CLÉ M E N T ^ I
(â oct. 1349J et sur le Grand Schisme (1378), dans Bull, de l'Académie royale de Belgique, classe des lettres, 1903, p. 694-708 (député par l'université de Paris, il parla en présence de Clément VI; il renseigne sur l'accoutrement et les rites des flagellants). — U. Berlière, Trois traités sur les llagellants de 1349, dans Revue bénéd., xiv, 1908, p. 334- 57. — ■ P. Runge, Die Lieder und Melodien der Geissler des Jahres 1349 nach der Auizeichnung Hugo's von Heutlingen, Leipzig, 1900 (la chronique d'Hugues est éditée). — Ch. I>echner, Dus grosse Sterben in Deutschland in der Jahren 1348-51, Innsbruck, 1884; Die grosse Geisselfalirt des Jahres 1349, dans Hist. Jahrbuch, v, 1889, p. 443-62.
3° Le jubilé à Rome en 1350. — En 1343 des ambassadeurs romains avaient séjourné à Avignon, et demandé le retour du pape dans leur cité. Clément VI ne les exauça pas, mais leur promit les avantages du jubilé par la bulle l'nigcnitus (27 janv. 1343; Extravagantes communes, 1. X, tit. ix, c. 2); outre les basiliques de S. -Pierre et de S. -Paul, les pèlerins furent autorisés à visiter l'église du Latran. En principe, le gain des indulgences était accordé aux voyageurs demeurant quinze jours à Rome; en fait, le cardinal légat, à ce mandaté, réduisit la durée du pèlerinage à six ou huit jours suivant les cas particuliers. Pierre de Hérenthals a inséré dans sa chronique une bulle Cum natura humana dont le texte a soulevé des difficultés. Clément VI aurait garanti au pèlerin confessé et mourant en voyage l'entrée au paradis : mandamus angelis paradysi quatcnus animam illius a purgatorio peniius absolutam in paradysi gloriam introducant (É. Baluze, op. cit., I, 300). N. Paulus a démontré que la bulle était un faux (Théologie und Glaube, v, 1913, p. 532- 41, et Geschichte des Ablasses im Mittelalter, u, Paderborn, 1923, p. 114-23). Il y eut du mérite à se rendre à Rome. Le cardinal Guy de Boulogne, venu pour gagner l'indulgence, trouva la ville dans un tel état d'effervescence qu'il la quitta au bout de peu de temps : il craignait pour la sécurité de sa mère qui l'accompagnait et la sienne propre. Le légat Annibal de Ceccano, auquel incombait aussi la surveillance des agissements de Cola di Rienzo, trouva la mort dans des circonstances mystérieuses; d'aucuns j)rélendirent qu'il fut victime d'empoisonneurs.
É. Baluze, op. cit., ii, 345, 399, 427, 432. - F. Kodocanachi. Le premier jubilé de 1350, Paris, 1912. : — Vita di Cola di Rienzo, éd. \. M. Ghisalberti, Florence, 1928. — Voir le récit pittoresque de la chronique de Kœnigsaal, Fontes Terum Austriacarum, viii, 1" part., 589-90.
IX. La discipline ecclésiastique. — La clémence est parfois mauvaise conseillère. Le pape eilt pu encourager les réformes imposées aux ordres religieux par le rigide Benoît XII; il montra une trop grande condescendance à l'égard des Bénédictins en les dispensant des pénalités qui les frappaient en cas de désobéissance aux prescriptions pourtant fort sages de son prédécesseur (Ë. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 154; U. Berlière, dans Mélanges d'hist. bénédictine, Maredsous, 1902, p. 161-67; Id., Les chapitres généraux de l'ordre de S.-Benoît. Notes complémentaires, ibid., 1905, p. 20-21).
Les religieux mendiants furent violemment attaqués par les séculiers en plein consistoire. Les Frères Mineurs furent injuriés et traités « d'ânes couronnés »; Clément VI prit leur défense (1351) (D'Achery, Spicilegium..., u, 815). ^
Le S. -Père atténua les rigueurs de la Constitution Ubi periculum magis qui réglait la tenue des conclaves. La bulle Licel, du 6 déc. 1351, permit de tendre des courtines dans les loges réservées aux cardinaux. Au bout de trois jours le menu i)ut comporter, outre le pain et le vin, des fruits, du fromage, des électuaiies, un plat de viande ou de i)oisson au déjeiuier et au diner. Deux serviteurs, laïcs ou clercs, lu-iidraient compagnie aux électeurs ((;. Cocquelines, Biillarum...
amplissima collectio, m, Rome, 1711, H" part., 313).
