‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 160 sur 282 · CHILDÉRIC III · texte numérisé non relu

CHILDÉRIC III

- CHILPÉRIC 1er

En déc. 751, Pépin le Bref, devenu seul maire du palais, pensa que le moment était venu de mettre fin à cette ombre de royauté. Après avoir consulté le pape Zacharie, il déposa Ghildéric III, le fit tondre et enfermer au monastère de S.-Bertin. Puis il se fit proclamer roi par l'assemblée des grands. Ce fut la fm de la dynastie mérovingienne.

Krusch, Chronol. regum Francoruin slirpis merovingicae, dans M. G. H., SS. rer. merov., vu, .507. — Levillain, L'avènement de la dynastie carolingienne et les origines de l'État pontifical, dans Biblioth. de l'École des chartes, 1933, p. 225. — Halphen, Charlemagne et l'empire carolingien, p. 18, 20.

A. Dumas.

CHILIASTES, doctrinaires du ii« s. En s'appuyant sur une interprétation inexacte de l'Apocalypse, ils attendaient la venue, avant la fin du monde, d'un règne terrestre du Christ qui devait, pendant mille ans, donner aux justes ressuscités toutes sortes de bonheurs matériels. Voir l'art. Millénarisme.

G. Bardy.

CHILLAN, Chilaiieiisis, évêché du Chili. Par sa bulle Notabiliter auctum du 18 oct. 1925, Pie XI démembra le diocèse de Concepciôn, et en détacha, entre autres, celui de Chillân. Celui-ci comprenait la province de Nable et trois districts de celle de Maule : Cauquenas, Chanco et Itata; il fut d'abord sufTragant de Santiago du Chili, puis, après l'élévation au rang de métropole du diocèse de Concepciôn (20 mai 1939), il fut rattaché à cette dernière province. Il compte 258 550 catholiques, un territoire de 11 564 km^, 26 paroisses, 96 églises ou chapelles, une quarantaine de prêtres séculiers et autant de religieux.

Évèques. — Martin Riicker, 14 déc. 1925. — Jorge Antonio Larraîn Cotapos, 20 mars 1937.

A. A. Sedis, xvii, 1925, p. 548; xviii, 1926, p. 205; XXIX, 1937, p. 216. — Ann. pontificio, 1949, p. 150.

Fl. Pérez.

1. CHILPÉRIC hr, roi des Francs, fils de Clotaire l" et d'Arigonde, né en 539, mort en 584. Clotaire l", qui avait réuni tout le royaume des Francs, mourut en 561, laissant quatre fils : Caribert (v. Caribert (1), supra, xi, 1032), Contran, Sigebert et Chilpéric. Ce dernier essaya de se faire une part avantageuse dans la succession paternelle : après avoir enlevé les trésors de son père, il s'attacha les « plus influents des Francs » et entra à Paris. Mais ses frères l'obligèrent à accepter un partage conforme à leurs vues. Caribert, l'aîné, obtint Paris et tout l'ouest de la Gaule, de la Manche aux Pyrénées. Gontran eut Orléans, le Berry, les vallées de la Saône et du Rhône. Sigebert eut, avec Reims, les pays de l'Est dans les bassins de la Meuse et du Rhin et, au delà de ce fleuve, la domination sur diverses tribus germaniques jusqu'à l'Elbe; on lui laissa, en outre, l'Auvergne et une partie de la Provence. Le lot attribué à Chilpéric était le plus petit : avec Soissons, il comprenait les cités du Nord- Ouest, Amiens, Arras, Cambrai, Thérouanne, Tournai et Boulogne. Bientôt, d'ailleurs, ce domaine fut encore diminué : Chilpéric, profitant d'une expédition de Sigebert contre les Avars, mit la main sur Reims; mais son frère lui reprit cette cité et, en outre, s'empara de Soissons qu'il conserva.

Caribert étant mort en 567, son royaume fut partagé entre ses frères. Chilpéric en obtint la partie septentrionale et la partie méridionale : d'une part, les cités de Rouen, d'Évreux, du Mans et d'Angers, avec la Bretagne; d'autre part, Bordeaux, Limoges, Cahors, le Béarn et le Bigorre. Sigebert reçut les cités de Tours et de Poitiers avec quelques autres au sud de la Garonne; Gontran, celles de Nantes, Saintes, Angoulême, Périgueux et Agen. La ville de Paris resta indivise entre les trois frères.

Par suite de ces partages, les divers lots s'enchevêtraient les uns dans les autres. Chacun des rois était tenté de s'arrondir au détriment du voisin. Celui qui voulait faire la guerre à son frère trouvait, d'ailleurs, aisément des complices parmi les grands de celui-ci, qui pour une raison ou pour une autre étaient mécontents. Il était aussi facile de corrompre les fidèles d'un roi en leur promettant des « bénéfices » ou des « honneurs ».

L'année 567 fut encore marquée par le mariage de j deux des rois. Sigebert épousa Brunehaut, fille du roi des Wisigoths Athanagilde. Cette union lui valut un I grand renom. Chilpéric en fut jaloux. II s'était marié i avec Audovère, dont il avait eu trois fils; puis il l'avait répudiée, pour vivre en concubinage avec Frédégonde, une de ses servantes. Après le mariage de Sigebert, il renvoya la servante, prétendant lui aussi à une fille de roi. 11 demanda à Athanagilde la main de sa fille aînée Galswinthe. Le roi des Wisigoths y consentit. Les noces se firent en grande cérémonie. Childéric donna à sa femme, comme don du matin (morgengabe), les cinq cités du sud-ouest de la Gaule, qui lui avaient été attribuées dans la succession de Caribert. Mais il se lassa bientôt d'elle et revint à ses amours avec Frédégonde. Un matin, on trouva Galswinthe étranglée dans son lit. Peu de jours après, Chilpéric épousa Frédégonde et fit mettre à mort sa première femme Audovère. Désormais les différends entre les deux frères, Sigebert et Chilpéric, furent attisés par la haine qui opposait leurs femmes, Brunehaut et Frédégonde.

Sigebert, poussé par Brunehaut, voulut venger le meurtre de Galswinthe, comme les mœurs du temps lui en faisaient un devoir. Il prépara la guerre contre Chilpéric. Mais leur frère Gontran posa sa médiation. La paix fut rétablie : Chilpéric donna à son frère comme composition les cinq cités méridionales qu'il avait constituées en dot à sa femme. Cette pacification ne fut pas durable. Quelques années plus tard commença, entre les deux frères excités par leurs femmes, une série de guerres qui devaient, après leur mort, continuer entre leurs enfants.

