CITEAUX (ABBAYE
donnera à Jean de Cirey et à ses successeurs le pouvoir i de conférer le sous-diaconat et le diaconat à tous les | moines de l'ordre, et de donner la bénédiction abbatiale à tons les abbés et abbesses.
Ce qui importe le plus, c'est de détei-miner exactement la position juridique de l'abbé de Cîteaux dans l'ordre monastique qu'il gouverne. Son élection se fit toujours par les moines de Cîteaux, et même par eux seuls, à dater de la bulle Parvus fons (1265), qui retira aux abbés fds leur droit de vote — ils pouvaient être appelés encore pour l'opération électorale, mais à titre de conseillers seulement. D'ailleurs, quelque différents que furent successivement les modes d'élection, on constate que la communauté sut presque toujours se choisir pour supérieurs des hommes de haute valeur, et généralement des abbés ayant déjà gouverné avec succès (cf. ci-après la liste des abbés).
Les pouvoirs de l'abbé de Cîteaux avaient été restreints par la seconde rédaction de la Charte de charité, et il est des principes sur lesquels le chapitre général ne transigea jamais. Il affirma toujours sa supériorité sur l'abbé de Cîteaux, ne craignant pas de le rappeler au devoir en certains cas (Statuta, 1195 : 55; 1222 : 11; 1238 : 9), ni de casser parfois ses décisions (ibid., 1435 : 17; 1623 : 24). Il lui refusera le pouvoir ordinaire de visiter canoniquement d'autres maisons que sgs filles directes (ibid., 1238 : 9); il ne lui permit pas de dispo- I ser librement du temporel ou du personnel d'aucune abbaye sans l'assentiment du supérieur local.
Cependant, par la force des choses, l'abbé de Cîteaux se vit successivement investi de pouvoirs considérables pour le gouvernement de l'ordre. Le chapitre général, ne siégeant que trois jours par an, devait confier à son président des pouvoirs délégués, et ceux-ci, sans changer de nature, se continuaient de façon habituelle. D'une manière générale, le chapitre lui confie les causes plus délicates à traiter; les res notabiliores, diffîciliores sont laissées à sa sagesse (ibid., 1190 : 68; 1191 : 14; 1192 : 47; 1196 : 37). Puis s'alignent ici de i nombreux cas expressément prévus, dans lesquels il agit en vertu d'un privilège pontifical, ou par délégation du chapitre général. Kôndig a dressé une énumélation de ces cas; on en trouve une seconde, fondée uniquement sur les décrets capitulaires, dans les Indices des Statuta (éd. Louvain, 1941, viii, 117 sq.), et enfin une troisième, d'après les bulles, dans Henriquez, Ref/ula, constitutiones et privilégia, Anvers, 1630, p. 543.
Ses droits et devoirs, si étendus qu'ils fussent, l'abbé de Cîteaux eut souvent tendance à les amplifier encore (cf. Annules Wauerleienses, ann. 1264). L'opposition se leva; elle vint surtout de la part des premiers Pères, dégénéra en des querelles sans fin, qui ont entaché la mémoire de ces prélats, si méritants d'ailleurs. C'était habituellement l'abbé de Clairvaux qui se faisait le porte-parole de ses collègues, tel Mathieu Pillaert (1405-28), qui rédigea son Spéculum elevationis et depressionis ord. cisterc. (demeuré ms., cf. supra). L'auteur trace un aperçu historique des tendances à l'absolutisme chez les abbés de Cîteaux. Il cite nommément Gauthier d'Ochies (1219-34), Jean I" (1236-38), Jean de Bussières (1375-76), Gérard de Bussières (1378), Jean de Martigny (1405). Les contributions perçues pour les nécessités générales de l'ordre furent aussi un domaine que Cîteaux prétendit régir de façon absolue. De là, les accusations énumérées dans le Spéculum et reprises, avec documents à l'appui, dans le Libellas et petilio domini Claraevallis contra dominos cistercienses (Archiv. de l'Aube, 3 H 159). C'est la minuta advocati rédigée lors du procès intenté par Pierre de Virey contre Jean de Cirey. Ce réquisitoire s'inspire d'un autre travail de Pillaert, perdu, semble-t-il, mais que décrit de Visch dans sa Bibliolheca (éd. Cologne, 1656, p. 240). D'où encore la thèse, trop absolue pour être
j exacte, que les abbés eurent toujours à Cîteaux une administration temporelle défectueuse (ms. 129 de Sens, fol. 246).
La réponse à Mathieu Pillaert ne fut donnée que par Jean de Cirej", abbé de Cîteaux (1476-1501), dans son Dgalogus prioris ac supprioris super duplici prospero scilicel et adverso ordinis cisterciensis (original aux Archiv. delà Côte-d'Or; copies dans les mss. 79 de Chaumont, 88 d'Épinal ; fragments dans le ms. 602 de Dijon). Notons cependant que le Dgalogus est avant tout dirigé contre Pierre de Virey. A vrai dire, cette trop longue plaidoirie est moins solidement étaj'ée que le Spéculum au point de vue juridique; les arguments sont inopérants et se trouvent noyés dans de fades et interminables conversations supposées, entre un prieur et un sous-prieur.
Le Dgalogus n'apaisa nullement la querelle qui, à la fin du xv» s., mettait aux prises les abbés de Cîteaux et de Clairvaux. Ce dernier commit, en 1482, la grosse erreur de porter ce débat devant le Parlement. Les choses traînèrent en longueur. En 1486, le pontife régnant. Innocent YIII, délégua les définiteurs du chapitre général de Cluny, afin qu'ils usent de leur influence pour réconcilier les deux parties (cf. leur message au chapitre de Cîteaux dans V Auctarium de Ch. de Visch, Bregenz, 1927, p. 71).
