GENÈVE) — CLÉMENT VII
sceau est caractérisé par l'adjonction de trois fleurs de lis qui rappelaient la parenté de Robert de Genève avec le roi de France. — Les registres pontificaux se distinguent par une particularité. Les documents qui y figurent portent trois indications : la date de la concession de la grâce, celle de l'expédition et celle de la délivrance. La date de la concession n'est souvent pas réelle; beaucoup de bulles ont été antidatées : c'est ainsi que des documents expédiés après l'arrivée du pape à Avignon (20 juin 1379) sont datés de Fondi, les 24-28 nov. 1378; cf. K. Hanquet, op. cit., n. 1421- 1681. — Les suppliques signées par Clément VII sont suivies de la lettre G., abrégé de Gebennensis; Robert, en effet, était connu avant son élection sous le nom de cardinal de Genève. • — La liste des vice-chanceliers existe dans P. M. Baumgarten, Von der apostolischen Kanzlei, Cologne, 1908, p. 123-27. — Clément VII édicta de très nombreuses règles de chancellerie qu'a publiées O. von Ottenthal, Die pûpstlichen Kanzleiregeln von Johannes XXII. bis Nicolaus V., Innsbruck, 1888, p. 90-123.
Itinéraire. — H. V. Sauerland, Itinerar des Gegenpapstes Klemens VII. von seiner Wahl bis zu seiner Ankunft in Avignon (20 sept. 1378-20 juni 1379), dans Ilist. Jahrbuch, XIII, 1892, p. 192-94.
Sources littéraires. — É. Baluze, op. cit., i, 469-539, donne deux biographies écrites, l'une par un anonyme de la fin du XIV» s., clémentiste avéré, qui visa à mettre en belle posture les papes avignonnais, l'autre par Pierre de Herenthals; V. G. MoUat, Étude critique sur les « Vitae paparum Avenionensium » d'É. Baluze, Paris, 1917, p. 58-82, 105-09.
— Dietrich von Nieheim, De Schismate libri très, éd. G. Erler, Leipzig, 1890 (partial). — Le traité De moderno Ecclesiae statu, de S. Vincent Ferrier, ardent partisan de Clément VII, a été publié par A. Sorbelli, Rome, 1900. — N. Valois, Un ouvrage inédit d'Honoré Bonet, prieur de Salon, dans Annuaire-bull. de la Soc. de l'hist. de France, 1890, p. 190-228 (le Somnium super materia Schismatis, daté d'août et de sept. 1394). — N. Eymeric, inquisiteur, Tractatus de poteslate papali seu Summi pontificis, rédigé en 1383 sur l'ordre de Clément VII; cf. Quétif-Échard, i, 709-17.
Sources documentaires. — K. Eubel, Die avignonesische Obedienz der Mendikanten Orden, sowie der Orden der Mercedarier und Trinitarier zur Zeit des Grossen Schismas, Paderborn, 1900. — ■ L. Salembier, Deux conciles inconnus de Cambrai et de Lille, au temps du Grand Schisme, dans Revue des sciences eccl., m, 1901, p. 120-29, 256-72, 327-49.
— A. Molinier, Les sources de l'hist. de France, iv, Paris, 1904, p. 161-76, a inventorié beaucoup de documents dispersés dans des articles de revues ou dans de gros ouvrages.
Monographies. — Il n'existe pas de biographie de Clément VII. L'ouvrage de N. Valois, La France et le Grand Schisme d'Occident, Paris, 1896, 2 vol., a bien mis en lumière sa personnalité et son activité diplomatique. — E.-G. Léonard, Négociations entre Clément VII et Charles VI au sujet des charges de l'Église de France et de l'ordonnance royale du 6 oct. 1385, dans Revue hist. de droit français et étranger, 1923, p. 272-86 (document contenant les articles discutés par Pierre Gérard et les représentants du roi). — E. Sanesi, Episodii ftorentini dello Scisma d'Occidente, dans Scuola cattolica, 1935, p. 433-53. — J. Vincke, Der Kônig von Aragon und die Caméra apostolica in der Anfàngen des Grossen Schismas, dans Gesammelte Aufsdtze zur Kulturgeschichte Spaniens, Munster, viii, 1938, p. 84-126; Die Kron von Aragon und das Grosse abendldndische Schisma, Braunsberg, 1944. — M. Seidlmayer, Die An/ange des Grossen abendldndischen Schismas, Munster, 1940 (hist. du SchRme en Espagne, avec documents). — P. Brezzi, Lo Scisma d'Occidente corne problema italiano, dans Miscellanea storica P. Fedele, 1946, p. 391-450. — G. MoUat, L'adhésion des Chartreux à Clément VII, dans Revue du Moyen Age latin, v, 1949, p. 35-42 (lettres du prieur général de la Chartreuse aux grands et au roi d'Aragon en faveur de Clément VII).
— W. UUmann, The origins of the great Schism, Londres, 1948. — E. de Moreau, Une nouvelle théorie sur les origines du Grand Schisme d'Occident, dans Bull, de l'Acad. royale de Belgique, classe des lettres, V« sér., xxxv, 1949, p. 182-89 (adopte l'avis d'UUmann, pour lequel les cardinaux rejetèrent Urbain VI à cause de son incapacité).
