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CLÉMENTINE A JEAN DE CIREY

sines; il voulait surtout la disparition des couvents et des gens d'Église. Les florissantes abbayes de ces régions reçurent sa visite, marquée par des pillages suivis d'incendies. Jean, abbé de Welehrad, subit le martyre le 3 avr. 1421; le 28 de ce même mois, un groupe de moines de Sedlitz tombe sous les coups de Ziska. L'année précédente, quatre religieux de Kônigssaal avaient été brûlés par les Hussites; ceux de Goldenkron subirent la pendaison. La série des martyrs se continue à Waldersbach, à Osseg, à Neuzelle (cf. Cisterc.-Chronik, xx, 1908, p. 129 sq.;D.H. G. £'.,vi, 1486; Staluta, 1427 : 48).

Quelques chiffres ont été conservés, qui sont révélateurs de ce qu'était devenue, dans les xiv et xv« s., la population monastique. Un statut capitulaire de 1315 permet de conclure qu'on trouvait alors, en moyenne, de 20 à 100 moines dans les abbayes cisterciennes. Mais les guerres vont faire reviser ce barême. Hautecombe, en 13.55, abrite 37 moines; à Mazan, le chiffre est de 33 en 1321 et de 14 en 1394. Royaumont ne compte que 20 à 25 religieux; Aiguebelle n'en a pas davantage en 1357; il n'en reste que 10 en 1411. Fontfroide, toujours peuplée d'environ 200 religieux jusqu'au xiv^ s., n'en compte plus que 30 vers 1450. En 1405, l'Aumône possède encore 36 religieux, dont 12 prêtres, tandis que Noirlac est réduit à 8 moines.

En Espagne, on trouve à Poblet, au début du xiv^ s., 100 religieux et 40 convers; moins d'un demi-siècle après, cette population est tombée à 54 religieux et 30 convers. En Angleterre, on a relevé, d'après le Clérical subsidy rail, les chiffres suivants pour l'année 1380-81 : à Fountains, 34 moines et 10 convers; à Meaux (Melsa), 22 moines et 3 convers; à Kirkstall, 17 moines et 6 convers; à Jervaulx, 16 moines et 2 convers; à Byland, 12 moines et 3 convers (cf. Me Nulty, Constitutions for the reform of the Cistercian order (1335), Bristol 1946). Bebenhausen, en Allemagne, possède 110 moines en 1327, et Lilienfeld, en Autriche, dépasse également la centaine en 1330 (G. Mollat, Lettres... de Jean XXII, n. 30871, 48685).

A. Neumaiin, Die Katholisclien Miirtyrer der Iluxsitenzeit, Warnsdorf, 19.30. — V. Schmidt, Zur Leidensgeschiclite der Cistercienser iii den [Iussitenkrie<j, dans Cisterc.-Chronik, XX, 1908, p. 129 sc[.

2° Vie monastique et cliapitres généraux. — Le légat de Benoît XII, qui présidait le concile d'Aquilée en 1339, constatait que, dans les territoires de sa légation, la plupart des monastères accusaient une malheureuse déchéance; ils semblaient sur une pente qui devait les conduire à une ruine totale, à moins de secours immédiats (Mansi, xxv, 1118). Une constatation identique pouvait se faire partout ailleurs, car les malheurs des xiv« et xv'' s. n'ont poussé ni les fidèles, ni les religieux, dans une voie plus haute de sainteté, au contraire. Ces événements avaient en eux une force de désintégration à laquelle aucun institut ne put résister. Benoît XII (1334-1342) tenta de réformer la Curie romaine et les ordres religieux. Le résultat des mesures édictées fut peut-être d'arrêter un peu le déclin déjà bien amorcé. Ce fut le cas pour Cîteaux.

Au juste, qu'était alors la vie dans les cloîtres cisterciens? Nous en avons un précis authentique, mais un peu idéalisé, dans la réponse que fit à Jean XXII le célèbre abbé de Chaalis, Jacques de Thérinnes, en 1317 ou 1318. Il signale les vœux essentiels de l'état religieux et les moyens d'en sauvegarder l'observance : célébration solennelle des divins ofiices, lectures saintes, méditation, clôture sévère, nourriture très frugale, parfois aussi travail manuel. D'autre part, dans les grandes universités, spécialement celle de Paris, l'ordre compte des bacheliers et des docteurs en théologie; l'intention du chapitre général est de multiplier encore ces centres d'études. Quant aux écarts toujours pos-

sibles des particuliers, ils sont promptement repris par l'abbé local dans le chapitre conventuel quotidien et par l'abbé visiteur (Lifie, bibl. munie, ms. 450; éd. par N. Valois, dans Bibl. de l'Éc. des chartes, lxix, 1908.

Dans ce tableau en raccourci, aucune mention n'est faite des caractéristiques du premier Cîteaux : éloignement du monde, jeûnes rigoureux, travaux manuels quotidiens, veilles prolongées. Il est donc évident que la vie a perdu de son austérité depuis S. Bernard; la physionomie de l'ordre a changé avec l'âge. Un cistercien eu fit lui-même l'aveu au chapitre général, vers 1300. L'abbé Juste y dénonça l'abandon de la vie humble et cachée, du silence et de la solitude, de la pauvreté individuelle; et les statuts capitulaires de l'époque égrènent par le menu les cas concrets dignes de répréhension.

Que voulut donc réaliser le pape cistercien en faveur de son ancienne famille monastique? Son idéal fut de consolider le bien alors existant, sans prétendre renvoyer ses moines aux austérités du xii« s. Aussi la bulle Fulgens sicut Stella n'a pas les allures habituelles d'une constitution profondément réformatrice. L'expérience personnelle du pape, jadis bon moine et excellent abbé, aurait pu suffire pour lui dicter les mesures utiles ou nécessaires; néanmoins Benoît XII tint à prendre conseil des abbés de Cîteaux, de La Ferté, de Clairvaux, de Morimond, appelés auprès de lui (epist. Quia sacrum, 12 août 1335; Statuta, 1335 : 6).

Un premier projet fut soumis aux abbés. Ceux-ci présentèrent respectueusement leurs remarques (cf. Bibl. nat. de Paris, ms. lat. 4191, fol. 48-63), notamment en ce qui concerne le sceau du couvent, la composition du chapitre général, où siégeraient, avec les abbés, les moines délégués par chaque communauté, et la possibilité pour ceux-ci de figurer au nombre des déflniteurs. Ce second point, emprunté à la législation des ordres mendiants, fut abandonné, mais le pape maintint la création d'un sceau conventuel, qui serait apposé sur les contrats et actes d'administration temporelle, conjointement avec celui de l'abbé. F'ut également conservée l'obligation faite au supérieur de rendre compte, aux anciens du couvent et aux boursiers, de toutes ses recettes et dépenses, y compris ses frais de voyage. On le voit, l'une des tendances du pontife régnant était de restreindre l'absolutisme des abbés, dont il avait peut-être jadis connu les écueils.

La Constitution Fulyens fut promulguée le 12 juill. 1335. Elle débute par douze articles sur l'administration temporelle; le gouvernement de l'ordre et les observances occupent ensuite une vingtaine d'articles; enfin de longues et minutieuses dispositions sur les études et les collèges terminent le document (cf. texte dans Statuta, m, ann. 1335; brève analyse dans D. D. Can., III, 788; J.-B. Mahn, Le pape Benoît XII et les cisterciens, Paris, 1949, p. 35; l'auteur publie aussi, p. 85-135, les remarques des abbés sur le premier projet [Paris, Bibl. nat., ms. lat. 4191]).

En outre, le pape voulut savoir quelles étaient les possibilités financières de chaque abbaye, afin de fixer d'après cette base le nombre de moines que chaque supérieur pourrait et devrait entretenir. Il chargea de cette enquête l'abbé de Cîteaux et les quatre premiers Pères (Vidal, Lettres comm. de Benoît XII..., n. 2351, du 30 juill. 1335). Une enquête similaire fut prescrite également dans les abbayes bénédictines (L. Delisle, Enquête sur la fortune... ordre de S.-Benoîl en 1338, dans Notices et extraits des mss. de la Bibl. nat., xxxix, Paris, 1910, p. 359-408).

Benoît XII insista chaque année auprès des capitulants de Cîteaux pour les faire tenir ferme à l'observation lidèle de sa Constitution (epist. Quanwis, 1 1 août 1336; Quia veslrum, 28 août 1337; In congregalione.