I fîntre temps, sous prétexte de faire connaître toute la vérité, l'abbé de Clairvaux rédige et distribue un factum, qui est jugé et condamné comme gravement diffamatoire à l'endroit de Cîteaux (Statuta, 1485 : 70- 73). Ordre fut donné de le faire disparaître partout (ms. 2357 de Troyes : Instrumentum combuslionis unius libelli abb. Clarev. contra abb. Cist. per cancellarium Eccl. Parisiensis, 20 déc. 1487). L'année suivante, le parlement de Paris, refusant de juger, remet la cause intacte aux mains des abbés de La Ferté, de Morimond, de Pontigny, de Chaalis et de La Charité, nommés arbitres. On leur adjoint ensuite les abbés de Bonport, de Balerne et d'Élan (Statuta, 1488 : 59). Le chapitre général avait énuméré les griefs formulés contre Pierre de Virey (ibid., 1487 : 79), et celui-ci, accusateur de Jean de Cirey, agitait surtout le cas des contributions générales de l'ordre, dont une partie importante aurait passé indûment dans la caisse de Cîteaux.
Celui qui n'entend que les actes capitulaires n'en retire qu'une documentation unilatérale et toute en faveur de l'abbé de Cîteaux. Ce dernier fut cependant répréhensible en plus d'un point. Son adversaire sut le prouver dans la réfutation qu'il fit du Dgalogus. Le ms. 129 de Sens contient une copie (xvii« s.) de documents conservés jadis à Clairvaux. On possède là un témoin qu'il est nécessaire d'entendre pour faire la part des choses. Disons seulement ici que Jean de Cirey, connu personnellement du pape Innocent VIII, se trouvait solidement soutenu à Rome par le procureur général, qu'il avait choisi en la personne de Jacques du Breuquet, chanoine de Cambrai et rédacteur des lettres apostoliques aux princes (Statuta, 1487 : 2, 3; 1491 : 11). D'autre part, il semble bien que Jean de Cirey montra, lors de cette pénible discussion, plus de vertu que son accusateur; il obtint gain de cause.
Enfin Innocent VIII, voulant ruiner à jamais les causes de dissension entre les deux abbayes, en décréta l'union sous un seul et même abbé portant le titre de Cîteaux-Clairvaux (cf. texte dans Statuta, v, 663). La bulle, datée du 9 avr. 1489, fut sans doute tenue secrète, en attendant des circonstances favorables. Cellesci firent défaut, car, en 1496, Pierre de Virey, voulant quitter sa prélature, remit sa démission aux mains d'Alexandre VI. Le pape, usant de son droit et se conformant à la tradition, nomma librement à la prélature vacante. L'élu fut Jean Foucault, abbé de Fontenay, désigné à la bienveillance du pontife par le démis-
mm
CITEAUX
(ABBAYE
sionnaire. Jean de Cirey osa protester, en appelant au siège de Clairvaux Antoine de Châtillon. La nomination parut dans les actes du cliapitre général de 1497 (n. 64). Deux lettres sévères, chargées de menaces, parvinrent aussitôt de Rome à l'adresse de l'abbé et du chapitre général de Cîteaux. Alexandre VI s'indignait de ce que l'on eût osé passer outre à ses volontés (cf. ms. 129 de Sens, fol. 253 sq.). Le Gallia christinna (iv, 811) nous donne un écho affaibli de cette double nomination, quand il dit : Johannes Foucault aemulum passus Anlonium de Châtillon...
Le titre de général donné à l'abbé de Cîteaux lui fut parfois àprement discuté. On le trouve cependant dans les bulles d'Urbain IV en 1263 {Processit, Potthast, Reg., n. 18755), d'Eugène IV en 1438 (Ad universalis), d'Innocent VIII en 1489 (Alias percipientes), de Pie IV en 1563 (In eminenti). Contre ce titre et les conclusions pratiques qu'en voulait tirer le bénéficiaire, des protestations s'élevèrent. On peut les lire encore dans les factums édités aux xvii« et xviii« s., quand les prélats en cause eurent porté leur différend devant les tribunaux royaux. En 1681, parut un Arrêt du Conseil d'État du roi, par lequel l'abbé de Cisteaux est maintenu dans ses droits et dans ses prérogatives de chef et supérieur général de l'ordre de Cisteaux, 19 sept. 1681. Au siècle suivant, la lutte reprenait aussi acharnée. Il y eut des appels comme d'abus par les quatre premiers Pères, et les Mémoires tombèrent en avalanche. En 1781, un autre Arrêt du Conseil d'État du roi fut rendu; ce fut le dernier. Entre temps, Andoche Pernot (1727- 48) avait dû plaider au sujet des habits prélatices qu'il portait lors des séances du parlement de Bourgogne. Frivolité.
Archives de l'Aube, 3 H 153 sq.; 3 H 257, 8° : démission de Pierre de Virey entre les mains du pape; 3 H 248-256 : volumineux procès entre Jean Foucault et Antoine de Châtillon. — Chaumont, ms. 79, fol. 265-74 : declaratio reddiluum... — Dijon, ms. 602 : quelques actes du procès Cîteaux- Clairvaux; ms. 1591 (anc. 357, suppl.), fol. 20, 94, etc. — Lille, Arch. du Nord, 28 H 15 : visite de C. par les premiers Pères. — Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, ms. 818; Arsenal, ms. 785. — Sens, ms. 129. — Troyes, ms. 739; ms. 2488 : Pierre de Virey en appelle à Sixte IV des accusations de .Jean de Cirey.