G. MOLLAT.
15. CLÉMENT VII, pape, successeur d'Adrien VI; élu le 19 nov. 1523; t 25 sept. 1534.
I. Avant le pontificat. — 1° Jusqu'à l'avènement de Léon X. — Giulio de Médicis naquit à Florence le
26 mai 1478. Son père, Giuliano, frère de Laurent le Magnifique, avait été assassiné un mois plus tôt lors de la conspiration des Pazzi. De sa mère on ne connaît avec certitude que le nom, Fioretta Antoni. Des doutes sérieux planent sur la légitimité de cette naissance. Lorsque le pape Léon X, son cousin germain, le nomma archevêque de Florence, il lui octroya d'abord une dispense ex defectu natalium (Leonis X Regesta, n. 2514). Quatre mois plus tard, avant de le nommer cardinal, il rédigea un acte certifiant, sur la foi de témoignages reçus au cours d'une enquête menée par trois cardinaux, que Giuliano de Medicis et Fioretta avaient contracté en secret un mariage valide {ibid., n. 4598; Sanuto, XVII, 89).
Quoi qu'il en soit, le petit Giulio fut élevé chez Laurent le Magnifique avec ses cousins germains dont il devint comme le frère; il se lia d'amitié avec le deuxième, Giovanni, de deux ans et demi son aîné, qui fut nommé cardinal en 1489, à l'âge de treize ans.
De 1489 à 1491, il séjourna à Pise pour ses études, avec ses deux cousins Giovanni et Giuliano. Il compta parmi ses professeurs Bernardo Michelozzi, Grégoire de Spolète et Marsile Ficin. Les trois cousins passaient leurs vacances à l'abbaye de Passignano. Giovanni ayant été admis à recevoir la pourpre cardinalice, Giulio fit partie du cortège triomphal qui le conduisit à Rome (12 mars 1492; G.-B. Picotti, La giovinezza di Leone X, il papa del Rinascimento, Milan, 1927, p. 326). A peine le jeune cardinal était-il rentré à Florence qu'il se vit rappelé à Rome pour participer au conclave qui devait élire Alexandre VL Cette fois encore, Giulio accompagna son cousin (18 juill. 1492; ibid., 416).
Lors de la révolution qui chassa les Médicis de Florence en 1494, Giulio venait de quitter cette ville pour se rendre à Pise. Par des chemins de montagne il rejoignit ses cousins, à Bologne d'abord (11 nov.), puis à Pitigliano dans le duché d'Urbin et enfin à Città di Castello. Il prit une part active au moins à la deuxième et à la troisième tentative armée de restaurer les Médicis à Florence (W. Roscoe, The life and pontificale of Léo X, 5'= éd., i, Londres, 1846, p. 163).
Ces tentatives ayant échoué, il forma avec son cousin Giovanni un groupe de douze amis qui partirent ensemble pour un voyage dans les pays du Nord (date probable, 1499-1500). Équipés de manière uniforme et prenant le commandement à tour de rôle, les douze compagnons, ayant visité Augsbourg, se firent arrêter à Ulm par les autorités urbaines, qui les expédièrent à Vienne sous bonne escorte. Relâchés sur l'ordre de Maximilien et munis de sauf-conduits, ils gagnèrent les Pays-Bas, renoncèrent à franchir la mer, se firent arrêter une seconde fois à Rouen, et par Marseille regagnèrent l'Italie.
Giulio de Médicis combina les désirs de son oncle et ses goûts personnels en entrant dans l'ordre militaire des Chevaliers de S. -Jean de Jérusalem; il y devint grand prieur de Capoue et chef de deux coinmanderies situées dans le diocèse de Florence.
Lors de la guerre menée contre les Français par la Sainte Ligue dirigée par Jules II, Giulio accompagna son cousin, le cardinal Giovanni, nommé légat en Romagne auprès de l'armée pontificale. Le légat ayant été fait prisonnier après la bataille de Ravenne (11 avr. 1512), Giulio, qui avait réussi à s'échapper (Sanuto, XIV, 146), obtint un sauf-conduit pour aller voir son cousin emmené par les armées victorieuses. Les Français le chargèrent de transmettre leurs propositions au pape. Mais les nouvelles qu'il apporta de vive voix à Jules II sur la situation de l'armée française renforcèrent le pape dans sa décision de poursuivre la lutte.
Au cours des mois suivants, il prit une part active aux négociations qui, en application de la conférence
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de Mantoue, amenèrent le retour des Médicis à Florence (sept. 1512; Perrens, m, 12, 45; A. Borghesi, La restaurazione medicea in Firenze dal 1512 al 1527, Sienne, 1937).
2° Honneurs et dignités sous Léon X. — L'accession de Giovanni de Médicis au souverain pontificat sous le nom de Léon X (9 mars 1513) fut pour son cousin et ami le point de départ d'une rapide carrière.
Dès le 9 mai 1513, il est promu à l'archevêché de Florence, tout en restant chevalier de l'ordre de Jérusalem (Leonis X Regesta, n. 2514-24); il gardera ce siège jusqu'à son élévation au pontificat. Il ne reçut le paliium pour ce siège et pour celui de Narbonne que le 28 mars 1520 (Kalkoff, Forschungen, 74).
Il fit partie de la première promotion cardinalice de Léon X (23 sept. 1513), comme cardinal-diacre de Sta Maria in Domnica. Il reçut les ordres mineurs le 6 déc, le diaconat le 17 déc. de la même année. Il échangea son titre cardinalice contre le titre presbytéral de S. -Clément, puis peu après contre celui de S. Lorenzo in Damaso (26 juin, 6 juill. 1517; Eubel, III, 62, 64). Il fut ordonné prêtre le 19 déc, et consacré évêque le 21 déc. 1517 (Paride de' Grassi, 58, 59, 65).