Aux mois de mars et d'avr. 1344, Jean, roi de Bohême, et son fils Charles vinrent à Avignon. Désireux de donner un témoignage de gratitude aux Tchèques, ils supplièrent le pape de les soustraire à la juridiction du métropolitain ecclésiastique de Mayence: I l'évêché de Prague devint archevêché et eut comme sullragants les sièges de Leitomischl et d'Olmiltz î (30 avr.); de plus, le roi de Bohême serait désormais 1 autorisé à recevoir la couronne des mains du nouvel : archevêque et non plus, à Mayence, de celles du métro- I politain (5 mai; Monumenla Bohemiae Valicana, i, 363-65, 393; É. Baluze, op. cit., n, 388-89).
En matière doctrinale Clément VI condamna, en 1346, certaines opinions professées par Nicolas d'.\utricourt (S. Riezler, Vatikanische Akten, Innsbruck, 1891, n. '2238). U canonisa, le 26 mai 1347, Yves Hélory (A. S., mai, iv, 578).
Les affaires purement ecclésiastiques tiennent une i place relativement restreinte dans les préoccupations ! du S. -Père. En lui domina le diplomate, à un moment ! où la paix de l'Europe posait des problèmes délicats à i résoudre.
X. Le diplomate. — Clément VI a passé pour un diplomate habile, souple, insinuant, expert dans la connaissance et l'utilisation des intrigues des cours royales. Rien ne nous révèle mieux son génie politique que la lecture de ses lettres secrètes, dont beaucoup
! n'apparaissent pas comme l'œuvre de secrétaires impersonnels et portent distinctement la marque du pontife qui y développe son sens parfait des arcanes de la politique, qui devine les obstacles à surmonter et les questions dangereuses à soulever, sait tourner les difficultés dans les cas d'une réelle gravité et refuser le sourire sur les lèvres. La dextérité du pape a été bien mise en lumière par E.-G. Léonard à propos des négociations qui furent poursuivies tant avec la cour de Naples qu'avec celle de Hongrie. Quelle n'était pas
: la perplexité de Clément, lorsqu'il lui fallait discernerla vérité dans les lettres que lui adressait la reine Jeanne?
' Manifestaient-elles la volonté de la souveraine ou celle de son entourage? Que conclure des contradictions existant entre elles? Le S. -Père usa d'un artifice et expédia le même jour (9 juill. 1344) des doubles lettres : les unes menaçaient Jeanne d'excommunica-
! tion, si dans les huit jours elle n'avait pas révoqué des aliénations de domaines ruineuses pour l'intégrité du royaume; les autres la tranquillisaient et la prévenaient que les foudres de l'Église ne constituaient pour elle qu'un moyen d'écarter des demandes indiscrètes et de lui fournir des excuses à l'endroit des solliciteurs
' importuns (E.-G. Léonard, Hist. de Jeanne reine
I de Naples, comtesse de Provence, i, Paris, 1932, p. 429). Si bien doué que fût Clément VI, il subit la plupart du temps en politique étrangère des demi-échecs ou
' des échecs complets, non pas par sa faute, mais par suite de l'apparition de ce qu'on a appelé l'esprit
: moderne. Depuis le choc subi sous le pontificat de Boniface VIII et malgré les conceptions exprimées par le S. -Siège et des théologiens au sujet des rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, les princes et les nations afficheront l'esprit d'indépendance et poursuivront leurs intérêts propres envers et contre tout. Nous verrons, dans les lignes qui suivent, comment se constatent le renversement de la monarchie universelle et l'impuissance du vicaire du Christ à guider la chrétienté dans les voies de la concorde et à imposer le respect des libertés de l'Église.