C'est Chilpéric qui prit l'initiative des hostilités. Il chercha, en 573, à s'emparer des cités de l'Aquitaine qui appartenaient à Sigebert et pendant deux ans les fit ravager par ses fils. Sigebert, de son côté, fit appel aux Germains d'outre-Rhin, qui envahirent les territoires de Chilpéric et y répandirent la terreur par leur sauvagerie. Grâce à leur concours, il finit par devenir maître de tous les pays appartenant à son frère dans la vallée de la Seine. Les grands de Chilpéric se rallièrent à lui et, en déc. 575, ils le proclamèrent roi, en l'élevant sur le pavois dans la villa de Vitryen-Artois. Mais, pendant la cérémonie, deux dévoués de Frédégonde, qui avaient réussi à s'approcher de lui, le frappèrent de leur « scramasaxe >s qui avait été empoisonné par leur maîtresse.

La mort de Sigebert permit à Chilpéric, qui s'était réfugié à Tournai, de se ressaisir. Il gagna aussitôt Paris oii se trouvaient la femme et les enfants de son frère. Il fit prisonnières Brunehaut et ses filles, qui furent emmenées à Rouen. Mais son fils, le jeune Childebert, âgé de cinq ans, fut enlevé par un fidèle, qui le fit reconnaître roi par les Francs d'Austrasie (v. Childebert II, .supra, xii, 687). Chilpéric recouvra rapidement tout son royaume et s'empara aussi des cités de Tours et de Poitiers qui avaient appartenu à son frère. Mais, Gontran ayant pris son neveu Childebert sous sa protection, il dut les restituer.

Chilpéric subit d'ailleurs dans sa famille des épreuves qui arrêtèrent son élan. L'aîné des fils qu'il avait eus d'Audovère, Mérovée, venu à Rouen, s'éprit de sa tante Brunehaut qui y était détenue et

691 CHILPÉRFC

l'épousa. Accouru à Rouen, Chilpéric renvoya Brunehaut à Metz et fit garder Mérovée à vue. Peu après, celui-ci réussit à s'enfuir; mais, traqué par les hommes de son père, il erra longtemps, puis il finit par se faire tuer par un familier (578).

Cependant les fils nés de son union avec Frédégonde mouraient l'un après l'autre en bas âge. Frédégonde persuada le roi que ses enfants étaient victimes des maléfices de Clovis, un autre fils d'Audovère; le jeune prince, mis en prison à Noisy-le-Grand, fut peu après trouvé mort.

N'ayant plus de flls, Chilpéric décida d'adopter Childebert, flls de Sigebert, qui seul paraissait devoir continuer la famille mérovingienne (581). Il profita de ce rapprochement avec son neveu pour essayer d'enlever le Berry à son frère Gontran ; mais il ne put y réussir.

Quelques années après, l'adoption de Childebert n'eut plus d'objet; en 584, Frédégonde mit au monde l'enfant qui devait être Clotaire II. Gontran et Childebert renouvelèrent alors leur alliance contre Chilpéric, qui, pris de panique, s'enfuit à Cambrai. Mais Childebert étant parti pour l'Italie, Chilpéric put revenir à Paris.

La situation de Chilpéric paraissait encore une fois rétablie. Mais un soir de sept. 584, un inconnu le tua de deux coups de couteau, au moment où il descendait de cheval, revenant de la chasse. On a accusé de ce meurtre Brunehaut et même F'rédégonde. L'assassin n'a pas été retrouvé.

Ainsi finit un roi qui apparaît comme le type du despote mérovingien cruel et perfide. Jaloux de son pouvoir, Chilpéric faisait mettre à mort sans jugement ceux qu'il soupçonnait de lui résister. L'amour des richesses fut aussi une de ses passions dominantes. Pour augmenter son trésor, il rétablit les anciens impôts romains et les fit lever avec la plus grande rigueur. Les biens de l'Église lui faisaient envie. Il avait coutume de répéter : « Voici que notre fisc est demeuré pauvre et toutes nos richesses ont été transférées aux églises. Seuls les évêques régnent; notre puissance a péri et a passé aux évêques des cités. » Il disposait cependant des évéchés à sa guise, sans s'occuper des règles canoniques sur l'élection des évêques; même, parfois, il les vendait au plus offrant.

Ce despote prétendait dominer la religion. 11 n'admettait pas qu'on distinguât trois personnes en Dieu : aussi ordonna-t-il par un édit de nommer dans les prières, non la Sainte Trinité, mais Dieu seul. Il dit à Grégoire de Tours et autres prélats : « Je veux que vous croyiez de la sorte. » Mais il dut céder devant la résistance des évêques. Il entreprit aussi, en 580, de faire baptiser de force les Juifs de son royaume. Au reste, il était superstitieux, croyant aux présages et aux sorciers : ayant attribué la mort des enfants de Frédégonde à des maléfices, il fit périr dans des supplices plusieurs personnes qu'il soupçonnait de leur avoir jeté un sort.

Grégoire de Tours jjaraît l'avoir assez bien jugé en l'appelant le Néron et l'Hérode de son temps.

Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, a consacré de longs passages au règne de Chilpéric. — Fi. Roussel, Le roi Chilpéric, dans Ann. de l'Est, 1897, p. 434-4.5, donne, avec les principaux textes, une abondante bibliographie.

A. Dumas.

2. CHILPÉRIC II, roi des Francs de Neustrie, né vers 670, mort en 721. A la mort de Dagobert III (fin de 715), les grands de Neustrie, dirigés par le maire du palais Rainfroi, tirèrent du cloître le clerc Daniel, qui passait pour le fils de Childéric II; et, après que ses cheveux eurent repoussé, ils le firent roi sous le nom de Chilpéric II.

La Neustrie était alors en guerre avec l'Austrasie,

^ CHIMARA 692

qui avait pour maire du palais Charles Martel. Rainfroi et Chilpéric II parvinrent avec leur armée jusqu'à Cologne. Mais, en 716, au retour de cette expédition, ils furent surpris par Charles Martel qui leur infligea une grave défaite à Amblève, près de Malmédy; ils furent encore battus, en 717, à Vincy, dans le pays de Cambrai.