A. Avignono, Manuale cislerc. Italiae abbatum..., iura, prerogativae.... Milan, 1755. — Besse, Archives de la France monasl.. Introduction, Paris, 1906, p. 160 : autorité de l'abbé de C. — J.-M. Canivez, art. Cîteaux (Législation de l'ordre de), dansD. D. Can., ni, 745; Étonnantes concessions pontificales, dans Miscellanea hist. De Meyer, i, Louvain, 1946, p. 505. — Innocent III, lettre aux premiers Pères, P. L., ccxiv, 1107. — Jean, abbé de Savigny, lettre aux cisterc. d'Angleterre (1264), dans Monasticon angliccmum, V, Londres, 1825, p. 226. — R. Kôndig, Elenchus privileyiorum..., Cologne, 1729. — Gr. Millier, Titel des Abtes voti C, dans Cisterc.-Chronik, xxvi, 1914, p. 65; D. abb. Salemitani, de controversia raiione tiluli generalis, ibid., 1929, p. 82. — Pie de Langogne, De bulla Innocentiana, dans Anal, eccl., Rome, 1901, p. 311. — • Statuta cap. yen. ord. cisterc., éd. Louvain, v, 1937, ann. 1482 sq.
Liste des abbés de Cîteaux. — De nombreux ouvrages mss. et imprimés présentent cette liste des abbés, mais on n'y trouve pas la concordance désirée. Les dates sont différentes; le nombre des abbés varie aussi, car on supprime parfois S. Robert, Wido (ou Guido) (1133), Richelieu (1636), Louis Loppin (1670) [cf. Paris, Bibl. nat., ms. lal. 13823, fol. 90-95 (xviie s.); Arsenal, ms. 927, fol. 139 (xvii« s.); Dijon, ms. 1018 (xviii« s.); Arch. de la Côte-d'Or, H 408, fol. 74-83; Louviers, ms. 28 (xvn«-xviii« s.); Troyes, ms. 2002 (xvii« s.); Port-du- Salut, abbaye, ms. 4 (xviii« s.)]. — Listes imprimées dans Manrique, Annales cisterc., i, Lyon, 1642, p. 471. — Henriquez, Menologium, Anvers, 1630, p. 2. — Sartorius, Cistercium-Bis-Tertium, Prague, 1700, tit. ii, 23-44. — Gall. christ., iv, 984; cette dernière liste
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
forme ici notre base, rectifiée cependant pour le xu^ s. par M. J. Marilier (dans Cisterc.-Chronik, 1948, p. Isq.), et ailleurs par des statuts capitulaires ou des bulles pontificales.
1. S. Robert, 1098-99. — 2. S. Aubri, 1099-1109; Henri, fils du duc Eudes, se fait moine. — 3. S. Étienne Harding, 1109-33; f 1134; il reçoit S. Bernard et ses compagnons. — 4. Wido (Gui l"), 1133, abbatiat éphémère. — 5. Raynaud, fils de Milon, comte de Bar-sur- Seine, moine à Clairvaux, élu à Cîteaux, 1133/34-1150. En 1147, Eugène III est présent au chapitre général; affiliation des deux congrégations de Savigny et d'Obasine. Éloge de Raynaud dans la Vie de S. Étienne d'Obasine (Baluze, Miscellanea, ii, 117). — 6. Goswin, 1151-55; moine puis abbé de Bonnevaux. Eugène III confirme la Charte, 1152. Mort de S. Bernard. — 7. Lambert, 1155-61; abbé de Clairefontaine, puis de Morimond; il démissionne en 1161. En 1158, la milice de Calatrava devient cistercienne. — 8. Fastrède de Gaviaumer, 1161-63; abbé de Cambron, de Clairvaux. Il soutint le parti d'Alexandre III. — 9. Gilbert (le Grand), 1163-68; abbé d'Ourscamp. — 10. Alexandre, 1168-78; chanoine de Cologne, moine à Clairvaux, abbé de Grandselve. En 1174, canonisation de S. Bernard. — 11. Guillaume I" (de Toulouse), 1178-81; abbé de Savigny. — 12. Pierre I", 1181-84; abbé de Pontigny, évêque d'Arras; f 1185. — 13. Bernard, 1184-86; abbé de Fontenay. — 14. Guillaume II, 1186-89; moine de la Prée. — 15. Thibaut, 1189-90. — 16. Guillaume III, 1190-94. — 17. Pierre II, 1194. — 18. Gui de Paray, 1194-1200; abbé de N.-D.-du-Val, cardinal par Innocent III en 1199, légat en Allemagne; f à Gand, 1206.
— 19. Arnaud Amaury, 1201-1211/12; abbé de Poblet, de Grandselve; créé inquisiteur contre les albigeois, 1204; archev. de Narbonne; t 1225. — 20. Arnaud II, 1212-17 ; assiste au concile de Latran, 1215. — 21. Conrad d'Urach, de la famille des ducs de Thuringe, 1217- 1219 ; moine, puis abbé de Villers-en-Brabant, de Clairvaux; cardinal-évêque de Porto par Honorius III, 1219; prépare la croisade; t 1227. — 22. Gauthier d'Ochies, 1219-1234/35; docteur en théologie, abbé de Longpont. — 23. Jacques I", 1234/35-1236. — 24. Jean I", 1236-38; abbatiat attesté par deux bulles de Grégoire IX (L. Auvray, Reg. de Grégoire IX, n. 3404, 4041). La seconde bulle, reprenant une lettre de l'abbé Jean, est elle-même reprise par Innocent IV en janv. 1244 (E. Berger, Reg. d'Innoc. IV, n. 394; Ughelli, i, 259). Les listes des abbés de C. lui donnent généralement le nom de Jacques. Cependant Mathieu Pillaert fait mention de l'abbé Jean l" en plusieurs endroits de son Spéculum. La biblioth. nat. de Turin (ms. lat. D. VI, 25) conserve des lettres échangées entre Jean de Cîteaux et Évrard de Clairvaux (1235-38). Les Annales de Waverley le disent précédemment abbé de Boxley. Les Statuta le nomment Jacques, d'après quelques mss.
