CIRTA
— CISAMUS
arrêtés au faubourg de Muguas et amenés à Colonia Cirta, pour y répondre du crime d'avoir accueilli les évêques proscrits Agapius et Secundinus. Leur procès se termine à Lambèse, où ils sont condamnés à mort par le gouverneur (P. Monceaux, op. cit., ii, 153-65). St. Gsell, qui a étudié cette Passio, pense que ces deux chrétiens ont été exécutés à Lambèse même (St. Gsell, dans Rec. de la Soc. archéol. de Constantine, xxx, 1895- 1896, p. 212-17); cependant l'inscription gravée sur le rocher de Constantine, quoique rédigée en pleine époque byzantine, se comprend mal dans le site où elle se trouve, si elle ne commémore pas le lieu où ces saints subirent le martyre.
Le quatrième texte est un procès-verbal relatant les perquisitions et saisies opérées, le 19 mai 303, par le curateur Munatius Félix, premier magistrat de la ville (P. L., VIII, 727-42, et éd. Ziwsa, dans C. S. E. L., xxvi, 185-97; cf. P. Monceaux, op. cit., m, 93-96; trad. par Gsell, dans art. Constantine du D. A. C. L., loc. cit.). Ce document est capital par l'abondance des détails qu'il renferme sur l'organisation de l'Église cirtéenne à l'époque de Dioclétien. Il révèle les noms de l'évêque Paulus, des prêtres Montanus, Victor, Deusatelius, Meniorius; des diacres Mars et Helius; des sous-diacres Marcuclius, Catullinus, Silvanus, Carosus; des lecteurs Eugenius, Félix, Victorinus, Propectus, "Victor, Euticius de Césarée, Coddeo. L'inventaire des objets saisis mentionne des calices d'or et d'argent, des burettes d'argent, un bassin d'argent, deux grands chandeliers, des petits lampadaires de bronze, des lampes de bronze, des tuniques de femmes, des voiles, des tuniques d'hommes, des paires de chaussures d'hommes, des paires de chaussures de femmes, des coplae rustiques.
Les derniers documents se rapportant à Colonia Cirta concernent également le début du iv« s. L'enquête dirigée en 320 par le gouverneur de Numidie contient une déposition qui rappelle les circonstances de l'élection, en 305, du successeur de l'évêque Paulus, mort peu après la perquisition de son église. Le sousdiacre Silvanus fut élu par surprise et son élection fut confirmée grâce à l'appui du bas peuple de la ville. Il fallut sacrer le nouvel évêque et on possède le compte rendu de cette ordination épiscopale. Ce compte rendu est improprement appelé : Actes du concile de Cirta {Gesta apud Zenophilum, éd. Ziwsa, 192-96). Assistaient à cette réunion les évêques Secundus de Tigisi, primat de Numidie, Donatus de Mascula, Victor de Rusicade, Marinus à'Aquae Tibilitanae, Donatus de Calama, Purpurins de Limata, Victor de Garbe, Félix de Rotarium, Nabor de Genturionis, Secundus Minor. Il faut placer le 5 mars 305 cette assemblée (P. Monceaux, op. cit., m, 101) qui eut lieu dans une maison particulière, celle d'LIrbanus Donatus d'après S. Augustin (S. Augustin, Contra Cresconium, III, xxvii, 30; Epist., LUI, 2, 4), celle d'Urbanus Carisius d'après Optât (Optât, I, xiv).
Silvanus occupa longtemps le siège de Cirta. Il participa, en 312, au fameux concile des évêques numides réunis à Carthage et d'où sortit le schisme donatiste. Bien que l'événement date du règne de Constantin, Silvanus est encore mentionné comme « évêque de Cirta >• par S. Augustin, dans son Contra Cresconium. Le dossier concernant les actes du concile de 312 clôt l'histoire du christianisme à Colonia Cirta. L'histoire de Constantine chrétienne s'inaugure avec le triomphe du donatisme en cette ville.
Liste des évêques (cf. H. Jaubert, Anciens évêchés et ruines chrétiennes de la Numidie, dans Rec. de la Soc. archéol. de Constantine, 1912, p. 6-7). — Crescens, assiste au concile de Carthage en 256. — Paulus, dirige l'Église lors de la persécution de Dioclétien. — Silvanus, élu en 305, assiste au concile de Carthage en 312.
i — Rien n'indique qu'Agapius, mentionné dans la Passio des SS. Jacques et Marien, ait été évêque de Colonia Cirta.
