ARCHEVÊCHÉ DE CHYPRE
Fig. 109. — Carte ecclésiastique de l'île de Chypre.
siège avec voix délibérative. Le saint synode tient une session par an, pendant le grand Carême; elle ne dure pas moins de quinze jours. Il peut y avoir aussi des sessions extraordinaires, quand l'archevêque le juge nécessaire ou quand la demande en est faite par deux métropolites. Le saint synode s'occupe de toutes les questions d'intérêt général qui intéressent la foi, la morale et la discipline. 11 est aussi le tribunal ecclésiastique suprême. Cependant un évêque condamné par lui peut faire appel à un tribunal supérieur, composé de ses pairs et d'un délégué de chacun des quatre patriarches de Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem et de l'Église de Grèce.
Des commissions centrales veillent sur les intérêts généraux de l'Église. Chaque diocèse possède des commissions composées de huit membres (quatre clercs choisis par le métropolite et quatre laïcs élus par les commissions paroissiales). Elles s'occupent de l'administration financière du diocèse et contrôlent les comptes des paroisses. A leur tour celles-ci possèdent des commissions chargées de gérer leurs biens; elles comptent de trois à cinq membres élus par les
TTctyKÛTTpiov iepoSiSacrKÔAeiov, sorte de séminaireécole normale, dont le but était de former des curés de campagne capables d'être maîtres d'école. On y enseignait, en plus des sciences ecclésiastiques et profanes ordinaires, des éléments d'agriculture et de travail manuel. Les études duraient cinq ans. Cet établissement a dû fermer ses portes en 1932 parce que les lois d'État, aussi bien en Grèce qu'en Chypre, refusaient le droit d'enseigner aux élèves qui en sortaient. Le saint synode songe depuis lors à créer un véritable séminaire, mais il n'y est pas encore parvenu Les clercs qui ont des grades théologiques — - ils sont très rares — les ont obtenus soit à Athènes, soit en Angleterre.
Au dire de l'archimandrite Kyprianos, l'Église de Chypre aurait compté soixante-quinze monastères au temps de sa prospérité. Ce nombre est certainement exagéré. En tout cas, il ne reste plus à l'heure actuelle que sept monastères en exercice; encore deux ou trois d'entre eux ne comptent-ils qu'un nombre infime de moines. Le plus ancien est celui de Kykkos, fondé vers 1090 par le moine Isaïe, avec l'appui de l'empereur
CHY
PRE
Alexis Comnèiie, qui lui donna une icône de la Vierge Miséricordieuse ('EAeoOcra), œuvre de S. Luc, d'après la tradition. Depuis 1930, ce monastère a causé bien des ennuis à l'archevêque, par son indiscipline. Il compte une trentaine de moines. Le monastère de Machéras fut fondé pendant les premières années du XIII* s. par le moine Nil. Celui de S.-Néophyte-le- Reclus remonte à 1159 et doit son origine au saint dont il porte le nom. Celui de la Chrysorrhoïtissa remonterait au milieu du xii^ s. et celui de la Trooditissa à 1220 environ. Celui de Stavrovounion revendique une plus grande antiquité, puisqu'il aurait été construit à l'endroit où l'impératrice Ste Hélène aurait débarqué en 327. Le septième monastère est celui de S.-Pantéléimon. Kykkos, Machéras et S.-Néophyte-le-Reclus sont des monastères stavropégiaques, c.-à-d. qu'ils dépendent directement de l'archevêque, bien que tous ne soient pas situés dans son éparchic. Ces sept couvents ne connaissent plus qu'une vie cénobitique fort mitigée et le nombre total des moines n'atteint pas la centaine. Il n'y a plus de monastères de femmes.
La population grecque orthodoxe de l'île ne cesse d'augmenter. De 158 585 en 1891, le nombre des fidèles est passé à 183 239 en 1901, à 213 500 en 1911, à 249 342 en 1921 et à 284 863 en 1931. Elle vit surtout dans les villages (environ 400), car les villes sont peu nombreuses et peu importantes. On compte 659 églises ou chapelles desservies par environ 700 prêtres. L'enseignement primaire était donné durant 1947 par 1 044 professeurs (723 instituteurs et 321 institutrices), dans 668 écoles populaires (187 de garçons, 191 de filles et 290 écoles mixtes), avec 48 327 élèves. L'enseignement secondaire comptait une dizaine d'établissements avec 8 893 élèves (6 315 garçons et 2 578 filles). L'entretien de ces écoles exige chaque année environ 450 000 livres sterling.
Les journaux ne manquent pas dans l'île, mais l'Église n'a pas brillé jusqu'à présent par ses publications. En 1911, parut à Larnaka une revue ecclésiastique bimensuelle, Le Messager ecclésiastique ('EKKAriCTiotaTiKÔs KfjpuÇ), qui dénotait un notable effort, sans avoir pour autant de valeur scientifique. Son fondateur, Mélétios Métaxakis, la transféra aux États-Unis. Elle a été remplacée en 1928 par L'Apôtre Barnabe ('AttôotoAos Bàpvagas), qui tient plus du bulletin paroissial que de la revue diocésaine.
8" Liste des archevêques grecs de Chypre. — Elle est assez difficile à établir, à cause du manque de documents précis pour certaines époques et des créations légendaires qui ont prétendu y suppléer. Elle sera d'ailleurs étudiée plus complètement sous le titre de CoNSTANTiA, mais nous pensons qu'il est utile de la donner brièvement ici pour compléter les renseignements sur l'Église orthodoxe de Chypre : S. Barnabé, 45. — Héraclidès, fin ni» s. — Gélase, 325. — S. Épiphane I", 368-403. — Sabinus I", 404. — Troïlos, vers 420. — Théodore, ?-431. — Rhéginus, 431. — Olympius, 449, 451. — Sabinus II, 458. — Anthémius, 488. — Olympius, 495?. — Damianus, vi« s. — Sophrone I«', vi» s. — Grégoire, fin du vi« s. — Arcadius, fin du vi« s. — Sergius, vers 649. — Arcadius II, vers 670. — Épiphane II, 681. — Jean I", vers 690. — Georges, 753. — Constantin, 787. — Basile, ix« s. — Épiphane II, vers 870. — Nicolas Muzalon, 1110, 1147.— Jean II, 1152-1170?. — Barnabé.— Sophrone, av. et ap. 1191. — Isaïe, 1205-1209. — Syméon ou Hilarion, vers 1218. — Néophyte, av. 1223. — Grégoire- Germain, 1251?. — Germain I" Pesimandros, 1251, 1260. — Vacance de trois siècles due à la domination latine. — Timothée, 1575-?. — Athanase, 1598-1600. — Benjamin, 1602. — Christodoulos I", 1606-?. — Timothée, 1622-?. — Ignace, ?-1634. — - Christodoulos II,
1637, 1638. — Nicéphore, 1640-1671. — Hilarion Kigalas, 1674-79. — Jacques I", 1679-1689. — Germain II, 1690-1705. — Jacques II, 1710. — Éphreni, 1715. — Silvestre, 1718-31. — Philothée, 1734-t 1759. — Païsios, 1759-66. — Chrysanthe, 1767-t 1810. — Cyprien, 1810-t 1821. — Joachim, 1821-24. — Damascène, 1824-27. — Panarétos, 1827-t 1840. — Joannice, 1840-t 1849. — Cyrille I", 1849-t 1854. — Macaire I", 1854-t 1865. — Sophrone II, 1865-t 22 mai 1900. — Cyrille II, 10 avr. 1909-t fm 1916. — Cyrille III, fin 1916-t 15 nov. 1933. — Léonce, 20 juin- 26 juin. 1947. — Macaire II, 24 déc. 1947-t 28 juin 1950. — Macaire III, 20 oct. 1950.
II. ÉGLISE LATINE. — 1° Êpoque franque. — L'établissement de l'Église latine en Chypre semble avoir commencé avec la chute du royaume de Jérusalem et l'exode qui en fut la conséquence. Il y avait déjà des prêtres et quelques chapelles avant que Guy de Lusignan en devînt roi, mais la hiérarchie n'était pas organisée. On signale cependant un chapitre de chanoines à Nicosie (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m, 605-06). Amaury (1194-1205) voulut remédier à cette situation à la fois pour contenir les grecs et pour mieux assurer sa domination. Il s'en ouvrit au pape Célestin III (1191-1198) qui, par une bulle du 20 févr. 1196, chargea l'archidiacre de Laodicée et Alain, chancelier du roi et archidiacre de Lydda, de déterminer les détails concernant la hiérarchie (P. L., ccvi, 1147-48). L'île fut divisée en quatre diocèses formant une province ecclésiastique. L'archevêché fut établi à Nicosie et eut sous sa juridiction les évêchés grecs de Leucosie (Nicosie), Trimithonte, Kitium, Lapithos, Kérynia, Chytri, Soli et.Tamassos; le diocèse de Paphos, ceux de Paphos et d'Arsinoé; celui de Limassol*, ceux de Courium et d'Amathonte; enfin celui de Famagouste (Ammokhostos), ceux de Salamine et de Carpasion.