— 25. Guillaume IV de Montaigu, 1238-44; fait captif par l'empereur Frédéric II en 1240; démiss, en 1244; t 1246. — 26. Boniface, 1244-55 (?). — 27. Gui III de Bourgogne, 1255 (?)-62; cardinal, légat pontifical; t 1274. — 28. Jacques II, 1262-65; prieur de Cîteaux, élu par les seuls moines, confirmé par Clément IV qui publie la bulle Parvus fons, 1265. — 29. Jean II, 1265- 1284; abbé de Savigny. — 30. Thibaud de Sancy, 1286- 1293; abbé de Noirlac, puis de Clairvaux. — 31. Robert II, 1293-94; abbé de Pontigny, cardinal; f 1305.
— 32. Rufin, 1294-99. — 33. Jean III de Pontoise, 1299- 1304; abbé d'Igny; résiste à Philippe le Bel. — 34. Henri, 1304-15; abbé de Jouy. — 35. Guillaume V, 1316-35; abbé de Vaucelles; Benoît XII publie la bulle Fulgens, 1335. — 36. Jean IV de Rougemont, 1335. — 37. Jean V de Chaudenai, doct. en théol., 1339-59; en 1348, la peste sévit et vide bien des monastères. — 38. Jean VI de Bussières, doct. en théol., abbé de Clair-
CITE AUX
(ABBAYE
vaux en 1358, de Cîteaux en 1359; cardinal en 1375; t 1376. Son élection fut confirmée par Innocent VI; en 1363, la Chambre apostolique fit remarquer qu'une réserve pontificale atteignait alors l'abbaye de Cîteaux. Urbain V cassa donc l'élection et nomma le même abbé Jean; il restait à payer les taxes de chancellerie (Dubrulle, Reg. d'Urbain IV, Paris, 1926, n. 228). — 39. Gérard de Bussières de la Tour d'Auvergne, 1376 (?); en 1380, il reçoit de Clément Vil le privilège des pontificaux. — 40. Jacques III de Flogny, 1389-1405; moine et cellérier de C, abbé de Bonnevaux, de Pontigny. — 41. Jean VII de Martigny, 1405-28; abbé de Morimond, de Clairvaux. — 42. Jean VIII Picart, 1428-40; abbé de Gard, d'Ourscamp. — 43. Jean IX Vion, de Gevrey, 1440-58; proviseur du collège S. -Bernard de Paris; lutte contre les commendes. — 44. Gui IV d'Autun, 1459 (?)-62; moine de Fontenay, abbé de Chaalis, de Pontigny. — 45. Hymbert-Martin de Losne, 1462-76; abbé de Morimond; lutte contre les commendes; obtient de Sixte IV le pouvoir de dispenser de l'abstinence (Ex supernae, 13 déc. 1475). — 46. Jean X de Cirey, de Dijon, 1476-1501 ; doct. en théol., moine de La Charité, abbé de Theuley, de Balerne; lutte contre les commendes; fait éditer un recueil de bulles; opère un véritable sauvetage de son ordre menacé de suppression ; démissionne ; t 1503. — 47. Jacques IV, de Theuley, neveu du précédent, 1501-16; doct. en théol., moine de C, proviseur du collège S. -Bernard de Paris, abbé de Cherlieu, de Belleval, de Morimond; démissionne; t 1516. — 48. Biaise Larget, d'Aiserey, 1516- 1517; doct. en théol., abbé de Marcilly. — 49. Guillaume VI du Boisset, 1517-21; abbé de Candeil. — 50. Guillaume VII le Fauconnier, 1521-40; moine de Mortemer, abbé de Miroir. — 51. Jean XI Loysier, 1540- 1559; doct. en théol., moine de C. — 52. Louis I*' de Baissey, 1560-64; doct. en droit, moine puis abbé de la Prée, de Maizières. — 53. Jérôme Souchier, 1564-68; doct. en théol., moine de Montpeyroux, abbé de Clairvaux, cardinal en 1568; t 1571. — 54. Nicolas 1" Boucherai, 1571-84; doct. en théol., prieur de Reclus, procur. gén. à Rome; en 1532, paraît au concile de Trente, démiss, en 1584. — 55. Edme de la Croix, 1584-1604; doct. en théol., moine de Clairvaux, prieur de Belleau. — 56. Nicolas II Boucherai, 1604-25; doct. en théol., prieur de C, abbé de Vaucelles; fait de nombreuses visites d'abbayes; ramène l'équilibre dans les finances de sa maison; crée la commune de S.-Nicolas-lez-Cîteaux sur les terres de l'abbaye. — 57. Pierre III Nivelle, de Troyes, 1625-35; doct. en théol., abbé de S.- Sulpice-en-Bugey. Il cède à Richelieu, qui lui passe son évêché de Luçon; t 1661. — 58. Armand-Jean du Piessis, card. de Richelieu, déjà abbé de Cluny et de Prémontré, se fait élire à C. par les quatre premiers Pères et trente-quatre moines; prend possession le 15 janv. 1636, mais ne fut jamais confirmé par le pape; les abbés des nations étrangères faisaient opposition au nom de la Charte. Sous son régime, Cîteaux passe aux mains des réformés de l'Étroite observance (un dossier relatif à cette élection se trouve à Naples, bibl. nat., fonds Brancacciana, I. G. 1, fol. 1-4). — 59. Claude Vaussin, 1643-70; frère utérin de Jean Bouchu, président du sénat de Bourgogne; moine de Clairvaux, doct. en théol., prieur de Froidmont, élu à C. par les moines de la Commune observance réunis à Dijon, 1643. Louis XIII avait ordonné l'élection d'un membre de l'Étroite observance; l'élection de Vaussin est cassée par décret du Grand Conseil. L'affaire est portée au S. -Siège, qui nomme trois délégués : l'archevêque de Sens, les évêques de Séez et d'Autun. Leur sentence est contre la Commune observance, qui en appelle au Conseil du roi. Tous alors sont admis à voter et Vaussin est élu par 40 voix, contre 15 données à Jean Jouaut, abbé de Prières. En 1666, Alexandre VII pu-
blie la bulle de réforme In suprema. — 60. Louis II Loppin, de Seurre, élu le 29 mars 1670, f le 6 mai suivant. — 61. Jean XII Petit, de Châlons. 1670-janv. 1692; doct. en droit, moine de C. ; il échappe à une tentative d'empoisonnement; lutte pour ses droits contre les premiers Pères; publie le Rituel cistercien de 1689.
