‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 210 sur 282 · EROS · texte numérisé non relu

EROS

tombeau : Hic iacet jraler Gursias de Cisneros abbas huius monasterii reformator. On lui donna bientôt le titre de Vénérable. Le 2 nov. 1599, ses restes furent transportés dans la nouvelle église, inaugurée cette année même, bien qu'on eût décidé de ne faire la translation d'aucune sépulture. •

II. Son œuvre ascétique. — Cisneros ne songea jamais à devenir écrivain. C'est à la prière instante de ses moines qu'il publia deux ouvrages anonymes, qui n'étaient d'ailleurs que des compilations d'auteurs spirituels.

Le Direciorio de lus Iwras canon icas est tout entier tiré du Rosetum exercitiornm spiritualium de Jean Mombaer. Il sortit des presses du Montserrat, en espagnol d'abord (.30 sept. 15(10), et plus tard, à la suite de VExercitatorium, en latin (15 nov. 1500). Son but est d'aider le débutant à se préparer à la psalmodie, et de lui présenter des moyens « de se maintenir attentif et d'élever son âme à Dieu » (prologue). On a souvent mal interprété la portée de ce livre. Cisneros n'a nullement voulu changer la règle d'or de S. Benoît : Mens nostra concordet voci nostrae. La preuve en est que, si le Directoire est signalé dans les Constitutions des moines parmi les livres que doivent connaître tous les commençants, ils sont aussitôt invités à étudier les ouvrages qui pourront les conduire à la compréhension des psaumes et de l'offlce divin, tels par exemple les commentaires de S. Augustin (c. vi). On connaît environ trente éditions du Directorio.

Mais c'est V Exercilatorio de la vida spiritual qui a immortalisé Cisneros. Il fut rédigé d'abord en castillan et traduit ensuite en latin par Hernando de Torquemada. Les huit cents exemplaires du texte espagnol et du texte latin parurent en même temps au Montserrat, le 13 nov. 1500. \J Exercilatorio se présente comme une compilation anonyme, mais Cisneros lui-même s'en déclare l'auteur dans le c. ii des Constitutions des moines. Le livre se divise en quatre parties. Dans la première, après une longue introduction sur la nécessité, le fruit et les conditions des exercices spirituels (c. i-ix), sont décrits les exercices de la voie purgative (c. x-xix). La seconde partie est consacrée aux exercices de la voie illuminative (c. xx-xxv) et la troisième à ceux de la voie unitive (c. xxvi-xxx). La quatrième partie, qui dépasse en longueur les trois autres réunies (c. xxxi-Lxix), n'est qu'un florilège sur la contemplation. Watrigant, Drinkwelder et Alamo ont décelé les sources de cette compilation. On y retrouve l'essentiel de trois ouvrages célèbres : le De spiritualibus ascensionibus, de Gérard Zerbolt de Zutphen; Y Alphabetum divini amoris, de Nicolas Kempf, et le De monte contemplationis, de Gerson. On y repère encore des extraits de S. Bonaventure, du Rosetum de Mombaer, de la Theologia mystica de Hugues de Balma, etc. Cisneros est fortement influencé par la devotio moderna des frères de la vie commune et des chanoines de Windesheim. Il est particulièrement tributaire de .Jean Mombaer, qu'il a peut-être rencontré à Paris lors d'un voyage qu'il fit à la cour de France pour y négocier la paix au nom de Ferdinand IL Bien que dans son livre il n'y ait pas trois lignes consécutives qui soient originales, Cisneros eut le grand mérite, non seulement d'avoir publié le premier traité méthodique de spiritualité en langue castillane, mais d'avoir fait un choix judicieux et parfaitement articulé d'excellents passages. H. Watrigant, qui a étudié le mieux notre auteur, déclare : « Si l'on considère V Exercilatorio comme livre de formation à là vie d'oraison (j'ajoute : surtout dans la vie contemplative), ou encore si l'on l'examine au point de vue de son rôle dans l'histoire de la spiritualité, il est juste de lui donner un rang d'honneur dans la littérature ascétique » (Quelques promoteurs..., p. 64). Les quelque trente éditions de V Exercilatorio, espagnoles, latines

françaises, italiennes, allemandes, anglaises et catalanes, qu'on a pu jusqu'ici dénombrer, en disent assez long sur le succès et l'influence de ce livre. On en a publié aussi des abrégés, notamment le Compendio brève de Exercicios espiriluales, sacado de un libro llamado « Exercilatorio de vida espiritual », qui a eu de nombreuses éditions

C'est le Montserrat qui bénéficia le premier de V Exercilatorio: ses moines étaient tenus de l'apprendre par cœur et de suivre ses méthodes de prière. Il devint le manuel officiel de la congrégation de Valladolid, et il se répandit aussi dans d'autres monastères, surtout chez les claustraux. Far les moines, son influence s'exerçait naturellement sur les fidèles. On s'est beaucoup occupé d'un de ces contacts. Tout au début de sa conversion, en effet, S. Ignace de Loyola visita le Montserrat. On connaît la scène touchante de la veillée des armes et quels liens étroits l'unissaient à son confesseur, un moine pieux formé à l'école de Cisneros. Quels rapports y a-t-il entre V Exercilatorio et les Ejercicios espiriluales, dont S. Ignace entreprit la rédaction aussitôt après sa visite au Montserrat, à Manrèse, ou déjà au Montserrat même ? On a tant écrit sur cette question que l'on ne saurait tout résumer. La controverse date de la fin du xvi« s. ; elle dégénéra bientôt en lutte personnelle et passionnée. Le S. -Siège mit à l'Index une publication de chaque partie : le De religiosa sancti Ignatii... per patres benediclinos inslitulione... (Venise, 1641), du bénédictin C. Cajetan, et l'Achates ad D. Conslantinum Caietanum... (Lyon, 1644), du jésuite J. Rho. Au xix^ s., J.-M. Besse orienta les débats vers la critique textuelle. On a répété mille fois les mêmes arguments. On a porté des jugements de toutes sortes; ils dépendent en général de la sérénité de leurs auteurs. Car la passion n'a cessé de jouer un rôle dans cette controverse, dont les ennemis de la Compagnie n'ont pas manqué de se faire une arme pour l'attaque. D'autre part, « on rencontre encore aujourd'hui de braves gens pour qui S. Ignace est un peu comme un météore et les Exercices le fruit d'une révélation divine » (E. Raitz von Frentz, S. J., Ludolphe le Chartreux et les « Exercices » de S. Ignace de Loyola, dans Revue d'ascél. et de myst., xxv, 1949, p. 375). C'est dans cette pensée sans doute que le P. Codina voulait, dans le Los origines de los « Ejercicios espiriluales »... (Barcelone, 1926), « laisser bien prouvées historiquement les origines surnaturelles des Exercices » (p. ix). Admettre des sources, c'était nier ou minimiser les origines surnaturelles des Exercices. Pourtant, il y a des années déjà, M. P. Groult observait : " Tout exégète un peu averti n'hésite pas à admettre aujourd'hui, dans les Livres saints, une part considérable d'éléments humains, et on peut parler des sources des écrivains sacrés sans s'éloigner de l'orthodoxie »; à fortiori peut-on parler des sources des écrivains spirituels (Les mystiques des Pays-Bas et la littérature espagnole du xvi« s., Louvain, 1927, p. 10). Malgré tout ce que l'on a dit, une étude approfondie et vraiment scientifique de cette très épineuse question fait encore défaut; d'autant que S. Ignace, après ses études, congessit delibaliones illas exerciliorum primas, addidil multa, digessil omnia, dédit examinanda et iudicanda Scdi aposlolicae (Monumenta hist. S. L, Epistolac Nudal, IV, 826), et que nous n'avons plus la première rédaction des Exercices.

