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à l'Église romaine, étant réservés les droits de l'Empire quant au domaine et à la propriété (acte de Henri VI daté de Strasbourg, 3 avr. 1189) : une fois encore le fond du débat avait été écarté et le pape n'avait accepté de transiger que sous la nécessité de conclure un accord en vue de la croisade; — 3. en revanche, l'affaire de Trêves reçut un règlement heureux et définitif, celui-là même qui, envisagé à Vérone lors d'une entrevue d'Urbain III avec les émissaires de l'empereur, avait finalement été repoussé par le pape milanais et auquel l'empereur et les légats étaient revenus : Clément III, qui avait cité Volkmar à comparaître avant le 13 févr., jugea l'affaire par contumace; il destitua aussi bien Volkmar, pourtant consacré par Urbain III, que Rodolphe de Wied investi par Frédéric I" (Jafié, 16423, 26 juin 1189); on devait procéder à une élection canonique en faveur d'un tiers; Clément III allait gratifier l'élu, le chancelier d'Empire Jean, d'un privilège pontifical lui confirmant tous honneurs, dignités et libertés accordés à son Église par les papes, les empereurs ou les rois (Jaffé, 16500, 4 juin 1190).
L'empereur était croisé, l'Empire pacifié. Cependant Henri VI maintenait les prétentions impériales sur les Églises de Germanie. La mort du roi de Sicile Guillaume II (18 nov. 1189) ramena son attention vers la péninsule : il revendiqua la couronne sicilienne par droit impérial (pratiquement tombé en désuétude) et à titre d'héritage au nom de sa femme Constance. C'est dans de telles conjonctures, semble-t-il, que Clément III, privé de l'appui sicilien et du conseil de plusieurs cardinaux frappés par la mort, harcelé sans doute par les exigences des Romains, pressa le retour de Jean d'Anagni alors en Angleterre et la collecte du denier de S. -Pierre dans ce royaume (Jalïé, 16544). L'ouverture de la succession impériale, lorsque fut connue la nouvelle de la mort accidentelle de Frédéric I" survenue le 10 juin, contraignit Henri VI à ajourner son départ d'Allemagne jusqu'à l'extrême fin de l'année. Entre temps, d'autres candidatures à la couronne de Sicile s'étaient manifestées : celle de Roger d'Andria et surtout celle de Tancrède. comte de Lecce, fils naturel du duc Roger et petit-fils du roi Roger II. Dès janv. 1190, Tancrède avait reçu la couronne des mains de l'archevêque de Palerme, peut-être à l'instigation de Clément III qui, en tout cas, donna son accord tout en réservant l'investiture. Il n'est pas impossible que le pape ait songé dès lors à l'annexion éventuelle du royaume à l'État pontifical. Les Romains, conformément au concordat de 1188, ne lui refusèrent pas leur appui militaire : un contingent à la solde du pontife, grossi de l'armée de Tancrède, repoussa le corps expéditionnaire germanique devant Ariana et le contraignit à battre en retraite (maisept.) (Anonymus Casinensis, Chron. Fossae Novae, 1190). L'arrivée des rois de France et d'Angleterre qui, embarqués respectivement à Gênes et à Marseille en juin., vinrent hiverner dans l'île, amena de nouvelles complications. Richard Cœur de Lion, au nom des intérêts de sa sœur Jeanne, veuve de Guillaume II, ouvrit des hostilités contre Tancrède. Après la prise de Messine par les Anglais, un traité fut élaboré dont Richard EOllicita le pape de se porter caution (Roger de Hoveden, Chronique, m, 55, 63, nov. 1190; P. L., cciv, 1505).
A cette date et en attendant de venir en personne prendre possession de l'héritage sicilien, Henri VI envoya ses ambassadeurs réclamer du pape et du Sénat le couronnement impérial. Ayant obtenu l'assurance que le nouvel empereur respecterait la liberté et les usages romains, le pontife promit de le couronner à Pâques (19 avr. 1191). Mais, s'il vécut assez pour connaître le sort lamentable de Frédéric I" et la dis-
location de la croisade allemande, Clément III devait mourir avant que Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion eussent quitté la Sicile, à l'heure même où Henri VI marchait sur Rome à la tête d'une puissante armée.
