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II. Le sacerdoce, l'épiscopat et le cardinalat

— Après le décès de sa femme, Gui Faucoi reçut la prêtrise, vers 1256. Cette année-là, il devint archidiacre du Puy. Le 27 mai 1257, le chapitre de la cathédrale l'élisait évêque, moins à cause du renom de probité qu'il avait acquis, que parce que ses électeurs escompaient le crédit dont il jouissait en cour royale pour mettre fm à un conflit suscité par l'application du droit de régale. Le calcul s'avéra juste : en juin 1259, Louis IX renonça à prendre possession du palais épiscopal et des châteaux extra-urbains durant la vacance du siège; de plus, le congé d'élire un évêque cessa d'être nécessaire (Devic-Vaissete, Hisl. gén. de Languedoc, VI, 839). Le prélat ne résida vraisemblablement pas, car sa présence se constate au Parlement et aux côtés de S. Louis dont il était conseiller. En oct. 1259, le chapitre de la cathédrale de Narbonne le choisit pour archevêque, par compromis.

Les faits saillants de son passage à Narbonne sont la rédaction de statuts diocésains (1260?), la réédification de la cathédrale, les quinze consultations juridiques données aux inquisiteurs, les enquêtes que Louis IX lui confia à nouveau dans le Languedoc (É. Baluze, Concilia Galliae \arbonensis, 79-81 ; Devic- Vaissete, Hist. gén. de Languedoc, vi. 870; vu, part. I, •265, et part. II, 198-330). "

Urbain IV tint à s'assurer le concours d'un homme

actif et bon conseiller. Il le créa cardinal, le 24 déc.

1261. Gui Faucoi le supplia de revenir sur sa décision et de le laisser se consacrer tout entier aux soins des âmes de son diocèse et de sa vaste province contaminée par l'hérésie. De même, Louis IX insista pour qu'il restât en France jusqu'à l'apaisement des dissentiments existant entre Charles d'Anjou et la reine Marguerite. Le pape se montra inflexible (Rinaldi, Ann. ecclesiastici, § 1262, 45-51). Le cardinal parut à la Cour pontificale, résidant à Orvieto, avant le 21 nov.