M. Alamo, art. Cisneros (Garcia ou Gœzias de), dans Dict. de spiril., ii, 910-21. — Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît, vi, Maredsous, 1949, p. 279-85. — H. Watrigant, Quelques promoteurs de la méditation méthodique au XV' s., Enghien, 1920. — J. Lloret, Vila F. G. Cisnerii, abbalis ac reformatoris monasterii Montisserrati, en tête de l'éd. de VExercitatorium, Barcelone, 1570. — L. de Ayala, La vida de... F. G. de Cisneros, Valladolid, 1599. — M.

CISNERUS

CITEAIX (ABBAYE)

Navarro, Vida del \'enerable Fr. G. de Cisneros, en tête de l'éd. de V Exercitatorium, Salamanque, 1712, p. 1-120. — • F. Curiel, Noticia del autor y de sus obras, en tête de l'éd. de VEjercitatorio, Barcelone, 1912, p. v-xxv. — A. M. Albareda, Hist. de Montserrat, Montserrat, 19.31, p. 91 sq.; Bibliografia dels Monjos de Montserrat (s. XVI ), dans Anal. Montserrat., vu, 43-142; La imprenta de Montserrat, ibid.. Il, 11-166. — G. de Argalz, La Perla de Cataliina..., Madrid, 1677. — E. Drinkwelder, dans Schitle des geistliclien Lebens auf den Wegen der Beschaimng, Fribourg-en-Br., 1923, introd. et notes. — S. Ruiz, Cisneros y su « Directorio de horas », dans La vida sobrenatural, XLiv, 1943, p. 41-48. — A. de Yepes, Coronica gênerai de la orden de S. Benito, iv, Valladolid, 1613, fol. 229 v<'-239. — J. M. Besse, Une question d'histoire littéraire au XVl^ s. : l' « Exercice » de Garcia de Cisneros et les « Exercices » de S. Ignace, dans Beu. des quest. hist., LXi, 1897, p. 22-51. — H. Watrigant, La genèse des « Exercices » de S. Ignace de Loyola, dans Études, Lxxii-Lxxiii ; tiré à part, Amiens, 1897. — Dict. de spirit., ii, 15-16. — A. M. Albareda, S. Ignasi a Montserrat, Montserrat, 1935. — M. Quera, El origen sobrenatural de los « Ejercicios espirituales », Barcelone, 1941.

G. M. COLOMBAS.

CISSA, ancien dioc. d'Istrie (Italie). Sous l'Empire romain, il y eut une Cissa ou Gissa en Dalmatie, et une Cissa en Istrie, près de Rovigno. Cette dernière fut le siège d'un évèché du vi« au viii<' s. Entre 571 et 577, son évêque Vindemius prit part au synode de Grade et fut emjjrisonné par l'exarque Smaragde. Il abjura le schisme des Trois Chapitres, prit part cependant au synode de Marano, schismatique lui aussi. Vn de ses successeurs, Ursinus, assista au synode romain de 680. Il occupait encore le siège quand Cissa fut détruite, au début du viii<^ siècle.

Babiidri, // vescnoato di Cissa in Istria, Parenzo, 1920. — Paul Diacre, Hist. Lang., III, xxvi; P. L., XLV, 527-28. — Lanzoni, ii, 850.

R. Van Dorkn.

CISSENDORF, Zissendorf, ancienne abbaye de moniales cisterciennes, au diocèse de Cologne, près de Siegburg, fondée d'abord à Blankenberg avant 1247, par la comtesse Mathilde de Sayn, pour des religieuses augustines. Des cisterciennes vinrent l'occuper en 1247, puis se transférèrent à Zissendorf entre 1259 et 1283. En 1574, l'abbaye reçut quelques moniales de Porta coeli, à Schweinheim, dans l'Eifel, i)our y implanter la réforme. Le monastère fut supprimé en 1802 et vendu en 1818.

B. Huemer, dans .Sludien und Milteilunyen, xxxvii, 1916, p. 8 S(i.

J.-M. Canivez.

CISSI, localité d'Afrique, la KiCTar) de Ptolémée {Claudii Ptolemaei geographia, IV, ii, 7; éd. Nobbe, i, Leipzig, 1843, p. 228, 1. 29), le Cisi (Cysi, Gysi, Casi) mimicipium de l'Itinéraire d'Antonin (Itinerarium Antonini Augiisti, éd. Wesseling, 16; éd. Parthey et Pinder, 7), de l'anonyme de Ravenne et de Guido {Ravennatis Anonymi cosmographia et Guidonis geographica, éd. Pinder et Parthey, 155 et 517), le Cissi muiiicipium de la Table de Peutinger (Weltkarte des Castor ius, genanni die Peutinger' sche Tafel, segm. ii, S 1). Cissi faisait partie de la Maurétanie césarienne et était située entre Rusguniae (cap Matifou) et Saldae (Bougie), à 12 milles (environ 18 km.) de Rusuccuru (=Dellys) et à la même distance de Rusubbicari Matidiae ( = Portaux-Poules); ce qui correspond aux ruines du cap Djinet (Cat, dans Bull, de corr. afr., i, 1882, p. 140-42), comme l'a prouvé la découverte d'une borne milliaire près de Dellys (C. Viré, Découverte d'une borne milliaire, dans Bidl. d'Oran, 1912, p. 381-88) et comme le supposaient jusqu'en 1912 la plupart des savants (cf. toute la bibliographie à ce sujet dans Atlas arcti., fol. 5, Alger, 57, et fol. 6, Fort-National, 87, p. 10-11). Il semble que la ville n'ait jamais dépassé le rang de municipe.

Elle existait à titre d'évêché en 411; mais c'était alors un siège purement donatiste; son titulaire s'appelait Flavosus; l'ethnique Cissitanus étant correct, il y a lieu de donner la préférence à cet évêque, pour cette juridiction, sur le Quodvultdeus Cessitanus, attribuable plutôt à Cicsi (voir ce mot, Gesla coll. Carth., i, 208; Mansi, iv, 161 ; P. L., xi, 1348). La liste de 484 pour la Maurétanie césarienne (Not. afr., Maur. Caes., 107 ; Victor de Vite, éd. Petschenig, 131 ; P. L., lviii, 274, 347) porte comme 107« nom celui d'un Cissitanus, Reparatus; il dut subir le sort général des prélats convoqués à Carthage par Hunéric, l'exil.

Dans les ruines du cap Djinet, une église du iv« ou du v« s., encore facilement reconstituable à la fin du xix"^ s., est maintenant trop dévastée pour qu'on puisse en tirer parti (C. Viré, Archéologie du canton de Bordjl Menaiel, dans Rec. de Constantine, 1898, p. 63-64).

I Morcelli, i, clxxvii, p. 138. — Not. dign., n, annot., I p. 627, 651. — Ch. de Vigneral, Ruines romaines de l'All gérie : Kabylie du Djurdjura, Paris, 1868, p. 11-12 et pl. i, ■ Ug. 2. — Gams, 465. — Mercier, Note sur les ruines et les voies antiques de l'Algérie, dans Bull, du comité, 1885, p. 346. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept., I dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 94; Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1872. — Ch. Tissot, Géogr. comparée, ! II, Paris, 1888, p. 773. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. • chrét., Maurétanies, Montreuil-sur-Mer, 1894, xxxv, p. 74- 76. — • Dessau, dans Pauly-VVissowa, au mot Cissi. — Thes. 1 ling. lat., Onomasticon, ii, 461, au mot Cissi. — P. Mesnage, ; L'Afr. chrét., Paris, 1,912, p. 450-51 (Dellys et Djinet).

