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CITEAUX (ORDRE). DE LA BULLE CLÉMENTINE A JEAN DE CIREY

neveu de S. .Martin, évêque de Siguenza; devenu moine à Huerta, il étudia à Paris et à Bologne; en 1208, il est évêque d'Osma et, l'année suivante, archevêque de Tolède (f 10 juin 1247; cf. lettres d'Honorius III à Rodrigue, dans Pressutti, op. cit. n. 315, 320).

Parmi les chroniqueurs, il faut citer Raoul de Coggeshall, t 1228 (cf. supra); Vincent Kadlubek, f 1223 (Chronicon Polonorum, éd. 1862); Gilles d'Orval (M.

G. H., SS., XXV, 1-129); Albéric de Trois-Fontaines (Z). H. G. E., I, 1413; M. G. H., SS., xxiii, 631); les moines auteurs des Annales Wauerleienses (éd. Luard, 1864; cf. Rec. des hist. des Gaules, xviii, 187); de la Chronique de Melrosc (éd. en fac-similé par Andersen, Londres, 1936); des Annales Sorani, 1202-1347 (éd. Joergensen, 1920), etc.

L'hagiographie est représentée par une collection de Vitae: celle de S. Engelbert par Césaire (B. H. L., 2546); d'Hémeline par Goswin de Clairvaux (ibid., 3802); de Bonose par Godefroid de Clairvaux (ibid., 1426; Troyes, ms. 401, 8"); d'Edmond de Canterbury par Bertrand de Pontigny (B. H. L., 2404 ; D. H. G. E., VIII, 1068); de Martin de Hinojosa par Richard de Huerta (Henriquez, Fasciculus..., Cologne, 1631; B.

H. L., 5599); de Guillaume de Bourges i)ar Pierre (ou Denys) de Chaalis (ibid., 8900): d'Hedwige de Pologne par Engelbert (ibid., 3766); de Wulfric d'Haselburg par Jean de Ford (ibid., 8743); de Voiquin par Jacques de Sichem (éd. Winter, Die Cisterc. des nord. Deutschlands, I, Gotha, 1868, p. 370; B. H. L., 8730); de Ste Mathilde par Engelhard, abbé de Langheim (ibid., 5686, 5687; A. S., mai, vu, 436); des saints de Villers l)ar les moines de cette abbaye (Roisin, L'hagiogr. cisterc. dans le dinc.' Liège au xrif s., Louvain, 1943).

S" Saints et bienheureux. — Le cardinal Conrad d'Urach (t 1227) a joui d'un culte immémorial en certaines régions. Citons d'autre [lart : S. (juillaume, archev. de Bourges, 1209; S. Martin, év. de Siguenza, t 1213; S. Adolphe, év. d'Osnabruck, 1224; S. Boniface, év. de Lausanne, qui termina ses jours à l'abbaye de la Cambre, près Bruxelles, f 1260; puis les Bx Foulques de Toulouse, t 1231; Vincent Kadlubek de Cracovie, t 1223; S. Bernard Calvo, év. de Vich, t 1243; Emmanuel de Crémone, t 1298. — Quelques saints abbés, tels Thibaud de Marly, aux Vaux-de-Cernay, t 1247; Ogier de Locedio, t 1214; Boniface de Cîteaux, t 1258; Richalm de Schônau, j 1219; Nicolas Morengia de Neti, f 1230. — Moines et convers : Jean de Montmirail, t 1217; Werric, prieur d'Aulne, t 1217; Gobert d'Aspremont, t 1263, et Guillaume de Dongelberg, tous deux de Villers; Richard d'Aduard, t 1266; Alexandre, prince d'Écosse devenu convers à Foigny; Albert de Sestri, t 1239; Vital de S.-Sulpice; Simon de Gueldre à Aulne, t 1228; Barthélémy à Nazareth, t 1250; Alrad à Isenhagen, f 1259. — Trois groupes de martyrs : à Oliva, en Prusse, en 1224, à Dunamunde en 1228, à Koprzwlèa (Clara provincia, Pologne), en 1241.