Alain fut élu premier archevêque en 1196 et confirmé par le pape. Le 13 déc. de cette même année, Célestin III précisa ses droits et lui donna entre autres celui de porter le pallium aux grandes fêtes liturgiques. Thierry (1206-1211) eut à défendre l'indépendance de son Église contre le patriarche de Constantinople, Thomas Morosini, qui prétendait soumettre Chypre à sa juridiction. Innocent III repoussa cette demande, mais il ordonna à Thierry de venir à Rome ou d'y envoyer des délégués pour régler le différend (P. L., ccxv, 966; de Mas-Latrie, op. cit., ii, 35-36). La nomination de Durand, en 1211, ne fut pas approuvée par Innocent III, parce que les chanoines avaient déféré son choix à Hugues I«' (Potthast, Reg., i, 4350, 4646, 4649, 4650). A la place de Durand fut élu Albert, patriarche de Jérusalem, qui vivait en Chypre (Amadi, Chronique, 27; Florio Bustron, Chronique, dans Sathas, Biblioth. Gracca Medii Aevi, ii, 482). L'archevêque Eustorge de Montaigu (1217-1250) eut le temps d'organiser sérieusement l'Église. De Mas-Latrie dit de lui : « Il se montra sévère défenseur des droits de l'Église contre les grands et les petits, les laïques et les clercs, et en même temps administrateur généreux et dévoué. Il régla avec la royauté et la noblesse la question des dîmes et des anciennes terres ecclésiastiques; il favorisa le développement du clergé régulier; il accrut les domaines de l'Église métropolitaine; il augmenta le nombre de ses clercs et la splendeur du culte; il construisit un archevêché et termina l'église Ste-Sophie qu'Albert avait commencée » (Hist. des archevêques de Chypre, 215). On possède plusieurs instructions que lui envoya Honorius III sur le gouvernement de son Église (Pressutti, Regesta Honorii III papae, i, Rome, 1895, n. 3750, 4783, 6737). Le zèle d'Èustorge n'empêcha pas complètement les abus. En mars 1248, le légat Eudes de Châteauroux lui repro-
CHY
PRE
chait de n'avoir pas appliqué les prescriptions du concile de Latran (1215) relatives à l'instruction du peuple. En conséquence il demandait l'ouverture immédiate d'écoles pour les enfants et d'une école de théologie à Nicosie, pour les clercs (Mansi, xxvi, 338). Hugues de Fagiano (1250-1260), dont nous avons parlé plus haut à propos de son attitude à l'égard des grecs, se montra zélé pour maintenir la discipline du clergé et défendre les droits de l'Église contre la noblesse; sa conduite, peu compréhensive à l'égard des dissidents, causa parfois bien des difficultés qu'il eût mieux valu éviter. Gérard de Langres (1294-1302) fut un des conseillers les plus dévoués de Philippe le Bel et ne se rendit pas même en Chypre. C'est pourquoi Boniface "VIII le frappa de suspense en 1303. Le dominicain Jean del Conte (1312-1332) déploya le plus grand zèle pour rétablir la discipline ecclésiastique, fortement diminuée par la richesse et le luxe; il se fît remarquer aussi par sa générosité inépuisable (de Mas-Latrie, Hist. des archevêques de Chypre, 257, 262). Citons encore le cardinal Élie de Nabinaux, que Jean XXII nomma le 16 nov. 1332 et qui continua les réformes de ses prédécesseurs, mais sans obtenir les résultats qu'il espérait (Mansi, xxvi, 371).
A partir du xv^ s., l'Église de Chypre eut trop souvent des archevêques commendataires qui ne résidaient pas dans l'île. Leur absence permettait aux abus de prendre de l'ampleur. D'autres appartenaient à la noblesse et se trouvaient mêlés aux affaires politiques, ce qui gênait parfois leur ministère sacré. Maîtres de l'île, les Vénitiens eurent souvent des démêlés avec la hiérarchie. L'archevêque Louis Pérez Fabrice (1471) s'opposa résolument à leur politique jugée par lui nuisible aux intérêts de l'Église et l'un de ses successeurs, Benoît Soranzo (1481-1495), eut à subir de leur part d'odieuses tracasseries. Jusqu'au milieu du xvi« s., les archevêques furent élus par le chapitre métropolitain et confirmés par le pape. Les Vénitiens obtinrent de Pie IV (1559-1565) le droit de patronage sur l'Église de Chypre. En conséquence le sénat présentait quatre candidats au Souverain pontife qui nommait celui qui lui agréait (Reinhard, Vollstândige Geschichte des Konigreiches Cypern, ii, 1768, p. 126-27). Le seul choix fait de cette façon fut très heureux. A la fin de 1559, Pie IV nomma Philippe Mocenigo, qui travailla avec zèle au relèvement religieux de ses fidèles; il aida puissamment les Vénitiens à défendre l'île contre les Turcs et, quand elle fut perdue (1571), il se retira à Rome et mourut en
Pour renforcer sa domination en Chypre, Guy de Lusignan attribua aux chevaliers qui voulaient se fixer dans l'île des fiefs pris sur les terres qui avaient appartenu à l'Église grecque. Les évêques latins réclamaient ces biens, quoiqu'ils eussent déjà à leur disposition ceux des évêchés grecs supprimés et des monastères, ainsi que les dîmes que les nobles s'étaient engagés à payer. En 1220, une convention établit la légitime possession des fiefs donnés par le roi et, en contre-partie, les nobles promirent de nouveau d'acquitter les dîmes. Trop souvent ces promesses restèrent sans efiet et, pendant plus de cent ans, on enregistrera encore maintes protestations des évêques et des papes contre le manquement à la parole donnée. Les archevêques Eustorge de Montaigu et Hugues de Fagiano insistèrent particulièrement sur ce point et Rome les soutint constamment. Après la prise de S. -Jean d'Acre (1271), le roi Henri II préleva sur tous les habitants du royaume une taxe exceptionnelle, pour renforcer la défense de l'île que menaçaient les succès des musulmans. Comme les ecclésiastiques étaient particulièrement mis à contribution, l'archevêque Jean d'Ancône, pourtant assez faible de carac-
tère, protesta avec énergie (de Mas-Latrie, Hist. des archevêques de Chypre, 249). A partir de la seconde moitié du xiv^ s., cette querelle des dîmes peu ou point payées perdit de son acuité, surtout parce que les archevêques résidaient rarement dans l'île.
Il serait injuste de croire que l'épiscopat cypriote n'eût que des soucis d'intérêt matériel. Les Constitutiones Ecclesiae Nicosiensis lui faisaient une obligation de tenir chaque année un ou deux synodes pour examiner les moyens de maintenir et de renforcer la discipline tant des clercs que des fidèles (Mansi, xxvi, 311). Hugues de Fagiano y ajouta diverses ordonnances relatives à l'obéissance et au respect que les laïques doivent aux membres du clergé, à la concurrence que les ordres religieux faisaient au clergé séculier, à l'usure, qui s'était répandue en Chypre « comme un chancre » {ibid., 318-22). Eudes de Châteauroux, légat pontifical, laissa, après sa visite de 1248, des décrets sur les écoles et les paroisses (ibid., 337-42). En 1298, un synode promulgua des canons disciplinaires sur l'administration des sacrements, les dîmes, la sépulture ecclésiastique (ibid., 347-56). Celui de 1313 prit des mesures pour remédier à l'ignorance du clergé qui était alors profonde (ibid.. 357). Les ordonnances de Jean del Conte se rapportent surtout aux clercs qui négligent les devoirs de leur charge, n'assistent pas aux offices, portent des vêtements laïques ou vivent comme des séculiers (1320) (ibid., 363-65). Il serait trop long de signaler toutes les décisions prises par les synodes. Elles dénotent chez les évêques le souci constant de maintenir la discipline en luttant contre les abus. Sans doute leurs efforts n'étaient pas toujours couronnés de succès, à cause de la dépravation du milieu et des mauvaises habitudes prises, mais du moins les évêques se montrèrent-ils fidèles à leur charge. Ce souci se manifesta d'une façon particulière chez le dernier archevêque résidentiel, Philippe Mocenigo. Dans un rapport au sénat de Venise, Sagredo s'exprimait ainsi sur son compte : « Le chant est réorganisé; les saints offices sont célébrés convenablement à toutes les fêtes; chaque jour il y a matines, une grand-messe, et, le soir, vêpres et compiles... L'Église de Nicosie a été mise sur un aussi bon pied que possible par le nouvel archevêque et le service divin s'y fait régulièrement •> (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, ni, 542-45). Ce n'est donc pas dans la décadence et l'anarchie que disparut l'Église latine de Chypre, mais sous les coups des Turcs. Les monuments splendides qu'elle a laissés témoignent éloquemment du respect dont elle a entouré le culte.
