CHIC
céder — sembla donner quelque consistance aux accusations portées contre lui à Rome, où on le représentait comme tiède, ou même hostile envers le S.-Siège.
Cette même année 1428, Martin V sollicita des subsides pour la croisade contre les hussites, et les lenteurs anglaises lui causèrent encore quelque impatience : Beaufort, nommé en 1426 cardinal et légat pour la croisade, ne put faire reconnaître son titre par les nationalistes, tel le duc de Gloucester, mais, après promesse de ne rien faire contre les libertés anglaises, fut admis à remplir sa mission; Chichele, pour qui cette mission ne faisait pas de doute, le favorisa de tout son pouvoir. Après la mort de Martin V, Chichele évita soigneusement de se mêler au mouvement conciliaire, et son attitude demeura celle d'une fidélité résolue à Eugène IV. Plutôt que par des raisons de personnes, comme d'aucuns l'ont suggéré, il semble que sa conduite ait été ici commandée par ses convictions de canoniste. Les ennuis qu'il put avoir durant les dernières années de sa vie furent de bien moindre importance : en 1438, Eugène IV ayant accordé la future succession de l'évêque d'Ely à l'archevêque de Rouen, Chichele protesta en synode provincial: la succession redoutée n'eut pas lieu, l'archevêque étant mort avant l'évêque. En 1439, l'élévation au cardinalat de l'archevêque d'York, Kemp, souleva des problèmes de préséance dans lesquels Chichele dut céder, le pape ayant décidé en faveur du cardinal.
Ce qui précède montre que, sans occuper une place prééminente dans les affaires internationales, Chichele y joua cependant un rôle non négligeable. Il nous reste à le considérer dans l'exercice de ses fonctions archiépiscopales. Sur ce terrain, nous pouvons le suivre presque pas à pas, grâce à ses archives, encore (jue ce qui en reste ne soit pas complet. Avec sa formation juridique, avec son goût de l'ordre et de la régularité, il développa et perfectionna le système administratif qu'il héritait de ses prédécesseurs. Il eut une grande influence personnelle, résidant habituellement dans son diocèse lorsqu'il n'était pas en mission diplomatique, s'occupant personnellement de nombreuses affaires, choisissant avec discernement ses divers officiers — William Lyndwood fut l'un des plus remarquables — et veillant à ce que, dans tous les litiges portés à sa cour, comme dans les nominations aux bénéfices, les droits de chacun fussent scrupuleusement sauvegardés. Même dans sa cité épiscopale où il réside souvent, sa présence est aimée. Les moines de Christ Church furent toujours en bons termes avec lui; c'est leur prieur, administrateur du diocèse en cas de vacance du siège, qu'il choisit pour vicaire général durant ses absences, et il s'assure que tous les officiers du monastère soient des hommes capables : au besoin, il fait changer tel ou tel titulaire. Les habitants de Cantorbéry, eux aussi, estiment leur archevêque; c'est à lui qu'ils vont demander le règlement des démêlés qu'ils ont avec les moines. Son zèle pour la beauté de sa cathédrale se marque surtout par la construction de la tour S.-Dunstan, solide et gracieuse. Pour les fonctions épiscopales, Chichele se fait remplacer, lorsqu'il en est besoin, par des sufTragants; mais il s'assure aussi l'aide permanente, à partir de 1420, de John Chourles, évêque de Dromore en Irlande. Dans les évêchés de sa province, Chichele exerce ses fonctions avec le même souci d'ordre et de régularité; en cas de vacance d'un siège, il nomme un administrateur, parfois par compromis avec le chapitre cathédral. Il exerce également son droit de visite, d'abord dans son propre diocèse, mais aussi dans la province : on conserve les procès-verbaux — mais parfois bien maigres — des visites des diocèses de Cantorbéry en 1415, de Rochester en 1418, de Chichester et de Salisbury en
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1423, et de Lincoln de 1424 à 1426. Gardien de la foi, Chichele fit montre d'une vigilance tempérée de miséricorde, se distinguant ainsi de son prédécesseur Arundel, plus tranchant et intransigeant. Son dessein était de persuader plutôt que de convaincre, de convertir plutôt que d'écraser. Il savait d'ailleurs, en cas d'obstination, recourir aux moyens forts. Il réclama toujours pour les tribunaux ecclésiastiques l'étude des cas douteux et au besoin les poursuites judiciaires qui en résultaient, recourant même, si cela lui paraissait nécessaire, au synode provincial.