Les saintes moniales sont citées plus haut (§ V).

S. Lenssen, Hagiologium cisterciense, Tilbourg, 1948.

IV. DE LA BULLE CLÉMENTINE (1265) AUX ARTICLES DE RÉFORME DE JEAN DE CIREY

(1494). — Ces deux siècles sont chargés d'événements douloureux pour l'Église, pour les ordres religieux, comme aussi pour la France. La guerre de Cent ans (1337-1453), le Grand Schisme (1378-1417), la commende : ces trois éléments destructeurs vont agir simultanément parfois. Ils laisseront l'Église affaiblie et donneront aux abbayes une physionomie étrange.

I. CiTEAUX ET LES ÉVÉNEMENTS POLITICO-RELI- GIEUX. — 1° Les conciles de Lyon (1274) et de Vienne (1311-1312). — En 1274, Lyon voyait s'ouvrir dans

ses murs le XIV*' concile oecuménique, sous le pape Clément IV. On y comptait cinq cents évêques, un millier d'abbés et autres prélats. On attendait les deux éminents théologiens, futurs docteurs de l'Église; mais S. Thomas mourut à Fossa Nova, en route pour le concile, et S. Bonaventure au cours des sessions.

De nouveau, une croisade fut décidée. Immédiatement, on s'occupe de réunir les fonds nécessaires, et de ce chef les abbayes furent taxées (Statuta, 1274 : 1; 1275 : 14; 1279 : 76; 1280: 22; 1282 : 40). D'autre part, bon nombre des Pères du concile voyaient d'un mauvais œil les privilèges des réguliers et les attaquaient avec violence. L'abbé de Cîteau.x et son groupe ripostèrent sérieusement (Mansi, xxiv, 130, 134; Statuta, 1274 : 14; cf. Jean de Limoges, cist., Arenga coram D. Papa..., dans ms. 1534 de Troyes). On maintint le statu quo. Ce n'était cependant là qu'une première passe d'armes, présageant des luttes autrement sérieuses qui allaient occuper le concile de Vienne en 1312.

Entre temps, on vit se dérouler le pontificat de Boniface VIII (1294-1303), qui marque tout à la fois le déclin du pouvoir pontifical et la dislocation de la chrétienté médiévale avec sa grandiose unité.

Le conflit qui mit aux prises Boniface VIII et Phiiippe le Bel s'était amorcé par une question financière. En réalité, les idées qui s'affrontent alors ont une portée beaucoup plus profonde : d'une part, les défenseurs du S. -Siège entlent la voix pour attribuer au pape le rôle suprême de juge des rois et des princes, même en leurs actes politiques; d'autre part, les légistes bataillent âprement pour dégager l'État de la tutelle pontificale désormais périmée (G. de Lagarde, L'esprit laïque au déclin du M. A., i, Paris, 1948; J. R. Strayer, The laicization of French and English society in the Xiii cent., dans Spéculum, xv, 1940, p. 76-86). Une période nouvelle s'ouvre dans l'histoire de l'Église.

Dans cette lutte du roi de France contre la papauté, quelle fut l'attitude des cisterciens ? On les voit figurer en tête des protestataires contre les exigences royales, im])osées à rencontre de l'immunité fiscale du clergé. Sans cesse en mal d'argent, Philippe décrète coup sur coup des levées d'impôts : le centième, le cinquantième, la maltôte; puis des saisies de biens ecclésiastiques et autres.

