CHESTER
et, le 6 mars 1093, devenir archevêque de Cantorbéry. Il ne se désintéressa pas de sa fondation, et trois lettres au moins témoignent de sa sollicitude {Episl., m, 34, 49, 50). On ne possède pas l'acte authentique de la fondation; le document qu'on donne habituellement pour tel ne peut être qu'une confirmation postérieure de quelques années. Les domaines nouveaux octroyés par le comte et ses barons doublaient à peu près les possessions de l'ancienne collégiale; il est prévu que toutes les prébendes des chanoines reviendront à l'abbaye à la mort de chacun; les libertés accordées à Ste-Werburge sur tous ses domaines sont si absolues qu'il ne sera pas possible d'y ajouter par la suite. Il est déclaré que l'abbaye ne sera soumise à aucune autre; et la seule compensation qu'on attend des moines, ce sont leurs prières et leurs bonnes œuvres. Le comte Hugues mourut le 27 juill. 1101 : trois jours auparavant il avait fait profession monastique (Orderic Vital, Hisl. eccl., iv, 111). Son fils Richard n'avait que sept ans. Les relations de ce dernier avec l'abbaye ne semblent pas avoir été aussi cordiales : d'après une tradition tardive, il aurait voulu lui reprendre un manoir important. Lorsque l'abbé Richard mourut en 1117, il ne lui donna pas de successeur : l'abbaye fut administrée par le prieur Robert. William, le second abbé, ne fut nommé qu'en 1121, par Raoul Meschin qui venait de succéder dans le comté à son cousin Richard. Raoul l" fit transférer au chapitre le corps du fondateur, le comte Hugues : ce qui semble indiquer que les constructions entreprises par ce dernier étaient alors, sinon entièrement achevées, du moins suffisamment avancées (Cartulaire, n. 6, p. 47). Le successeur de Meschin, Raoul II de Gernons, se montra d'abord généreux envers l'abbaye, mais il semble qu'il lui ait repris certaines possessions pour en gratifier d'autres maisons : il en fit amende honorable à son lit de mort (1153). Ce ne sont pas les seuls cas où les biens du monastère furent revendiqués par d'autres : à plusieurs reprises, au xiii« s. notamment, l'abbé de Ste-Werburge devra faire valoir en justice, et non sans pertes, les droits de sa maison sur des domaines que lui avaient jadis octroyés tel ou tel seigneur, et que leurs descendants cherchaient à récupérer.
Parmi les privilèges dont jouissait l'abbaye, notons celui de la foire de Ste-Werburge, les 20-22 juin, avec tous profits et juridiction complète durant ces trois jours {Cartulaire, n. 11, 12), et un droit de chasse dans tout le comté; un bateau armé de dix filets avait aussi été donné à l'abbaye pour la pêche en mer. La part la plus considérable des revenus de l'abbaye provenait de ses terres, et aussi de dîmes importantes et d'assez nombreuses églises. Durant le xiii« s. elle obtint plusieurs appropriations au sujet desquelles le cartulaire conserve diverses réglementations. La plus ancienne bulle pontificale en faveur de l'abbaye est de Clément III (1188-91) : entre autres dispositions, elle règle les rapports avec l'évêque diocésain pour ce qui concerne la nomination aux cures dépendant de Ste- Werburge; elle accorde sous les conditions usuelles le privilège de la célébration de l'office divin même en temps d'interdit général, le droit de donner sépulture dans le monastère à ceux qui en auront exprimé la volonté, et le droit de libre élection de l'abbé avec faculté d'inviter pour sa bénédiction l'évêque que l'on préférera. D'autres documents pontificaux émanant des papes Honorius III, Alexandre III et IV, Grégoire IX, Nicolas m ou IV, Martin IV, marquent leur sollicitude envers l'abbaye, tandis que l'archevêque de Cantorbéry, l'évêque de Worcester, d'autres encore, confirment les droits de Ste-Werburge dans leurs diocèses respectifs; de son côté l'évêque de Lichfield- Coventry s'intéresse à elle, et règle par ex. les rela-
DICT. n'HIST. ET de GÉOGR. ECCLÉS.
H. — XH. - 21