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portèrent une réponse rogue : inutile de passer la Manche, puisqu'il avait l'intention de « visiter son royaume de France » sous peu. Clément VI s'ingénia à assurer la neutralité des Flamands, en les relevant des sentences d'interdit et d'excommunication portées contre eux pour avoir rompu les accords conclus précédemment avec le roi de France (E. Déprez, Les préliminaires de la guerre de Cent Ans, 390-99).
La guerre, malgré tout, était inévitable; elle éclata, en 1342, en Bretagne. L'armée française ayant soutenu la cause de Charles de Blois, Édouard III vint au secours de la comtesse de Montfort et débarqua au mois d'oct. La mauvaise saison et le ravitaillement défectueux de ses troupes le poussèrent à accepter l'intervention des cardinaux Annibal de Ceccano et Pierre des Prez. Une trêve de trois ans fut conclue à Malestroit (19 janv. 1343). Bientôt les partisans de Charles de Blois et ceux de Jean de Montfort l'enfreignirent. Clément VI, qui redoutait une reprise des hostilités, envoya sur les lieux le doyen de Bourges et lui donna pouvoir d'user de l'interdit et de l'excommunication contre quiconque contreviendrait à la trêve (21 juill. 1343; E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 292). Phihppe VI et Édouard III furent invités à l'observer strictement {ibid., n. 363, 420). Le nonce accomplit fidèlement sa tâche et mérita des compliments (17 nov. 1343; ibid., n. 530).
Le pape souhaitait convertir la trêve en une bonne paix. Dès le 31 déc. 1343 il délivrait un sauf-conduit aux plénipotentiaires qui viendraient la traiter à Avignon {ibid., n. 581). Des nouvelles parvenues de Bretagne semblèrent la compromettre : des hommes " pervers » avaient violé la trêve de Malestroit et expulsé de "Vannes les représentants du pape qui gouvernaient la ville (ibid., n. 697). En août 1344, les plénipotentiaires anglais parurent enfin devoir se mettre en route (ibid., n. 1039, 1043). Les pourparlers commencés à Avignon demeurèrent illusoires. La voix pacificatrice du pape se prodigua sans relâche en faveur de la paix. Elle écarta un projet de mariage entre le prince de Galles et Jeanne de Brabant et prôna une union avec une fille de la maison de France (ibid., n. 1327). Le pape espéra beaucoup de la libération de Jean de Montfort, détenu prisonnier par Philippe VI, et insista pour que la promesse qui en avait été faite fût tenue (ibid., n. 1406). Le 1? mars 1344, il avouait « avec douleur » que, sous prétexte des violations de la trêve de Malestroit, Édouard III différait les projets de paix (17 mars 1345; ibid., n. 1574). Bref, le comte de Derby débarqua à Bayonne vers la fin du mois de juill. 1345. A la suite des désastres de Crécy et de Calais, les cardinaux Annibal de Ceccano et Étienne Aubert aidèrent puissamment à la signature de la trêve du 28 sept. 1347. La diplomatie pontificale travaillera dès lors sans relâche à faire proroger un accord précaire stipulé pour une année seulement et y réussira, mais elle dut imposer le respect de ses clauses; ainsi négocia-t-elle en Gascogne la remise entre les mains du pape de Fleurance et de Pauillac (A. Clergeac. Clément VI et la guerre de Cent Ans en Gascogne, dans Revue de Gascogne, 1904, p. 241-47).
Kervj'n de Lettenhove a publié dans son édition de Froissart (xviii, 202-35) une relation des lettres des ambassadeurs anglais il la Cour d'Avignon et (p. 235-96) le journal des conférences qui y eurent lieu en 1344. — Les Lettres closes... de Clément VI, éd. K. Déprez, contiennent de nombreuses pièces sur l'activité diplomatique du pape; cf. aussi Th. Rymer, Foedera..., u, part. II; iii, part. I. — A. de la Borderie, Hist. de Bretagne, Rennes, m, 1899. — E. Durtelle de Saint-Sauveur, Hist. de Bretagne, Rennes, 1935. — E. Perroy, La guerre de Cent Ans, Paris, 1945 (détails sur la diplomatie pontificale). — G. Dodu, Hist. d'une maison royale. Les Valois, Paris, 1934 (bonne bibliographie). — E. Déprez, La conférence d'Avignon (1344). L'arbitrage ponti-
fical entre la France et l'Angleterre, dans Essais in M. H. près, to Th. F. Tout, 1925, p. 301-20.
4° Conséquences de la guerre de Cent Ans en Angleterre. — La guerre de Cent Ans eut des conséquences désagréables pour la papauté. Les Anglais méjugèrent les efforts qu'elle fit pour rétablir la paix entre leur pays et la France et la tinrent pour favorable à l'ennemi. Ils supportaient avec colère l'effet des grâces expectatives et des collations bénéficiales prodiguées à des étrangers, surtout aux cardinaux. Au parlement tenu en avr. 1343 leurs griefs furent exprimés avec virulence (Th. Rymer, op. cit., ii, part. II, 1232). Une série d'ordonnances leur donnèrent satisfaction : les exécuteurs de bulles relatives à des bénéfices soumis à la collation royale devinrent passibles de prise de corps (15 juin 1343) et la concession de faveurs à des étrangers fut rendue impossible (23 juill. et 20 oct. ; ibid., 1230, 1237).
Le shérif de Londres appliqua immédiatement les décrets royaux : il arrêta les procureurs des cardinaux Adhémar Robert et Gérard de Garde, venus en Angleterre pour entrer en possession de bénéfices conférés par le pape à leurs mandants. Clément VI protesta contre d' « abominables innovations ». A la reine Philippa, qui avait cru apaiser son irritation par le don d'un anneau serti de précieux diamants, il laissa entrevoir que sa charge pastorale le contraindrait à sévir (8 sept. 1343; E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 393).
Au lieu de s'amender, Édouard III dressa un véritable réquisitoire contre les provisions pontificales et se permit de rappeler au pape que « le successeur des apôtres avait mission de conduire aux pâturages les brebis du Seigneur, non de les tondre » (10 sept. 1343; Th. Rymer, op. cit., 1233). Vers la mi-octobre, le juriste John Shoderich présenta les doléances du roi et de ses sujets au S. -Père même qui le congédia sans plus. Clément VI multiplia les démarches près de la noblesse anglaise et de l'épiscopat pour peser sur la volonté royale et obtenir l'abolition des innovations : il y eut tension plus grande dans ses rapports avec le roi. Le parlement de 1344 aggrava les sanctions prises précédemment contre les transgresseurs des ordonnances royales et parla de rendre aux chapitres cathédraux le libre exercice du droit d'élection (ibid., ui, parL I, 31).
Les projets de réformes agités en 1343 et 1344 transpirèrent à l'étranger et semblèrent sourire aux rois de France et de Castille. Le pape parla d'user des armes spirituelles contre Édouard III (É. Baluze, op. cit., ni, 84-90). Afin d'en imposer à l'opinion, il affirma qu'en vertu de sa primauté, d'origine divine, sur les Églises de l'univers le pontife romain possédait « la pleine disposition de toutes les églises, dignités, offices et bénéfices ecclésiastiques » (11 juill. 1344; Rinaldi, op. cit., ad annum 1354, § 55-59; E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 980).