Dans cette première phase du conflit, seul l'ordre de Cîteaux ose s'opposer aux prétentions du monarque. Un prélat, ami du roi, sans doute Pierre Barbet, archevêque de Reims, adresse aux abbés une monition qu'il espère devoir être opérante. Citeaux répond vouloir s'en tenir au droit commun : on est prêt à se soumettre à toutes les taxes établies légitimement, mais on s'élève contre les impôts extraordinaires que le Siège pontifical n'a pas approuvés. « Nous fera-t-on, sous le roi Très Chrétien, des conditions d'existence plus dures que sous un pharaon ? » La protestation cistercienne s'amplifie bientôt et parvient aux oreilles du pontife régnant (lettre Cum secundum apostolum, pièce 164 du Codex Dunensis, ms. 418 de la bibl. de Bruges).

Après la bataille de Courtrai (11 juiU. 1302), humiliante pour la France, Boniface VIII publie la bulle Unam sanctam (oct. 1302) et le conflit entre dans une seconde phase. Le pape convoque un concile à Rome pour la prochaine fête de la Toussaint. Dédaignant toute intimidation, quarante prélats quittent le royaume; on distingue notamment l'archevêque de Tours et ses sufliragants, les abbés de Cîteaux, Cluny, Prémontré, Marinoutier, Beaulieu et La Chaise-Dieu. Philippe riposte en donnant ordre à ses baillis de saisir le temporel de ces prélats. Cîteaux est spécialement visé; aussi le pape crée-t-il immédiatement tout un organisme de défense pour maintenir les abbayes en possession de leurs biens. La lettre Ad compescendos conatus nefarios est adressée à vingt-huit évêques ou

abbés constitués juges consiTvnlfurs (cf. l)if,':ii<l, Uei/. de Boniface VII l\ n. 4913).

Le 14 juin 1303, Philippe préside à Paris une assemblée composée de prélats, de nobles et rie légistes. On y entend les pires accusations formulées contre Boniface VII L En conclusion, le monarque propose la convocation d'un concile qui jugerait le chef del'Église: usurpation sacrilège contre laquelle une seule voix se fait entendre, celle de Jean de Pontoise, abbé de Cîteaux. « L'abbé de Cistiaux seul à eux non assentant », dit la Chronique de S.-Denis: de même Guillaume de Nangis. Son emprisonnement dans les tours du Chàtelet suivit aussitôt.

Dans la bulle d'excommunication préparée contre Philippe le Bel, Super Pétri solio, le pape, qui ne devait survivre que peu de jours à l'attentat d'Anagni, mentionnait la captivité de l'abbé de Cîteaux ])armi les crimes qui appelaient sur le roi de France les foudres de l'Église (Digard, Philippe le Bel el le S.-Siège de 1285 à 1304, II, Paris, 1936, p. 180; Kervyn de Lettenhove, Recherches..., dans P. L., clxx.xv, 1916).

Quant à Philippe, il faut attendre les dernières années de sa vie (1314) pour trouver les traces d'un repentir et d'une réparation (Codex Dunensis, pièce I n. 868). l'n document nous le montre préoccujjé de la .situation de Clairvaux, si obérée qu'en 1321 l'abbaye sera obligée de vendre le collège S. -Bernard à Paris (Statuta, 1321 : 9; acte de vente aux Arch. départ, de l'Aube, 3 H 216).

Du concile de Vienne (1311-1312), l'histoire de Cîteaux retient particulièrement l'intervention de l'abbé de Chaalis, Jacques de Thérines, en faveur des privilèges des réguliers. Oux-ci faillirent succomber sous les griefs formulés par les évêques (Rev. d'hist. eccl., vr, 1905, p. 325 sq.; Hefele-Leclercq, vr, 659). Mais de solides raisons théologiques, mises en valeur par l'éloquence de l'abbé Jacques, parvinrent à reprendre des positions gravement compromises. Dans son manifeste, le polémiste écarte d'avance l'objection qu'on pourrait tirer de l'autorité de S. Bernard. Le saint docteur n'a condamné cependant que les abus des exemptions (cf. supra, col. 902).