J. Ferron.

CISTELLO, Cistetluin, Sla Maria-Magdalenu Poenitentium de Cistello, Monasierium Pintianiim, a Pinti, ancienne abbaye de moniales cisterciennes, fondée à Florence, près de la porte Pincia, par l'évêque de la ville, François di Sylvestris e Cingulo, 1325. Un siècle plus tard, sous Eugène IV, les moniales furent transférées à S.-Donat, où elles demeurèrent jusqu'en 1809, et des moines de S. -Sauveur de Settimo occupèrent Cistello.

I En 1565, l'abbaye était taxée à 4 écus par le chapitre général. Elle fit partie de la congrégation S. -Bernard d'Italie et en subit les vicissitudes jusqu'à la fin du

I xvin« siècle.

I Nie. Baccetius, Seplimanae historiae libri VII, Home, I 1724, p. 108, 137, 270. — Cisterc.-Chronik a public (1901, ! p. 204 sq.), le rapport de la visite faite, en 1579, dans les monastères de Lombardie et de Toscane, par deux visiteurs apostoliques, dom .Juvénal, abbé de Morimond de Milan, et dom Guy, abbé de S. -Sauveur de Septime. — Cottinean, 787, 1159. — .Tanauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. Lxviii. — Pflugk-Harttung, Iter, p. 22 : 7 bulles. — Rome, Bibl. Vatic, ms. Barber., lat. 3221 (U), fol. 167-274 : de Cistello coenobio ad sinistram portam prope Florentiam. — Statuta cap. gêner, ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41, passini.

I J.-M. Canivez.

1. C ITEAUX (Abb.we), C(s/erc(um, Cystercium, Cister, Cistiaus, Zylels, célèbre abbaye chef d'ordre, située à 23 km. au sud de Dijon, sur le territoire de la commune de S.-Nicolas-lez-Cîteaux.

I. L'idée génératrice de Cîteaux. II. L'(cuvre des trois premiers abbés. III. Domaine temporel. IV. La filiation de Cîteaux. V. Les abbés de Cîteaux. VI. Saints et prélats remarquables. VII. Liturgie. VIII. Bibliothèque et écrivains. IX. Art et architecture. X. Archives et bibliographie.

I. L'idée génératrice de Cîteaux. — Le 21 mars j 1098, en la fête de S. Benoît, qui en cette année coïncidait avec le dimanche des Rameaux, vingt et un moines bénédictins de Molesme, ayant à leur tête l'abbé Robert, quittent l'opulente abbaye et se retirent dans le désert de Cîteaux. Ce qu'ils veulent, c'est pratiquer la règle bénédictine dans sa teneur littérale, et ils quittent Molesme parce qu'à leurs yeux c'est une prévari-

CITE AUX

(ABBAYE

cation de s'écarter, même en choses minimes, de la norme de vie que l'on a juré à Dieu d'observer. N'essayons pas de déterminer si l'observance de Molesme était un relâchement. On a souvent tenté ce sondage; c'est en pure perte, le sens précis de relâchement n'étant pas fixé et acceptant dès lors une gamme très étendue.

Le désir de retour à la pratique littérale de la règle fut donc d'abord conçu en réaction contre les coutumes admises; le nouveau monastère fut ensuite fondé afin de réaliser l'idée. Celle-ci, d'ailleurs, rentre dans le mouvement assez général des esprits à la fm du xi« s. : un peu partout on prétend remonter aux sources pour retrouver la pureté des origines en tout domaine.

Les fondateurs eurent soin de consigner dans un recueil d'actes officiels le point de départ et la raison de leur œuvre. Voici leur déclaration initiale : « Nous, premiers fondateurs de l'Église de Cîteaux, faisons connaître par le présent écrit, à ceux qui viendront après nous, la canonicité, l'autorité, les personnes, l'époque, le monastère, le genre de vie qui en ont marqué le commencement. Nous voulons cet exposé dans toute sa sincérité, pour qu'ils s'attachent davantage à ce lieu et à l'observance de la règle que nous y avons commencée, par la grâce de Dieu. » Suivent alors, dans YExordium cisterciensis coenobii, les pièces officielles authentiques des prélats intervenus pour autoriser la fondation : Hugues de Romans, archevêque de Lyon et légat du S. -Siège; Gauthier, évêque de Chalon.

Exordium cis(erc. coenobii, appelé aussi Parmim exordiuni, souvent édité : Rec. des hist. des Gaules, xiv, 110; P. L., cLxvi, 1501. — Dom Othon Ducourneau, Les origines cisterciennes, Ligugé, 1933, travail bien fouillé, que déparent plusieurs erreurs notables relevées par .1. Laurent, dans Annales de Bourgogne, iv, 19.34, p. 213 : Le problème des commencements de Cîteaux. — A. Fliche, Le règne de Philippe I", Paris, 1912, p. 466. — Gall. christ., iv, instr., 233 : Notitia fundationis Cistercii. — P. L., clx, 1167. — Manrique, Annales cistercienses, Lyon, 1642, ann. 1098, cap. ii.

— G. Millier, Grilndung der Abtei Cîteaux, Bregenz, 1898.

— Martène, Thésaurus anecd., v, ï'ill : Dialogus inter cluniac. monachum cl cisterc. — Dijon, bibl. munie, ms. 1591 (anc. 357, suppL), fol. 2-12 : dissertation sur l'origine de C.

— Troyes, bibl. munie, ms. 699 : dissertation...; ms. 1154 (xiv« s.); ms. 1309 (xin« s.) : Hisioria Brevis exordii cisterc. coenobii.

IL L'œuvke des tbois premiers abbés de Cîteaux. — 1° S. Robert. — On a minimisé parfois son œuvre à Cîteaux, en raison de son départ un an après son arrivée, et aussi à cause de certaines appréciations émises par le légat apostolique, spécialement la note d'inconstance qu'il lui inflige : solita leuitate (Exord., c. vu). Le va-et-vient que l'on constate dans la vie du saint fondateur pouvait prêter le flanc à ce reproche. Le 17 avr. 1111, Robert terminait sa carrière; il était dans la quatre-vingt-troisième année de son âge. A son tombeau s'opérèrent des guérisons miraculeuses qui publièrent sa sainteté et inaugurèrent le culte public dont Robert de Molesme a joui depuis dans l'Église. Dès 1222, quelques mois après la canonisation par Honorius III, le chapitre général de Cîteaux ordonnait pour tout l'ordre la célébration liturgique de la fête du saint. Sa part dans les origines de l'ordre avait été grande, en effet : il lui revient d'avoir nourri, avec plusieurs de ses frères, l'idée génératrice du nouvel ordre monastique et d'avoir jeté les bases de l'abbaye mère. Après lui, d'autres feront monter l'édifice commencé et en couronneront le faîte; S. Robert conserve la gloire d'en avoir posé la première pierre.

A. S., avr., m, 670. — Les clironiqueurs contemporains, tels Guillaume de Malmesbury, De rébus Angliae (P. L., CLxxix, 1256); Orderic Vital, Hist. eccl. (P. L., clvii, 17).

— É[douard] H[autcœur), Vies de S. Robert et de S. Albéric, Lérins, 1875. — .1. Laurent, Cartulaire de Molesme, Paris,

1907. — .S. Lenssen, S. Robert fondateur de Cîteaux, Westmalle, 1937; cf. analyse critique par .1. Laurent, dans Ann. de Bourgogne, xii, 1940, p. 31-36. — Gr. Muller, Die Grundung der Abtei Cîteaux, Bregenz, 1898. — K. Spahr, Das Leben des hl. Robert von Molesme, Fribourg, 1944.

