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VI. Liturgie. Écrivains. Saints et bienheureux

— 1° Liturgie. — Tout en conservant intacts les points essentiels de leur rite, les cisterciens furent amenés à donner un certain développement à leur liturgie. Deux éléments doivent être notés : le calendrier qui s'ouvre à des fêtes nouvelles et les cérémonies qui revêtent plus d'éclat. Le chapitre général, toujours législateur en la matière (Statuta, 1200 : 18), n'était pas favorable à l'introduction de fêtes nouvelles. Les raisons de cette mentalité sont connues : d'une part, le désir de maintenir dans tout l'ordre la parfaite uniformité de l'office divin, qui se fût trouvée brisée par les concessions de fêtes particulières; d'autre part, la volonté de ne pas multiplier les fêtes de 12 leçons, ce qui entraînait la suppression de l'ofTice quotidien des défunts.

Les demandes de fêtes nouvelles afiluèrent cependant, mais provenant souvent de personnes étrangères à l'ordre. En 1217, l'archevêque de Cologne demande la célébration de la fête des onze mille vierges, si répandue au Moyen Age (ibid., 1217 : 69; 1220 : 10). En cette même date, les évêques de Pologne demandent la fête des SS. Albert et Wenceslas pour les abbayes de leur pays (ibid., 1217 : 74). L'année suivante, la solennité des SS. Jean et Paul est décrétée de mandata Domini papae (ibid., 1218 : 2; Pressutti, Reg. d'Honorius III, n. 1454). En 1231, le roi d'Angleterre demande que les abbayes de son royaume puissent célébrer la fête de S. Édouard (Statuta, 1231 : 51). En 1246, le cardinal-évêque de Porto insiste pour l'établissement de la fête de S. Jean Porte-Latine (ibid., 1246 : 3); le cardinal d'Albano et l'évêque de Liège demandent la fête de S. Lambert (ibid., n. 4). En 1255, les Frères prêcheurs obtiennent, grâce à une bulle d'Innocent IV (Potthast, Reg., 15940; Statuta, 1255 : 4), la célébration des fêtes de S. Dominique et de S. Pierre de Vérone; les Frères mineurs obtiennent à leur tour la fête de leur fondateur (ibid., 1259 : 9), etc.

Parfois aussi la fête du patron du diocèse est demandée par les abbayes établies dans ce diocèse; ou encore la présence de reliques notables dans tel monastère est une raison de lui concéder des fêtes nouvelles ou des élévations de rite. Ce fut le cas de Clairvaux, pour la fête de S. Malachie (ibid., 1192 : 1; 1220 : 55; 1234 : 6; 1250 : 3); à l'Arrivour, pour S. Maurice et ses compagnons (ibid., 1250 : 4); à La Prée, pour les SS. Fauste

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et Eustache (ibid., n. 5), etc. Les statuts capitulaires mentionnent ainsi environ deux cents concessions faites durant le xin^ siècle.

Dans cette même période, on voit tomber successivement les rigueurs des premiers cisterciens concernant le vestiaire liturgique. Le port d'une chape en soie n'était permis aux abbés que le jour de leur bénédiction; le décret de 1152 (n. 16) fut encore rappelé en 1195 (n. 33). L'usage des dalmatiques était exclu, même si la messe était chantée par un évêque (ibid., 1157 : 17). Un siècle plus tard, le chapitre général entre dans la voie des concessions, permettant que des courtines de soie puissent orner les autels aux jours de grande fête (ibid., 1256 : 6). L'année suivante, une bulle d'Alexandre IV (Reg., n. 1976 : Vestra et aliorum du 20 juin 1257; original à Troyes, Arch. départ., 3 H 60; publ. par J.-B. Mahn, op. cit., 269) vient engager le chapitre à aller plus avant encore dans cette voie, et Je statut n. 3 de 1257 accepte pleinement l'invitation. Désormais, l'abbé sera en chape pour les processions et professions de novices; il aura diacre et sous-diacre revêtus de dalmatique et tunique pour la messe. Le décret est repris en 1258, pour être confirmé, mais aussi pour mettre les supérieurs en garde contre le luxe qu'à cette occasion ils voudraient peut-être étaler sur les vêtements liturgiques (Statuta, 1258 : 5).

