CLÉMENT II - CLÉMENT III
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saux normands, à charge de s'en emparer (Léon d'Ostie, op. cit., 683).
Des rares bulles de Clément II qui ont été préservées ou qui sont attestées par ses successeurs, la plupart concernent les Églises germaniques, soit que leurs titulaires eussent accompagné Henri III en Italie, soit qu'elles fussent unies à la couronne par des liens étroits. Dès le 29 déc. 1046, le pape avait exempté l'abbaye de Corvey ainsi que les moniales de Herford de la juridiction de l'évêque de Paderborn (Jaffé, 4132); il avait béni l'abbé de Fulda, Roingus, et lui avait confirmé le monastère romain de S.-André-et- S.-Étienne in Exajulo, sis près de Ste-Marie-Majeure (JafTé, 4133), concédé à l'abbé Richard par Benoît VIII en 1024(JalIé, 4057); le 31, Clément II avait renouvelé l'exemption de F'ulda, tout en interdisant à Roingus l'usage des pontificaux, alors réservés aux évêques et aux cardinaux (Jaffé, 4134). Sans doute, bénit-il également le successeur de Roingus, Sigeward, auquel il confirma, le 22 févr. 1047 (JalTé, 4144), les possessions de son abbaye. Adalbert de Brème-Hambourg reçut un privilège descriptif et confirmatif du ressort métropolitain de son Église (.JafTé, 4146, 24 avr. 1047) qui s'étendait alors sur les Germains et les Slaves, de part et d'autre de l'iîlbe inférieur jusqu'au Ploene et à l'Eider, sur les Danois, les Suédois, les Norvégiens et leurs établissements lointains (Sudreys, Islande, Far-Oër, Groenland). Le document est mutilé, mais il se réfère aux bulles de Nicolas I" (Jaffé, 2759), d'Agapit II (3641) et de Benoît IX (4111).
Clément II recommanda l'abbaye de Cluny aux magnats de Gaule et d'Aquitaine (Jaffé, 4136) et prit sous la protection du S. -Siège (4139) le monastère de Fruttuaria au diocèse d'Ivrée, fondation des frères du Bx Guillaume de Volpiano et dépendance de S.- Bénigne de Dijon. Il confirma l'irnmédiateté de l'abbaye de la Ste-Trinité de Vendôme, fondée par Agnès de Bourgogne et Geofïroi Martel, mère et beau-père d'Agnès de Poitou, et la rendit tributaire (Jaffé, 4147, l'^'' juin. 1047; Liber censuum, 192). On lui doit la canonisation de Ste Wiborade, vierge, à S.-Gall, martyrisée par les Hongrois en 925 (Jaffé, 4142). La bulle (Jaffé, 4140) par laquelle il concéda une indulgence aux pèlerins de Neubourg (abbaye de bénédictines au diocèse d'Augsbourg, établie en 1002 par Henri II et son épouse Ste Cunégonde), et celle (Jafïé, 4145) par laquelle il confirma les biens du monastère de S.- Michel in Domaie fondé à Bamberg par son prédécesseur l'évêque Éberhard, si elles sont d'authenticité douteuse, entrent cependant dans la ligne générale de sa politique. Le privilège daté du 24 sept. 1047 en faveur de l'Église de Bamberg (JafTé, 4149), confirmant des échanges territoriaux avec les diocèses voisins de Wurtzbourg et d'Eichstiitt, d'une onction qui tourne au lyrisme personnel, n'est peut-être qu'un exercice d'école amplifiant une bulle authentique. Le pape se justifie d'avoir retenu le siège de Bamberg après son élévation à la tiare, sans livrer la raison profonde de ce cumul, l'extrême pauvreté où était tombée l'Église romaine sous ses prédécesseurs (Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum, ii, 201, éd. W. Stubbs, Rolls séries, 246).