Les fondations que fit Chichele témoignent à la fois de son zèle pour la prière et de son souci d'améliorer les conditions de vie des clercs dans les universités, ce qui en définitive revenait à assurer un front plus solide contre l'hérésie, celle des lollards en particulier. La première de ces fondations remonte à 1422 : dans sa ville natale, à Higham Ferrers, il établit un collège de huit chanoines séculiers et chapelains, huit clercs et six choristes; dédié à la B. V. Marie, à S. Thomas de Cantorbéry et à S. Édouard le Confesseur, ce collège devait assurer la prière quotidienne pour le roi et la reine, pour l'archevêque, pour leurs parents et tous les trépassés. Une école de grammaire était rattachée au collège, dont l'inauguration officielle eut lieu le 28 août 1425. Une autre fondation, à Oxford, montre le souci de Chichele de venir en aide aux réguliers : sous le patronage de N.-D. et de S. -Bernard, il créa une maison où les étudiants appartenant à l'ordre de Cîteaux pourraient se réunir et mener en commun les exercices de leur vie régulière. La troisième fondation, la plus importante et qui subsiste toujours, se fit également à Oxford, en faveur des clercs séculiers : le collège de Ail Soûls, dont l'établissement remonte à 1438. La prière quotidienne devait y être assurée pour la maison royale de Lancastre, pour les officiers et soldats tombés dans les guerres de France, pour le fondateur et les siens, et tous les fidèles trépassés. Centre d'études. Ail Soûls devait fournir à des clercs séculiers la possibilité de se perfectionner dans l'étude de la théologie et du droit. Le chiffre primitif de 20 jellows fut par la suite doublé, pour comprendre vingt-quatre " artistes » et seize « juristes ». Le fondateur voulait, par cet établissement, contribuer au relèvement de la milice cléricale en un âge de décadence. Il constitua une remarquable bibliothèque, à laquelle le roi Henri IV contribua pour une large part; on trouvera une liste de ces ouvrages, dressée peu après 1440, et publiée par E. F. Jacob, dans Bull, oj Ihe John Rylands Librarij, xvi, 1932, p. 469-81.
Vers la fin de sa vie, presque octogénaire, Chichele supplia le pape de lui permettre de démissionner, et suggéra le nom de son successeur, Stafford. Appuyant sa requête, Henry VI put parler de son laudabile et paciftcum semper regimen, de sa loyauté envers le S.- Siège, de son administration paisible et tranquille de la province. Chichele mourut le 12 avr. 1443, avant que sa démission ait pu être acceptée, et fut enseveli dans sa cathédrale, dans le chœur des moines, en un tombeau qu'il avait fait préparer dix ans plus tôt.
On ne possède pas de biographie de H. Chichele par un contemporain. La première en date est de 1617 : oeuvre de Sir Arthur Duck, elle est en latin. : VUa Ilenrici Chichele, archiepiscopi Cantuariensis, sub regibus Henrici V et VI, Oxford, J. Barnes, et fut traduite en anglais, Londres, R. Chiswell, 1699. — Les Lives of the archbishops oj Canterbury de Hook, v, 1867, p. 1-129, contiennent une Vie de Chichele qui a de la valeur (cf. E. F. Jacob, Tivo Lives of archb. Ch., dans Bull, of the J. Rylands Library, xvi, 1932, p. 428-68). —D. N. Biogr., iv, 226-31 (William Hunt). — On recourra surtout aux archives de Chichele, publiées par le Dr E. F. Jacob, autorité la plus compétente sur 1' sujet : The Register of H. Ch., archb. of Canlerbury, 1414 1443, 4 forts vol., Oxford, 1938-1947. L'étude de la vie et
fier. CHICHELK
de l'adniinistralion de Ch., qui se trouve en tête du t. i, 1943, p. X1II-CI.XXII, est vraiment complète; les nombreuses références aux documents originaux contemporains, officiels ou particuliers, dispensent d'allonger la présente bibliogr. Notons encore, du même auteur : The building o/ AU Soûls Collège, 143S-1443, dans Hisl. Essays in hon. of James Tait, Manchester, 1933, p. 121-35; Chicliele and Canterbury, dans Studies in médiéval hisl. presented lo F. M. Powicke, Oxford, 1948, p. 386-404; et un excellent résumé : H. Chichele, dans Northamptonshire pasl and présent, l, Northampton, 1948, p. 3r>-4().
