'un castellan. En 1207, Leszek le Blanc la céda à son frère, Conrad, duc de Masovie, qui en fit, depuis 1226, la résidence de l'ordre teutonique de Ste-Marie de Jérusalem. Au cours des invasions des païens, prise et incendiée plusieurs fois aux xii« et xiii« s., elle fut reconstruite en 1253. Le siège des grands maîtres de l'ordre fut transféré en 1309 à Malborg (Marienburg). Chelmno fit partie de la Hanse, se gouvernant selon des lois propres (lus Culmense). Délivrée de l'oppression de l'ordre teutonique en 1410, elle fut reprise par les chevaliers en 1457 et revint définitivement à la Pologne en 1466 par la seconde paix de Torun. Dès lors elle fut le siège d'un palatinat et d'une castellanie du même nom. Alexandre Jagellon céda ses droits sur la ville à l'évêque de Chelmno (1505). La ville fut prise et incendiée par les Suédois en 1655. Occupée par le roi de Prusse en 1772, elle revint en 1807 au duché de Varsovie. Depuis le traité de Vienne jusqu'à la première guerre mondiale elle appartint à la Prusse (1815-1918).
La ville donna son nom au diocèse; pourtant depuisj 1243 elle n'en est pas le siège.
Chelmno comptait, en 1928, 12 744 habitants. L'ancienne cathédrale, actuellement église paroissiale, datant du xiii« s., est gothique; elle est dédiée à l'Assomption de la Ste Vierge. L'hôtel de ville (xvi« s.) et les remparts (xiii« s.) sont les principaux monuments de la ville.
III. L'ÉvÊcHÉ de Chelmno. — 1" Les origines. — La terre de Chelmno a-t-elle appartenu, depuis les origines du christianisme en Pologne, à l'évôché
CHELMNO
fondé en 966 par Mieszko l" (ou par son fils Boleslas I»' vers l'an 1000) à Kolobrzeg (plus tard Wolin et Kamien)? Appartenait-elle au diocèse de Plock? Ou bien faut-il croire Dlugosz, qui fait remonter les origines de l'évêché de Chelmno à 966, en faisant délimiter ce diocèse la même année par le légat Yves? Comme pour tous les autres diocèses de l'archevêché de Gniezno, il nous dit le titre de l'église cathédrale : la Ste-Croix, et le nom de l'évêque : Octavianus; il connaît aussi le nom de l'évêque de Chelmno en 1070 : Martin. On est beaucoup moins enclin de nos jours à rejeter le témoignage de Dlugosz, qu'on ne l'était vers la fin du siècle dernier, quand l'école de la critique allemande dominait pleinement. Dlugosz avait certainement connu des documents qui, comme tant d'autres en Pologne, ont disparu depuis lors ; la question du catalogue des évêques de Chelmno, dont on retrouve des traces chez Nakielski et Miechovita et où serait mentionné un Hippolyte, Romain, évêque de Chelmno en 1180, mériterait une étude plus approfondie; de même la bulle Sacrosancta d'Innocent II, de 1133, dont on a mis en question l'authenticité et où le nom de l'évêché Pomerana est cité à côté de tous les évêchés avoisinant celui de Chelmno, de sorte qu'on n'en trouve aucun autre à qui on pourrait l'attribuer. Mais, même si on admettait que le diocèse ait existé avant 1243, il est certain que des interruptions, dues aux invasions païennes, aux xi» et XII* s., ont eu lieu. Innocent IV confiait à son légat Guillaume de Modène la tâche de délimiter les diocèses dans les terres de l'ordre teutonique, en 1243. L'étude attentive de cet acte nous laisse perplexes quant au fond, s'il marque, comme on l'a cru, la constitution d'un nouveau diocèse à Chelmno. Il n'y a évidemment aucun doute sur le fait que les limites de ce diocèse ont été alors tracées à nouveau. Mais les textes ne nous offrent pas de données assez sûres pour rejeter complètement la thèse traditionnelle des historiens polonais avant le xix« s. Selon cette tradition, Christian, moine cistercien de Lekno, aurait été évêque de Chelmno depuis 1222, par nomination de Leszek, prince de Pologne, et de Conrad, duc de Masovie, ce qui ne serait aucunement en contradiction avec la nomination, antérieure peut-être à cette date, du même Christian au titre d'évèque (« missionnaire ») pour la Prusse encore païenne.
Quoi qu'il en soit des antécédents du diocèse de Chelmno, la liste incontestable des évêques, selon Gams et Eubel, commence en 1243 par Henri, de l'ordre des Frères Prêcheurs.
2" Le siège de l'évêché a-t-il jamais été à Chelmno? Ce ne pourrait être qu'avant 1243; depuis cette date les évêques ont eu leur siège à Chelmza jusqu'à 1824, année où leur résidence fut transférée à Pelplin, qui est encore la leur.
3° L'organisation métropolitaine. — • Le diocèse appartint depuis sa création à l'archevêché de Gniezno. En 1255, l'ordre teutonique obtint la sujétion des évêques de Chelmno à l'archevêché de Riga, créé depuis peu; après une longue contestation, l'évêché resta définitivement à l'archevêché de Gniezno par le traité de Torun de 1466 (celui de Riga cessait d'exister en 1566), et il est de ce ressort actuellement.