— 62. Nicolas Larcher, 1692-mars 1712; doct. en théol., moine de C, prieur de Bussières. — 63. Edmond II Perrot, de Dijon, 1712-janv. 1727 (cf. Voyage littéraire, i, 224). — 64. Andoche Pernot des Crots, frère d'un sénateur de Dijon, élu le 21 avr. 1727, t 14 sept. 1748. — 65. François Trouvé, élu le 25 nov. 1748, t 25 avr. 1797.
— Interruption d'un siècle avant la reprise de l'abbaye et de son titre par les cisterciens trappistes. — 66. Sébastien Wyart, 1899-1904; abbé de Sept-Fons (rescrit pontifical du 3 juill. 1899). — 67. Augustin Marre, 1904-22; abbé d'Igny, évêque titulaire de Constance, puis archev. de Métylène. — 68. J.-B. Ollitraut de Keryvallan, 1922-29; abbé de Melleray. — 69. Herman- Joseph Smets, 1929-43; abbé de Westmalle. — 70. Dominique Nogues, 1946; abbé de Thymadeuc.
VI. Saints et prélats remarquables. — Cîteaux, fondé avant tout comme école de sainteté, a vu plusieurs de ses abbés, moines et convers recevoir les honneurs des autels, bien que la tendance de l'autorité capitulaire ne fût pas de pousser aux procès de canonisation. Henriquez a dressé une assez longue liste de saints et bienheureux ayant vécu à Cîteaux; certains d'entre eux n'ont fait que bénéficier de la prodigalité de l'auteur à distribuer les titres. Ne retenant que les noms de ceux qui jouissent au moins d'un culte immémorial, notre total touche à une vingtaine. De ceux-ci, deux seulement sont cités dans le récent martyrologe romain : S. Robert de Molesme (29 avr.), S. Étienne Harding (17 avr.). Le troisième abbé de Cîteaux, S. Aubri, n'a sa fête célébrée chez les cisterciens que depuis 1738. Au nombre des autres, nous distinguons d'abord les abbés Raynaud, Goswin, Fastrède, Gilbert, Alexandre, les deux Guillaume, Bernard, Boniface, Pierre II, puis quelques moines et le convers Alain.
Plusieurs abbés furent promus au cardinalat : Guy de Paray (1 199), Conrad d'Urach (1219), Guy de Bourgogne (1262), Robert (1294), Jean de la Bussière (1375) et Jérôme Souchier (1568). En 1130, le premier cistercien élu à l'épiscopat fut Pierre de Tarentaise (l'ancien), moine de Cîteaux d'abord, puis abbé de La Ferté. Hugues de Màcon occupa le siège d'Auxerre en 1137; Guichard fut sacré archevêque de Lyon par Alexandre III en 1165, et Pierre, 12« abbé de Cîteaux, devint évêque d'Arras en 1184. Arnaud Amauri termine une carrière bien remplie comme archevêque de Narbonne en 1225. Pierre Nivelle, en 1637, fait un échange avec Richelieu et occupe le siège de Luçon. En ces derniers temps, Aug. Marre, abbé de Cîteaux, fut successivement évêque titulaire de Constance et archevêque de Métylène (t 1922).
Henriquez, Menologium cisterciense, Anvers, 1630. — ■ S. Lenssen, Catalogue critique du ménologe..., Westmalle, 1937. — D. Willi, Pàpste, Kardinàle und Biscliôfe aus dem Cisterc.-Orden, Bregenz, 1912. — A. Zimmermann, Kalendarium benediclinum, Metten, 1934.
VII. Liturgie. — Il suffira de rappeler ici le travail que, personnellement, certains abbés de Cîteaux ont fourni, pour créer d'abord, et maintenir ensuite, la liturgie cistercienne. Le principe générateur de la fondation de l'ordre inspira également sa liturgie propre. Voulant la pratique littérale de la règle bénédictine, Cîteaux reprend l'office divin dans les proportions et les dispositions établies par S. Benoît. On élimine donc toutes les additions clunisiennes : les psaumes surajoutés, les processions, les litanies, les nombreux versets, etc. (cf. les partes decisae de V Exordium magnum, publiées par Tiburce HUmpfner, Bregenz, 1908). D'au-,
CITE AUX
(ABBAYE
tre part, la Charte de charité pose comme principe fondamental que l'unité liturgique doit régner dans tous les monastères de l'ordre. On rédige donc à Cîteaux, dès le début, tout un corps de rubriques : les Officia ecclesiaslica, qui constituent la première partie du Liber usuum, œuvre de S. Aubri et de S. Étienne, que publiera en 1134 Raynaud de Bar. Quand les pontifes romains approuvèrent la Charte, ils approuvèrent par là même la réforme liturgique des abbés de Cîteaux. Eugène III, qui renouvelle l'approbation par la bulle Sacrosancta (1""' août 1152), cite expressément « le chant et les livres liturgiques, qui doivent se trouver identiques dans toutes les abbayes de l'ordre ».