2° Les ordres religieux. — Les premiers religieux latins qui s'établirent en Chypre vinrent probablement de Jérusalem à la suite de Guy de Lusignan. Leur nombre augmenta naturellement avec la perte de S.-Jean-d'Acre (1291), qui entraîna l'évacuation complète de la Palestine. On y rencontrait les ordres les plus variés : augustins, bénédictins, carmes, chartreux, cisterciens, franciscains, chanoines réguliers, dominicains et prémontrés. C'est dans la capitale qu'étaient surtout les couvents. Il y en avait cependant en dehors de Nicosie. C'est ainsi qu'on trouve les augustins à Nicosie, Famagouste et Limassol ; les carmes dans les trois mêmes villes et près du village d'Apélémidia; les dominicains à Nicosie, Famagouste, Limassol et Vavla; les franciscains à Nicosie, Famagouste, Limassol et Paphos; les prémontrés à Nicosie, i Paphos et près du village de Kazaphani (Ét. de Lusi- | gnan, Chorograffia et brève historia universale deW isole ' de Cipro, Bologne, 1573, p. 32-33; archimandrite Kyprianos, 'IcjTopîa xpo^O'^oy^'H "^^S vt^ctou KÙTrpou, êpocviCTÔEîCTa ÉK Siaçopcûv ioTopiKwv Kai ovvTeôeîCTa âTT^T^ çpàaEi, Venise, 1788, p. 87-88).
CHY
PRE
Les carmes vinrent les premiers, au dire d'Ét. de Lusignan, ce qui leur valut la préséance sur les autres religieux. Leur monastère principal était à Nicosie et dédié à N.-D. du Mont-Carmel; il existait encore à la fin du XV* s. (Amadi, Chronique, 248). Avec leurs quatre couvents, les dominicains exercèrent une grande influence, qu'ils durent en partie à l'appui que leur donnait la cour et aux ressources considérables dont ils disposaient. Ils furent introduits à Nicosie en 1226, bâtirent une belle église en l'honneur des SS. Pierre et Paul et un monastère splendide que les Vénitiens durent démolir en 1567, parce qu'il gênait leurs travaux de fortification. L'église servit souvent de lieu de sépulture pour la famille royale et la noblesse. A la fin du xv« s., leur situation financière était devenue très mauvaise, parce que la reine Charlotte n'avait pas pu rendre les sommes importantes qu'ils lui avaient bénévolement prêtées pour défendre ses droits contre son frère naturel Jacques. De quatrevingts le nombre de leurs religieux était tombé à dix (Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 15; Félix Fabri, Evagatorium in Terram sanctam, m, 235). Les franciscains font remonter leur première apparition en Chypre à S. François, qui y aurait abordé en se rendant en Égypte. Eux-mêmes s'y établirent en 1226. Leur couvent de Nicosie possédait une hôtellerie pour héberger les pèlerins et leur église abrita également des tombes royales. Il y avait à Nicosie un monastère de franciscaines sous le vocable de Ste-Claire et un autre en dehors de la ville, à La Cava (Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 19, 61). Les cisterciens n'avaient qu'un seul monastère, qui est connu sous différents noms, Ste-Marie-de-Beaulieu, N.-D. des-Champs, S.-Jean-de- Montfort, à cause des reliques de ce saint qu'il possédait (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m, 651). Quand les cisterciens se retirèrent, le couvent fut donné aux franciscains de l'observance, sous Jacques II (Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 33). Les cisterciennes possédaient deux couvents au xiii* s., celui de Ste-Marie- Madeleine et un autre dont le nom est resté inconnu (de Mas-Latrie, Documents nouveaux servant de preuve à /'/lis/, de l'île de Chypre, 343-44). Les bénédictins étaient établis à Nicosie et dans les environs. On leur connaît au moins trois monastères : Ste-Marie de Dragonaria, S.-Jean-l'Évangéliste de Bibi, que les grecs eurent plus tard, et celui de Stavrovounion, qui avait appartenu à ces derniers et qui leur revint; il était situé à l'endroit où, d'après la tradition, Ste Hélène avait bâti une église en 327 (de Mas-Latrie, Documents nouveaux..., 355-56; Hist. de Chypre, ni, 294, n. 504). Les bénédictines possédaient deux monastères, l'un qu'Amadi (Chronique, 276) appelle N.-D.de-Sur, et celui de Ste-Anne, que les Vénitiens démolirent en 1567 pour fortifier la ville de Nicosie. Les prémontrés avaient des couvents à Nicosie et à Paphos, mais le plus célèbre se trouvait au sud-est de Kérynia, près du village de Kazaphani et s'appelait abbaye de la Paix (De Lapaiis) ou de Bella Paese, ou encore Abbaye Blanche, à cause de la couleur de l'habit des religieux. C'était un des plus beaux monuments de l'art gothique en Chypre et ses ruines grandioses produisent encore une profonde impression sur le visiteur (Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 54; de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m, 513). Les grecs lui ont conservé son nom et l'appellent AeXhaTralGW. Les prémontrés exercèrent pendant longtemps une grande influence à cause de leur ferveur et de leur zèle apostolique, ce qui leur permit de lutter parfois contre les archevêques dont ils ne voulaient pas reconnaître l'autorité. Malheureusement, ils tombèrent dans une grande décadence et leurs mœurs étaient des plus fâcheuses vers le milieu du xvi« s. (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, ni, 543, 633).
Chypre posséda tout naturellement des ordres militaires, parce qu'elle était un boulevard important de la chrétienté contre l'Islam. Nous avons vu que les Templiers furent les premiers à la posséder après la victoire de Richard Cœur de Lion. Ils y renoncèrent bien vite, après la sanglante journée de Nicosie. Ils eurent cependant des maisons à Limassol et à Paphos et ils se montrèrent en général hostiles aux Lusignans. Quand leur ordre fut dissous en 1312, ils étaient cent dix-huit en Chypre et ils subirent le même sort que leurs frères de France: un bon nombre d'entre eux moururent en prison (Amadi, Chronique 261, 286). Leurs biens furent dévolus aux hospitaliers de S. -Jean, qui possédaient des couvents à Limassol et à Nicosie. Ils eurent ainsi une cinquantaine de villages et de fiefs. Leur grand commandeur s'établit à Colossi, dont les vins dits de la Grande Commanderie étaient renommés. Ils jouèrent un rôle important dans l'histoire du royaume de Chypre et furent souvent favorisés par les princes. On trouvait encore à Limassol et à Nicosie des hospitaliers dits de S.-Thomas-Becket et des chevaliers teutoniques à Limassol (de Mas- Latrie, Hist. de Chypre, ii, 81-82, 213). Plusieurs de ces derniers moururent en odeur de sainteté et sont encore vénérés par les grecs.
Les ordres religieux fournirent aux quatre diocèses de Chypre près d'une quarantaine d'archevêques et d'évêques; ces prélats furent parmi les plus soucieux de maintenir et de renforcer la discipline. D'une façon générale tous les religieux cypriotes exercèrent une action bienfaisante pendant plus de deux siècles, mais le relâchement s'introduisit parmi eux avec le temps. Le tableau qu'en trace, en 1485, le P. Fabri n'a rien de flatteur (Evagatorium..., in, 235-42). Il parle du clergé séculier en termes encore plus accentués. D'après lui, la décadence venait en grande partie du fait que les archevêques ou les visiteurs apostoliques ne se montraient plus et que le clergé latin avait tendance à imiter le clergé grec, alors fort relâché.
3° Après la conquête turque. — La prise de Nicosie et de Famagouste par les Turcs mit fin à la domination latine (1571). Les vainqueurs, irrités de la longue résistance des chrétiens, se livrèrent à une violente persécution contre les vaincus. Leurs églises furent converties en mosquées ou en magasins, la plupart des prêtres et des religieux massacrés ou emmenés en captivité; quelques-uns seulement purent s'enfuir dans les montagnes; deux évêques périrent dans ce désastre, Contarini de Paphos et Séraphin, O. P., de Limassol (Ét. de Lusignan, Hist. générale des roîaumes de Hiérusalem, Cypre, Arménie et lieux circonvoisins, Paris, 1613, p. 16, 20, 90). Au dire de cet auteur, il ne resta plus aucun Latin dans l'île. Les Grecs, qui avaient à venger plusieurs siècles d'oppression, aidèrent plus d'une fois les Turcs dans leur sinistre besogne.
Cependant les franciscains revinrent bientôt, puisqu'on les retrouve déjà à Larnaca en 1572. Là, ils desservaient l'église S. -Lazare pour les rares marchands occidentaux établis dans l'île et pour les pèlerins de passage. En 1593, ils construisirent un couvent et une église. Leurs ressources provenaient des dons des marchands et des aumônes que leur laissaient les pèlerins. Nicosie possédait, à la fin du xvi» s., une chapelle desservie par un prêtre séculier objet des soins de ses rares fidèles. L'observantin Jean-Baptiste de Todi, qui avait relevé l'église de l'ancien hospice des franciscains dans cette ville, dut la céder à la custodie de Terre sainte, qui la réclamait pour y établir un collège où ses religieux devaient apprendre le grec (1667). Les observantins s'établirent près de là, I mais leur apostolat cessa bientôt. Il avait cependant I été très fructueux, puisqu'ils avaient ramené à l'unité
PRE
des dissidents maronites et arméniens, converti des nmsulmans et fondé une école.