H. Dauphin.
CHICH ESTER, Cisseceaster, Cycester, Cices- Ire, cité sise à 57 milles au S.-O. de I.ondres, siège d'un évêché (auj. anglican), chef-lieu du comté de Sussex.
I. Histoire. — Dès la période la plus reculée de l'histoire de l'Angleterre, les Bretons avaient un seltlemenl important dans la plaine fertile qui s'étend entre la Manche el les collines boisées du Weald, et Chichester (nous ne connaissons pas son nom breton) semble leur avoir servi de ville cantonale. Leur roi Cogidubnus s'y était établi, en tout cas, au moment de l'invasion romaine sous Aulus Plautius Silvanus (43 av. J.-C). Il n'offrit aucune résistance aux envahisseurs qui lui permirent, en récompense, de continuer à régner en suzerain sur son petit royaume. Sa ville royale — connue désormais sous son nom latin de Regnum (Regni ou, chez certains auteurs, Noviomagus) — devint un centre très actif de civilisation romaine. De nombreux restes architecturaux, artistiques et autres qui nous sont parvenus témoignent du niveau très élevé de culture qui y régna pendant les quatre siècles de la domination romaine, mais on ne trouve nulle trace d'une pénétration de la foi chrétienne à cette époque. Au départ des légionnaires romains, le pays, avec son littoral très étendu, devint une proie facile pour d'autres envahisseurs, et, dans la seconde moitié du v« s., les Saxons s'installèrent d'abord le long des côtes, puis à l'intérieur du pays. Leur roi Aelle s'empara de la ville de Regnum, lui donna le nom d'un de ses fils, Cissa — Cisseceastir (d'oîi son nom actuel) — et y établit le centre du gouvernement de son royaume, connu désormais sous le nom de Sussex (Saxons du Sud).
La foi chrétienne ne pénétra chez les habitants du Sussex que bien tardivement et presque par hasard. Ni l'œuvre d'évangélisation de S. Augustin et de ses compagnons romains dans le Kent (597), ni les labeurs de S. Birinus, l'apôtre du Wessex (634) — les deux pays limitrophes — n'ont exercé d'influence chez eux. Il y eut quelques conversions isolées : Damian, qui devint évêque de Rochester (656); le roi Aedilualch lui-même épousa une princesse chrétienne et embrassa la foi chrétienne dès 661 — mais ni l'un ni l'autre ne semblent avoir rien fait pour propager l'Évangile parmi leurs compatriotes. Bède nous signale la présence à Bosham d'un moine celte, Dicul, avec cinq ou six compagnons, puis il ajoute : Sed provincialium nullus eorum ad viiam aemulari vel praedicationem curabat audire {H. E., IV, xiii). L'évangélisation du Sussex était, en effet, réservée à S. Wilfrid. Celui-ci, expulsé de son siège d'York, vint chercher refuge dans les solitudes boisées du Weald (681). Il y prêcha la foi chrétienne. Ses labeurs furent couronnés d'un succès éclatant. La plupart des habitants reçurent le baptême de sa main et, pendant ses cinq ans d'exil parmi eux, il organisa un clergé et établit un siège épiscopal, non pas à Chichester, centre politique du pays, mais à Selsey, sur une presqu'île un peu au Sud. En 685, le Sussex fut envahi par Cadwalla, roi de Wessex, qui l'annexa à son royaume. L'année suivante, Wilfrid repartit pour son diocèse d'York et Cadwalla en profita pour rattacher tout le diocèse de Selsey au siège de Winchester. En 709 .seulement, le Sussex retrouva
CHIC H EST R H fififi
I son autonomie politique et religieuse; on rétablit le siège de Selsey et Wilfrid eut un digne successeur, après vingt ans, en la personne d'Eadberct.