2» S. Aubri ou Albéric (1099/1100-1109). — « Veuve de son pasteur, l'Église de Cîteaux se réunit et, dans une élection régulière, se choisit pour abbé un frère du nom d' Aubri. C'était un homme instruit, versé dans la connaissance des choses divines et humaines. Très attaché à la règle et à ses frères, il avait exercé longtemps la charge de prieur à Molesme et à Cîteaux; il n'avait reculé devant aucune peine pour obtenir qu'on abandonnât Molesme. Son zèle lui avait valu bien des hontes, même la prison et des coups » (Exord., c. ix). Ces quelques mots du Petit exurde sont les seules données authentiques que nous ayons sur la vie antérieure du second abbé de Cîteaux. Son œuvre est mieux connue. Trois choses retiennent particulièrement l'attention du fondateur :

1. La position juridique du monastère. Il obtient de Pascal II le Privileç/ium Romanum, comme l'appelle VExorde (Jafîé, 5842 : Desiderium du 19 oct. 1100). Ce privilège, qui n'est pas l'exemption, doit être interprété comme l'étaient les concessions similaires; les Décrétâtes l'ont expliqué à plusieurs reprises (1. V, tit. xxxiii, c. 8, 18; 1. V. tit. vu, c. 10, in VI"). Le privilège acquis consiste en ce ([u'il ne sera plus permis à aucune autorité inférieure à celle du pontife romain d'introduire des modifications dans les règles actuellement en usage, ni de molester la communauté en aucune manière. La bulle se termine par une exhortation à maintenir toujours intacts les deux éléments caractéristiques de Cîteaux : un plus grand éloignement du siècle et une vie plus saintement austère.

2. Les Instituta monachorum cisterciensium de Molismo venienlium {Exord., c. xv) furent rédigés; ils se répartissent sous les titres suivants : pauvreté indivi-

I duelle, pauvreté conventuelle, hospitalité, frères convers, futures fondations d'abbayes. Notons que leur pauvreté conventuelle consistera à chercher les moyens de vivre dans le travail manuel exclusivement. On rejette donc comme sources de revenus la possession d'églises et il'autels avec droits curiaux, telles les oblations et les mortuaires. On exclut la possession de villas, vastes exploitations avec serfs attachés à la glèbe. On ne possédera ni fours, ni moulins banaux. La jouissance des dîmes est particulièrement rejetée; cette privation sera la base du privilège de l'exemption des dîmes.

3. La liturgie fut l'objet d'une réforme profonde. h'opus Dei fut ramené aux proportions marquées par S. Benoît : on en exclut donc l'apport massif des générations précédentes qui, à Cluny, avait transformé la vie du moine en une psalmodie presque continuelle. Par ex., le seul office de prime chez les clunisiens l'emportait en longueur sur tout l'office des cisterciens, moins la messe et les vêpres {Thésaurus, v, 1599). Les réformateurs reviennent résolument au juste équilibre voulu par la règle. Les trois occupations de la journée du moine, prière, lecture et travail, se succèdent désormais à Cîteaux dans la mesure idéale, qui permet à toutes les facultés de l'homme de se développer normalement.

Les chroniqueurs contemporains, ut supra. — .4. S., janv., ni, 368. — A. Boit., xxx, 1911, p. 126. — Canivez, art. dans Dict. de spir., i, 276. — P. Fournier, art. dans D. H. G. E., I, 1407. — Gr. Muller, Cîteaux unter dem Abte Alberich, Bregenz, 1909.

3° S. Étienne Harding (1109-1133, t 1134). — 1. Dès le début de son abbatial, S. Étienne s'attache à accentuer encore l'esprit de retraite et d'éloignement du siècle. Il décide, de concert avec ses frères, que désormais

CITEAUX

(ABBAYE

« aucun priuce, pas même le duc de Bourgogne, ne sera plus admis à tenir sa cour clans l'église de Cîteaux, comme on avait fait jusqu'alors en certains jours de grande solennité » (Exord., c. xvii). C'était cependant un droit reconnu depuis longtemps aux fondateurs de monastères (E. Lesne, Hist. de la propriété en France, II, fasc. 2, Lille, p. 387-404; É. Amann, dans Fliche- Martin, Hist. de l'Église, vu, Paris, 1940, p. 313). Hugues II (1102-43), fîls d'Eudes I", le fondateur, respecta les pieux désirs de l'abbé de Cîteaux; il n'en continua pas moins à témoigner effectivement sa bienveillance à l'abbaye.

2. La pauvreté dans le vestiaire liturgique, le mobilier et l'ornementation de l'église, fut poussée jusqu'au dénuement. Puritanisme extrême qui ne pourra guère durer.

3. La réforme liturgique se continue et aboutit aux travaux suivants : Lettre-Préface à l'hynmaire réformé (Eev. Bén., xxxi, 1914, p. 35); Liber usuum ou Consiietudines: codification des rubriques et usages monastiques; Correctoire de la Bible (Dijon, bibl. munie, ms. 9); Charte de charité: c'est l'œuvre capitale de S. Étienne. Ce document, qui fait époque dans l'histoire des ordres religieux, était rédigé, semble-t-il, dès 1118; le 23 déc. 1119, Calixte II l'approuvait (Jaffé, 6795; P. L., cLxiii, ] 147 ; Mansi, xxi, 190). L'idée de base est de laisser à chaque monastère son autonomie et sa force naturelle d'expansion, tout en maintenant audessus de lui une juridiction d'appel et de surveillance qui l'empêchera de dévier. Nous ne toucherons pas à vos biens temporels, disait Étienne, nous ne désirons que la sanctification des âmes. Pour cela, nous voulons et ordonnons que la règle de S. Benoît soit pratiquée partout de la même manière qu'à Cîteaux. Deux moyens seront mis en œuvre : le chapitre annuel des abbés et la visite canonique que chaque abbé père fera annuellement dans ses maisons filles. D'autres précisions viennent ensuite qui concernent les élections et les dépositions des abbés. Notons que rintervention de l'évêque du lieu est prévue pour certains cas, en conformité avec la règle bénédictine.

L'auteur de la Charte est incontestablement S. Étienne; cependant le texte nous le montre entouré de collaborateurs ; domnus Stephaniis et fratres siii... Ces derniers sont les abbés des premières fondations alors créées, acceptant librement les dispositions de la Charte. Ce que le fondateur demande à ses abbés fils n'est pas moins qu'un acte de soumission, d'abnégation, en vue du bien de l'ensemble; le renoncement à leur prérogative de prélat autonome, en vue de l'unité et de la prospérité de toute la famille cistercienne (cf. Spéculum de Mathieu Pillaert, abbé de Clairvaux It 1428], ms. 417 de Bruges-ville, pars I'', c. viii).

Au moment où fut publiée la Charte, Cîteaux ne constituait encore avec ses maisons filles qu'une étroite congrégation d'une dizaine de membres. Quand le nombre s'en fut multiplié et que l'expérience eut donné ses leçons de choses, les prévisions de la Charte se révélèrent insuffisantes. Une seconde rédaction fut réalisée entre les années 1 134 et 1 152. C'est elle qu'Eugène m approuva par la bulle Sacrosancta du l'' août 1152 (Jaffé, 9600). Désormais, entre l'abbc de Cîteaux et le chapitre général, les rôles sont intervertis. Étienne llarding réunissait dans sa salle capitulaire ses al)bés fils et petits- fils; il leur parlait ou leur commandait en père et supérieur (cf. Bibl. nat. de Paris, ms. lat. 4346, fol. 12, § IV, De annuo ahbalurn capitula). La seconde Charte impose à l'abbé de Cîteaux une visite canonique annuelle, que feront ensemble chez lui les trois (et, plus tard, les quatre) premiers abbés. D'autre part, le chapitre général, bien que présidé de droit par l'abbé de Cîteaux, lui est cependant supérieur; il détient l'autorité suprême dans l'ordre. La formule adoptée dans la

suite par les abbés de la maison mère le dira bien haut : Capituli generalis auctoritate fungentes. Ces modifications n'ont rien d'étonnant pour qui se rappelle les circonstances qui ont suivi la retraite et la mort de S. Étienne (1133-34). La triste conduite de son successeur, Wido (Guido), qu'il fallut déposer quelques mois après son élection, indiquait assez à Bernard de Clairvaux et ses coabbés que le prélat de Cîteaux avait besoin, lui aussi, d'être maintenu dans la voie droite par le zèle de ses collègues.