3° Ampleur et opportunité des vues de Clément III. — Bien que l'elïort principal des légats chargés de prêcher la croisade eût porté sur la France, l'Angleterre et la Germanie, les vues de Clément III embrassaient un horizon infiniment plus vaste. C'est la chrétienté tout entière qu'il a voulu associer à la croisade par la prière et les mérites spirituels comme par les sacrifices temporels. Dès 1188, il accordait des indulgences (Jaffé, 16106) et, sans grande illusion, semblet-il, informait Isaac l'Ange de la coalition qui se préparait contre les infidèles et sollicitait son aide. Cette bulle (Jaffé, 16373, 2 déc), dont un fragment seul subsiste, témoigne de l'importance qu'il attachait à l'action des puissances maritimes qu'il avait touchées par ses légats : Flamands, Frisons et Danois qui armaient des navires, Siciliens qui pourchassaient les pirates sur la Méditerranée et accumulaient des provisions de blé pour le ravitaillement des croisés. Il a tout fait pour réconcilier Pisans et Génois dont les transports et le négoce étaient indispensables à la Terre sainte. Le geste par lequel il créa l'archevêque de Pise légat de la croisade et gonfalonier de S.- Pierre en lui remettant l'étendard de l'apôtre a la valeur d'un symbole : il marque la préférence du pape pour l'itinéraire maritime, et l'on peut supposer que c'est lui qui incita Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion à abandonner leur projet primitif d'itinéraire continental. En 1189, c'est le prince de Petite Arménie, Léon, dont il sollicita l'aide en faveur des croisés, tandis que par l'intermédiaire du catholicos Grégoire il exhortait les Arméniens à combattre les infidèles, en leur assurant le bénéfice des indulgences attachées à la croisade (Jaffé, 16462, 16461), et qu'à l'instar de Lucius m il adressait au même Grégoire le Rituel de l'Église romaine (16463).
Enfin le pape multiplia les mesures de sauvegarde ou de faveur envers ceux qui participaient à la défense ou à la reconquête de la Terre sainte : l'ordre de l'Hôpital de S. -Jean de Jérusalem et ses filiales d'Occident (Jaffé, 16132, 16133, 16172, 16198, 16224, 16348, 16427, 16521; W. Holtzmann, Papsturkunden in England, 1931, n. 250; 1936, n. 252; P. Kehr, Papsturk. in Spanien, Xavarra und Aragon, n. 177, 184); à un moindre degré l'ordre du Temple (Jaffé, 16317; Papsturk. in den Niederlanden, n. 313; P. Kehr, Papsturk. in Spanien, Katalonien, n. 230, 234, 235), pour lequel cependant il sollicita l'aide financière des fidèles en y attachant des indulgences (JafTé, 16361); voire l'ordre des Chevaliers teutoniques (16667). Il concéda à Richard Cœur de Lion, à la veille de quitter ses États, une légation sans précédent sur toute l'Angleterre, le Pays de Galles et les régions d'Irlande au pouvoir des Normands, dont le titulaire, Guillaume Longchamp, évêque d'Ely, grand justicier et chancelier du royaume, était le lieutenant du roi en son absence (Jaffé, 16505, 5 juin 1190). Il intervint pour défendre ceux que le départ à la croisade de leurs seigneurs spirituels ou temporels avait placés sous la protection spéciale du S. -Siège (Jaffé, 16472, 16670, févr. 1190 et 1191). Il interdit enfin de traiter avec les infidèles durant la guerre, si ce n'est pour la libération des captifs, de les ravitailler en denrées prohibées, ou de leur porter secours (Jaffé, 16619, 16634; Decr., 1. V. tit. VI, c. 11, 12).