Le 1" sept. 1514, il fut nommé gouverneur de la légation de Bologne avec des facultés spéciales (Leonis X Regesta, n. 11300); à cette occasion, le pape réunit à nouveau la province de Romagne et l'exarchat de Ravenne, comme avant leur séparation (8 août 1515; ibid., n. 16899). Le 9 mars 1517, il obtint le poste de vice-chancelier, qu'il garda jusqu'à la mort de Léon X (Hefele-Leclercq, viii-1, 536). Ses revenus étaient alors évalués à 35 000 ducats (Sanuto, xxiv, 52). Le 27 mai 1519, il fut désigné comme légat a latere pour Florence et la Toscane avec de très amples facultés. Il fut aussi chargé d'exercer une supervision sur le gouvernement du duché d'Urbin confié à Roberto Boschetti.
Quoique déjà archevêque de Florence, il cumula encore (d'après Eubel, m; Ciacconius donne une IfSte différente) l'administration des diocèses suivants : Albi (obtenu le 21 nov. 1513, résigné au début de 1515); Narbonne (obtenu le 14 févr. 1515, gardé jusqu'à son élévation au pontificat; sous son administration l'Église d'Elne fut rattachée à la métropole de Narbonne, le 22 févr. 1517, Gall. christ., vi, append., docum. 492-98); Albenga (prov. de Gênes, obtenu le 19 nov. 1517, résigné peu après); Bologne (obtenu le 8 janv. 1518, résigné après quelques semaines); Embrun (obtenu le 5 juill. 1518, et non depuis 1510 comme le prétendent Gams, 549 et Gall. christ.; résigné le même mois); Ascoli Piceno (obtenu le 30 juill. 1518, résigné un mois plus tard); Eger (obtenu le 12 sept. 1520; 12 000 ducats de revenus; gardé jusqu'en juin 1523); Worcester (proposé par le roi le 21 mai 1521, Theiner, Vet. mon. Hibern., 533; obtenu le 7 juin 1521 ; pouvoirs d'administrateur délégués à Wolsey : Letters and Papers, m, 1334; résigné au printemps 1522). De plus, en 1514, il fut en compétition avec Simon de Beausoleil pour l'obtention du siège de Lavaur (Gall. christ., XIII, 343), et en 1520 il renonça à être nommé au siège de Valence (France) contre une pension de 1 500 ducats (Eubel, m, 326; d'après Sanuto, xxviii, 395, il s'agirait de Valence en Espagne).
Le cardinal Giulio de Médicis eut en commende d'importantes abbayes : Chiaravalle, près de Milan (après de longues négociations entre le pape, François I" et Lautrec, févr.-mai 1517); SS. Vincenzo et Anastasio de' Tre Fontane, près de Rome (déc. 1517); S.-Martin de Tournai (17 août 1519; Gall. christ., m, 281). Il posséda en outre nombre de bénéfices dans divers diocèses (Eubel, m, 14, 197).
Au début de 1514 il fut choisi par le roi d'Angleterre comme cardinal protecteur de son pays {Letters
and Papers, i-2, n. 2639-40, 2642, 2653). Il fut question en 1517 de le nommer aussi protecteur de la France. Mais il refusa de cumuler les deux protectorats et ne voulut pas renoncer à celui d'Angleterre {Manoscrilli Torrigiani, xx, 383, 399).
Par son testament du 8 janv. 1521, Léon X l'institua son légataire universel (Originale donatione facta da papa Leone al card. de' Medici di tutti li suoi beni, publ. E. Casanova, dans Archiv. delta R. Società Romana di storia patria, xxii, 1899, p. 565).
3° Activités sous Léon X. — Giulio de Médicis inaugura ses activités ecclésiastiques en prenant part à la continuation des travaux du V'' concile du Latran. Il y assista à partir de la vi^ session (27 avr. 1513; Hardouin, Acta concil., ix, Paris, 1714, col. 1672), alors qu'il était seulement archevêque nommé de Florence. Il fut présent à toutes les sessions suivantes, de la vii= à la xii<^ (17 juin, 19 déc. 1513, 5 mai 1514, 4 mai 1515, 19 déc. 1516, 16 mars 1517; ibid., 1689, 1706, 1733, 1769, 1801, 1840). Le 14 mai 1513, il avait été désigné par cooptation comme un des vingt-quatre membres chargés de préparer avec le pape l'ordre du jour des questions à débattre. Cette commission ayant été subdivisée en trois députations, Giulio de Médicis fit partie de la députation pour la paix générale et l'extinction du schisme (Hardouin, op. cit., 1679, 1681).
Comme archevêque de Florence, il convoqua en cette ville un concile provincial (avr. 1517), qui fut le premier à appliquer les décrets de réforme prescrits par le V« concile du Latran (cf. Statuta concilii Florentini 1517 ad Julii de Médicis card. convocationem celebr., éd. P. A. Canimarus de Casali, Florence, 1518; Mansi, Supplem., iv, 407-500; Hefele-Leclercq, viii-1, 558-64).
En devenant pape, Léon X avait gardé auprès de lui son ancien secrétaire privé, Bernardo Dovizi da Bibbiena. Le cardinal de Médicis ne réussit que graduellement à le supplanter dans la confiance de son cousin. Bibbiena garda la première place jusqu'en automne 1515. Ensuite le cousin et le secrétaire se firent équilibre. Mais à partir de sa désignation comme vicechancelier (9 mars 1517), Giulio de Médicis devint le conseiller intime et le collaborateur principal de Léon X.