Le roi et son maire du palais demandèrent alors le ' secours du duc d'Aquitaine, Eudes. Mais Eudes fut, à son tour, mis en déroute par Charles Martel près de Soissons. Il se retira au delà de la Loire, emmenant avec lui Chilpéric, tandis que le maire Rainfroi prenait la fuite (719).

Charles Martel était maintenant le maître de la Neustrie comme de l'Austrasie. Sur ces entrefaites, le roi d'Austrasie, Clotaire IV, vint à mourir (720). Charles, qui tenait à avoir sous la main un Mérovingien pour le remplacer, négocia avec Eudes qui lui livra Chilpéric II. Ce fantoche devint roi de tous les Francs sous le gouvernement de Charles Martel. Il mourut peu après à Noyon, au début de 721.

Krusch, Chronol. regum Francorum stirpis merovingicae, dans M. G. H., SS. rer. merov., vu, 502.

A. Dumas.

CHIMARA (XEipâppa ou Xtpâpa), évêché d'Épire, dépendant d'abord du patriarcat bulgare d'Ochrida, puis de la métropole de Naupacte et enfin de celle de Janina. Chimara ou La Chimère est une petite bourgade située sur la côte de l'Épire, au pied d'une chaîne de montagnes qui l'isole presque complètement du côté de la terre. Elle dut à cette situation d'être, avec les villages environnants, presque complètement indépendante sous la domination turque.

Elle fut dotée d'un évêché, probablement au x" s., après la destruction de Nicopolis, et fit partie du patriarcat d'Ochrida à ses débuts. Elle fut soumise à la métropole de Naupacte au xi« s. Rome y exerça sa juridiction jusqu'en 1363, par l'intermédiaire des Vénitiens. A partir de 1631, elle fut unie à l'évêché de Delvinon, après l'avoir été à celui de Cozila, et dépendit de la métropole de Janina. Au xix' s., elle fut unie à l'évêché de Dryinopolis et Argyrocastron, d'abord provisoirement (1813-21), puis définitivement en juin. 1832 sous le nom de Dryinopolis et Chimara. De 1365 à 1401, divers évêques de Chimara prirent part au synode permanent de Constantinople, sans qu'on connaisse le nom d'aucun d'eux, à part Nicolas en 1360 (Miklosich et Millier, Ac(a et diplomala graeca Medii Aevi, i, 476; ii, 46, 48, 164, 174, 178, 198, 202, 208, 213, 518). Du xvi» au xviii» s., il y eut dans la région un mouvement d'union à Rome, L suscité en partie par les demandes de secours des habi- I tants aux papes pour lutter contre les Turcs, et dû aussi aux travaux de religieux catholiques, surtout les moines basiliens de Calabre. ]

Évêques connus. — Nicolas renonce à son évêché de i Chimara et Cozila, le 4 déc. 1360 (Miklosich et Millier, I, 411). — Sophrone I", ?-t 13 févr. 1554. — Dosithée, 24 avr. 1579. — Timothée, fin du xvi» s. — Mélétios, ancien évêque en 1627. — Son successeur dut être Mathieu, signalé comme ancien évêque en 1637. — Nicéphore, 1630. — Sophrone II, avant 1662. — Séraphim, août 1662. — Callinique, ?. — Zacharie I<•^ 1672-93. — Manassès, 1694-1708. — Zacharie 11, 1708-t 1730. — Denys, 1725 (Rev. de l'Orient lalin, 1893, p. 315). — Gennade ou Grégoire, 1730; déni, en 1755. — Joannice, 1755; dém. en 1795. — Parthénius, 20 sept 1795; dém. en 1804. — Anatole. 1804; dém. en 1812. — Ambroise, 1812; chassé en 1813. — Païsios, 1821; déposé en 1832. Chimara fut alors unie définitivement à l'évêché de Dryinopolis et Argyrocastron.

iâ

CHINE

MeyàAri éAXriviKi^ ÉyKuKAoïraiÔEia, xxiv, 543. — Germain de Sardes, 'ETriCTKOTTiKoi KaTàXoyoi tcov iv 'HtTE(pcp Kal 'AXgavîg étrapxicôv toO iraTpiapxEiou KoovaravTivouiTÔXEOûs, dans ■H-rrEipcoTiKà XpoviKà, xi, 1937, p. 97-100. — V. Laurent, Les évéques de La Chimère (Albanie) au XVI'-XVII' s., dans Balcanica, Bucarest, 1947. — Cirillo Karalewski, La missione greco-cattolica délia Cimara nel sec. XVI- XVI II, dans Bessarione, xv, 1911, p. 440-83; xvii, 1913, p. 170-97. — Nilo Borgia, / monaci basiliani d'Italia in Albania. Appunli di storia missionnaria, sec. XVI - XVIII, Rome, 1935.

R. Janin.

CHINE. — La Chine est restée longtemps absente de la pensée occidentale, plus encore que l'Europe de la pensée chinoise. C'est surtout depuis l'époque des grandes découvertes (les Portugais en 1513- 14 à Canton) que commencèrent à se rapprocher effectivement ces deux parties du globe, qui avaient jusque-là vécu à part l'une de l'autre comme « deux planètes séparées » (Leibniz). Le premier efîet de cette rencontre fut, chez les Occidentaux, la surprise : témoin Pascal, dans ses Pensées (éd. Brunschvig, in-16, p. 596). Leibniz de son côté écrivait, à propos des missionnaires catholiques, le 2 déc. 1697 : « Je juge que cette mission est la plus grande affaire de nos temps, tant pour la gloire de Dieu que pour le bien général des hommes, l'accroissement des sciences et des arts chez nous aussi bien que chez les Chinois; car c'est un commerce de lumière qui nous peut donner tout d'un coup leurs travaux de quelques milliers d'années, leur rendre les nôtres et doubler, pour ainsi dire, nos véritables richesses de part et d'autre. Ce qui est quelque chose de plus grand qu'on ne pense. »

De cette mutuelle compréhension, le meilleur truchement fut incontestablement le christianisme et, dans le christianisme, l'Église catholique. C'est ce qui ressortira évidemment du présent exposé malgré sa nécessaire concision.

Le seul exposé d'ensemble a été écrit, en anglais, par le protestant Kenneth Scott Latourette, A Hisiory of Christian missions in China, New-York, 1929, résumé et mis à jour dans Ilislortj of the expansion o/ christianity, Londres, 1939-1947; il doit être complété par R. Streit, dans Bibliotheca missionum, iv et vii (avec les suppléments, Biblioijrafia missionaria, 1933-1951, des l^P. Dindinger et Rommerskirchen), et par le long catalogue du F. .J. Dehergne, S. .h, L'Ëfilise de Chine au tournnni ( 192i-1949) : le milieu, les cadres, les œuvres, l'histoire, dans Bull. île l'université l'Aurore, sér. III, x, n. 39 et 40, juin et oct. 1949, p. 417- 555, 655-778. Cf. encore H. Cordier, Biblintheca Sinica, 2« éd., 1904-1905, avec un supplément, 1924.

