DE L-INSTALLATION DES MANDCBOVX
A LA FIN DU XViii^ S. — 1° Le premier empereur mandchou, Choen-tche (1644-61), el l'interrègne des quatre régents (1661-69). — Cette époque est dominée par la personnalité d'Adam Schall; ses mémoires, heureusement conservés, sont un des témoignages les plus instructifs sur la période de transition. Les Mandchoux avaient, depuis longtemps, entendu vanter sa compétence en astronomie. Aussitôt après l'occupation de Pékin, Dorgon, l'oncle du jeune empereur, Choen-tche, le fit mander pour lui confier la réforme du calendrier. L'usage chinois voulait qu'à chaque nouvelle dynastie correspondît un nouveau calendrier. Schall fut autorisé à garder sa résidence dans la partie dite mandchoue de la cité, et enfin, avec l'agrément de ses supérieurs, il fut contraint d'accepter la direction du Tribunal d'astronomie. Cette confiance des Mandchoux attirera au P. Schall les pires désagréments de la part de plusieurs de ses confrères, mais elle lui permettra de protéger les chrétientés dans les zones progressivement soumises par les nouveaux conquérants; les missionnaires, en se déclarant « frères de Schall », s'assureront la sécurité. Tout au Sud les derniers prétendants Ming essayèrent bien de se défendre dans une lutte désespérée; ils eurent eux aussi pour conseiller un jésuite, le P. Kolfler, et ils dépêchèrent même le P. Boym vers Rome dans une ambassade au pape, qui devait d'ailleurs être sans lendemain.
A. Schall est le véritable successeur de M. Ricci, de 1630 à 1666; le Flamand Ferdinand Verbiest le remplacera à son tour, de 1669 à 1688. Ricci, Schall, Ver-
biest, en effet, ont été véritablement les « paratonnerres » du christianisme ou, si l'on préfère la comparaison habituellement employée dans les documents du temps, ses « piliers » à une époque où rien d'autre n'était possible. On ne peut que leur être reconnaissant d'avoir démontré ainsi par les faits que la propagation de l'Évangile est possible sans intervention, même indirecte, d'une puissance séculière. Au cimetière historique de Chala, près de Pékin, leurs trois tombes sont réunies. A. Schall a donc tiré les conséquences des prémisses posées par Ricci : ce n'est pas un mince mérite. On lui a pourtant reproché certaines inégalités de caractère : tour à tour un peu brusque avec les uns et trop faible avec d'autres. Ayant dû, sur l'ordre de son supérieur, accepter la dignité de mandarin, il se conforma à l'usage imprescriptible de l'Empire en adoptant un fils; de là une rumeur infâme qui se propagea jusqu'en Europe, et qui s'explique en partie par la situation prépondérante que ce « fils » adoptif se permit de prendre dans les affaires personnelles de Schall. F. Verbiest (de 1669 à 1688), avec plus de sérénité, remplit lui aussi le rôle ingrat de protecteur de la chrétienté; par les services les plus astreignants à la cour, il assura une liberté relative d'action aux autres missionnaires dans les provinces.
Il faut lire dans les mémoires autographes de Schall la succession incroyable d'événements qui firent de lui, durant plusieurs années, un confident de la mère de l'empereur Choen-tche et un conseiller de ce dernier. Choen-tche, au mépris de l'étiquette, alla lui rendre visite familière jusqu'à vingt-quatre fois dans sa résidence; il l'appelait Mafa, « Père », jusqu'au jour où une passion insensée pour la femme d'un de ses officiers tartares le rallia aux pratiques extrêmes du lamaïsme. La mort de l'enfant de cette femme, puis de la mère elle-même, et enfin de Choen-tche malade de la petite vérole est assurément un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire. Schall fut-il pour quelque chose par ses conseils dans le choix, in extremis, de l'enfant qui se rendra célèbre comme empereur K'anghi (1661)? Ce n'est pas impossible. Il expiera d'ailleurs cruellement cette faveur, car, après avoir été d'abord protégé et loué par les quatre régents, il se trouvera impliqué dans un procès de lèse-majesté à propos des décisions de son Tribunal d'astronomie (1665). Atteint d'une congestion cérébrale, il échappera de justesse au supplice d'être coupé en morceaux; sa résidence sera confisquée par son rival musulman Yang Koang-sien, et il ne tardera pas à mourir confiné au Tong-t'ang (1666), autre résidence de Pékin, où il végétait avec trois autres Pères (parmi lesquels son jeune et courageux assesseur F. Verbiest).