Les catholiques latins dépendaient du vicariat patriarcal apostolique de Constantinople. Ils en furent détachés en 1762 pour former, avec la Syrie et la Palestine, le vicariat apostolique d'Alep. En 1848, fut rétabli le patriarcat de Jérusalem, avec juridiction sur la Palestine et Chypre. Jusqu'alors les franciscains avaient seuls assuré le service religieux. Mgr Valerga, premier patriarche, réorganisa l'apostolat dans l'île, y envoya des missionnaires et des religieuses; des écoles furent ouvertes. Les sœurs de S.-Joseph-del'Apparition arrivèrent à Larnaca le 2 déc. 1844 et, dès le mois de janvier suivant, elles ouvrirent une école; elles organisèrent un hôpital en 1853 et, plus lard, encore un dispensaire {Êmilie de Vialar, fondatrice de la congrégation des sœurs de S. -Josepti-de-l' Apparition, Marseille, 1901, p. 382-87). Hlles s'établirent à Nicosie en 1877, où elles ouvrirent une école, puis à Limassol en 1884; elles y ont une école et un dispensaire. Il y a trois paroisses proprement dites : Nicosie, avec l'église de Ste-Croix et une école paroissiale; Larnaca, avec deux églises, celle de S.- loseph en ville et une autre près du port, ainsi qu'une école paroissiale. Famagouste possède une petite église catholique. Les fidèles de rite latin étaient au nombre de 1 010 en 1928. Les Anglais montrent beaucoup de déférence au clergé catholique, au grand mécontentement des grecs.
4° Les maronites. — Pendant la domination latine, les maronites étaient nombreux en Chypre et formaient la communauté la plus importante après les grecs, au dire d'Ét. de Lusignan (Cliorografjîa, 34). Les premiers étaient peut-être venus dès le viii« s., mais la plupart arrivèrent à la suite de Guy de Lusignan, qui leur accorda flefs et privilèges. Ils avaient une soixantaine de villages en 1224. Leur nombre fut encore renforcé par une nouvelle immigration au XV* s., quand les Vénitiens se rendirent maîtres de l'île. On ne saurait cependant exagérer leur nombre, comme l'ont fait Cyrilli (800 000) (Les maronites de Chypre, dans Terre sainte, xvi, 1899, p. 69) et Hackett (180 000) (History of t1\e ortfiodox Church of Cyprus, Londres, 1901, p. 528). Leur catholicisme était sujet à caution. Eugène IV envoya en Chypre André de Colosses pour les ramener à la véritable orthodoxie, car ils étaient retombés dans leur monothélisme originel. Le légat pontifical décida l'évêque Élie à l'accompagner à Rome, où l'union fut rétablie par une profession de foi solennelle d'ÉIie et un décret pontifical (7 août 1445) (Mansi, xxxii, 1755-58).
La domination turque fut fatale aux maronites. Ils n'avaient plus que 33 villages en 1572, 19 en 1596. Clément VIII (1592-1605) chargea le P. Dandini, S. J., d'aller les visiter. Il résulte du rapport de ce religieux qu'ils avaient ordinairement un évêque dans le monastère de Dali, près de Carpasion, que leur situation était misérable, parce que Turcs et Grecs s'acharnaient à les ruiner. Beaucoup cherchèrent alors refuge en Syrie et d'autres apostasièrent. Le P. Dandini demanda qu'on leur envoyât un évêque et les objets nécessaires pour le culte. En 1598, le patriarche consacra évêque de Chypre Moïse Anaissi d'Acura, qui se fixa à Nicosie. En 1662, le duc de Savoie assura aux évêques maronites de l'île une pension annuelle de 200 écus d'or. En 1636, l'observantin Jean-Baptiste de Todi s'occupa de ramener à la foi catholique les maronites qui étaient retombés une fois de plus dans leurs anciennes erreurs. Il y réussit et fit du hameau de Marghi, où il bâtit une église, le centre de son apostolat (Orbis Serapfiicus, i, Quaracchi, 1886, p. 637). La décadence allait en s'accentuant, puisqu'il n'y avait plus que dix paroisses à la fin du xvii« s. A
partir de cette époque, et pendant un siècle et demi, aucun évêque maronite ne mit les pieds en Chypre. Les titulaires résidaient au Liban et le synode de 1736 leur attribua un territoire de ce pays pour leur donner des ouailles (Collectio Lacensis, ii, 1876, p. 454). Les fidèles de Chypre étaient presque complètement abandonnés à eux-mêmes, sauf que les prêtres latins prenaient parfois soin d'eux, chose qui déplaisait aux Turcs. Ces pauvres gens étaient en butte aux persécutions des grecs et un certain nombre préférèrent se faire musulmans plutôt que d'adopter l'orthodoxie byzantine. Le chef de la communauté était le protopope de Cormatiki (de Mas-Latrie, Hist. de Ctiypre, I, 111). En 1845, le jjatriarche obtint que les maronites de Chypre fussent organisés en Église indépendante des grecs et rattachés à l'évêché de ce nom dont le titulaire résidait au Mont-Liban. En 1848, cet évêque visita son troupeau cypriote pour la première fois. Depuis lors les visites se sont renouvelées au moins tous les dix ans.
Les maronites de Chypre étaient 1 131 au recensement de 1891, 1 620 en 1928; ils habitent principalement la région de Kérynia et parlent le dialecte grec de l'île. Ils possèdent quatre monastères à peu près vides : S.-Élie près de Ste-jNIarina, Ste-Marie de Nicosie, Ste-Marie de Marghi, près de Myrtou, et S. -Romain à Vouna (Hackett, op. cit., 528). Les grecs continuent à les détester et leur reprochent de soutenir la politique anglaise dans l'île.
5" Les autres confessions. — L'île de Chypre fut naturellement considérée comme un refuge par les populations chrétiennes de la Syrie et des pays voisins tombés sous le joug musulman. Elles aflluèrent après la perte des principautés franques et du royaupie de Jérusalem. Guy de Lusignan leur accorda la liberté de pratiquer leur religion dans plusieurs localités de l'île. Au dire de Florio Bustron et d'Étienne de Lusignan, ces chrétiens orientaux étaient arméniens, maronites, coptes, jacobites, nestoriens, abyssins et géorgiens. Ils avaient leurs prêtres et en général un évêque envoyé par leur patriarche respectif. Bien qu'ils ne fussent pas rigoureusement astreints aux mêmes règles que les grecs en ce qui concernait leur obéissance au clergé latin, cependant l'Église catholique ne les négligeait pas; elle s'efforçait au contraire de les ramener à l'union. On a des lettres d'Honorius III, d'Urbain IV et de Jean XXII enjoignant aux prélats catholiques de travailler à leur conversion (de Mas-Latrie, Hist. de Cfiypre, m, 618-19, 655-57; Raynaldi, innalcs, ann. 1326, n. 28-29; v, 330-31). Certains archevêques, comme Élie de Nabinaux (1338), s'occupèrent activement de cet apostolat. Leur zèle était souvent mal récompensé, car ces dissidents persécutaient parfois leurs prêtres qui se soumettaient à l'autorité du S.-Siège. Après le concile de Florence, on amena la plupart d'entre eux à l'union, mais ils le firent sans convicton et ils retombèrent dans leurs erreurs. En somme, pendant toute la domination latine, ces dissidents se montrèrent généralement rebelles à tout rapprochement avec les catholiques latins, contre qui leur animosité ne cessa point.
Les syriens jacobites étaient depuis longtemps établis en Chypre quand les latins y vinrent eux-mêmes. D'après une bulle d'Honorius III du 20 janv. 1222, ils y avaient un évèché (de Mas-Latrie, Hist. de Cliypre, i m, 616-17). Au point de vue civil, ils avaient à leur | tète un reis, sorte de magistrat responsable devant les autorités latines. Ét. de Lusignan dit qu'ils recouraient à l'évêque copte quand ils n'en avaient pas de leur rite (Hist. générale..., p. 74). Le Quien (ii, 1421-22) donne une liste de huit évêques jacobites qui auraient exercé leur ministère dans l'île, depuis la fin du vii« s. jusque après la conquête turque. Les coptes, ou chré-
PRE
tiens d'Égypte, obéissaient au patriarche du Caire. Au dire de Lusignan, ils se montrèrent les hérétiques les plus obstinés et les plus opiniâtres de l'île. Ils avaient, près du village arménien de Platani, un monastère dédié à S.-Macaire, dont les moines étaient très attachés à toutes les prescriptions du monachisme oriental (Ét. de Lusignan, Chorografpa, 34). Comme les syriens, les arméniens étaient venus en Chypre longtemps avant les latins. Leur nombre augmenta sensiblement quand la Petite Arménie eut été conquise par le sultan d'Égypte (1322). Hugues II leur donna des secours importants. Ils avaient à Nicosie un évêque envoyé par le catholicos de Sis; il exista aussi à Famagouste un évéché qui ne dura pas longtemps (Ét. de Lusignan, Hist. générale..., 72; Chorografjia, 34). Les arméniens disparurent peu à peu, soit qu'ils se soient faits musulmans, soit qu'ils soient allés chercher fortune ailleurs. Ils n'étaient plus que 269 en 1891. Les violentes persécutions des Turcs pendant la guerre de 1914-1918 ont renforcé ce nombre, puisqu'ils étaient 2 540 en 1928. Les géorgiens, très peu nombreux, possédaient un petit monastère près d'Alamino, dans le district de Mazoto (Ét. de Lusignan, Hist. générale, 75). Les grecs les assimilèrent facilement, puisqu'ils avaient la même foi et le même rite. Les abyssins, établis à Nicosie, avaient à leur tête un évêque envoyé par leur métropolite. Au dire de Lusignan (Hisl. générale, 74), ils recevaient le baptême « au front avec un fer chaud » et pratiquaient la circoncision. Les nestoriens ou assyrochaldéens étaient confinés à Nicosie et à Famagouste. Dans cette dernière ville, ils formaient l'aristocratie fmancière vers le milieu du xiv s. Ils obéissaient à l'archevêque de Tarsous, en Cilicie, soumis lui-même au catholicos de Mésopotamie. Le légat pontifical, André de Colosses, emmena avec lui à Rome cet archevêque, après le concile de Florence. Le prélat signa le décret d'union en même temps que les maronites (7 août 1445). Cependant cette union ne dura pas, puisque Nicolas V se plaignait dans une lettre à l'archevêque de Nicosie de ce que les chaldéens étaient retombés dans leurs erreurs (1450) (Raynaldi, op. cit., ann. 1450, n. 14; ix, 554-55).
