‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 152 sur 282 · L. Van Meerbeeck · texte numérisé non relu

L. Van Meerbeeck

CHIER

EGATO

2. CHIEREGATO (Leonello), né à Vicence, de Nicola et de Catarina, fille d'Antonio Losco, appartient à la noble famille des comtes Chieregati. Le futur prélat étudia le droit à Padoue, où il fut proclamé doctor decretorum à une date demeurée inconnue, comme l'est d'ailleurs aussi celle de sa naissance. Il prononça en 1464, dans sa ville natale, un discours solennel, plein de réminiscences classiques, à l'occasion de l'intronisation, au siège épiscopal de Vicence, de Marco Barbo, qui fut son protecteur pendant de longues années.

On ne peut préciser l'époque à laquelle Chieregato se décida à embrasser la carrière ecclésiastique; on ignore de même la date de sa nomination à un canonicat de "Vicence. Ce dernier fait est toutefois attesté par Rumor, dans la notice qu'il a consacrée aux comtes Chieregati. La présence de Chieregato à Rome, dans l'entourage et parmi les familiers de Marco Barbo, à qui Paul II, dont l'évêque de Vicence était un parent éloigné, avait conféré en 1467 le rang de cardinal du titre de S. -Marc, est signalée pour la première fois dans un acte officiel du 21 févr. 1470. Le 8 janv. 1472, au début du pontificat de Sixte IV, Leonello Chieregato fut élu évêque d'Arbe en Dalmatie et confia l'administration de son diocèse à deux vicaires. De févr. 1472 à oct. 1473, il accompagna en Allemagne son protecteur, qui résidait à la cour impériale en qualité de légat pontifical. Ce fut, pour le nouvel évêque d'Arbe, une excellente occasion de s'initier à la diplomatie et l'expérience ainsi acquise lui fut très utile par la suite. Il rentra à Rome pour gérer les affaires du nonce, en l'absence de ce dernier, jusqu'au mois d'oct. 1474, qui marque la fin de la mission du cardinal Barbo en Allemagne. Le 9 févr. 1478, Chieregato apparaît comme commendataire perpétuel de l'église S. -Sylvestre de Borgo-Berice à Vicence; il abandonna ce bénéfice le 14 janv. 1484, date à laquelle il fut transféré à l'évêché dalmate de Traù. Référendaire depuis 1482, le prélat vicentin résida perpétuellement à Rome entre 1481 et 1484. Par sa lettre du 14 oct. 1482 au jurisconsulte Giorgio Guglielmo, prévôt de S. -Pierre à Bâle, qu'il avait connu lors de son séjour en Allemagne, Chieregato répondit aux menées d'André Zamometic, archevêque de Cranea, qui, tout en se prévalant de la protection de l'empereur, s'affublait indûment du titre de cardinal de S. -Sixte et voulait faire renaître de ses cendres le concile de Bâle (sur Zanometic, D.H.G.E.,u, 1718-21). Zamometic avait trouvé des partisans à Bâle et aussi en Italie, parmi les ennemis politiques du pape. La réfutation de l'évêque d'Arbe démontre chez son auteur une perception très claire des périls auxquels les projets de l'archevêque de Cranea exposaient l'Allemagne, et elle réduit à néant le prétendu droit dont se prévalaient certains prélats de réunir un concile œcuménique sans l'autorisation du Souverain pontife. A la fin de mars 1484, sa qualité de Vénitien fit désigner Chieregato pour accompagner à Cesena le cardinal de Lisbonne qui allait négocier la paix avec Venise. L'évêque de Traù se rendit aussi à deux reprises, en 1484 et en 1485, dans le Frioul, comme visitateur commissionné par le cardinal Barbo. Entre ces deux voyages en Frioul, se place un séjour à Traù, où il résida jusqu'à la fin d'avr. 1485. Le 12 sept. 1484, Innocent VIII, qui lui avait concédé précédemment le priorat de S. Maria degli Etiopi, dans le diocèse de Vicence, unit à ce bénéfice le monastère de S. Maria di Burgo-Pustrile à Vicence. On retrouve l'évêque de Traù à Rome en 1486. Devenu vicaire de S. -Pierre, il joua un rôle important dans de nombreuses cérémonies et tout prouve qu'il jouissait à la Curie d'une grande autorité, en qualité de juriste et d'orateur. En automne 1487, il accomplit à Traù un deuxième voyage, qui précède de peu sa mission diplomatique

