CHRISTOPHE
Hypotyposis ('YTTOTÛTrcoais), sorte d'autobiographie, dans laquelle il prodigue des conseils à ses moines, et un Testament mystique (Mucttikti 5ia6r|Kr|), suivi d'un codicille (mars 1093). On n'y trouve rien qui ne soit conforme aux règles posées jadis par S. Basile. Soucieux de la formation de ses moines, Christodoulos se procura des livres qu'il emportait dans ses diverses pérégrinations et qu'il expédia à Patmos quelque temps avant sa mort.
h' Hypotyposis et le Testament mystique, ainsi que le chrysobulle d'Alexis Comnène, se trouvent dans Miklosich-Miiller, Acla et diplomata Graeca Medii Aevi, VI, 23, 90, et dans 'AKoAou9(a Upà toO ôalou XpiOToSoûAou, Athènes, 1884. Ce dernier ouvrage contient également une biographie écrite par Jean, métropolite de Rhodes, et deux panégyriques, l'un du patriarche Athanase d'Antioche (t vers 1178) et l'autre de Théodose, moine de Byzance (fin du xii« s.).
Ed. Le Barbier, S. Christodule et la réforme des couvents grecs au XI' s., Paris, 1863 (mal informé et tendancieux). — Dom P. Renaudin, Christodule, higoumène de S.-Jean à Patmos (1020-1101), dans Rev. de l'Orient chrél., v, 1900, p. 215-46 (s'inspire souvent de Le Barbier). — Le meilleur travail est celui de J. Euzet, Patmos, Paris, 1914, p. 267- 302. — Cf. L. Petit, Biblioth. des Acoloulhies grecques, Bruxelles, 1928, p. 38-41.
R. Janin.
CHRISTOLYTES, hérétiques (vii'-viii" s.).
Voir D. T. C, ii, 2417-18.
1. CHRISTOPHE (Saint), un des plus populaires, mais aussi un des moins connus parmi les saints martyrs de l'antiquité. Le plus ancien monument de son culte est une église de Chalcédoine, commencée en 450 par l'évêque Eulalius et dédiée le 22 sept. 452. En 536, parmi la liste des signataires du concile de Constantinople, il est fait mention, comme dépendant de l'évêque de Chalcédoine, Photin, d'un monastère de S. -Christophe tcôv TapuAAfou. La notice du martyrologe hiéronymien place son martyre in Licia, civitate Samo. Le registre de S. Grégoire le Grand parle d'un monastère de S. -Christophe dans le diocèse de Taormina en Sicile. En Espagne, il y avait au ix« s. des reliques de S. Christophe et un monastère lui était consacré près de Cordoue. Plus tard, son culte s'est répandu dans toute la chrétienté, comme celui du patron des voyageurs, et spécialement de ceux qui avaient une rivière à traverser. Aujourd'hui, il est regardé comme le protecteur des automobilistes.
Sa légende, telle qu'elle est rapportée par les ménologes grecs, est des plus fabuleuses. Elle représente Christophe comme un guerrier barbare de la tribu des cynocéphales, qui, enrôlé dans les armées impériales, se convertit au christianisme, refuse d'abjurer et meurt dans des tourments d'une cruauté raffmée. L'iconographie le montre avec une tête de chien, sans doute en dépendance de la légende, et il est bien inutile de voir en lui le successeur du dieu égyptien Annubis. La légende orientale a pénétré en Occident par des traductions et le saint à tête de chien s'y rencontre çà et là dans les représentations figurées (cf. S. Gaidoz, S. Christophe à tête de chien en Irlande et en Russie, dans Mém. de la Soc. des antiq. de France, 1924, p. 199).
En Occident, Christophe est un géant qui s'est promis de mettre sa force au service du maître le plus puissant du monde : d'abord un roi, puis l'empereur, puis le démon, et finalement le Christ que redoute le démon. Il se fait donc instruire dans la religion chrétienne par un ermite qui lui enseigne le précepte de la charité et, pour pratiquer le commandement, il s'installe sur les bords d'un fleuve qu'il fait passer aux voyageurs. Une nuit un enfant vient le réveiller et
lui demande de le mener sur l'autre rive. Le géant charge en effet l'enfant sur ses épaules, mais celui-ci devient de plus en plus lourd, à mesure qu'on avance; et, lorsqu'on est arrivé, il révèle à son passeur qu'il n'est autre que le Christ; en même temps, il lui annonce qu'il sera martyr, ce qui en effet se réalise peu après. L'origine de cette forme de la légende est inconnue, mais on peut croire qu'elle provient de l'iconographie, car le type du bon géant portant un enfant sur les épaules semble plus ancien qu'elle : son plus ancien témoin est le récit de Jacques de Voragine dans la Légende dorée.