Le § XXV de la seconde Charte fut également dicté par l'expérience. Nombre d'abbés de la première génération démissionnaient volontiers par désir de vie purement contemplative (cf. lettre d'Adam d'Ebrach à Ste Hildegarde, P. L., cxcvii, 190). S'inspirant des idées de S. Bernard en cette matière (cf. S. Bernard, Epist.,

LXXXIl, LXXXVI, LXXXVII, CXLI, CCXXXIII, CCLVIH,

ccLxxvii), la Charte formule une loi restreignant les démissions spontanées : l'abbé père n'est plus seul compétent pour les accepter; il doit examiner avec quelques autres abbés le bien-fondé des raisons présentées par le demandeur.

Contrairement à la première CImrle, la seconde se tait sur l'intervention éventuelle de l'autorité diocésaine dans le gouvernement des abbayes. C'est en dehors de la juridiction épiscopale que se font désormais les élections des abbés, leurs dépositions, les visites canoniques et autres actes juridiques intéressant la vie régulière et le développement de la communauté. C'est donc avec raison qu'on a pu voir, dans la Charte approuvée par Eugène III (1152) et ses successeurs, l'ébauche de l'exemption cistercienne.

En somme, le remaniement de la Charte fut, au début de Cîteaux, un incident que l'on oublia totalement dans la suite. Lorsque s'élevèrent, au xv^ s. et plus tard, les âpres discussions sur les pouvoirs de l'abbé de Cîteaux, jamais on n'entendit faire appel aux dispositions de la première Charte. Ni Mathieu Pillaert (t 1428) dans son Spéculum, ni Jean de Cirey, qui prétend le réfuter dans son Dijalogus, ne paraissent avoir eu connaissance des tâtonnements qui avaient précédé la rédaction définitive de la Charte. C'est d'ailleurs de celle-ci que l'ordre de Cîteaux a vécu; et grâce à elle, il a amplement prospéré.

Les chroniqueurs contemporains, nt supra. — A. S., a\T., II, 493. — P. L., cLxvi, 1361. — A. Boll., xviii, 1899, p. 76. — Dalgairns, Life of St. Slephen Harding..., Londres, 1844; New édition ivith notes by H. Tliurston, S. J., Londres, 1898. — Prvotna Charta caritatis, éd. par Dr Josip Turk, Ljubijana, 1942; on lit dans ces pages une étude très poussée sur la première rédaction de la Charte, retrouvée dans les mss. 31, de la Bibl. univers, de Ljubijana (Laybach, en allemand), et 175 Car. C, de Zurich. Le même auteur a publié une seconde étude sur le même sujet dans Anal, sancfi ordinis cisterc, iv, Rome, 1948, qui appelle bien des réserves sur certaines interprétations inattendues, données à des textes cent fois remués par des canonistes cisterciens (cf. Reu. d'fiisl. eccl., xlv, Louvain, 1950, p. 462). Avant la mise au jour du ms. 31 de Ljubijana, dom Robert Trilhe avait signalé l'existence d'un résumé de la première Charte dans le ms. îo(. 4346 de la Bibl. nat. de Paris. Ce document fut publié par dom Tiburce Hiimpfner, Vacz, 1932. ("est ce texte qu'avaient adopté littéralement les chanoines réguliers d'Arrouaise (cf. ms. 562, bibl. munie. d'Amiens). I-c ms. 762 (xiii^ s.) de la bibl. provinciale de Tarragone contient également la première rédaction; une copie s'en trouve à l'abbaye de Poblet (Espagne) : ms. E. C. 27 datant du xv'-xvi» s. — Le Spéculum de M. Pillaert se trouve aussi à Paris, bibl. de l'Arsenal, ms. 785; à Troyes, ms. 1953; à Gand, ms. 376; à Dusseldorf, ms. C. 35"; à Bruges, séminaire, ms. 139/106.

III. Domaine temporel. - Le domaine que Cîteaux parvint à se créer fut la résultante des libéralités des princes, des dons des fidèles et du travail persévérant des moines. Le premier donateur, Renaud, vi-

CITEAUX

(ABBAYE

comte de Beaune, avait concédé à Robert de Molesme, son parent, le lieu appelé Cîteaux. Ce n'était alors qu'une clairière au milieu des immenses forêts de la Bourgogne. Le duc Eudes approuva et augmenta la donation. Puis paraissent tour à tour les sires de Vergy, ceux de Sombernon, les frères Moiteran, Humbert Arnauld, Odon de Trouhans, les seigneurs de Marigny, ceux de Bessey, le chevalier de Mailly et d'autres. En même temps, des actes d'acquisition ou d'échange et une administration sage firent entrer dans une voie de grande prospérité le monastère, qu'après peu d'années on avait transféré à un quart de lieue de l'emplacement primitif, et désormais plus proche de la Vouge. « En ces jours-là, dit Y Exorde (c. xvii), l'Église ( = Cîteaux) crût en terres, en vignes, en prés et en cours d'eau, sans que l'esprit de la religion diminuât. »

Quelques éléments du domaine doivent être signalés. La maison sise à Dijon, appelée dans la suite le Petit Cîteaux. Le clos Vougeot, qui n'était d'abord en partie qu'un terrain en friche détenu par plusieurs propriétaires; quand il fut entré dans le domaine de Cîteaux, le travail monastique le transforma et lui acquit la célébrité qu'il n'a pas perdue depuis. En 1300, le prieuré bénédictin de Gilly, propriété de l'abbaye de S.-Germain-des-Prés (Paris), passa aux mains de Cîteaux en vertu d'un décret de Boniface VIIL Les circonstances qui amenèrent ce transfert, avantageux pour les deux parties contractantes, sont narrées brièvement dans les trois actes pontificaux de 1295, 1297 et 1300 (cf. Reg. de Boniface VIII, n. 805, 1785, 3699). Mais bientôt le recteur de la paroisse opposa de prétendus droits sur la chapelle du prieuré, desservie par trois moines de Cîteaux. Clément V intervint deux fois (Reg. de Clément V, n. 52C0, 8710). Après lui, Jean XXII termina le conflit en autorisant l'abbé de Cîteaux à nommer trois prêtres séculiers aux lieu et place de ses religieux (Lettres de Jean XXI L n. 27107, du 22 nov. 1326).

Les forêts qui entouraient l'abbaye finirent aussi par devenir propriété des cisterciens. Y eut-il chez eux volonté délibérée de s'entourer ainsi d'une épaisse ceinture de silence ? C'est possible. Il est certain que des acquisitions successives les rendirent maîtres et seigneurs d'un immense domaine forestier, qui constitua une part considérable de leur fortune. Mais vinrent ensuite les procès, les taxes de guerre, les dévastations par le passage des armées. Les dates sinistres s'échelonnent de façon serrée à partir du xv s. : guerre de la succession de Bourgogne (1478); le prince de Condé avec ses huguenots, en 1574; le comte de Tavannes pille l'abbaye et brûle les métairies, en 1589; les soldats du maréchal Biron passent en 1595; en 1636, nouveau pillage par Gallas, etc.