A ces dissidents il faut ajouter la secte assez curieuse des linobambaci (de deux mots grecs signifiant « lin » et « coton », sans doute pour railler leur double croyance). Ils descendent des maronites persécutés par les Turcs, parce que les grecs les accusaient de vouloir rétablir la domination vénitienne. Plutôt que de subir les vexations auxquelles ils étaient exposés de ce fait, un grand nombre adhérèrent ofTiciellement à l'islamisme, tout en conservant une bonne partie de leurs anciennes croyances, comme le baptême et la confirmation conférés après la circoncision. Ils sont probablement plusieurs milliers dans la région de Nicosie. Ils ont voulu profiter de la liberté apportée par la domination anglaise i)our revenir à la foi chrétienne. Ils rencontrèrent un apôtre admirable dans la personne du P. Célestin de Nunzio de Casalnuovo, franciscain de Terre sainte. Dix villages lui demandèrent ofTiciellement de fonder des écoles au milieu d'eux. Le clergé grec fit tout pour empêcher cette œuvre et ne recula même pas devant les violences. Beaucoup se découragèrent, mais il resta un petit groupe fidèle.
En dehors des dissidents orientaux, Chypre comptait, en 1928, 250 anglicans, 110 presbytériens et 90 protestants, presque tous de race anglaise. Les Juifs n'étaient alors que 40. Ils avaient été nombreux et riches pendant la domination latine, puisque les Génois imposèrent une contribution de 100 000 ducats à ceux de Famagouste, qui étaient au nombre de 2 000 d'après Lusignan. Le recensement de 1891 en comptait 127. Un commencement d'émigration s'était
dessiné au début du xx« s., encouragé peut-être parles autorités anglaises qui cherchent des adversaires capables de lutter contre les grecs. Ceux-ci protestèrent bruyamment, mais ce ne sont probablement pas leurs campagnes de presse qui arrêtèrent le mouvement. Les musulmans étaient 64 224 en 1931. Leur accroissement est relativement moins rapide que celui des grecs, Quelques milliers d'entre eux ont quitté le pays après le traité de Lausanne (1923), qui leur permettait de choisir entre la nationalité turque et la nationalité anglaise. A part 1 500 qui sont d'origine arabe, .'i peu près tous descendent des habitants du pays, grecs, maronites, arméniens ou syriens, qui ont embrassé l'islamisme. Ils parlent le turc, mais aussi le grec de l'île. Ils sont naturellement opposés à la politique de leurs compatriotes grecs qui réclament l'union de Chypre à la Grèce, car ils savent bien qu'ils n'auraient plus la même liberté si cette union se réalisait.
II existe de nombreux' travaux (ouvrages, articles de revues, etc.) sur l'île de Chypre, puisque Cl. D. Cobham en a recensé environ 700 au début du xx« s. Après avoir donné les listes bibliographiques les plus importantes, nous indiquerons les ouvrages d'ensemble et les principales chroniques (consacrées uniquement à la période médiévale), puis les travaux concernant l'histoire de l'Église, tant latine ((ue grecque, et enfin ceux qui regardent l'architecture et l'art religieux. Cette bibliograpliie se borne naturellement aux ouvrages qui ont trait à la matière de cet article.
On trouvera une bibliograpliie générale, plus ou moins développée, dans la Bibliogr. de l'Orient latin, publiée par les Archives de l'Orient latin, i, Paris, 1881. — La bibliographie de 1891 à 1912 a paru dans Bihliotheca geographica, i-xix, Berlin, 1895-1917. — Claude Délavai Cobham, An atlempt ai a bibliography oj Ci/priis, 4« éd., Nicosie, 1900.
— .J. Hackett, A hist. of Ihe orlhodox Church of Cypriis, Londres, 1901, p. xv-xvni. — Art. Kùirpoç, dans MEyécAr) èAATiviKr) èyKUKAoTTaiBeia, xv, Athènes, 1931, p. 471-73.
— Reinhard, \'ollstândige Geschichte der Konigsreiches Cypern, Hrlangen, 1766, p. i-xx. — Sakellarios, Tà Kuttpioxéc, I, Athènes, 18.'j5, p. iê'-K5'. — Sathas, Uibliotheca Graeca Medii Aevi, u, Venise, 1872, p. E'-TTKy'. — Sir Ronald Storres, A chronology of Cyprus, Nicosie, 1930.
Les ouvrages d'ensemble les plus importants à consulter sont : Cl. D. Cobham, A handbook of Cyprus, Londres, 1900. — Engel, Kypros, 3 vol., Berlin, 1841. — Archimandrite Kyprianos, "laropia xP°*'°^°y"^^ "^^^ vt|CTOu KÙTTpou, ÉpavKTÔEîcja ÈK 5ia<p6pcov laTopiKcov Kai ouuTESeïaa àTTXfj <ppàaEi, Venise, 1788; Nicosie, 1902. — Art. Kvjirpo;, dans MEyàXri êXAr|ViKfi èyKuxAoTTai5EÎa, xv, Athènes, 1931, p. 405-73. — Max Ohnefalsch-Richter, Kypros, 2 vol., Berlin, 1892. — Oberhummer, Die Iiisel Cypern, Munich, 1903; art. Kypros, dans Pauly-Wissowa, xii, 1, p. 59-117. — Sakellarios, Tà KuTTpioKà, Athènes, 1855 sq. — Sassenay, Chypre. Hist. et géogr., Paris, 1878. — Art. Cypros, dans Smith, Dict. of Greek and Roman geography, Londres, 1872, p. 729-31. — Sir Ronal Storres, A chronology oj Cyprus, Nicosie, 1930.
Les deux principaux auteurs à consulter sur le Moyen Age sont le P. Étienne de Lusignan et le comte L. de Mas- Latrie. — Étienne de Lusignan, Chorografjia et brève historia universale dell' isole de Cipro, Bologne, 1573; Description de toute l'île de Chypre, Paris, 1580; Hist. générale des roïaumes de Hiérusalem, Cypre, Arménie et lieux circonvoisins, Paris, 1613; Chronique et briève hist. générale de l'île et du roïaume de Cypre depuis l'an CXLII après le déluge universel, iusques à l'an de Notre-Sauveur Jésus-Christ MDLXXII, Paris, 161.'). — L. de Mas-Latrie, Hist. de Vile de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, 3 vol., Paris, 1861-1865; L'île de Chypre, sa situation présente et ses souvenirs du Moyen Age, Paris, 1879; Documents nouveaux servant de preuves à l'hist. de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan, dans Collections de documents inédits sur l'histoire de France. Mélanges historiques, IV, Paris, 1882, p. 337-620; Nouvelles preuves de l'hist. de Chypre, dans Biblioth. de l'École des chartes, 1872, p. 341-78; Un chapitre à supprimer dans V « Oriens christianus », dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr. et belleslettres, XXIV, 1896, p. 251-61; Hist. des archevêques latins
CHYPRE — CIANTES
de Chypre, dans Archiues de l'Orient lalin, ii, Paris, 1884, p. 207-328. — A. Palmieri, art. Chypre (Église de), dans D. T. C, n, 2424-2472.
Les chroniques les plus utiles à consulter sont : le XpoviKÔv KvTTpou de Léonce Machéras, publié par Sathas, Bibliolh. Graeca Medii Aevi, ii, p. 45-408, puis par Miller et Sathas, Paris, 1882. — Le XpoviKov Kù-rrpou de Florio Bustron, éd. par Sathas, Bibliolh. Graeca Medii Aeni, ii, 413-542, puis par L. de Mas-Latrie, sous le nom de Chronique de Chypre, dans Mélanges historiques, v, Paris, 1886. — Les deux Chroniques d'Amadi et de Strambaldi publiées par René de Mas- Latrie, Paris, 1891-1893. — Philippe de Navarre et Gérard de Monréal, Les Gestes des Chiprois, éd. Renaud, Soc. de l'Orient latin, Genève, 1887. — Bérard, Cypris, Clironique de l'île de Chypre au Moyen Age, Paris, 1902.
Sur les Lusignans, en dehors de Mas-Latrie, on consultera Du Cange, Les familles d'oulre-mer, éd. Rey, Paris, 1869. — Farcinet, Les rois de Jérusalem et de Chypre de la maison de Lusignan, Fontenay-le-Comte, 1900. — Herquet, Cyprische Kônigsgestalten des Hauses Lusignan, Halle, 1891. — D. .Jauna, Ilist. générale des roïaumes de Chypre, de Jérusalem, d'Arménie et d'Êgypte, 2 vol., Leyde, 1747. — Loredano. Historié de' rè Lusignani, Venise, 1653. — Pascal, Hist. de la maison de Lusignan, Paris, 1896.