Entre 1650 et 1664, le nombre des chrétiens était monté de 150 000 à 250 000 environ; ils furent subitement privés de pasteurs. Presque tous les missionnaires de Chine, y compris trois dominicains et un franciscain, avaient été appelés à Pékin, puis internés dans la résidence de Canton. A part quelques dominicains espagnols qui réussirent à se dissimuler au Foukien, il ne resta donc plus pour assurer le service qu'un seul prêtre, le Chinois Grégoire Lo, dit habituellement Lopez, ancien catéchiste des franciscains et plus tard nommé évêque de Nankin; les Instructions de la Ste Église sont un curieux monument de ce temps de crise. Par ailleurs, l'affaire du P. Schall, même après avoir été réparée par le P. Verbiest, laissera, chez beaucoup de missionnaires, une profonde méfiance contre l'emploi des moyens purement humains dans l'apostolat.
Parmi tant d'études ou de documents publiés déjà sur cette période (v. un choix chez le P. Dehergne, op. cit., 694- 698), il faut signaler, avant tout, Alf. Vâth, Johann Adam Schall von Bell, S. J., Cologne, 1933, et la Correspondance de
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Ferdinand Verbiest, éditée par les Pères Josson et Willaert, Bruxelles, 1938. Les notices composées par le P. Henri Bosnans sur les jésuites belges abondent en détails peu connus (par ex. Revue des questions srientif., Louvain, 1912).
2" Intervention de la Congrégation de la Propagande. ■ — • Depuis longtemps, il était évident que le patronado portugais et le patronato espagnol, après avoir rendu d'immenses services à l'Église, restreignaient de plus en plus la liberté d'action de la papauté sans remplir toujours les obligations prévues. Le S. -Siège essaya d'abord de faire appel à des religieux d'autres nationalités, dominicains, récollets, capucins, jésuites, lazaristes. Les résultats restèrent imparfaits. Ces religieux continuaient de dépendre de leurs supérieurs respectifs, dont les vues ne concordaient pas nécessairement avec celles de Rome; les différents ordres ne collaboraient pas toujours entre eux de bonne grâce, et tous ces missionnaires, souvent isolés ou peu nombreux, travaillaient sans coordination, parfois au gré de leur caprice personnel. Comme ils n'étaient pas revêtus du caractère épiscopal, leurs pouvoirs limités ne leur permettaient pas de fonder véritablement des Églises nouvelles. Après quelques échecs douloureux, la solution pratique fut suggérée à Rome grâce au jésuite avignonnais Alexandre de Rhodes, qui vint y plaider la cause des nouveaux chrétiens d'Indochine, en passant par la voie des Hollandais (Java, Surate, Perse, Proche-Orient).
La Congrégation de la Propagande voulait assurer, aux missions, des prêtres et des évêques qui ne seraient plus ou ne sembleraient plus être les instruments d'un pouvoir temporel quel qu'il fût. Les évêques, dépourvus de juridiction propre, demeureraient uniquement les délégués du pape, ce seraient des « vicaires apostoliques ». Ils furent recrutés d'abord parmi les Français, malgré les inconvénients de l'esprit gallican d'alors, a Évêques vagues », dira d'eux ironiquement l'Assemblée du clergé de France, en ajoutant : « Par l'inutilité de leur ministère et le défaut de leur subsistance..., ils avilissent la dignité de l'épiscopat. » La Congrégation de la Propagande laissa parler les esprits critiques. Elle s'y reprit à trois fois (de 1690 à 1696) pour fractionner en une quinzaine de juridictions ecclésiastiques l'immense territoire jusqu'alors régi seulement par l'évêque de Macao ou, plus habituellement, à son défaut, par de simples administrateurs.
Elle désirait bien davantage : imposer à tous les prêtres, sans distinction d'ordre ou de nationalité, un serment d'obéissance absolue aux vicaires apostoliques. Dans les territoires d'obédience portugaise, la plupart des religieux le refusèrent d'abord, puis ils s'y soumirent en grand nombre, jusqu'au jour où l'opposition décidée de l'Espagne obligea Rome à supprimer l'obligation de ce serment. L'essentiel de la réforme demeura d'ailleurs acquis, puisque, même avec les atténuations qu'obtint le Portugal en Chine pour les évêchés de Macao, Nankin, et Pékin, la plus grande partie des nouvelles divisions ecclésiastiques fut confiée à des vicaires apostoliques.