Clément VI avait trop le sens diplomatique pour briser avec le roi d'Angleterre. Il lui adressa Nicolino Canali, archevêque de Ravenne, et Pedro, évêque d'Astorga, qui l'entretiendraient au sujet des innovations (12 déc. 1344). Le bruit se répandit dans le public que les nonces apportaient dans leurs bagages une bulle d'excommunication contre Édouard III. Il fallut démentir de telles fausses nouvelles, mais la cour royale méfiante ne se décida pas facilement à délivrer des sauf-conduits aux envoyés pontificaux. La permission d'aborder en terre anglaise ne fut accordée que le 8 févr. 1345. Les nonces parlementèrent et la querelle bénéficiale s'assoupit (E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 1325, 1445, 1618).
En 1346, nouveau conflit. Afin de restaurer ses finances, Édouard III confisqua, à titre de prêts, les
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revenus de tous les bénéfices possédés en Angleterre par des étrangers qui n'observeraient pas la résidence. Clément VI lui remontra que les laïcs n'avaient nul droit de s'emparer de biens d'Église. Sa lettre réprobative ne parvint pas à destination. Les cardinaux Annibal de Ceccano et Étienne Aubert, chargés de la présenter à Édouard III, ne la lui communiquèrent pas, dans la crainte de compromettre le succès des négociations dont ils avaient la direction et qui visaient au rétablissement de la paix avec la France. Le pape n'approuva pas leur conduite et leur intima l'ordre d'exposer incontinent ses doléances au roi (28 avr. 1347; É. Baluze, op. cit., ni, 705-08).
En dépit de tout, Édouard III se trouvait prisonnier de l'opinion anglaise qui accusait Clément VI de partialité dans le conflit avec la France. Le parlement de 1351 lui imposa le Statuts of Provisors (9 févr.) qui consacrait la mainmise de l'État sur les biens d'Église : si par provision ou réserve le S. -Siège mettait opposition à une élection ou à la collation d'un bénéfice par le collateur ordinaire, et si dans les six mois les patrons et l'évêque n'exerçaient pas leurs droits respectifs, la collation reviendrait au roi ou aux seigneurs auxquels avait originairement appartenu la désignation du titulaire dudit bénéfice (Statutes of the realm, ! I, 1810, p. 316).
Le roi d'Angleterre appliqua imparfaitement le statut attentatoire à la liberté de l'Église. Il eu usa suivant les circonstances et préféra solliciter du S.- Siège la nomination de ses favoris comme évêques, plutôt que de courir les risques inhérents au régime électif. Clément VI s'arma de patience. Vers juill. 1352, il menaça le roi et ses officiers de censures si, dans l'espace de quatre mois, le séquestre mis sur les bénéfices des cardinaux, des familiers de sa cour et d'autres clercs non anglais n'était pas rapporté; mais il n'osa point exécuter ses menaces.
G. Mollal, La collation (les bénéfices..., Paris, 1921, p. 249- 6.3.
5° Clément VI et la France. — Les relations privées entre Clément VI et la cour de France furent empreintes de cordialité. Le pape avait exprimé le désir de posséder certaines reliques; Philippe VI les lui envoya, enchâssées dans un reliquaire somptueux qu'ornaient des pierres précieuses. Dans le courant de l'hiver 1343 et au mois de sept, suivant, le roi lui adressa une abondante venaison; en déc. 1344, une provision de fromages et des pièces d'étoffe. Clément VI tombait-il malade, souffrait-il de fièvre tierce et de rhumatismes afïectant la tête et les mâchoires, la reine s'inquiétait de sa santé. En retour, il témoignait sa joie de savoir rétabli le dauphin Jean (E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, ii. 211, 499, 500, 1092, 1308, 1370, 1671).
La cour de France connaissait la prédilection du pape pour les membres de sa famille. Afin de se le rendre propice, le dauphin Jean donna à son frère Guillaume, seigneur de Chambon, une rente annuelle de 1 000 livres tournois assise dans l'Anjou et le .Maine (mai 1342; É. Baluze, op. cit., iv, 1). Devenu roi, il gratifia de la châtellenie de Caylus son neveu Guillaume, vicomte de Turenne, et d'une rente de 500 livres Jeanne, fille de celui-ci (1351 ; ibid., 111 ; E. Albe, La châtellenie de Cai/lus au .xiv^ s., dans Bull, de la Soc. archéol. de Montauban, xxxiii, 1905, p. 217-361).
De son côté. Clément VI secourut puissamment Philippe VI, dépourvu de numéraire au moment où éclata la guerre de Cent Ans. Il lui avança, du 26 nov. 1345 à la fin de févr. 1350, l'énorme somme de 592 000 florins et de 5 000 écus. De plus, il l'autorisa à perce- j voir la décime pour deux ans le 15 oct. 1342 et le 4 mars 1345, pour un an le 25 juill. 1347, pour deux \
ans le 23 janv. 1348; en outre, il lui permit (20 juin 1344) de garder l'argent levé pour la croisade, ce que Benoît XII lui avait toujours refusé.
J. Viard, Un chapitre d'Iiist. administrative. Les ressources extraordinaires de la royauté sous Philippe de Valois, dans Revue des questions historiques, xLiv, 1888, p. 206-15. — E. Déprez, Lettres closes... de Clém. VI, n. 914. — M. Faucon, Prêts faits aux rois de France par Clément VI, Innocent VI et le comte de Beaujort, dans Bibl. de l'École des chartes, xi, 1879, p. 570-78. — E. GôUer, Inventarium instrumentorum Camerae apostolicae, xxiii, 1909, p. 65-109.
Clément VI favorisa grandement la France. Après avoir approuvé le projet de réunion du Dauphiné, arrêté en 1342 à Villeneuve-lès-Avignon, il le ratifia à titre de vicaire de l'Empire durant sa vacance (3 août 1344). Mais, en 1347, le pape changea d'avis et poussa Humbert II à se remarier à la suite de la mort de Marie des Baux. Il appréhendait sans doute l'extension de l'influence française aux portes d'Avignon. Quand la vente du Dauphiné fut définitivement consentie au petit-fils de Philippe VI, le pape craignit qu'elle suscitât un conflit avec le comte de Savoie : il s'appliqua à faire signer un pacte d'amitié à Villeneuve-lès-Avlgnon, le 27 oct. 1351.
C. Cipolla, Clémente VI e la Casa di Savoia, dans Miscellanea di storia italiana, III" sér., v, 1900, p. 91-178; vu, 1902, p. 143-89 (éd. de bulles de Clément VI). - F. Gabotto, Storia del Piemonte nella prima meta del secolo .XIV, Turin, 1904. — R. Delachenal, Hist. de Charles V, i, Paris, 1909, p. 25-53. — J.-.I. Guiffrey, Hist. de la réunion du Dauphiné à la France, Paris, 1868. — E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 1013 (ratification de Clément VI).
