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Depuis le rétablissement de la hiérarchie catholique par Pie IX (1850), le Sussex fait partie du diocèse de Southwark. Le deuxième archevêque de Westminster, le cardinal Henry Edward Manning, avait été curé de Lavington et archidiacre de Chichester avant sa conversion au catholicisme.
II. Organisation du diocèse. — Les limites du diocèse n'ont jamais varié : son étendue correspondait dès le début à celle du comté de Sussex, ayant à l'Est l'archidiocèse de Cantorbéry, et à l'Ouest le diocèse de Winchester. La division du diocèse en deux archidiaconés, celui de Chichester et celui de Lewes, a eu lieu très tôt. Ceux-ci ont été divisés en doyennés ruraux dès le milieu du xii« s. Nous savons par la Taxatio de Nicolas IV (1291) que l'archidiaconé de Chichester comprenait les doyennés de Chichester, Arundel, Boxgrove, Midhurst et Storrington; celui de Lewes comprenait Lewes, Dallington, Hastings et Pevensey.
Nous sommes mal renseigné sur l'état des paroisses dans le Sussex avant le xi« s. Les documents nous permettent d'identifier cinq monasteria saxons : Selsey, Steyning, Beadingham, Ferring et Bosham. Ces minsters, dont le caractère et le nombre nous échappent en grande partie, étaient vraisemblablement des églises quasi paroissiales. Le Domesday Book fait mention de 98 églises, 9 chapelles et 4 prêtres attachés à d'autres églises, omettant une bonne vingtaine qui nous sont connues par ailleurs. Les Normands ont bâti beaucoup d'églises dans le comté et les ont généreusement dotées, de sorte qu'au moment de la Taxatio de 1291 le diocèse en comptait 267. Un grand nombre de ces églises étaient des « églises privées », dépendant de monastères, qui souvent s'en souciaient peu. Dès 1179, l'évêque Hilaire insista sur la nomination à ces cures de bénéficiaires permanents, pourvus de revenus convenables.
Une caractéristique du diocèse au Moyen Age fut l'étendue de territoires exempts de la juridiction de l'évêque et formant enclaves ( jurisdictional peculiars). S. Wilfrid, encore évêque de Selsey, fit cadeau à Théodore de Cantorbéry d'un vaste domaine à Pagham (686). Au concile de Kingston (828), l'archevêque de Cantorbéry revendiqua avec succès le manoir de South Mailing et les terres de Stanmer, Lindfleld et Burleigh. Le roi Athelstan donna le domaine considérable de West Tarring (940) et un noble, Wulfric, celui de Patching (947) au siège métropolitain. Pris ensemble, ces territoires comprenaient les doyennés de South Mailing, Tarring et Patchani. Au sein même de la cité cathédrale, The Pallant appartenait à l'archevêque et ne relevait que de sa juridiction. L'évêque de Londres possédait des terres à Lodsworth et l'évêque d'Exeter était ex officio doyen de la chapelle royale de Bosham. L'abbaye de Battle, avec ses alentours — appelés « la liberté » — jouissait de l'exemption, et l'église de Steyning relevait de la juridiction de l'abbé de Fécamp.