A cette date Clément II, qui aurait peut-être suivi l'empereur en Germanie, était tombé gravement malade au monastère de S. -Thomas in Foglia, dans le comté de Pesaro (Jaffé, 4148), oii la voie Émilienne, qui se dirige vers le Nord, fait sa jonction avec la voie Flaminienne. De là, il écrivit à Henri III, lui remettant la charge pontificale et lui léguant son anneau (Jaffé, 4152, 24 sept. 1047). Il confirma les biens et l'immunité de l'abbaye bénédictine S.-Étienne-et- S.-Vite à Theires-sur-le-Main (Jaffé, 4150, 1" oct. 1047), qu'il avait fondée et dotée pour le salut de
son âme et de l'âme de son très cher fils Henri III. La date de sa mort, le 9 oct. 1047, est attestée par deux bulles de Léon IX concédant, aux frères de Bamberg l'usage de la mitre (Jaffé, 4283), et à l'évêque l'usage du pallium (4287) en la fête de S. Denis, anniversaire de la mort de Clément II; le lieu nous est certifié par une bulle de Nicolas II (4333) en faveur du monastère de S. -Thomas in Foglia, auquel ce pape confirma une donation de Clément II qui ibi obiit. Il ne semble pas qu'il y ait lieu d'accorder quelque crédit à l'allégation de Loup le Protospataire (op. infra cit., 59) selon lequel Clément aurait été empoisonné sur l'ordre de Benoît IX. Sa dépouille fut ramenée en Allemagne et inhumée en la cathédrale de Bamberg où un monument lui fut élevé, dont il ne subsiste que le sarcophage orné de bas-reliefs du xiii= s. (L. Pont., II, 568; A. S., Propylaeum, mai, 188). Une simple dalle a dû remplacer un gisant détruit par les protestants; elle porte une inscription du xvi^ s. A Rome, un des successeurs de Suidger sur le siège de Bamberg, Jean Godefroi — ambassadeur de l'empereur Matthias auprès de Paul V — lui a dédié, en 1612, une inscription commémorative dans l'église nationale des Allemands, Ste-Marie-de-l'Ame. Des miracles ont été faussement attribués à Clément II : il s'agit en effet d'une imposture en faveur de l'antipape Clé- . ment III (Guibert de Ravenne).
Soi RCES. — JafTé, I, .')25-28. — Epistolae et privilégia, P. L., cxLii, 577-90. — Liber censuum, éd. Fabre, Paris, 1905, p. 192. — L. Pont., 272, 568. — .•Vdam de Brème, Gesta Hammaburgensis Ecclesiae pontificum, ii, 66; m, 7; M. G. H., SS., vu; et P. L., cxlvi. — Les annales suivantes aux années 1046-47 : Ann. Aiigusiani, Ann. Corbeienses, Ann. Hildesheimenses, dans A/. CH., SS., m ; Ann. Lamberti Hersfeldensis, Ann. Lupi Protospatarii, Ann. Romani, ibid., V. — Anselmi gesta epi.'icoporum Leodiensium, Wason, M. G. 1L,S S.,\u, XIV. — Bonlzon de Sut ri. Liber ad amicum, V, M. G. H., Libelti de lite, i ; De ordinando pontiftce, ibid. — Didier du Mont-Cassin, Dialogoruni libri très, III, 9-11, P. L., cxLix. — Léon d'Ostie, Clironica, M. G. H., SS., vu. — Pierre Damien, Epistolae, i, 3; ii, 19, P. L., cxLiv; Opuscula, iv, vi, ibid., cxlv, et Libelli de lite, i.
— Vita Halinardi episcopi Lugdunensis, c. vu, P. L., cxLii. Quelques extraits ont été réunis par I. M. Watterich, au t. i des Pontiftcuni Romanorum vilae ab aequalibus conscriptae, Leipzig, 1862, p. 73-78, 713-17.
Travaux. — Études d'ensemble : E. SteindorlT, Jahrbûcher des deutschen Reichs unter lieinrich IIL, i, Leipzig, 1874, p. 309 sq. — H. K. Mann, The lives of the Popes in the early Middle Ages, v, Londres, 1911, p. 270-85. — Hefele- Leclercq, iv-2, Paris, 1911, p. 986-92. — É. .\mann, dans VHist. de P Église, d'A. Fliche-V. Martin, vu, Paris, 1940, p. 93-96.
Études particulières : mise au point concernant la déposition de Benoît IX, Silvestre III et Grégoire VI, dans A. Fliche, La réforme grégorienne, i (Spicilegium Lovaniense, 6), Louvain, 1924, p. 108, n. 3. — Sur la question du patriciat : P. Wittmann, Bishof Suidger von Bamberg als Papst Clemens IL und der Palriciat Kaisers Heinriclis IIL, dans Archiv fur kath. Kirchenreclit..., Li, 1884, p. 228-43; contra : L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, Paris, 1911, p. 381-82 et A. Fliclie, op. cit., 110-11. — J. von Pflugk-Hartung a cru devoir restituer à Clément II une bulle attritjuée à Léon IX : Das Brève Papst Clemens IL fur Romainmoutier, dans Seues Archiv, xi, 1886, p. 590-94.