en France. C'est pendant sa légation qu'il fut transféré, le 22 oct. 1488, au siège épiscopal de Concordia, devenu vacant par la mort d'Antonio Feletto, et qu'il obtint d'Innocent VIII la commende du prieuré de S. Maria degli Etiopi, dépendant du monastère de Pomposa. Le transfert de Chieregato à ce nouvel évêché fut contesté jusqu'au 19 août 1489 par le sénat vénitien. Résidant toujours en France, le prélat ne put d'ailleurs prendre à cette date possession du siège de Concordia.

La mission diplomatique confiée par Innocent VIII, en nov. 1487, à Chieregato, nuncius ad regem Francie ac nonnullas alias mundi partes, ainsi qu'à Antonio Flores, chanoine de Séville, se prolongea pendant trois ans. Les représentants du S. -Siège étaient munis de facultés semblables à celles qui furent généralement concédées aux nonces apostoliques permanents. Leur mission avait un double but : politique et religieux. Ils s'attachèrent surtout à démontrer au roi de France la nécessité de faire cesser les dissensions intérieures, en particulier avec le duc de Bretagne, et l'incitèrent aussi à conclure la paix avec ses ennemis du dehors, afin de disposer de toutes ses forces pour la défense du monde chrétien dans la lutte contre les Turcs. Pour permettre à la papauté de mieux résister au péril turc de plus en plus menaçant, Chieregato obtint, après de laborieuses négociations, l'extradition du prince Dgem, frère rebelle du sultan Bajazet, ramené en France par Pierre d'Aubusson, grand maître des Chevaliers de Rhodes. Dgem fut remis entre les mains du pape en mars 1489. L'octroi du chapeau de cardinal à André d'Épinay, archevêque de Lyon et de Bordeaux, fut la compensation accordée par le S. -Siège à cette victoire de la diplomatie pontificale. Chieregato intervint également dans les essais de réconciliation de Charles VIII avec Maximilien d'Autriche, dont l'incarcération par les Brugeois, en févr. 1488, avait grandement préoccupé le pape, de plus en plus inquiet des menaces que les Turcs, qui venaient de faire la paix avec les rois de Hongrie et de Naples, ainsi qu'avec la République de Venise, faisaient peser sur la chrétienté.

Une tentative de médiation entre les couronnes de France et d'Angleterre, effectuée au nom du S. -Siège par l'évêque de Concordia, lors d'une mission qu'il remplit outre-Manche auprès de Henri VII, de mars à avr. 1490, pendant la dernière année de sa nonciature de France, demeura sans effet. Malgré des efforts réitérés et malgré les tentatives qu'il renouvela à Boulogne jusqu'au mois de septembre auprès des ambassadeurs d'Angleterre en France, il ne put vaincre la rivalité politique qui divisait depuis si longtemps les deux couronnes. Il ne fut guère plus heureux dans le domaine de la politique religieuse, où le but principal de sa mission et de celle de son acolyte était sans contredit la suppression de la Pragmatique Sanction de Bourges et de tous les abus nés de l'explosion de gallicanisme qui se produisit pendant la minorité de Charles VIII. Les envoyés du S. -Siège qui accompagnèrent la cour de France dans ses nombreux déplacements, et que l'on retrouve successivement à Tours, à Angers, à Paris, ne cessèrent de renseigner la Curie sur tous les événements en cours, et notamment sur les longues négociations qui aboutirent à la paix avec la Bretagne, en nov. 1489. Mais ils tendirent surtout leurs efforts en vue de la signature d'un concordat, qui eût réglé définitivement tous les différends d'ordre religieux entre la France et le S. -Siège, et qui eût fait rapporter les mesures vexatoires prises au nom de la couronne et des libertés ecclésiastiques, telles que l'expulsion des évêques nommés par le pape, à Gap et à Tournai; la réunion par le gouvernement d'un concile à Sens en 1485; l'incarcération, malgré les protestations du pape, des évêques du Puy-en-Velay et de

CHIEREGATO

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