CÉCILE COPPOLI
seul de fondatrice ne suffit pas à expliquer. Il est possible, probable même, que cette tombe, placée au milieu de tant de sépultures illustres, passa bientôt pour être celle d'une martyre et que l'hagiographe ne lit qu'exploiter une idée déjà répandue dans les milieux populaires. Qu'on ne s'étonne pas d'une jiareille transformation. Le titre de martyr jouissait d'un tel prestige qu'on croyait souvent ne pas pouvoir le refuser à des saints entourés d'honneurs exceptionnels, et plus d'une fois les hagiographes se sont chargés d'opérer cette sorte de promotion ou de la consacrer. » H. Delehaye, op. cit., p. 86.
L'histoire des reliques de Ste Cécile n'est pas plus claire que celle de sa depositio. Nous venons de le rappeler : le corps de Ste Cécile a commencé par être vénéré au cimetière de Calliste, et nous savons déjà qu'au cimetière de Prétextât reposaient les corps des martyrs "Valérien, Tiburce et Maxime. Or il arriva qu'au ix'' s. le pape Pascal 1"^ (817-24) voulut reconstruire l'église de Ste-Cécile qui tombait en ruines. Il désirait vivement enrichir, une fois la restauration achevée, cette église des reliques de sa patronne. Mais le bruit courait à Rome que ces reliques avaient été emportées à Pavie en 756 par le roi Astaulfe, avec beaucoup d'autres d'ailleurs, si bien que le pape renonça à des recherches qu'il jugeait inutiles. Cependant, un jour, il eut un songe : s'étant endormi au chœur par suite de sa grande fatigue, il vit Cécile lui apparaître et lui déclarer que les Lombards n'avaient pas réussi à enlever son corps, parce qu'ils ne l'avaient pas trouvé, qu'il fallait donc reprendre et poursuivre les recherches. Là-dessus, le pape Pascal I'^"' fit fouiller dans le cimetière de Prétextât; et il y trouva en effet le corps de la sainte, avec ceux de Valérien, de Tiburce, de Maxime et des papes Urbain et Lucius. Tel est, dans ses grandes lignes, le récit du Liber pontiftcalis.
Ce récit est assez extraordinaire, car on se demande comment on a pu retrouver à Prétextât un corps qui avait été été enseveli et honoré à Calliste. Les historiens ont parlé souvent d'une translation; mais cette translation est purement hypothétique et nul, dans l'antiquité, n'en a conservé le souvenir. Il n'est pas plus facile d'admettre le transfert de Cécile à Prétextât que celui de Valérien et des autres à Calliste, et c'est bien à Prétextât qu'ont été faites les recherches de Pascal. Le problème reste intact. Le R. P. Delehaye. op. cit., p. 91 sq., suppose, il est vrai, que les reliques de Ste Cécile, conservées à Calliste, auraient été réellement enlevées par Astaulfe, et que Pascal, qui savait, par les Actes, l'ensevelissement de Valérien à Prétextât, a naturellement fait des recherches dans cette catacombe. Il y a trouvé des corps saints, et il s'est imaginé que c'étaient ceux qu'il souhaitait. Cette solution reste hypothétique et elle a l'inconvénient de ruiner toute l'histoire postérieure des reliques de Cécile.
Le Liber pontiftcalis ajoute que Pascal I^'', après l'invention des restes sacrés, détacha du corps la tête de la sainte martyre et la fit placer dans un reliquaire d'argent. Sous le pape Léon IV (847-855), la tête de Ste Cécile figure au nombre des reliques conservées dans l'église des Quatre-Couronnés.
On sait qu'en 1599 le cardinal Sfondrati fit faire la reconnaissance des reliques conservées à Ste-Cécile-du- Transtévère. Les procès-verbaux de la cérémonie furent rédigés par deux témoins oculaires, Baronius et Bosio, et la statue de Maderno est censée résumer les constatations de ceux qui assistèrent à l'ouverture de la châsse. 11 faut avouer tpie de nouveau ces constatations sont assez troublantes, car les témoins de 1599 retrouvèrent un corps intact, avec la tête inclinée, tandis que, nous l'avons vu, la tête de la sainte avait été mise à part par le pape Pascal I''' et transportée
j ailleurs. D'ailleurs, la lecture des procès-verbaux j suffit à prouver qu'en réalité les témoins n'examinèrent pas les reliques avec l'attention voulue et qu'on ne ! peut s'appuyer sur leurs déclarations, en dépit de i leur apparente précision.