— Voir également G. Mancini, Sui miracoli clie sono stati attribuiti a papa Clémente IL.., dans Giornale Arcadico di scienze, lettere ed arti, xlvi, 1830, p. 80-98, et H. Gunther, Kaiser Heinrich IL und Bamberg, dans Hislorisches Jahrbuch, Lix, 1939, p. 273-90.
R. FOREVILLE.
10. CLÉMENT III, pape (1187-91). L Paul ScoLABi. — Fils de Jean Scolari et de Marie son épouse, Paul Scolari, le futur Clément III, naquit à Rome dans le quartier de la Pinea ou Pomme de pin (ainsi dénommé d'un motif ornemental d'origine païenne qui, jusqu'au pontificat d'Eugène III, décora une fontaine voisine du Panthéon). Une bulle de Cé-
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lestin III (P. L., ccvi, 910; JatTé, 16792, 4 janv. 1192) nous apprend qu'il fut dès son enfance nourri dans l'église Ste-iMarie-Majeure. Attaché au clergé de cette basilique, il en devint archiprétre (Ann. Romani, 1188). Il semble donc qu'il ait fait carrière dans le clergé séculier, encore que d'aucuns l'aient dit moine de Vallombreuse (R. Davidsohn, Gescliichte von Florenz, I, Berlin, 1896, p. 585). Alexandre III le créa cardinaldiacre du titre des SS.-Serge-et-Bacchus (1179), puis évêque de Palestrina après la mort du cardinal Bernerède (entre le 11 juill. 1180 et le 13 janv. 1181). Sous les pontificats de Lucius III, d'Urbain III et de Grégoire VIII, il accompagna la Cour pontificale dans ses déplacements successifs, notamment de Velletri à Veroli, Vérone et Ferrare. Qu'il ait eu dès lors le désir de ramener la papauté à Rome ne paraît pas douteux : la construction qu'il entreprit à cette époque, de ses propres deniers, d'un palais résidentiel attenant à Ste-Marie-Majeure (P. L., loc. cil.) en est une confirmation.
Après la mort d'Urbain III, le choix du Sacré-Collège failht s'arrêter sur sa personne, mais l'évêque d'AIbano qui avait décliné la tiare pour lui-même afin de se consacrer à la prédication de la croisade (Albéric de Trois-Fontaines, Chron.) l'avait également fait écarter en raison d'une santé déjà très ébranlée (Epislolae Cantuarienses, p. 108). Sans doute y a-t-il lieu de voir aussi dans cette attitude une opposition de tendances, le cardinal cistercien, ex-abbé de Clairvaux, représentant au sein de la Curie le parti intransigeant qui l'avait emporté sous les pontificats précédents et qui refusait de composer avec les exigences des Romains et leurs conséquences fiscales. Cependant, le chancelier Albert de Mora, élu sous le nom de Grégoire VIII, le 21 oct. 1187, à Ferrare, avait déjà entamé des négociations avec le Sénat et entrepris de réconcilier les cités rivales de Pise et de Gênes, lorsqu'il mourut à Pise moins de deux mois après son élévation au Siège apostolique (17 déc). Le troisième jour après la mort de Grégoire VIII (bulle de Clément III notifiant son élection aux évêques d'Angleterre dans VEnglish historical Review, ix, 1894, p. 540 sq.), c.-à-d. le 19 déc, en l'absence d'Henri d'AIbano, alors légat en France et en Germanie, et après le refus de l'évêque d'Ostie Thibaud, ex-abbé de Cluny, les cardinaux, d'accord avec le consul romain Léon du Monument, arrêtèrent leur choix sur l'évêque de Palestrina (Ann. Romani; Epist. Cantuarienses, p. 136- 37). Celui-ci n'avait pris aucune part à l'élection qui le porta à la tiare; si, en effet, il avait suivi la Curie à Pise, il se trouvait alors malade et alité chez les moines vallombrosins de San Paolo, à Ripa d'Arno (Ann. Pisani).
