CEÉMENTFNE A JEAN DE CIREY
et vassaux du roi de France? Détrôneront-ils les Valois?... Le conflit, juridique à ses débuts, dégénéra en véritable guerre » (E. Déprez, Les préliminaires de la guerre de Cent ans, Paris, 1902, p. 11). Ces quelques mots éclairent bien le point de départ de la désastreuse guerre qui dura de 1337 à 1453.
Dès 1334, le rôle médiateur de la papauté était réclamé par l'Angleterre. Édouard III adressait à Jean XXII des lettres d'abord, puis des ambassadeurs, parmi lesquels on reconnaît l'abbé cistercien de Dore. En décembre de cette même année, le pape décédait sans avoir pu réconcilier les rois de France et d'Angleterre. L'élu du conclave fut alors l'austère Benoît XII, jadis moine et abbé cistercien. Couronné le 8 janv. 1335, il allait avoir un pontificat de sept années.
Malheureusement, ses tentatives répétées de conciliation entre les rois devaient échouer contre l'obstination des belligérants, et il est injuste de faire retomber sur le pape la responsabilité d'une guerre désormais inévitable (G. Daumet, Lettres... de Benoît XII, Paris, 1920, Introd., p. ix, contre l'opinion de Déprez, op. cit., p. 405). Dès la première invasion anglaise, Benoît XII s'empressa de secourir les populations des régions dévastées. Six mille florins furent envoyés et répartis sur 174 paroisses, dont les noms figurent dans les registres de comptabilité aux Archives vaticanes (cf. L. Carolus-Barré, Benoît XII... et les pays dévastés, dans Mélanges d'archéol. et d'hist., Paris, 1950, p. 165- 232).
Une intervention pacifique inattendue vint de la part d'une moniale cistercienne. Jeanne de Valois, propre sœur de Philippe VI et mère de la reine d'Angleterre, devenue veuve du comte de Hainaut, Guillaume l" le Bon, s'était retirée à l'abbaye de Fontenelles et y avait fait profession monastique. Or les premières opérations militaires, que tenta Édouard III en 1339, se passèrent dans la région de Laon, S. -Quentin, Cambrai, où se trouvait précisément l'abbaye de Fontenelles, incendiée en ces circonstances. « Maintes fois, 1 Jeanne de Valois s'était jetée éplorée aux pieds de son frère et de son gendre, les suppliant de cesser les hostilités; mais ses tentatives avaient échoué. Elles aboutirent quand les deux rois campèrent près de Bouvines » (Déprez, op. cit., p. 343). Des trêves furent alors signées qui, hélas, allaient déjà cesser en juin 1341.
Puis, ce fut la guerre avec toutes ses horreurs. L'une d'elles, et non la moindre, fut la peste de 1348-49, qui enleva, au dire de Froissart, « la tierce partie du monde ». Des moniales de Belmont, il ne resta que deux survivantes. Les monastères dépourvus de personnel s'offraient comme une proie facile à une poignée d'aventuriers. Ils n'y manquèrent pas. A la faveur de trêves passées de temps à autre, les belligérants licenciaient leurs mercenaires pour n'avoir plus à les payer; ce ramassis de gens sans aveu, sans patrie, faisaient alors groupe autour d'un chef. Ce furent les « Grandes compagnies », qui vécurent de pillages et de dévastations à travers la France.
« Plus que les autres ordres religieux, les cisterciens furent atteints », constate Denifle. Leurs monastères, en effet, se trouvaient à l'écart de toute agglomération, et nullement fortifiés, sauf de rares exceptions. Bonnecombe, par ex., et Boulbonne, que Benoît XII avait fait entourer de hautes et fortes murailles (Baluze, Prima Vita, éd. Mollat, Paris, 1916, p. 197; Slatuta, 1437 : 48). D'autre part, l'avoir des abbayes cisterciennes était fait surtout de possessions terriennes, que les guerres venaient dévaster et rendre infructueuses. Comment solder les contributions toujours plus pesantes qu'imposaient les rois, sinon par le dépouillement total de ses biens?