A. Berthier.
! CISAMUS (Kîaapos, Kîcrcrauoç), évêché de Crète, dépendant de Cnossos, puis de Gortyne. On ne saurait dire à quelle époque cette petite ville fut dotée d'un évêché, car le premier titulaire connu n'apparaît qu'à j la fin du vn« s. Il est probable cependant qu'elle en eut un d'assez bonne heure, quand l'évangélisation de l'île fut assez avancée. La domination vénitienne (1204- 1645) supprima tous les évêchés grecs et, par le fait \ même, celui de Cisamus, pour leur substituer des évê- ! chés latins. Cisamus eut ainsi une succession de tituj laires occidentaux jusqu'à la conquête de l'île par les Turcs.
I Liste des évêques grecs. — Elle est très incomplète, même dans la période moderne. Nicétas (Le Quien dit
i par erreur Théopemptus) assista au concile in Trullo (691-92) (Mansi, xi, 996 A). — Méliton prit part au
I IP concile de Nicée (787) (ibid., xiii, 145 A, 392 A). — Gérasime Paléocapas, évêque de Cisamus et Séiinos, fut agréé par les Vénitiens, bien qu'il fût grec; il mourut en 1590 {Rev. des éludes grecques, xx, 241). — Après la conquête turque, l'évêché fut rétabli sous le double titre de Cisamus et Séiinos qui se conserva jusqu'en 1831. — Philothée est dit ancien évêque en 1684. — Gérasime II, 18 mai 1711-25. — Parthenius, 1725- 5 juin. 1731. — Anthime, ?. — Parthenius II, 1751-70.
— Sophrone, nov. 1777-1796. — Gédéon, ?. — Ignace, ?. — Séraphin, ?-t avant janv. 1818. — Melchisédech, janv. 1818; pendu par les Turcs le 19 mai 1821. — La population ayant beaucoup diminué à la suite des massacres perpétrés parles Turcs, l'évêché fut uni pendant dix ans à celui de Cydonia (1831). — Callinique, 1850 (Rhalli et Potli, ZOvTotyna tcôv iepcov kovovcov, v, 516).
— Gérasime III, avr. 1860-avant juin 1868. — Misaël, 28 juin 1868-déposé le 28 juin 1875. — Panarétos, 28 juin 1875-avant le 30 nov. 1886. — Parthenius III, 30 nov. 1886-avant févr. 1893. — Dorothée, 1893- 1903. — Anthime Lélédakès, 20 juill. 1903-t 17 août
I 1935. — Chrysostome Anghélidakès, 18 janv. 1936-t I 13 juin 1937. — Eudocime Syngkelakès, mars 1938. L'éparchie ou diocèse comprend les deux districts de Kisamos et de Séiinos, avec 34 000 fidèles, 170 églises paroissiales et seulement 62 prêtres séculiers; il existe deux monastères. La résidence de l'évêque est à Castelli-Kisamou.
Hiérarchie latine. — Les Vénitiens établirent un évêché catholique à Cisamos, après en avoir expulsé le titulaire grec. On connaît deux douzaines de prélats occidentaux qui occupèrent ce siège, mais, pour plusieurs d'entre eux, la chronologie est quelque peu incertaine. Vers 1575, le diocèse n'avait plus guère d'importance; aussi l'évêque de Famagouste, Jérôme Raggazoni, qui y fut nommé après la prise de Chypre par les Turcs, ne fut pas remplacé quand il fut transféré à Novare (19 sept. 1576). Le premier évêque dont on connaisse le nom est Tantusbonus, vers 1305. — Belleti, ?-t 1346. — Guillaume Maurococchi, O. F. M., 20 sept. 1346. — Nicolas, O. F. M., ?-t 1349. — Guillaume Emergar, O. F. M., 17 juin 1349-?. — Jean, 9 août 1361- 1363. — Simon de Venise, 17 avr. 1364. — Aicard de Lasale, O. S. A., 8 juin 1366-t 1370. — Marc Marcello, 3 mars 1371-t 1383 (?). — Pierre de Lerino, O. F. M., 11 juill. 1383. — Ange Barbadigo, ?-31 juill. 1405. — Antoine, 13 oct. 1406-t 1410 (?). — Léon izeno, 31 janv. 1411. — François Orsini, nommé par Grégoire XII, 1406-15. — Nicolas de Molino, 18 févr. 1429-t 1439. — Barthélémy Maurizio, 8 janv. 1440-t 1441. — Manuel Rosi, 17 nov. 1441-t 1473. — Thomas de Ca.ssinis, 4 juin 1473-t 1495. — Antoine Savina, 27 janv. 1496-98.