Dès le mois de juin 1188, on crut prochaine la mort du nouveau pape : Honorius, prieur de Christchurch à Canterbury, qui poursuivait à la Curie les affaires de son monastère, écrivait que le pape était gravement atteint de troubles cardiaques (Epist. Cantuarienses, p. 218). Nous devons à un moine du même couvent, également présent à Rome, le seul témoignage direct qui nous soit parvenu sur le caractère de Clément III (ibid., 178) : « Il est incorruptible, bien qu'il soit romain. Un grand souci de justice l'anime; il ne précipite jamais ses sentences et il ne frappe qu'après avoir examiné la cause à la lumière de la raison et discerné ses mérites selon l'ordre de la justice et la norme de l'équité. » Dans l'exercice du suprême pontificat, il devait se montrer grand ami de la paix dans la justice : innombrables sont les sentences, compositions ou arbitrages qu'il a favorisés puis confirmés, et qu'il s'est employé à faire respecter. Son élection, à l'heure où elle survint, eut valeur de symbole; elle manifestait le souci primordial de mener à bonne fin l'œuvre
inaugurée sous le très court pontificat de GrégoireVIII: d'une part, la réinstallation de la Curie à Rome après une absence de plus de cinq ans; de l'autre, l'apaisement des différends et la cessation des hostilités entre les princes chrétiens, afin de lancer à l'assaut de l'Islam les forces unies de la chrétienté ))our la libération de Jérusalem et de la Terre sainte.
II. Les affaires d'Italie. — 1° Traité avec les Romains et refour de la Curie à Rome. — Lucius III n'avait pu se maintenir à Rome. La République, administrée par les sénateurs, avait rouvert les hostilités contre Tusculum et supportait mal la reconstruction des remparts de la cité vassale du S. -Siège. Mais la longue absence de la Curie ruinait la Ville à la fois dans son prestige moral et dans sa prospérité matérielle. La présence de Léon du Monument à Pise lors de la mort de Grégoire VIII et son influence dans l'élection de Clément III indiquent assez le désir sincère d'un rapprochement et le début de négociations qui devaient se poursuivre par l'envoi de légats pontificaux à Rome. La paix dut paraître assurée vers le 20 janv. puisque, dès le 22, le camérier Cencius arrêtait des mesures concernant la garde des palais j^t basiliques et que, le 24, la Curie accompagnée de Léon du Monument avait quitté Pise. Par Sienne et Santo Quirico, elle gagna Rome au début de févr. : elle s'installa au Latran d'où la Chancellerie expédia plusieurs bulles en date du 11. Clément III fut accueilli triomphalement par toute la population romaine, y compris les Juifs (Ann. Romani). Cependant le Sénat romain ne ratifia pas l'accord avant le 31 mai.
Le traité revêt la forme d'une lettre adressée par le Sénat et le peuple romain au pape (le texte en est reproduit dans P. L., cciv, 1507-10; I. M. Watterich, op. infra cit., ii, 699-703; Liber censuum, i, 373-75, n. 84). Le préambule affirme la nécessité de stabiliser la paix tant pour assurer la défense et la prospérité même de la Ville que pour sauvegarder la dignité de l'Église comme de la République romaine. Aux termes de cet instrument, les sénateurs reconnaissent la souveraineté du S. -Siège et s'engagent en leur nom et au nom de leurs successeurs à prêter chaque année serment de fidélité au pape et à ses successeurs. Us lui restituent le Sénat, la Ville, la monnaie, la basilique de S. -Pierre, les autres églises et biens-fonds mis sous séquestre pendant la guerre, retenant toutefois jusqu'à extinction de l'hypothèque le tiers des revenus de la frappe de la monnaie; les rcgalia suburbicaires enfin, à l'exception de Ponte Lucano dont la position commande le passage de l'Anio (aujourd'hui le Teverone) vers la ville de Tivoli contre laquelle ils se réservent le droit de porter les armes. Le pape, qui conserve son dominium sur Tusculum, doit cependant se porter caution de la démolition des remparts de cette cité et s'engager à contraindre ses habitants par l'excommunication s'ils ne se sont pas soumis au terme du 1" janv. 1189. La défense de la Ville incombe aux Romains, mais le S. -Siège leur versera annuellement cent livres pour la réfection des remparts. Les exigences financières des Romains s'étendent à la réparation des dommages de guerre subis du fait des Tusculans, des troupes pontificales et des malfaiteurs. Le traité leur confirme enfin les largesses et donaliva accoutumés envers tous les sénateurs et officiers de la I République institués soit par le pape, soit par le Sénat, j A ces conditions, le Sénat garantit la libre circulation ! et le libre accès à la Curie de tous ses membres et de I tous ceux qui doivent se rendre ad limina aposlolorum. Établi en la quarante-quatrième année du Sénat, le document est revêtu des noms de cinquante-six sénateurs, dont dix sénateurs conseillers.