L'ouvrage de Mgr Henri Chappoulie, Rome et les missions d'Indochine au XVII' s., Paris, 1943 et 1948, 2 vol., expose en détail cette histoire complexe jusqu'à la fin de 1688.
Pour la Société des Missions étrangères de Paris, il faut se reporter aux divers ouvrages d'Adrien Launay : Hist. générale de la Soc. des Missions étrang., Paris, 1894, 3 vol.; Mémorial de la Soc. des Missions étrang.. Vannes, 1916, 2 vol., etc. M. Baudiment a écrit la biographie de François Fallu..., Paris, 1934.
3° Le début du règne eftectif de l'empereur K'ang-hi (1668-93). — • Le tout jeune empereur K'ang-hi avait attendu impatiemment à Pékin le jour de sa majorité (1667) pour se venger des brimades que lui avait infligées ses quatre régents. Un de ses premiers actes fut
de réhabiliter la mémoire d'A. Schall, à l'occasion d'une série d'expériences astronomiques que dirigea F. Verbiest. Ce dernier fut rétabli dans la charge et les dignités de Schall et, après quelque temps (1671), obtint pour les internés de Canton la permission de regagner leurs missions respectives. L'on allait revoir les beaux jours. Verbiest, en effet, par sa calme énergie et son esprit équilibré, se fit de plus en plus apprécier par le perspicace souverain, qui avait compris pour son peuple l'utilité de s'approprier les sciences de l'Occident. De nouveau, les « Pères de Pékin » (Verbiest et ses collaborateurs) purent s'employer à régler, auprès des vice-rois ou préfets locaux, les affaires qu'attirait un afflux croissant de missionnaires : franciscains, dominicains, augustins, prêtres des Missions étrangères de Paris, bientôt « Propagandistes » et prêtres de la congrégation de la Mission (lazaristes). Mais la mission portugaise des jésuites se recrutait mal, même parmi les provinces non portugaises de l'ordre; les autorités de Lisbonne, de Goa et de Macao se montraient plus susceptibles que jamais sur les voies d'accès à la Chine en dehors de la leur et s'opposaient à la venue des vicaires apostoliques. Un nombre croissant de missionnaires, surtout de l'intérieur, voyaient la solution dans le recrutement d'un clergé chinois; le P. Buglio prépara une série de traductions en vue d'une « liturgie chinoise » : cela n'aboutit pas. Toutes sortes d'obstacles empêchaient alors l'accès au sacerdoce pour d'autres que des hommes mûrs, veufs, incapables de s'assujettir aux longues études. Il faudra s'y reprendre plus tard. Verbiest profita du retour en Europe du Père wallon Couplet pour y faire connaître, spécialement à la cour de Versailles, les besoins immenses de la Chine. Rien ne pouvait séduire davantage le roi Soleil, Louis XIV; en 1685, il utilisa une ambassade siamoise pour envoyer en Extrême- Orient six de ses « mathématiciens ». Cinq d'entre eux, conduits par le P. de Fontaney, réussirent à débarquer à Ningpo dans le Tchekiang; en se déclarant « frères de Verbiest », ils obtinrent finalement l'autorisation de gagner la capitale. Ils y arrivèrent huit jours après la mort de Verbiest (3 févr. 1688). Venus pour ainsi dire en fraude du privilège des Portugais, ils eurent quelque mal à s'y faire accepter, mais enfin grâce aux services rendus (le P. Gerbillon aida à négocier le traité de Nertchinsk avec les Russes en 1689) ils reçurent de K'ang-hi un terrain pour y construire la mission française, tout près du palais impérial. Il y eut désormais à Pékin deux établissements de la Compagnie de Jésus, l'ancienne mission portugaise et la nouvelle mission française. Sous ce double patronage, l'Église de Chine continua de se développer, plus en nombre d'ailleurs qu'en qualité, car les lettrés chinois, avilis par le régime mandchou, n'avaient plus la vigoureuse indépendance de caractère de leurs prédécesseurs à la fin des Ming. Quant aux Mandchoux eux-mêmes, promptement sinicisés, dans cette religion, par ailleurs si conforme à la raison, ils trouvaient trop d'obstacles à leurs passions. K'ang-hi, malgré l'opposition de plusieurs des hauts fonctionnaires, accorda en mars 1692, sur les instances des Pères de Pékin, un décret assez timidement libellé qui pourra être interprété comme la première charte de liberté du christianisme. On s'efforça de recruter plus activement un clergé chinois : les résultats ne se firent sentir sérieusement qu'au siècle suivant. Diverses tentatives de liturgie chinoise échouèrent, bien que sanctionnées en 1616 par un décret romain.
