CLÉMENT VI — CLÉMENT
J. Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient ( 1342- 52), Paris, 1904. — Raimbault, Les dessous d'un traité d'alliance en 1350, dans Bull. hist. du Comité des trav. hist., 1902, p. 469-76. — G. Pressutti, Fr. Fortanerio Vassalli 0. M. in una minuta di bolla del papa Clémente VI ail' imperatore d'Orienté Giovanni Paleologo, dans Archivum franciscanum historicum, vi, 1913, p. 705-09. — C. CipoUa, Clémente VI e una questione ecclesiastica Cretese, dans Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, xvi, 1907, p. 385-92 (bulle du 4 juill. 1346 adressée au doge Andréa Dandolo et dans laquelle le pape se plaint des méfaits commis par les Vénitiens contre l'évêque de Milopotamo). — • U. Chevalier, La croisade du dauphin Humbert II, Paris, 1920.
XI. La. mort. — La santé de Clément VI paraît avoir été précaire. De 1342 à 1347, on ne compte pas moins de trois ou quatre médecins, sans compter les chirurgiens, qui veillent sur elle. En déc. 1343 le pape souffrait du pied; le 1«' mai 1345, il se plaignait de rhumatismes à la face et dans la tête (E. Déprez, Lettres closes... de Clément VI, n. 1671). Le 6 janv. 1349, un rhumatisme l'empêcha de célébrer la fête de l'Épiphanie. Le 17 déc. 1351, une tumeur lui occasionna de la fièvre et altéra les traits de son visage (E.-G. Léonard, op. cit., II, 328). Le 6 déc. 1352, la rupture d'une nouvelle tumeur provoqua une hémorrhagie interne qui l'emporta dans la tombe (E. Déprez, Les funérailles de Clément VI et d' Innocent VI d'après les comptes de la Cour pontificale, dans Mél. d'archéol. et d'hist., XX, 1900, p. 235-50; H. Waquet, Note sur les médecins de Clément VI, ibid., xxv, 1902, p. 45-48).
Le 7 déc. commencèrent les cérémonies des funérailles. Jean de Cardaillac, patriarche d'Alexandrie, prononça le panégyrique du défunt et loua « son affabilité qui se manifestait dans son regard, dans le commerce avec autrui, dans son langage, par sa clémence et sa magnificence » (Bibl. nat. de Paris, ms. lat. 3294, fol. 206 v°). La clémence, avait dit le pape jadis, « a crû en même temps que moi depuis mon enfance; je l'ai puisée dans le sein de ma mère; je suis fiancé avec elle ». Cependant, ajoutait-il prudemment, « la clémence n'existe pas sans la justice, ni la miséricorde sans le respect de la vérité » (É. Baluze, op. cit., ii, 423). Suivant un de ses biographes, il professait cette maxime « que personne ne doit se retirer mécontent de la présence du prince », et cette autre qu' « un pontife doit faire le bonheur de ses sujets » {ihid., i, 275). Pétrarque, son détracteur, avouait « qu'en nul autre n'apparut une plus grande aménité » (poème au cardinal Jean Colonna).
La neuvaine mortuaire se célébra à N.-D.-des- Doms. Autour du catafalque recouvert de cendal noir (étoffe légère de soie unie) étaient disposés des candélabres drapés de noir et des urnes funéraires; sur la bière, un drap de cendal noir brodé d'or, aux armes du pape sur fond de cendal rouge; aux angles du catafalque, des écussons. Le luminaire, abondant, coûta 1 104 florins. Cinquante prêtres, durant neuf jours, célébrèrent la messe pour le repos de l'âme du défunt. Des distributions de vivres et d'argent furent faites aux pauvres, aux hôpitaux, aux établissements de charité et aux couvents des mendiants d'Avignon.
Le corps de Clément VI resta à N.-D.-des-Doms jusqu'en mars 1353. Transporté avec solennité à La Chaise-Dieu, il y fut inhumé au mois d'avr. (E. Déprez, Les funérailles de Clément VI...).
BuLLAiRE. — Les registres des lettres de Clément VI existant aux .\rchives Vaticanes restent encore inédits pour la plus grande partie. On trouvera, dans l'appendice de notre ou^Tage, Les papes d'Avignon, Paris, 1950, p. 548-54, l'énumération des publications particulières qui les ont exploités.