L'entente qui régna entre le roi de France et le S.- Siège fut troublée pour des questions de collation de bénéfices et d'exercice de la juridiction. Les officiers royaux empiétaient méthodiquement depuis des années sur les droits de l'Église en ces matières. Dès le 31 mai 1342, Clément VI avait chargé les légats Annibal de Ceccano et Pierre des Prez de remédier aux abus (E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 99, 100). Le 24 févr. 1344, maître Gui de Lacalm, doyen de S.-Yrieix, vint à la cour de Paris pour négocier un accord au sujet du droit de régale. Le parlement de Paris évinçait presque toujours les candidats apostoliques entrés en concurrence avec les clercs pourvus en temps de régale (ibid., n. 682). Le nonce ne parvint pas à ses fins. Trois ans plus tard, de graves attentats à la liberté de l'Église amenèrent des froissements entre Avignon et Paris.
En réponse aux mesures prises par Édouard III en Angleterre, Philippe VI avait décrété la saisie des revenus des clercs ne résidant pas en F'rance à la date du 13 févr. 1347 (É. Baluze, op. cit., iv. 77). Les commissaires, chargés de l'exécution du décret, saisirent les biens meubles non seulement des prélats et des clercs séjournant en Cour romaine, mais même ceux des cardinaux, des fonctionnaires et familiers pontificaux, des hospitaliers de S. -Jean de Jérusalem; bien plus, ils spolièrent les églises et les fondations religieuses de leurs richesses (ibid., iv, 85).
Clément VI écrivit à Philippe VI pour lui manifester son mécontentement et le pria d'accueillir favorablement Guillaume Lamy, évêque de Chartres, et Pasteur de Sarrats, archevêque d'Embrun. Avant l'arrivée de la lettre à destination, la reine Jeanne avait obtenu, le 5 avr., le retrait partiel de l'ordonnance : une exception fut faite en faveur des cardinaux, des clercs et courtisans tant pontificaux que royaux (ibid., iv, 77). La reine, entièrement dévouée à Clément VI, sollicita encore plus et réclama la révocation totale de l'édit. Pas plus que les nonces, elle n'obtint satisfaction. Les officiers royaux procédèrent " durement » à l'exécution intégrale du décret du 13 févr. 1347, sans avoir égard
à la révocation partielle du ô avr. Les nonces rappelèrent à Philippe VI les promesses faites à la reine; le roi tergiversa et manifesta simplement son intention d'envoyer sa réponse à Avignon par un ambassadeur spécial. L'accord passé en 1360, lors du traité de Hrétigny, montre que jusqu'à cette époque les bénéfices appartenant en France à des Anglais demeurèrent sous séquestre CG. MoUat, La collation des bénéfices..., p. 309-11).
6° Clôture du con/lU de l'Église et de l'Empire. — Clément VI comprit la nécessité de terminer un conflit qui durait depuis Jean XXII. Le 12 avr. 1343, la bulle Prolixa rétro relata la longue série des méfaits de Louis de Bavière et lui enjoignit de se démettre de la dignité impériale dans les trois mois. A l'expiration du délai, le pape écrivit à l'archevêque de Trêves d'élever sur le trône d'Allemagne un prince dévoué à l'Église (S. Riezler, op. cit., n. 2151). Une ambassade vint offrir au pontife la soumission du prince, avouer ses forfaits, rétracter ses opinions hérétiques, accepter les pénitences qui lui seraient infligées et parler d'abdication <18 sept. 1343; ibid., n. 2167).
Le pape hésita à pardonner. Les instances des rois de France et de Bohême, jointes à celles de villes italiennes comme Florence, triomphèrent de ses hésitations : il stipula des conditions de paix si dures que les États, réunis à Francfort le 8 sept. 1344, les repoussèrent. Une assemblée, tenue peu après à Rense, émit le vœu qu'on procédât à une nouvelle élection et prononça le nom de Charles de Moravie. Avant de patronner publiquement la candidature de son ancien élève. Clément VI en prépara le succès patiemment par les voies diplomatiques. Lorsque l'opinion allemande lui parut suffisamment travaillée, il publia une bulle proclamant la déchéance totale de Louis de Bavière et le privant de l'Empire : une autre, le 28, pressa les princes électeurs de procéder à une nouvelle élection. Auparavant, le 22, Charles souscrivit par serment à toutes les obligations que lui imposait le S. -Siège. Le 11 juin., il était élu.
Clément VI avait cru lier à sa personne le roi des Romains; il constata avec amertume la faillite partielle de l'espoir fondé sur lui. Quoique Charles se fût astreint à obtenir de la Cour pontificale confirmation de son élection, il ne formula jamais une demande d'approbation et sollicita seulement quelques faveurs, en particulier d'être sacré empereur. Il avait promis de chasser de leurs sièges tous les évêques intrus et de soutenir la candidature des prélats désignés par la Cour d'Avignon (K. Zeumer-R. Salomon, Actu regni Karoli IV, Hanovre, 1910, n. 9); il éluda cette obligation. Des mesures de violence de sa part eussent été impolitiques; il chercha à se réconcilier avec les Wittelsbach et leurs partisans. Dès que Henri de Virnebourg, privé canoniquement du siège de Mayence, l'eut reconnu comme roi des Romains, il abandonna la cause de Gerlach de Nassau qui lui avait été substitué par Clément VI. Ainsi l'accès à la dignité impériale de Charles IV ne changea guère la situation des évêques allemands vis-à-vis du S. -Siège et n'assura pas la prise de possession de ceux que nomma le pape en vertu du droit de réserve. Toutefois, par égard pour son bienfaiteur, le prince attendit la mort de Clément VI pour publier la Bulle d'or qui, comme on sait, brisa les liens séculaires (jui unissaient l'Église et l'Empire.
E. Ruemler, Die Akten der Gesandschaflen Liidwigs des Baiern an Benedikt XII. und Klefneiis VI., dans Qiiellen und Sludien aux deni hislor. Seminar der Vnio. Innsbriick, II, 1910, p. 111-55. — H. Otto, Die Hide und Privilegien Heinrichs VII. und Karls IV., dans Quellen und Forschungen aus italienischen Archiuen und Biblioleken, ix, 1906, p. .314-70. — E. E. Stengel, Aiiignon und Uhens, Weimar, 1930, p. 184-215.
1 7'^ La politique italienne. — La réconciliation de ' l'Église et de l'Empire libérait la papauté d'un gros I souci. Clément VI avait pris toutes les mesures de I sûreté convenables pour l'avenir de l'Italie. Le 22 avr. 1346, Charles de Moravie avait promis par serment de casser les procédures jadis instituées par Henri VII contre Robert d'Anjou, Rome et Florence, d'annuler l'ensemble des actes de Louis de Bavière relatifs à la péninsule, de respecter les domaines de l'Église, de ne jamais pénétrer dans une terre relevant d'elle sans la permission formelle du S. -Siège, de ne pas entrer dans la Ville éternelle avant le jour fixé pour son couronnement et d'en sortir le soir de la cérémonie (K. Zeumer-R. Salomon, op. cit., n. 9). Mis en défiance i par certains agissements du roi des Romains, le pape craignit qu'il n'empiétât sur les droits du S. -Siège I au cours d'une descente éventuelle en Italie et s'op- ! posa à toute expédition romaine. Il s'employa, par i contre, à rétablir dans les États de l'Église son auto- I rité temporelle compromise sérieusement sous le pontificat de Benoît XII, et n'hésita pas à recourir à I la force armée pour reconquérir les places fortes occuj pées çà et là par des seigneurs locaux.