Il n'existe aucun ouvrage d'ensemble sur cette période, mais d'assez nombreux travaux de détail, qui sont trop souvent influencés par les préoccupations nationales ou les soucis d'édification. Beaucoup de correspondances sont encore inédites : Mgr Bernardino délia Chiesa, O. F. M. ; le
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p. Antoine Thomas, S. M. Charmot, des Missions étrangères de Paris...
4" Les dernières années de K'ung-lii (1700-22). — Entre les jésuites de Pékin et l'empereur K'ang-hi, on ne peut nier qu'il y eût un certain malentendu. Les premiers voulaient bien rendre des services et travailler, comme ils disaient, en « esclaves à la cour », mais pour obtenir ainsi la tolérance bienveillante du christianisme; le souverain, de son côté, acceptait sans doute de les couvrir de sa discrète protection, mais sous réserve de recevoir d'eux tous les secrets de la grandeur de l'Occident. L'Europe, en effet, par les progrès des Russes au Nord et l'allluence des navires de diverses nationalités au Sud, s'imposait peu à peu à l'attention de l'Extrême-Orient; plusieurs lettrés eu Chine recommandaient déjà une attitude analogue à la politique de réclusion du Japon d'alors.
Il y avait une autre source plus profonde de désaccord entre les missionnaires catholiques et l'empereur mandchou. Jamais cet autocrate n'aurait pu imaginer qu'une juridiction du dehors — celle du Souverain pontife — revendiquât certains droits sur la conscience de ses sujets chrétiens. Les supérieurs de la Compagnie de Jésus dissimulaient le plus qu'ils pouvaient leur dignité et, lors de l'institution des vicaires apostoliques, ce fut un des motifs pour lesquels le P. Verbiest déconseilla la venue de Mgr Pallu à Pékin.
Mais réussirait-on à maintenir indéfiniment K'anghi dans l'ignorance sur l'organisation hiérarchique, essentielle au catholicisme? Ce fut à l'occasion de la légation du cardinal de Tournon (arrivé en Chine en avr. 1705, à Pékin le 4 déc, renvoyé de Pékin le 28 août 1706) que se fit cette révélation, et dans les circonstances défavorables qui accompagnèrent l'interdiction des rites chinois (voir l'art. Chinois [Rites]). K'ang-hi lança un édit obligeant tous les missionnaires à se déclarer aux tribunaux; ils devaient en outre s'engager à suivre les doctrines et pratiques du P. Ricci. En échange on leur délivrait un diplôme impérial (p'iao) qui les autorisait à bénéficier de l'édit de tolérance de 1692; mais quiconque n'aurait pas le p'iao serait expulsé de l'Empire. Ce fut le début des épreuves. En 1717, il ne demeurait plus dans tout l'Empire que quarante-sept missionnaires munis du p'iao. Un certain nombre de chrétientés, surtout dans la région de Nankin-Shanghaï-Hangchow, avaient fondu par suite de l'apostasie de familles chrétiennes distinguées.
K'ang-hi n'en continuait pas moins de recourir aux bons offices des Pères de Pékin, par ex. en 1709-18 pour lever la carte de l'Empire. Une seconde légation pontificale de Mgr Mezzabarba (à Pékin, du 26 déc. 1720 au 4 mars 1721) n'améliora point les affaires. K'ang-hi, à son tour, dépêcha plusieurs envoyés au S.-Siège; tous moururent ou furent arrêtés en chemin. Au sujet de ces démêlés, les historiens se partagent en deux camps, majorant ou minimisant, selon leurs tendances, les effets défavorables de ces fâcheux événements. Il semble plus exact de reconnaître qu'au début des mesures prises par K'ang-hi il y eut presque une panique parmi les fidèles et leurs prêtres; mais à la longue il s'établit, surtout dans certains coins écartés des campagnes, un modus Vivendi qui permit au christianisme de prendre obscurément racine sans rien sacrifier de son orthodoxie au syncrétisme des Chinois d'alors. Les missionnaires, au prix d'énormes dépenses et en courant de grands risques, commencèrent à faire sortir de Chine plusieurs jeunes chrétiens, non encore fiancés, pour les préparer au sacerdoce : malgré les déchets inévitables, on remédia ainsi partiellement à la crise du clergé.