1262. Il reçut le titre d'évêque de Sabine.

III. La légation en Angleterre. — En Angleterre, Henri III se trouvait en violent désaccord avec ses sujets. Barons et clergé prétendaient lui imposer un régime parlementaire. Leurs revendications s'exprimèrent dans les provisions d'Oxford (1258). Le prince, qui ne les avait acceptées que de mauvais gré et par contrainte, chercha à s'en libérer. Maintes fois il insista près d'Urbain IV, jusqu'à en être Importun, afin qu'un légat vînt lui porter assistance. Le pape mandata seulement Guillaume, archidiacre de Paris, avec mission de casser, en son nom, les provisions d'Oxford. Mais les Anglais n'ayant tenu nul compte de leur abolition, Urbain IV nomma légat Gui Faucoi (22 nov. 1263). La bulle qui l'accréditait vantait son talent oratoire, sa sagesse, son savoir, la précision et la netteté de ses décisions, sa prudence dans les I délibérations... Il fallait en effet des qualités de premier ordre pour réussir dans une tâche estimée si épineuse par le pape lui-même qu'il avait prévu que le cardinal se verrait dans l'impossibilité de franchir la Manche. D'amples pouvoirs lui furent octroyés et j s'étendirent à l'Irlande et au Pays de Galles (J. Gui- [ raud. Les registres d'Urbain IV, n. 581-630). I Gui Faucoi ne partit pas immédiatement. Il conve- 1 nait d'attendre la promulgation de la sentence d'arbitrage qu'à la demande du roi d'Angleterre et de ses sujets rebelles S. Louis avait promis de prononcer. Le Dit d'Amiens (24 janv. 1264) annula les provisions d'Oxford et redonna à Henri III le choix de ses conseillers et de ses officiers. Bien qu'Urbain IV l'eût confirmé le 16 mars, l'opposition anglaise refusa de s'y conformer. Le départ du légat s'imposait; il eut lieu avant le 9 avril. Le 8 mai Gui était à Nice, après avoir affronté sans dommage les dangers que comportait le passage à travers la Toscane parcourue par les bandes de Manfred. Ce n'avait été que grâce à la protection armée du gibelin Pallavicini qu'il avait pu atteindre par voie : terrestre Gênes, puis la Provence (Processus legalionis, ■ éd. J. Heidemann, n. 2). Il dut séjourner quelque peu ' dans le midi de la France et y remplir divers mandats apostoliques; sa suite avait éprouvé des embarras pour le rejoindre. Vers la mi-juin, il annonçait, de Paris, au roi d'Angleterre, sa prochaine arrivée et demandait des sauf-conduits pour ses chapelains qui régleraient avec la cour les détails de sa réception (ibid., n. 3, 4). Cependant les courriers, qui avaient débarqué à Douvres, subirent des sévices; on leur prit les lettres qu'ils apportaient. Le légat pensa qu'un indigène serait mieux traité : le frère mineur Alain eut le désagrément d'être déjîouillé de sa tunique et menacé de mort s'il détenait quelque lettre préjudiciable au royaume. Les entretiens qu'il eut avec Henri de Montfort furent décevants : inutile, lui dit-on, qu'un légat vienne, les Anglais traiteront eux-mêmes leurs propres affaires; d'ailleurs Gui empêcherait la conclusion d'un accord, car il favoriserait fatalement un parti au détriment de j l'autre; au reste, son entrée sur le sol d'Angleterre I restait subordonnée à une demande formulée par le roi I et l'opposition, laquelle n'avait pas eu lieu. Bref, le I frère mineur mandait à l'un des cha])elains du cardinal : " Ne venez ()as, sinon avec un bon sauf-con- 1 duit » {ibid., n. 5, l'i). Des messagers vinrent signiflei-

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par lettres closes à Gui, résidant à Amiens, que le Parlement réuni à Londres s'opposait à son débarquement; tout au plus, lui laissait-on entrevoir la possibilité d'une entrevue à BouIogne-sur-Mer avec des émissaires des rebelles. Quant aux évêques que Gui avait convoqués, ils ne se présenteraient que si luimême n'instrumentait contre aucun régnicole. Afin de légitimer leur conduite, les Anglais mentionnaient une prétendue tentative d'invasion que Louis IX aurait subventionnée {ibid., n. 13, 14).

Le légat répondit sur un ton courroucé, releva l'injure infligée à l'Église romaine en refusant de le recevoir et réfuta les objections articulées par les barons (ibid., n. 16). Toutefois il consentit à entendre leurs délégués, tout en citant solennellement des membres de l'épiscopat à comparaître et en menaçant d'excommunication quiconque s'opposerait à leur voyage (août 1264, ibid., n. 17, 18). Le 9 août, Gui Faucoi arriva à Boulogne-sur-Mer. Au jour dit, aucun des i ambassadeurs annoncés ne se présenta; du moins parvinrent des excuses sur leur retard. Le légat comprit qu'on le leurrait et entama, le 12, un procès en règle contre les Anglais. Après avoir longuement retracé la suite des événements, il traita les provisions d'Oxford « d'exécrables et d'iniques » et démasqua la perfidie des barons qui écrivaient au nom du roi. Simon de Montfort, chef de l'opposition, les barons, les Londoniens et les habitants des Cinq ports de l'île reçurent monition de le laisser pénétrer en Angleterre avant le 1" sept., de rendre la liberté à Henri III et à ses fils, de gagner Gravelines où ils seraient relevés du serment les obligeant à observer les provisions d'Oxford. A tout chrétien défense était signifiée de donner aide aux rebelles, de leur procurer vin, blé, armes, chevaux, navires (ibid., n. 20). Frère Roger survint; il était porteur de lettres royaux demandant de sanctionner un arrangement conclu entre Henri III et ses sujets. Le légat mit en doute la sincérité de la missive, car l'accord annihilait l'autorité royale et provoquerait infailliblement de nouveaux troubles; il refusa de l'accepter {ibid., n. 21, 22).