1 Ce compromis satisfaisait aux exigences financières I des Romains et répondait aux nécessités économiques
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de la Ville où le retour de la Curie devait ramener la prospérité sinon la paix, car l'alîaire de Tusculum ne fut pas réglée avant la mort de Clément III. Œuvre d'un pape romain, plus enclin à transiger sur ces questions qu'un Lucius III, ce fut le dernier des grands concordats entre le S. -Siège et la commune : il devait régir leurs rapports et fixer la papauté à Rome pour une longue période, en dépit de querelles passagères et d'exils de courte durée.
2° Restauration du Patrimoine. — Elle fui inaugurée, avant même la rentrée à Rome, par la remise en ordre du palais (22 janv. 1188) avec le concours du camérier Cencius, dans l'esprit même qui, trente ans plus tôt, avait animé le pape Adrien IV et le camérier Boson : les ostiarii ou huissiers du Latran se virent imposer un roulement hebdomadaire dans leur service et furent astreints à se présenter aux grandes fêtes et à répondre aux appels du camérier, seul qualifié pour engager de nouveaux membres dans leur compagnie. Aux huissiers assermentés, incombait la garde des clefs des basiliques et du palais : la formule de leur serment en dit long sur les indélicatesses auxquelles certains d'entre eux avaient pu se livrer au détriment des objets précieux, voire du plomb servant à sceller les bulles (Liber censuum, i, 419-20, n. 158, 159). Le nouveau pape confirma aux chanoines de S. -Pierre et aux recteurs des monastères des SS.-Jean-et-Paul, de S.- Martin, de S.-Étienne-Majeur et de S.-Étienne-Mineur, sis autour de l'ancienne basilique Vaticane (cf. le commentaire du plan d'Alfarano à l'art. Rome, dans D. A. C. L., XIV, 2858-64), le quart des oblations de l'autel de S. -Pierre que leur avait concédé Eugène III (JalTé, n. 16267, 2 juin 1188). Pour manifester son attachement au sanctuaire de Ste-Marie-Majeure, il accrut la dotation que ce même pape avait faite au clergé de la basilique et lui fit don du palais qu'il y avait édifié (P. L., cciv). Il entreprit de restaurer les palais et basiliques recouvrés en vertu du traité conclu avec le Sénat : à son pontificat, se rattache l'érection du grand cloître de S.-Laurent-hors-les-Murs, ainsi que de nouvelles constructions et des fresques au Latran.
II fit également creuser un puits devant le cheval de bronze (Martinus Polonus, op. infra cit.) : il s'agit de la statue équestre de INIarc-Aurèle qui, en 1558, devait être transférée en avant du palais Capitolin.
Certaines places de la Campagne romaine, au nombre desquelles Rocca di Lariano, demeuraient encore entre les mains du chevalier milanais Lanterius que son oncle, Urbain III, avait nommé bailli de la région. L'abbé de Fossa Nova, Jordan de Ceccano, les racheta et les restitua intégralement à l'Église romaine (Chron. Fossae Souae). Clément III l'éleva au titre cardinalice de Ste-Pudentienne (avant le 16 mars 1188). Le pape manifesta un égal souci de sauvegarder le patrimoine spirituel du S. -Siège. C'est ainsi que, confirmant les possessions et les droits du monastère de S. -Pierre de Massa au Mont-Néron, érigé in allodio B. Pétri, il réserva les droits et le dominium de l'Église romaine (Jafïé, 16366, 15 déc. 1 188). On peut mettre en parallèle le privilège accordé à Étienne, évêque de Ferrare, et à ses successeurs canoniquement institués, dans lequel le pape afïirme que le diocèse de Ferrare est entièrement situé in jure et dominio ac privilegio sanctae Romanae Ecclesiae... cujus est patrimonium et qu'il demeure dans son élection, ordination et consécration (Jané, 16404, 20 avr. 1189).