Au début du xvii^ s., l'abbé Nicolas II Boucherai (1604-25) cède 1 300 jougs de terrain pris dans les forêts de Cîteaux, pour les transformer en terre arable et créer ainsi le village de S.-Nicolas-lez-Cîteaux. Les contrats furent soumis au chapitre général de 1613, pour être autorisés; les décrets capitulaires ont ainsi conservé les noms des contractants, venus spécialement de Rodelach en Lorraine (Statuta, 1613 : 118, 119).

Cîteaux, malgré l'ampleur de ses domaines, connut assez souvent des crises financières. En 1235, la situation était lamentable. Un ensemble de circonstances malheureuses avaient appauvri l'abbaye mère au point de l'obliger à recourir à la charité de ses filles. La réponse fut généreuse; nous la lisons dans le décret capitulaire de 1235, n. 20. A cette occasion, cependant, les Pères du chapitre rappellent que Cîteaux n'est nullement dispensé des lois posées jadis pour l'administration prudente du temporel des abbayes.

L'année suivante, Cîteaux se choisissait pour abbé |

celui de Boxiey (Angleterre), Jean I" (1236-38). Les allures dominatrices de ce nouveau venu ne firent qu'aggraver la situation. Il commit l'erreur de réclamer comme dette rigoureuse ce que la bienveillance avait promis. D'autres maladresses suivirent, et bientôt les abbés de Pontigny et de Clairvaux découvrirent en tout cela des infractions encourant ipso facto l'excommunication. Une lettre d'une émotion profonde fut adressée à tous les supérieurs et communautés; elle dénonçait l'excommunication du prélat de Cîteaux avec ses conséquences juridiques (7 janv. 1237). Pour étouffer ce scandale, Ëtienne de Lexington, alors abbé de Savigny, négocia et se fit accepter comme arbitre par les deux parties. Sa sentence immédiate fut d'imposer silence à tous, pour attendre dans cette attitude pacifique que la lumière se fasse. Le chapitre général se prononcerait ensuite en parfaite connaissance de cause (lettre du 15 janv. 1237).

Ce n'est qu'en sept. 1238 que le chapitre général appela à son tribunal cette pénible affaire. Il la jugea dans une atmosphère sereine. Le premier coupable fut déposé; c'était l'abbé de Preuilly, qui avait échauffé au delà de toute mesure le zèle des abbés de Pontigny et de Clairvaux. Ces deux derniers reçurent une pénitence moindre, ainsi que les abbés de Jouy, de Fontaine- Jean, de Larrivour, de Cercanceaux, coupables d'avoir, eux aussi, signé la lettre de janv. 1237. Jean de Cîteaux fit ensuite agréer sa démission, préférant le silence du cloître au tracas des affaires et des procès (cf. Statuta, 1238 : 53-56, 74; F. Cognasso a édité les lettres mentionnées ci-dessus dans Rômische Quartalschrift, 1912, p. 201* sq., d'après le ms. lut. D. VI. 25 de la bibl. nat. de Turin ; la Chron. of Melrose, éd. Londres, 1936 ,p. 86, parle en termes discrets de la démission de Jean l'""').

En 1265, quand Jean II, abbé de Savigny, fut élu à Cîteaux, il trouva la maison mère accablée de dettes. Ses premiers efforts pour la dégager du gouffre lui paraissant peu efficaces, il s'adressa directement à Clément IV. En date du 13 mars 1267, le pontife lui accorde un privilège aux termes duquel 4 000 livres seront désormais payées chaque année par l'abbaye, jusqu'à extinction de la somme due, et, durant ce temps, aucune usure ni aucun intérêt ne pourront être réclamés par les créanciers (Bullaire de Cîteaux, ms. 598 de Dijon, fol. 106, Diim in sacra; Jordan, Reg. de Clément IV, n. 480). On vécut alors très pauvrement à Cîteaux. Nonobstant les restrictions que la communauté s'imposait, elle dut faire entendre un premier aveu au chapitre de 1269 : Mater noslra domus Cistercii oppressa est magnis debitis. Malgré une remise à flot momentanée, le même aveu fut répété en 1318, et, l'année suivante, un éclaircissement est donné. La maison mère a dû couvrir elle-même les frais généraux de l'ordre et elle n'a pas été remboursée. Durant plus de trois siècles, chaque chapitre général rappellera cette dette envers Cîteaux; en 1584, elle s'élevait à 23 000 florins et en 1738 à 35 798. C'est le dernier chiffre entendu avant la fin tragique du xviii« siècle.

Benoît XII, le pape cistercien, intervint, lui aussi, dès la première année de son pontificat, pour obtenir que l'ordre entier consentît à aider efficacement l'abbaye de Cîteaux à sortir de l'impasse, où elle se trouvait encore en 1335 (Vidal, Lettres closes... de Benoit XII, n. 488, du 12 août 1335).

D'autre part, la célébration annuelle du chapitre général occasionnait à l'abbaye de Cîteaux des dépenses considérables. Des bienfaiteurs le comprirent. Plusieurs statuts capitulaires mentionnent avec reconnaissance les dons envoyés de temps à autre par des rois, des princes, des prélats (Statuta, 1206 : 76; 1215 : 44; 1236 : 31; 1241 : 10; 1247 : 27; 1252 : 46, etc.). Plus notables étaient les créations de revenus fixes. Al- I phonse, comte de Poitiers, par ex., avait fait une fon-

CITE AUX

(ABBAYE

dation de ce genre, rappelée encore en 1275 dans le statut 76. Un siècle avant cette date, le roi Richard d'Angleterre avait fait don à Cîteaux de l'église paroissiale de Scarborough (Scardebourg, disent souvent les niss.) et de tous les droits y annexés. En 1240, Richard de Cornwall, fils de Jean sans Terre, donnait à Cîteaux l'église de Stanlej', au diocèse d'York. Mais, si bien assis que fussent les titres de ces propriétés, les avantages en furent i)arfois très minces pour les ayants droit. Après peu d'années, commencent des procès qui tombent en cascade jusqu'à la guerre de Cent ans; ce fut alors la dépossession en fait, sinon en droit.

Les autres fondations en faveur du chapitre général furent énumérées parfois dans des documents d'allure polémique, tel le Spéculum de Mathieu Pillaert (t 1428), et dans les actes du procès intenté par Clairvaux contre Cîteaux à la fin du xv<^ s. (Arch. de l'Aube, 3 H im sq.).

Les bulles d'Alexandre III (Religiaaam uilarn, 1164), de Lucius III (1182) et de Célestin III (1192) confirment, en les citant, les propriétés de C. à ces dates (cf. BuUaire de Cîteaux, ms. 598 de Dijon); la bulle d'Alexandre III a été éditée par PIlugk-Harttung, i, 236. — Cartulaires, surtout celui de Jean de Cirey, 1499; et les nombreux factums de procès. — Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2297 : collection de 26 pièces originales relatives aux propriétés de l'abbaye situées à Ouges (Côte-d'Or) (1285-1508); coll. Moreau, ms. 818 : série de factums. — Rome, bibl. Barberini, ms. lat. 3236 : Monumenla... de F. Ughelli, fol. 4 : copie de l'extrait des informations prises officiellement à C. après le désastre causé par le comte de Tavannes en 1589. Entre autres détails, on apprend que la population de l'abbaye s'élevait alors à 254 personnes, dont 60 religieux profès, 12 novices, 30 convers, résidant au monastère avec bon nombre d'oblats ou familiers; le reste se trouvait réparti dans les fermes voisines. — • Archives de l'Aube, 3 H. 144 : vente par l'abbé de C, à l'abbé de Clairvaux, d'une écurie sise dans la maison de C. (1284); modèle de procuration d'Edmond de la CroLx, abbé de C, pour encaisser des secours destinés à la restauration de C. (1601); lettres patentes du roi pour la levée d'un subside caritatif en vue de restaurer l'abbaye de C; procuration d'Edmond de la Croix pour la levée dudit subside; lettre circulaire d'Edmond de la Croix (imprimé); Estât de ce qui a été vendu et aliéné du revenu de l'abbaye de Cisteaux, depuis l'an mil cinq cens vingt et six iusque en l'an six cent et un. Estât de l'argent que l'abbaye de Cisteaux tient à intérest pour le présent 1601.