Le rendez-vous donné à Gravelines déplut aux rebelles qui invoquèrent des prétextes pour l'éluder : Gravelines présentait des dangers pour leur sécurité; qui devait venir? pour quelles raisons? quand? (Ibid., n. 25.) Sans être dupe de ce verbiage, le cardinal fixa l'entrevue à Boulogne-sur-Mer (ibid., n. 26). Des lettres que lui adressa l'épiscopat lui causèrent de l'amertume, car elles exprimaient le regret qu'il n'eût pas admis le texte de l'accord consenti par Henri III (ibid., n. 27). Le l^"' sept., aucun Anglais n'avait encore paru. Le 18, Simon de Montfort écrivait de Douvres qu'il était prêt à franchir le détroit, mais il réclamait un sauf-conduit plus explicite que le i)reniier (ibid., n. 37). Le 25, les évêques de Worcester, de Londres et de Winchester, le grand juge Hugues le Despenser, Pierre de Montfort, Richard de Mepham exhibèrent des procurations les habilitant à passer un compromis en présence de S. Louis et du légat (ibid., n. 39-43). Les conditions péniblement débattues furent repoussées par les barons (ibid., n. 46). En conséquence le légat déclara, à Hesdin, tous les opposants contumaces et excommuniés pour n'avoir pas obéi à ses monitions et jeta l'interdit sur leurs terres (20 oct., ibid., n. 50).

Entre temps Urbain IV était décédé à Pérouse, le 2 oct. Il ne restait plus à Gui Faucoi qu'à regagner l'Italie. L'échec subi par lui était dû à la scrupuleuse observation des ordres péremptoires reçus du défunt. A vrai dire, pas plus que son maître ou Louis IX, il ne concevait réalisable le régime parlementaire réclamé par la nation anglaise; comme eux il n'entrevoyait qu'un seul idéal, la monarchie absolue.

IV. Le conclave de Pérouse. — Gui Faucoi quitta-t-il Paris au mois de janv. 1265, comme l'.a supposé Heideniann? on ne sait. En tout cas il parvint à Pérouse après que le Sacré-Collège l'eut élu pape, le 5 févr. 1265, par voie de compromis. Le 15, eut lieu la cérémonie du couronnement.

Sources. — Devic-Vaissete, Hisl. ijén. de Languedoc, éd. Privât, vi-vni, Toulouse, 1872-92. — É. Baluze, Concilia Galliae Xarbonensis, Paris, 1668 (ouvrage accompagné de précieuses notes). — L. Dorez-J. duiraud. Les registres d'Urbain IV (1261-64), Paris, 1892-1900. — Le registre de la légation d'Angleterre, rédigé par le notaire de Gui Faucoi, en févr.-mars 1265, a été publié par J. Heidemann, Papsl Clemens IV. Das Vorleben des Papstes und sein Legationsregister, Munster-en-\VestphaIie, 1903, p. 182-248, d'après une copie du xvii« s. — L.-S. Le Nain de Tillemont, Vie de S. Louis, roi de France, Paris, 1847-71, 6 vol.

Travaux. — Heidemann, op. cil. — Ch. Bémont, Simon de Monlforl, comte de Leicesler, Paris, 1884. — Ch. Petit- Dutaillis, La monarchie féodale en France et en Angleterre, Paris, 1933. — W. Stubbs, Constitutional history oj England, trad. Ch. Petit-Dutaillis et Lefebvre, Paris, 1907-27. — H. Prentout, Hist. d'Angleterre, Paris, 1920.

V. Le pontificat. — Durant son court pontificat. Clément IV fut mêlé à des affaires politiques de première importance; celle surtout du royaume de Sicile lui créa de gros tracas, car elle mettait en jeu l'avenir de l'Église. Le rôle qu'il remplit exactement n'est pas facile à définir, le pape ayant eu coutume de se servir, auprès des souverains de l'époque, de nonces dont les entretiens oraux demeurent inconnus. Il ne subsiste qu'un nombre restreint de lettres qui nous renseignent imparfaitement sur la marche des événements.

