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C H ESTER

lions du monastère et des fidèles pour lesquels a été érigée, dans l'église abbatiale, la chapelle de S.- Oswald (Cartulaire, n. 75). Il n'y eut pas, avant Henri VIII, d'évéché à Ghester, bien que certains évêques de Lichfield et Coventry en aient assumé le titre. La collégiale S. -Jean, antérieure à l'arrivée des Normands, et qui avait un chapitre composé d'un doyen et de sept chanoines, leur servait de cathédrale (cf. A. H. Thompson, The English Clergy and their organization in the later M. A., Oxford, 1947, p. 79). Au xii« s., le pape Alexandre III avait confirmé à l'abbé de Ste-Werburge l'usage de la crosse et de l'anneau et le droit de bénir les ornements sacrés (Cartulaire, n. 67); en 1345 l'abbé William de Bebyngton obtenait l'usage de la mitre et l'exemption pour son monastère des visites épiscopales. Son successeur Richard Sainsbury se réclama de cette exemption en 1362 lorsque, sur mandat de l'abbé d'Evesham, l'abbé et le sous-prieur de S.-Albans, assistés du prieur de Coventry, se présentèrent pour la visite canonique : Richard démissionna entre les mains du pape Urbain V qui, après enquête, accepta et nomma le successeur. L'usage des pontificalia fut également cause de difficultés entre l'évêque de Coventry et l'abbé de Ste-Werburge : en 1516 l'archevêque d'York reçut de Rome mission d'enquêter sur place et de terminer le différend.

Comme beaucoup d'autres monastères anglais, Ste- Werburge jouissait du droit d'asile. De plus, l'abbé était investi de certains droits seigneuriaux. Il tenait sa propre cour, à laquelle tous les gens dépendant de l'abbaye étaient tenus de porter leurs causes. Pour donner l'exemple, Raoul Meschin lui-même y porta un jour une affaire et accepta le jugement de la cour abbatiale. Au xiv« s., quelques excès de juridiction donnèrent lieu à une intervention du gouvernement; au début du xvi« s., la justice de l'abbé fut limitée aux suppôts et tenanciers du monastère et aux délits commis dans son enceinte.

Au xiii« s., la guerre des Barons créa des ennuis à l'abbaye. Dès l'abbatiat de Geoffrey, celle-ci perdit une importante cure et deux manoirs envahis par les Gallois. En 1264, des dépendances de l'abbaye furent détruites pour faciliter la mise en défense de la ville contre une attaque possible des barons et des Gallois; le justicier Sir William de la Zouche se montra d'ailleurs si arrogant que la ville fut soumise à l'interdit quatre jours durant. L'année suivante, Simon de Whitchurch fut élu abbé et reconnu par Simon de Montfort, qui occupait alors la ville : lorsque le prince Édouard reprit celle-ci, l'abbé dut user de diplomatie pour se faire accepter de lui. Le 26 mai 1283, le prince devenu roi célébra à Ste-Werburge sa victoire sur les Gallois. A d'autres époques l'abbaye eut encore à souffrir des événements politiques : ainsi sous l'abbatiat de Henri de Sutton elle fut attaquée et pillée pendant quatre jours par Sir Baldwyn de Radyngton, l'un des lieutenants du roi Richard; en 1399, le même abbé fut autorisé à fortifier trois de ses principaux manoirs.

On ne connaît pas le nombre exact des moines de l'abbaye de Chester aux diverses époques de son existence : au milieu du xiii« s., il fut élevé à 40 (Cartulaire, n. 415); du fait que les stalles de la fin du xv« s. comptaient 48 sièges on peut induire que ce nombre ne changea pas beaucoup. En 1185, Ste-Werburge avait pu envoyer une colonie en Irlande pour former le chapitre cathédral de Downpatrick, évêché nouvellement fondé.