I. Introduction générale à la Chine. IL Les diverses religions en Chine avant l'époque des grandes découvertes. III. De l'époque des grandes découvertes à la fin de l'Empire (1513-1911). IV. L'époque contemporaine (1917-51).

I. Introduction générale a la Chine. — A compléter brièvement par J. Escarra, La Chine. Passé et présent, coll. Colin, nouv. éd., Paris, 1949, avec bibliographie sommaire, p. 221-22.

1° Données géographiques. — 1. Nom. — Le mot

• Chine » est une appellation étrangère, dont l'origine n'est pas connue. A la fin de l'Empire romain, les Occidentaux désignaient par « pays des Sères »,

• Sérique », la région plus ou mohis vague et fabuleuse d'où leur venait la soie. Au Moyen Age on employa le nom de « Cathay », dont la capitale fut appelée Khambaluc. Lorsque les Européens de la Renaissance y abordèrent par mer, ils connurent le pays sous le nom de « Cina » et sa capitale fut « Péking » (la capitale du Nord, distinguée de « Nanking », la capitale du Sud), mais plus d'un siècle et demi s'écoula avant que les cartographes acceptassent l'identité de la Chine avec le Cathay.

2. Limites. — Les limites politiques ne coïncident pas rigoureusement avec les limites géographiques.

a) Les « Trois provinces de l'Est », Liao-ning, Kilin, Heilong-kiang, formant le territoire appelé par les étrangers « Mandchourie », arrachées à la Chine par l'agression japonaise de 1931-32, lui sont revenues à l'issue de la seconde guerre mondiale, mais avec les restrictions du traité sino-soviétique du 14 août 1945. — b) La Mongolie dite » extérieure » a longtemps dépendu de la Chine; proclamée indépendante le 28 oct. 1945, elle devient de plus en plus un pays satellite de l'U. R. S. S. — c) Le Sin-kiang (Turkestan chinois) forme aujourd'hui une province où la souveraineté de la Chine est contrebattue par une active pénétration de l'LT. R. S. S., grâce à des mouvements séparatistes. — • rf^ Le Tibet oriental constitue, lui aussi, une province appelée Si-kang, à laquelle la Chine réclame le droit d'adjoindre le Tibet occidental. — e) Les « Dix-huit provinces » traditionnelles, fragmentées assez récemment en plusieurs autres, se répartissent en trois grandes régions naturelles : Chine du Nord, région du Yang-tse (fleuve Bleu), Chine du Sud. Jusqu'en 1945, il s'y trouvait un certain nombre de « concessions » étrangères; seuls Hongkong (Grande-Bretagne) et Macao (Portugal) échappent encore à la suzeraineté chinoise.

Les trois cartes qui illustrent cet article sont emprnutées au Nouvel atlas des missions, de l'abbé .1. Des])ont, Paris- Lyon, 1951, pl. IX, X, XI.

Superficie. — Elle est d'environ dix-huit fois celle de la France. La Chine a environ 5 000 km. de l'Est à l'Ouest, et 3 000 km. du Nord au Sud. D'après les indications de févr. 1947, la superficie totale serait de 9 995 191 km^ se répartissant, outre les « Dix-huit provinces » de la Chine impériale, entre le Sin-kiang (1 328 417 km"), le Si-kang (427 087 km^), le Ts'inghai (697 194 km^), le Tibet (territoire spécial, 215 787 km^), la Mongolie intérieure en quatre provinces (1 093 825 km^), la Mandchourie en neuf provinces (1 054 825 km^), Formose (35 973 km^), les six villes principales (Nankin, Pékin, Ts'ing-tao, T'ien-tsin, Tch'ong-k'ing, Han-kow, 3 168 km^).

3. Population. — D'après les évaluations du premier semestre de 1948, l'ensemble de la population s'élèverait à plus de 463 millions d'habitants, répartis en plus de 87 millions de familles, soit une moyenne de 5,34 personnes par ménage. C'est près du cinquième de la race humaine. L'on y compte une proportion de 109,51 hommes pour 100 femmes. La densité varie d'ailleurs considérablement d'une province à l'autre, car les cinq sixièmes des habitants n'occupent que le tiers de la superficie : au Kiang-sou 335 habitants au kmS au Yunnan 22, au Si-kang 4, au Sin-kiang 2; dans la plaine de Tcheng-t'ou, centre du « bassin rouge » du Se-tch'ouan, jusqu'à 650 habitants au kmS et plus de 1 000 dans l'île de Tsong-ming, à l'embouchure du Yang-tse, pour une surface de 700 km*. « La population chinoise semble augmenter de près d'un pour cent par an, quand elle n'est pas victime de catastrophes exceptionnelles; or, une population qui s'accroît selon ce rythme double en soixante-dix ans : on compterait donc, vers l'an 2 000, si rien ne venait troubler les conditions démographiques actuelles, 600 millions de paysans chinois. On reste confondu devant des perspectives aussi écrasantes » (P. Gourou, La terre et l'homme en Extrême-Orient, 1940, p. 30). Les habitants des campagnes l'emportent extraordinairement en nombre sur ceux des villes (huit dixièmes au moins).

4. Le problème géographique. — La majorité des Chinois, négligeant montagnes et collines, recherchent les plaines alluviales, qu'ils encombrent jusqu'à satu-

CHINE

ration : un hectare de terres doit fréquemment pourvoir à la subsistance de six à dix personnes, ainsi la majorité de la population est généralement dans un état voisin de la misère. On estime que 27 % seulement du territoire sont cultivés. Le problème du surpeuplement est donc l'essence même du problème géographique. Il se double d'un problème agraire, par suite du morcellement du sol, et, en conséquence, d'un problème financier : on a constaté, dans un village du Nord, que 44 % des familles étaient endettées et incapables de se libérer d'emprunts usuraires.