Dans les affaires intérieures de l'Église, le pape eut souvent recours à ses conseils. En particulier la substitution d'une commission de théologiens à celle des religieux chargée tout d'abord du procès de Luther fut due à son initiative (avant le 10 févr. 1520; Kalkofï, Forschungen, 73). Mais il est faux que le cardinal se soit prévalu de sa situation pour compromettre certains de ses rivaux, en encourageant en sous-main une conspiration ourdie par les cardinaux Petrucci, Riario et Sauli, afin d'empoisonner le pape. Ce rôle de mélodrame lui a été gratuitement prêté par des historiens partiaux à la suite de Ziegler (ii, 317).
Dans l'expédition des affaires internationales : alliances, correspondances avec les nonces, son influence fut prépondérante. On peut la mesurer au cours plus lent et plus hésitant que prenaient les affaires publiques dès qu'il s'absentait de Rome (Kalkofï, dans Zeitschr. fiir Kirchengesch., xxv, 404 sq.). Il fit partie du conseil des huit cardinaux constitué par Léon X le 4 nov. 1517 pour promouvoir une union de la chrétienté contre les Turcs (Kalkofï, Forschungen, 113; Sanuto, xxv, 76). Il fut aussi spécialement consulté dans l'affaire de l'élection impériale. Dans cette question, Léon X avait adopté une attitude antihabsbourgeoise. En 1518, Maximilien avait fait proposer au pape de déléguer à Trente les cardinaux de Médicis et de Mayence pour l'y couronner empereur, aussitôt que son petit-fils Charles, déjà roi d'Espagne, aurait été élu roi des Romains. Léon X répondit évasive-
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ment. Après la mort de Maximilien, la diplomatie pontificale s'employa à gagner les électeurs allemands à la candidature de François I" ou de l'électeur de Saxe. Sur ce dernier point le cardinal Giulio était plus réservé que son cousin. En 1520, il s'employa aussi à apaiser un conflit entre la Pologne et les Chevaliers Teutoniques.
L'influence du vice-chancelier ne se mua jamais en une domination. Le pape garda toujours l'initiative, le contrôle et la direction suprême des affaires; il savait faire sentir son autorité. Même dans les questions secondaires, le cardinal ne pouvait rien décider sans le consulter (Albèri, sér. II, m, 64).
Pendant tout son cardinalat, Giulio de Médicis joua aussi un rôle important dans les guerres et négociations qui opposèrent le S. -Siège et la France.
Nommé légat à l'armée pontificale alliée de la Ligue (Leonis X Regesta, n. 16900), il désigna le gouverneur de Pistoie, Goro Gheri, comme vice-légat (12 juill. 1515; Pallastrelli, 40, n. 3), en attendant de rejoindre lui-même son poste à Bologne, où il arriva le 19 août.
Les nouvelles de Lombardie étant mauvaises pour la Ligue, Léon X lui ordonna d'occuper d'urgence la ligne du Pô, mais de ne s'engager plus avant qu'avec circonspection (Desjardins, ii, 709-12; P. Richard, Une correspondance diplomatique de la Curie romaine à la veille de Marignan, dans Rev. d'hisl. et de litt. relig., ix, 1904, p. 120-22). Ce dernier conseil était bien inutile : craignant d'engager prématurément ses forces, Médicis temporisa. Revenu à Bologne après une tournée d'inspection à Plaisance, il finit par accepter, mais trop tard, d'envoyer à ses alliés suisses un renfort symbolique (Desjardins, ii, 723-29). Après Marignan (13-14 sept. 1515), des négociations entre le S.- Siège et la France, déjà amorcées auparavant, aboutirent à la conclusion d'une paix séparée.
François I" ayant sollicité une entrevue avec le pape, celle-ci fut fixée à Bologne. Le cardinal de Médicis en mit au point les détails, après quoi il rejoignit le pape et assista à son entrée solennelle à Florence (30 nov. 1515). Il reçut mission, avec le cardinal Fieschi, d'accueillir le roi de France à la frontière des États de l'Église, assista à son entrée à Bologne (11 déc), participa aux festivités organisées en son honneur et reconduisit le roi à la frontière à la fin de son entrevue (15 déc; cf. L. Madelin, De conventu Bononiensi, thèse latine, Paris, 1900). Il revint ensuite avec le pape de Bologne à Florence (19-22 déc), puis de Florence à Rome (19-27 févr. 1516).
Une grave maladie de son cousin Lorenzino, chargé du gouvernement de Florence, obligea le cardinal Giulio à quitter Rome d'urgence dans la nuit du 22 au 23 janv. 1519. Rentré à Rome après deux mois d'absence, il se vit rappelé (3 mai) et apprit en route la mort de son parent. Il assista le 11 mai à 1' » apothéose » du Bx François de Paule. Au consistoire du 27 mai, il fut nommé légat pontifical pour Florence et la Toscane, avec de très amples facultés et la charge d'expédier les afl^aires courantes. Il séjourna à Florence jusqu'au début d'oct. 1519; il en confia alors le gouvernement au cardinal Passerini et à l'évêque de Pistoie, Goro Gheri. Les Florentins, mécontents de leurs nouveaux administrateurs, demandèrent le retour de Médicis. Leurs vœux furent exaucés. A peine remis d'une grave maladie (déc. 1519-janv. 1520), le cardinal Giulio repartit pour Florence (6 févr. 1520; Kalkoff, Forschungen, 72); il ne reparut à Rome que le 5 nov., avec une suite de 1 500 cavaliers et de l'artillerie. Il participa alors à une grande partie de chasse avec le pape, puis les deux cousins séjournèrent ensemble dans leur propriété champêtre de la Magliana (Sanuto, xxix, 401, 442, 447). Durant les séjours qu'il fit sur les bords de l'Arno, le cardinal Médicis prit connais-
sance des divers projets, tous plus ou moins utopiques, que lui présentèrent Guichardin, Machiavel, Buondelmonti et Alessandro dei Pazzi pour améliorer l'administration de Florence.