— Actes pontificaux : Pressuti, Reg. d'Honorius III, Rome, 1888, n. 3366, 5215 : confirmations, donations; L. Auvray, Les Reg. de Grégoire IX, Paris, 1890, n. 272, 385, 439, 460, 608, 1723, 2417, 2623, 3404, 3471, 3586, 3771, 4041, 4042; E. Berger, Les Reg. d'Innocent IV, Paris, 1887, n. 589, 590, 591, 912, 921, 1220-27, 3541, 4624, 5166.

Chabeuf, Les celliers cisterciens à Dijon, Dijon, 1909. — M. Chaume, Les anciens vicomtes de Beaune et la fondation de Cîteaux, dans Mém. de l'acad. de Dijon, 1923, p. 73-77; Hist. d'une banlieue, dans Mém. de la Soc. d'hist. du droit en pays bourguignon, fasc. 8, Dijon, 1942; fasc. 9, 1943; fasc. 10, 1944-45, contient des précisions au sujet de quelques propriétés de C; Charles... de S.-Bénigne de Dijon, 1943, n. 429 : donation de l'abbé Jarenton, vers 1111. — Edme de la Croix, abbé de C. : lettre à tous les supérieurs de l'ordre à la suite du désastre de 1589 (incip. : Miseranda plane et lucluosa monasterii nostri cisterciensis direptio...), imprimée en latin et en allemand, Fribourg, 1593; en latin et en français, Paris, 1596. Il obtint d'Henri IV un décret obligeant les abbés réguliers et commendataires à verser le centième durant quatre ans; Clément VIII lui concéda la vingtième partie des biens de chaque monastère. — Ét. Fyot, La maison de Cirey à Dijon, dans Mém. de l'acad. de Dijon, 1923, p. 144-48. — Gall. christ., iv, instr., 21. --- Garnier, Hist. du château et du village de Gilly-lez-Cîteaux, dans Mém. de la Comm. des ant. de la Côte-d'Or, i, 245. — J. Guicherd, art. dans Dijon et la Côle-d'Or en 1911, ii, 333.

— J. Marilier, Quelques précis, sur les commenc. de C. Les donations d'Êlisabeth de Vergy, dans Ann. de Bourgogne, 1944, p. 28; Le vin à C. au XII' s., dans Mém. de l'acad. de Dijon, 1947, p. 267-72. — E. Picard, Les joréts de l'abbaye de C, dans Mém. de la Soc. éduenne, xir, xiu. — A. Prinstet, Visitte générale dans la totalité des bois de Cisteaux, 1726. —

M. Pro-sins, Le Clos Vougeot et son château, Paris, 1896. — J. Richard, Citeaux vu à travers ses archives, dans Mém. de l'acad. de Dijon, 1947, p. 215-22. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, 19.33-41, particulièrement : 1269 : 8; 1318 : 21; 1319 : 7; 1.320 : 14; 13.35 : 9; 1613 : 27. — Teulet, Layettes... chartes, i, n. 1992 : donation de Raymond de Toulouse pour le chapitre général, avr. 1229. — E. Vernisy, L'invasion de Gallas, Paris, 1936.

Siu- Scarborough, cf. .J. Richard, La cusiodie de Scarborough..., dans Le Moyen Age, 1946, p. 257-70; les données de ce travail, établi d'après les archives de C, trouvent leur écho dans les statuts capitulaires : 1240 : 30; 1250 : 19; 1257 : 14; 1262 : 15; 1392 : 4, 12; 1402 : 11; 1464 : 1 ; 1480 : 21 ; les textes concernant la donation ont été publiés par .lean de Cirey dans Collectio privilegiorum, Dijon, 1491, fol. 181 sq.; par Henriquez, Privilégia, Anvers, 1630, p. 231 sq.; les bulles d'Innocent III et d'Alexandre IV se lisent dans le BuUaire de Citeaux, ms. 598 de Dijon, fol. 76 v" et 95 \°. Le Liber Censuum de l'Église romaine, éd. Fabre et Duchesne, ii, 189, 226, a noté le cens annuel dû par C. au S. -Siège en raison de l'église de Scarborough, tel que l'avait statué Grégoire IX dans sa bulle confirmative du 20 févr. 1229 (cf. Auvray, Reg. de Grégoire IX, n. 272).

IV. La filiation de Citeaux. — Il s'agit ici uniquement de la filiation directe, c.-à-d. des abbayes fondées par Cîteaux et de celles qui, par décret capitulaire, furent placées sous sa juridiction immédiate. Vingt-huit abbayes d'hommes citées ci-après, avec la date de fondation :

1. La Ferté, mai 1113. — 2. Pontigny, mai 1114. — 3. Clairvaux, juin 1115. — 4. Morimond, juin 1115. — 5. Preuilly, août UÏ8. — 6. La Cour-Dieu, avr. 1119. — 7. Bonnevaux, juin 1119. — • 8. L'Aumône, juin 1121. — 9. Leroux, sept. 1121. — 10. Bussière, mars 1131. — 11. Miroir, sept. 1131. — 12. S.-André in Sesto, nov. 1131.

— 13. Valloires, sept. 1138. — 14. Herrevad, oct. 1144.

— 15. Perseigne, juin 1145. — 16. Obasine, sept. 1147.

— 17. Carracedo, nov. 1203. — 18. Beaulieu, juin 1204.

— 19. Sotos Albos, 1212. — 20. Escarpe, sept. 1213. — 21 . Royaumont, févr. 1228. — 22. Monte Amiata, juiU. 1228.

— 23. L'Epau, mars 1229. — 24. Monte Acuto, juin 1234.

— 25. Clarté-Dieu, juill. 1240. — 26. Moulins, mars 1414.

— 27. Piété-Dieu, 1440. — 28. S.-Remy, 1464.

Les abbayes de moniales furent plus nombreuses ; une série s'en retrouve dans plusieurs manuscrits, notamment : Bruges, séminaire, ms. 128/177 (t. ii des Varia curiosa de Ch. de Visch); Dusseldorf, ms. C. 32 (Winter a reproduit ce texte tel quel, même avec les erreurs manifestes qu'il contient, dans Die Cislercienser des nordôstlichen Deutschlands, ni. Gotha, 1868, p. 176). Ces listes sont identiques. A cause de son importance pour l'histoire locale, nous reprenons ici, sans le modifier, le texte édité par Winter. Nous nous bornons à y ajouter quelques interprétations.

I. In Alemania. — In episc. Herbipolen. : 1. de Fonte Virginum (Maidbronn) ; — 2. de Novali S. Mariae (Frauenroth); — 3. de Valle sanctorum (Heiligental) ; — 4. de Valle Coeli (Himmelstal) ; — 5. de Campo solis (Sonnenfeld).

In episc. Constantien. : 6. de Valle S. Crticis (Heiligenkreuztal); — 7. de Valle S. Mariae (Mariental) ; — 8. de Rinthal (RIxeintal).

In archiepisc. Colonien. : 9. de Fonte (Burbach) ; — 10. de Orto ( Mariengarten ) ; — 11. de Droelsaga (Drolshagen).