Si la Chine passe pour un pays de lettrés, c'est aux yeux de ceux qui ignorent que d'innombrables individus n'y savent pas lire. Depuis la réforme-renaissance littéraire (1917), l'instruction commençait à se répandre. Il y a eu régression avec les troubles des dernières années. Par voie de conséquence, l'individu, dominé par son clan ou sa guilde, a peu de part aux affaires publiques; il n'est que trop porté à s'en remettre au notable du lieu, à quelque parti qu'il appartienne.

2" L(t civilisation traditionnelle. — C'est donc au sein d'une vaste communauté d'agriculteurs que s'est constituée la civilisation traditionnelle, « la plus massive et la plus durable des civilisations connues ». Elle est d'aspect monolithique. Née au temps de Babylone, de l'Assyrie, peut-être de l'Égypte des pharaons, elle a survécu à ces empires et elle fait encore l'homogénéité de l'Extrême-Orient. On dit souvent qu'elle acheva son évolution vers les débuts de l'ère chrétienne et demeura depuis lors immobile, presque immuable. C'est inexact. Non seulement la Chine a éprouvé de violents sursauts d'évolution interne, mais elle a subi, à toutes les époques, des influences étrangères. Ce qui est vrai, c'est que le fonds n'en a pas changé essentiellement jusqu'au xx« s., ni chez le peuple ni dans le petit groupe de lettrés. En ce sens, on a pu dire que la Chine était plutôt une civilisation qu'une nation.

D'ailleurs l'on y décèle, depuis l'Antiquité, des « rythmes » d'une remarquable régularité, avec alternances de périodes d'ordre et d'anarchie qui se marquent même dans l'histoire littéraire et dans celle des arts. D'autres fluctuations pourraient être encore notées : par ex. la pression des Barbares sur les frontières à certains moments, avec « revitalisation » de la race chinoise; les oscillations du centre de gravité politique et économique du pays; l'opposition entre le Nord et le Sud, si marquée dans tous les domaines, depuis le Moyen Age; le jeu régulier des forces centrifuges, qui tend sans cesse à soustraire l'ensemble du pays à l'action d'un gouvernement central; la reconstitution périodique d'une féodalité militaire... Mais, malgré tous les changements, le lien entre le passé et le présent a été dans la Chine impériale beaucoup plus fort qu'ailleurs. Dans presque tous les domaines, la Chine, c'est le passé vivant. Le peuple éprouve un irrésistible penchant à regarder en arrière, à recréer, sous des étiquettes neuves, d'antiques mouvements d'idées; à qualifier de changement ce qui n'est qu'invention ou renaissance; à légaliser les comportements de ses chefs en leur cherchant des précédents. Le gouvernement traditionnel a été trop longtemps préconisé par les examens triennaux pour être abandonné brusquement.

3" Les conditions nouvelles. — Cependant, si puissante que soit en Chine la solidarité avec le passé, elle tend aujourd'hui à se rompre dans tous les domaines, intellectuel, social, familial..., mais ici encore la lutte entre l'ordre traditionnel et le nouvel ordre garde un rythme qu'il faut percevoir : les réformateurs du Kouo-mintang ou les communistes ne s'expriment pas autrement que Ts'in Che Houang-ti, Wang Ngan-

che, les T'aiping ou les révolutionnaires de 1898. Dans les événements actuels (sept. 1951), il ne faut pas voir uniquement des manifestations d'anarchie et de chaos, mais les soubresauts d'une nation qui cherche sa voie, spécialement entre les forces qui, du dehors, tentent de la modifier. Et c'est ici qu'apparaît un trait sans doute nouveau dans l'évolution de la Chine. Depuis quatre siècles, sa civilisation, jusque-là restée à demi statique, avait subi la pression des nations qui en étaient devenues de plus en plus proches par suite des inventions scientifiques. Cet investissement commença, au Sud, par mer, en 1514, lorsque les Portugais, partis à la recherche des épices de l'Indonésie pour l'Europe, trouvèrent plus profitable d'instaurer le commerce entre les peuples d'Extrême-Orient. Les Russes, en quête des fourrures, avaient apparu ensuite au Nord (traité de Nertchinsk en 1689); leurs établissements s'étaient enracinés depuis lors en Sibérie et dans les pays limitrophes. Une troisième force était venue par l'océan Pacifique avec les Espagnols qui voulaient faire des îles Philippines un tremplin afin d'envahir le continent asiatique ; dans leur marche en avant, assez vite interrompue, ils eurent pour successeurs, vers la fin du xyiii» s., les commerçants des États-Unis d'Amérique en marche vers la soie et le thé. Ensuite l'encerclement de la Chine, après s'être desserré durant les troubles de la Révolution française et |les guerres de Napoléon, reprit avec une intensité accrue après le premier tiers du xix« s. (guerre dite de l'opium en 1840), et depuis lors la Chine put se croire, au milieu des convoitises occidentales, destinée au sort « de la pastèque découpée en tranches ». A la dure école des revers nationaux, quelques initiateurs lui firent comprendre la nécessité de « reconstruire » le pays, dans l'industrie et le commerce, dans la législation et l'administration, dans les sciences et les lettres. Le communisme se présente aujourd'hui comme le suprême couronnement de toute une succession de courageux efforts.

Au sein de cette évolution, actuellement précipitée, le christianisme, spécialement sous la forme du catholicisme, a dû se frayer sa voie. Dès ses premières apparitions, il n'avait point trouvé table rase; d'autres religions l'avaient précédé, dont il devait tenir compte. C'est ce milieu que nous devons maintenant préciser, avant de décrire les étapes de la pénétration chrétienne.

II. Les diverses religions en Chine avant l'époque des grandes découvertes. — Depuis une trentaine d'années, les découvertes préhistoriques (Sinanthropus...) et les fouilles archéologiques (poteries du Kansou, os gravés de Nganyang : seconde dynastie...) ont tellement renouvelé l'histoire de la Chine ancienne que, pour tout ce qui précède l'an 1 000 av. J.-C, et même la naissance de Confucius (vers 552 av. J.-C), les conceptions habituelles du passé religieux de la Chine devraient être entièrement redressées. Cependant, en ce qui concerne la diffusion du christianisme, il convient toujours de se reporter à l'image traditionnelle pour en comprendre les problèmes. Les livres dits classiques et canoniques demeurent ici notre source principale d'information, sauf à les retoucher et compléter par l'immense littérature chinoise.

Presque tous ces livres (texte chinois, traduction française et parfois latine) sont réédités depuis 1949, dans la série Les humanités d'Extrême-Orient, Paris-Leyde.