C'est pour assurer cette uniformité qu'à Cîteaux les abbés ordonnèrent la rédaction du manuscrit type, contenant tous les textes liturgiques utilisés dans le cours de l'année. Cette œuvre, encore admirée aujourd'hui, se trouve à Dijon, bibl. munie, ms. 114(28). C'est la source primordiale, authentique et officielle du rite cistercien.
Une seconde intervention personnelle des abbés de Cîteaux, relative à la liturgie, fut celle du xvii» s. S. Pie V avait réalisé en 1568 et 1570 une réforme de la liturgie romaine. Le succès de cette œuvre, et sans doute aussi un maladif désir de nouveauté, déclenchèrent, dans bon nombre de monastères, un véritable engouement pour la liturgie romaine. A rencontre même des volontés pontificales, on alla jusqu'à désirer l'abandon de l'antique liturgie cistercienne. L'honneur revient à Claude Vaussin (1645-70) d'avoir sauvé ce qui pouvait l'être encore du vieux rite pratiqué par S. Bernard. Il eut l'habileté de faire insérer, dans la Constitution de réforme d'Alexandre VII (In suprema), un article reproduisant le principe promulgué dès le début de l'ordre : partout dans les monastères, on est tenu de pratiquer la liturgie telle qu'elle est à Cîteaux. Un Rituel fut alors composé, qui consacrait quelques emprunts à la liturgie romaine. Il ne parut qu'en 1689, après que Jean Petit, abbé de Cîteaux, y eut mis la dernière main. En 1913, les démarches de Mgr Marre (t 1922) à la Cour romaine obtinrent un décret attestant que ce Rituel est légitime et doit être suivi par les cisterciens.
Canivez, Le rite cistercien, dans Ephemerides liturgicae, Rome, 1949. — Guignard, Monuments primitifs de la règle cistercienne, Dijon, 1878. — Dom André Malet, La liturgie cistercienne, Westmalle, 1921. — • R. Trilhe, art. Cîteaux, dans D. A. C. L., ui, 1793. — Slatuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-41, passim.
VIII. Bibliothèque et écrivains. — En 1480, Jean de Cirey faisait rédiger le catalogue des livres de la bibliothèque. Ce ms. se trouve actuellement à Dijon, bibl. munie, n. dlO (358): Inuenlarium librorum monasterii Cistercii, Cabilonensis diocesis, factum per nos, fralrem Johannem, abbalem ejusdem loci, anno Domini millesimo CCCC octuagesimo, poslquam per duos annos eonlinuos labore duorum et sepius trium ligalorum eosdem libros aptari, ligari et cooperiri cum magnis sumptibus et impensis fecimus. Cet inventaire a été publié in extenso au Catalogue général des mss. des biblioth. publiques de France, v, p. 339-452. Il comporte 1200 numéros, dont 312 sont encore conservés à Dijon. Quelques-uns se trouvent à Paris, Bibl. nat. : mss. lat. 1488 : Anselmi episl. (xn« s.); 2727 : S. Augustinus (xiii« s.); 3277: Innocenta III sermones (xiW s.); 9593, 10321 : Pétri de Riga, Aurora (xiii« s.); 10892 : Officia ecclesiaslica (xiii« s.); nouv. acq. lat. 1876 : Egidius de Roma (xive s.).
La bibliothèque de Cîteaux était alors répartie en plusieurs locaux, ce qui fournit la base de division du catalogue. Les n. 1-340 occupaient la « librairie du dortoir » (pièce ayant servi jadis de vestiaire et proche du dortoir). On y trouvait les textes et commentaires de
la Bible, les écrits des Pères, S. Augustin, S. Grégoire, S. Jérôme, S. Anselme, Origène, Hilaire, S. Bernard; des œuvres théologiques de Denys, de S. Thomas, Alain, etc., et quelques ouvrages historiques. La grande bibliothèque comportait trois armoires, dont les rayons recevaient les livres disposés en ordre méthodique, comme plus haut. Une série importante de sermonnaires se trouvait dans un coffre. On note aussi un grand nombre de livres liturgiques pour l'offlce choral, puis des livres d'usage courant.
D'autres se trouvaient retenus par une chaîne sur des pupitres placés dans le cloître, près du chapitre. Une série d'une centaine est intitulée : Libri legendi in conventu seu dividendi fratribus ad legendum; ce sont des Vies de saints, quelques sermonnaires, etc. Jean de Cirey avait organisé un studium, salle d'étude pourvue d'un choix d'ouvrages (n. 748-924) propres à la formation théologique, juridique, historique et littéraire des moines. L'abbé de Cîteaux note également les livres qu'il possédait dans sa chambre, ceux du noviciat, de l'infirmerie, et enfin les volumes déposés à la résidence abbatiale de Gilly.
Il est étonnant de trouver encore un chiffre aussi imposant de mss. en 1480, alors que l'abbaye avait été plusieurs fois dévastée. Le ms. 44 (26) de Dijon, qui est le n. 28 du catalogue de Cirey, s'en explique par cette note : Hic liber... fuit rapliis per armalos et redemplus per domnum Amadeum, gubernatorem domus Cistercii apud Delnam, precio quinque florenorum auri, anno 1478. Un catalogue des mss. de Cîteaux, rédigé au xvii« s. par Le Tonnellier, témoigne qu'un nombre considérable avait disparu depuis la fin du xv^^ s. ; mais de nouvelles acquisitions avaient été faites. Même constatation dans les catalogues ou inventaires dressés au xviii» s. Dans leur Voyage littéraire de 1708, les deux bénédictins remarquent que, dans la bibliothèque de Cîteaux, « il y a un bon fonds de livres imprimez sur toutes sortes de matières, et sept ou huit cents manuscrits, dont la plupart sont des ouvrages des Pères de l'Église » (pars I», p. 221). Ils citent ensuite quelques mss. qui leur ont paru plus rares, et dans lesquels nous retrouvons les noms d'auteurs cisterciens : Richard de Dore, Guillaume de Clairvaux, Nicolas de Preuilly, Jacques de Melrose, etc.