!)7;5 CITEAIIX (ORDRE). DE EA RUEEE CEÉMENTEXE A JEAN DE CIREY

19 août 1338; Inter al ta. 21 août 1339; Specialis, 19 août 1340; Sicut alias, 17 août 1341). On ne voit pas, d'ailleurs, que les abbés cisterciens aient accueilli de mauvaise grâce les décisions pontificales. Plus de deux siècles après la promulgation de Fulgens, le chapitre général s'autorisera encore des volontés de Benoît XII pour réformer, corriger et punir les écarts commis par les membres de l'ordre.

I,e chapitre général de 1335 fut saisi d'une demande du Souverain pontife; il s'agissait de lever dans tout l'ordre une contribution destinée à l'abbaye de Cîteaux (|ui, à ce moment, se débattait sous le poids de dettes considérables (Vidal, Lettres secrètes... de Benoit XII..., n. 488). Par contre, le i)ontife venait de révoquer toutes les réserves en Cour de Rome sur les monastères cisterciens; ceux-ci récupéraient donc la liberté des élections abbatiales et les abbés élus se trouvaient dispensés de verser les taxes habituelles à la Chambre apostolique (Vidal, Lettres conim. de Benoît XII..., n. 23.55, du 13 août 1335). l'n peu plus tard, le pape voulut contribuer à la reconstruction du collège S.- Bernard de Paris et de son église; il le fit largement, dans un sentiment de reconnaissance pour l'institut qui l'avait formé jadis à la science théologique (cf. Vidal, Notice sur les œuvres de Benoît XII, dans Rev. d'hist. eccl., vi, 1905, p. 557; Lettres communes..., n. fil3G. 6137).

Cependant, ennemi du népotisme à l'endroit de sa famille naturelle, Benoît XII le fut aussi vis-à-vis de sa famille religieuse. Il se défendit de pousser les cisterciens dans la voie des charges et des honneurs. Il leur interdit l'étude du droit, qui était le chemin direct aux fonctions d'ofTicial et autres plus élevées. Depuis que l'Église se trouvait dotée d'ordres religieux plus dégagés que les moines de la loi de clôture, c'est à eux que le Siège apostolique confiait les missions lointaines, les négociations ardues, les œuvres d'apostolat. La lecture des registres des papes est concluante sur ce point : de moins en moins les délégations pontificales sont adressées aux cisterciens, et Benoît XII ne se départit point de cette ligne de conduite; il voulut laisser ses anciens frères du cloître dans les vraies conditions de leur vocation (cf. .J.-B. Malin, op. cit., c. iv et Conclusion, p. 76 sq.).

Benoît XII avait à peine signé ses dillérentes constitutions de réforme, que se produisirent les graves événements cités plus haut : la guerre de Cent ans, la peste noire, le Grand Schisme. Ils imposèrent aux esprits des soucis d'un tout autre genre et les conséquences furent désastreuses pour la vie chrétienne et religieuse. Des lois réputées graves et munies de sanctions sévères rencontrèrent désormais des impossibilités matérielles d'exécution. Les absences des abbés au chapitre général s'excusèrent parfois en masse, en raison des guerres {Statuta, 1413 : 13; 1419 : 26; 1420 : 8; 1430 : 36; 1449 : 19; 1478 : 55...). La pauvreté de certaines abbayes ne permettait plus l'envoi de jeunes religieux dans les collèges universitaires, pour des études longues et dispendieuses (ibid., 1424 : 34; 1434 : 32, 33; 1458 : 52). Craignant cependant que ces objections ne soient un abri pour la paresse ou l'avarice, les capitulants insistèrent avec rigueur, voulant à tout prix que des études sérieuses continuent de former des hommes de valeur (il>id., 1401 : 23; 1402 : 12; 1404 : 9; 1405 : 2; 1443 : 74; 1445 : 9; 1463 : 44, 48). En différents pays, de nouveaux collèges cisterciens se fondent, fournissant ainsi plus de facilité d'accès aux universités. Dans Fulgens, Benoît XII citait les collèges alors existants de Paris, d'Oxford, de Toulouse, de Montpellier; il ordonnait le transfert à Salanianque du collège de Stella et voulait deux nouvelles créations à Bologne et à .Metz.

Le chapitre général ne s'en tint pas là. Il permit la

fondation de collèges à Prague en 1374, à Vienne et à Leipzig en 1411, à Cracovie en 1416, à Heidelberg en 1434, à Rostock en 1439, à Erfurt en 1443, à Greifswald en 1487, à Avignon en 1499. Ces institutions portaient avec elles leurs dangers. La jeunesse bruyante et débridée se retrouvait parfois sous la bure blanche de nos moines étudiants. On s'en plaignit à Cîteaux {ibid., 1339 : 6, 7, 8; 1389 : 49; 1391 : 26; 1411 : 84; 1434 : 7; 1469 : 5...). D'ailleurs, ce que l'on portait à la connaissance du chapitre général, c'était avant tout les écarts à redresser et à châtier; c'est le fond sombre du tableau. On y discerne, par ex., des manquements au vœu de pauvreté (ibid., 1406 : 12; 1433 : 32; 1447 : 9; 1464 : 13; 1469 : 21...), de vaniteuses recherches dans les habits, que l'on veut accommoder selon le goût du siècle (ibid., 1429 : 40, 80; 1437 : 46; 1458 : 58; 1460 : 126; 1463 : 53; 1466 : 8...), de frivoles désirs de paraître et d'aller solenniser des baptêmes, des mariages (ibid., 1444 : 14; 1466 : 14; 1469 : 91). L'immortification s'affirme par le lever tardif, par l'abandon des jeûnes, des abstinences, de la vie de communauté (ibid., 1429:69; 1437 : 46; 1444: 10; 1448: 3; 1465 : 11 ; 1476 : 67...).

Un mal plus notable résidait dans les appels portés à des cours de justice laïques — démarches prohibées par le droit ecclésiastique et les privilèges cisterciens, sous peine d'excommunication (ibid., 1318 : 9). « Moines et abbés sont coupables en cela », s'écrie avec indignation le chapitre général de 1437, et il cite les causes les plus ordinaires de ces procès : des compétitions à l'abbatiat, in possessorio vel petitorio. Un abbé déposé par le chapitre de Cîteaux en appelle au Parlement royal. Deux moines se disent abbés élus d'un même monastère et ils demandent la décision au parlement de Paris (1451 : 23; 1488 : 37). Ces cas de plusieurs prétendants à une même crosse n'étaient pas rares en un temps où l'examen du scrutin ne se faisait pas exclusivement de numéro ad numerum, mais aussi de merito ad meritum. Les capitulants de Cîteaux en eurent bon nombre à trancher : à Orval (Stututa, 1416 : 3), à Mont- Ste-Marie de Hongrie (1422 : 37), à Cadouin (1434 : 59), à La Baix (1445 : 89), à Colombe (1449 : 56), à Candeil, où il y avait trois prétendants (1453 : 89). Le prieuré de Marziella, en Espagne, eut aussi ses trois candidats. Le cas de Val-S. -Lambert, indécis entre Werric Dazi et Gilles de Termogne, traîna longtemps à Bâle et à la Curie romaine (1450 : 97). En 1445, le chapitre général stigmatisa publiquement la source de ces contestations, inconnues dans les temps anciens : ambitio et avaritia.

Déjà précédemment, en 1422, les capitulants de Cîteaux, embrassant d'un large coup d'œil la situation générale des abbayes, déclaraient : « Dans les différentes parties du monde où se trouve répandu notre ordre, il apparaît comme déformé et déchu en ce qui touche à la discipline régulière et la vie monastique. Il faut donc que les visites canoniques se fassent désormais en exactitude et sévérité. » Et l'autorité suprême délègue alors des abbés bien choisis, qualifiés de réformateurs, qui iront remédier aux faiblesses, replacer les bonnes volontés dans la voie droite. C'est un spectacle consolant de voir l'énergie constante du chapitre de Cîteaux dans les mesures édictées pour le maintien de la fidélité aux règles. Malheureusement, ces efforts méritoires ne furent pas toujours couronnés de succès. La voix du chapitre général, si puissante jadis, ne parvenait aux abbayes éloignées que comme un faible écho, incapable d'étouffer des tendances séparatistes, des désirs d'indépendance, des rêves d'un autre état de choses.