3° Pacification de l'Italie. — Cependant, la restauration du Patrimoine en Italie impliquait une politique de plus grande envergure : des contestations territoriales, notamment sur l'héritage mathildique. opposaient l'Église romaine à l'empereur Frédéric h' fiarbc-rousse. Les négociations, reiiouées sous Lucius
III par l'inlennédiaire de l'archevêque de Salzbourg,
Conrad, puis directement à Vérone, n'avaient pas abouti. Les difficultés s'étaient accrues après l'avènement d'L^rbain III (le Milanais Humbert Crivelli), notoirement hostile aux Staufen ; on avait assisté alors au raidissement de la politique impériale à l'égard des villes de Lombardie et de Toscane, aux conquêtes et inféodations opérées par Henri VI sur le Patrimoine. Grégoire VIII, dont l'élection fut un gage d'apaisement, n'avait pas eu le temps, au cours d'un pontificat de huit semaines, de réaliser l'accord souhaité. Le mariage du roi de Germanie avec Constance (1186), fille de Roger II et tante du roi de Sicile Guillaume II — lequel, privé de descendance, l'avait constituée son héritière — menaçait la papauté d'encerclement à une échéance que l'on pouvait encore supposer lointaine. Clément III envoya les cardinaux Albinus de Stej Croix de Jérusalem et Pierre de S. -Laurent in Damaso auprès du roi de Sicile et en obtint le serment de fidélité, mais il dut lui concéder que, le serment une fois prêté par ses successeurs, ceux-ci ne fussent pas tenus de le renouveler à chaque nouveau pontificat (JafTé, 16375, ann. 1188-89).
Dans un même souci d'apaisement, ses légats, Pierre de Ste-Cécile et Soffrède de Ste-Marie in Via Lata, accrédités par bulle du 19 mai 1188 (Jaffé, 16238), rétablirent la paix entre Gênes et Pise, rivales dans leurs possessions en Sardaigne et dans le négoce maritime, sur les bases du respect de leurs positions respectives, de la libre navigation et du libre mouillage dans les eaux et les ports sardes, ainsi que de la réciprocité des avantages commerciaux, les conflits éventuels devant être soumis à des commissions judiciaires bipartites, et les attentats à la paix, à l'arbitrage des archevêques des deux cités assistés de prudents. Cet accord, promulgué à Lucques le 7 juill. devant les représentants officiels des deux cités, et entériné par le pape le 12 déc. (Jaffé, 16363) — suivi plus tard d'un arbitrage pontifical entre Parme et Plaisance (Joannes de Mussis, Chronicon Placentinum, à l'année 1189, mais probablement en 1190) — dépassait, par sa portée, l'horizon proprement italien. Le pape y affirmait le devoir du pasteur suprême d'apaiser les conflits entre chrétiens et sa volonté de procurer une aide à la Terre sainte. C'est dans cet esprit que furent menées les négociations avec les princes chrétiens, notamment avec l'empereur.
III. Clément III, la croisade et les princes CHRÉTIENS. — 1° Situation à la fin de 1187. — Après la défaite de Tibériade et le massacre de Hattîn (4 juill.), S.-Jean-d'Acre, Jafla, Beyrouth et de nombreuses places importantes étaient tombées aux mains des infidèles. Jérusalem, investie le 20 sept., mais privée de défenseurs, avait dû capituler le 2 cet. Seules quelques forteresses isolées, Tyr, Tripoli, Tortose, Antioche et le Crac des Chevaliers, oflraient encore quelques possibilités de résistance. La perte du S. -Sépulcre apparaissait comme une catastrophe sans précédent dans les annales du monde chrétien depuis le sac de Rome par Alaric. Les princes, qui n'avaient pas répondu aux appels réitérés de la papauté devant rimminence du danger, allaient-ils relever l'honneur de la chrétienté et sauvegarder les intérêts latins en Orient?