L'abbaye de Cîteaux avait eu aussi ses écrivains. Outre les premiers abbés, qui travaillèrent à la rédaction des livres liturgiques et des statuts, d'autres s'occupèrent de matière juridique. Guy de Paray (f 1206) donna aux moines militaires de Calatrava leurs constitutions spéciales (cf. Henriquez, Régula, constilutiones..., Anvers, 1630, p. 484). Thibaud de Sancy (t 1293) mit au jour une nouvelle collection de statuts; Guillaume de Vaucelles (f 1335) fit de même et demanda à Jean XXII d'approuver sa compilation. Un travail similaire fut repris en 1350 par Jean de Chaudenai (f 1359). Guillaume de Boisset posa toute une législation pour le collège S. -Bernard de Paris. Des travaux relatifs aux sciences ecclésiastiques. Écriture sainte, théologie, droit canon, furent réalisés par des moines docteurs en ces différentes branches, tels Nicolas de Montesa (1337), Claude de Bronald (D. H. G. E., x, 839), Richer, prieur de Cîteaux (vers 1369). Jean de Mirecourt (Mercuria), qui professait à Paris, eut à subir, en 1347, la condamnation de 35 propositions tirées de son enseignement (Reims, ms. 494, fol. 8; ms. 52; cf. Rev. d'iiist. de l'Égl. de France, 1947, p. 213).
Les Sermones quadragesimales de Jean de Chaudenai sont encore inédits, semble-t-il (Dijon, ms. 222). Plusieurs abbés de Cîteaux furent des orateurs remarquables, tels Jean Picart (t 1440; cf. Erlangen, mss. 534, 538; Mansi, xxix, 1270-80): maximam inter Patres laudem promeruit; cf. N. Valois, Le pape et le concile, Paris, 1909, I, 85, 144, 321 ; ii, 128); Jean de Cirey (t 1503),
CITEAUX
(ABBAYE
choisi par les États de Bourgogne pour porter la parole devant le roi, à Blois (1484). Il en fut de même pour Nicolas Boucherat (t 1586) devant Henri III, à Rouen, le 18 juin 1578 (Remonstrance..., Paris, 1578). Edme de la Croix mourut à Barcelone en 1604, au cours de visites dans les monastères d'Espagne; avec les papes de cette époque, il avait entretenu une correspondance considérable qui fut conservée. Devant Henri Cajetan, cardinal légat a latere de Sixte V, à Màcon en déc. 1588, il avait été le porte-parole et plusieurs de ses discours furent imprimés en 1590.
De Jean de Cirey aussi il faut signaler l'initiative en matière d'édition. Le premier incunable sorti des presses de Dijon est son bullaire intitulé : Collecta privilegiorum ordinis cislerciensis, 1491; recueil soigneusement préparé avec l'aide de son secrétaire Conrad Leonberger (Leontorius), qui signa tous les exemplaires à l'effet de les authentiquer. Les livres liturgiques parurent en 1487, missel et bréviaire; ce dernier s'annonce comme amendant l'édition de 1484 (Hain, Repertorium, n. 11279, 11280; Gesamikat. der Wiegedrucke, n. 5198, 5199). L'ordinaire fut traduit en français pour les religieuses, par Jean de Vepria, prieur de Clairvaux, et imprimé en 1495. Les exemplaires en sont rares : un à la Bibl. royale de Bruxelles, un autre à la Bibl. univ. de Fribourg.
Au xviiif! s., quelques moines s'occupent de l'histoire de leur ordre. Marc-Antoine Crestin (1724) rédige une Hist. de l'abbaye de C. jusqu'en 1642; Nicolas Cotheret, docteur de Sorbonne, laisse des Annales de l'abbaye de C, ms. de 583 fol., actuellement à l'abbaye de Tamié (Savoie), et des Observations sur... les privilèges (ms. 699 de Troyes).
Paris, Bibl. nat., mss. lat. 11792, fol. 87; 14615, fol. 579 : catal. des mss. de C; noav. acq. lat. 1557 : copie de l'inventaire de 1480; ms. 1647 : copie d'un catal. suivie d'un état des mss. ... en 1790. — Bibl. de l'Arsenal, ms. 4640 : catal. de Le Tonnellier en 1675. — Dijon, ms. 1401 : catal. des mss. de G., xviii" s.
T. Hùmpfner, Aus der Bibliothek von C, Bregenz, 1926. — .Jean de Cirey, Pia exhortatio ad monachos..., éd. dans Collecta privilegiorum..., 1491 ; de même un Catalogus sanctoriim et quelques décrets capiliUaires de 1490; Liber de prospéra et adverso statu ord. cisterc, ms. aux Arch. de la Côte-d'Or et autres cités plus haut; Relation du voyage des députés des États de Bourgogne aux États généraux de Tours en 1484 (cf. Bibl. de l'École des chartes, 1886, p. 360 sq.); les discours prononcés à Blois, puis à Beaune, se lisent dans le ms. fr. 16248, fol. 42-411, de la Bibl. nat. de Paris; Statuta reformationis... 1493 (cf. Statuta, vi, 87); Relatio legationis abbatum ad Sanctam Sedem {ibid., v, 761); Violencie et injurie {acte et illate monasterio Cist. per... Mariam de Sabaudia... 1484 et 1501, publ. avec trad. en 1866, par J. Garnier. — • Ch. Oursel, La miniature du XII' s. à l'abbaye de C. d'après les mss. de la bibl. de Dijon, Dijon, 1926.