1° Clément IV et l' Angleterre. — Le pape tint à imposer le respect des sentences d'excommunication et d'interdit que, légat, il avait promulguées contre les rebelles anglais. Le cardinal Ottobuoni fut chargé de cette tâche. En août 1265 il se trouvait de passage en Savoie et annonçait sa prochaine arrivée en Angleterre. .\près y avoir débarqué, il constata que le clergé n'avait tenu aucun compte des censures de l'Église, prétendant en ignorer l'existence. Ses lettres le montrent désabusé et prennent un ton larmoyant. En somme il n'obtint que de maigres résultats, malgré ses actes autoritaires. En juill. 1268 se termina sa légation.

2" Clément IV et Charles, comte d'Anjou et de Provence. — Alexandre IV avait vu avec inquiétude Manfred, bâtard de Frédéric II, ceindre la couronne royale, à Palerme, le 10 août 1258. Urbain IV résolut de lui opjjoser Charles d'Anjou, frère de S. Louis, pétri d'une froide ambition et entreprenant. En 1263, les conditions de l'investiture étaient arrêtées, mais non encore ratifiées. Clément IV, craignant que Manfred n'enlevât Rome, les modifia dès le 26 févr. 1265 et fixa la cérémonie avant le 28 juin : il avait hâte que le prince fît route vers l'Italie méridionale. Ses craintes se trouvèrent justifiées; n'eût été la présence d'une garnison provençale à Rome, dont Charles avait accepté la protection conséquemment à la charge de sénateur, la ville serait tombée, en mars, au pouvoir de Manfred. Le comte y fit son entrée le 23 mai et reçut l'investiture le 28 juin.

Dès lors se posa la (luestion de la conquête eiïective de son futur royaume qui exigeait la constitution d'une forte armée en France, son équipement et sa traversée en Lombardie et en Toscane. L'exécution d'un tel programme présupposait des fonds considérables. Le comte d'Anjou n'en disi)osait pas; il comptait sur l'aide financière du pape bien à tort, car les cofTres du S. -Siège étaient vides. Urbain W avait certes imposé pour trois années une décime aux Églises de France, mais les taxes, impopulaires parmi le clergé, se levaient mal ou avec une lenteur désespérante, I<e pape se vit

CLÉMENT I

contraint d'emprunter à des banquiers italiens sur la recette espérée, non sans se rendre compte des hasards de l'opération : qu'adviendrait-il aux prêteurs si Manfred triomphait? Sa correspondance reflète l'inquiétude qui l'obsédait et la crainte que, faute de numéraire, l'expédition angevine échouât. L'appel au crédit des banquiers ne suirisant pas, il s'adressa à S. Louis et à Alphonse de Poitiers. Seul, celui-ci consentit un prêt minime et de courte durée. Quant au roi de France, il laissait agir Charles d'Anjou sans lui porter le moindre secours : il lui répugnait de détourner de la croisade le moindre sol. Clément IV, réduit aux abois, écrivait à son légat : « Cherche à emprunter : cherche auprès du roi, auprès de son frère, auprès des prélats, auprès des religieux, auprès des bourgeois, auprès des usuriersl, auprès de tout le monde, et quand tu aurais déjà essuyé dix refus » (É. Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, .552). Le S. -Siège estimait que, si l'expédition angevine ne s'effectuait pas, la ruine de l'Église, qui avait lié son destin à elle, s'ensuivrait. Il recourut à un expédient dangereux qui consista à donner pour gages à ses créanciers les propriétés foncières des églises et des monastères de Rome. Cette mesure extrême coûta cher à l'homme pondéré qu'était Clément IV. Son effroi apparaît dans une lettre adressée à Charles d'Anjou (2 août 12(55) : « Il est facile, pour beaucoup, de dire : Faites, faites. C'est le pape seul qui affronte les difficultés de l'action, qui compromet sa conscience, qui s'expose à l'infamie perpétuelle de passer pour un dissipateur des biens d'Église « (É. Jordan, op. cit., 554). A bout de ressources, il laissa en garantie sa vaisselle d'or et d'argent, les joyaux de sa chapelle et de son trésor (janv. 1266).

