CHER
TSEY
ter, Pershore, Winchcombe et Bath (Vita Wulfstani). Il semble que l'abbaye ait prétendu à une dépendance directe de Rome, au moins en une certaine mesure : en 1192 elle figure sur la liste de Censius comme acquittant une taxe au S. -Siège, et en plusieurs cas elle porta ses litiges devant la Cour de Rome, pour bientôt y renoncer d'ailleurs en raison des frais trop élevés. Dans la première moitié du xii« s. elle avait essayé de revendiquer les droits de l'exemption, mais dans l'impossibilité de produire une bulle pontificale d'authenticité certaine, elle avait renoncé à poursuivre son dessein.
Au xiii"^ s., elle fonde un prieuré ou celle à Cardigan, sur des terres qui lui ont été données par un seigneur du Pays de Galles et qu'elle gardera jusqu'à la suppression. A la fin du même siècle, la Taxalio Nicholai papae estime à £ 135.19.8 les revenus que l'abbaye tire de ses manoirs, à quoi il faut ajouter £ 15 provenant d'églises situées à Londres ou dans le diocèse de Salisbury.
Dès cette époque Chertsey connaît la gêne financière : c'est d'ailleurs un fait général que l'appauvrissement des maisons religieuses durant les trois siècles qui précédèrent la Réforme. Les raisons de cette gêne sont très diverses : les charges d'hospitalité deviennent plus onéreuses, l'entretien ou la réparation des bâtiments absorbe une grande partie des revenus, les terres rapportent moins, soit en raison des intempéries, soit surtout à cause du manque de main-d'œuvre à la suite de grandes calamités publiques et notamment des épidémies. Comme de nombreux autres monastères, Chertsey cherche à remédier à sa pénurie par des appropriations d'églises : on connaît des négociations menées dans ce dessein en 1292 (église de Bookham), en 1313 (Horley et Epsom), 1348 (White Waltham), 1380 (Ewell), en 1422 (Stanwell, confirmée en 1433 par Henri VI); et plus tard encore Édouard IV accordera l'église de S. -André de Cobham. Un inventaire dressé en 1402 par ordre de l'archevêque de Cantorbéry durant la vacance du siège de Winchester montre qu'en plus de ce que lui rapportaient ces églises le monastère recevait diverses pensions de plusieurs autres, ou de cures et de prieurés.
La longue administration de l'abbé John de Rutherwyck (1307-46) marque une période de prospérité au moins relative pour l'abbaye. Cet abbé se montra diligent dans la gérance des biens monastiques, augmenta le rendement des domaines, obtint du roi des remises de dettes, orna son église. Deux chapellenies furent fondées en celle-ci en 1318 : d'abord à la charge des moines, elles furent bientôt confiées à deux prêtres séculiers pensionnés par l'abbaye. En 1342, John obtint une importante concession royale aux termes de laquelle, en cas de vacance de l'abbatiat, le prieur et le convent conserveraient la garde et l'administration du temporel moyennant versement d'une somme de 50 marcs à la Couronne pour chaque période de quatre mois ou fraction de quatre mois que durerait la vacance. — Un siècle plus tard une certaine agitation règne à l'abbaye : à la suite d'une visite canonique par William Wroughton, moine de Winchester mandaté par l'évêque diocésain, l'abbé Thomas Angewyn accusé de dilapidation dut démissionner vers 1461, et le visiteur fut élu à sa place; mais trois ans après, en 1464, celui-ci est à son tour déposé, et si Thomas est réélu, il ne peut reprendre possession de son siège, l'évêque ayant cassé l'élection pour vice de forme et nommé John May. C'est durant l'abbatiat de ce dernier qu'on amena à Chertsey, pour les y ensevelir, les restes de Henri VI quelques jours après son assassinat en mai 1471 : ils devaient y rester jusqu'à 1504, année où Henri VIII les fit transférer à Windsor.
Les visites canoniques dont les procès-verbaux ont
été conservés ne révèlent que très peu de chose sur les observances monastiques; on peut dire en général que les moines étaient fidèles à leur vocation. En avr. 1501 la visite accomplie par le commissaire du prieur de Christ Church de Cantorbéry, les sièges de Cantorbéry et de Winchester étant vacants, semble révéler que l'abbaye était alors endettée, quoiqu'on ne puisse évaluer l'importance de ses dettes.