1. La guerre en Romagne et dans les Marches. — '\ Astorge de Durfort, son parent, commença par atta- : quer Giovanni de' Manfredi qui s'était emparé de ! Faenza. Vainqueur le 20 mai 1350, il mit le siège devant Solarolo. Le brave soldat savait que les fils de Taddeo Pepoli, vicaire de l'Église à Bologne, soutenaient secrètement son adversaire et méditaient euxmêmes de se rendre indépendants : il agit par ruse et convia l'un d'eux, Giovanni, à conférer avec lui. Arrivé au camp, Giovanni fut arrêté et mis en captivité à Imola; la liberté lui était garantie, s'il rendait I à l'Église Bologne. Aussitôt les troupes pontificales envahirent le Bolonais. L'expédition s'annonçait fruc- I tueuse, quand l'imprévu la compromit. Astorge de I Durfort, n'ayant pas l'argent suffisant pour payer la ' solde de ses mercenaires, leur remit en gage son prisonnier qui acheta sa liberté et courut s'aboucher avec Giovanni Visconti, seigneur de Milan depuis le décès de Luchino (janv. 1349). Il eût été peut-être sage de négocier avec les Pepoli. Astorge s'obstina, au contraire, à s'emparer de Bologne par la violence. Cette décision inopportune incita les Pepoli, trop débiles, à vendre la seigneurie de la ville à Giovanni Visconti. i L'occupation de Bologne par lui était une calamité j pour l'Église. Giovanni Visconti pouvait désormais ! réaliser ses rêves ambitieux, envahir les terres voisines I du S. -Siège et neutraliser les Florentins. Sa victoire ' parut quasi certaine, quand, faute d'être secouru à temps par Clément VI, Astorge de Durfort eut aban- I donné à ses routiers les châteaux de la Romagne I comme caution de leur solde non encore acquittée. Les I soudards vendirent leurs gages à Bernabo Visconti 1
(^Jément VI n'avait plus que des armes spirituelles à ! opposer à l'ennemi. Citation à comparaître (18 nov. I 1350), menace d'excommunication (4 févr. 1351), sus- I pense a divinis — Giovanni Visconti était archevêque I de Milan — privation de tout pouvoir tant spirituel ! que temporel ne fléchirent pas l'obstination des Visi conti à garder pour eux Bologne, j Clément VI, non secouru par Florence, modifia ' brusquement sa politique. Puisque le manque d'argent lui interdisait le recours aux armes, il composa avec ' son adversaire. Le 28 juill. 1352, Giovanni Visconti I recevait le vicariat de Bologne moyennant un cens annuel de 12 000 florins et le service de 300 cavaliers durant quatre mois de l'année dans les rangs de l'ar- : mée pontificale.
] La ratification de la paix courrouça les communes I guelfes de Toscane qui en appelèrent — qui l'eût cru? I — à l'empereur. La menace d'une descente de Char-
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les IV en Italie suffit à alarmer Giovanni Visconti. Des négociations commencèrent : elles aboutiront au traité bienfaisant de Sarzana qu'Innocent VI eut l'heur de signer et qui rétablit l'équilibre politique en Italie.
A. Sorbelli, La signoria di Giovanni Visconti a Bologna e le sue relazioni con la Toscana, Bologne, 1902. — F. Baldasseroni, La guerra Ira Firenze e Giovanni Visconti, dans Studi storici, xi, 1902, p. 361-407; xn, 1903, p. 41-94. — F. Landogna, La politica dei Visconti in Toscana, Milan, 1929. — • A. Mercati, Tentativo del duca d'Atene di ottenere l'investitura délia Romagna (1343), dans Riv. stor. degli archivi toscani, iv, 1932. — K. Zeumer et R. Salomon, Acta regni Karoli IV, dans Conslilutiones et acta publica imperatorum et regitm, viii, Hanovre, 1910-26 (M. G. H., LL., section iv). — Y. Renouard, op. cit., 251-57. — G. Biscaro, Le relazioni dei Visconti di Milano con la Chiesa. Giovanni e Luchino, Clémente VI, dans Archivio storico lombardo, VI' sér., Liv, 1927, p. 4-95, 201-36; L'arcivescovo Giovanni, Clémente VI e Innocenzo VI, ibid., lv, 1928, p. 1- 96. — L. Frati, Documenti per la storia del governo Visconteo in Bologna nel s. XI V, ibid., 1889, p. 525-53.
2. Guerre avec Giovanni di Vico et révolution romaine. — La mort de Robert d'Anjou, en 1343-, enleva son meilleur appui au pouvoir temporel de l'Église et aux guelfes leur chef reconnu. L'assassinat d'André de Hongrie eut une non moins fâcheuse répercussion dans le Patrimoine de S. -Pierre. Les gibelins enhardis s'affranchirent bientôt du gouvernement des recteurs. Le plus entreprenant parmi eux, le préfet de Rome Giovanni di Vico, réorganisa le parti à Viterbe et commença, à dater de 1345, la conquête progressive du Patrimoine.
Après avoir acheté aux Orsini leurs droits sur Vetralla, il fixa dans cette ville le centre de ses opérations (1345). En 1346 il infligea une défaite sévère aux troupes du recteur Bernard du Lac. Clément VI déchaîna contre le vainqueur tout l'appareil des censures de l'Église et l'obligea à composition (1347). Giovanni di Vico cessa d'être dangereux pour un temps, à la suite de la révolution survenue à Rome, le 20 mai
Ce jour-là Cola di Rienzo, humble notaire de la chambre urbaine, mais éloquent orateur et de belle prestance, avait reçu du peuple assemblé la seigneurie. Le tribun rêvait de ressusciter la République romaine, de redonner à la cité son antique splendeur et d'en chasser les nobles qui la tyrannisaient. Giovanni di Vico, qui avait résisté, dut après une défaite s'humilier et lui jurer fidélité. La rapidité avec laquelle Rienzo accepta la seigneurie de presque toutes les communes du Patrimoine effraya le pape. L'inquiétude redoubla à Avignon quand on apprit que le tribun s'était entendu avec le roi de Hongrie pour expulser de Naples la reine Jeanne et soumettre son royaume ainsi que le comté de Provence directement au peuple romain. Cola, disaiton encore, méditait d'unir toutes les cités d'Italie en un seul État dont Rome serait le centre; le 1""' août 1347, les procureurs de vingt-cinq d'entre elles étaient venus pour jeter les bases d'un accord.
Clément VI dépêcha au légat Bertrand de Déaulx l'ordre de gagner Rome et d'engager le tribun à renoncer à ses projets funestes pour l'Église; au besoin des sentences d'interdit et d'excommunication seraient prononcées (12 oct. 1347; A. Theiner, Codex diplomnticus dominii temporalis Sanctae Sedis, Rome, 1862, doc. CLxxxii).