L'armée péniblement recrutée atteignit enfin sans encombres les frontières du royaume de Sicile. Elle faillit être détournée de son but par le S. -Père qui fut saisi d'un accès de pusillanimité. Doutant du succès de Charles d'Anjou, il appréhenda une rencontre avec les troupes de Manfred et conseilla l'attaque de celles qui garnissaient la Haute- Italie et la Toscane. Le comte ne commit point cette faute de tactique et engagea l'action contre Manfred, qui périt sur le champ de bataille de Bénévent (26 févr. 1266). L'Italie méridionale tomba rapidement entre ses mains. Clément IV n'eut pas à se louer totalement du vainqueur et constata avec amertume qu'au lieu « de protéger et de défendre » l'Église romaine, il violait ses droits, maltraitait les clercs, ne payait pas le cens stipulé dans l'acte d'investiture.

Les exactions commises par le prince ne tardèrent pas à lui aliéner ses nouveaux sujets, d'ailleurs d'humeur versatile, et les poussèrent à pencher vers Conradin. D'un Hohenstaufen Clément IV ne voulait à aucun prix pour voisin de ses États. Durant l'interrègne dans l'Empire, il invita les concurreiits Richard de Cornouallles et Ali)honse X, roi de Castille, à lui soumettre leur cause réciproque. Au sujet de Conradin il interdit aux électeurs allemands de lui donner leurs voix et de lui venir en aide. Conradin ne se laissa point intimider par les mesures de défiance prises à son égard et s'intitula roi de Sicile; ce qui détermina le pape à menacer ses partisans d'excommunication (18 nov. 1266) et, devant l'inanité de ses remontrances, à le citer lui-même à comparaître sous peine d'encourir, en cas de refus, les censures de l'Église (14 avr. 1267). En oct., l'Allemand pénétrait à Vérone et marchait vers Rome où il entra le 24 juill. 1268. Une rencontre se produisit, le 23 août, avec les troupes angevines, à Tagliacozzo; elle aboutit à un désastre pour Conradin qui, tombé aux mains du triomphateur, fut sans iiitié décajuté, le 2"J oct. 1268.

Clément IV ne fut pour rien dans ce tragique trépas, quoiqu'il en bénéficiât grandement; il .se préoccupa de

prolonger l'interrègne qui lui était favorable, en empêchant les Allemands de procéder à une élection impériale (7 nov. 1269). Le 29, il mourait à \'iterbe. I 3° Clément IV et la Hongrie. — Afin d'assurer l'avenir du royaume angevin, Clément IV le lia à celui de la Hongrie, l^n double mariage eut lieu : Isabelle, fille de Charles d'Anjou, épousa I^adislas, fils d'iitienne V, et Marie, fille de celui-ci, Charles le Boiteux, prince de Salerne. Un traité offensif et défensif contre tous dangers extérieurs, c.-à-d. contre les Allemands, fut signé. Ainsi, jusqu'à la fin de sa vie, le pape poursuivit une lutte acharnée contre la maison des Hohenstaufen.