Chambre apostolique. — ■ Les sources contenues dans ce fonds important des Archives Vaticanes ont été utilisées dans des recueils généraux par L. Mohler, Die Einnahmen der apostolischen Kammer unter Klemens VI., Paderborn, 1923, et K. H. Schâfer, Oie Ausgaben der apostolischen Kam-
VII (ROBERT DE GENÈVE) 1162
mer unter Benedikt XII., Clemens VI. und Innocenz VI., ibid., 1914. Toutefois ces deux ouvrages ne donnent que des résumés trop brefs des recettes et des dépenses; l'historien est donc obligé de recourir aux documents mêmes. Une partie de ceux qui concernent l'art ou certains diocèses ont fait l'objet de publications diverses; v. G. Mollat, Les papes d'Avignon, p. 11-13, 554-57.
Chancellerie. — Les règles de la Chancellerie de Clément VI ont été éditées par E. von Ottenthal, Die pdpstlichen Kanzleiregeln, Innsbruck, 1888; M. Tangl, Die pâpstlichen Kanzleiordnungen von 1200-1500, Innsbruck, 1894; J. Teige, Beitrage zum pàpsllichen Kanzleiwesen des XIII. und XIV. Ja/ir/i., dans Mitth.des Instituts fur osterreichische Geschichtsforschung, xvn, 1896, p. 404-40.
Chroniques. — La réédition de É. Baluze, Vitae paparum Avenionensium, i, Pai is, 1914, p. 240-308, contient six Vies de clément VI et, en appendice, p. 543-50, une septième due à Wemer d'Hasselbecke.
Numismatique pontificale. — C. Serafini, Le monete e le bolle plumbee pontificie del medagliere Valicano, Milan, 1911. — La réédition de É. Baluze, i, 587-89, donne les fac-similés des monnaies de Clément VI frappées à Sorgues et à Avignon.
Monographies. — Il n'existe aucune biographie de Clément VI. Par contre un grand nombre d'articles de revues ou de livres ont trait à son pontificat; ils ont été cités plus haut dans l'ordre des matières traitées.
G. Mollat.
14. CLÉMENT VII (Robert de Genève), pape d'Avignon (20 sept. 1378-sept. 1394). I. Avant l'élection pontificale. IL L'élection pontificale du 8 avr. 1378. III. Retour de la papauté à Avignon. IV. L'obédience avignonnaise. V. Les remèdes au Schisme. VI. Conflit avec Raymond de Turenne. VIL Mort.
I. Avant l'élection pontificale. — Clément VII ne figure pas sur les listes des pontifes qui régirent légitimement l'Église romaine. Il s'appelait Robert et naquit en 1342, d'Amé III, comte de Genevois, et de Marie de Boulogne, sœur du cardinal Guy. Sa naissance lui créait des liens d'affinité ou de parenté avec bon nombre de princes contemporains. Son physique est diversement décrit par les chroniqueurs : l'un l'a dit « boiteux et d'aspect repoussant »; Aimeric de Peyrac a vanté « sa magnifique stature, son éloquence, sa voix sonore et forte, sa connaissance des langues, son talent d'écrivain », et rapporté qu'il se plaisait dans la société « des gens d'armes, des chanteurs et des musiciens » (É. Baluze, Vitae paparum Avenionensium, i, 471; ii, 762, 908). En tout cas Robert de Genève sut plaire à ceux qui l'approchèrent et posséda de réelles qualités de diplomate.
Dans sa jeunesse il fut chancelier de la cathédrale d'Amiens, chanoine de Paris, notaire apostolique, évêque de Thérouanne (3 nov. 1361) et archevêque de Cambrai (11 oct. 1368). Grégoire XI, qui l'appréciait, lui conféra le cardinalat le 30 mai 1371 et le titre des Douze-Apôtres. Robert fut, dès lors, couramment appelé " le cardinal de Genève ».
Grégoire XI lui confia la légation d'Italie en un moment critique. Il fallait sauver les États pontificaux, menacés de la ruine par Bernabo Visconti et Florence. Parti de la Cour pontificale le 27 mai 1376, il n'y revint que le 13 mars 1378. Son premier souci fut de gager des troupes bretonnes et d'opérer leur jonction avec les routiers de John Hawkwood (A. Pocquet du Haut-Jussé, Malcstroit en Italie, dans Mém. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de Bretagne, 1926, p. 61-90; É. Baluze, op. cit.. Il, 712).