Le concile de Vienne rendit quelques décisions de nature à éviter désormais les conflits de juridiction entre ecclésiastiques séculiers et réguliers. Elles furent insérées dans le Corpus juris à la suite du livre Vl« de Boniface VIII. C'est là notamment que se lit le décret relatif aux religieux mendiants passant dans un ordre monastique : même si le transfert s'est elïectué légitimement, de tels sujets resteront toujours privés de voix au chapitre et ne pourront jamais accéder aux prélatures. Ce point de législation ne disparut qu'en 1917, avec l'actuel Code de droit canonique (1. III, tit. IX, c. L "1 Clern.; le tit. x contient aussi des décrets de réforme pour l'état monastique; cf. éd. Friedberg, II, 1165).

H.-X. .\rquillière, art. lioNiFACE VIIT, dans D.U.G.K., IX, 904-09. — Chronicon Giiillelmi ilc Aa/u/i'aco, et C.onlinuatio..., dans liée, des hist. des Gaules, xx, .")43. Chronique de S.-I)enis, ibid., 654 s<i. — Coilcr Dunensis, sive diplomalum el chartarum Medii Aevi amplissima collectio, ms. 41S de la Bibl. munie, de Bruges, dont un choix de 39.3 pièces fut édité par Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 1875. — G. Digard, Philippe le Bel et le S.-Siège de 1285 à 1304, Paris, 1936. — Digard-Faucon-Thomas, Les Registres de Boniface VIII, Paris, 1884 sq. — P. Glorieux, Prélats français contre religieux mendiants, dans Rev. il'hist. de l'Église de France, xi, 309 sq. — Hefele-Leclercq, vi, Paris, 1915. — Jacques de Thérines : ses travaux sont cités par P. Glorieux, Répert. des maîtres en théol. de Paris au XII I" s., I, Paris, 1933, p. 261 sq.; son Tractatus contra inipugn. exempt, a été édité par Tissier, Bibl. Palrum Ci.sterc, iv, Bonnefontaine, 1662, p. 261-315, et le résumé dans Baronius-Raynaldi, Ann. eccles., xxin, 526-30. — Kerv>-n de Lettenhove, Recherches sur la pari que l'ordre de C. et le comte

de Ftanitrr prirent n la lutte de Boniface V I II rl ilc Philippe le Bel, reproduit dans P. L., < i.xxxv, 1833-H)20. — G. MoUat, Les doléances du clergé de Sens au conc. de Vienne, dans Rev. d'hi.'it. eccl., vr, 1905, p. 310 sq. — lî. Muller, Das Konzil von Vienne..., Miinster, 1934. — Gard. Pitra, L'ordre de C. dans la lutte entre Boniface VIll et Philippe le Bel, Poitiers, 1896. — .1. Rivière, Le problème de l'Église et de l'État au temps de Philippe le Bel, Louvain, 1926. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, m, 1935.

2° Les papes d'Avignon el la fiscalité pontificcde. — Depuis Clément V, la papauté réside en Avignon. Il était à craindre que son indépendance en souffrît ; aussi Jean XXII, élu en 1310 (t 1334), voulut-il dès l'abord affirmer puissamment les droits de la primauté pontificale, en centralisant les pouvoirs dans ses pro])res mains. Il pousse donc aussi loin que possible le droit de réserve en matière bénéficiale, jadis inauguré par Clément IV; du même coup, il fait tomber les légitimes coutumes des élections épiscopales et abbatiales. Et ceci avait une répercussion avantageuse pour la Chambre apostolique. Tout prélat nommé par le pape, ou simplement confirmé par lui, ou transféré à un autre siège, contractait une dette à l'endroit de son bienfaiteur. Celle-ci comportait des taxes à acquitter; I appelées sertntiiim commune et servitia minuta, elles représentaient environ le tiers des revenus annuels de la prélature en cause. Plus tard, on exigera l'annale, c.-à-d. les revenus d'une année entière, puis les vacants, fruits perçus durant la vacance du siège. Il fallait donc parfois enquêter sur le chilïre exact des revenus, variables de leur nature. Pareille enquête fut confiée en 1320 par Jean XXII à l'abbé de Grandselve, sur les églises de Toulouse et de Montauban. En Angleterre, c'est le roi Edouard III qui demande au pape une enquête pour le monastère cistercien de Louth Park, taxé au delà de ses i)ossibilités (C. Mollat, Lettres communes de .Jean XXII, n. 11047, 61084).