4" Les limites du diocèse, qui auraient été établies au x« s. par le légat Yves, ne sont pas connues; depuis le xiii« s., elles sont identiques à celles de la donation conradienne, entre la Vistule, la Ossa et la Drweca, et restent telles jusqu'à 1601 ; à cette date, Clément VIII adjoint à Chelmno ce qui reste du diocèse de Pomésanie : l'autre fragment, qui après 1466 était demeuré à l'ordre teutonique, était passé en 1525 au protestantisme avec l'évêque Erhard von Quels. Au xix's., sous la domination de la Prusse (1821; bulle De sa-
lute animarum), l'évêché s'étendit sur la rive gauche de la Vistule : la ville de Dantzig y était comprise, La dernière délimitation fut faite en 1925 par la bulle Vixdum Poloniae unitas, d'après laquelle le diocèse est compris entre la mer, les frontières que la Pologne avait à cette époque avec le Reich, et la ville de Dantzig; au Sud, il touche à l'archidiocèse de Gniezno, au diocèse de Vladislavie et à celui de Plock.
Le diocèse s'étend actuellement sur 16 582 km''.
5" Les évêques. — Nous avons déjà signalé les informations qui existent sur les évêques de Chelmno avant 1243, et nous avons vu combien elles sont fragmentaires, à cause de lacunes dans les archives du pays ravagé par les invasions. Après 1243 et jusqu'à 1466 les évêques de Chelmno étaient choisis de préférence parmi les prêtres membres de l'ordre teutonique : sur 19 évêques, 7 au moins (et peut-être 10) y étaient affiliés; il y eut aussi 4 dominicains.
L'évêque Henryk de Chelmno avait couronné, par ordre d'Innocent IV, en 1253, Mindove (Mendog, Mindaugas), roi de Lithuanie, qui s'était converti. Cette conversion aurait été une gloire pour l'ordre teutonique, si une réaction païenne, provoquée par l'oppression de la part des chevaliers, n'avait bientôt eu lieu en Lithuanie. Il fallut attendre encore plus d'un siècle pour que le pays, dernier refuge du paganisme en Europe, devînt catholique, grâce à Jagellon et à Hedvige d'Anjou, reine de Pologne. Pourtant la question du couronnement du grand-duc Witold, en 1430, fut l'objet d'une correspondance entre Martin V, Jagellon et Jan Marcaenaro (Margenau), alors évêque de Chelmno.
Le plus célèbre des évêques de l'époque teutonique fut incontestablement Jan, dit Kropidlo, « le goupillon », des princes de Opole, de la maison des Piast, élève de l'université de Bologne, qui, après une carrière ecclésiastique orageuse, ayant été successivement évêque de Poznan, de Vladislavie, promu par Urbain VI au siège archiépiscopal de Gniezno, qu'il ne put obtenir à cause de l'opposition du roi et du chapitre, ensuite évêque de Kamien, puis de Chelmno, mourut enfin comme évêque, pour la seconde fois, de Vladislavie.
L'évêque Arnold (1402-16) célébra un synode.
Depuis le retour de la terre de Chelmno à la Pologne en 1466, les évêques de Chelmno prennent le neuvième siège au Sénat polonais; après l'entrée au Sénat des évêques lithuaniens en 1569, leur siège est le douzième : ils cèdent le pas aux évêques de Przemysl, et passent devant ceux de Ghelm. Cette qualité de sénateur leur reste jusqu'à 1795. Le siège sénatorial détermine en grande partie l'activité des évêques qui dorénavant, jusqu'au xix« s., s'occuperont autant des affaires de l'État que de celles du diocèse.
La chancellerie de la couronne fut souvent confiée aux évêques de Chelmno : Jedrzej Leszczynski, Andrzej Zaluski furent grands chanceliers; Piotr Tylicki, Wawrzyniec Gebicki, Jedrzej Olszowski, Jan Malachowski, Jan Alten-Bokum, vice-chanceliers. Parmi eux, Olszowski, principal auteur des élections royales de Michel Korybut et de Jean III Sobieski, est peut-être le plus remarquable; il fut, depuis 1674, archevêque de Gniezno et primat de Pologne.
Parmi les autres évêques qui méritent une mention spéciale, notons ici Jan Dantyszek (dit Dantiscus, Linodesmon, a Curiis, von Hoeffen), humaniste et poète latin distingué (1485-1548), homme d'État et diplomate au service de Sigismond de Pologne, connu à toutes les cours de l'Europe, surtout à celle de Charles V. Il fut nommé par le roi et pourvu d'une provision papale pour Chelmno en 1530, ordonné prêtre et sacré en 1533, nommé au diocèse de Warmie en 1538. Il fut un des grands adversaires du luthéra-
CHELMNO
nisme; beaucoup de ses poésies sont d'inspiration religieuse. Stanislaw Hoziusz (Hosiusj (1504-79), dont Cracovie et Wilno se disputent la naissance et qui commença aussi sa carrière comme secrétaire du même roi Sigismond I", fut un des grands diplomates de Sigismond et de son fils Sigismond-Auguste; il devint cardinal en 1561, légat président du concile de Trente; homme de grande piété, théologien remar-
Mgr Okoniewski, historien distingué, qui mourut en exil au cours de la dernière guerre, en 1944. L'évêque actuel, Mgr Kazimierz Kowalski, a été nommé en 1946.
6° Le chapitre de Chelmno a-t-il existé avant 1251? L'acte de l'évêque Henryk, O. P., du 22 juill., est-il une fondation, ou une rénovation d'un chapitre plus ancien? En tout cas, depuis cet acte, le chapitre suivait la règle des chanoines réguliers de S. Augustin.