' l" Relations avec les rois de Majorque et d'Aragon.
j — La maison d'Aragon méditait de s'annexer les
i Baléares, le Roussillon et la Ccidagne, c.-à-d. ce qui
; forinail le royaume de .Majorque, Jean XXII et Be
j noît XII avaient eu la bonne fortune de neulralisci
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ses rêves ambitieux. Clément VI n'eut pas la même chance. Dès 1342. le roi <rAragon intentait un procès à Jaynie II, roi de Majorque, sous prétexte de frappe illicite de monnaies dans le ressort du comté de Roussilion. Clément VI devina ses noirs desseins et envoya sur les lieux un nonce, Armand de Narsès, qui persuaderait les deux rivaux de l'opportunité d'une rencontre. Jayme II se rendit sans défiance à Barcelone et eut la surprise de recevoir une citation à comparaître devant la justice aragonaise : loin d'obtempérer, il déclara ne se soumettre qu'à l'arbitrage pontifical et s'enfuit de Barcelone (août 1342). Le 23 févr. 1343, Majorque, le Roussillon et la Cerdagne étaient confisqués et les Baléares envahies. Le légat André Ghini de' Malpigli n'avait pu, malgré ses interventions répétées, éviter l'éventualité que redoutait Clément VI. Bernard d'Albi le remplaça; le 11 juill., il rencontra le roi d'Aragon à Barcelone et tenta de le fléchir en faveur de Jayme II; mais Pierre IV refusa d'écouter ses avis et prit le commandement des troupes prêtes à marcher sur le Roussillon. Le légat ne perdit pas courage, rejoignit l'envahisseur et lui fit signer en août, sous les murs de Perpignan, une trêve expirant le 1" mai 1344 ((uoique les clauses en fussent très dures pour l'envahi.
Avant que la trêve prît fin. Clément VI tenta d'en obtenir la prolongation jusqu'à la S. -Michel suivante. Ses exhortations à la concorde, présentées par l'archevêque d'Aix, furent mal accueillies : la conquête du Roussillon recommença. Le cardinal Bertrand de Déaulx accourut près de Pierre IV et insista pour que les hostilités cessassent. Le roi perdit patience et dénia les liens de vasselage qui le rattachaient au S. -Siège en raison de la Corse et de la Sardaigne. En désespoir rte cause, le nonce conseilla à Jayme II d'olTrir sa soumission à l'Aragon : le 22 juill., son royaume y était annexé et en oct. les Cortès réunis à Barcelone l'en |)rivaient.
L'infortuné prince se réfugia près de Clément \'l qui n'avait pas ménagé sa peine pour le sauver du désastre. A Avignon, la vente de Montpellier et du port de Lattes à la France lui fournit 120 000 écus d'or qui, joints aux prêts consentis par le pape et les cardinaux, lui permirent de gager des mercenaires et d'armer une flotte. Jayme II débarqua dans l'île de Majorque, mais périt sur le champ de bataille le 2,5 oct. 1349; son héritier tomba aux mains de Pierre IV qui le tint enfermé dans une cage de fer.
A. l-ecoy de la Marche, Les relations politiques de la l 'raiice et du royaume de Majorque, Paris, 1892. — É. Baluze, op. cit., IV, 2-50 (recueil de lettres de Clément VI et du roi (i'.\ragon). — Cronica del reg de Aragon don Pedro /V el '.eremonioso, éd. A. de Hofarull, Barcelone, 1850. - A. l'agès, Chronique catalane de Pierre IV, roi d'Aragon, Toulouse, 1942. R. Ballester, Hist. d'Espagne, Paris, 1938 (la seconde édition a été complétée). l'.. Déprez. Lettres closes... de Clément VI, P.-iris, 1901-25.
Le roi d'.\ragon entendait garder la Corse et la Sardaigne pour lesquelles il rendait hommage au S.- Siège, quoique Gênes voulût les lui ravir. Entre les deux rivaux la lutte d'influence aboutit à une déclaration de guerre, le 3 août 1351. Clément VI s'évertua à amener les adversaires acharnés à conclure la paix; le succès ne couronna pas ses actives démarches (S. Duvergé, Le râle de la papauté dans la guerre d'Aragon contre Gêne.^ (1351-56), dans Mél. d'archéol. et d'hist., I., 1933. p. 221-10 [texte inédit de la déclaration de guerre)).