— Dominique d'Alep, 3 août 1498-1524 (?). — Michel
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Zono, 17 oct. 1524-37. — Augustin Steucho, 11 janv. 1538-t 1547 (?). — Prosper Santa-Croce, 22 mars 1548- 1572. — Jérôme Raggazoni, 1572-19 sept. 1576, dernier évêque résidentiel.
Évêques titulaires. — Fortuné Bisleti, 1700-?, auxiliaire à Venise. — Michel-Anselme Alvarez de .\breu y Valdes, 22 avr. 1749-62, auxiliaire à Puebla. — Joseph Casquete de Prado y Bootello, O. S. Jac, mars 1798t 2 févr. 1838, prieur d'Uclès. — Dominique Mayer, 1" oct. 1863-t 4 mai 1875, chapelain de l'armée autrichienne à Vienne. — Adrien Rouger, laz., 26 août 1883-t 31 mars 1887, vie. apost. du Kiang-Si méridional. — Thomas Wilkinson, 15 mai 1888-28 déc. 1889, auxiliaire à Hexham. — Jacques Moor, 1890, refuse. — Charles Graham, 25 sept. 1891-26 oct. 1902, coadj. à Plymouth. — Jean Mouradian, arménien, 7 août 1905t 11 juin. 1911. — Henri Joeppen, 27 oct. 1913-t 22 févr. 1927, aumônier de l'armée prussienne. — Louis Budanovic, 28 févr. 1927, administr. de la Backa.
Le Quien, ii, 691-92; in, 927-30. — Fl. Cornehus, Creta sacra, ii, Venise, 1755, p. 159-67. — Biirchner, dans Pauly- Wissowa, XI 516. — MsyàAri ÈAXriviKfi èyKUKAoTraiStia, XIV, 461. — C. Eubel, l, 192; ii, 142; m, 182. — Ann. pont., 1916, p. 391. — Germain de Sardes, 'EiriCTKOTTiKoi KaTàXoyoi TÛv "EKKAtiaicov KpriTris, AcoSsKavi^aou Koi tcôv Xoittcôv èXXT|viKc5v vr]CTCov, dans 'EKKXTiaiaoriKÔs Oàpoç, xxxiv, 1935,
R. Janin.
CISC ISSUS (KiCTKiaoç, Kiokictctôç), évêché de la province de Cappadoce P*, dépendant de Gésarée. Cette bourgade a été identifiée avec le village de Keskin. Elle fut dotée d'un évêché, sans doute au iv^ s., au moment où la province fut partagée en deux. Le premier titulaire qu'on lui connaît n'apparaît qu'à la fin du vii« s. Cependant Ciscissus figure déjà sur la liste du Pseudo- i Épiphane, vers le milieu de ce siècle (H. Gelzer, Unge- j druckte und ungenûgend verôfjentlichte Texte der Noti- ! tiae episcopaluum, dans Abti. der kônigl. baifer. Akad. ' der Wiss., CL, t. xxi, iii« sect., Munich, 1900, p. 536).
Platon assista au concile in Trullo (691-92) (Mansi, XI, 993 G). — Sotérichos prit part au II« concile de Ni- ; cée (787) (il)id., xii, 994 E, 1098 A; xiii, 385 C). Le titre ne semble pas avoir été conféré dans l'Église romaine, bien qu'il figure dans la liste de la Gonsistoriale. i
Le Quien, i, 393-94. ■ — Ruge, dans Pauly-Wissowa, xi
R. Janin.
CISMAR, Cismarense, abbaye de bénédictins sous le vocable de S. Jean l'Évangéliste et, plus tard, de Notre-Dame, dans le dioc. de Liibeck (Schleswig-Holstein), près d'Oldenbourg. Henri, évêque de Lubeck (1173-1182), qui fut moine de S. -Égide de Brunswick, fonda ce monastère à l'intérieur de sa ville épiscopale, avec -Arnold comme premier abbé. Il consacra l'église en 1174. En 1237 ou 1245, les moines s'établirent à Cismar, tandis que la maison de Lùbeck passait aux cisterciennes : d'où de longues contestations au sujet de sa possession. — L'observance, à cette époque, n'était pas fervente à Cismar; aussi Innocent IV décida-t-il d'y introduire la réforme cistercienne, projet qui ne se réalisa pas. En 1436, les moines de C. s'afTi- ] lièrent à la congrégation de Bursfeld. Ils furent chassés par la Réforme protestante, en 1543, et leur maison fut supprimée en 1560. Cependant Bursfeld maintint ses droits. En 1628, une convention cédait C. aux bénédictins anglais; mais ceux-ci, semble-t-il, n'en ont jamais pris possession. — Au Moyen Age, G. était un lieu de pèlerinage célèbre. L'église, remarquable, est une construction en briques; elle fut édifiée vers 1300. Bien qu'elle ait subi plusieurs transformations, le chœur et le maître-autel (début du xv» s.) ont été conservés.
