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CLÉMENT DE ROME

Étude sur la légende de la venue et du séjour de S. Clément à Gorze, dans Jahrbiich der Gesellschalt fur loibr. Geschichte..., 1895, l" partie, 30. — Sauerland, S. démentis primi Mettensis episc. vila, translatio ac miracula, 1897, dans Revue hist. de Metz et de Lorraine allemande, i, 1904, table. — U. Chevalier, li. B.y I, 948. — E. Gebhardt, 5. Clément et le mijthe de la bête, dans L'Austrasie, avr. 1906, p. 386-92. — F. Weyland, Vies des saints du dioc. de Metz, vi, 1912, p. 231- 95. — L. Duchesne, m, 44-45, 50. — R. Parisot, Hist. de Lorraine, i, 1925, p. 63, 65. — Ph. de Vigneulles, Chronique, éd. Bruneau, i, 1927, p. 47-51. — H. Martin-Ph. Lauer, Les principaux mss. à peinture de la bibl. de l'Arsenal à Paris, 1929 (description d'une Vie de S. Clément, du xv» s., contenant 72 grandes miniatures). — Abbé Bour, Églises messines antérieures à l'an mille, dans Annuaire de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Lorraine, xxxviii, 1929, p. 42, 75- 77. — R. de Westphalen, Petit dictionnaire des traditions populaires messines, 1934, col. 317-23. — H. Tribout, La légende de S. Clément, 1935.

T. DE MOREMBERT.

8. CLÉIVIENT DE ROME (Saint), pape (fin du l" s.; fêté le 23 nov.). Son nom figure dans tous les catalogues anciens des évèques de Rome, mais il y occupe des places différentes. Suivant S. Irénée (Adu. haereses, III, m, 3), « les bienheureux apôtres [Pierre et Paul], ayant fondé et édifié l'Église, remirent à Lin la charge de l'épiscopat. C'est ce Lin que S. Paul rappelle dans ses lettres à Timothée. Il eut Anaclet pour successeur. Après Anaclet, le troisième après les apôtres, Clément obtint l'épiscopat ». Il est vraisemblable qu'Hégésippe, quelques années avant S. Irénée, avait trouvé à Rome la même liste et l'avait reproduite dans ses Mémoires (cf. Eusèbe, Hist. eccl., IV, xxii, 3). Eusèbe (op. cit., III, IV, 9) affirme de son côté que Clément fut le troisième évêque des Romains. Cependant, le catalogue libérien de 354, qui reproduit un document plus ancien d'un siècle, donne la succession : Pierre, Lin, Clément, Clet, et cet ordre est celui que donnent Optât de Milève (Contra donut., ii, 2) et S. Augustin (Epist., LUI, 2). S. Jérôme connaît lui aussi cette tradition et semble parfois s'y rallier (Adv. lovin., i, 12; In Is. coinm., LU, 13), bien qu'ailleurs (De viris ill., xv) il adopte l'ordre présenté par S. Irénée. Tertullien (L^ praescr. haeret., xxxii, 2) affirme que Clément a été ordonné par S. Pierre et semble en faire ainsi le successeur immédiat de l'apôtre. Pour concilier ces données divergentes, on a supposé que Clément, après avoir été en effet ordonné par S. Pierre, céda sa place à Lin par amour de la paix et la reprit après la mort de Clet (ou Anaclet), successeur de Lin (S. Épiphane, Haeres., xxvii, 6): ou encore que S. Pierre gouverna l'Église de Rome avec Lin et Anaclet et que Clément lui succéda (Rufin). Ces dernières hypothèses ne sont que des constructions ingénieuses; elles ne méritent pas d'être retenues, et c'est à la tradition reproduite par S. Irénée qu'il faut donner la préférence;

Suivant S. Irénée (op. cit., III, m, 3), « Clément avait vu les bienheureux apôtres et avait conversé avec eux; il avait encore dans l'oreille la prédication des apôtres et leur tradition devant les yeux; il n'était pas le seul, car beaucoup vivaient encore de son temps qui avaient été instruits par les apôtres ». I-'aut-il aller plus loin et dire, avec Origène (In Joa., vi, 36) et Eusèbe (op. cil., III, xv), que Clément a été disciple de S. Paul et qu'il est mentionné dans Phil., iv, 3? La chose n'est pas impossible, mais elle n'est pas prouvée et l'on ne saurait tirer un argument décisif de l'identité des 'noms. A plus forte raison n'y a-t-il aucune chance pour que Clément soit le même personnage que le consul Titus Flavius Clemens qui géra le consulat et fut condamné à mort en 95-96.