Plus qu'en aucune autre époque, la discussion des rites chinois et ses multiples répercussions ont obscurci la suite des événements. L'on trouvera une liste copieuse, et pour-
tant incomplète, des écrits puliliés alors dans R. Streit, loc. cit., VII. Le résumé de Pastor f Geschichte der Pàpste...) a été rédigé d'après des documents de première main, mais sans connaissance directe de l'Extrême-Orient d'alors.
5» Sous Yong-tcheng (1722-36) et K'ien-long (1736- 96). — Après la mort de K'ang-hi (déc. 1722), son fils Yong-tcheng conserva d'abord une attitude officiellement tolérante par déférence pour la mémoire de son père, mais bientôt il laissa ses subordonnés commencer la persécution même violente. Peu attiré par les sciences ou les arts de l'Occident, il recourut médiocrement aux bons offices des Pères de la cour : l'existence des missionnaires, en dehors de la capitale, fut dès lors sous le coup d'une dénonciation imprévue aux mandarins locaux.
Avec le long règne de K'ien-long (soixante années) certains adoucissements allégèrent un peu cette pénible situation, mais les circonstances du monde extérieur à la Chine la compliquèrent. Malgré l'apport croissant de prêtres chinois, le nombre des missionnaires se raréfia, surtout à partir de la suppression de la Compagnie de Jésus au Portugal (1762), en France (1763) et finalement dans le inonde chrétien (1773). Le 26 mai 1747, Mgr Sanz, dominicain, avait été décapité sur ordre du gouverneur du Foukien; le 12 sept. 1748, deux jésuites, les PP. Henriquez et de Athemis, étaient étranglés, avec deux catéchistes chinois, à Soutcheou. Ainsi s'ouvrait le registre des martyrs qui ne devait plus guère se refermer.
A cette époque, l'Europe connaissait une période de « sinophilie » grâce à la mission française de Pékhi (Lettres édifiantes et curieuses, 1702 sq. ; Description de la Chine, par le P. du Halde, 1735; Mémoires concernant les Chinois, en 15 t., 1776-89), mais les Chinois et les Mandchoux se désintéressaient de l'Occident. Parmi les trop rares recrues européennes (de 1760 à 1810, il n'y aurait eu que 204 missionnaires entrés en Chine), les prêtres de la congrégation de la Mission ou lazaristes, portugais et français, se distinguèrent; ils furent secondés par plusieurs prêtres chinois, formés principalement au séminaire de Naples.
Ce qui est surprenant, ce n'est point le ralentissement de la propagande chrétienne, au milieu de tant d'événements défavorables dont la Révolution française marquera le point culminant, c'est que le feu se conserva vivace sous la cendre, prêt à reprendre aussitôt la tourmente passée. L'on estime que de 300 000 environ le nombre des chrétiens était descendu à un peu plus de 200 000, pour le début du xix^ siècle.
Certains épisodes de cette période de « catacombes » ont été étudiés d'après les documents chinois. Ainsi Bernard H. Willeke, O. F. M., Impérial Government and Catholic Missions in China during the years 17S4-17S5, New- York, 1948. Le Journal d'André Ly (1746-1763) a été édité par le P. Adrien Launay, des Missions étrangères de Paris, Paris, 1906; celui-ci a écrit, en outre, l'histoire du Kouangsi (Paris, 1903), du Kouy-lcheou (1907-1908, 3 vol.), du 5etclioan (1920, 2 vol.), du Kouangtomj (1917). Le livre du P. de Rochemonteix, Joseph Amiot et les derniers survivants de la mission française à Pékin, Paris, 1915, est composé à l'aide de nombreuses lettres et de rapports originaux.
///. nV DÉBUT DV XIX^ S. A LA FIN DE UEMPIRE
(1911). — Durant toute cette période, le sort du christianisme en Chine subit de plus en plus le contre-coup des événements extérieurs, surtout à partir de la guerre dite de l'opium (1840); mais déjà, sous le triste règne de Kia-k'ing (1796-1821), le renouveau d'expansion de l'Europe se fit sentir par l'entrée en ligne des missions protestantes, et il s'intensifia jusqu'à la chute de la dynastie.