On complétera les nombreux renseignements que donnent le P. Étienne de Lusignan et le comte L. de Mas- Latrie sur les Églises latine et grecque par les ouvrages suivants : J. Bryennios, MeAéTTi iTEpi tt\^ tcôv Kuirpicou tTpos Trju 6p9o56Çov 'EKxAriaiav n£A£Tri6eîariç èvcoctecos. Tà EÛpe- OÉvTa, II, Leipzig, 1768, p. 1-25. — Delicanis, Tà Èv toïs Kco5iÇi Toû TTorrpiapxiKOÛ àpxaioçuXaKiou CTCojôtiEva êtriaripia ÈKKXriaiaCTTiKà Ëyypaça xà àçopcôv tq siç ràç axÉceis toû oIkouijevikoù TTaTpiapxEiou Trpos tos ÈKKAriaïaç 'AAeÇavSpElas, 'AvTioxeiotç, 'lEpoaoAvjycùv Kai Kuirpou (documents concernant Chypre de 1575 à 1863), Constantinople, 1904, p. 546-635.
— Duckworth, Church oj Cypriis, Londres, 1900. — Ph. Georgiou, 'EiSriaEiç itrropiKai TTEpi Tfjs EKKAriaïaç ttî? Kùirpou, Athènes, 1875. — .1. Hackett, A hist. of the orlhodox Church oj Cyprus from the coming of the apostles Paul and Barnabas to the commencement o/ the British occupation, Londres, 1901 (principal ouvrage à consulter pour l'histoire de l'Église grecque, et même latine, écrit par l'aumônier anglican des troupes d'occupation). — Éphrem, patriarche de .Jérusalem, 'H irEpiypaçTi Tfjç CTEgoauiaç novfjç Tfiç Kùkkou, Venise, 1751 ; Tuttikti 616x0^15 cl)S EÛpiTai Tris Kaxà ti^v vr|aoû KÙTTpou CTEgaa^ias Kal paaiAiKfis MovfÎ5 Tfiç ÙTTEpayias Seotokou MaxaipàSoç ËTriAEyoïJÉvris, Venise, 1756. — Karnapas, 'AvéK- 5oTa KUTTpiaKà Ëyypaça toû I H 'aicôvoç, Ammokhostos, 1904. -— Kepiadès, 'ÀTronvripoveùiaaTa tùv Kaxà t6 1821 év TÎj vriCTCo TpayiKcôv ctktivcôv, Alexandrie, 1888. — Miklosich, Acta et diplomala monasteriorum et ecclesiaruni Orientis,
II, Vienne, 1887, p. 392-432. — Oberhummer, Aus Cypern : Taqeburhblàtter und Stndien, dans Zeilschr. der Gesellschaft fur Erdkunde, Berlin, 1890, p. 183-240; 1892, p. 420-86 (églises et monastères); Der Berg des hl. Kreuzes auf Cypern, Ausland, 1892, p. 364-66, 380-83, 394-97, 407-10. — .J. d'Orcel, Paphos, ses monastères et la féte de Vénus, dans Rev. britannique, v, 1874, p. 5-31. — Païsios, 'EyxEipiSiov TOTToypacpiaç Kai laTOpiaç Tfiç vfiaou Kûirpou, Varosia, 1887.
— A. Palmieri, De monasteriis ac sodalibus ordinis eremitarum S. Augustini in insula Cypri, dans Anal, august., T, 1905, p. 118-24. — Papadaki, "H laovf) Tris riEAAaiTaîSoç év KÛTTpco, dans "EoTTEpcç, 1882, p. 290 sq.; "H novf) toû KitIou, ibid., 1884, p. 17. — Riccardo, Constitutio Cypria Alexandri papae 111 Graece... Latineque reddita ac notis illustrala, Rome, 1636; P. G., cxl, 1527-66. — Sathas, Vie des saints allemands de Chypre, Gènes, 1884. — Seesselberg, Dos Pràmonstratenser-Kloster Delapais auf der Insel Cypern, Berlin, 1901. — Le Quien, u, 1037-.56; m, 1201-16.
On y ajoutera utilement les renseignements fournis par les récits de pèlerinages en Terre sainte : Cotovici, Itinerarium hierosolymitanum et syriacum, Anvers, 1619, p. 95- 113. — Dandini, Missione apostolica al palriarca e maroniti del Monte Libano, e sua pellegrinazione a Gierusaleme. Cesena, 1656, p. 16-30. — Fel. Fabri, Evagatorium in Terram sanctam, Arabiae et Egypti peregrinaliones, dans Bibliothek des Literarischen Vereins, 3 vol., Stuttgart, 1843-49, III, 217-48. — Liber peregrinationis fratris Jacobi de Verona, éd. Rôhricht, dans Reu. de l'Orient latin,
III, 1895, p. 176-80. — Nicolai de Marthono, Liber peregrinationis ad loca sancta, ibid., 627-38.
Les monuments laissés par la domination franque ont occupé bien des auteurs. Les principaux sont, en dehors
de ceux que nous avons déjà indiqués à propos d'autres sujets : Ch. Diehl, Les monuments de l'Orient latin, dans Rev. de l'Orient latin, iv, 1897, p. 290-310. — Enlart, L'art gothique champenois dans l'île de Chypre, dans Rev. de Champagne et de Brie, 1898, p. 12-27; L'art gothique et la Renaissance en Chypre, 2 vol., Paris, 1899; L'abbaye de Lapais en Chypre, dans L'ami des monuments et des arts, 1898, p. 221-34; Les monuments français de l'île de Chypre, église métropolitaine de .Ste-Sophie à Nicosie, ibid., 1898, p. 259-78. — Chr. Papadopoulos, riEpiypaçfi tiovcôv tivôîv Tfiç vfiaou Kùirpou heto tcôv év aûraiç x^'P°yp°i]>'Jv, dans ScoTTip, XIII, Athènes, 1891, p. 316-17, 319-20; xiv, 342- 49, 376-81. — Smirnov, Khristianskiia mozaiki Kipra, dans Vizantiisky Vremennik, i, 1894, p. 601-12.
R. Janin.
CHYTRI (KOepoi, KûOpos, XùOpoi), évêché de l'île de Chypre, dépendant de Salamine. C'est une ville très ancienne, qui figure déjà sur les listes assyriennes sous le nom de Kilrusi. Il y avait là un temple célèbre d'Aphrodite. On y a découvert des antiquités mycéniennes, une nécropole et de nombreuses inscriptions. C'est aujourd'hui la bourgade de Kytrea, dans une vallée fertile à 30 km. environ au nord-est de Nicosie. Il y eut là un évêché, au moins depuis la fin du 111'= s., et qui disparut en 1222, supprimé par les autorités latines de l'île.
On ne lui connaît que trois évêques grecs : Pappus,' que la tradition dit avoir gouverné son Église pendant cinquante-huit ans et qui fut emprisonné pour la foi, soit sous làcinius ou Maximien, soit peut-être sous Constance, car la Vie de S. Épiphane qui rapporte le fait n'en donne point la date ( Vita S. Epiphanii, 24; P. G., xli, 65-D-69 B). — Photinus se fit remplacer au concile de Chalcédoine par son diacre Denys (451) (Mansi, vi, 577 C, 941 D; vu, 160 D). — Syméon assista au II« concile de Nicée (787) (Mansi, xii, 995 C; XIII, 144 A, 388 B).
Le titre de Chytri a été conféré au moins cinq fois dans l'Église romaine : Mathurin le Lyonnais, 1471t 5 mai 1488, auxiliaire à Ridon (?). — Auguste de Feraldi, O. F. M., 1676. — Patrice Lambert, O. F. M., avr. 1806-t 1818, vicaire apostolique de Terre-Neuve. ^ Jean Niezindt, O. P., 20 sept. 1842-t 12 janv. 1860, vicaire apostolique de Curaçao. — Auguste Fortineau, St. Sp., 17 juin. 1914-7, vicaire apostolique de Diego- Suarez.
Smith, Dict. of Greek and Honian yeography, 1, 614. Oberhummer, dans Paiily-Wissowa, m, 2530-32. Le Quien, 11, 1067-70. — Ann. pont., 1916, p. 390.
R. Janin.
CIACCONIO. Voir Chacon (Alonso).
1. CIANTES (GiusEPPE Maria). Dominicain, d'une famille espagnole établie à Rome, il prit l'habit avec son frère Ignace, au couvent de la Minerve (1602). Sa parfaite connaissance de l'hébreu amena Urbain Vin à lui confier, en 1626, l'offlce apostolique d' « ecclésiaste » ou prédicateur des Israélites à Rome. Il conserva cette charge jusqu'au 4 mars 1640, date à laquelle il fut nommé au siège de Marsico. Le nouvel évêque veilla avec un soin jaloux à l'application des canons disciplinaires du concile de Trente, fonda un séminaire et édifia une église cathédrale. S'étant démis en 1656, il se fixa à Rome, où il s'adonna à l'apostolat parmi les Juifs, publiant, en 1657, une traduction hébraïque des trois premiers livres de la Somme contre les gentils de S. Thomas. Ciantes mourut en 1670 et fut enseveli en l'église dominicaine de Ste-Sabine.