On conserve un coutumier liturgique de l'abbaye Ste-Werburge, plus ou moins apparenté à ceux du Bec, de Dijon et de Cluny. Il a été publié par dom Bruno Albers, sous le titre Consueiudinarius offlcii

divini in monasterio Cystrensi, dans Consuetudines monasticae, iv, Mont-Cassin, 1911, p. 195-219. Le manuscrit, qui fut un temps la propriété de Sir Thomas Phillipps, se trouve actuellement (ou se trouvait avant la récente guerre) à la bibliothèque royale de Berlin,

Dans le domaine des lettres, sans faire grande figure, Ste-Werburge compte quelques représentants. Vers 1195, un moine du nom de Lucien écrivit un livre. De laude Cestrie; on ne sait d'ailleurs rien de plus sur ce religieux. — On possède également des Annales Cestrienses, ou chronique de Ste-Werburge, allant depuis l'Incarnation jusqu'à 1297 : dans la forme où elles ont été conservées, elles remontent à l'abbatiat de Simon de Whitchurch ou de son successeur; elles semblent avoir eu pour base des annales apportées du Bec par les premiers moines. — Vient ensuite Ranulf Higden, profès en 1299, f le 12 mars 1363-64 : il est l'auteur d'un Polychronicon ou histoire universelle dont l'intérêt principal est, aujourd'hui, de montrer l'étendue des connaissances géographiques et historiques dans les monastères de cette époque. Cet ouvrage eut un succès remarquable jusqu'à la Réforme : il en subsiste en effet plus de cent manuscrits, et deux traductions anglaises en furent faites, l'une en 1387 par John of Trevise, imprimée en 1482, 1495 et 1527, et l'autre au siècle suivant par un anonyme. L'original latin et les deux traductions ont été édités dans la Rolls Séries par les soins des Rév. C. Babington et J. R. Lumby (1865-86, 9 vol.). Ranulf est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages conservés en manuscrits : Spéculum curatorum, composé en 1340; Ars componendi sermones; Paedagogicon grammaiices ; Distinciiones theologicae; Abbreviationes chronicorum. Baie lui attribue également une exposition sur Job, sur le Cantique des cantiques, des Sermones per annum, des Determinationes sub compendio. In liiteram calendarii, — Quant à Roger de Chester, auteur d'un Polycratica, on estime communément qu'il n'est autre que Ranulf Higden (D. N. Biogr., ix, 816-17). — Sur Henry Bradshaw, historien (t 1513), v. D. H. G. E., x, 344.

On le voit, la théologie est peu représentée dans ces ouvrages. On peut noter qu'un abbé de Ste-Werburge, William Merston, dut être déposé au bout de six mois et relégué à l'abbaye d'Evesham comme loUard et disciple de Wyclef.

Le dernier abbé de Chester, John Clark, élu en 1537, ne fit aucune difficulté pour livrer à la Couronne son abbaye avec toutes ses possessions. Leur revenu annuel était de £ 1003. 5 s. 11 d. ou, suivant un autre calcul, £ 1073. 17 s. 7 d. 3/4. L'acte de reddition est daté du 20 janv. 1539. Par lettres patentes en date du 4 août 1541, Henri VIII créait en l'ancienne abbaye Ste-Werburge un évêché : l'église devenait cathédrale, sous le vocable du Christ et de la Bse Vierge Marie ; en même temps la ville de Chester était élevée au rang de cité et séparée, avec tout son comté, du diocèse de Coventry et Lichfield; l'archidiaconé de Chester et celui de Richmond, détaché du diocèse d'York, formaient le nouveau diocèse. Celui-ci, de par la volonté du roi, devait dépendre de Cantorbéry, mais un acte du Parlement le rattacha la même année à la province d'York. Une partie des bâtiments claustraux était réservée pour servir de palais épiscopal; le reste était attribué au chapitre, composé d'un doyen (le premier fut le dernier abbé de Ste-Werburge) et de six chanoines. On trouvera la liste des évêques anglicans de Chester dans Dugdale, 377-78; Morris, 246-47; Richards, 99-100.

L'église abbatiale — la cathédrale actuelle — et les bâtiments claustraux qui subsistent pour la plus grande partie sont un mélange de plusieurs styles, où l'on reconnaît l'œuvre successive des abbés qui eurent à entreprendre des restaurations, agrandissements ou

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