Deux tomes de la Bibliotheca missionum du P. Streit étaient prêts pour l'impression; ils ont été détruits durant la seconde guerre mondiale. On s'efforce d'en reconstituer le manuscrit. Pour le cadre général, J. K. Fairbank et
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Kwang-ching Liu ont établi un Bibliograpliical Guide lo modem China, Harvard, 1948.
Avant d'analyser en détail les diverses phases, plusieurs statistiques serviront de guides pour cette période (J. Dehergne, op. et loc. cit., n. 40, 1949, p. 747-61).
Augmentation moyenne des chrétiens par année De 1810 à 1850 (40 ans) : 2 875; De 1850 à 1900 (50 ans) : 7 810; De 1900 à 1910 (10 ans) : 56 100.
Nombre de chrétiens et de prêtres
Année
Chrétiens
Prêtres chinois
Prêtres étrangers
Les religieuses, en 1900, étaient au nombre de 350 Chinoises et 730 Européennes. Parallèlement, avaient prospéré les instituts de frères enseignants (maristes) avec le concours de catéchistes et de vierges chinois.
Aux 5 sociétés anciennes de missionnaires qui reprirent ou continuèrent leur travail apostolique (franciscains, jésuites, dominicains, Missions étrangères de Paris, congrégation de la Mission), 6 autres de fondation plus récente s'étaient ajoutées : celles du Cœur Immaculé de Marie (Pères belges de Scheut en 1864), des Missions étrangères de Milan (en 1865), du Verbe divin (Pères allemands de Steyl, en 1879), des salésiens de S.-Jean Bosco (en 1902)...
L'on trouvera chez le P. Dehergne les litres d'un certain nombre de monographies consacrées à ces congrégations (op. cit., 494-Ô01, 767-768) ou à des personnalités marquantes (502-513), comme Les missionnaires de Scheut et leur fondateur, par .1. Rutten, Louvain, 1930. La oie du P. Gonnel, écrite par le P. Becker (Hokienfou, 1900), peut être considérée comme typique pour la vie du missionnaire de l'intérieur à la fin de l'Empire chinois.
Parallèlement, s'étaient multipliées les divisions ecclésiastiques, en passant de 6 (en 1810) à 7 (1831), 13 (1840), 14 (1841), 18 (1850), 24 (1870), 28 (1885), 38 (1888), 42 (1900), 47 (1910). Le tableau ci-dessous permet d'apprécier la densité du christianisme par régions ecclésiastiques (selon la division actuelle) [le premier chiffre désigne le nombre des chrétiens; le second, celui des évêques (vicaires apostoHques); le troisième, celui des prêtres proprement appHqués à l'évangélisation].
1° Jusqu'aux premiers traités (1797-1842). — Parmi les catholiques, la reprise fut lente et pénible. En 1793, quand l'ambassadeur anglais Macartney aborda Pékin, le Père Raux, supérieur des lazaristes français qui avaient succédé aux jésuites français, estimait que le nombre total des fidèles ne dépassait pas 150 000. Malgré les apports des séminaires de Penang (fondé par les Missions étrangères de Paris, au début du xix^ s.), de Pékin (lazaristes français), de Macao (lazaristes portugais), le nombre des prêtres ne cessait de décroître. Le siège épiscopal de Nankin resta vacant durant quatorze ans, après l'année 1790. Le dernier franciscain espagnol du Ghantong mourut, dit-on, en 1797 sans successeur. En 1803, il n'y avait plus à Pékin que cinq lazaristes, dont trois chinois. L'Église semblait mourir. Sous Kia-k'ing (1796-1820) et Taokoang (1820-51), diverses persécutions (1805; 1811; 1814; 1816 : martyre du franciscain Jean de Triora; 1819 : martyre du Bx Clet, lazariste; 1829; 1836) paraissaient devoir l'achever.
A ce moment commencèrent à paraître en Extrême- Orient les pasteurs protestants. La première société missionnaire moderne avait été organisée en 1792 par les baptistes d'Angleterre; d'autres la suivirent, comme la Church Missionary Society des évangéliques en 1799 et, en 1804, la British and Foreign Bible Society. Aux États-Unis, en 1810, se fonda V American
Nombre des chrétiens, des vicaires apostoliques et des prêtres par régions
"Vers 1840-1845
Vers 1900-1901