Deux fêtes nouvelles sont spécialement remarquables : la Réception de la sainte couronne et le Corpus Christi. En 1239, l'Église de France s'enrichissait de reliques insignes, grâce à la piété de S. Louis. Pour conserver le souvenir de cet événement, on composa un office liturgique en l'honneur de la sainte couronne et en 1240 le chapitre de Cîteaux était invité par le roi à adopter dans les abbayes de France la célébration de cette fête (ibid., 1240 : 3). En 1241, le rite en était fixé à deux messes, c.-à-d. que pratiquement la fête était chômée, du moins par les moines. On fixa aussi l'addition à introduire au martyrologe pour annoncer le 10 août la fête du lendemain (ibid., 1241 : 1). A cette date s'élevait précisément dans l'enceinte du palais royal, à Paris, la Ste-Chapelle, pur joyau d'architecture appelé à abriter les reliques venues d'Orient. En 1292, le chapitre général étendit à toutes les abbayes cisterciennes la célébration de cette fête (ibid., 1292 : 1). Certaines régions plus éloignées ne semblent pas cependant avoir obtempéré à ce statut ((èîrf., 1321 : 19; 1486 : 85).

La fête du Corpus Christi eut pour promotrice Ste Julienne, religieuse augustine du Mont-Cornillon, près Liège. Elle reçut l'hospitalité auprès de moniales cisterciennes, spécialement à Salzinnes, près Namur. Elle mourut à Fosses (1258), entourée de moines venus de Villers-en-Brabant, qui l'inhumèrent ensuite dans leur abbaye, selon les dernières volontés de la sainte. On sait que la bulle Transiturus (11 août 1264) d'Urbain IV rencontra d'abord une certaine indifférence. Dans le dioc. de Liège, cependant, le mandement épiscopal de Robert de Thourotte (1246) avait obtenu plus de docilité. Six ans plus tard, Hugues de Saint-Cher, cardinal légat, de passage à l'abbaye de Villers, accordait des indulgences aux fidèles qui assisteraient à la célébration de cette fête.

L'ordre de Cîteaux fut bientôt en possession d'un nouvel office, « œuvre vraiment remarquable, dit dom Morin, œuvre d'un homme passé maître dans la connaissance de l'Écriture comme dans l'art de la composition liturgique » (L'office cistercien pour la Fête- Dieu comparé avec celui de S. Thomas, dans Rev. Bén., XXVII, 1910, p. 236-46). Aussi S. Thomas n'a-t-il pas hésité à l'utiliser pour son propre travail, entrepris à la demande d'Urbain IV. Entre les douze répons cisterciens de matines et ceux de l'ofiice romain, la parenté est manifeste. Un peu plus tard, Cîteaux emprunta à

son tour les hymnes de S. Thomas et les incorpora dans sa liturgie. Telle est aujourd'hui encore la facture composite de l'office cistercien du Corpus Christi.

Les décrets capitulaires de Cîteaux donnent peu de renseignements sur la diffusion de la nouvelle fête dans les abbayes. D'après les demandes présentées au chapitre général, on peut seulement conclure que c'est par étapes successives que la solennité de la Fête-Dieu, commencée dans le rayonnement de la ville de Liège, s'est étendue ensuite à tous les monastères cisterciens.