' Il faut cependant signaler l'heureux mouvement de ferveur qui se développa dans les monastères des Pays- 1 Bas, durant le xiv» s. C'est l'époque où l'auteur de

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V Imitation de Jésus-Christ pouvait encore donner en exemple de vie austère les chartreux, les cisterciens (1. I, c. XXV). Il avait été statué au chapitre général que l'abbaye féminine du Jardinet, près Walcourt (Belgique), serait désormais occupée par des moines. Le premier abbé installé en ce monastère (1430 ou 1440) fut dom Jean Eustache. Avec lui commença une période d'austérité et de ferveur. En peu d'années, il reçut à la profession 46 moines et 35 frères convers. Quand le .Jardinet fut ainsi bien peuplé de religieux taillés à l'antique, on fit appel à ces cisterciens réformés « pour en obtenir des confesseurs dans les abbayes de femmes, telles qu'Argenton, Beaupré, l'Olive, le Refuge-de-N.-D. à Ath, le Saulchoir, Valduc, Wauthier-Braine, du même ordre, et aussi Ghislenghien, après la réforme de cette abbaye bénédictine. Le Jardinet prêta aussi son concours aux abbayes d'hommes d'Igny, de Palais-N.-D., de S.-Renii et de Villers, donnant des abbés à S.-Remi, à Bonefl'e et à Villers. Il vint également en aide aux abbayes bénédictines de Gembloux, de Lobbes et de S. -Martin de Tournay » (Cfironique du Jardinet, ms. du xv^' s., publ. par U. Berlière, Bruxelles, 1921, p. 81).

Plusieurs fois durant cette période, des codifications de statuts furent réalisées. En 1289, l'abbé de Cîteaux, Thibaud de Sancy (t 1293), promulguait le Libellus antiquarum difflnitionum, qui fut revu et promulgué à nouveau en 1316, après que l'abbé de Cîteaux, Guillaume de Vaucelles (t 1335), l'eut fait approuver par Jean XXII. Après la publication de la bulle Fulgens, il fallut en intégrer les dispositions dans une nouvelle codification des statuts. Celle-ci parut en 1350, sous le titre de Libellus novellarutn diffînitionuin, ou Novellae diffinitiones.

Quelques bribes d'une autre codification nous ont été conservées; elles se lisent dans les statuts de l'année 1439. On insiste particulièrement sur les points suivants : le lever de nuit à 2 heures et la célébration de l'ofiice divin selon les directives données jadis par S. Bernard; le jeûne et l'abstinence envisagés comme moyens de (idélité au vœu de chasteté; l'abolition des chambres particulières et le retour au dortoir commun; le caractère ])énitentiel que doivent conserver les habits monastiques. Dans les rubriques rappelées ensuite, le législateur invite à la célébration des fêtes j de saints cisterciens; il y voit un procédé efficace pour maintenir bien haut le zèle et la ferveur dans la famille religieuse.

P. Caillet, La décadence de l'ordre de Climy au XV' s. et la tentative de réforme de l'abbé Jean de Bourbon, dans Bibl. de l'Éc. des chartes, lxx.vix, 1928, p. 183 sq. — P. Fournier, art. Benoît XU, dans //. L. Fr., xxxvi, 174-209. — P. Gautier, De l'état des monast. cisterc. anglais à la fin du XV' s., dans Mélanges Bénionl, Paris, 1913, p. 423 sq. — K. Jacob, Studien ùber Papst Benedikt XIL, Berlin, 1910, étudie spécialement l'activité réformatrice. — .Justus, Sermo in capilulo generali, dans Maxima bibl. vet. Pairum, xxvi, Lyon, 1677, p. 1 sq. — J. Me Nulty, Constitutions for the reform of the Cistercian order ( 1335), Bristol, 1946. — Mansi, xxvm, 395-115 : De rébus cisterciensium; 415 : 7)<' annuis pensionibus inonachorum ac monialiuin... — G. Alollat, Les papes d'Avignon, Paris, 1949; Les origines du gallicanisme parlementaire aux XIV' et XV s., dans Rev. d'hist. ceci., 1948, p. 90-147. — Sur le mouvement réformiste des Pays- Bas, cf. E. Hautcœur, Hist. de l'abbaye de Flines, I.ille, 1909, p. 143 sq. — .Jean d'Assignies a donné la Vie de .Jean Eustache dans Cabinet des cfioses les plus signalées..., Cysteaux. Douai, 1598, p. 840 sq.

3° Les papes du xv s. et la commende. — Les bulles délivrées par les papes du xv« s. en faveur de l'ordre de Cîteaux auraient pu y renouveler la régularité, la ferveur, la prosjiérité. Malheureusement, les volontés des pontifes romains se heurtèrent à des intérêts tout ojjposés, notamment dans les cas où intervenait la commende. Cette institution, qui n'eut, en somme, .

que de lamentables résultats, s'introduisit dans les abbayes cisterciennes de P'rance au xv« s. En Italie, elle avait commencé plus tôt. Déjà Boniface VIII, en 1298, en créant évêque d'Alàtri l'abbé de Marmosoglio, Léonard, de la famille d'Alexandre IV, lui avait laissé le gouvernement de son abbaye. C'était un acheminement vers la commende (Req. de Boniface VIII, n. 2432). Clément V fit de même en 1307, quand il prit comme vice-chancelier l'abbé de Fontfroide, Arnaud Novelli. Celui-ci, créé cardinal en 1310, reçut alors la faculté de pourvoir lui-même son monastère d'un successeur; il choisit son neveu, Jacques Fournier, le futur Benoît XII {Reg. de Clément V, n. 2306, 7476).

En 1328, l'abbaye S. -Martin de Viterbe était donnée en commende au cardinal Pierre, du titre de S.-Pierreaux-Liens {Lettres convn. de Jean XXII, n. 42553). Cette même année, Casanova, du dioc. de Penne, fut confiée à Angelo, évêque de Viterbe; les moines rachetèrent cette commende en versant au prélat 1 500 florins d'or (ibid., n. 42796, 53615). Benoît XII révoqua toutes les conunendes en 1335, faisant exception en faveur des cardinaux {Lettres comm. de Benoît XII, n. 2319, 2447). Cette réforme disparut avec lui.

Parmi les abbayes cisterciennes françaises, c'est Bonnaigue qui paraît atteinte la première en 1439. En cette même année, l'antipape Félix V nomma Bolomier abbé commendataire de Hautecombe. Thoronet reçoit son commendataire en 1449. Désormais, chaque année enregistrera le passage d'une ou plusieurs abbayes sous ce régime : Sénanque et Chézeri en 1450; Bonneval, de Rodez, en 1452; Balerne en 1456; Aulps en 1468. La Ferté retrouve en 1472 un abbé régulier, dom Claude, après le court passage d'un commendataire (Eubel, dans Studien und Mitteil., xxi, 1900, p. 3 sq.). Les grandes abbayes du midi de la France, objets d'envie pour plusieurs, tombent aussi en des mains séculières : Bonnecombe (1470), Grandselve (1476), Vallemagne (avant 1473), Bonnefont (1498), et tant d'autres.

En Italie, la commende gagne du terrain : Cerredo (1439), Chiaravalle (1442), Aquafredda (1448), San Pastore (1456), S. Salvatore de Montamiata (1469), Verola (1472), Nucharia (1474), Morimond de Milan (1475), Casanova (1475), Tiglieto (1479), Stafarda (1487). Valdigna, en Espagne, devint comme un fief I dans la famille des Borja; Rodrigue le posséda, puis le passa à son fils César. Contrairement aux intentions pontificales, une mentalité étrange s'empare des commendataires; ils en viennent bien vite à mettre au premier plan de leurs soucis leur intérêt personnel et à reléguer au loin l'entretien de la famille monastique. Celle-ci devra vivre avec le peu que le commendataire lui laissera, après s'être adjugé la grosse part des revenus.

Les avertissements, les protestations des papes n'ont pas manqué cependant. En 1415, Jean XXIII voulut préserver l'ordre de Cîteaux de la commende par sa bulle Ad salutare (26 janv.), qui reprend, pour le consolider, un principe de la Cliarte de charité: seuls les moines profès de l'ordre peuvent être appelés aux prélatures des monastères cisterciens; et le pape insiste en écartant tout autre ecclésiastique, de quelque dignité qu'il soit, même cardinalice. La même bulle est reprise ensuite par Nicolas V (Inter cèleras, 5 oct. 1454) et par Sixte IV {Reqimini, 10 mars 1476). Eugène IV affirma aussi la nullité des élections abbatiales qui seraient faites en faveur d'un ecclésiastique pris en dehors de l'ordre cistercien {Mcditatio, 6 déc. 1438; cf. Decens, 15 juin. 1479); Le même pontife défendit aux abbés de résigner leur prélature sans la permission du chapitre général, et l'excommunication était portée contre ceux qui accepteraient la charge résignée illicitement (Ecclesiaruin, 14 mars 1438). Calixle III va plus loin encore; i il décrète une ample révocation de toutes les commen-

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des et grâces expectatives accordées, même aux cardinaux (Ad fruclas, 28 avr. 1458). Pie II confirme cette disposition juridique {Lied eu, 26 juill. 1459); Sixte IV le fait aussi (Regimini, 10 mars 1476), bien que créant lui-même Jean d'Amboise commendataire de Bonnecombe, et l'cvêque de Paris, Louis de lieaumont, commendataire des Cliàtelliers (24 janv. 1473 et 8 mars 1476).

