CLARET
l'école et, vers onze ans, apprit quelque peu le latin; mais obligé d'aider son jière, il alla, à dix-huit ans, à Barcelone pour apprendre le métier de tisserand. Il s'y livra avec tant de jjassion au travail et à l'étude qu'épuisé il subit une crise spirituelle aiguë; il attribua à l'intervention de la Vierge de ne pas s'être noyé. Il éprouva dès lors un attrait spécial pour la vie chartreuse; sur le conseil du P. Amigo, de l'Oratoire, il resta cependant à Barcelone. En sept. 1829, il entra au séminaire de Vich, sans abandonner son projet de se faire chartreux.
Grâce à l'appui financier du majordome de l'évêque, Mosen Fortunat Bres, et sous la direction de l'oratorien Pierre Bach, il y étudia d'abord la philosophie (1829-32), puis la théologie (1832-39). Il se distingua moins par son intelligence que par son application. A peine tonsuré, il reçut, en 1832, un bénéfice à Sallent. Ordonné le 13 juin 1835, il poursuivit ses études, mais avec de multiples interruptions par suite des troubles politiques de l'époque. 11 fut nommé d'abord vicaire et économe à Sallent. Pendant ces années, il intensifia sa vie intérieure; son inclination pour l'apostolat lui donna dès cette époque l'idée de fonder une congrégation de prêtres missionnaires. Fin août ou début se])t. 1839, il se rendit à Rome pour s'y mettre à la disposition de la Propagande; n'ayant pas réussi à s'introduire à la Propagande, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus (2 nov. 1839); mais, dès le 3 mars 1840 il dut en sortir par suite de maladie; le 19 mars il retourna en Espagne.
De mai 1840 à févr. 1843, il administra les paroisses de Viladrau et de S. -Jean de 016, tout en se livrant à l'activité missionnaire. De cette époque datent son premier miracle et le grand épanouissement de sa vie intérieure. Dès févr. 1843, il quitta le ministère paroissial pour se vouer exclusivement aux missions. De 1843 à févr. 1848, il prêcha dans les diocèses de Girone, Vich, Barcelone, Tarragone, Solsona et Lérida. C'est au cours d'une retraite prêchée au clergé à Campdevanoll (juin. 1843) qu'il rencontra Etienne Sala, qui deviendra un des meilleurs soutiens de sa future congrégation. Il publia Avisos a los monlos (= carmes de Vich), octobre 1843; Camino reclo, 1843; Avisos a un sacerdote, 1844; Avisos saludables a las doncellds. Il dirigea l'Institut des carmes de la Charité, fondé en 1826 par Joaquinne Vedruna de Mas. Entre temps il avait aussi acquis la réputation d'un thaumaturge. 11 poursuivit son apostolat par la presse en publiant en 1845-46 : Avisos muij utiles para los padres de familia; El rico epulôn; Mârimas de la moral mâs para; Avisos muy ûtiles para las casadas; Catecismo de los principales deberes de un mililar cristiano; Gnler a dcl desengano; Las mujeres espaiiolas a los ojos de las francesas; Avisos saludables para las casadas; Avisos inslructivos a los ninos; La cesta de Moisés (Avisos a los jovenes); La escala de Jacob i; la puerta dcl cielo. Il rencontra aussi des difficultés, des contradictions, des calomnies : en sept. 1846, il faillit être victime d'un attentat. A Alforja, il convertit le célèbre pseudo-mystique Michel Ribas (févr. 1847). De mars à nov. 1847, il fut retenu à Vich par la maladie ; il y fonda l'archiconfrérie de r Immaculé-Cœur de Marie (1'^'' août 1847) et composa un opuscule sur les origines, les privilèges et l'organisation de la confrérie. Dans la suite il fit du cœur de Marie le thème favori de ses sermons. Il organisa aussi les congrégations mariales.
Au cours de ces années il publia quelques nouvelles brochures : Socorro a los difunlos; El Trisagio; Avisos a las viduàs; La Palma (Documcnlos de perfecciôn) ; El amante de Jesucristo; Nuevo manoiito de flores ( Instrucciones a los conjesores) ; La verdadera sabidur a ( Instrucciones a los pénitentes) ; Conslituciones de la Hermandad del Saniisimo e Inmaculado Corazôn de
Maria; Las religiosas en sus casas; Catecismo mener; Compendio... de la doctrina cristiana, etc. Il prépara en outre son important Catecismo explicado. De févr.