Au cours des négociations qui aboutirent à l'alliance offensive du 8 mai 1521 entre Charles-Quint et le pape contre la France, le cardinal Médicis fut le principal conseiller de Léon X (Bergenroth, ii, 345-46; Guicciardini, La Storia, 1. XIV, c. i). Il mérita d'être appelé « le boulevard de l'Italie contre la France » {Letters and Papers, m, 2423). Faute d'entente entre les deux commandants de la Ligue, les opérations militaires furent difficiles à mettre en train. Le pape désigna alors pour la seconde fois son cousin comme légat aux armées. Celui-ci quitta Rome très à contre-cœur (Vettori, 336), arriva aux armées à la fin de sept-., après un voyage très mouvementé (Letters and Papers, m, 1655), opéra sa jonction avec les Suisses amenés par Schiner et réussit à prendre Milan où il entra dans la nuit du 19 au 20 nov. 1521. Le bruit courut alors que le pape songeait à donner le Milanais au cardinal Médicis.
La mort de Léon X interrompit la conduite des opérations militaires. Le cardinal Giulio dut quitter l'armée en toute hâte pour rejoindre Rome, où il arriva le 11 déc 1521, pour le conclave.
En vrai Médicis, le cardinal Giulio ne pouvait être que mécène. Jérôme Aléandre fut son secrétaire depuis 1517. Bembo compta au nombre de ses amis. Un ouvrage de Pietro Pomponazzi, paru en 1516 et niant l'immortalité de l'âme, trouva en lui un défenseur, mais le pape exigea de l'auteur une rétractation. Avec Machiavel, ses relations, marquées d'une certaine méfiance durant les premières années (Manoscritti Torrigiani, xix, 231), s'améliorèrent à partir de 1519.
Il commanda à Raphaël la Transfiguration, qu'il destinait à sa cathédrale de Narbonne. Se ravisant, il en fit don à l'Église S. Pietro in Montorio à Rome et commanda pour Narbonne une Résurrection de Lazare à Sebastiano del Piombo. Michel-Ange lui avait promis de construire tout seul la façade de S. Lorenzo à Florence. Au bout de deux ans, le travail n'ayant pas même été commencé, il le décommanda et proposa au grand maître l'aménagement d'une chapelle funéraire pour les membres de sa famille. De 1518 à 1522, le cardinal Médicis fit aussi construire la ViUa Madama sur une pente du Monte Mario.
En 1519, il fonda l'archiconfrérie dénommée Compagnia délia Carità, pour le soutien des pauvres honteux, la visite des prisonniers et l'inhumation des personnes dénuées de toutes ressources (Bull. Rom. Pont., V, 739 sq.). Il obtint du pape l'approbation du couvent des repenties qu'il avait fondé au Corso {ibid., 742; VI, 92). Plus tard, comme pape, il favorisera encore ces deux institutions (Pastor, iv-2, 588-90).
4" Sous Adrien VL — Le conclave qui suivit la mort de Léon X fut dominé par l'antagonisme francoimpérial; le cardinal Médicis en était la personnalité la plus en vue. Sa candidature était soutenue par Charles-Quint, Henri VIII (à défaut de Wolsey), le Portugal, Florence et une quinzaine de membres du Sacré Collège. Les autres menaient une opposition décidée contre le choix d'un pape âgé de moins de cinquante ans et appartenant à la même famille que le pape défunt. On le rendait aussi responsable de l'emprisonnement du cardinal d'Ivrée. Leur parti, conduit par les cardinaux Colonna et Soderini, bénéficiait de l'appui des Franco- Vénitiens. François I*' alla jusqu'à menacer de déclencher un schisme au cas où Médicis serait élu (J. B. Sagmiiller, Die Papstwatilen und die Staaten von 1447 bis 1555, Tubingue, 1890, p. 149). Devant cette opposition le cardinal Médicis eut la sagesse de ne pas insister. Il s'entendit avec le repré-
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sentant impérial, Juan Manuel, pour choisir un autre candidat favorable à l'empereur. Manuel suggéra Adrien de Tortose (Pastor, 8; Sâgmiiller, op. cit., 153), mais il paraissait impolitique de proposer d'emblée la candidature d'un absent.
Au conclave ouvert le 27 déc. 1521, Médicis voyant ses propres chances sans espoir essaya d'abord de soutenir Farnèse. Au huitième scrutin, celui-ci faillit l'emporter et n'échoua que devant l'opposition du parti Colonna. D'autres candidats, Cibo, del Valle, échouèrent pareillement (voir les résultats des divers scrutins dans G. Burmann, Hadrianiis VI, Utrecht, 1727, p. 147 sq.).
Au onzième scrutin, mettant à profit l'émotion causée par la nouvelle d'une attaque dirigée par Fr. Maria délia Rovere contre Sienne, Médicis proposa de s'unir sur la candidature d'un cardinal absent qui présenterait des qualités personnelles indiscutables. Sur un air enjoué et sans paraître insister, il cita le cardinal de Tortose. Celui-ci recueillit aussitôt 15 voix; l'accès de Colonna, de Cajetan et d'autres lui donna la majorité (9 janv. 1522).