Au Moyen Age, on représentait volontiers S. Christophe sur les murs des églises, et on lui donnait des proportions gigantesques pour qu'il fût possible de le voir de loin. On croyait, en effet, qu'il suffisait de le regarder pour être ce jour-là préservé de la mort subite ou de tout accident. D'où la formule courante : Christophorum videas, postea tutus eas, ce que l'on traduit : Regarde S. Christophe et va-t-en rassuré. S. Christophe figure dans la liste des saints auxiliateurs.
B. H. G., 309-11. — B. H. L., 1764-79; Suppl., p. 75. — A. S., juin., VI, 125-49. — Tilleniont, m, 350 et 713. — Bernouilli, Die Heiligen der Merovinger, 151. — Quentin- Delehaye, Comment, in mcu-tyrol. hieronym., 396. — Delehaye. Origines, 184-85, 356, 422; Cinq Leçons, 142-46. Quentin, Martyrologes historiques..., 152-53. — H. F. Rosenfeld, Der hl. Chrislophorus, seine Verelvung und seine Légende, Leipzig, 1937. — A. Masseron, S. Christophe, Paris, 1933. — P. Perdrizet, Le calendrier parisien à la fin du M. A., Paris, 1933, p. 181-83. — E. K. Stahl, Die Légende vom hl. Riesen Chrislophorus in der Graphik des XV. und XVI. Jhts, Munich, 1920. — É. Mâle, Uart religieux du XIII' s., Paris, 1910, p. 272. — K. Kiinstle, Ikonographie der Heiligen, Fribourg-en-Br., 1926, p. 158.
G. Bardy.
2. CHRISTOPHE (Saint), martyr à Cordoue. Paul Alvare, dans sa Vita S. Eulogii, c. iv, n. 12, attribue à Christophe une origine arabe, .\rabs génère; il laisse entendre qu'il écrira la biographie de Chr. (P. L., cxv, 714); a-t-elle été rédigée et a-t-elle été perdue? On l'ignore. Toujours est-il que nous n'avons sur ce saint que la courte notice que S. Euloge lui consacre dans son Memoriale sanctorum. D'après cet auteur, Chr. était son parent et son disciple; il avait professé la vie monastique au monastère de S. -Martin, dans les montagnes de Cordoue, où il avait mené une vie sainte. Sous l'impulsion du courant de ferveur qui s'empara des mozarabes vers le milieu du ix« s., il se présenta aux juges, avec un autre moine du monastère des SS.-Juste-et-Pasteur, Léovigilde. Ils furent condamnés à la peine capitale et moururent le 20 août 852. Leurs corps furent brûlés, mais des chrétiens purent sauver quelques reliques, qu'ils déposèrent dans l'église de S.-Zoyl à Cordoue. Leur mémoire est mentionnée dans le martyrologe d'Usuard et, à la suite de celui-ci, dans tous les autres martyrologes. Les arguments invoqués par Mabillon pour en faire des moines bénédictins sont rejetés aujourd'hui (.4. S. 0. S. B., saec. m. II" pars, Venise, 1735, col. 690 sq.).
P. Alvare, Vita seu Passio S. Eulogii, iv, n. 12; P. L., cxv, 714. — S. Euloge, Memoriale sanctorum, II, xi; P. L., cxv, 792. — Tamayo Salazar, Anamnesis ( Martyrologium) , IV, Lyon, 1656, p. 513. — A. S., août, iv, 97. — E. Flôrez, X, 395; XII, 208. — Baronius, ann. 852, n. 17. — Simonet, Hist. de los Mozârabes, dans Memorias de la R. Acad. de la historia, xiii, Madrid, 1903, p. 433.
F. PÉREZ