III. Cathédrale. — Elle est intacte. Elle illustre — c'est son intérêt spécial — dans ses différentes parties, toutes les phases du développement de l'architecture ecclésiastique en Angleterre depuis le dernier quart du xi« s. jusqu'à la fin du xiii'^. Le travail de construction n'a jamais cessé pendant cette période. Dans l'ensemble, elle est aujourd'hui telle qu'elle a été conçue par son fondateur, Ralph de Luffa (1091-1123). De style roman et bâtie avec la pierre venant des carrières de Quarr, dans l'île de Wight, elle comprenait une nef à huit travées flanquée de transepts, un chœur à trois travées avec déambulatoire et une abside à trois chapelles rayonnantes. Le tout était à trois étages. Il y avait une tour centrale et deux tours à l'extrémité occidentale. La dédicace eut lieu en 1108,
sous le vocable de S. -Pierre. Un incendie survenu en 1114 endommagea la fabrique, mais Ralph la reconstruisit sans en changer le style. Une deuxième dédicace eut lieu le 3 oct. 1184. La cathédrale fut encore la proie des flammes trois ans plus tard (1187). Les fenêtres hautes, la toiture en bois et le chœur semblent avoir le plus souffert. Dans la reconstruction, Seffrid II (1180-1204) adopta le style gothique, qu'il a su greffer sur l'œuvre romane de ses prédécesseurs. Le chœur, en particulier, fut l'objet de ses soins. Une troisième et dernière dédicace eut lieu, cette fois sous le vocable de la Ste-Trinité, le 12 sept. 1199. Le travail de reconstruction et de modification se poursuivit pendant toute la première moitié du xiii* s. On en profita pour élargir le déambulatoire et pour allonger la chapelle de la Vierge, derrière le chœur. On donna à celle-ci, ainsi qu'aux deux autres (Ste-Catherine et Ste-Marie-Madeleine), la forme rectangulaire au lieu de la forme absidale. A cette époque, on perça les murs de la nef pour bâtir, en bas côtés, des chapelles latérales : au Sud, celles de S. -Clément et de S.- Georges; au Nord, celles des SS.-Edmond-et-Thomas, de S.-Théobald et de Ste-Anne. Vers la fin du siècle ou au début du suivant, la chapelle de la Vierge fut de nouveau allongée de deux travées et on construisit la salle du chapitre. Les stalles du chœur, avec leurs miséricordes finement sculptées qu'on admire encore aujourd'hui, datent de la même époque. La flèche était l'œuvre de William Rede (1369-85). Elle s'écroula le 21 févr. 1861 et sa reconstruction fut effectuée, suivant le modèle de l'ancienne, par Sir Gilbert Scott. Signalons le jubé en pierre, érigé à l'entrée du chœur par Jean Arundel (1459-78). Cette œuvre d'art fut enlevée en 1859, mais, par bonheur, resta intacte. On peut la voir aujourd'hui dans le beffroi où elle attend sa réinstallation au bas du chœur. Dans les premières années du xvi« s., Robert Sherburn (1508-36) confia la décoration de la cathédrale à un peintre italien, Lambert Bernardi, et à ses fils. On admire encore sur les voûtes de la chapelle de la Vierge le peu qui subsiste de leur ouvrage. Le mur sud du déambulatoire porte deux bas-reliefs représentant la Résurrection de Lazare et Jésus avec Marthe et Marie. Une vieille tradition prétend qu'ils viennent de l'ancienne cathédrale de Selsey, mais aucun document n'atteste cette provenance. Plus vraisemblablement, ils datent du xii* siècle.
Durant le Moyen Age, un certain nombre de chuntries furent fondées dans la cathédrale. Au moment de leur suppression (1548), il y en avait au moins vingt.
II n'existait pas de chapelles spéciales dites chantry chapels, comme à Winchester et ailleurs, mais on se servait des différents autels de l'église, dont deux se trouvaient sous le jubé, à l'entrée du chœur, dédiés, l'un à S. Augustin et à la Ste Croix, l'autre à St. Mary atStok (cf. G. H. Cook, Mediaeval chantries and chantry chapels, Londres, 1947, p. 98-102).
Seule parmi les cathédrales anglaises, Chichester a un beffroi séparé. On l'aperçoit au N.-O., à quelques mètres de la nef. On n'est pas fixé sur la date de sa construction : c'est peut-être le novum opus dont parlent certains documents du début du xv« s. Le joli cloître attenant, au Sud, et nommé Paradis, est de la même époque.
La chapelle du palais épiscopal construite par Seffrid II (fin du xii« s.) et embellie par Ralph Neville (1224-44) possède une très belle peinture murale, la célèbre Madone connue sous le nom de Cliichester Roundel, qui mesure 80 cm. de diamètre. Il existe diverses opinions sur son origine. D'après le Prof. Tristram, elle aurait été exécutée vers 1230-40 par un artiste inconnu, vraisemblablement de la cour d'Henri
III (une reproduction dans E.W. Tristram, English