En 1402, la douleur des capitulants de Cîteaux s'exhale en une plainte émouvante : « Ne sommes-nous
pas arrivés à la tin des temps? L'iniquité abonde partout, la charité s'est refroidie, la stérilité des campagnes met la famine à nos portes. Ne sont-ce pas là les signes avant-coureurs de l'Antéchrist? Les ofliciers et ministres des illustrissimes seigneurs, rois, ducs, comtes, barons, et même — ce qui est plus grave — les prélats piétinent à plaisir nos droits, nos libertés, nos immunités. Leurs exigences sans mesure ne respectent plus ni le droit humain, ni le droit divin. Veulent-ils donc nous réduire tous à la mendicité? » Puis l'assemblée se ressaisit; elle crée une délégation com])osée des abbés de Pontigny, de (2haalis, de Royaumont, de Beaupré. Ceux-ci se |)résenteront devant le roi Charles VI, devant ses oncles, les ducs de Berry et de Bourgogne, devant son frère Louis d'Orléans, et leur diront l'extrémité oii se trouvent les monastères de leur royaume; il est temps de prévenir un irrémédiable désastre {Statuta, 1402 : 13). Quelques années plus tard, Charles VI s'intéressait à l'abbaye de Longpont; il écrivait au chapitre général qu'on eût à la sauver d'une disparition imminente. De son côté, le duc de Lorraine insistait dans le même sens pour l'abbaye de Villers-Bettnach, au dioc. de Metz (it^id., 1413 : 99; 1425 : 52).
Inutile d'aligner ici la longue série de monastères que la guerre de Cent ans a ruinés. Denifle a accompli cette tâche en puisant les éléments de son travail aux meilleures sources, que sont les suppliques adressées à la Curie pontificale et les statuts des chapitres de Cîteaux. Les suppliques sollicitent du Souverain pontife une remise partielle ou totale des dettes contractées vis-à-vis de la Chambre apostolique, à l'occasion d'une nomination abbatiale ou d'un induit obtenu. Le suppliant a donc soin de décrire l'état précaire où est réduite son abbaye pour faits de guerre. Des doléances semblables se font entendre au chapitre général de Cîteaux, à l'efl'et d'obtenir des secours de la part de maisons moins éprouvées, et aussi la remise des contri- I butions générales imposées à tout l'ordre, ou encore l'autorisation d'aliéner une partie des biens (ibid., 1391 : 23, 24; 1396 : 16, 20; 1400 : 33; 1402 : 10; 1404 : 32; 1411 : 21; 1429 : 74).
Une mesure exigée par les circonstances fut parfois la suppression de communautés exténuées à l'extrême, telle l'abbaye des moniales de Bouhan, près Calais {ibid., 1395 : 9). En 1399, six abbayes furent fermées pour cette cause. En pareil cas, les religieuses sont réparties en d'autres communautés et les biens temporels sont unis à un monastère d'hommes, qui assume l'obligation d'acquitter les charges spirituelles de l'abbaye éteinte : célébration de messes fondées et des divins offices (ibid., 1399 : 36-41).
2. Un autre genre de désolation fut le Grand Schisme d'Occident (1378-1417). Le 8 avr. 1378, le collège des cardinaux avait élu Urbain VI. Six mois après, les mêmes cardinaux — du moins en majeure partie — font une seconde élection à Fondi et donnent au monde chrétien le pape Clément VII, bientôt installé en Avignon. Sur la valeur de ces opérations électorales, les contemporains furent d'avis partagé; nos historiens actuels en sont encore au même point. Mais le fait est là : la chrétienté fut scindée en deux obédiences, et la ligne de démarcation se prenait surtout dans la volonté des princes terriporels. Le pape d'Avignon eut sans peine la France avec lui. Dès lors, l'Angleterre et l'Allemagne se devaient d'embrasser l'autre parti.
Il y eut aussi des régions disputées. Liège, par ex., eut deux évêques : Arnoul de Hornes, nommé par Urbain VI, et Eustache de Rochefort, confirmé par Clément VII. L'évêché de Cambrai était occupé depuis juin. 1378 par Jean T'SercIaes; Urbain VI y envoya néanmoins un administrateur; c'était l'abbé de Baudeloo, Gérard Van de Zype. Cet urbaniste notoire sera
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