ESTER
Ce fut vers la fm du xiV s. que les loUards apparurent dans le Sussex. Dès son accession au siège épiscopal (1397), Robert Rede, O. P., reçut l'ordre du roi d'arrêter et de punir tous ceux qui propageaient l'hérésie ou étaient suspects. Ses successeurs, Stephea Patrington (1417) et Richard Praty (1438-45), se montrèrent également zélés à purger le diocèse de ce mal. En fait, nous ne connaissons qu'un seul cas d'hérétique brûlé dans le Sussex : Thomas Bageley, en 1432. Il est néanmoins incontestable que l'hérésie fit de grands progrès dans tout le territoire jusqu'à compromettre l'évêque de Chichester lui-même, le fameux Reginald Pecock (1450-57). Celui-ci, en raison de ses ouvrages, The Repressor of overmuch blaming of ihe clergy (1455) et The Book of faith (1456), tous deux écrits contre les lollards, se vit arrêté, mis en prison et publiquement déposé pour s'être écarté en plusieurs points de la doctrine orthodoxe. Il finit ses jours, réconcilié, dans la paix de l'abbaye de Thorney (Càmbridgeshire) (cf. V. H. H. Green, Bishop Reginald Pecock, Cambridge, 1945).
Deux registres épiscopaux nous permettent de nous rendre compte de l'état du diocèse dans la première moitié du xv« s. L'un fut rédigé par l'évêque dominicain Robert Rede (1397-1415), l'autre par Richard Praty (1438-45). Ces documents reflètent à la fois les dommages causés par la peste et l'effort de ces pasteurs pour y porter remède et rétablir un niveau d'observance et de vie ecclésiastique plus élevé. Dans les listes d'ordinands aux ordres sacrés, les religieux sont d'habitude plus nombreux que les séculiers. Le registre de Praty montre avec quel soin cet évêque s'assurait de la dignité personnelle et de la capacité de l'élu avant de confirmer une élection abbatiale ou autre (cf. The episcopal Regisler of Robert Rede, éd. Cecil Deedes, dans Sussex record Society, viii, 1908, et XI, 1911; Extracts from the episcopal Regisler of bish. Praty (1439-45), ibid., 1905).
L'évêque de Chichester Edward Storey (1478-1503) fonda une école canoniale pour l'instruction du jeune clergé. Son successeur, Robert Sherborn (1508- 36), dernier occupant du siège avant le schisme, travailla dans le même sens et, lors d'une visite canonique, mit fin à plusieurs abus qui s'étaient glissés parmi les membres du chapitre cathédral. Les constitutions rédigées à cette occasion nous sont parvenues (cf. bibliogr.). Pareillement, il entreprit la réforme de certaines maisons religieuses du diocèse que la peste de 1348 avaient durement éprouvées. Grand ami du cardinal Wolsey, il consentit à la suppression de deux monastères — celui des Prémontrés de Bayham et celui des Augustins à Pynham — dont les revenus furent affectés désormais au collège de Christ Ghurch à Oxford, fondé par le cardinal en 1525. Au moment où Henri VIII s'arrogea le titre de chef suprême de l'Église en Angleterre, Sherborn se laissa entraîner par l'opinion publique jusqu'à prêcher cette suprématie dans la chaire de sa cathédrale, le dimanche 13 juin 1535. Prévoyant, néanmoins, où cette politique royale aboutirait, il se démit de sa charge l'année suivante et mourut peu après (1536).