L'armée pontificale, forte d'environ 6 000 gens de pied et 1 000 cavaliers, pénétra en Italie. Elle avait pour objectif de marcher sur Bologne qui, dans la nuit du 19 au 20 mars 1376, s'était révoltée contre le vicaire de l'Église, le cardinal Guillaume Noëllet. A vrai dire, la révolution n'avait pas eu un caractère populaire et était plutôt l'œuvre de la noblesse turbulente; mais en rendant libre la ville, elle l'avait liée à Florence, en guerre contre Grégoire XI.
CLÉMENT VII (ROBERT DE GENÈVE
Alarmée par l'arrivée des troupes de Robert de Genève, Florence insista près de Bernabo Visconti pour qu'il leur barrât le passage. Le maître de Milan leur fournit, au contraire, des vivres. Il essaya cependant de retenir à sa solde les routiers, mais les Bretons, fidèles à leurs engagements, précipitèrent la marche en avant : le 3 juill., ils entraient à Modène et, le 4, commençaient l'envahissement du Bolonais. Une série de succès engagea Robert de Genève à entamer des négociations avec les Bolonais. Florence veillait. Un complot ourdi par la faction des Maltraversi, de concert avec le légat et le marquis d'Esté, pour livrer la ville à l'Église fut découvert le 11 sept, et durement réprimé. Le légat n'eut d'autre ressource que d'essayer d'affamer les Bolonais : ses soldats ravagèrent les alentours de la cité et massacrèrent les populations qui leur étaient hostiles.
Les Bretons durent bientôt dégager Bologne secourue par les Florentins et se concentrer autour de Césène, Forli, Faenza et Rimini. Le 1" févr. 1377, à Céséne où ils campaient, une rixe violente éclata entre eux et les bouchers. La population prit les armes et en égorgea quatre cents. Le légat et les survivants se réfugièrent dans la citadelle. La garnison, réduite à la famine et peu nombreuse, s'apprêtait à capituler, quand Hawkwood entra dans Césène. Les Bretons sortirent de la citadelle et vengèrent la mort de leurs camarades. Un horrible carnage commença. Aux cris du légat : « Sang, sangl » répondirent ceux de Sylvestre Eudes : « Ferez, ferez! tuez, tuez! » Plus de quatre mille cadavres jonchèrent le sol des rues et les fossés de Césène.
Cette atroce tuerie — sur laquelle nous ne sommes guère renseignés que par des sources italiennes contraires au cardinal — répandit l'effroi dans la ligue formée par Florence contre l'Église. En dépit des efforts faits par les Florentins pour soulever l'indignation universelle, Bologne signa avec le légat, le 19 mars 1377, une trêve qui fut convertie, le 4 juill., en une paix définitive (O. Vancini, La rivolta dei Bolognesi al governo dei Vicari délia Chiesa (1376-77), Bologne, 1906, p. 99-115; texte du traité). La Romagne et les Marches ne tardèrent pas à se soumettre au S. -Siège.
Le renom de Robert de Genève pâtit beaucoup en Italie des représailles exercées à Césène. D'aucuns l'ont qualifié de « sanguinaire » et de « bourreau », sans avouer les atrocités commises par les soudards florentins. La pitié n'existait pas au xw s., en temps de guerre.
Outre O. Vancini, il faut consulter G. Gori, L'eccidio di Cesena, dans Archiuio storico italiano, nouv. sér., vm, II» part., 1858, p. 3-10. — A. Gherardi, La guerra dei Fiorentini con papa Gregorio XI, ibid.. Il' sér., v. II» part., 1867, p. 36- 131; VI, VII, VIII. — Martène, Tliesaurus..., m, Paris, 1717, col. 1457-1504 (poème de Guillaume de Penne sur l'expédition des Bretons en Italie). — L. Mirot, Sglvestre Budes (13??-S0) et les Bretons en Italie, dans Bibl. de l'École des chartes, Lviii, 1897, p. 589-614; Lix, 1898, p. 262-303. — G. Temple Leader-G. Marcotti, Giovanni Aciito, storia d'un condottiere, Florence, 1889. ■ — F. Bosdari, Giovanni da Legnano, canonista e uomo politico dei 1300, dans Atti e memorie délia Reale Deputazione di storia patria per le provincie di Romagna, xix, 1901, p. 1-53, 87-108. — ■ Sur l'épiscopat de Robert de Genève à Cambrai, v. H. Dubrulle, Une mésaventure de Robert de Genève, dans Revue des sciences eccl., Lxxxix, 1904, p. 409-12. — N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, i, Paris, 1896, p. 109, a donné un arbre généalogique de Robert de Genève.