On connaît les taxes des évêchés et abbayes d'après les obligations souscrites et les quittances délivrées dans la suite. L'abbaye de Grandselve, par ex., payait 4000 florins, Valmagne 1400, les Dunes en Flandre 1500. Cîteaux, en 1359, était taxé à 300 florins et Clairvaux à 3000. En cette même période, on lit la mention liberalus propter paupertatem, accolée au nom des abbés de Ste-Madeleine de Cava et de Paliano, en Italie; du Gard, de Perseigne, du Pin, de Silvacane, en F'rance. De Belleperche on n'exige que 600 florins propter malitiam temporis. Les mandats de provision portaient également en tête le montant de la dette à acquitter en ces circonstances (ces chiffres se lisent dans G. Mollat, op. cit.).

Quand, dans une abbaye, les changements de prélats se succédaient à un rythme accéléré, la comptabilité s'accusait bientôt déficitaire. Or ces changements n'étaient pas rares. Le cas de Grandselve en témoigne. Cette abbaye, vacante en 1318, reçoit pour abbé celui de Valmagne, Pons Maurin ; Valmagne reçoit pour abbé celui de Bonneval, Bérenger; et Bonneval reçoit pour prélat le moine Jean, pris à Grandselve (Reg. de .lean XXII, n. 8739, 8902). Sept ans plus tard, le manège recommence : Guillaume, abbé de Beaulieu en Rouergue, est envoyé gouverner Grandselve, tandis que le prieur de cette maison devient prélat de Beaulieu (Lettres comm. de Jean XXII, n. 28125, 28126; autres cas similaires, n. 51603, 51604, 51890, etc.).

En annexe du mandat de collation, on trouve aussi un autre document taxé, qui permet au nouvel élu de demander la bénédiction abbatiale à l'évêque de son choix. Boniface VIII avait déjà concédé un induit de cette nature à l'abbé de Cluny, Bertrand, en 1296 (Reg. de Boniface VIII, n. 899). Sous Jean XXII, le procédé devint habituel.

Le jus spolii (droit de dépouille) fut aussi en usage sous les papes d'.\vignon. C'était, pour la Chambre

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apostolique, le droit de s'adjuger les biens des prélats et des clercs décédés à la (^urie pontificale, ou non loin d'elle. Pour échapper à celte loi, nous voyons le cardinal cistercien Arnaud Novelli et son neveu Jacques Fournier, le futur Benoît XII, obtenir le privilège de dresser leur testament; et Clément V eut la bonté de recommander à Novelli de ne pas oublier sa famille religieuse dans ses dispositions testamentaires {Reg. de Clément V, n. 7251; Lettres comm. de Jean XXII, n. 24464). Le premier pape d'Avignon s'attardait d'ailleurs volontiers dans les abbayes de Grandselve, de Belleperche, de Boulbonne et de Bonnefont.

La Constitution Licet ecclesiarum (1. III, tit. iv, c. 2, in VI°) de Clément IV avait posé en principe que « l'entière disposition des églises, personnats, dignités et autres bénéfices appartient au pontife romain de telle manière que celui-ci peut les conférer juridiquement, non seulement durant leur vacance, mais encore en concéder le droit à valoir au temps de la future vacance ». Ces dernières concessions, nommées grâces expectatives, prirent une ampleur insolite sous les papes d'Avignon. « En Avignon, tout se demande, tout s'obtient, tout se paye. »

Ce fut alors une course folle vers la ville des papes. Clientèle disparate : clercs besogneux, religieux de toute couleur, de toute observance, de simples fidèles aussi, coudoyant des prélats déjà bien nantis de bénéfices, mais aspirant à mieux encore; et le reste.