1" L'image traditionnelle de la Chine avant le christianisme. — C'est par un âge d'or qu'aurait débuté la civilisation chinoise, avec des souverains modèles dont la philosophie confucéenne voudra seulement transmettre les enseignements. Inlassablement re-

CHINE

viendront, dans les écrits de l'École, les noms de Fouhi, inventeur de l'écriture, auteur des hexagrammes du Yi-king, législateur du mariage (placé vers 2852 av. J.-C); de Chen-noung, le père de l'agriculture et de la médecine; de Houang-ti, inventeur des rites, du calendrier, de la divination, des noms de famille, et dont l'épouse apprit aux femmes l'élevage des vers du mûrier ainsi que le tissage de la soie ; de Yao et de son gendre Chouen, idoles du confucianisme.

A ces temps légendaires ou semi-légendaires aurait succédé la première dynastie des Hia (1989- 1559 av. J.-C), fondée par Yu le Grand; celui-ci, au temps de Yao, se serait illustré en remédiant au désastre d'un déluge universel. Le dernier souverain des Hia, le tyran Kie, apparaît, aux yeux des historiens orthodoxes, comme le premier exemple de ces princes qui perdent le « mandat du Ciel » et sont chassés du trône par un aventurier énergique.

Tandis que nulle preuve archéologique, jusqu'à présent, n'est venue confirmer la réalité des Hia, la seconde dynastie Chang (1558-1027) est sortie de la brume des légendes. Fondée par Tch'ang le Victorieux, elle s'acheva par le roi Cheou-sin, cruel et débauché. Dans la littérature, Kie et Cheou, les deux souverains indignes, sont constamment opposés à Yao et Chouen, les deux empereurs modèles.

La troisième dynastie fut celle des Tcheou (1027- 222). Vers 827-782, commence la période de l'histoire ancienne de la Chine, contrôlable par les premiers documents authentiques. Entre 551 et 479 aurait vécu Confucius (nom latinisé de Kong-tze), un maître d'école, qui se proclamait simple compilateur et transmetteur des traditions anciennes, mais dont les manuels scolaires devaient connaître une étrange fortune. Après cinq siècles de luttes intestines, quand « le premier empereur » Ts'in-Che-houang-ti unifia enfin le pays, en 213 av. J.-C, il décréta la destruction des anciens livres et de toute la littérature classique. Plus tard, de mémoire, les lettrés survivants reconstituèrent les textes anéantis, et par eux, à travers mille vicissitudes, modelèrent la mentalité entière du peuple chinois jusqu'à la chute de l'Empire en 1911.

Le P. Wieger, dans ses Textes liislori(jiies, a commodément réuni les principaux textes où se reflète l'image traditionnelle de la Chine.

Au moment où le christianisme fit son apparition en Occident, ce n'était déjà plus la postérité de Ts'in- Che-houang-ti qui dominait la Chine, mais la dynastie des Han, elle-même subdivisée en deux, les Han occidentaux ou antérieurs (206 av. J.-C.) et les Han orientaux ou postérieurs (25 apr. J.-C). Sous ces derniers, la plus importante des « religions » chinoises, le confucianisme, prit sa physionomie à peu près définitive (H. Maspero, Les religions chinoises, t. i de ses Mélanges posthumes, Paris, 1950).

2" La religion antique. — La religion chinoise s'est développée d'une manière continue depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Il ne faudrait pas conclure que rien n'en a jamais changé, ni que les croyances d'aujourd'hui soient celles d'autrefois, mais les idées nouvelles se sont toujours introduites assez lentement pour pouvoir s'intégrer dans le cadre ancien sans le faire éclater; il ne s'y est jamais produit aucune de ces révolutions intégrales qui, en Occident, sont venues à plusieurs reprises interrompre la continuité. Il ne reste plus grand'chose des croyances antiques, certes, dans la religion chinoise moderne, à peine quelques idées générales, et peut-être même une manière de sentir plutôt qu'une croyance définie. Mais le cadre a subsisté, en se vidant peu à peu de sa substance ancienne, et les Chinois n'ont jamais eu cette sensation de rupture brusque avec le passé qui caractérise l'évolution religieuse de l'Occident.

Pour autant qu'on le devine, la religion antique était essentiellement un culte agraire et un culte ancestral, tout entiers en cérémonies publiques, où offrandes et prières étaient faites pour un groupe constitué, famille, seigneurie, etc., par son chef, et jamais pour une personne individuelle en particulier. A l'époque historique, il s'y mêla des cérémonies de déprécation et d'actions de grâce, adressées à des divinités dont on demandait la faveur ou qu'on voulait remercier des bienfaits obtenus. Durant la fin troublée de la dynastie Tcheou, aux iv^ et iii^ s. av. J.-C, on put voir se dessiner deux courants qui répondaient aux tendances générales des esprits, l'un surtout philosophique qui s'efforçait de vider la religion de tout contenu « irrationnel » par des explications scientifiques, l'autre beaucoup plus « mystique » qui visait à suppléer à la froideur du culte officiel par la recherche d'une religion personnelle (ibid., 46-47). Ces deux courants, en définitive, donnèrent naissance, le premier au confucianisme, le second au taoïsme et, par delà ce dernier, au sentiment religieux qui devait permettre plus tard au bouddhisme de s'implanter en Chine.

3° Les religions organisées. — 1. Le taoïsme. — Entre le v« et le iiF s. av. J.-C, beaucoup de lettrés étaient peu satisfaits de la religion officielle avec son marchandage assez grossier pour les rapports de l'homme et des dieux. Ils déniaient à ceux-ci toute personnalité et toute conscience, mais, à force de vouloir expliquer rationnellement et scientifiquement le monde, ils en venaient souvent à perdre de vue les faits religieux eux-mêmes. Par réaction, tous ceux qui étaient plus enclins à la religion personnelle s'intéressèrent à la vie intérieure et à la morale privée plus qu'au milieu social dont faisait partie l'homme. Ils pensèrent trouver d'ailleurs, dans les expériences des sorciers, une preuve empirique de l'existence de divinités personnelles et conscientes. Sous le nom commun de la « Voie » Tao (d'où le nom de taoïstes) et en se plaçant sous le patronage de Lao-tze, un contemporain plus ou moins historique de Confucius, ils furent à l'origine d'un double courant, l'un plus spéculatif, l'autre sombrant souvent dans les absurdités du tantrisme. Ce fut ce dernier qui prit à la longue le dessus, comme plus adapté à la mentalité populaire.