1848 à mars 1849, il prêcha dans les principales localités des îles Gran Canaria et Lanzarote. Ce fut sa dernière randonnée missionnaire en Europe.
Résumons les caractéristiques de sa méthode missionnaire. Le missionnaire doit obéir à ses supérieurs ecclésiastiques; il ne peut rechercher que le royaume de Dieu; il pratiquera la pauvreté dans toute sa manière de vivre; il s'appliquera à l'humilité, la mansuétude, la mortification et la charité. En outre il adaptera ses sermons à l'intelligence des masses, et recourra volontiers au langage simple et imagé du peuple. Claret se spécialisa dans les missions rurales et dans les retraites prêchées au clergé et aux religieuses. Trois circonstances ont contribué à ses succès : sa conduite exemplaire, le don des miracles qu'on lui attribuait, enfin la propagande par la presse qui soutenait sa parole. 11 fonda en elTet en 1848 la Librer a religiosa (primitivement [1846] Hermandad espirituat de libros buenos), qui répandit, de 1848 à 1850, 329 000 tracts et, de 1850 à 1866, 9 569 000.
Comme on le verra plus loin, la congrégation des missionnaires du Cœur de .Marie date du retour de Claret à Vich, après la mission des Canaries en mai
1849 (v. Clarétins). Claret s'occupait de l'organisation de la Libreria religiosa et de sa congrégation quand, le 11 août 1849, l'évêque de Vich lui communiqua un ordre du ministère de Grâce et de Justice, daté du 4, par lequel il était nommé archevêque de S. -Jacques de Cuba. Claret accepta le 4 oct. 1849, fut sacré à Vich le 6 oct. 1850 et reçut le pallium le 20 déc. I-între temps il avait publié : Instrucciones y reglas de la Congregaciôn de la Immaculada; Diàlogo sobre la oraciôn; Manâ del cristicmn et quatre volumes d'opuscules.
II. L'ARCHEvÊyuE. — Le 28 déc. 1850, il s'embarqua à Barcelone et arriva à S. -Jacques de Cuba le 16 févr. 1851. Le siège n'avait plus été occupé depuis quatorze ans. Aussitôt Claret commença à prêcher une retraite au clergé de la capitale et, pendant le carême, il organisa une mission ])our le peuple. Du 2 avr. 1851 au 22 mars 1853, il visita toutes les paroisses de son diocèse; partout sa visite fut accompagnée d'une mission prêchée au peuple. Il adressa à Pie IX un rapport sur les résultats de cette visite. Du 22 mars au 8 juin 1853, il séjourna dans sa' ville épiscopale. Il fit une deuxième visite du diocèse (8 juin 1853-25 sey>t. 1854), puis une troisième (21 nov. 1854-14 mars 1855); sa quatrième fut interrompue par l'attentat d'Holguin (v. infra).
Il est impossible de donner un aperçu complet des i diverses activités de Claret à Cuba. Nous n'en signai Ions ici que les plus importantes. Claret se distingua par ses prédictions : il prédit un tremblement de terre (20 août 1852), une épidémie de choléra, et même la perte de Cuba pour l'Espagne. Il se fit l'apôtre de la charité : il fonda (1853-54) pour enfants et vieillards pauvres, à Puerto Principe (Camagiiey), une grande maison de bienfaisance à laquelle il attacha un centre d'expérimentation agricole; il publia à cette occasion Reflexiones sobre la agricultura et Las dclicias del campo. Cette institution fut supprimée après le départ de son fondateur. D'autre part, Claret lutta contre le concubinage fort répandu du clergé et contre la grande misère des églises. 11 obtint de Madrid que la dotation légale soit à nouveau régulièrement payée au clergé; il fut en outre autorisé à ériger de nouvelles paroisses (53, qui vinrent s'ajouter aux 40 déjà existantes). Pour remédier à la pénurie de prêtres (25 pour 40 paroisses), et à leur ignorance, il organisa des cours et des conférences, ordonna des retraites, distribua des