Dès le 12 janv., le cardinal Médicis repartit pour Florence, afin d'y étouffer dans l'œuf une tentative insurrectionnelle appuyée par le duc d'Urbin. La voie de terre étant coupée par les rebelles, il fit route par mer et arriva à destination dans la nuit du 22 au 23 {Letters and Papers, m, 1981). Il resta alors à Florence pour y assurer le maintien de l'ordre et se trouva parmi les cinq cardinaux qui accueillirent Adrien VI à son débarquement à Livourne le 23 août 1522 (Burmann, op. cit., 189). Rome se trouvant alors menacée par une épidémie de peste, le cardinal essaya, mais en vain, d'amener le nouveau pape à se fixer provisoirement à Bologne. Sans s'attarder, Adrien VI fit lever l'ancre pour Rome. Médicis lui conseilla aussi d'envoyer immédiatement une expédition au secours de Rhodes, assiégée par les Turcs. Adrien VI ne l'écouta l>as davantage (ibid., 122).
Froissé d'avoir perdu sa position de conseiller toujours écouté, Médicis prit occasion d'une recrudescence de la peste pour se retirer à Florence (13 oct.). De là il organisa un réseau de surveillance pour es- (lionner les agissements de ses ennemis politiques restés à Rome, surtout du cardinal Soderini. Celui-ci, gagné au parti français, avait combiné un vaste plan pour déclencher simultanément une invasion française par le nord de l'Italie et un soulèvement en Sicile.
L'interception d'un message compromettant permit à Médicis de dénoncer le complot à l'ambassadeur impérial et au pape. Adrien VI éloigna Soderini et rappela Médicis à Rome. Ce retour eut toutes les apparences d'un triomphe : une suite de plusieurs milliers de cavaliers escortait le cardinal (23 avr. 1523; Burmann, op. cit., 129-130). Adrien VI lui rendit sa confiance, et se laissa amener par lui à conclure avec l'empereur l'alliance défensive du 3 août 1523. .Médicis lui-même y adhéra également au nom de Florence. Mais les opérations militaires venaient à peine de commencer lorsque Adrien VI mourut.
5" Le conclave de 1523. — A la fin du pontificat éphémère d'Adrien VI, la répartition des forces au Sacré Collège était à peu près la même qu'à son avènement. Médicis dominait le groupe des jeunes cardinaux nommés par Léon X, mais il avait à surmonter l'hostilité du parti français, les intrigues de Wolsey, qui d'Angleterre briguait le pontificat, et l'opposition des cardinaux âgés soutenus par ses deux ennemis jurés, les cardinaux Colonna et Soderini. Ce dernier avait été autorisé par mesure spéciale à prendre part au conclave.
En dehors du Sacré Collège, Médicis était soutenu
à la fois par Charles-Quint et par Henri VIII, mais en deuxième place seulement (F. Petruccelli délia Gattina, Hist. diplomatique des conclaves, i, Paris, 1864, p. 536, 537 sq.). Épaulé par la diplomatie florentine, il ne négligeait « aucun moyen nécessaire » pour faire triompher sa candidature.
Au conclave qui s'ouvrit le 1" oct. 1523, une bonne quinzaine de cardinaux étaient pour Médicis, un nombre égal contre, le reste neutre. Six jours plus tard, les trois cardinaux français qui avaient fait diligence entrèrent au conclave en costume de voyage, habillés de court, bottés et éperonnés. Finalement les 39 membres du conclave se répartirent en deux groupes de force égale. Aux premiers scrutins les voix s'égaillèrent sur des candidatures d'essai : Fieschi, del Monte, Carvajal, del Valle et d'autres. Le principal concurrent de Médicis, Farnèse, comptait beaucoup de partisans. Le bruit prématuré de son élection courut plusieurs fois à Rome. Bien que favorable à l'empereur, un petit groupe dirigé par Colonna persista dans son opposition à Médicis, si bien que la situation parut inextricable. Le 19 oct., un observateur vénitien pouvait écrire : « On est juste aussi avancé qu'au premier jour »; et deux jours plus tard, un Mantouan : » Les cardinaux semblent disposés à hiverner au conclave. » Aux Banchi, des paris pour un conclave durant jusqu'en janvier trouvaient preneurs.
Des délégations de Romains vinrent plusieurs fois manifester leur impatience. Colonna ayant fait circuler le bruit que Médicis patronnait la candidature de Wolsey, ils se déclarèrent prêts à tout plutôt que d'admettre comme papes, coup sur coup, un « barbare anglais » après un « barbare flamand ». Mieux vaudrait prendre une « bûche ». On alla jusqu'à agiter le spectre d'un schisme. L'ambassadeur impérial lui-même semble avoir hésité à lâcher Médicis pour se rapprocher de Farnèse.
Cependant le temps et les revers militaires des Français en Lombardie travaillaient pour Médicis. Son groupe restait uni, alors que ses adversaires, « voulant tous être papes, se trompent les uns les autres, ce qui les dépite et les fait passer à la faction adverse » {ibid., 543). Médicis sut adapter sa tactique à cette situation. En proposant tour à tour toutes les candidatures sans espoir, il lassa ses adversaires. Il réussit finalement à opérer deux brèches dans leur front en gagnant à sa candidature le cardinal Colonna et l'ambassadeur de France, le comte Pio de Carpi. Ce dernier semble s'être laissé gagner par la promesse d'une neutralité bienveillante entre l'Empire et la France (supposition de Grethen, 22). Quant à Colonna, son adhésion fut obtenue à la suite d'une mésentente entre lui et les cardinaux français, au cours d'une pratique en faveur de Jacobazzi dans laquelle Médicis déploya tous ses talents de négociateur (Petruccelli, op. cit., 552-55; Mignet, i, 473-77). Médicis promit son pardon à Soderini et peut-être aussi divers avantages personnels à Colonna : le poste de vice-chancelier et le palais Riario (Sagmûller, op. cit., 160). Les accusations de manœuvres simoniaques ne reposent que sur des bruits sans con'sistance.