Le VII« centenaire de la réception de la sainte couronne à Paris vit la publication de plusieurs otivrages (cf. Reu. d'hist. de l'Êgl. de France, 1939, p. 524). —F. Baix et C. Lambot, La dévotion à l'eucharistie et le VIF centenaire de la Fête-Dieu, Gembloux, 1946. — Bertholet, Hist. de l'institution de la Fête-Dieu..., Liège, 1746. — Henriquez, Lilia Cistercii, Douai, 16.33, p. 142, reproduit le décret de Hugues de Saint-Cher dans la Vila B. Julianae. — C. Lambot et 1. Fransen, L'office de la Fête-Dieu primitive, Maredsous, 1946. — G. Muller, Das Fronleichnamfest im Cisterc.-Orden, dans Cisterc.-Chronik, 1933, p. 321. — Riant, Exuviae sacrae Constantinopolitanae, Genève, 1877-78, 2 vol. — De Wailly a édité, dans la Bibl. de l'Ëc. des chartes, xxxix, 1878, p. 411, un récit anonyme de la translation de la sainte couronne (cf. Préface du t. xxii du Rec. des hist. des Gaules).

2^ Écrivains. — On a pu recueillir les noms d'une centaine d'écrivains cisterciens du xiii« s. Ceux-ci, à vrai dire, n'ont plus la valeur des grands spirituels du siècle précédent. Mettons à part les docteurs en théologie de Paris. P. (ilorieux les a énumérés, avec indication de leurs travaux imprimés ou encore mss. (Répert. des maîtres en théol. de Paris au Xiii'^ s., i, Paris, 1933, p. 250) : Guy de l'Aumône, 1260 (cf. Archiv. franc, hist., VI, 1913, p. 433 ; Bruxelles, Bibl. royale, ms. 1109, fol. 28-97); Jean de Limoges, moine de Clairvaux, c. 1270; Jean de Weerde, moine des Dunes, t 1293; François Keysere, moine des Dunes, f 1294; Renier de Clairmarais, c. 1295; Humbert de Preuilly, f 1298; Jean de He, ou Capella de Thosan (Reg. de Boniface VIII, n. 4838 du 18 déc. 1302); Jacques de Thérines, abbé de Chaalis, puis de Pontigny, f 1321; Jean Sindewint, moine des Dunes, t 1319; Jean de Dun, moine de Cherlieu, début du xiv s. ; Jacques Fournier, futur Benoît XII, t 1342; Baudouin de Boussu, abbé de Gambron, t 1293 (cf. Féret, La faculté de théol. de Paris..., n, Paris, 1895, p. 582; 1). H. G. E., vi, 1412).

Parmi les auteurs spirituels du xiii« s. on note d'abord la moniale Béatrix de Nazareth (D. H. CE., VII, 111), et les deux saintes Gertrude et Mechtilde (D. T. C., VI, 1332). Plusieurs moines et abbés ont laissé des sermons et autres ouvrages de spiritualité : Élie de Coxyde (P. L., ccix, 991); Thomas de Perseigne, f 1211; Baudouin de Boussu; Gésaire (Homiliae..., éd. Cologne, 1615; Dict. de spir., ii, 430); Guillaume de Montaigu, abbé de C, t 1246; Guillaume Benyn, c. 1250 (D. H. G. viii, 294); Léon, moine de Heiligenkreuz (ms. 291 de cette abbaye); Adam, abbé de Kinloss (D. H. G. E., i, 465); Jean de Ford, c. 1210 (cf. Collectanea O. C. R., 1939, p. 250); Jacques de Melrose; Étienne de Sawley (cf. Rev. d'Ascét. et de Myst., 1929, p. 368; 1930, p. 355; Collectanea O. C. R., 1946, p. 17). Le ms. 1249 de Troyes, sermonnaire, a retenu les noms de quatorze auteurs. Les mss. 1882 et 1883 de Bruxelles contiennent des sermons provenant d'Aulne. Le Carmen mariale, composé par un moine de La Noë, date de cette époque (cf. Nouv. rev. théol., 1931, p. 880), ainsi que le Mariale d'Adam de Perseigne (t 1221), édité en 1652 par Maraccio. Dans le préchantre Mathieu de Rievaulx, dom Wilmart a salué « un poète, un épistolier, un sermonnaire » (cf. le ms. lal. 15157 de la Bibl. nat. Paris, étudié dans Rev. Bén., 1940, p. 15- 84 : choix de textes publiés). Figure également remarquable que celle de l'Espagnol Rodrigue Ximenès de Rada, homme d'État, historien et orateur. Il était

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