Dès 1535, le fameux Richard Layton commença sa visite ofïlcielle de tous les monastères dans le comté de Sussex. Les rapports défavorables qu'il envoyait à Cromwell sont manifestement exagérés et, grâce à une lettre de Richard Gwent adressée aussi à Cromwell (août 1535), nous sommes à même de nous faire une idée plus exacte des choses. Gwent, tout en déplorant la décadence de certaines maisohs trop réduites en nombre, laisse entendre que dans les monastères plus importants, Battle, par ex., ou Lewes, l'observance monastique est encore bonne. Malgré cela, l'une après l'autre, les vieilles fondations disparurent; la sup-
pression des monastères fut décrétée et rien ne put l'empêcher : ainsi cessèrent d'exister Boxgrove (1536), les moniales de Rusper (1537), Lewes (1537), Robertsbridge (1538), Battle (1538), etc. L'ordonnance royale qui décréta la destruction des statues et des reliquaires (1538) fit disparaître la magnifique châsse en argent contenant le corps de S. Richard, objet principal de la dévotion des pèlerins à Chichester pendant plus de trois cents ans. Une inscription latine sur la dalle rappelle aujourd'hui aux visiteurs le lieu, derrière le maître-autel, où se dressait la châsse. La suppression des églises collégiales et des nombreuses chantries suivit celle des monastères. Bref, pendant l'épiscopat de Richard Sampson (1536-43), l'œuvre de la réforme anglicane suivit son cours normal dans le diocèse. Les habitants du Sussex, en général, n'y firent pas d'opposition sérieuse. Le successeur de Sampson, George Day (1543-51), résista néanmoins si énergiquement à la destruction des autels, ordonnée en 1550, qu'il fut emprisonné et dépouillé de son siège. Il ne fut rétabli dans sa charge qu'à l'accession au trône de Marie Tudor, qu'il aida de tout son pouvoir dans la restauration du culte catholique. Il mourut en 1556. Deux ans plus tard Élisabeth reprit l'œuvre de la Réforme et nomma au siège de Chichester un ecclésiastique bien connu pour son zèle de réformateur, William Barlow (1559-69). Celui-ci travailla assidûment à propager les nouvelles idées religieuses et à faire observer toutes les ordonnances royales en matière de culte. Dès 1563, des lois sévères entraient en vigueur contre ceux qui adhéraient encore à la foi de leurs pères et Barlow les poursuivit sans pitié. Nous possédons de lui une lettre intéressante, adressée au Privy Gouncil, où il nomme les principaux d'entre les récusants, ainsi qu'un rapport sur l'état de l'Église anglicane dans son territoire (cf. Salzmann, cité à la bibliogr.). Le Sussex ne tarda pas à avoir ses martyrs. Edward Shelley, membre d'une des familles catholiques les plus distinguées du comté, subit la peine de mort à Tyburn (août 1588). La même année, quatre prêtres furent condamnés à mort à Chichester, mais deux seulement, Ralph Crockett et Edward James, donnèrent leur vie pour la foi catholique, à Broyle Heath, un peu au nord de la cité.
La persécution sévit aussi contre les sectes non conformistes, particulièrement contre les puritains — partisans outrés de la Réforme. Eux aussi furent l'objet de mesures très sévères de répression. Leur présence dans le Sussex — à Rye — fut signalée à l'autorité compétente dès 1591, et au cours du xviie s. leur nombre s'augmenta jusqu'à devenir une menace pour l'Église établie. Un peu plus tard les quakers — disciples de George Fox — s'introduisirent dans le diocèse, d'abord à Horsham (1655), puis en de nombreuses localités. Malgré les persécutions incessantes des magistrats et du clergé, ils devinrent très nombreux.
Depuis lors, le diocèse, sous les trente-trois évêques qui l'ont gouverné depuis Barlow jusqu'à nos jours, n'a pas connu de changement notable et son histoire s'identifie sans distinction avec celle de l'Église anglicane en général. Lancelot Andrewes, évêque successivement de Chichester (1605-09), Ely et Winchester, reste célèbre pour ses livres de dévotion publiés après sa mort par Richard Drake (1648), notamment ses Preces privatae, encore très goûtées. L'évêque de Chichester, John Lake (1685-89), se trouvait parmi les sept prélats de l'Église établie qui s'opposèrent au roi Jacques II dans ses tentatives de rétablir la religion catholique (1688). Au siècle suivant, le réformateur populaire John Wesley fit des visites à Rye et à Winchelsea entre 1770 et 1790, mais sa prédication ne semble pas avoir eu une grande influence dans le Sussex.