Rienzo ne se soucia nullement des menaces du S.- Siège; ce fut le cardinal qui pris de peur s'enfuit se mettre à l'abri des murs de la forteresse de Montefiascone. Là s'organisa une contre-révolution qui réussit le 15 déc. 1347.
La rentrée de la noblesse à Rome provoqua rapidement des troubles. Excédé des rixes quotidiennes qui ensanglantaient la ville, un groupe de Romains confia
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
le pouvoir à un plébéien du nom de Giovanni Cerroni (21 déc. 1351), auquel le pape, content du départ de Rienzo, donna le titre de sénateur et de capitaine (A. Theiner, op. cit., doc. ccxxni-ccxxv).
Après la chute du tribun, Giovanni di Vico releva la tête, mais conclut avec l'Église pour trois ans une paix avantageuse. A Bernard du Lac avait succédé un neveu de Clément VI, Guichard de Comborn, qui lui en imposa et qui réoccupa diverses places fortes ou villes révoltées.
A l'expiration de l'accord signé en 1347, Giovanni di Vico reprit la conquête des terres du Patrimoine. La mort de Guichard de Comborn, victime de la peste, l'avait débarrassé d'un recteur actif et valeureux. Clément VI usa encore une fois des armes spirituelles co'ntre le conquérant (A. Theiner, op. cit., doc. ccxxix). Un gros effort fut fourni par les troupes qu'il avait gagées; mais la campagne menée avec les milices romaines contre Giovanni di Vico se termina par un désastre (1352) et, qui pis est, Orvieto tomba au pouvoir de l'ennemi de l'Église; il fallut signer une trêve.
M. Antonelli, Vicende délia dominazione pontificia nel Patrimonio di San Pietro in Tuscia dalla traslazione délia Sede alla restaurazione deW Albornoz, dans Archivio délia Soc. Romana di storia patria, xxv, 1902, p. 309-39. — C. Calisse, I prefetti di Vico, Rome, 1888. — H. Schâler, Deutsche Ritter und Edelknechte in Italien wâhrend des XIV. Jahrh., Paderborn, 1911, i, 21-29; ii, 75-82. — P. Piur, Cola di Rienzo..., trad. J. Chabot, Milan, 1934. — K. Burdach, Briefwechsel des Cola di Rienzo, Berlin, 1912-28, 3 vol. — Vita di Cola di Rienzo, éd. A. M. Ghiselberti, Florence, 1928. — M. E. Consenza, Francesco Petrarca and the révolution of Cola di Rienzo, Chicago, 1913.
3. Clément VI et les royaumes de Naples et de Hongrie. — Avant de mourir (20 janv. 1343) Robert, roi de Naples, institua par testament un conseil de régence qui aiderait sa petite-fille Jeanne à administrer le royaume jusqu'à ce qu'elle eilt atteint sa vingt-cinquième année. Ce faisant, il excluait, d'une part la tutelle de l'Église romaine qui y avait droit en vertu de sa suzeraineté, et de l'autre les princes de Tarente et de Duras, hostiles au mariage de la princesse avec André de Hongrie et convoitant par surcroît la couronne royale. Clément VI ne protesta pas, ne s'associa à aucun des actes du conseil de régence voulu par Robert et attendit patiemment l'heure d'agir.
A peine le roi fut-il mort que les veuves des princes de Tarente et de Duras, Catherine de Courthenay et Agnès de Périgord, commencèrent leurs intrigues. Quoique Robert eût destiné, par testament, la main de Marie, sœur de Jeanne, à Louis de Hongrie ou, à son défaut, à un prince français, Agnès de Périgord eut l'habileté d'obtenir de Clément VI une bulle autorisant son fils Charles à épouser une de ses proches parentes dont le nom n'était pas exprimé. Possesseur de la dispense, le bénéficiaire se fiança avec Marie le 26 mars 1343, puis l'enleva ou la fit enlever, de connivence peut-être avec la reine. On cria au scandale. Jeanne changea elle-même d'attitude et interdit à ses gens d'assister à la solennisation des noces qui se célébrèrent le 24 avr. Clément VI s'appliqua à apaiser un courroux qui sans doute manquait de sincérité ou visait à parer au ressentiment de Catherine de Courthenay, jalouse d'une union qui assurait le trône à son neveu dans l'hypothèse où Jeanne décéderait sans postérité (F. Cerasoli, Clémente VI e Giovanna I di Napoli. Documenti inediti delV Archivio Vaticano, dans Archivio storico per le provincie napoletane, xxn, 1897, p. 7- 14).
Catherine, décidée à prendre sa revanche, ourditelie un plan odieux suivant lequel Filippa la Catanaise, gouvernante de Jeanne, flatta ses goûts sensuels et lui inspira de l'aversion pour son mari? Nous ne connaissons exactement ni le caractère d'André de
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Hongrie ni les sentiments que sa femme nourrissait à son égard; nous savons seulement qu'elle le tint à l'écart des afTaires publiques.
A la cour hongroise l'on s'indignait de cette situation. La reine mère Elisabeth arriva à Naples en juill. 1343 et essaya de vaincre les résistances de sa bru, tandis qu'à Avignon des ambassadeurs réclamèrent pour André le titre de roi de Sicile et de Jérusalem ainsi qu'une part efTective dans le gouvernement du pays. Clément VI craignait les vues ambitieuses des souverains hongrois. Quelle imprudence c'eût été de créer aux portes de Rome une dynastie trop puissante 1 Il reçut avec déférence les envoyés de Naples et de Buda et réserva sa décision à plus tard. Dans la réalité ses plans étaient nettement arrêtés : sans l'action énergique et judicieusement conduite du S. -Siège, la jeune reine et son conseil de régence s'avéreraient, à brève échéance, incapables de déjouer les projets secrets des Hongrois qui tendraient tôt ou tard à la prise de possession du royaume, inhabiles aussi à triompher des difficultés posées par la politique extérieure et à entraver la dilapidation des finances. En vain Jeanne, les Duras, les Tarente tentèrent, ofTicieusement ou officiellement, de ruiner les desseins pontificaux qui avaient transpiré. La réponse de Clément VI fut tranchante : la constitution du conseil de régence était illégitime; ses membres contracteraient l'excommunication s'ils osaient administrer le pays; au pape seul, en tant que suzerain, pendant la minorité de la reine, appartenait la curatelle, qui serait confiée au cardinal Aimery de Chàtelus, diplomate habile, administrateur de talent, connaisseur parfait des affaires italiennes (17 oct. et 28 nov. 1343); André de Hongrie ne serait couronné roi qu'au titre de « mari »; sur sa participation au gouvernement, silence absolu (29 janv. 1344; E.-G. Léonard, La jeunesse de Jeanne I'", reine de Naples, comtesse de Provence, i, Paris, 1932, p. 299-302, 322, 339).
Le choix d'Aimery de Chàtelus apparut excellent. Cet homme perspicace sut déjouer tous les pièges que lui tendit la cour napolitaine, désireuse d'empêcher sa prompte arrivée : en dépit des obstacles dressés contre lui, il entra solennellement à Naples le 20 mai 1344. Malgré ses résistances et les multiples démarches entamées à Avignon par le cardinal de Périgord, Jeanne I'' dut promettre obéissance au S. -Siège (24 août) et prêter hommage (28 août); dès lors, le légat administra effectivement le pays, mais de concert avec les membres du conseil de régence précédemment révoqués par Clément VI. Sa situation demeura toujours délicate; il se sentit suspect, voire importun, et réclama maintes fois son rappel, secondant ainsi les plus chers désirs de la reine.