Nulle aide n'était à espérer du côté byzantin. Depuis Myriokephalon (1176) la reconquête byzantine en Anatolie était au point mort et la Syrie franque coupée de tout contact avec l'Empire grec. D'ailleurs, après la mort de Manuel Comnène (1180), Andronic avait rompu la solidarité chrétienne et conclu un pacte d'alliance avec Saladin; la dynastie usurpatrice des Anges avait continué sa politique à l'égard des principautés latines de Syrie. Cette - grande Iraliison » de Byzance avait accru l'hostilité des Normands de
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Sicile à sou endroit (siège de Thessalonique, 1185).
Les princes d'Occident ne se laissaient pas aisément détourner de leurs intérêts particuliers. Alphonse II d'Aragon, en passe d'étendre sa domination sur le versant nord des Pyrénées, regardait vers la Méditerranée et la Provence. La Castille et le jeune royaume de Portugal voyaient leurs forces absorbées par la croisade nationale et la reconquête sur les Almohades. Les rois de France et d'Angleterre, engagés dans une lutte décisive, ne voulaient pas déposer les armes; Henri II, afTaibli par l'âge, ne pouvait songer sérieusement à partir en Terre sainte, en dépit d'un vœu antérieur de croisade, et Philippe Auguste entendait poursuivre ses avantages sur un rival que ses forces trahissaient. Seul, Richard Cœur de Lion, qui avait pris la croix dès 1187, rêvait d'exploits chevaleresques sous le ciel d'Orient, à condition toutefois d'être assuré que la succession paternelle, susceptible de s'ouvrir à brève échéance, lui reviendrait intégralement.
Clément III pouvait difficilement fonder un espoir plus solide sur l'empereur Frédéric I" Barberousse. Les obstacles ne manquaient pas. Henri VI, âgé de vingt-trois ans, avait grand-hâte de prendre les rênes du pouvoir, mais Lucius III avait opposé une attitude dilatoire aux demandes de couronnement impérial en sa faveur et prétexté que deux empereurs ne pouvaient régner conjointement. Lors de la célébration du mariage de Henri VI avec Constance de Sicile à Milan le 27 janv. 1186, Frédéric l'avait désigné pour successeur et fait couronner roi d'Italie par le patriarche d'Aquilée. C'était un acte d'hostilité envers Urbain III qui, lors de son élévation à la tiare, avait retenu l'archevêché de Milan dont il était titulaire. Il fallait parer enfin à la menace d'union entre l'Empire et la Sicile, et au danger immédiat que constituait la mainmise impériale sur le Patrimoine. Si, d'autre part, la paix de Venise (1177) avait définitivement mis fin au schisme impérial, le can. 2 du concile de Latran (1179) avait remis en cause les ordinations schismatiques. Plus grave était l'afiaire de Trêves : l'élection contestée de Volkmar, la nomination à la diète de Constance en présence de l'empereur de Rudolphe de Wied auquel il s'était empressé de conférer l'investiture, puis la consécration par Urbain III de Volkmar dépourvu de l'investiture impériale (1186) menaçaient de renouveler la querelle des Investitures réglée depuis plus d'un demi-siècle. A la diète de Gelnhausen (28 nov. 1186), Frédéric avait tenté de cimenter l'union de l'épiscopat germanique autour de sa politique ecclésiastique (désignation des titulaires aux archevêchés, droit de régale et droit de dépouille), malgré la révolte du puissant archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg. Apaiser les litiges pendants avec l'Empire, réconcilier le Capétien et le Plantagenet, jeter les fondements d'une croisade imminente, telle fut, dans la conjoncture, la tâche dévolue à Clément III.