Mais les moines, que viennent-ils solliciter? Une absolution, peut-être, ou un transitus, droit de passer à un autre ordre. Il y a aussi pour eux les bénéfices et offices réguliers, une abbaye à gouverner, un prieuré à diriger, une église ou chapelle à desservir. Même à l'intérieur du cloître, on trouve des offices à remplir, des administrations à présider, les fonctions de prieur, de chantre, de sacristain, de cellérier; tout devient objet de désir pour qui n'a rien et veut cependant émerger un peu.

Dans l'ensemble des grâces expectatives de bénéfice, nous ne trouvons guère qu'un seul cas cistercien. En 1328, Jean XXII réserve pour Guillaume de Vallaria, moine de Valleserena, en Italie, le prieuré parmesan dépendant de cette abbaye {Lettres comm. de Jean XXII, n. 41058). Par contre, on trouve des expectatives concédées à de jeunes personnes, assurant leur réception dans telle abbaye désignée, dès qu'un décès laissera une place vacante, le nombre de moniales étant rigoureusement fixé d'après le chiffre des revenus (Berlière, Suppl. de Clément VI, n. 952, 1124, 2133; autres cas signalés dans Cisterc.-Chronik, 1910, p. 183 sq. ; Van Isacker, Lettres de Clément VI, n. 845, 1364).

Nombreuses également furent les concessions d'indulgences en faveur des visiteurs et bienfaiteurs des églises monastiques, surtout à l'époque des reconstructions. Les abbés de Cîteaux, de La Ferté, de Clairvaux, de Pontigny, de Morimond reçurent même le pouvoir d'accorder quarante jours d'indulgence à leurs auditeurs, quand ils auraient prêché dans les monastères, chapelles ou églises de leur ordre (Reg. de Benoît XI, n. 899; Reg. de Clément V, n. 4422, 8707). L'indulgence in articula mortis fut demandée par les abbés et les moines, les abbesses et les moniales, particulièrement sous les pontificats de Benoît XII et de Clément VI (Reg. de Benoît XII, n. 3418, 4720, 4771, etc.; Suppl. de Clément VI, dans Cisterc.-Chronik, 1910, p. 187 sq.).

Moins louable était, dans la famille cistercienne, le désir d'échapper à la loi de l'abstinence. Des personnes de haut rang, devenues moniales blanches, ne s'accommodent plus du vieux régime austère; elles demandent donc pour elles-mêmes l'exemption de cette loi pénible. De telles demandes viennent de l'abbaye du Lys, près Melun, de Port-Royal, de S. -Antoine de Paris, où est moniale Pétronille de Sully, de Valbrissac, où se trouve Béatrice de Hongrie, veuve devenue mo-

niale (Lettres comm. de Jean XXII, n. 2821, 2822, 6232. 11985). Puis, des abbés âgés, infirmes ou malades présentent les mêmes suppliques (ibid., n. 24296. 25087, 51256, 52298); à Jean, abbé de Dalon, Clément VI écrit sur la requête : Fiat, sed parce iitatur, super que eius con.'icienfiam oneramiis (Cisterc.-Chronik. 1910, p. 154).

Line autre conséquence de la fiscalité pontificale à cette époque fut de priver les abbayes de leur droit de nommer aux bénéfices qui dépendaient d'elles. Très nombreux étaient les monastères dont le titulaire était collateur de bénéfices ecclésiastiques, églises paroissiales ou chapellenies. INIême la charge de chapelain auprès de nos moniales fut pratiquement traitée comme un bénéfice. En fait, il y avait là un ensemble d'obligations incombant au prêtre et compensées par des revenus; d'autre part, Boniface VIII avait déclaré que tout prêtre, une fois admis à ces fonctions par l'abbé Père, était inamovible (Reg. de Boni/ace VIII, n. 564).