G. Bartolocci, Biblioteca rabbinica, 11, Rome, 1678, p. 860. — V. T. C, II, 2472. — V. Fontana, Sacrum theatrum dominicanum, Rome, 1666, p. 227-28. — C. I. Imbonati, Bibliotheca latino-hebraica, Rome, 1694, p. 135. — Quétit-Échard, II, 634. — A. Zucchi, Roma donienicana, i, Florence, 1938, p. 119.
M.-H. Laurent.
— CIARAN DE SAIGHIR
2. CIANTES (Ignazio), évèque de Sant'Angelo dei Lombardi. Dominicain, né à Rome, en 1594, de Horace Ciantes et de Lucrèce de Citara, il prit l'habit au couvent de la Minerve, où il fit ses études et enseigna. Maître en théologie en 1629, supérieur de la province dominicaine de Naples, il tut choisi comme commissaire général des Fouilles, de la Calabre et de la Sicile, afin de rétablir l'observance régulière dans ces régions. Assistant du maître général Nicolas Ridolfi, il fit preuve d'une fermeté que tempérait une profonde compréhension des caractères. Le 17 déc. 1646, Innocent X le nomma évêque de Sant'Angelo dei Lombardi, en Campanie. Ciantes demeura à la tête de cette Église jusqu'en 1661, date à laquelle une santé mal assurée l'obligea à offrir sa démission au S. -Siège. Il se retira à | Rome et c'est dans cette ville qu'il mourut en 1667. j Son corps repose dans l'église dominicaine de Ste-Sa- ' bine, sur l'Aventin. Ciantes est l'auteur de quelques opuscules dont Quétif-Échard ont dressé la liste. Il publia de même à Naples, en 1654, un Caeremoniale ordinis Praedicatorum.
J.-J. Berthier, L'église de Ste-Sabine ù Rome, Rome, 1910, p. 470-71. — V. Fontana, Sacrum theatrum dominicanum, 1 Rome, 1666, p. 284-85. — Quétif-Échard, ii, 620-21. — [ Ughelli, VI, 835. :
M. -H. Laurent.
1. CIARAN DE CLUAIN-MOCCU-NOIS, saint irlandais, figure au nombre des « Douze apôtres ! de l'Irlande », dont il est l'un des plus illustres fondateurs monastiques. Il naquit entre 510 et 520, d'un artisan originaire du comté de .Midhe qui avait émigré en Connacht et y avait acquis terres et richesses : de là le nom de Mac an tSair (" fils du charpentier ») sous lequel Ciaràn fut connu.
Ciarân reçut sa première éducation à l'école de S. { Enda d'.\ran et compléta sa formation religieuse sous ; la direction de S. Finnian, à la célèbre école monas- ' tique de Cluain-Iraird. Parmi ceux qui y furent ses compagnons d'étude, il en est qui devinrent des saints et des missionnaires fameux : Colum Cille, fondateur d' lona en Écosse ; Brendan, fondateur de Cluainfearta ; Finnian de Mag-Bile, et d'autres.
La gloire de Ciarân reste spécialement attachée au grand monastère de Ciuain-moccu-Nôis, qu'avec un groupe de huit compagnons il fonda entre 544 et 548, sur la rive gauche du Sionann, à environ 10 km. d'Ath Luain. De l'abondant matériel biographique rassemblé autour de la figure de Ciarân, se dégage le portrait bien clair et distinct d'un original et très saint personnage, épris tout à la fois d'un ascétisme rigide et néanmoins l intelligent, et de cet amour de l'étude qui, uni à un vi- j goureux besoin de vie apostolique, devait devenir une 1 caractéristique essentielle du monachisme irlandais. j
Cluain-moccu-Nôis, la grande fondation de Ciarân, ; devint, après .\rd-Macha, la plus importante église mo- , nastique d'Irlande. Mais Ciarân lui-même ne survécut ! pas longtemps à cette fondation. Il mourut en 549, en- < core jeune. Du moins son oeuvre prospéra-t-elle pen- î dant des siècles : Cluain-moccu-Nôis se signala comme un centre brillant de science et de culture. C'est dans son scriplorium que furent compilés ou exécutés quelques-uns des ouvrages ou manuscrits irlandais les plus célèbres : les Annales de Tigernach, Annales de Cluainmoccu-Nôis, etles îameux codices Lebor na hUidre et ! Rawlinson B. 502, ce dernier actuellement à la bibliothèque Bodléienne d'Oxford. Quelques poèmes et une règle métrique ont été attribués à Ciarân lui-même.
La puissante influence exercée par la fondation de Ciarân peut se déduire de certaines légendes plutôt fantaisistes et d'une date postérieure à sa mort. Sa Vita gaélique nous raconte que les saints d'Irlande furent à ce point jaloux de Ciarân, en raison de l'éminence de ses mérites, qu'ils supplièrent le Seigneur du ciel de
bien vouloir abréger ses jours. Son propre condisciple, Colum Cille, aurait même dit : « Béni soit le Dieu qui a pris Ciarân, car, s'il avait atteint la vieillesse, il n'eût pas laissé en Irlande de place pour deux chevaux de trait qui ne lui eussent pas appartenu. » La Vita gaélique de Colum Cille, par Manus O'Domhnaill, nous fait entendre un tout autre son de cloche : Colum Cille aurait promis à Ciarân, en récompense de la peine qu'il avait prise à recopier un ms., que la moitié des églises d'Irlande porteraient son nom.
B. H. t., 4654-56. — A. S., sept., ni, ,373. — Triadis lhaiimaturgae acta, éd. J. Colgan, Louvain, 1647, p. 457-58.
— Vilae sanct. Hiberniae, éd. C. Plummer, i, Oxford, 1910, p. 200-16. — .John Ryan, Irish monasticism : origins and early denelopmenl, Dublin, 1931, p. 1 19-21 . — J. F. Kenney, The xotirces for Ihe early history oj Ireland, New- York, 1929, p. 305, 376-80, etc. — R. A. S. Mac .\lister, The latin and irish lives of Ciarân, Londres, 1921. — James .1. Me Namee, The chronology of ihe life of SI Ciaràn of Clonmacnoise, dans Ardagh and Clonmacnoise antiquarian journal, ii, 1945, n. 10. — P. Grosjean, Élégie de S. Ciaràn de Cluain-moccu- Nôis, dans A. Boll., lxix, 1951, p. 102-06.
F. O' Briain.
2. CIARAN DE SAIGHIR, saint irlandais et évêque de Saighir, appartint, lui aussi, au groupe des « Douze apôtres de l'Irlande ». Il est patron du peuple et du dioc. des Osraighe. Il fonda une église monastique à Saighir-Ciarâin, à environ 6 km. de la ville actuelle de Biorra en Ui Failghe. Sa personnalité est beaucoup plus vague et mystérieuse que celle de son homonyme de Cluain-moccu-Nôis. On ne possède même aucune certitude sur la date exacte de son activité. Il existe une tradition tenace qui le fait contemporain d'Ailbe, d'Ibor et de Declan, précurseurs de S. Patrice qui auraient entamé l'évangélisation de l'Irlande avant la venue du grand apôtre.
Ciarân est dépeint par sa légende comme une sorte de Jean-Baptiste occidental, vêtu de peaux de bêtes et vivant, le plus frugalement du monde, de fruits sauvages. Il fonda sa première église monastique dans la solitude d'une forêt et ses premiers moines furent des animaux : Frère Sanglier, Frère Renard, Frère Blaireau, Frère Daim, tous quatre le servant dans l'obéissance et l'humilité. Les Vitae de S. Ciarân de Saighir
— tant latines qu'irlandaises — inaugurent un genre spécial dans la littérature hagiographique. Elles introduisent de délicieuses et fantastiques histoires d'animaux comportant une leçon morale ou ascétique. Le « Loup de Gubbio » de S. François d'Assise est sobrement calqué sur l'un des pensionnaires de la ménagerie spirituelle de Ciarân. Lorsque Fr. Renard, dans un moment de faiblesse et poussé par la faim, déroba les sandales de l'abbé pour les manger, Fr. Blaireau fut dépêché vers lui pour l'amener à résipiscence. Lorsqu'il revint. Renard dut faire pénitence par un jeûne de trois jours.
Le monastère de Ciarân devint fameux après le vi« s. C'est à partir de cette époque que la légende de Ciarân fut amplifiée pour rehausser le prestige de son monastère et appuyer ses titres à l'antiquité. Il est certain, toutefois, que ses Vitae remontent à un original d'une haute ancienneté; sa plus vieille Vie fut composée par un moine de Saighir : elle possède des traits intéressants et originaux. S. Ciarân de Saighir est un spécimen de l'abbé revêtu de la dignité épiscopale, et il marque une évolution importante dans le développement de l'Église irlandaise.