In episc. Leodien. : 12. de Linthres (Val-des-Vierges, à Oplinter); — 13. de Valle Florida (Florival); — 14. de Parco dominarum ( Parc-aux-Dames ) ; — 15. de Ramerya (la Ramée); — 16. de BonelTya (Bonejfe); — 17. de Argenton; ■ — 18. de Succursu B. Mariae (à RocheforI); — 19. de Disten, alias de S. Bernardo (S.-Bernard, à Diest); — 20. de Orient (Orienten, à Rummen); — 21. de Marcha (Marcheles-Dames ) ; — 22. de Rocheem (Rothem, à Haelen); — 23. de Utres (Uetersen ?); — 24. de Roberti Monte (Robermont);

— 25. de Valle benedicta (Valbenoit); — 26. de Valle B. Mariae (Val N.-D., à .\ntheit); — 27. de Molins (Moulins);

— 28. de Soleres (Solières); — 29. de Bothes (ter Beeck, près S.-Trond); — 30. de Opeone ( V'a/-dij-Cie/, à Ophoven).

In episc. Trajecten. in Holland. : 31. de Losdunis (Looc duinen).

8(il CITRAUX

In episc. Monasterien. : 32. de Hast (Hartsle) ; — • 33. de Ramesdorpo (Koesfeld).

In episc. Ocesburgen. (Oxnabriick): 34. de Loenure (Leeden).

In archiepisc. Bremen. : 35. de Valle Lilii (Liliental). In episc. Lubicen. : 36. Claustrum B. .Johannis apostoli. In archiiepisc. Treviren. : 37. de Prato (Marienbeiiden?) ;

— 38. de Brotembrocli (Botleiibroich) .

In episc. Tullen. : 39. de Valle benedicta (Valbenoîle) ; — 40. de Stagno (Estanche); — 41. de Droicteval (Droiteval) .

II. In regno Franciae. — In archiepisc. Bemen. : 42. de Consolatione (N .-D .-de-Consolation, ou Mazures).

In episc. Cameracen. : 43. de Valle rosarum (Val-des- Roses, près Malines); — 44. de Tenremonde (Zivyueke, près Termonde); — 45. de Aldenarde vel de Nazareth (Maaqdeiidat, à Audenarde, ou Nazareth, près Lierre).

In episc. Suessioiien. : 46. de Gaudio (La Joie).

In episc. Cathalaunen. : 47. de S. Desiderio (S.-Dizicr).

In episc. Tornacen. : 48. Sanceoy (Le Saiilchoir).

In episc. Morinen. : 49. de Bello Prato ( Beaitpré-siir-Ui- Lys).

In episc. Attrebaten. : 50. de Broella (Braille); — 51. de Vivario (Vivier N.-D.).

In episc. Bellovacen. : 52. de Panthemont; — • 53. de Monciaco (Mouchy-le-Péreux).

In episc. .\mbianen. : 54. de Paraclito; — 55. de Hyspania (Espagne).

In episc. Noviomen. : 56. de Biatt (Biaches); — 57. de Monciace (Moachy, déjà cité).

In archiepisc. Senonen. : 58. de LUio B. Mariae (Le Lys, près Melun); — 59. de Curia B. Mariae (Cour N.-D.); — 60. de Nemosio (La Joie, près Nemours); — 61. de Villari (Villiers).

In episc. Melden. : 62. de Ponte B. Mariae (Pont-aux- Dames ) .

In episc. Parisien. : 63. de S. Antonio; — 64. de Portu Régis (Port-Royal) ; — 65. de Pontizara (Maiibuisson, près Pontoise).

In episc. Carnoten. : 66, de Aqua (Eau-lez-Chartres).

In episc. Aurelianen. : 67. de Vicinis (Voisins) ; — 68. de Temorantin (Lieu N.-D., près Romorantin).

In episc. Antissiodoren. : 69. de Insulis (Les Iles ); — 70. de Consolatione.

In episc. Trecen. : 71. de Ramera (Piété-Dieu, près Ramerupt); — [72.] de Pietate Dei (ut supra, 71); — 72. de Gracia B. Mariae (La Grâce; cf. Pressutti, Reg. Honorii i/i,n.4168, 4201); — 73. de Jardino (Jardin-lez-Pleurs).

In archiepisc. Bituricen. : 74. de Bello visu (Beauvoir) .

III. In Normania. — In archiepisc. Rothomagen. : 75. de Fonte Geraldi ( Fontaine- Guérard ) ; — 76. de Gomeri Fonte ( Gomerfontaine ) .

In episc. Cenomanen. : 77. de Virginitate (Virginité).

IV. In Burgundia. — In episc. Lingonen. : 78. de Cardo (de Tardo, Le Tort) ; — 79. de Valle baionis (Valbaion ) ; — 80. de Colonges (Coulonges); — 81. de Bello monte (Belmont); — 82. de Beaufays (Belfays).

In episc. Eduen. : 83. de Loco Dei (Lieu-Dieu, près Vergy)-

In episc. Cabilonen. : 84. de Molesia (Molèze). In archiepisc. Bisuntinen. : 85. deBathault (Battans); — 86. de Monstreal (Montarlol) ; — 87. de Onans (Ounans);

— 88. de Courcellis (Corcelles).

In episc. Lausannen. : 89. de Bella valle (Bellevaux, près de la ville).

V. In Hyspania. — - In episc. Baiocen. (Bayonne) : 90. de Bello visu (Beauvoir).

In archiepisc. Tarraconien. : 91. de Valle S. Mariae; - — 92. de Bona quiete (Bonrepos); — 93. de Valle bona (Valbona de las Monjas).

In episc. Gerundinen. : 94. de S. Felice (S. Félix in Chatinis); — 95. Eola, prioratus eius.

In episc. Baremonen. (Barcelone) : 96. de Valle domicelle (Valdoncella, à Barcelone).

In episc. Pampilonen. : 97. de Marzella (N. Senora la Blanca de Marcilla).

In episc. Vicennen. : 98. de Petrigal (Pedregal, à Terrega).

In episc. Vergellen. : 99. de Franchasiis (S. M. de las Franquezas, à Balaguer); — 100. Vallis Laure.

In episc. Valentiae : 101. de Lazaida, alias de Gracia Dei (La Zaîda, à Valence); — 102. de Monte sancto, fliia Vallis Dignae.

In episc. lUerden. : 103. de S. Hylario; — 104. de Valle viridi; — 105. de Valle sancta; - 106. de Valle bonu.

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In episc. Cesiu-augusten. : 107. de Regali (S. Luciu la Real).

In episc. Tirasonen. : 108. de Tholobris (Tulebras).

In archiepisc. Toletana : 109. de S. Clémente (S.-Clément, faubourg de Tolède).

In episc. Burgen. : 110. de Burgis (S. Maria Regia de Huelgas, à Burgos).

In episc. Astregeu. : 111. de Villa bona.

VI. In Provinci.\. — In episc. .-^relaten. : 112. de Mologesio (Mollégès).

VII. In Alvernia. — In episc. Claromonten. : 113. de Eschensia (L'Esclache) ; — 114. de Lenisun (Lauaysse? ) .

In episc. Caturcen. : 115. de Lenie (Leyme). In episc. Convennar. : 116. de Fauacs (Favas, Fabas, ou Lumen Dei).

In episc. Tholosanen. : 117. de Goion; — 118. de Oratione Dei (Oraison-Dieu) ; — 119. de Valle nigra (Valnè'gre).

VIII. In .Anglia. — In episc. Salebericen. : 120. de Tarenca (Tarenleensis abbatia).

In episc. Norwicen. : 121. de Matran (Mtirhaiit).

IX. In Lumbardia. — In episc. Terdonen. : 122. de Vesella (Vesolla); — 123. de Prato.

X. In Grecia. — In episc. Corinthien. : 124. de Nicenal. In episc. Montonen. : 125. de Viridario B. Mariae.

In Constantinopoli : 126. de Parcheyo (S. M. de Pelreio).

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