Dans les bulles Cura iwslra et Koinunus jwnlifex (12 mars 1476), Sixte IV a déploré les misères produites par la commeade; mais les remèdes proposés vinrent trop tard. Il en fut de même sous le règne d'Innocent VIII, pontife très favorable à Jean de Cirey, abbé de Cîteaux, qui oi)éra alors un véritable sauvetage de son ordre menacé de suppression (cf. Keyimini, Htsi pro cunctorum, 29 avr. 1489).

De son côté, le chapitre général nmltiplia les efïorts pour se dégager de l'étreinte mortelle des conimendes. Rappelons seulement la démarche faite auprès de Sixte IV, en 1475, jiar les abbés délégués du chapitre (Statuta, 1473 : 7). Jean de Cirey, alors abbé de Balerne, était au nombre de ces derniers; il nous a conservé le récit d'une audience pontificale. L'éloquence de l'abbé de Cîteaux, dom Hymbert-Martin de Losne, n'eut aucune peine à émouvoir le pontife, ancien religieux, en étalant devant lui le tableau des déchéances de l'ordre monastique. Les larmes de Sixte IV répondirent à l'orateur, mais les décrets obtenus furent, comme les précédents, de nul effet pratique (cf. De legatione Ordinis ad Sixtum IV, dans Statuta, v, 761).

C'est au cours de cette légation que mourut, à Rome, l'abbé de Cîteaux (mars 147()). Le droit et l'usage voulaient qu'en pareil cas la prélature devenue vacante fut pourvue d'un titulaire par le Souverain pontife. Il l'offrit, en effet, à Jean de Cirey. Celui-ci n'osa accepter; il crut plus prudent d'attendre le résultat de l'élection qui, en ces mêmes jours, se faisait à Cîteaux; elle concorda d'ailleurs avec les vues du pontife régnant.

L'abbatiat de Jean de Cirey (1476-1501) allait être remarquable, eu égard aux difflcultés qu'il eut à surmonter et au.x (tuvres qu'il sut réaliser. Pour maintenir sa famille religieuse dans les conditions juridiques que lui avaient faites les pontifes romains, le nouvel abbé de Cîteaux rassembla en un recueil les bulles pontificales les plus importantes et les décrets royaux; il fit imprimer le tout à Dijon, par Pierre Metlinger, en

Pour promouvoir la réforme, non seulement dans les ordres religieux, mais dans toute l'Église de I'"rance, le roi Charles VIII convoqua à Tours, le 12 nov. 1493, un grand nombre d'évêques, d'abbés et de docteurs. L'assemblée fut présidée par le garde des sceaux, André Fumée, seigneur des Roches (cf. Nomasticon cistere., éd. Séjalon, 1898, p. 547 sq.). i La délibération dura trois jours. Une copie contemporaine (Paris, Bibl. nat., ms. lat. 13116, fol. 44-67) nous a conservé, avec les articles de Jean Standonck, théologien de l'université de Paris, les réponses de plusieurs bénédictins... L'abbé de Cîteaux remit un mémoire au garde des sceaux le 17 nov. 1493: c'est un exposé remarquable, tant des causes de décadence des monastères que des corrections modérées qu'il eût convenu d'introduire. Lin autre cistercien, Jean-Philippe de Criquetot, abbé de Ronport, remplissait auprès de Jean de Cirey les fonctions de vicaire général » (Marcel Godet, Consultation de Tours..., dans Reu. d'hist. de l'Égl. de France, ii, 1911, p. 175; publication intégrale du ms. lat. 13116). L'abbé de Cîteaux ramène à trois les obstacles qu'il faudrait à tout prix éliminer, avant de poser les règles d'une réforme : les élections des supérieurs, ayant cessé d'être libres, ne donnent plus habituellement (jue des sujets inaptes au gouvernement; les comniendataircs dévorent le patrimoine monastique; les appels faits

par les religieux à la justice séculière ruinent l'autorité des prélats réguliers. « Quand il plaira au roy Très Chrétien, protecteur et défenseur de l'Église, de mettre remède esditz: trois empeschements..., lors, la saincte réformacion et observance sera facile, comme elle estoit au temps passé » (ibid., p. 346).

Sans attendre cependant l'accomplissement de ce votum, qu'il pressentait peut-être irréalisable pour le moment, Jean de Cirey convoqua au collège S. -Bernard de Paris une réunion d'abbés de son ordre. Une quarantaine étaient là le 15 févr. 1494. Il leur présenta et leur fit accei)ter une série de décrets de réforme appelés Articuli Parisienses. L'auteur déclare lui-même que ce ne sont ])as là des règles nouvelles, mais une brève récapitulation des statuts antérieurs établissant les obligations des moines. Les abbés présents à la réunion apposèrent leur sceau et l'acte fut publié au chapitre général suivant (Statuta, 1494 : 36-56).

.Jean (le Cirey : son linlluire, iniprinio :i IJijoii en débute p:u" iiiic Breinx prruinlio .super sequciiti collecta qiioniniilain }>rii>iletjinriiin ord. cixlerc. (ci. Statula cap. gei). ord. cisierc, éd. l^ou\ain, 19.33-11). — Trithemius, De slatii et ruina monaslici (inlinis, Leipzig, 1493, mémoire lu au chapitre général des bénédictins. — Sur les démêlés entre Cîteaux et Clairvaiix, cf. supra, art. Citexijx (Abbaye ) . — Sur la commende : Conrad Kubel, In commendam uerliehene Ableieii wàhrend der Jahren 1431-1503, dans Sludien und Milteil., XXI, 1900, p. 3-1.5, 244-.59. — R. Laprat, art. Commende, dans D. D. Can., m, 1029-85. — G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, Introd. et c. iv, La commende. — [H. Séjalon], Ann. d'Aiguebelle, i. Valence, 1863, p. 309 sq. — Oratio Rener. palris Arnoldi abbatis Velerismontis, Colonien. dioc. ord. cistere. sacrae theologiae doctoris, contra monasteriorum commendas ad /. r. Sixtum Papam IIII habita (= n. 2517 et 2518 du Gesamtkataloy der Wieyendrùcke). 11 s'agit ici d'.Vrnold Miinckendam, abbé d'Altenberg, qui faisait partie de la légation envoyée à Rome par le chapitre de Cîteaux de 1475. Cette plaidoirie est vraiment remarquable à tout point de vue.

4" Liturgie. Écrivains. Saints. — 1. La liturgie cistercienne enregistre à cette époque deux modifications notables : l'usage des jiontificaux concédé à quelques abbés et le droit de conférer les ordres sacrés.

C'est le 9 sept. 1346 que Clément VI, répondant à une demande de Pierre IV d'Aragon, concède la mitre à l'abbé de Poblet. Grégoire XI fait la même concession à l'abbé de Salem en 1373. L'abbé des Dunes reçoit successivement la mitre du pape de Rome, Urbain VI, en 1381, puis, en 1387, du pape d'Avignon, Clément VII (Carlularium de Dunis). Clairvaux l'obtient en 1392 de Clément VII (ms. lOftS de Troyes, fol. 190). Cîteaux la reçoit le 10 mars 1380 de Clément VII et Mazan le 26 févr. 1390.

Benoît XIII (Luna) gratifie de la même manière Fontfroide et lionnefont en 1401, Bonnecombe en 1403 et Mortemer en 1405. Martin V (1417-1431) distribua généreusement les mitres : Tamié en 1417, Ourscamp, Savigny, Prières, Pontigny en 1418, La Ferté en 1420, Fontenay et Morimond en 1423, Bonneval de Rodez en 1424. Les concessions similaires s'échelonneront ainsi jusqu'en 1773. Dès lors, l'austère simplicité de l'ancien rite dut céder le pas.