B. H. L., 4657-59. — A. S., mars, i, 390-99. — Vitae sanct. Hiberniae, éd. C. Plummer, i, Oxford, 1910, p. 217-33.
— Bethada Nâem nErenn, i, éd. C. Plummer, Oxford, 1922, 103-24; II, 99-120. — J. F. Kenney, The sources for the early history of Ireland, New-York, 1929, p. 305-17. — • •John Ryan, Irish monasticism, Dublin, 1931, p. 118 sq.,
823 CIASCA — CIBO 824
Cl ASC A (Augustin), théologien de l'ordre de S.- Augustin, cardinal (1835-1902). Voir/). T. C, ii, 2^72-
CIBALAE ou Cibalis, ville de Pannonie, peutêtre dotée d'un évêché. Située à égale distance entre la Drave et la Save, sur la route de Mursa à Sirmium, elle avait une certaine importance. C'est dans ses environs que Constantin remporta sa première victoire contre Licinius (8 oct. 314). Cibalae est la patrie de Gratien. On l'a identifiée de façon certaine avec Vinkovice. On peut admettre qu'elle posséda un évêché, mais la preuve ne saurait en être faite. Sans doute, le martyrologe romain, à la suite du martyrologe hiéronymien, indique au 28 avr. un S. Eusèbe, évêque de Cibalis, qui aurait été martyrisé vers 270 (A. S., avr., m, 572), et Gams l'a inséré dans ses listes épiscopales (i, 428), mais J. Zeiller {L'évanyélisation des provinces danubiennes, Paris, 1918, p. 48-49) a fait la preuve que c'était là une confusion du martyrologe hiéronymien avec S. Eusèbe, prêtre de Nicomédie, fêté le même jour. La ville eut au moins un martyr sous Dioclétien et Maximien, S. PoUion, lecteur de l'église {B. H. L., n. 6869; A. S., avr., m, 572-73).
Smith, Dict. o/ Greek and Roman geoc/rapliy, i, 614. — Patsch, dans Pauly-Wissowa, m, 25.34-.35.
R. Janin.
CIBALIANA, Ci/buliuna, Cijbalina, Cibiliana, CAbcidiuna, Gubalianu, KigaAivr), évêché de Byzacène, connu par le concile de l'automne 256 et par la conférence contradictoire de 411; un Donalus a Cibalianu, ccTTO KugaAiavfjs, donne son avis le 55<= sur le baptême des hérétiques, en rattachant l'unité de ce sacrement à l'unité de l'Église (Opéra S. Cypriani, Senlentiae episcoporum, 55, éd. Hartel, p. 454; 54, P. L., m, 1095-96; cf. aussi S. Augustin, De bapl. conlra donal., VII, xix; éd. Barreau, xxviii, 328; P. L., xliii, 232). C'est un donatiste nommé Cresconius que nous voyons occuper ce siège en 411, sans compétition catholique ( Gestu coll. Carth., I. 208; P. L., xi, 1346; Mansi, iv, 159 B). Cette constatation incite à chercher l'emplacement de cet évêché plutôt en bordure de la Numidie que, comme le propose Tissot (Géogr., ii, 781, note 3), sur le bord de la côte. Toulotte et Mesnage ont songé à l'identifier avec Henchir Goubeul, où se voient les ruines d'une chapelle de 12 m. sur 10, et probablement d'une grande basilique (Cagnal, Explorations en Tunisie, fasc. 3, p. 55-56).
Morcelli, i, clxxviii, p. 138. — No(. dign., ii, annot., p. 655. — Gams, 465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86 (met cet évêché en Proconsulaire); Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1868. — iMgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Byzacène, Montreuil-sur-Mer, 1894, xxxv, p. 79. — Thes. ling. lat., Ononiasticon, ii, 428, au mot Cibaliana. — P. Mesnage, L'Afr. chrél., Paris, 1912, p. 190.
J. Perron.
1 . CIBO (Alderano). Fils de Charles Cibo-Malaspina, prince de Massa et Carrara, et de Brigitte Spinola, Alderano naquit le 16 juill. 1613. Prélat domestique sous Llrbain VIII et majordome sous Innocent X, il fut créé par ce dernier cardinal de Ste-Pudentienne (6 mars 1645). Légat à Urbino (1646), puis à Ravenue (1648) et enfin à P'errare (1659), il fut nommé évêque de lesi, le 24 avr. 1()56, et veilla à l'organisation du séminaire diocésain. Secrétaire d'État durant le pontificat d'Innocent .\1 (1676-89), Cibo fut mêlé, par le fait de sa charge, à la plupart des événements de son époque. Instigateur de la nomination de Pier Matteo Petrucci au siège de lesi, Cibo sera présent, le 1 7 déc.1687, à l'abjuration que cet évêque dut prononcer en présence du pape, en raison de ses attaches au molinisme naissant. Cardinal-évêque d'Ostie et doyen du Sacré Collège (10 nov. 1687), il veilla à la restauration des
églises de cet évêché suburbicaire. Décédé à Rome le 22 juin. 1 700, il fut enseveli dans la chapelle qu'il avait fait construire par Carlo Fontana dans l'église de Ste- I Marie-du-Peuple.
L. Cardella, Mcmorie storiche de' cardinali d. S. R. Chiesa, VII, Rome, 1793, p. 64-67. — F. De Bojani, Innocent XI, sa correspondance avec ses nonces, 1676-79, Rome, 1910. — • R. Mori, // carteggio del card. A. Cibo pressa la sezione d'arch. di stalo di Massa, dans Archiv. stor. ilaliano, cvii, 1949, p.91- 93. — L. Mussi, Il card. Alderano dei principi Cibo-Malaspina. Massa, 1913. — L. Mussi, Alcune memorie di conclaoi 1 del sec. XVII, .Assise, 1915.
M. -H. Laurent.
2. CIBO (Camillo). Fils d'Albéric III, duc de Massa et Carrara, naquit le 25 avr. 1681. Clerc de la Chambre apostolique, puis auditeur de ladite Chambre, il renonça, à la mort de son père (1715), à ses droits sur le duché de Massa, en faveur de son frère Alderano III. Patriarche de Constantinople en 1718 et majordome de Benoît XIII (1725), il fut créé cardinal de S. Stefano au Celius le 23 mars 1729. Tempérament batailleur, il ne craignit pas de soutenir des procès retentissants afin de défendre ses privilèges. Il mourut à Rome le 12 (13) janv. 1743.
L. Cardella, Memorie storiche de' cardinali délia S. R. Chiesa, viii, Rome, 1795, p. 239-40.
M. -H. Laurent.
CIBO (Giovanni Battista). Voir Innocent VIII.
' 3. CIBO (Giovanni Battista). Fils de Francesj chetto et de Madeleine de Médicis, il était, par son père, fils naturel d'Innocent VIII, petit-fils de ce pontife, et par sa mère, fille de Laurent le Magnifique, neveu de Léon X. II naquit à Rome le 6 mai 1505. Agé de vingtcinq ans, il succéda, le 19 janv. 1530, sur le siège épiscopal de Marseille à son frère Innocent que Léon X I avait créé cardinal en 1513. Les lettres de placet du roi ; de France ne lui furent adressées que le 7 oct. 1531, et I l'annexe du Parlement, le 24 juin suivant. Un an après (28 juin 1532), Cibo prit possession de son siège par ! procuration, déléguant à cet effet un chanoine de Pe- : saro : Annibale Collemucio. Il devait toutefois tarder à se faire sacrer, car une lettre de Paul III, du 22 avr. 1536, l'autorise à recevoir la consécration épiscopale des mains du prélat qu'il voudrait se choisir. Rien ne 1 permet d'affirmer que notre évêque se soit rendu à Marseille lorsque Clément VII y vint, en 1533, pour y célébrer le mariage de sa nièce Catherine de Médicis avec Henri d'Orléans, second fils de François I". En 1540 (29 oct.), Cibo, qui s'était rendu à Paris, y prêta hommage au roi de France pour la baronnie d'Aubagne et autres biens féodaux de son évêché. En 1547, s'il faut en croire de Ruffi, il aurait été désigné par le clergé de la province d'Arles pour féliciter Henri II de son avènement au trône. Cibo mourut en son château de Signes, le 15 mars 1550.
.I.-H. Albanés, Armoriai et sigillographie des évéques de Marseille, Marseille, 1884, p. 135-36. — L. Barthélémy, Ilist. d'Aubagne, chef-lieu de baronnie, i, Marseille, 1889, p. 206-08. — A. de RufTi, Hisl. de Marseille, 2' éd., ii, Marseille, 1696, p. 35. - Gall. christ, nov., Marseille, 539-45. — L. Staffetti, // libre di ricordi délia famiglia Cybo, dans
i Atti délia Società ligure di sloria patria, xxxviii, 1910, p. 355-57. — G. Viani, Memorie délia famiglia Cgbo e délie monete di Alassa Lunigiana, Pise, 1808, p. 85.
M. -H. Laurent.
! 4. CIBO (Innocenzo). Fils de Franceschetto et de Madeleine de Médicis, il naquit à Florence le 25 août 1491. Protonotaire apostolique, il fut créé par Léon X, son oncle, cardinal des SS.-Côme-et-Damien, le 23 sept. 1513. Administrateur des évêchés de St. .\ndrews(1513), de Turin (1516), de Marseille (1517-30), d'.\leria (1518- 20), de Mariana (1531), de Tropea (1538) et de Messine (1538-50), il fut créé archevêque de Gênes le