A la bibliographie du P. Dehergne (op. cil., 446-450), ajouter l'ouvrage posthume d'il. Maspero sur Le taoïsme, Paris, 1949.

2. Le bouddhisme. — Au moment où le taoïsme semblait devoir triompher et devenir la religion nationale des Chinois, une religion étrangère s'introduisait en Chine, peu avant l'ère chrétienne, avec si peu de bruit que, cent ans plus tard, on ne savait plus comment ni quand elle avait apparu pour la première fois. C'était le bouddhisme venu de l'Inde, et destiné à une prodigieuse fortune en Chine, puis dans tout l'Extrême-Orient, surtout sous la forme dite du Grand Véhicule ou Mahayana. En même temps qu'elles s'opposaient l'une à l'autre, les deux religions s'entremêlaient : tout un jeu d'influences mutuelles se poursuivait entre elles, les modifiant toutes deux. Parmi les adeptes du bouddhisme à l'état pur, se rencontrent encore de nos jours des âmes véritablement pieuses, assoiffées de besoins surnaturels; leur Amida, sous sa personnification féminine Koanyin, s'il n'est pas un Rédempteur, est un Sauveur guidant les âmes vers la Terre pure.

Dibliographie choisie chez le P. Deliergne, op. cit., 429-

3. Le confucianisme. — A l'inverse de ceux qui cherchaient dans le taoïsme et le bouddhisme la satisfaction de leurs besoins de religion personnelle, les esprits à tendance rationaliste tentèrent d'ébaucher

CHINE

7on

laborieusement une religion athéistique. Leurs progrès furent lents sous les Han (206 av. J.-C.-220 après J.-C), les Souei (589-618), les T'ang (618-907). Ce fut sous les Song (960-1280) que leur doctrine eut son apogée, plutôt comme système philosophique, si étroitement lié à la religion ofTicielle qu'il en devint difficilement séparable. L'on y rendait hommage à une grande variété d'esprits, tel celui de la cité et des murs. Pardessus tout, les honneurs accordés aux morts, et parmi ceux-ci à Contucius, occupaient une place prééminente. Néanmoins, alors comme de nos jours, l'on recourait spontanément au Ciel, appelé Tien, quelque chose s'approchant du Bon Dieu de nos paysans d'autrefois, mais beaucoup plus inconsistant. Dans les anciens livres, cette puissance suprême s'appelait le plus souvent Tien, parfois Chang Ti ou le Souverain d'en haut. Entre ces deux termes y eut-il primitivement profonde différence? On le croirait volontiers, mais avec le temps ils devinrent pratiquement interchangeables. Est-ce que Tien, originairement, désignait une divinité personnelle? On ne saurait le démontrer apodictiquement, quoiqu'il reçut, dans les écrits du temps, plusieurs attributs du Dieu du monothéisme.

Bibliographie choisie chez le P. Dehergne, op. cit., 440-

4" La religion populaire. — Les trois grands systèmes alimentèrent pendant des siècles la vie religieuse des Chinois de toute classe, non sans mener les uns contre les autres une lutte tantôt ouverte tantôt sournoise qui les usa peu à peu. Le bouddhisme et le taoïsme moururent lentement entre le vii« et le xiv« s., alors qu'au Japon le premier conservait une étonnante vitalité; à l'époque des grandes découvertes européennes du xvi^ s., par une sorte de paradoxe, ils avaient surtout un clergé, mais presque plus de fidèles : leurs cérémonies s'accomplissaient encore journellement et souvent avec grand faste, dans certains monastères de diverses régions de la Chine, mais en général ils n'avaient plus de vie propre ni l'un ni l'autre, du moins en tant que systèmes religieux définis et distincts. Quant au confucianisme, s'il était resté plus vivant au moins pour la direction de vie, ce n'était guère que dans un milieu relativement restreint, celui des lettrés. A mesure que les masses populaires se détachaient des religions anciennes, elles se créaient à leur usage propre une sorte de syncrétisme qui unissait en proportion inégale des croyances empruntées à ce qu'on appelait les trois religions.

D'une manière générale, les gouvernants, instruits par de trop fréquentes expériences, étaient en garde contre les sociétés secrètes, qui foisonnaient dans le peuple illettré et dégénéraient facilement en factions politiques ou sociales. Il y avait beaucoup de superstitions, très répandues, comme celle du fong-choei (littéralement « vent-eau »). Le folklore, popularisé dans des récits tenus pour véridiques, familiarisait les esprits avec un autre monde, qui était comme le double du monde réel. De l'un à l'autre de ces mondes, les communications étaient incessantes (par le sommeil, la mort, la magie). Dans le domaine de l'étrange et du surnaturel, rien n'était impossible à celui qui en possédait le secret, comme le prétendaient souvent les lao-che (bonzes taoïstes), adeptes d'un taoïsme dégénéré.

De là pouvaient résulter des facilités à l'introduction du christianisme, mais à la condition qu'il ne se posât point en religion intransigeante vis-à-vis des autres et qu'il acceptât de se « siniciser » comme l'avait fait le bouddhisme de l'Inde. Pour le nouveau venu, les difficultés l'emportaient de beaucoup cependant, elles pouvaient même paraître insurmontables, car il se

trouvait placé brusquement devant un état social, entièrement cristallisé et systématiquement hiérarchisé, où n'apparaissait aucune fissure.

Bibliographie choisie chez le P. Dehergne, op. cit., 450-

5° La première entrée du christianisme en Chine. — On en ignore la date exacte. La tradition qui l'attribue à S. Thomas, l'apôtre, paraît dater du bréviaire de l'ancienne Église syrienne du Malabar (xni« s. de notre ère). Chose curieuse! ce serait à peu près à la même époque (67 apr. J.-C.) que, d'après des récits d'ailleurs controuvés, aurait eu lieu le songe d'un empereur des Han postérieurs l'engageant à faire appel à des envoyés bouddhistes de l'Inde. De cette quasi-concordance, l'on a déduit une liaison entre le christianisme primitif et le bouddhisme du Mahayana, mais sans apporter de preuves convaincantes. Arnobe, dans son Adversus génies (vers 300), parle bien de missions parmi les « Sères », mais que faut-il entendre exactement par là? Les moines qui auraient apporté des vers à soie à Constantinople en 511 auraient résidé, dit-on encore, en Chine; il semble plus probable qu'ils sont venus de Perse, du Turkestan ou de Ceylan.