Ce fut aussi l'occasion de créer de nouveaux livres liturgiques, dont plusieurs témoins nous restent encore : les pontificaux. Clairvaux en possédait une abondante série (cf. Leroquais, Pontificaux mss. ...France, II, Paris, 1937, p. 364 sq.). Les vrais pontificaux cisterciens sont ceux du type ms. 311 de la bibliothèque de Montpellier (École de médecine), exécuté à Clairvaux en 1583 pour l'abbé Lupin Le Myre. Beau et grand volume de luxe, qui contient les capitules, les collectes, les bénédictions, Vordn ad benedicendum monachum, la collation du sous-diaconat, du diaconat, la consécration d'autel, fout cela en conformité avec la bulle d'Innoj cent VIII, Exposcit, du 4 avr. 1489. Cette célèbre bulle,

CITE AUX (ORL)REj. D l, XVI

f S. A l,A RÉV. FRAXÇAISF.

qui souleva jadis tant de discussions, n'est plus rejetée comme apocryphe depuis la découverte de plusieurs documents authentiques concédant à des abbés de monastères le pouvoir de conférer même le presbytérat à leurs moines. Martin V, par ex., donna à l'abbé cistercien d'Altzelle, au dioc. de Meissen, le pouvoir de conférer à ses moines les trois ordres sacrés. La concession, datée du 16 nov. 1427, était valable pour cinq ans (K. A. Fink, Zur Spendun;j der Hohcren Weihen diircli den Priester, dans Zeitschr. der Savignij-Stijt. fur die Rechtsgesch., Kan. AbL, xxxii, 1943, p. 506-08; cf. Statula. 1426 : 62 : insinue les motifs de cette concession).

La bulle E.vposcil ne parle que du sous-diaconat et du diaconat, mais concède en outre à l'abbé de Cîteaux le pouvoir de conférer la bénédiction abbatiale aux abbés de son ordre nouvellement élus. Il n'est pas téméraire de voir dans le pontifical, ms. cod. addit. 39677, du British Muséum le volume utilisé par Jean de Cirey pour préparer l'adaptation de la Benediclio reyularis abbatis aux usages cisterciens (cf. M. Andrieu, Le pontifical romain au M. A., m, Rome, 1940, p. 111). Le même abbé de Cîteaux profita des progrès que faisait alors l'imprimerie pour éditer les livres liturgiques de l'ordre, l'n Bréviaire parut à Bàle en nov. 1484. Trois ans plus tard, une seconde édition en était faite à Strasbourg par Jean Griiniiiger, surveillée comme la première par Nicolas Salicetus (Wydenbosch), abbé de Pomarium (Baumgarten), qui avait mis tous ses soins à s'acquitter du mandat reçu de Jean de Cirey. D'autres éditions furent réalisées aussi à Milan, Venise, Bruxelles. Le premier Missel cistercien imprimé sortit des presses de Strasbourg en 1487. En 149.5, le prieur de Clairvaux, Jean de Vepria, fit imprimer à Paris, par Estienne Jehanot, un Ordinarium qu'il avait traduit en français pour l'usage des moniales.

L'année 1500 marquait un jubilé pour le monde chrétien. L'abbé' de Cîteaux, Jean de Cirey, obtint du pape Alexandre VI, jadis cardinal protecteur de l'ordre cistercien {Statuta, 1493 : 20), la bulle Laudibus et honore permettant à tous les membres de l'ordre de gagner l'indulgence sans aller à Rome. Le document, daté du 1" septembre, contient une clause prolongeant des deux premiers mois de l'année suivante le temps utile pour gagner le jubilé. Le chapitre général dut prescrire la levée d'un subside pour faire face aux honoraires dus à la Chambre apostolique (ibid., 1500 : 9: cf. lettres des abbés d'Angleterre publiées par P. Gautier, De l'état des monastères ...à la fin du xv s., loc. cit., p. 423; texte de la bulle publié dans Collectanea 0. C. R., 1950, p. 1 sq.).

2. Lorsqu'en Angleterre Wyclif commença à dogmatiser, deux polémistes cisterciens se levèrent contre lui : Henri Crumpe, moine de Baltinglas, professeur à Oxford {D. H. G. E., VI, 432), et William de Remyngton (cf. J. Me Nulty, A hammer of llie Wycliffites, William of Remynglon, dans Clergi/ review, sept. 1947, p. 160- 76). D'autre part, le mouvement hussite, en Bohême, rencontra comme adversaires Balthasar de Porta, proviseur du collège cistercien S. -Bernard à Leipzig {D. H. G. E., VI, 426), et Barthélémy Frôwein, abbé d'Ebrach, qui siégea comme assesseur au procès qui condamna l'hérésiarque, lors du concile de Constance (ibid., vi, 1003).

L'imprimerie naissante permit à bon nombre de nos écrivains de multiplier les exemplaires de leurs travaux polémiques, ascétiques, théologiques et autres. Les initiatives de Jean de Cirey en ce domaine sont connues (Statula, 1487 : 14); elles furent fidèlement suivies. Nicolas Salicetus, abbé de Baumgarten, donna un livre de prières intitulé Antidotarius animac (cf. L. Pfleger, Abl Xicutas Salicelus von Baumgarten, cin gelehrler Cisterzienser des zv. Jlit, dans Arcliiu fiir elsàssische

Kircliengesrli., Strasbourg, 1934, p. 107-22). Du même auteur, un De arte moriendi et un Spéculum peccatoris, Paris, 1496.

Les Sermones Socci de Conrad de Brundelslieim eurent plusieurs éditions incunables; de même, Le pèlerinage de vie Immaine de Guillaume de Digulleville, moine de Chaalis; de môYne encore, le Dialogus diclus Malogranatus, de Gallus, abbé de Kônigssaal. Jean Currifex (Wagemakers), moine de Villers, fit éditer à Paris son Traclalus de vilio proprietatis. Robert d'Envermeuil, moine de Clairvaux, paraît avec son Cato moralisatus, et Balthasar de Leipzig avec son Expositio canonis missae. En Italie, Boniface Simoneta, abbé de S.-Étienne de Cornu, imprime à Milan son De clirislianue fidei et Romanorum pontificum persecutionibus, ouvrage historique conçu sous la forme étrange de 279 lettres; peu après sa parution, il fut traduit en français et im])rimé à Paris (cf. D. H. G. E., ix, 971). Bénigne, moine de Clhiaravalle de Milan, ijrésente à son abbé, dom Augustin Sanson, un travail sur le comput ecclésiastique. Tabula feslorum..., imprimé en 1495.

Les Dislinctiones de lempore et de sanctis de Bernold de Kaisersheim sont publiées à Ulm et à Deventer (ibid., viii, 853). En Espagne, Jacques Janvier, moine de Sautas Creuz, édite à Barcelone, en 1492, son Ingressus rerum... Au Portugal, sur la demande de l'infante Isabelle, Bernard d'Alcobaça traduit du latin en portugais l'ouvrage de Ludolphe le Chartreux, De Vita Jesu Cfiristi (ibid., viii, 735). Pierre Olafsson, prieur d'Alvastra, écrit une Vie de Ste Catherine de Suède, dont une traduction hollandaise parut à Anvers en 1491. La Cronica de Aragon, composée par Gaubert Fabricius de Bagad, moine de Santa Fé, parut en 1499 (ibid., VI, 188).

Cette fin du xv« s. vit aussi de nombreuses éditions d'œuvres composées par les cisterciens de la première époque : Gilbert de Hoyland, Alain de Lille, Césaire d'Heisterbach et surtout S. Bernard. L. Janauschek, dans sa Bibliographiu Bernardina (Vienne, 1891), a pu aligner près de 300 incunables reproduisant les écrits du saint, y compris des florilèges et des pseudo-bernardins.

3. Outre les martyrs déjà cités à propos de la guerre des hussites, les xiv et xv" s. nous permettent de retenir quatre noms de bienheureux et bienheureuses qui eurent un culte légitimement reconnu : en Italie, Jean de Caramola, convers de l'abbaye de Sagittario (.4. .S., août, V, 854), 26 août 1339; en Allemagne, la moniale d'Oberweimar, Lukarde, 22 mars 1309 (A. Bail., xvin, 1899, p. 305; Zimmermann, Kulend. bened., i, Metten, 1933, p. 365); en Espagne, Pierre Marginet, moine de Poblet, 26 mars 1435 (Domenec, Hist. gen. de las sanlos de Cataluna, 1930, p. 259; Kalend. bened., i, 383); Beatrix de Silva, cistercienne, puis fondatrice de la congrégation des Conceptionistes, oct. 1490 (Acta apost. Sedis, xviii, 496; D. H. G. E., vu, 114; Kalend. bened., ii, 580).