Quelques années avant la suppression, l'évêque de Winchester et Sir William Fitzwilliam, commissaires du roi Henri VIII, accomplissent la visite canonique et ne trouvent rien à amender. Sur quoi le Dr Leigh, commissaire de Cromwell, élève des protestations et porte de graves accusations contre plusieurs moines de Chertsey.
Lorsque, par acte du 5 juill. 1537, Henri VIII fit de l'ancien prieuré augustinien de Bisham (Berkshire) une nouvelle fondation, l'abbé et les moines de Chertsey furent choisis pour en former la communauté. Le 6 juill., l'abbé, le prieur et treize moines signèrent l'acte de reddition de l'abbaye de Chertsey à la Couronne, leur intention expresse étant de continuer ailleurs leur vie régulière. En fait ils prirent possession de Bisham le 18 déc. 1537; mais six mois plus tard, le 19 juin 1538, l'abbé dut rendre son monastère; le commissaire de Cromwell, Richard Layton, donne de la situation un état assez peu reluisant : pauvreté extrême, la maison n'ayant pas existé assez longtemps pour percevoir ses revenus et rentrer des récoltes; dilapidations par l'abbé, dépeint comme « un homme très simple, et les moines, hommes de peu de savoir et de discrétion moindre » : l'histoire du loup et de l'agneau!
Le Valor ecclesiasticus dressé sur l'ordre de Henri VIII en 1535 estimait les revenus nets annuels de l'abbaye de Chertsey à £ 659.15.8 3/4. Après la suppression le domaine de l'abbaye fut adjugé à Sir William Fitzwilliam; il ne reste plus actuellement des bâtiments que quelques ruines informes.
Liste des abbés : Trois noms seulement nous sont connus pour les premiers siècles de l'abbaye : Erconwald, 666; Ceonod, cité en 787; Beocca, ix« s. Après la restauration : Ordbricht, 964; Daniel, vers 1025; Siward, qui devint év. de Rochester en 1058; Wulfwold, cité en 1072, f 1084; Odo, 1084, déposé en 1092 et remplacé par l'agent de Guillaume Le Roux, Raoul Flambart, puis rétabli en 1100; William, 1106; Hugh, 1107; Daniel; Aymer, 1166; Bertan; Martin, 1197; Adam, vers 1206; Alan, 1223; John de Medmenham, 1261-70; Bartholomew de Winton, 1270- 1307 ; John de Rutherwyck, 1307-46 ; John de Benham, 1346-61; William de Clyve, 1361-70; John de Uske, 1370-1400; Thomas de Culverdone, 1400-19; John de Hermondesworth, 1419-58; Thomas Angewyn, 1458, déposé en 1461, réélu en 1464; William Wroughton, 1461-64; John May, 1464-79; John Peket, ou Pigot, 1479-1504; John Parker, 1504-29; John Cordrey, 1529, rendit son abbaye en 1537 et fut six mois abbé de Bisham.
Le cartulaire de Chertsey est conservé au British Muséum, ms. Cott. Vitel. A. XIII; on trouvera la nomenclature des actes qu'il contient dans Dugdale, Monasticon Anglicanum, p. 425, n. o, avec un certain nombre d'extrait» (ibid., 426-34). 11 faut noter que les plus anciens actes de ce cartulaire semblent avoir été remaniés au xm" s. — - Le registre des transactions de l'abbé John de Rutherwj'ck est également au B. M., ms. Lansdowne, 448. — Voir les registres des évêques de Winchester, notamment ceux de l'évêque Wykeham et de .John de Sandale et Rigaud de Asserio, publiés par la Hampshire Record Society. — On trouvera de plus quelques renseignements dans les volumes suivants des Rolls Séries : Anglo-Saxon Ciironicle, éd. B. Thorpe, 1861 ; Chronicon monasterii de Abingdon, éd. J. Stevenson, 1858; Annales monastici, i-iii, éd. H. R. Luard, 1864-66; et dans Documents illiistrating the activities of the General and Provincial Cliapters of the Englisli Black Monks,