Le pape changea brusquement d'opinion; il estima que Jeanne avait acquis assez de maturité pour gérer le pouvoir sans son concours et sans l'aide des serviteurs de son grand-père. Des restrictions furent bien énoncées, mais elles n'eurent aucune portée pratique (19 nov. 1344; F. Cerasoli, loc. cit., xxii, 238-42).
La décision trop prématurément prise par la Cour d'Avignon produisit aussitôt ses fruits : se jugeant déjà libérée du légat et délaissant les conseils prodigués par le pape, la reine consentit « des aliénations nombreuses de ses biens et de ses droits »; puis éclata le désaccord entre elle et son mari, moins par la faute des deux époux que par les insidieuses et perfides brigues des gens de leur entourage. Bref, au lieu de partir, Aimery de Chàtelus prolongea jusqu'au 24 mai 1345 son séjour en terre napolitaine. Ignorant s'il était sur la voie du retour. Clément VI confia la charge de nonce à Guillaume Lamy, évêque de Chartres, avec mandat de réformer les abus que des informateurs avaient signalés. De son côté, en vertu de ses instructions, le légat publia, le 30 mai 1345, à San Germano,
une bulle datée du 30 janv. précédent qui révoquait toutes les aliénations effectuées imprudemment par la souveraine depuis le décès de son aïeul et obligeait à restitution, sous peine d'excommunication, les bénéficiaires de ses largesses; il accrut même les sanctions édictées par Clément VI en privant les opposants de leurs biens et fiefs. Hélas! Jeanne persévéra dans ses errements malgré les exhortations répétées du S. -Père.
Cependant l'affaire du couronnement d'André de Hongrie semblait ne pouvoir être plus longtemps différée, tant les réclamations, voilées de menaces, des Hongrois, devenaient pressantes. Clément VI agit d'autorité : il imposa la cérémonie, tout en spécifiant, entre autres conditions dures et humiliantes, celle qu'André renoncerait à l'espoir de ceindre la couronne, sinon « comme mari de sa femme »; si celle-ci venait à mourir sans descendant, le royaume passerait à Marie, la belle-sœur d'André. Les lettres pontificales, expédiées les 20 et 21 sept. 1345, manquèrent d'effet : dans la nuit du 18 au 19, au château d'Aversa, André se disposait à se coucher quand une voix l'appela : intrigué, le prince se vêt à la hâte, se chausse et pénètre dans un couloir contigu à la chambre nuptiale; des conjurés lui sautent à la gorge et l'étranglent (É. Baluze, op. cit., II, 368-69; E.-G. Léonard, La jeunesse de Jeanne I^K.., r, 465-73).
Le régicide occasionna des tracas à Clément VI. Le roi de Hongrie, irrité de la lenteur avec laquelle avait été conduite l'affaire du couronnement de son frère, se vengea du S. -Père en recherchant l'alliance de Louis de Bavière et celle d'Édouard III, roi d'Angleterre. Il fallait à tout prix écarter le danger d'une invasion de l'État napolitain et pour cela opérer prompte justice. Après avoir flétri solennellement en consistoire le crime commis à Aversa, le pape publia des procès contre les auteurs inconnus et se réserva leur châtiment {l" févr. 1346). Il n'était que temps d'agir; peu après, une ambassade vint réclamer brutalement l'investiture du royaume de Sicile au profit du roi Louis de Hongrie et émit la prétention que le S. -Siège interdirait de nouvelles noces à Jeanne. Clément VI se montra inflexible et n'accorda rien aux solliciteurs.
A Naples, les événements se compliquaient. Rentrée dans la ville vers le 24 sept. 1345, Jeanne l'^ s'était enfermée dans le palais de Castelnuovo et avait mis au monde, dans la nuit de Noël, un fils, qui fut dénommé Charles-Martel afin de complaire aux Hongrois et dont le pape avait accepté le parrainage (F. Cerasoli, loc. cit., XXII, 429-31). Cette naissance contrariait les visées des princes du sang. Louis de Tarente gagna la faveur de la reine et brigua sa main. Dès lors son frère Robert et Charles de Duras liguèrent leurs intérêts, pourtant opposés, contre leur heureux rival et fomentèrent une émeute (6-10 mars 1346). La populace, qui accusait Jeanne de complicité avec les meurtriers d'André, parcourut la cité en criant : « Mort aux traîtres I mort à la reine impudique! » Assiégée, la reine capitula et remit toute une série de suspects de l'assassinat de son mari au grand justicier Bertrand des Baux, qui avait reçu du pape délégation aux fins d'enquête (3 et 4 juin 1346).
Catherine de Courthenay, méprisant les règles de la bienséance, vint habiter le Château-Neuf qu'avait dû quitter Louis de Tarente et travailla à unir par les liens du mariage Jeanne et son fils préféré Robert, déjà saisi du pouvoir par un acte royal du 26 avr. 1346. Une supplique, parvenue à Avignon, sollicita même les dispenses requises, cependant que d'autres émissaires signifiaient au pape l'aversion que la reine éprouvait pour son cousin. Surpris de démarches aussi contradictoires. Clément VI montra combien la première était inconsidérée au moment précis où Louis de Hongrie demandait la dépossession de celle qu'il
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accusait d'adultère et d'assassinat. Les ambassadeurs hongrois avaient, en outre, proposé d'attribuer l'administration du royaume à Étienne, voïvode de Transylvanie, jusqu'à la majorité de l'enfant d'André et proféré de terribles menaces à l'égard de sa mère si elle osait épouser Robert de Tarente ou tout autre prince. En sens contraire la diplomatie française agissait et appuyait la demande de dispense de mariage; à l'instar du pape, elle redoutait que le roi de Hongrie s'emparât du royaume de Naples.
Dans cette alternative. Clément VI temporisa. A Louis de Hongrie il promit de n'accorder une dispense matrimoniale que pour » des causes graves et raisonnables ». Jeanne, assura-t-il, ne saurait être privée de ses États, puisqu'elle n'avait été encore ni déclarée coupable, ni citée en justice. Quant au petit Charles- Martel, les évêques de Padoue et du Mont-Cassin veilleraient sur ses jours. A Jeanne le pape communiqua son intention d'agir au mieux de ses intérêts; les deux mêmes évêques avaient reçu les pouvoirs secrets de concéder, le cas échéant, la dispense de mariage sollicitée; cependant il reprocha à la souveraine sa cohabitation avec Robert de Tarente, propre à attiser la colère de Louis de Hongrie. Au reste, ses nonces eurent mission de l'obliger, sous peine de censures ecclésiastiques, à se conformer aux monitions prodiguées jusqu'à ce jour (F. CeraSoli, loc. cit., xxii, 438-40, 452-53).