Cîteaux garde aussi le souvenir de deux enfants de Ste Brigitte de Suède : Benoît, qui mourut jeune moine à Alvastra en 1373 (D. H. G. E., viii, 176), et sa sœur Ingeborge, moniale à Risaberg, décédée vers 1350. Avant eux, leur père Ulf Gudmarsson était entré à Alvastra en 1343, en exécution d'un vœu; il mourut peu de mois après, le 12 févr. 1344, laissant Brigitte veuve à quarante ans. La sainte prit ensuite refuge, comme « donnée », dans une dépendance de la même abbaye (ibid., X, 719).

V. DU XVI« SIÈCLE A LA RÉVOLUTION FRAN- ÇAISE. — L Les erreurs des xvi« et xvii'^ siècles. — 1" Le prulestantisme et les guerres de religion. L'histoire de Cîteaux enregistre ici des destructions I d'abbayes et des martyrs. Soulevée par la parole de

981 CITEAUX (ORDRE). DU XVI

e S. A LA RÉV. FRANÇAISE 982

Luther, la guerre des paysans se répandit comme une lave Incandescente, depuis les régions du Haut-Rhin, à travers l'Alsace, la Lorraine, le Palatinat, jusque dans les électorats de Trêves et de Mayence. Les abbayes sont saccagées, incendiées : Lucelle, Baumgarten, Neubourg...; dans la Thuringe, Volkenrode, Michaelstein, Sittichenbach, Georgental, etc., subissent le même sort. Les abbayes de moniales succombèrent en nombre beaucoup plus considérable encore. Le vaste dioc. de Mayence, qui en comptait alors une soixantaine, voit certaines disparaître dans les flammes : Annerode, Ichterhausen, Frankhausen, Nordhausen, Caldern, Dôllstedt, Paradies, Seligental... ; d'autres sont abandonnées par leurs habitantes : Oslavan, au dioc. d'Olmiitz, Frauental, Engeltal, Reetz...; d'autres encore sont supprimées par les princes : Michaeliskloster à léna, Sonnenfeld, Boytzenburg, Plôtzky...; d'autres enfin passent au protestantisme et se transforment parfois en établissements d'instruction : Tânikon, Bernstein, Vlotho, Blankenburg, Isenhagen, Itzehoe, Hôchelheim, Birkenfeld... C'est dans la communauté des moniales blanches de Nimbschen que Luther trouva Catherine Bora. Le gouvernement de Berne se chargea de supprimer plusieurs abbayes : Bonmont, Hautcrêt, Montheron, Bellevaux. D'autre part, les princes allemands s'adjugeaient le temporel des monastères. Le duc de Wurtemberg le fit pour K^ônigsbrunn, Pairis, Rechenshofen. Bebenhausen fut protestantisé par le duc Christophe en 1560. Rinteln fut occupé par le comte Othon de Schaumburg. Loccum devint une maison d'études supérieures, aujourd'hui encore gouvernée par un « abbé ».

En 1526, les incursions des Turcs en Hongrie furent marquées par la bataille de Mohacs. Les ennemis occupèrent presque entièrement le royaume, et les cisterciens, réduits à un petit nombre, durent s'enfuir. Les églises et les monastères abandonnés furent pillés et détruits. Durant un siècle et demi, l'ordre de Cîteaux ne compta plus une seule maison en Hongrie.

En France, les huguenots visitèrent aussi les abbayes. Pillages et destructions se succédèrent à intervalles variés, durant tout le xvi*^ s. On a signalé quelques défections : celle de l'abbesse de Nonenque, Louise de Roquefeuille, celle de l'abbesse de Clavas, Gabrielle de S.-Chamond.

Dans les Pays-Bas, les « Gueux » procédèrent de la même façon. Le bilan des abbayes cisterciennes, en ces années troublées, accuse plus de martyrs que de défections, du moins dans les limites de la Belgique actuelle. Thomas Van Thielt de Lieu-S. -Bernard jette sa crosse et passe au camp ennemi; un petit groupe de moines quittent Bonefïe pour aller mener une vie facile au milieu des « réformés » de Hollande. Taches isolées qui sont couvertes par le sang des martyrs : Paul Lamps, Baudouin Fastrade, Corneille Polderman, Renier Rahier et les autres. Les calvinistes frappent aussi à la porte des moniales et, les trouvant fidèles à leurs vœux, ils incendient toutes leurs abbayes, soit près de soixante (cf. J.-M. Canivez, L'ordre de Citeaux en Belgique, Scourmont, 1926, p. 35).

En 1531, le chapitre général de Cîteaux décidait d'envoyer en Angleterre l'abbé de Chaalis, Simon Postel, avec la mission de visiter et de réformer les abbayes de ce pays. Deux ans après, le visiteur était remercié officiellement à Cîteaux de l'œuvre accomplie. Hélas, Henri VHI n'allait pas tarder à faire volte-face et à transformer en possessions royales les domaines monastiques. Le monarque en distribua ensuite à ses amis. Beaulieu-Abbey fut vendue; le titre en fut cependant conservé : on eut « Lord Beaulieu », puis « le comte de Beaulieu ». Et ainsi de tant d'autres. Les abbés et moines réfractaires aux insidieuses sollicitations des agents royaux étaient placés devant le dilemme :

l'obéissance au roi ou la potence. L'abbé de Woburn, Richard, fut pendu à la porte de son monastère avec deux de ses religieux. L'abbé de Whalley, Jean Pawsley, et deux de ses moines subirent le même supplice. Tyburn, près de Londres, vit le martyre de William Thurston, abbé de Fountains, et d'Adam Selbarre, abbé de Jervaux, etc. Des abbayes anglaises, il reste des ruines grandioses, témoins de leur prospérité durant les siècles antérieurs à la Réforme de 1535.

L'Écosse connut aussi des années de persécution avec Jean Knox, à dater de 1542. Les onze abbayes de moines cisterciens et les six monastères de moniales disparurent sans retour. Balmerino succomba seulement vers 1600; puis les biens furent constitués en une baronnie qu'on attribua à James Elphinstone, appelé désormais Lord Balmerino. Les abbayes d'Irlande ne disparurent qu'au xviii» s. La persécution du xvi"^ s. avait cependant sévi; il y eut des emprisonnements de religieux et plusieurs martyrs, tels Patrick O'Connor et Malachie O' Kelly, moines de Boyle (mai 1585), et les quarante religieux de Nenagh (15 août 1591). Leur procès de canonisation est en cour de Rome.

De 1545 à 1563, le concile de Trente avait tenu vingt-cinq sessions. Les décrets disciplinaires qui terminent la dernière session concernent les religieux et les moniales. Le concile rappelle aux uns et aux autres les obligations qu'ils ont contractées. Il insiste sur la pratique de la pauvreté individuelle et la clôture des moniales. Aux supérieurs, il rappelle la loi des visites canoniques dans les maisons qui leur sont soumises, et aussi la loi de la tenue des chapitres généraux ou provinciaux, formulée déjà au concile de Latran en 1215, sur le modèle de la pratique cistercienne (Decr., 1. III, tit. De statu monachorum, c. 12). Une disposition spéciale atteignit les moniales établies à l'écart des villes, comme l'étaient celles de Cîteaux. On devra transférer ces communautés à l'intérieur des villes, où elles trouveront plus de sécurité (sess. xxv, c. 5).

Désormais les cjiapitres généraux de Cîteaux prendront les décrets tridentins comme base solide de leurs statuts et constitutions {Stututa, vin. 145, synthèse des références).

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2° Le jansénisme. — En 1689, l'abbé de Cîteaux, Jean Petit, faisait éditer le Rituale cisterciense, auquel il venait de mettre la dernière main. Or le livre des Exercices de S. Ignace y est sincèrement recommandé comme guide de la retraite de dix jours que doivent

983 Cil K. M X lORDHK). 1)1 X V I

e S. A LA PI K \ . F W A N Ç A I S K !t8 ^i

faire annuellement les membres de l'ordre. Cette simple indication dit assez que le climat cistercien était loin de l'ambiance janséniste. Plusieurs moines et abbés entrèrent positivement en lutte contre les nouvelles doctrines. Bertrand Tissier, prieur conventuel de Bonnefontaine, fit imprimer à Charleville, en 1651, sa Disputatio theoluyica in janseniana dogmata (cf. Foppens, Bibl. Belgica, i, 292). Philippe Dumont, moine de Moulins, dédia à Robert Henrion, abbé de Villers, son !ipecitlum orthodoxae fidei cl herelicuc jiruvitatis {ibid., ii, 1039). 1,'abbé d'Escurey, Nicolas Forest, édita une série d'opuscules contre le jansénisme (1650 sq.).