Le problème a été repris par A. B. Duvigneau, S. Ttiomas a-t-it porté l'Évangile jusqu'en Chine ?, dans le Bulletin catholique de Pékin, 1936.

Plus assurée paraît la venue du manichéisme, cette forme où se glissèrent certaines influences chrétiennes. On pense en avoir retrouvé des traces caractéristiques, par ex. chez certaines sectes du Foukien, jusqu'au xi« s. Toutefois les précisions font encore défaut.

L'ouvrage d'A. G. Moule, Chiistians in China bejore the year 1550, Londres, 1930, a rassemblé tous les témoignages sur cette première période du christianisme avant la renaissance. G. Messina, Cristianesimo, buddhismo, manicheisnio neW Asia antica, Rome, 1947.

6° Le nestorianisme sous les Tang (618-907). — Avec les nestoriens s'ouvre la période des informations sûres. Le plus grand homme de la dynastie des T'ang fut l'empereur T'ai Tsong (627-649), qui unifia sous son sceptre tout l'Extrême-Orient (sauf le Japon et les Philippines) avec une bonne part de l'Asie centrale et le nord de l'Inde. Les relations commerciales se développèrent par terre et par mer avec la Perse, et même avec la Mésopotamie et le Proche-Orient. C'est sans doute à ce moment que parurent en Chine les Juifs (dont de misérables restes subsistent à K'aifong-fou) et les musulmans (qui se sont constitués en minorités très denses sur les frontières de l'Ouest, avec des établissements sporadiquement disséminés à travers tout l'empire). La stèle dite de Si-ngan-fou, découverte fortuitement en 1623 ou 1625, fut érigée en 781 ; elle résumait l'histoire de l'arrivée du nestorianisme, en y joignant un exposé sommaire des doctrines et des pratiques des missionnaires. Par la suite, en 845, les communautés nestoriennes, assez nombreuses, furent englobées dans les édits de proscription du bouddhisme. On aurait pu penser que le christianisme oriental s'ajusterait assez facilement à la mentalité de l'Extrême-Orient; en fait, il n'y réussit point.

Sur les nestoriens, P. Y. Sacki, The .\eslorinn Documents and Belles in China, Tokio, 1937. M. Lôwenthal s'est spécialisé dans les recherches sur les Juifs en Chine. Il y aurait aussi à parler de « L'Islam en Chine » (P. Dehergne, op. cit., 457-462).

70 Sous les Mongols (dynastie Yuan, 1280-1367). — Sous l'habile direction de Gengis-Khan (vers 1162- 1227), une petite tribu de l'Asie centrale, par une série d'étonnants succès, parvint à établir la pax Mongolica sur la plus grande partie de l'Eurasie, depuis les rives de l'océan Pacifique (une agression dirigée contre

CH

INE

le Japon échoua) jusqu'à la Hongrie en Europe. Le commerce des marchandises et, avec lui, les échanges d'idées reprirent. Les récits du Vénitien Marco Polo illustrent merveilleusement cette période où l'Europe du Moyen Age communiquait presque librement avec le Cathay et sa capitale Khambaluc.

Ceux qui profitèrent le plus de la tolérance de la dynastie mongole des Yuan furent à nouveau les nestoriens, et l'on a gardé particulièrement le souvenir de Mar Yahballah III, un Chinois, leur patriarche en 1280, qui en 1287 et 1288 visita Rome, Bordeaux et Paris. Les nestoriens cependant étaient, pour la très grande majorité, de race non chinoise; ce qui n'empêcha pas certains d'entre eux d'occuper des places importantes dans l'administration.

Il eût été surprenant que l'Église catholique n'ait pas profité de ces circonstances favorables pour nouer des relations avec l'Empire mongol contre les musulmans. Plusieurs ambassades furent envoyées par les papes : Laurent de Portugal, dépêché par Innocent IV, sur lequel on ne sait presque rien ; Jean de Plan Carpin, disciple immédiat de S. François d'Assise, qui partit de Lyon en 1245, parvint chez le grand khan à Karakoroum en juill. 1246, et fut de retour près du pape à l'automne de 1247. D'autre part, quatre dominicains, conduits par Anselme de Lombardie, se rendirent chez un général mongol en Perse, mais en furent rudement renvoyés en 1247. Aucun de ceux-ci n'avait atteint la Chine proprement dite; Guillaume de Rubrouck, envoyé de France par S. Louis en 1253, y revint en 1255 après avoir été reçu par le grand khan Mangou à Karakoroum.

Les premiers Européens dont nous connaissions l'arrivée en Chine furent les deux Polo (1260-71). Le pape Nicolas III envoya, en 1278, cinq franciscains; mais on ignore leur sort. Par contre un autre franciscain, Jean de Montecorvino, après un premier séjour en Proche-Orient (1272-89), réussit à porter des lettres du pape à l'empereur de Chine (Ch'en Tsong, successeur de Khubilai, 1294) et, malgré l'opposition des nestoriens, se gagna la faveur de la cour. Vers 1305, il avait baptisé environ six mille fidèles. A Pékin, cent cinquante jeunes garçons, pour la plupart achetés, apprenaient le grec et le latin ; il avait écrit pour eux des psautiers, trente hymnaires et deux bréviaires (pas en chinois, semble-t-il). Sur les développements de cette petite Église, nous possédons d'assez nombreux renseignements, surtout à l'occasion du séjour d'un autre franciscain, le Bx Odoric de Pordenone (trofs années, entre 1322 et 1329); mais, avec la chute de la dynastie des Yuan, il semble que se dispersèrent tous ces fidèles. Peut-être certains descendants se trouvèrent-ils confondus avec les nestoriens, parmi ces « adorateurs de la croix » que rencontrèrent enfin les missionnaires du xvn» s., presque totalement assimilés aux non-chrétiens. L'évangélisation chrétienne, à l'époque des grandes découvertes, dut être entièrement reprise sur nouveaux frais.

Les beaux textes des franciscains ont été critiquement édités par le P. A. Van den Wyngaert, dans Sinica Irtincisfana, t. i, Quaracchi, 1929.

III. De l'époque des grandes découvertes a LA FIN DE l'Empire (1513-1911). • — L'histoire du christianisme en Chine, depuis l'époque des grandes découvertes, peut être commodément divisée en trois périodes : /. De l'arrivée des Portugais à Canton (1513) à la fin des Ming (1644). //. De l'installation des Mandchoux (1644) à la fin du xviii* s. ///. Du début du xix« s. à la fin de l'Empire (1911).

Page 1