Les mandats de collation à ces bénéfices mineurs nous aident parfois à mieux connaître la situation juridique et économique de certaines abbayes. Nous y apprenons que les abbesses de Tischnowitz au dioc. de Brilnn, de Zaïda et de Canas en Espagne, de Nunnenmunster près Worms, de Maubuisson près Pontoise, de Ruremonde en Hollande, de Burtscheid près Cologne, avaient des bénéfices à leur collation. En Belgique, se trouvaient dans le même cas les abbesses de la Cambre, d'Aywières, de Salzinnes, de la Ramée, de Val-Notre- Dame. Situation identique dans bon nombre d'abbayes d'hommes, par ex. Savigny, Grandselve, Belleperche, Moutier-en-Argonne, Royaumont, S.-André-de-Goufern, en France; Lubens, Sedlic, Zwettl, en Allemagne et Autriche; Villers, Val-S. -Lambert, Grand-Pré, en Belgique (Lettres de Jean XXII, de Benoît XII; Suppl. j de Clément VI, d'Innocent VI, d'Urbain V, passim). En 1492, l'abbé de Cîteaux, Jean de Cirey, fit dresser un tableau des annates que les monastères cisterciens devaient verser à la Chambre apostolique, lors des vacances du siège abbatial. Le prêtre chargé de ce tra- : vail était Pierre Reynard. Dans sa rédaction, il déclare i avoir compulsé les registres originaux de la Chambre apostolique, pour y puiser tous renseignements désirables. Il les disposa ensuite selon l'ordre alphabétique des diocèses possédant des abbayes cisterciennes. Cet intéressant travail peut se lire actuellement dans le nis. 1450 de la bibliothèque municipale de Troyes.

Fr. Baix, La Ctiambre apostolique et les « Libri annaiarum » de Martin V (141T-14H), Bruxelles, 1947. — U. Berlière, Inventaire aiialgtique des « Libri obligationuni et solutionum » ] des Archives vaticanes, Rome, 1904; Les collectories pontificales..., (Cambrai, Thérouantte et l'ournai, au XI s., Rome, I 1929. — H. Moberg, Taxae pro communibus servitiis ex Libris I nbliyalionum ab anuo v:'.)5 ad 1455, Rome, 1949. — Kirsch, I Die papstlichen Kollertorien in Deiitschland wdbrend des A/K. I Jhts, Paderl)orn, 1894; id.. L'administration des finances pontif. au JCIV s., dans Bev. d'hist. eccl., i, 1900, p. 274-96. I — G. Mollat, Contribution à l'bist. admin. et judic. de l'Église ! rom. au XI V s., ibid., 1936, p. 897 sq.; id.. Contribution à l'hist. de la Chambre apost.au XIV' s., ibid., 19.50, p. 82-94. — Y. Renouard, Les relations des papes d'Avignon et des compagnies commerc. et bancaires de 1316 à ISÎS, Paris, 1941. — Ch. Samaran et ("■. .Mollat, La fiscalité pontif. en France au XIV' s., Paris, 190.5. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-41; Chapellenies : cf. 1314 : 2; 1366 : 6; 1389 : 12; 1401 : 41; 1.562 : 25; Chapelains de moniales : 1254 : 5; 12.56 : 4; 12.58 : 18; 1265 : 2; 1273 : 10; 1287 : 11, 16; 1296 : 8; 1,308 : 5; 1317 : 4; 1320 : 8; 1460 : 29. — Registnim visitationum arcbiepisc. Jiotliomngensis (Kudes Rigaud), éd. Bonnin, Rouen, 1847, d'après le ms. lat. 1245 de la Bibl. nat. de Paris, p. 691, cas d'ordinations faites ad titulum abhatissae monasterii licate Mariae liegalis.

3° La guerre de Cent ans. Le Grand Schisme. — . 1. «Les rois d'Angleterre resteront-ils ducs de Guyennej

!»«.■■) CITEAUX (ORDRE). DE [-A HliIJ>E

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