L'accord fut réalisé dans la nuit du 17 nov. : les cardinaux transfuges du parti adverse se délièrent réciproquement de leurs serments; ses partisans ayant ainsi atteint la majorité des deux tiers vinrent, au nombre de 26, « adorer » Médicis comme pape. L'élection proprement dite, à l'unanimité excepté Soderini, n'eut lieu que le 19 nov. (Pastor, 169, n. 1). Entre temps Soderini avait été gracié et une capitulation électorale spécifia que les bénéfices que le nouveau pape avait possédés comme cardinal seraient partagés entre ses électeurs. Le bruit courut qu'il avait pris le nom de Jules III. Les notifications ollicielles ne furent
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faites que le jour du couronnement (26 novembre).
Dès qu'on apprit la nomination du cardinal Médicis au souverain pontificat, une délégation florentine vint le féliciter et discuter avec lui des modifications à apporter au gouvernement de la ville. On décida de le confier à son petit-cousin, Ippolito, sous la tutelle du cardinal de Cortone (Vettori, 349-50).
II. La politique européenne de Clément VII jusqu'au Sacco si roma. — 1" Depuis son avènement jusqu'à la bataille de Pavie (19 nov. 1523-24 févr. 1525). — Sur cette période voir, outre Pastor et Mignet, les deux études fouillées de Ehses, Die Politik, et de Pandolfi.
Les premiers à être déçus par le nouveau pape furent les impériaux. Le duc de Sessa, agent de Charles- Quint, eut beau écrire à son maître, peu après l'élection : « Le pape est entièrement la créature de Votre Majesté », l'avenir ne tarda pas à le démentir.
L'alliance conclue entre Adrien VI et Charles-Quint devait expirer en sept. 1524. Bien qu'au temps de son cardinalat Clément VII eût pris une part prépondérante à sa conclusion, devenu pape il refusa de la proroger, se bornant à payer en secret les sommes convenues et à ne pas rappeler de Lombardie les troupes pontificales engagées aux côtés des Espagnols dans des opérations militaires contre les Français (Halkin et Dansaert, 197-98; Mignet, i, 478).
Reprenant la traditionnelle politique de neutralité du S. -Siège, il tenta de négocier une suspension d'armes, prélude d'une paix définitive (missions de Bernardino délia Barba, déc. 1523-juin 1524; de Nicolas vonSchonberg [ou Schomberg], mars-juin 1524). Dans des missives à François I" et à Charles-Quint (10- 14 avr., 4 juin 1524; Raynaldi, 1524, n. 78-80; Balan, Mon. saec. XVI, 23), il exposa les motifs de son revirement.
La campagne de printemps ayant contraint les Français à évacuer le Milanais, il déconseilla à ses anciens alliés de poursuivre leur offensive en territoire français, estimant leurs forces insuffisantes, et il proposa l'ouverture de négociations sur la base d'un rétablissement des Sforza à Milan.
Mais les deux rivaux préférèrent confier leur sort à la fortune des armes. 'Tandis qu'ils formulaient des conditions inacceptables pour souscrire aux propositions pontificales, leurs agents romains, ordinaires et spéciaux, mirent tout en œuvre pour obtenir l'alliance du S. -Siège. Charles-Quint lui fit même proposer de transformer en alliance offensive l'accord défensif conclu avec Adrien VI (Gachard, 199). Leur action se voyait encore appuyée par les deux principaux conseillers du pape : le dominicain Nicolas von Schônberg, archevêque de Capoue, favorable aux impériaux, et le dataire Gian Matteo Giberti, évêque de Vérone, francophile avéré. Écoutant tour à tour les conseils de l'un puis de l'autre. Clément VII resta longtemps sans prendre parti.
Même le coup de théâtre que fut la descente inopinée de François 1" en Haute- Italie, alors que les impériaux assiégeaient Marseille, ne provoqua aucun changement ostensible dans son attitude. Désireux de rester « l'allié inutile de l'un, tout en devenant l'ami clandestin de l'autre » (Mignet, ii, 23), il réserva un accueil décourageant au messager français. Clément Champion, venu deux fois à Rome porteur de propositions très avantageuses (cf. G. Salles, Un traître au JF/' s.. Clément Champion, valet de chambre de François 7", dans Rev. des quest. hist., lxviii, 1900, p. 59-68). Pour prévenir l'ouverture efiective des hostilités, il décida de se faire représenter à demeure auprès des trois principales cours d'Europe. Baldassare Castiglione se rendit auprès de l'empereur (départ, début oct. 1524; cf. Lettere del conte B. Castiglione, publ. P. A. Serassi, 2 vol.,
Padoue, 1769-71); Jérôme Aléandre rejoignit le roi de France (départ, 14 oct. 1524; J. Paquier, Nonciature d' Aléandre auprès de François I" [8 août 1524- 25 févr. 1525], Rome, 1897; extr. des Annales de S.- Louis-deS'Français); Giovanni Casale partit pour l'Angleterre (janv. 1525).