4° Le gouvernement de V Église. — Le mauvais état de ses finances et le souci de posséder un épiscopat docile à ses ordres soit en Angleterre soit en Italie poussèrent Clément IV à prendre des initiatives dont l'importance n'a pas été suffisamment relevée. C'est lui qui imprima une impulsion nouvelle et décisive à la cajjtation du droit de collation des bénéfices et à la centralisation des rouages de l'Église, que ses prédécesseurs avaient amorcées l'une et l'autre timidement et poursuivies patiemment. Ses successeurs tireront toutes les conséquences des innovations introduites, principalement à l'époque avignonnaise. La Constitution Licet ecclesiarum, du 27 août 1265, affirma que « l'entière disposition des églises, personnats, dignités et autres bénéfices appartient au pontife romain de telle manière que celui-ci peut les conférer juridiquement non seulement quand ils vaquent, mais encore concéder des droits sur eux lorsqu'ils vaqueront » (1. III, tit. VII, c. 2, in VI"). Le principe promulgué portait une grave atteinte aux droits des collateurs ordinaires et en paralysait l'effet par la légitimation des grâces expectatives, pourtant condamnées en 1179 par le III<' concile de Latran. Clément IV en fit aussitôt l'application, en frappant de réserve générale tous les bénéfices qu'il avait énumérés et dont les titulaires expireraient au siège de la Curie, apud Sedem apostolicam. Il donnait, en réalité, force de loi à un vieil usage (anliqua consuetudo ) et se proposait de rendre nul tout acte contraire des collateurs ordinaires. A dessein ou non, le législateur avait employé le terme complexe d'églises (ecclesias), qui pouvait comprendre les églises patriarcales, archiépiscopales et épiscopales. Les contemporains ne s'y trompèrent pas et protestèrent avec une telle énergie qae Clément IV déclara, en 1266, que son ordonnance ne visait ni les évêchés, ni les abbayes. Mais, dès l'année suivante, il revenait sur sa déclara- . tion et nommait le titulaire d'un évêché portugais va- I cant en Cour; en 1268, il procédait de même pour l'Église de Paphos (G. MoUat, La collation des bénéfices ecclésiastiques sous les papes d' Avignon, Paris, 1921, p. 24, 27, 38, 70).

Clément IV prit encore l'initiative des réserves spéciales applicables aux bénéfices d'un royaume ou d'une province ecclésiastique. C'est ainsi qu'il priva de leurs droits respectifs les électeurs ordinaires en Angleterre, dans le royaume de Sicile et dans la Haute-Italie (É. Jordan, Les registres de Clément IV, n. 118, 257, 487, 490, 631).

Clément IV ne se contenta pas des avantages fiscaux que lui procurait la provision des bénéfices; il pressura durement le clergé français, déjà fort obéré par le paiement de la décime au profit de la croisade, afin de subventionner l'expédition sicilienne et de provoquer l'écrasement des gibelins. Il suscita une opposition qui : grandira au cours du xiiif s. et s'exprimera lors du ! concile de Vienne, en 1311-12. Les provinces de Reims, de Rouen et de Sens exhalèrent avec virulence, de son temi)s, leur vif mécontentement : on censura la « voracité » de la Cour romaine; on parla « de braver » l'excommunication prononcée contre les mauvais payeurs, car, disait-on, « l'appétit de la Curie ne s'apaiserait que

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le jour où cesseraient l'obéissance et le dévouement du clergé » (Recueil des historiens de la France, xxi, 770; Majus chronicon Lemouicense). Assuré de l'approbation de S. Louis, le pape tança vertement les plaignants qui lui avaient présenté les doléances du clergé.

En matière inquisitoriale, Clément IV légiféra dans une série de Constitutions que Bernard Gui a exploitées dans son Manuel de l' inquisiteur (éd. C. Douais, Paris, 1884). Le pape attribua la nomination des inquisiteurs aux prieurs provinciaux des P'rères Mineurs et des Prêcheurs. II autorisa l'usage de la torture (3 nov. 1265) et prescrivit des châtiments exemplaires à l'égard des Juifs convertis au christianisme et revenus au judaïsme. L'ensemble de l'oeuvre législative du pontife a été imprimé au t. i du Bullarium ordinis F. Praedicatorum de Ripoll.

Œuvres. — Domini Guidonis Fulcodii, cardinalis episcopi Sabinensis et postea Summi pontificis démentis IV nuncupati quaesliones quindecim ad inquisitores nunc primum impressae cum annotât ionib us Caesaris Carenenae Cremonensis, Lyon, 16C9. Sur cet ouvrage v. les remarques de C. Douais (Documents pour servir à l'hist. de l' Inquisition dans le Languedoc, Paris, 1910) qui corrige l'opinion de Ch. Molinier (L' Inquisition dans le midi de la France au Xim et au .T/r« s. Étude sur les sources de son hist., Paris, 1880). — J. Heidemann (Papsl Clemens IV„ MUnster, 1903) a analysé les quinze consultations demandées à Gui Faucoi (73-78).