IX. Art et architecture. — Pour nous faire une idée de l'ancien Cîteaux, nous disposons, entre autres moyens, de plusieurs documents intitulés lier cisterciense, ou équivalemment. En 1667, vint au chapitre général l'abbé Laurent Scipio, du monastère d'Ossegg, en Bohême. Il a laissé un bref récit en latin de son voyage et de ce qu'il a vu à Cîteaux (cf. Cislerc.-Chronik, 1896, p. 289). En cette même année, vint aussi du monastère de Maris Stella (Wettingen), en Suisse, Joseph Meglinger, secrétaire de son abbé. Il a laissé une longue description de son voyage et de la grande abbaye chef d'ordre qu'il visitait pour la première fois (cf. P. L., cLxxxv, 1565-1622). Un troisième lier cisterciense est celui du moine Joseph Jahn, secrétaire de dom Benoît Litwerig, abbé d'Ossegg, venant à Cîteaux en 1699 à titre de délégué du vicariat de Bohême, Moravie et Lusace (cf. Cisterc.-Chronik, 1909, p. 33 sq.). Les deux bénédictins, Martène et Durand, auteurs du Voyage littéraire, étaient de passage à Cîteaux en 1708. La relation dernière en date est celle de dom Constan-
tin Haschke, abbé de Heinrichau en Silésie, venu au chapitre général de 1768 (cf. Cisterc.-Chronik, 1931, p. 1 sq.). Tous sont unanimes à célébrer l'ampleur et la splendeur de l'abbaye mère.
« Cîteaux, écrit dom Martène, sent la grande maison et son chef d'ordre. Tout y est grand, beau et magnifique, mais d'une magnificence qui ne blesse point la simplicité religieuse. L'église est vaste et bien décorée. Il y a des autels à tous les piliers de la nef. On y voit des tableaux d'un prix inestimable. Ceux de S. Étienne Martyr, de la Nativité de N.-S., la figure de la Sainte Vierge et de S. Bernard sont des pièces inimitables. On compte jusqu'à soixante princes de la maison de Bourgogne enterrez dans l'église, plusieurs évêques, archevêques et autres personnes de distinction... » Suivent les nombreuses épitaphes relevées par les deux voyageurs. Derrière l'autel majeur, du côté de l'épître, se trouvait une châsse renfermant le cœur de Calixte II (t 1124), qui, étant archevêque de Vienne en Dauphiné, avait négocié avec S. Étienne Harding la fondation de l'abbaj'e de Bonnevaux.
Le tombeau du sénéchal de Bourgogne, Philippe Pot (t 1494) — l'admirable pièce bien connue — se trouvait dans la chapelle de S. -Jean-Baptiste. Le chevalier est représenté armé et vêtu de la cotte d'armes, couché sur la pierre que supportent huit pleurants, portant les blasons de la famille. Actuellement, au luusée de Dijon (cf. Ann. de Bourgogne, 1944, p. 57).
L'église, consacrée en 1193 (cf. Statuta, 1194 : 55), mesurait 130 m. en longueur; le chœur possédait plus de cent stalles. La salle capitulaire pouvait recevoir plus de trois cents sièges. « Les cloîtres sont proportionnez au reste des batimens, écrit dom Martène. Dans l'un de ces cloîtres, on voit de petites cellules comme à Clairvaux, qu'on appelle écritoires, parce que les anciens moines y écrivaient les livres. Un des plus vénérables endroits de Cîteaux, c'est l'ancien monastère, qui fut habité par les premiers religieux de ce saint lieu et où S. Bernard fut reçu. L'église fut consarée en 1106 par Gauthier, évêque de Chalon. Elle est assez petite, et je ne crois pas qu'elle ait plus de 15 pieds de largeur... II y a dans le sanctuaire trois fenêtres et deux dans la nef, et c'est assurément ce qu'on entend par cet endroit de la Vie de S. Bernard, où il est dit qu'il était si mortifié qu'il ne savait pas qu'il n'y avait dans l'église que trois fenêtres, ce qui doit s'entendre du sanctuaire. »
Ces vénérables restes ont disparu depuis lors, ainsi que les splendeurs d'autrefois. Cîteaux fut mis en vente et adjugé le 4 mai 1791. Il passa ensuite par différentes mains. Le premier acquéreur, Louis Duleu, fit disparaître l'église. Dans les autres bâtiments, une raffinerie s'installa; ce fut éphémère. En 1841, un Anglais, Arthur Young, rachetait l'immeuble et y organisait un phalanstère. On vit alors quelques tableaux poétiques style Florian : bergères et fermières en dentelles et habits de soie. Fantaisies coûteuses qui aboutirent à une faillite. Cinq ans après, le P. Joseph Rey, fondateur de la congrégation de S. -Joseph, y installait une colonie de jeunes détenus qu'il éduquait et faisait travailler.
L'année 1898 ramenait le huitième centenaire de la fondation par S. Robert. Les moines blancs revinrent sur les lieux : c'étaient les cisterciens trappistes. De l'antique abbaye, ils ne trouvèrent qu'un débris de bâtiment du xv« s., situé en plein jardin, et, pour constituer le monastère, l'aile nord de la grande façade de 1772. Les cisterciens du xviiio s. avaient, eux aussi, entrepris la reconstruction de leurs bâtiments claustraux. L'architecte Lenoir avait dressé un plan dont la huitième partie seulement fut réalisée. La vieille église devait rester intacte, mais on allait l'enchâsser comme un joyau de prix dans un cadre de 800 m. de cloître.