Les feuillants firent également bonne figure dans cette lutte. Notons Jean de S. -François et surtout Pierre de S. -Joseph, dont les publications sont signalées par Ch. de Visch (Auclarinm, éd. Bregenz, 1927, p. 62). Cependant plusieurs membres de cette congrégation passèrent dans les rangs des protestataires contre la bulle Unigenitiis (ms. 10181 de l'Arsenal, Paris). Dom Pierre Colas, procureur des bernardins de Paris, imita ce geste en 1731. A Toulouse, dom Loume, proviseur du collège S. -Bernard, se prononça aussi en faveur de l'appel au futur concile (ms. 1621, bibl. Ste- Geneviève, Paris), ainsi que dom Pacôme, religieux de la Trappe.

Le cas le plus notoire fut celui des moniales de Port- Royal. Éblouies par une doctrine d'allure austère qui cadrait bien avec la sévérité de leur vie, elles s'obstinèrent dans une voie de désobéissance orgueilleuse. Port-Royal envoya un jour son confesseur Eustache convertir Orval. Il y vint aussi trois autres missionnaires jansénistes, notamment le fameux Sébastien- Joseph du Cambout. Par ordre de Benoit XIII, une visite canonique s'ouvrit à Orval en sept. 1735. Elle était commencée depuis quatre jours, quand quinze religieux s'enfuirent nuitamment en Hollande, « la délicatesse de leur conscience ne leur permettant pas de signer le formulaire ».

L'abbaye de Beaupré, au dioc. de Toul, avait reçu d'Orval, en 1710, un excellent abbé en la personne d'Anselme de Bavais. Ce prélat restaura la discipline; par là même, il attira en peu de temps d'abondantes recrues. Malheureusement , autant et plus que les autres religieux de Lorraine, ceux de Beaupré se laissèrent séduire par le rigorisme janséniste. Les supérieurs se heurtèrent à de violents entêtements. Finalement la soumission se fit, et tout rentra dans le calme, toujours sous l'abbatiat de dom Anselme (f 1737). L'abbaye de Royaumont, l'illustre fondation de S. Louis, tombée en commende et devenue un bien de la famille de Lorraine, eut pour commendataire, en 1689, François-Armand de Lorraine. Il était janséniste militant; malgré lui, cependant, l'abbaye fut parfaitement préservée des fausses doctrines.

Au dioc. d'Orléans, l'abbaye des moniales de Voisins devint un petit Port-Royal. La dernière abbesse fut Marguerite de Villelongue, qui gouverna de 1708 à 1749. D'une piété sinîère, d'un caractère doux et bienveillant, elle fut impuissante à enrayer l'influence de plusieurs religieuses venues de Port-Royal à la suite de la suppression de leur abbaye. D'ailleurs l'évêque d'Orléans et son grand vicaire étaient eux-mêmes d'ardents jansénistes. L'abbé de Cîteaux, Edme Perrot, vint bénir solennellement la bonne abbesse en 1721, mais ne put obtenir l'humble soumission des religieuses. La communauté cessa ensuite de se recruter; la dernière moniale mourut le 27 juin 1777. A cette date une ordonnance royale était déjà rendue, supprimant l'abbaye; les biens temporels furent unis au monastère de Lieu-Notre-Dame, près Romorantin.

Port-Royal eut une lin triste entre loules. Le 29 uct. 1709 marque la date de dispersion de tout le personnel, |

en vertu d'un ordre du roi et de l'archevêque de Paris. Onze carrosses emportèrent les religieuses dans différentes maisons. Le 20 janv. 1710, ordre fut donné de détruire les bâtiments jugés inutiles. Port-Royal de Paris continua de subsister jusqu'en 1791. Alors la Révolution exjmlsa les quarante-huit religieuses qui s'y trouvaient. En 1841, les survivantes de ce groupe s'installèrent à Besançon et la communauté put s'accroître à nouveau. Vers 1910, elles demandèrent et obtinrent leur affiliation aux trappistines. Deijuis lors, elles ont quitté la ville fie Besançon et occupent l'antique abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu, près Vercel (Doubs).

.1. (;;irrejTe, arl. Jdnni'iti.sinc, daiisYA 7'. ('.., viii, 318-329; Le jaii^rnisTiir diininl lu liéyeiue, Louvain, ^'^'■i2. vol.; La doctrine janséiiisle, dans Jntrod. <iu.v éludes d'Iiisl. eccl. locale, m, Paris, 1().'56, p. — Clironiques de Porl-Royal..., choix (le textes par H. I.,audenbach, Vevey, 1946. — L. Cognet, La réforme de Porl-Roual, l'aris, lf).')(l. — .1. Dedieii, Le désarroi jaiisénislc, dans /<('(>. d'hisl. de l' Êgl. de France, XIV, 1928, i>. 144-68. — .V. De Meyer, Les premières conlroverses janséiiisles en France, Loiivain, 1917. — C Gazier, Hist. du monaslère de l'orl-Royal, '.V éd., l'aris, 1929. — .1. Orclbal, Correspondance de Jansénius, Louvain, 1947; Jeun Diweraier de Ilauranne... et son lemps, Louvain, 1947- 48, 2 vol.; ouvrage capital en la matière, qui corrige bien des erreurs et rectifie des appréciations généralement reçues; abondante bibliographie. — H. Plus, Angélique Arnauld et ses relations avec S. François de Sales, dans Études, janv. 1910, p. 433-64. — F.. Préclin, Les jansénistes du XVIII' s. et la Conslitation civile du clergé (1713-1791), Paris, 1928; Conséquences sociales du jansénisme, dans Rev. d'hist. de l'Êgl. de France, xxi, 193Ô, p. 355-91. — L. Prunel, Sébastien Zamet, év. de Langres..., Paris, 1912. — Port-Royal eut ses historiens et ses apologistes au xviii" s., tels : Angélique de S. -.Jean, Discours appelés miséricordes..., L^trecht, 1735; [.\rnauld]. Apologie pour les religieuses de Port-Royal..., s. 1., 1665; [Clémencet], Ilist. générale... jusqu'à son entière destruction, Amsterdam, 1755-57, 10 vol.; M. Du Fossé, Mémoires..., Utrecht, 1739; Gémissements (4) d'une âme vivement touchée de la destruction du saint monastère de Port- Royal, s. 1., 1711; [Rivet], Xécrologe de iabbaïe de N.-D. de P.-R.-des-Champs, Amsterdam, 172.3; .). Racine, Abrégé de l'hist. de Port-Royal, rééd., Paris, 1908; 1928.

II. CiTEAux ET SES MON ASTÈuEs. — 1° Lci comineiide. — Pareille à une épidémie, la commende se propage de plus en plus, en France particulièrement, sous le couvert du concordat de 1516 entre Léon X et François I<^^ Une statistique, établie d'après les données du Gallia christiana et autres sources, totalise environ 130 abbayes cisterciennes passant aux mains d'abbés commendataires dans le courant du xvi« s. Quelques rares d'entre elles, cependant, récupéreront parfois des prélats réguliers. Les autres sont malheureusement vouées à une déchéance presque fatale. Edme de Saulieu, abbé de Clairvaux (1509-1552), en fut témoin lors de son voyage à Rome en 1520-21. Mandaté par le chapitre général pour aller plaider la cause des abbayes auprès de Léon X, il devait aussi visiter canoniquement les monastères d'Italie et ceux de France qui se trouveraient sur son itinéraire. Le journal du secrétaire, dom Claude de Bronseval, mérite d'être lu (Arch. de l'Aube, 3 H 2-5?). C'est une prise de vue instantanée. Près de Milan, par ex., on note le monastère de Chiaravalle, « le meilleur de toute l'Italie, que tient en commende le cardinal de Médicis, frère du pape, dont il tire au moins 13 000 ducatz par an ». Non loin de Crémone, l'abbaye de Ste-iMarie-Madeleine de Gava est tout en ruines; le commendataire est un enfant de neuf ans, pour lequel on lève 1 000 ducats. A S.-Étienne de Cornu, le commendataire, archevêque de Plaisance, touche 6 000 ducats en faisant exploiter la propriété; mais les lieux réguliers, l'habitation monastique ont presque disparu. A Quartazzolla, le commendataire est un gamin de huit ans. neveu du connnendalaire précédent. I Et le reste.