CISNEHOS 84(j
B. Albers, Zur Gescttichte des Lûbecker Benediklinerklosters Cismar, dans Stndien O. S. B., 1895, p. 438-51. — Cottineau, i, 786. — L. T. K., ii, 970. -- H. Schrôder, Der Hochaltar des ehem. Benediktiner klosterkirche zu C, dans Der Wageii, 1936, p. 82-89.
R. Van Doren.
CISNEROS (Gakcia Ximénez de), abbé du Montserrat, t 1510. Principalement connu par son Exercitatorio et la longue polémique que provoqua cet ouvrage; il occupe une place unique dans l'histoire de son abbaye et joua un rôle important dans celle de la congrégation bénédictine de Valladolid.
I. Sa vie et son activité de réformateur. — Né à Cisneros (dioc. de Léon), en 1455 ou plus probablement en 1456, cousin germain du célèbre cardinal Ximénez, il était l'héritier d'une famille noble, bien qu'un peu déchue. Nous ne savons rien de sa jeunesse, ni de ses études. En 1475, il entra au monastère de S. -Benoît de Valladolid, fondé en 1490 par Jean l", roi de Castille et de Léon. Ce monastère se distinguait par une observance austère; ses moines, gouvernés par un simple prieur, étaient astreints à une clôture perpétuelle; il atteignait alors l'apogée de sa renommée.
En 1488, Cisneros fut nommé prieur en second et prit place dans le conseil des seniors; avec le prieur majeur, ce conseil gouvernait les monastères qui, sans former encore une véritable congrégation, étaient plus ou moins soumis à Valladolid. Fondés ou réformés par ce dernier, ces quelques monastères lui étaient unis par des liens divers; tous cependant étaient d'accord pour se plaindre de la « tyrannie >■■ de Valladolid. C'était un monde bruyant et remuant : on plaidait, on se révoltait. En 1489, le nouveau prieur, Juan de S. Juan, réunit en chapitre général tous les supérieurs; cependant lui et ses conseillers se réservaient le droit de dire le dernier mot; ils édictèrent une ébauche de constitutions communes; ils se méfiaient des autres monastères. Cisneros fut envoyé à la Cour pontificale et ses démarches furent couronnées de succès. Il obtint notamment une bulle d'Innocent VIII (19 mars 1490), qui déclarait le prélat de Valladolid prieur général, avec autorité sur tous lés monastères qui lui étaient soumis; les prieurs de ces maisons devaient, avant d'être confirmés, jurer obéissance et soumission à celui de Valladolid; dans la formule de profession, ils promettraient obéissance au prieur de Valladolid tamquam capiti principali, et deinde vobis N. priori praesentis monasterii, eidem priori générait subiecto, etc. (Privilégia praecipiia..., Valladolid, 1595, fol. 126-30). C'était une victoire, mais éphémère. Les monastères dépendants, surtout ceux d'Ofia et de Burgos, agissaient de leur côté. Une bulle fut obtenue, d'après laquelle tous interviendraient dans l'élection du prieur de Valladolid. Bien plus, dans deux chapitres particuliers tenus à Fromista (1490) et à Burgos (1491), on tenta de bouleverser l'ordre existant en supprimant les prérogatives de Valladolid. Les délégués de ces monastères étaient à Rome : il fallait agir vite. On s'entendit; mais S. -Jean de Burgos prétendait aller jusqu'au bout. Cisneros et Juan de Tudela furent une nouvelle fois chargés d'aller à Rome pour défendre les intérêts de S. -Benoît de Valladolid.
Cisneros fut détourné de ce voyage à cause d'une nouvelle mission qui lui fut confiée. Ferdinand II désirait depuis longtemps relever Montserrat. Ce monastère avait beaucoup souffert de la guerre des remenses. D'autre part, tous les documents de l'époque mentionnent les foules de pèlerins qui y accouraient de plusieurs pays d'Europe. Les bâtiments étaient insuffisants; les moines, trop peu nombreux. Ferdinand rêvait d'une grande abbaye. C'était aussi l'ambition du nouvel abbé, Jean de Peralta (1483-93), qui faisait de son mieux à cette fin. H avait porté la communauté et