Lettres. — Martène-Durand, Thésaurus..., ir, Paris, 1717 (utilisation des copies des mauristes conservées dans les mss. latins de la Bibl. nat. de Paris, 4040, 4041, 4945). — É. Jordan, Les registres de Clément IV (1265-68 ), recueil des bulles de ce pape, publiées ou analysées d'après les mss. originaux des Archives du Vatican, Paris, 1893-95. — Potthast, Reg. — Des lettres de Clément IV existent au British Muséum, mss. 15360, fol. 328-71, et 15361, fol. 1-149; à la Bibl. nat. de Paris, nouv. acq. lat. 2323, 2324 (copies des xvii" et xviiie s.), et collection Baluze, mss. 15, 82, 280, 381.

Sources. — R. Graham a publié le registre du légat Ottobuoni Fieschi de Lavagna que Clément IV désigna à sa place en Angleterre, Letters oj cardinal Ottoboni, dans T/ie English historical Review, xv, 1900, p. 87-120.

Travaux. — Le pontificat de Clément IV n'a pas encore fait l'objet d'une monographie. — Sur la politique italienne du pape, V. É. Jordan, Les origines de la domination angevine en Italie, Paris, 1910. — E. Horn, Le rôle politique de Clément IV, dans Comptes rendus de l'Acad. des sciences morales et politiques, 1925, p. 273-300. — U. Prûnger, Verhàltnis Ludwigs des Heiligen zu Klemens IV., Halle, 1897. — Nicolas, Clément IV dans le monde et dans l'Église, Nîmes, 1912. — Davidsohn, GeschicMe von Florenz, ii, Berlin, 1912. — É. Jordan, De mercatoribus Camerae apostolicae saeculo XIII, Paris, 1909. — La notice de \'H. L. Fr., XIX, 1838, p. 92-101, a perdu sa valeur.

G. MOLLAT.

12. CLÉMENT V, pape (5 juin 1305-14 avr. 1314). I. Les débuts dans la carrière ecclésiastique. II. L'élection au souverain pontificat. III. L'établissement de la papauté hors de l'Italie. I\". Le gouvernement de l'Église. V. La politique de Clément V. 1° Rapports avec l'Angleterre. 2° Henri VII et l'expédition d'Italie. 3° Clément \' et la Hongrie. 4° Le S.- Siège et l'Italie. 5° Relations avec l' Aragon. fW Clément V et l'Orient. 7° Clément V et Philipi)e le Bel. VI. Mort du pape.

I. Les débuts dans la carrière ecclésiastique. — Bertrand de Got naquit à Villandraut (Gironde), de Béraud, seigneur du lieu, et d'Ida de Blanquefort. Après avoir reçu quelque temps l'éducation dans la maison de Defés (Lot-et-Garonne), de l'ordre de Grandmont, il étudia le droit à Bologne et à Orléans. Les maigres re\ enus d'un canonicat à Agen l'obligèrent à solliciter du roi d'Angleterre un bénéfice lucratif, en

1279. Grâce sans doute à la protection de son oncle Bertrand, archevêque de Lyon, promu cardinal en 1294, il obtint le titre de chapelain pontifical, un canonicat et la sacristie dans la cathédrale de Bordeaux, puis l'évêché de Comminges (28 mars 1295) et l'archevêché de Bordeaux (23 déc. 1299). Bertrand de Got se signala par un acte d'autorité, gros de conséquences : comme ses prédécesseurs disputaient depuis longtemps la primatie d'Aquitaine aux archevêques de Bourges, il n'hésita pas à prendre le titre de primat et encourut l'excommunication de la part de son concurrent, Gilles Colonna. Conscient de ses devoirs de métropolitain, il accomplit la visite de sa province en 1305 et apprit, le 19 juin, à Lusignan. la nouvelle de son élection au souverain pontificat.