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s. A I.A l'HANCAISK

De telles constatations fournirent au visiteur des arguments qu'il sut mettre en valeur lors de son audience pontificale, le 2 janv. 1521 (discours conservé dans les archives citées plus haut). Le cardinal de Médicis était présent. Or, il détenait, lui aussi, la commende de l'antique abbaye des SS.-\'incent-et-Anastase; « elle lui rapportait 5 à 6 000 ducatz par an, mais il n'entretenait que six religieux dans un pauvre réduit... Le 27 janvier, jour de la Scptuagésime, écrit encore le secrétaire, nous iiartîmes de Rome et, auprès d'un château appartenant au pape, nous le trouvâmes qui chassait... ». Dernière entrevue et prise de congé. Pratiquement, le résultat de la démarche de l'abbé de Clairvaux à la Cour pontificale fut de nul effet. La commende subsistera jusqu'à la fin du xviii« siècle.

Les abbayes ont connu parfois de bons commendataires; mais ils furent bien rares. On cite, par ex., Alphonse d'Elbène, « le modèle des comniendataires » (G. Pérouse, Hautecotnbe, 1926, p. 79). Barzelle eut Jean d'Estampes, loué sans réserve {Gall. christ., vi, 1061); Valence reçut l'évêque d'Angoulême, Rodolphe du Fou, grand bienfaiteur {ibid., ii, 1359); Mazières eut François Gendron, puis l'évêque de Digne, Henri-Félix de Tassi (tl711) (ibid., iv, 1034). Le Val-Ste-Marie accueillit avec joie Charles Villiers de l'Isle-.Adam (ibid., VII, 883).

Chose plus extraordinaire, on vit des commendataires se faire moines et abbés réguliers, aux termes des bulles pontificales. Nous avons cité déjà Octave Arnolfini, abbé de la Charmoie, et Rancé, abbé de la Trappe. On vit aussi, à Beaupré de Beauvais, Louis le Normand de Beaumont (t 1656); à Feniers, Jean de Caylus de Levi; au Reclus, Pierre Collart; à Rouillas, Pierre de Lavât, etc.

Mais ces cas exceptionnels ne contrebalancent guère les ruines et déchéances d'autre part. Acey, Chaalis, Loc-Dieu en Rouergue, Foigny, Froidmont, l'Étoile, Langonnet et tant d'autres pourraient témoigner dans ce sens. Les scandales de Jean de Lettes, évêque de Montauban et commendataire de Loc-Dieu, sont connus, aussi bien que le cas d'Odet de Coligny, premier commendataire de F'roidmont : deux retentissants passages au calvinisme. En Espagne, la situation ne fut pas meilleure, « dans la région de Braga surtout, où la simonie des abbés comniendataires faisait passer les monastères comme un héritage, de père en fils » (M. Bataillon, ['n itinéraire ci.<itercipn... s., Paris, 1949, p. 51).

Alcobaça, au Portugal, eut en 1011 un commendataire âgé de deux ans : Ferdinand d'Autriche qui, à dix ans, était cardinal-diacre. Quand les communautés se sentaient exaspérées par les exigences du commendataire et de ses commis, elles leur intentaient un pfocès — dernière et fragile espérance, toujours à longue échéance et souvent déçue. Le procès de Feniers dura quarante ans; celui de Orcamp occupa toute la prélature de Claude-Roger-François de Montboissier-Beaufort de Canillac (1739-61). Le liuHaire édité par Claude Vaussin en 1666 (II'" part., p. 15, 24, 40 sq.) cite plusieurs cas de ces [)r()cès, avec les arrêts rendus par le Parlement.

Uulles pontificales continuant la série donnée plus haut (col. 976sq.) : Pie IV, In emineiiti,2<j sept. 1563; Pie V, Decet liomanum ponliftcem. 2'.\ oct. 1567; Ex innitmeris, 8 mars l.>70; r.rcgoire XI H, .Siiperna disposilione, 12 juill. 1574; Sixte Pontifex /{o/7i«ni;.s-, 17 mai 1586; Innocent X, Pastoralis, 25 sept. 1654; Alexandre VII, Exponi nobis, 26 août 1655. - - Berlière, La commende aux Paqs-Das, dans Mélanges G. Kttrlh, i, 185; les cisterciens y échappèrent presque totalement (cf. ms. 2655 (21478) de la Bibl. royale de Bruxelles). — E. Bernardet, Vn abbé d'Haiilecombe, ! Alphonse d'Elbène, Grenoble, 1937. — Jean Le Bossu, 1 moine de Mazières, Anlirommenda, ouvrage demeuré ms. ! - Laprat, art. Commende, dans T). D. C.an., m. 1029-85. —

.1. Paris, Ou premier esprit dr l'onlre tic Ci.ileau.r, Paris, 1670, p. 3.55. — Stniiila cap. rjcn. ont. cislerc, éd. Louvain, vui, 1941, Indires : références aux décisions capitulaires concernant la commende et les comniendataires.

2" Les vicariats et les con(jré gâtions. — En 1433, le chapitre général avait décrété, dans son 4"2'' statut, la création de visiteurs provinciaux. On comptait sur le zèle de ces prélats pour suppléer à la négligence de certains Pères immédiats, rétablir et soutenir d'une main ferme la régularité et la ferveur dans les monastères. Les législateurs croyaient aussi poser par là même un obstacle sérieux aux schismes intérieurs, comme celui qui se produisait alors, en Espagne, avec Martin de Vargas.

Mais les tendances séparatistes et nationalistes furent plus fortes que les décrets capitulaires. Jadis compact, serré, fort d'une unité parfaitement homogène, l'ordre de Cîteaux s'émiette maintenant en de multiples congrégations. Certaines d'entre elles saluent encore l'antique maison mère avec respect et lui obéissent; d'autres ont brisé tous les liens et vivent de leur vie propre, se prétendant toujours cependant l'authentique descendance du Cîteaux bernardin. Nous avons cité ))lus haut (col. 970) la congrégation de Caslille et celle de Toscane et Lombardie. En nov. 1567, Pie V (Pastoralis o/fîcii) érige en congrégation les monastères du Portugal, avec Alcobaça pour centre. L'abbé de ce monastère était de droit le général de la congrégation; mais, comme les autres supérieurs locaux, il était triennal. Triennale aussi était la tenue des chapitres. La congrégation compta treize abbayes anciennes et créa quatre prieurés.

Quatre ans après sa première bulle, le même pontife déclarait (Romani pontificis) qu'il n'entrait nullement dans ses intentions de porter atteinte aux droits de supériorité et de juridiction de l'abbé de Cîteaux sur les monastères du Portugal. Le président de la congrégation devait donc assister an chapitre de Citeaux, accompagné d'une députation de quelques abbés. En fait, ceux-ci se tinrent toujours sur la défensive. On ne les vit ])oint paraître à Cîteaux et les sanctions fulminées contre eux par le chapitre général ne les émurent aucunement (Statuta, 1()67 : 58, 59, 63; 1672 : 195; 1683: 167; 1686: 153; 1738 : 261 ; 1765 : 54 ; 1768: 134).

Cette attitude schismatique s'explique, sans se légitimer, par la mainmise des moines castillans sur les portugais. Déjà, en 1516, le chapitre général avait blâmé la facilité de certains abbés d'Espagne à recevoir chez eux des néophytes non éprouvés. De regrettables résultats s'ensuivirent. Quand, en 1535, l'abbé de Clairvaux, Edme de Saulieu, visita les abbayes d'Espagne et de Portugal, il dénonça les agissements des cisterciens castillans. Ceux-ci, dont bon nombre étaient d'origine juive et nouveaux convertis, tramaient des intrigues; déjà ils s'avançaient vers Alcobaça pour y implanter leur réforme avec leur rituel teinté de judaïsme. « Le temps n'était pas loin où le Portugal cistercien allait faire sa réforme inspirée de l'exemple des Castillans. La visite d'Edme de Saulieu ne fit que freiner un mouvement irréversible, retarder 1 la constitution d'une congrégation autonome (M. Bataillon, op. cit., p. 46).

Travaux généraux sur les congrégations cisterciennes : C. Bock, Les codiftcations du droit cistercien, dans (Mlectanea ord. fis/, relorm., Westmalle, 1949, p. 334; 1950, p. 101 sq. — I. F.icheler, Die Kongregalionen des Zisterzieiiserordens, dans Studien und Mitteil., xlix, 1931, p. 5.") sq. - L. .lanauschek. Origines cislerc. Vienne, 1877, p. xi, i.xxi sq. — Statula cap. (jen. ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-41, viii. Indices : références aux textes législatifs. — Tamburini, ; De jure abbatum..., u, Lyon, 1650, disp. XXIV, q. v, reproduit quelques actes du S. -.Siège concernant des congréga- ! tions monastiques.

l'ourla coiigrégniion du Portugal : Prinilcfiia Conqr. S. M.

CITE AUX fORDRl-:!

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