Concluons de tout cela que la popularité de Ste Cécile doit dater du v« s. Au sortir des persécutions, l'Église romaine ne célèbre pas encore de vierge martyre qui porte ce nom. Ni Damase, ni Ambroise, ni Jérôme, ni Prudence, si ardents à louer les saintes vierges de la capitale, ne la signalent. Au vi« s., au contraire, son culte est définitivement installé et le 22 nov. est le jour consacré à honorer sa mémoire : en 545, le pape Vigile fut enlevé ce jour-là par un officier impérial, durant la célébration de son anni- I versaire. On peut admettre que la fondatrice du iitulus Caeciliae fut transformée en martyre par la piété populaire. Encore n'y a-t-il là qu'une hypothèse.
La blbliograpliie de Ste Cécile est immense. Nous ne citerons que quelques titres : J.-B. de Rossi, Roma sotterranea, ii, p. xxxii-XLin. — Erbes, Die hl. Caecilia im Zusammenhang mit der Papstl<rypta, dans Zeitschrift fiir Kirchengescinchte, 1888, p. 1-66. — J.-P. Kirsch, Die hl. Caecilia in der roniischen Kirche, Paderborn, 1910; Id., Die rôniische Titelkirchen im Altertum, Paderborn, 1918, p. 113-16, 155, 156. — H. Quentin, Cécile (sainte), dans D.A.C. L., Il, 2712-2738. — P. Franchi de' Cavalieri, Recenti studi intorno a S. Cecilia, dans Note aijiograflche, iv, Rome, 1912, p. 3-38. — F. Lanzoni, I titoli presbiterali di Roma antica, dans Rivista di arctieologia cristiana, ii, 220-24. — H. Delehaye, Étude sur le légendier romain : les saints de novembre et de décembre, Bruxelles, 1936, p. 73 sq. Je dois beaucoup à cette dernière étude.
G. B.\RDY.
3. CÉCILE (Use). Cécile, que l'on a longtemps considérée sans preuve comme ayant appartenu à la famille romaine des CESAR INI, naquit dans les premières années du xiii'^s. Moniale de Santa Maria in lempulo (Rome), où l'on suivait la règle de S. Benoît, elle fit partie du groupe de religieuses qui, sous la direction de S. Dominique, constituèrent la communauté primitive de S. -Sixte (carême 1220). Envoyée vers 1223 au monastère de Ste-Agnès à Bologne, elle eut l'occasion d'y raconter les faits merveilleux que l'on attribuait au fondateur des Frères Prêcheurs et dont elle avait entendu parler à Rome. Quelques-uns de ces récits, plus ou moins transformés, furent consignés par écrit par sœur Angélique, et cela entre 1264 et 1288, date à laquelle Fr. Gérard d'Allemagne, de passage à Bologne, en lit faire une copie qu'il communiqua à Thierry d'Apolda (éd. I. B. Melloni, Alti e memorie delli uomini illiistri... in Bologna, ii, 1, Bologne, 1788, p. 392-403; I. Taurisano, Fontes selecti... $. Dominici, Rome [s. d.], 42-53, etc.). La Bse Cécile serait morte à Bologne, vers 1290.
B. Altaner, Der lit. Dominikus, Untersuchungen und Tex<e,Breslau,1922,p.l65-70. — I. Taurisano, Fon<essc/ecti... S. Dominici, Rome [s. d.], 38-40. — H.-Cli. Scheeben, Der hl. Dominikus, Fribourg-en-Br., 1927, p. 329-31. — D. Delalande, Fr. Dominique, père des Prêcheurs, .luvisy, 1934, p. 85-88.
M. -H. Laiirent.
4. CÉCILE COPPOLI, née à Pérouse en 1426 de la noble famille des Coppoli, reçut une éducation classique soignée. Elle fut donnée en mariage à Robert de' Signorelli, sans partager pourtant la vie commune avec celui-ci. F.n 1444 ou 1115, elle s'enfuit de la maison paternelle jiour se faire Clarisse à P'oligno. En 1448, elle fut vicaire du couvent cl, en cette qualité, envoyée à Pérouse pour reformer le monastère des clarisses. I^n 1449 elle retourna à Foligno où elle fut élue abbcsse. Six ans après, les S(rurs de Pérouse l'appelèrent pour présider leur communauté. De 1460 à 1475, elle gouverna le monastère de Foligno où,