J. Contrasty, Éludes de topograplne commingeoise . Le pape Clément V et le culte de S. Gaudens, dans Revue historique de Toulouse, XXIX, 1942, p. 91-219. — J. Haller, Papsllum und Kirchenreform, Berlin, 1903. — E. Renan, Bertrand de Got, dans H. L. Fr., xxvin, 1881, p. 272-314 (vieilli parfois). — É. Baluze, Vilae paparum Avenionensium, éd. G. Mollat, II, Paris, 1927, p. 94-102. — J. Lestrade, Un curieux groupe d'évêques commingeois, dans Revue de Comminges, xxi, xxiii, 1906-08. — J. Dufour, Le lieu de naissance de Clément V, dans Revue de Gascogne, 1905, p. 371. — • G. Pariset, L'établissement de la primatie de Bourges, dans Annales du Midi, 1902, p. 145-84, 289-328. — J. Boucherie, Inventaire des titres qui se trouvent au trésor de l'archevêché de Bordeaux, dans Archives historiques du départ, de la Gironde, xxiii, 1883, p. 305. — Ch.-V. Langlois, Documents relatifs à Bertrand de Got (Clément V), dans Revue historique, xl, 1889, p. 48-54.

II. L'Élection au souverain pontificat. — • Dès le 18 juin. 1304, journée durant laquelle les cardinaux entrèrent en conclave, à Pérouse, après la mort de Benoît -XI, il apparut que les dissensions existant entre eux rendraient impossible l'élection d'un des leurs. Les bonifaciens désiraient venger la mémoire de Boniface VIII, tandis que Napoléon Orsini et sa coterie visaient à obtenir la réhabilitation des Colonna et une réconciliation avec Philippe IV le Bel, roi de France. On songea donc à choisir un pape en dehors du Sacré- Collège. Bertrand de Got parut l'homme prédestiné à concilier des intérêts contraires. Sa science juridique le recommandait à l'attention; d'autre part, il avait eu le don de demeurer en bons termes avec Philippe le Bel, malgré sa présence au concile de Rome, en 1302, et était bien vu du roi d'Angleterre. Il passait, en outre, pour un esprit conciliant. Napoléon Orsini soutint habilement sa candidature et, malgré une opposition tenace qui ne désarma pas, réussit à la faire triompher le 5 juin 1305.

Y eut-il auparavant collusion entre l'élu et le roi de France, comme l'a rapporté le chroniqueur Villani'? Dans un rendez-vous ménagé secrètement aux environs de S.-Jean-d'Angély, l'archevêque de Bordeaux aurait-il souscrit à un pacte déshonorant pour s'assurer la tiare? Des documents de premier ordre prouvent l'impossibilité d'une rencontre entre les deux personnages et, si des promesses avaient été réellement formulées, le roi les aurait rappelées opportunément au cours des affaires pénibles que suscitèrent les procès de Boniface VIII et des Templiers, afin d'imposer leur respect.

J.-F. Rabanis, Clément V et Philippe le Bel. Lettre à M. Daremberg sur l'entrevue de Philippe te Bel et de Bertrand de Got à S.-Jean-d'Angély, Paris, 1858. — H. Finke, Aus der Tagen Bonifaz VIII., Munster, 1902, p. 279-290; Acta Aragonensia, Munster, 1908. — Bibl. nat. de Paris, lat. 4 085, fol. 31 ^-32 r° (procès- verbal de l'élection inséré dans les commentaires de Pierre Bertrand sur le Sexte, les Clémentines et les Extravagantes de Jean XXII). — É. Baluze. op. cit.. Il, 31. — Villani, Istorie Fiorentine, 1. VIII, c. lxxx. • — L. Leclère, L'élection du pape Clément V, dans Annales de la jaculté de philosophie et lettres de l'université libre de Bruxelles, i, 1880, p. 7-39 (vieilli).

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