Si, au début du mois d'août 1346, des exécutions capitales eurent lieu ostensiblement, certains seigneurs haut placés échappèrent à tout châtiment, grâce à la complaisance de la cour de Naples. A vrai dire, Robert de Tarente, momentanément maître du pouvoir, ne tint pas son rôle, manqua d'énergie et ne réussit qu'à compromettre la reine en continuant à demeurer avec elle. La présence du cardinal Bertrand de Déaulx, nommé légat depuis de longs mois, devenait urgente. En attendant son arrivée, les évêques de Padoue et du Mont-Cassin assumèrent la délicate charge de persuader à Robert de quitter le palais royal.
Jeanne dénoua la situation de façon inopinée : profitant de l'absence du prince qui s'était rendu aux funérailles de sa mère, elle ordonna de fermer les portes du palais (oct. 1346).
La venue du légat sembla promettre, de prime abord, d'heureux résultats. Le jeune Charles-Martel reçut, comme héritier du trône maternel, l'hommage de ses sujets (janv.-févr. 1347); des édits promulguèrent la restitution des biens domaniaux indûment aliénés, la mise en état de défense du pays et la répression du brigandage. Ces diverses mesures éminemment salutaires et prises sur les instances de Clément VI restèrent lettre morte : Jeanne dédaigna de les mettre à exécution; de même, elle ne tint nul compte des avertissements qui lui parvenaient d'Avignon et ne consentit ni à renoncer, pour l'instant, à de secondes noces trop hâtives avec Louis de Tarente, ni à envoyer Charles-Martel en terre provençale à l'abri de tout danger. Enfin, le moyen le plus pratique de réduire à néant l'accusation proférée contre elle et les princes de Tarente et de Duras d'avoir trempé dans le meurtre d'André de Hongrie consistait à comparaître devant le légat chargé d'enquêter. Par malheur, Bertrand de Déaulx agit avec mollesse ou plutôt déserta quelque peu son devoir essentiel : persuadé de l'inutilité de ses efforts, estimant la situation perdue ou obéissant à un sentiment derrainte, il ne suivit pas les directives qui lui parvenaient de la Cour pontificale, quitta le château royal, se réfugia au couvent de San Severino et finalement se retira en Bénévent. Mal secondé. Clément VI ne perdit pas courage et s'évertua à retarder l'invasion hongroise, en sollicitant l'intervention de Charles IV et du roi de France. Au légat il écrivit une lettre où s'étalait
son mécontentement et stimula son zèle, sans résultat d'ailleurs.
L'annonce du prochain mariage de la reine et de Louis de Tarente comme la nouvelle du projet d'union entre le petit Charles-Martel et la fille de Charles de Duras rendirent le pape fort perplexe. Convenait-il de les sanctionner de son autorité? Que décider contre le fait accompli? Aussi Clément VI s'attacha-t-il à garantir à Charles-Martel la possession du royaume et à juguler les convoitises de Louis de Tarente : quand bien même Jeanne mourrait sans postérité, le trône, prescrivit-il, reviendrait à sa sœur Marie ou aux héritiers de celle-ci. La défiance du pape à l'égard du prince apparaît encore plus visiblement, car, après avoir concédé les dispenses de mariage nécessaires, on le voit mander au légat de les tenir secrètes (21 juin 1347).
Cependant l'invasion hongroise tant redoutée se déclencha; progressant avec rapidité à travers le nord et le centre de l'Italie, l'ennemi était parvenu à Aquila, le 24 déc. 1347. Clément VI, qui avait vainement pressé les seigneuries locales de lui barrer la route, plia devant la force : aucune des menaces d'excommunication formulées contre le roi ne fut réalisée. Trahie par les princes, la reine Jeanne s'enfuit de Naples (15 janv. 1348) sans son fils, gagna par mer la Provence et s'apprêta à se rendre à Avignon. Clément VI calma un empressement prématuré — la reine ne vivait-elle pas en concubinage avec Louis de Tarente? ne demeuraitelle pas non plus suspecte de régicide? La Cour pontificale la reçut pourtant bientôt avec solennité, vers le 20 mars 1348, et autorisa son alliance avec Louis de Tarente. Averti par des intermédiaires que la souveraine ne se soumettrait pas à une enquête touchant l'assassinat d'André de Hongrie, le pape n'esquissa qu'un simulacre de procédure judiciaire qui n'eut nulle suite pratique, puisque l'intéressée quitta Avignon le 24 juin. 1348, sans avoir répondu à la citation à comparaître devant le pape. Auparavant, Louis de Tarente avait reçu en don la rose d'or (30 mars) 1
L'attitude adoptée par Clément VI paraît à première vue étrange. Elle s'explique parce qu'aucune preuve n'existait relativement à la culpabilité de la reine Jeanne. Il se montra donc favorable à celle-ci et travailla à ménager la susceptibilité de Louis de Hongrie. Bien décidé à ne point lui faciliter l'accès du trône de Sicile que le prince réclamait impérieusement, le pape entama avec lui des négociations et s'ingénia à les faire traîner en longueur. Le temps et la maladresse de l'envahisseur travaillèrent efficacement en faveur de la cause qui lui tenait à cœur. Le meurtre illégal de Charles de Duras, des exécutions capitales entachées d'arbitraire, l'arrestation injustifiée des princes du sang et les exactions commises par ses troupes n'avaient pas tardé à aliéner à Louis de Hongrie la population napolitaine; d'autre part, Venise s'apprêtait vraisemblablement à lui couper la retraite. Le roi partit soudainement dans les derniers jours du mois de mai 1348. Cet événement permettait le retour de Jeanne I'« dans ses États, mais le voyage nécessitait de gros frais. Dénuée de ressources, la reine avait songé, dès le mois d'avr. 1348, à vendre au S. -Siège la ville d'Avignon et son territoire : la cession définitive et perpétuelle eut lieu le 9 juin et la prise de possession le 23 juin. (J.-B. Christophe, Hist. de la papauté pendant le xiv^ s., II, Paris, 1853, p. 467-71 (texte du contrat de vente); Rinaldi, op. cit., ad annum 1348, § 4, 8, 9).
Louis de Hongrie avait laissé dans le royaume des troupes commandées par des chefs expérimentés. N'était-ce point l'indice d'un prochain retour offensif? Clément VI appréhenda cette éventualité et dépêcha deux légats, Annibal de Ceccano et Guy de Boulogne, l'un à Naples, l'autre à Buda, avec mission d'amener les deux cours à cesser les hostilités. Les car-
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dinaux s'acquittèrent rapidement de leur mandat et obtinrent la conclusion d'un armistice (juill. 1349). De la part de Louis de Hongrie il y avait feinte, destinée à le débarrasser de la présence du peu clairvoyant Guy de Boulogne qui le gênait dans la préparation d'une nouvelle opération militaire et à empêcher ses ennemis de prendre des mesures de sécurité; en avr. 1350, ses troupes débarquèrent inopinément sur les côtes de la Pouille et parurent bientôt sous les murs de Naples. Par malheur pour Jeanne, son mari de fraîche date n'avait pas tardé à lui ravir l'autorité et menaçait même sa vie. Clément VI décida d'intervenir en sa faveur. En juill. 1350 des galères provençales entrèrent dans la baie de Naples : battant pavillon de l'Église, elles portaient à bord un nonce spécial, Raymond Saquet, évêque de S.-Omer, et un homme de poigne, Hugues des Baux. Tandis que le nonce parlementait avec les Hongrois, Hugues bloquait le Château-Neuf et obligeait Louis de Tarente à rendre l'administration du pays à sa femme; puis, tous deux conclurent une trêve avec Louis de Hongrie (début de sept. 1350), qui consentit à quitter le royaume simultanément avec Louis de Tarente et Jeanne I'*. Durant l'armistice le pape enquêterait sur la part prise par la reine dans l'assassinat de son premier époux; si sa culpabilité ressortait, elle perdrait ses États qui passeraient au prince hongrois; si son innocence apparaissait, elle lui verserait une indemnité de 300 000 florins (F. Cerasoli, loc. cit., XXII, 693-96).