2° Relations avec te roi de Castille. — Philippe VI et lîdouard III recherchaient l'alliance de la Castille. Le roi d'.\ngleterre pensa la conquérir en mariant sa fille Jeanne avec dom Pedro, héritier présomptif du royaume: celui de France proposa, au contraire, la
main de .Marie, Rlle du dauphin. Clément VI combattit ; le projet anglais et, à l'insu de Philippe VI, recom- \ manda à .Mphonse XI et à diverses personnalités castillanes les ambassadeurs chargés de négocier un mariage français (14 mars 1345). Prié par le roi de France d'intervenir en sa faveur. le pape l'avertit que ' c'était déjà fait (12 mai 1345; E. lié\ntz, Lettres \ closes... de Clément VI, i, n. 1711); il renouvela simplement des démarches en Castille, vanta les avantages d'un mariage français et proposa de substituer à Marie Blanche de Navarre. Ainsi préparait-il le succès de l'ambassade de Jean de Vienne, archevêque de Reims, En juill., il pressait Alphonse XI de ratifier l'accord conclu. Le 6 janv. 1346, la ratification, opérée le 2, se trouvait inopinément annulée : un contrat de mariage avait été rédigé entre Pedro et Jeanne d'Angleterre 1 En vain. Clément VI combattit les intrigues anglaises et vanta les mérites de Blanche de Navarre. Le 1"'' janv. 1348, Édouard III annonçait triomphalement J la prochaine arrivée de sa fille. II avait compté sans l l'imprévu : Jeanne mourut d'un mal subit dans le ! Bordelais. Entre temps Pedro ayant succédé à son '■• père, Clément VI reprit le projet français (13 juin ' 1350). mais Blanche de Navarre refusa opiniâtrement de convoler en secondes noces. Après des pourparlers nombreux, le 2 juill. 1352, était dressé un contrat de î mariage entre le roi de Castille et Blanche, fille de I Pierre I", duc de Bourgogne. Le 3 juin 1353, à Valladolid. se célébrait l'union matrimoniale. Clément VI : avait facilité l'alliance de la France et de la Castille et j triomphé non sans péripéties de la diplomatie anglaise.
1 G. Daumet, Étude sur l'alliance de la France et de la Cas- I tille aux XIV et .XV s., Paris, 1898 (de nombreux extraits ' dos registres pontificaux ont été donnés en appendice).
I Lorsque le pai)e donna (15 nov. 1344) à Louis d'Es- ' pagne les îles Fortunées ou Perdues, c.-à-d. les Canaries, Alphonse XI avait joint ses protestations à celles 1 du roi de Portugal. Clément VI n'en fit pas de cas, ! estimant plus sage de ne pas rejeter les propositions du ; prince qui s'engageait à faciliter la conversion de [ populations païennes (G. Daumet, Louis de la Cerda ' ou d' Espagne, dans Rull. hispanique, xv, 1913, p. 38- ! 67).
; Le pape, en 1344, honora grandement le roi de Castille, en érigeant en cité épiscopale la ville d'Algésiras qu'après un siège de trois ans les chrétiens avaient ravie aux Sarrasins (É. Baluze, op. cit., u, 389; G. Daumet, Jean de Ri/e au siège d'Algésiras. dans Rull. hispanique, xii, 1910, j). 265-74).
3" La guerre de Cent Ans. - L'élection du 7 mai 1342 i i)ouvait satisfaire le roi d'Angleterre. Pierre Roger 1 lui avait rappelé qu'il était originaire de Guyenne et ' qu'il lui avait prêté hommage pour les biens de la mense de Rouen sis outre-Manche. Les cardinaux .\nnibal de Ceccano et Raymond de Farges avaient écrit son vif désir de procurer « la paix et la prospérité : du royaume ». Edouard III essaya de se rendre favorable Clément VI en lui prodiguant des promesses , trop belles iiour être sincères. Accepter son arbitrage i dans le conflit avec la France, il n'y pensait réellement ; point et activait les préparatifs de guerre. Toutefois, i cachant son jeu, il accueillit aimablement le nonce ' pontifical chargé de l'incliner à la conciliation. D'autre j part, les cardinaux .\iiiiibal de Ceccano et Pierre des Prez, munis de pouvoirs très vastes, partirent pour la I-'rance et l'.Angleterre (31 mai 1342: F,. Déprez, Lettres closes... de Clément VI. ji. 94-153). Les légats pressentirent tout d'abord Philipj^e VI (|ui montra d'excclientes dispositions, mais posa une condition essentielle, à savoir qu'Edouard III ne s'intitulât plus roi I de France. Le retard qu'ils mirent â se rendre en An- 1 gleterre mécontenta le .souverain: leurs courriers rap-