Cela étant, il faut avouer que nous ne pouvons rien affirmer avec certitude de la personne et de la vie du pape Clément en dehors des renseignements que nous fournit la lettre aux Corinthiens dont nous allons par-

DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.

1er. Il est vrai que la littérature pseudo-clémentine donne de longs détails sur Clément, sa conversion, ses voyages, etc. Il ne faut pas attacher la moindre importance à ces romans, malgré le crédit dont ils ont joui dans certains milieux. Il est encore vrai que nous possédons des Actes, tardifs d'ailleurs, du martyre de Clément. D'après ces Actes, Clément aurait été arrêté et mis en prison pour avoir opéré de nombreuses conversions parmi les membres de l'aristocratie romaine. L'empereur Trajan, sur son refus de sacrifier aux dieux, le condamna à l'exil et le fit envoyer à Cherson. Or, à cet endroit, se trouvaient déjà de nombreux chrétiens, employés au travail des mines. L'arrivée de Clément fut pour eux un soulagement d'autant plus grand que celui-ci fit jaillir miraculeusement une source, au lieu qui lui avait été indiqué par un agneau. Naturellement, l'évêque poursuivit en C^hersonèse son ministère de prédication; ce qu'ayant appris, Trajan ordonna de le jeter à la mer avec une ancre au cou. Lorsque cet ordre eut été exécuté, on vit la mer se retirer à une distance de trois milles, et les chrétiens trouvèrent, à l'endroit où Clément avait péri, un temple de marbre, à l'intérieur duquel était un sarcophage qui contenait le corps du saint. Chaque année, ajoute la légende, la mer se retire de la sorte, pendant sept jours, lors de l'anniversaire de Clément, et les fidèles peuvent aller prier auprès de son corps. L^n autre récit ajoute qu'en 861 les reliques de Clément furent découvertes à (Cherson ])ar S. Cyrille, qui les fit transporter à Rome, où elles furent accueillies avec enthousiasme. A cette date, le miracle annuel avait cessé de se renouveler. Il fallut beaucoup de prières et même une révélation divine pour connaître l'endroit exact où reposait le corps du martyr. En fait ces beaux récits ne sont pas historiques. Quelles que soient les difficultés qu'ils soulèvent, nous ne saurions les retenir, et nous ne pouvons même pas assurer que Clément soit mort pour la foi : S. Irénée, qui souligne la mort sanglante du pape Télesphore, ne dit rien de semblable à propos des autres papes du ii« s. ; son silence, s'il ne nous autorise pas à conclure à une mort naturelle, doit au moins nous rendre prudents lorsqu'il s'agit d'affirmer la réalité de leur martyre. On peut cependant rappeler que, dès la fin du iv« s., on possédait à Rome une tradition qui faisait un martyr de Clément. Cette tradition est attestée par Rufin, par le pape Zosime (Jaiïé, 329) et par le &^ can. du concile de Vaison en 442.

Il faut donc, pour savoir quelque chose d'assuré sur Clément, arriver à la lettre conservée sous son nom et adressée aux Corinthiens. Cette lettre ne porte pas de signature et débute de la manière suivante : « L'Église de Dieu qui pérégrine à Rome à l'Église de Dieu qui pérégrine à (î;orinthe, aux élus sanctifiés dans la volonté de Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Grâce à vous et paix soient pleines de la part de Dieu toutpuissant par Jésus-Christ. » Mais il est évident qu'elle a eu un rédacteur et toute la tradition est unanime à nommer ce rédacteur. Dès le ii« s., Mégésippe parle de l'Épître de Clément aux Corinthiens (Eusèbe, op. cit., IV, xxii, 1). Denys de Corinthe écrit au pape Soter : « Aujourd'hui nous avons célébré le saint jour du dimanche, pendant lequel nous avons lu votre lettre; nous continuerons de la lire toujours comme un avertissement, ainsi que du reste la première que Clément nous a écrite. » (Eusèbe, op. cit., IV, xxiii, IL) S. Irénée, sans dire expressément que Clément est le rédacteur de l'Épître, le laisse entendre lorsqu'il écrit : « C'est du temps de ce Clément que des divisions très graves se produisirent parmi les frères qui étaient à Corinthe, et l'Église qui est à Rome écrivit aux Corinthiens une lettre très forte, pour les concilier dans la paix et renouveler leur foi ainsi que la tradition qu'elle avait récemment reçue des apôtres » (op. cit., III, m,

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