La trêve fut cette fois ponctuellement exécutée, du moins dans une de ses clauses essentielles : le 17 sept., Louis de Hongrie partit pour Rome, Jeanne et Louis de Tarente pour Gaète. En févr. 1351, Clément VI y contrevint en permettant la rentrée des princes napolitains dans leur capitale; mais, à la date du 20, la situation politique avait profondément évolué et Louis de Tarente, redevenu maître du pouvoir après le meurtre d'Hugues des Baux, avait réussi à libérer le royaume d'un bon nombre de garnisons hongroises. Clément VI avait beau jeu pour négocier, avec chances de succès, un accord avec Louis de Hongrie qui n'était plus à redouter. Au cours des pourparlers qui s'ouvrirent aucune mention ne fut faite de la mise en jugement de Jeanne et l'indemnité fut abaissée à 200 000 florins. La reine et Louis de Tarente acceptèrent facilement les conditions arrêtées; la question du paiement de l'énorme somme d'argent faillit tout compromettre; enfin, Clément VI s'étant porté garant et ayant obtenu de la cour de Naples des promesses formelles de remboursement, la paix fut conclue en oct. 1351 : Louis de Hongrie s'engagea à livrer au pape ou à ses délégués « les terres et forteresses du royaume de Sicile encore occupées » par ses troupes, se déchargea sur lui du châtiment des régicides, promit de délivrer de prison Louis et Robert de Duras. En dernière heure, le souverain renonça noblement à percevoir l'indemnité stipulée, parce que, en entrant en guerre, il n'avait eu en vue, disait-il, que de venger la mort violente de son frère André.
Afin d'assurer la transmission des lieux évacués conformément au traité. Clément VI délégua à cet eflet l'archevêque de Braga, Guillaume de la Garde, et Pierre de Saint-Martial; puis il assura officiellement la possession du trône de Sicile à Jeanne et à Louis de Tarente, en autorisant le couronnement solennel des deux époux qui s'effectua le 27 mai 1352. Avant la cérémonie, le pape prononça-t-il une sentence d'absolution à l'égard de la reine, comme l'afTirme seul Matteo Villani? Nous ne savons. Par contre, nous sommes renseignés exactement sur les conditions que Louis de Tarante souscrivit préalablement. Non seulement il garantit toutes les prérogatives que l'Église romaine possédait en tant que suzeraine, mais il renonça à la cou-
ronne au cas où Jeanne ne lui survivrait pas et laisserait des héritiers directs. Ceux-ci viendraient-ils à décéder, il leur succéderait et évincerait, par conséquent, Marie de Duras et sa descendance, de même que Robert, chef de la maison de Tarente.
Certes Clément VI agit avec une certaine faiblesse à l'égard de Jeanne I"; mais en définitive il ne remplit que ses devoirs de suzerain, lui rendit l'insigne service de lui prodiguer les plus sages conseils et la défendit, comme on l'a écrit avec justesse, «contre ses mauvais conseillers, contre ses cousins, contre le roi de Hongrie, contre son mari, contre l'Italie presque entière et contre l'opinion publique ». Sans doute il avait sanctionné sans enthousiasme et tardivement son union avec Louis de Tarente, mais il n'avait pas témoigné d'hostilité trop ouverte à ce prince sur qui pesaient de graves soupçons quant au meurtre d'André de Hongrie, et il ne lui avait pas marqué d'opposition trop ostensible à propos de son couronnement (sur l'ensemble des événements, voir le magistral ouvrage de E.-G. Léonard, Hisl. de Jeanne I'", reine de Naples, comtesse de Provence (1343-82), t. i et ii, qui a renouvelé complètement l'histoire de la reine Jeanne et qui contient une riche bibliographie).
8° La question d'Orient. — La rivalité de la France et de rA.ngleterre ayant réduit à néant le beau rêve caressé par Jean XXII de iancer l'Occident à la conquête de l'Orient, Clément VI conçut un plan plus modeste, mais pratique, consistant à constituer une ligue navale qui purgerait l'archipel des corsaires turcs. Sa réalisation s'effectuerait avec le concours des Italiens, des rois de Naples et de Chypre, des Hospitaliers de S. -Jean de Jérusalem. Il fallait donc avant tout pacifier l'Italie. Le légat Guillaume Court (1342) assuma cette lourde charge. Quant au pape, il entama des négociations avec les Vénitiens, dont le concours était indispensable. L'égoïsme des futurs alliés rendit très laborieuse la tâche pontificale. C'était à qui fournirait le moins possible de vaisseaux. Quelque vingt-quatre navires mirent à la voile à Négrepont (1344) et cinglèrent vers l'important port de Smyrne dont possession fut prise, le 28 oct., par le patriarche Henri d'Asti au nom de l'Église romaine.
Le brillant fait d'armes permettait dès lors d'organiser une opération plus vaste contre les infidèles. Une ambassade parvenue de Constantinople avait réclamé le secours des Latins. Rendu prudent par l'expérience, Clément VI le promit, mais le subordonna formellement à l'abjuration du schisme.
Cependant un retour offensif des Turcs contre Smyrne amena le massacre du légat et des principaux chefs latins. Clément VI accepta les offres de service du dauphin Humbert et flatta sa vanité par le titre de capitaine général. L'expédition placée sous les ordres de cet incapable ne fit rien d'utile. Il n'y eut que les Hospitaliers à détruire, à Imbros, plus de cent navires ennemis (1347).
Encore que considérable, la victoire d' Imbros laissait les Latins dans l'incapacité d'entrer en guerre sur terre avec les Turcs; d'où la nécessité de poursuivre des négociations avec eux (1348-49) de manière à garder Smyrne. Le 1"=' janv. 1351 la ligue chrétienne fut renouvelée pour une période de dix ans. Elle n'aboutit à rien de concret par suite de la néfaste rivalité de Gênes et de Pise. En vain le pape tenta d'apaiser le conflit qui s'exacerbait. Il eut le dépit de dissoudre la ligue récemment réorganisée. Les mécomptes lui vinrent aussi des Hospitaliers qui ne lui obéissaient pas et du roi de Chypre qui visait à l'indépendance. Dans ces tristes conditions l'union avec les Grecs et avec les Arméniens de Cilicie ne s'effectua pas, puisqu'elle dépendait en somme de l'appui militaire des Occidentaux contre les Turcs.