Une des mesures prises par un concile ecclésiastique tenu à Londres en 1075, peu après la conquête normande, fut le transfert dans les villes importantes des sièges épiscopaux établis jusqu'alors dans de petits villages. C'est ainsi que Selsey dut céder sa dignité de siège épiscopal à Chichester et l'évêque Stigand s'y ! transporta. L'église S. -Pierre lui servait de cathédrale; suivant une tradition transmise par Guillaume de Malmesbury {Gest. pont., dans Rotls ser., p. 205), il y avait eu là, auparavant, un monastère de moniales qui se dessaisirent de leur église en faveur du nouvel \ évêque. Malheureusement aucun document authen- \ tique ne garantit cette tradition. Ce transfert du siège ne comporta aucun changement dans les limites du diocèse. Comme par le passé, il comprenait tout le i comté de Sussex. A cette époque, celui-ci avait déjà ! subi l'influence normande. Édouard le Confesseur donna l'église de Bosham à son chapelain normand Osbern et les manoirs-ports de Steyning, Hastings Rye et Winchelsea à l'abbaye de Fécamp. Cette influence persista davantage encore sous Guillaume le Conquérant et ses fils, par la fondation d'importants monastères — Battle (1067), Lewes (1077), Lyminster (1082), Sele (1096) et d'autres. De nombreuses églises paroissiales furent fondées et dotées par les seigneurs normands, qui s'installèrent dans le diocèse : on en signale environ 150 avant la mort du Conquérant. Bref, Stigand, au moment de sa mort (1087), laissa à Gosfrid, son successeur, un diocèse en plein développement, tant au point de vue temporel que spirituel. Gosfrid ne survécut qu'une année à sa nomination. Après son décès, Guillaume le Roux tarda trois années à lui donner un successeur en la personne de Ralph de Lufla, qui fut sacré en 1091.
Ralph, plus encore que Stigand, doit être considéré comme le fondateur et l'organisateur du diocèse. Il sut, d'abord, tenir tête aux rois — qualité précieuse en ce temps où l'Église avait tant à souffrir des interventions laïques — et se rangea résolument du côté de S. Anselme contre Guillaume le Roux, dans une querelle où il alla jusqu'à offrir sa démission en signe de protestation. Avec le même courage, il s'opposa plus tard à Henri l<", qui s'efforçait de taxer indûment une partie de son clergé. Dès son élection, Ralph se mit à consolider l'état de son diocèse. Son premier soin fut de lui donner une cathédrale (v. plus loin). Il institua les offices de doyen, préchantre, chancellier et trésorier. Ces dignitaires reçurent des prébendes dans la suite. Nous ignorons le nombre de chanoines que comprenait, à cette époque, le chapitre cathédral, mais au cours du Moyen Age celui-ci comptait régulièrement 27 prébendes. Conformément à la coutume, les chanoines avaient leurs vicaires choraux qui se constituèrent en un corps indépendant et reçurent leur maison propre par une charte royale de 1465.
Le dévouement de Ralph ne se borna pas à construire une cathédrale et à pourvoir à son service. Le clergé paroissial bénéficia pareillement de son zèle et de sa sollicitude. De fréquentes tournées pastorales le mirent en contact avec ses ouailles et il se fit aimer de tous. Les rapports de son prédécesseur avec l'abbaye exempte de Battle n'avaient pas été cordiaux. Ralph, au contraire, grâce à son tact et à sa générosité, noua des relations vraiment amicales avec l'abbé et assista en 1095 à la consécration de l'église abbatiale. Il mourut en 1123 après trente-deux ans d'épiscopat : on pourrait l'appeler, sans exagération, le père du diocèse.
Il n'y a pas lieu de s'attarder sur les successeurs immédiats de Ralph de Lufla. Seflrid II (1180-1204)