2" Prédication de la croisade et pacification de la chrétienté occidentale. — Les premières mesures avaient été arrêtées par Grégoire VIII. Outre certaines dispositions d'ordre pénitentiel visant à inciter les cœurs à la componction dans ce deuil de la chrétienté (Arnoldus Lubecensis, op. infra cit.), il s'agissait de susciter un vaste mouvement d'opinion en faveur de la croisade. L'archevêque de Tyr, Josse, venu au nom des chrétiens de Palestine implorer le secours de l'Occident, et le cardinal Henri d'Albano furent confirmés par Clément III dans la mission qu'ils tenaient à cet effet de Grégoire VIII. Dès la diète de Strasbourg (fin nov. 1187), ils avaient pris contact avec l'empereur par des émissaires, puis ils avaient assisté en personne à l'entrevue que Frédéric I" eut à Mouzon avec Philippe Auguste (17 déc). Après cette conférence furent lancées conjointement par l'empereur et par le légat
(lettre d'Henri d'Albano, dans 1. M. Watterich, op. cit., II, 694-97) les convocations à la diète solennelle de Mayence, dite curia Christi, pour le dimanche de Laetare (27 mars 1188). Entre temps, le cardinal d'Albano et l'archevêque de Tyr se rendirent en France où le 21 janv., au cours d'une entrevue près de Gisors, ils conjurèrent les rois de France et d'Angleterre de suspendre leurs griefs mutuels et de prendre la croix. Tandis que Henri II promulguait au Mans (23 janv.), puis à Geddington (11 févr.) des mesures concernant l'organisation de l'expédition de Terre sainte, notamment la levée de la taxe saladine — mesures que Philippe Auguste ne devait publier qu'en mars à Paris
— le légat reprenait le chemin de la Germanie. Par Mons et Liège où il se trouvait au début de mars (J. Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden, n. 299, p. 445-46; H. Meinert, Papsturkunden in
î Frankreich, Champagne und Lothringen, n. 258, p. 381- 82), il gagna Cologne, sans doute pour ménager la réconciliation de Philippe de Heinsberg avec l'empereur, puis Mayence. Là, au milieu de l'enthousiasme général, Frédéric Barberousse et son second fils Frédéric de Souabe prirent la croix; à leur exemple princes, prélats et chevaliers par milliers se croisèrent (27 mars). Afin de préparer l'expédition, l'empereur et les princes ajournèrent leur départ à la S. -Georges (23 avr.) de l'année 1189 (voir les extraits des chroniques dans I. M. Watterich, op. cit., u, 697 sq.).
Les hostilités ayant repris entre les rois de France et d'Angleterre, Henri d'Albano dut encore s'entremettre à Bonsmoulins (18 nov. 1188) : il obtint une trêve qui devait expirer le 13 janv. 1189. Après sa mort survenue à Mareuil, près d'Arras, le 1" janv., Clément III nomma, pour le remplacer, Jean d'Anagnl, cardinal-prêtre du titre de S. -Marc, qui, s'étant mis en route au printemps, put intervenir à la conférence de la Ferté-Bernard (28 mai 1189) : la menace d'interdit sur le royaume de France n'empêcha pas Philippe Auguste de harceler Henri II dans le Maine et la Touraine. La chute de Tours (3 juill.) contraignit le Plan-
; tagenet à se rendre à la merci de son adversaire (traité d'Azay-le-Rideau, 4 juill.), mais il ne survécut pas à l'épuisement, à sa défaite, et à la trahison de ses fils. Sa mort, le 6 juill., ajourna l'expédition outre mer après la prise de possession de l'héritage Plantagenet par Richard Cœur de Lion. Les rois de France et d'Angleterre scellèrent la paix des royaumes près de Nonancourt (déc. 1189-janv. 1190), mais ce fut de Vézelay que devaient s'ébranler en juill. 1190 seulement les forces des royaumes occidentaux (Gesta régis, ii, 29, 30, 51, 55-56, 61, 66 sq.).
Dans l'intervalle, Frédéric Barberousse, ayant célébré la fête de Pâques (9 avr. 1189) à Ratisbonne, avait pris la tête de la colonne allemande qui en mai, par la vallée du Danube, route traditionnelle des croisés, et la Hongrie où elle s'accrut de contingents dirigés par Geisa, frère du roi Bela, s'avança en direction de Constantinople. Auparavant, Clément III avait chargé les cardinaux Jordan de Ste-Pudentienne et Pierre de S.-Pierre-aux-Liens de régler avec l'empereur et son fils, le roi des Romains, les questions litigieuses, notamment le couronnement de Henri VI et de Constance (JalTé, 16318, 16319; Gesta Trevirorum). Le texte de l'accord, qui doit remonter au début de 1189, n'est pas parvenu jusqu'à nous. Les allusions des chroniqueurs ou les bulles relatives à son exécution permettent d'en induire les points essentiels : 1. le couronnement de Henri VI, formellement promis par le pape (Jaffé, 16104, 16105, 16318, 16319), 'était, du consentement de Frédéric, prorogé à une date ultérieure, vraisemblablement à son retour de la croisade;
— 2. les territoires du Patrimoine, occupés par les i forces impéjiales^ futeal restitués quoad. pussessionero