IV. Le gouvernement de l'Éolise. — 1» Les progrès de la centralisation romaine. — Sous ce pontificat, l'impulsion centralisatrice s'est poursuivie. Il semble qu'il ait marqué le début d'une réaction contre l'in-
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transigeance du parti réformateur au pouvoir sous Lucius III et Grégoire VIII, en même temps que le retour à la prépondérance romaine au sein du Sacré- Collège. La Curie imposa des taxes aux solliciteurs ainsi qu'en témoignent les lettres du prieur de Christchurch (Epist. Ccmtiiarienses, p. 218). Clément III luimême reçut avec plaisir du même prieur un cadeau de choix, le second anneau de S. Thomas Becket (ibid., 210). Une vingtaine de nominations cardinalices en moins de quatre ans, la plupart au bénéfice de la noblesse romaine, vinrent consacrer la réconciliation de la papauté et du Sénat. Le pape accrut l'influence de la famille des Bobo et prépara l'élévation de la branche des Orsini, issue de cette famille, par la promotion du cardinal Octavien à l'évêché suburbicaire d'Ostie et par celle du cardinal-prêtre Bobo à celui de Porto. Et c'est lui qui, distinguant le tout jeune Lothaire de Segni et le préconisant au titre des SS.-Serge-et-Bacchus, prépara l'œuvre du futur Innocent III.
La restauration du collège cardinalice décimé depuis la mort d'Alexandre III correspondait aux nécessités de la politique pontificale : Clément III dut multiplier les légations a latere pour rétablir la paix chrétienne et instaurer la croisade contre les infidèles. A l'instar d'Alexandre III et de Lucius III, il régla nombre de conflits locaux par le moyen des juges délégués agissant soit selon l'ordre judiciaire soit par voie d'arbitrage ou de médiation. Tous les accords intervenus de la sorte furent homologués et entérinés par lettres de chancellerie dont les Regesta et les Papsturkunden nous apportent maints exemples. Les appels en Cour de Rome interjetés avant ou pendant son pontificat furent poursuivis, notamment en matiè're d'élections épiscopales. Toutefois, le désir de sceller une entente durable avec les princes et de mettre fin aux luttes qui déchiraient certaines Églises amena Clément III à repousser les solutions intransigeantes, pourvu que les règles canoniques fussent observées. C'est ainsi qu'il mit fin au schisme de Trêves, après la double déposition de Volkmar et de Rodolphe, en acceptant l'élection du chancelier impérial Jean; et au schisme de St. Andrews qui remontait à 1178, en acceptant après la mort de Hugues, qu'il avait déposé, l'élection du chancelier royal Roger de Beaumont, et en confirmant sur le siège de Dunkeld Jean Scot que, malgré son élection canonique, Guillaume le Lion s'était obstiné à écarter du siège de St. Andrews (Jaffé, 16121-25, 16 janv. 1188; Gesta régis, ii, 63-64). Une même attitude conciliante dans l'affaire de l'élection d'York finit par apaiser l'opposition que l'élu, Geoffroi Plantagenet, avait rencontrée dans une fraction de son clergé (Jaffé, 16474, 7 mars 1190; Gesta régis, ii, 77, 99-101 ; Roger de Hoveden, op. cit., ni, 1, 27-28).
Clément III a consolidé la hiérarchie ecclésiastique, surtout en pays de mission en fonction des progrès de la conquête chrétienne. Pour complaire au roi de Sicile Guillaume II son vassal et le confirmer dans ses bonnes dispositions à l'égard de la croisade, il a parfait l'œuvre inaugurée par Lucius III en attribuant à la nouvelle métropole de Montréal un second diocèse suffragant, Syracuse, primitivement immédiat, moyennant un cens de 100 tarènes (Jafl'é, 16205, 16206, 16333, 16335, 16340, année 1188). C'est également à la prière d'Alphonse II, roi de Castille, qu'il a érigé en diocèse l'Église de Plasencia sur un territoire nouvellement reconquis aux dépens des musulmans. Il confirma à Raymond, évêque de Saragosse, et à ses successeurs toutes les acquisitions dès lors réalisées sur les Sarrasins (Papslurk. in Spanien, Navarra und Aragon, n. 170). Renouvelant le geste de ses prédécesseurs, il conféra à Sanche I"^' l'investiture du royaume de Portugal, moyennant un cens de 2 marcs
d'or (C. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, n. 124, 26 avr. 1190). Il délivra enfin à l'archevêque de Braga une série de privilèges (ibid., n. 122, 123), dont le plus remarquable (ibid., 121) comporte une liste de onze sufiragants correspondant aux récentes conquêtes d'Alphonse Henriquez (t 1185) sur le Tage inférieur et de Sanche lui-même dans l'Algarve en 1189, ainsi qu'aux prétentions métropolitaines sur la Galice. Si, prenant sous la protection de S. -Pierre le diocèse de Brandebourg, il confirma la juridiction métropolitaine de l'archevêque de Magdebourg sur cette Église (Jaffé, 16258, 29 mai 1188), en revanche il resserra l'immédiateté de l'évêché missionnaire de Kammin en Poméranie, institué en 1139-40, par l'établissement d'un cens annuel de 1 fertin d'or (le quart du marc) ad indicium... perceptae... protectionis et libertatis (16154, 24 févr. 1188). Il confirma à l'archevêque de Brème sa juridiction sur les diocèses de Ratzebourg, Schwerin (Mecklembourg), Lubeck et Ykeshola « en Ruthénie », premier établissement de Riga (Livonie) (Jaffé, 16325, 16328, 25 sept, et 1" oct. 1188). Les attaques des Slaves contre l'Église de Lubeck et son évêque Théodoric (Jalïé, 16326), l'évangélisation des païens de Livonie par l'apôtre Meinhardt (16578), la Hongrie et son roi Bela (16387, 11 mars 1189), la Carinthie, et l'alleu censier du comte Bérenger dans le Salzbourg (16439, 12 sept. 1189) retinrent son attention.
On lui doit le développement et l'extension à certaines Églises séculières de la politique d'immédiateté moyennant un cens annuel symbolique, inaugurée par Alexandre III à l'égard de l'abbaye de Chertsey (Papsturk. in England, 1931, n. 137). Sous son pontificat, furent érigés en établissements censiers, outre l'archidiocèse de Montréal à la charge du roi de Sicile et le diocèse de Kammin, les églises S. -Nicolas de Stendal, S. -Léonard de Lamavolari, Ste-Marguerite de Baumburg. l'abbaye de S. -Berlin à S.-Omer (Jaflfé, 16260, 16393, 16439, 16371), N.-D. d'Amer au diocèse de Gérone, l'hôpital S. -Sauveur de Téruel, le prieuré S. -Vincent de Fora à Lisbonne (Papsturk. in Spanien, Katalonien, n. 225; yjavarra und Aragon, n. 177; Papsturk. in Portugal, n. 126), ainsi que l'ordre de Grandmont (Papsturk. in Frankreich, Champagne und Lothringen, n. 261) lorsque, par son légat le cardinal Octavien, il eut apaisé les dissensions entre ses membres clercs et convers et confirmé la règle amendée par Urbain III (Jafié, 16294, 25 juin 1188). En revanche, on lui a attribué à tort la bulle détachant l'Église d'Écosse de la juridiction métropolitaine d'York par une formule analogue (filia specialis... nullo inediunte) : ce fut en réalité l'œuvre de Célestin III, lorsque Richard Cœur de Lion eut relevé le roi d'Écosse de tout lien de vassalité envers la couronne d'Angleterre (R. K. Hannay, The date of the « Filia specialis » bull, dans Scottish historical Review, xxiii, 1926, p. 171-77).
2° La réforme ecclésiastique. — Clément III en conférant de nombreux privilèges aux ordres religieux a visé à la stabilité de la vie régulière : c'est en vue du maintien ou de la restauration de la discipline qu'il a resserré les liens de dépendance entre l'abbaye de Cluny et ses filiales (Jaffé, 16431), entre l'Église de Magdebourg et les maisons de l'ordre de Prémontré en Saxe (16581); qu'il est intervenu auprès de l'épiscopat pour que fussent observés les privilèges des ordres religieux - — notamment des Cisterciens en matière de dîmes, récusant la distinction que d'aucuns prétendaient établir entre labores et novalia (Papsturk. in Portugal, n. 120) — et pour préciser le sens qu'il entendait donner à certaines réserves incluses dans les bulles pontificales, telles que la justice canonique de l'Église mère et la justice de l'évêque diocésain (Papslurk. in England, 1931, n. 257, 265; ci. R. Fore-