Milan ayant été occupé sans coup férir par les Français, le pape, renonçant à charger Roberto Boschetti de négociations avec les chefs d'armée, envoya pour la deuxième fois Nicolas von Schônberg, puis le dataire Giberti, le cardinal Salviati et Pedro de Salamanca, enfin l'amiral Paolo Vettori (automne 1524fln janv. 1525; Balan, Mon. saec. xvi, 307, 309, 320; Halkin et Dansaert, 248, 252; Ehses, Die Politik, vi, 594, 600; Mignet, ii, 18-24).
Clément VII modifia ses propositions : renonçant à son idée première de faire occuper Milan par des troupes neutres ou pontificales, il proposa de laisser le Milanais comme fief impérial à une branche cadette de la maison de France, contre une renonciation de François I" à ses prétentions sur Naples. Il essaya aussi de constituer un bloc d'États neutres comprenant la Haute- Italie et la Suisse. Il sollicita dans ce but la collaboration de Venise.
Quoi qu'en aient dit nombre d'historiens, il ne paraît pas établi que le pape se soit laissé convaincre dès novembre 1524 de conclure un accord séparé avec la France et moins encore qu'il ait encouragé François I" dans ses visées sur Naples (preuves dans Ehses, Die Politik, VI, 599; Pastor, 185, n. 5). Ce fut seulement en déc, lorsque les belligérants eurent repoussé les propositions pontificales apportées par Giberti, puis par Vettori (Halkin et Dansaert, 253), que les négociations s'orientèrent dans ce sens. Tandis qu'il refusait de nouveau à Charles-Quint et au vice-roi de Naples, Charles de Lannoy, de renouveler l'alliance d'Adrien VI, il concluait en secret, dès le 12 déc, et ratifiait ouvertement le 2 (ou le 4) janv. 1525 une convention de k paix et amitié » avec les Franco-Vénitiens (Ehses, Die Politik, vi, 601 sq. ; vu, 571 sq. ; Jacqueton, 67, n. 3; Sanuto, xxxvii, 418; conditions dans Pastor, 186).
Il serait exagéré de parler à ce sujet de renversement des alliances. La décision du pape n'en déviait pas moins de la ligne suivie jusqu'alors dans sa politique de neutralité. Comment comprendre autrement qu'il jugea nécessaire d'expliquer — faut-U dire de justifier? — sa conduite dans une série de messages envoyés à divers souverains européens et d'y insister tellement sur diverses circonstances atténuantes (Balan, Mon. saec. XYi, 45-71)? Il était sûrement sincère lorsqu'il affirmait ne pas vouloir rompre avec les impériaux. Mais il désirait plus encore se prémunir contre un second Marignan, en monnayant au meilleur compte auprès du vainqueur probable la garantie de l'intégrité territoriale de Ses États, y compris les territoires contestés de Parme, Plaisance, Modène, Reggio et leurs dépendances. Le texte original de l'accord n'ayant pas été conservé, on ne sait au juste de quel prix il paya l'obtention de cette garantie : probablement d'un engagement concernant le passage libre et rapide des troupes françaises en route pour la conquête de Naples (Ehses, Die Politik, vu, 574). Mais n'y eut-il pas davantage? En outre, un projet de mariage entre sa « petite-nièce », Catherine, et le fils cadet du roi de France vint flatter à point nommé ses ambitions familiales.
L'attitude équivoque témoignée à cette occasion par la diplomatie pontificale fut vivement ressentie dans le camp impérial.
Charles-Quint jura de se venger de ce " vilain de pape » (De Leva, ii, 233). L'archiduc Ferdinand, Frundsberg, Lannoy, Pescara annoncèrent qu'un jour
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viendrait la reddition des comptes (Ehses, Die Politik, VII, 576-79). L'écho de leur désappointement ne s'était pas encore éteint lorsque, par sa victoire de Pavie (24 févr. 1525; Brandi, ii, 162), l'empereur devint le maître incontesté de toute l'Italie. Jamais calcul politique ne s'était révélé si complètement et si rapidement erroné.
2° De la bataille de Pavie à la Ligue de Cognac (24 févr. 1525-22 mai 1526). — Voir les exposés de Fraikin, Jacqueton et Brandi (loc. infra cit.).
En mettant l'Italie à la merci de Charles-Quint victorieux, la bataille de Pavie équivalait pour Clément VII à une catastrophe. Toute sa politique de bascule croulait par la base. Quand il l'apprit, le pape « en resta comme mort » (Sanuto, xxxviii, 48). A Rome, Orsini et Colonna en vinrent aux mains. Clément VII réussit à les désarmer, à licencier les troupes de mercenaires et à faire rapatrier les détachements français qui, dans leur marche sur Naples, avaient atteint les environs de Rome.
Seule une politique très habile permettrait de sauver l'avenir. Son premier mouvement fut de mettre sur pied une « ligue pour la défense et les libertés de l'Italie »; il envoya l'auditeur de la Chambre, Ghinucci, auprès de Henri VIII et de Wolsey pour les inviter à s'y rallier. Mais sur les conseils de Schonberg et de l'ambassadeur anglais John Clerk, il se ravisa (Jacqueton, 109-11). Malgré Giberti et les ambassadeurs vénitiens, il négocia un accord avec Lannoy, peut-être dans le seul but d'endormir sa confiance (3 mars- 1" avr. 1525; Balan, Mon. saec. xrj, n. 70, 74, 76-77, 82, 85, 87-91; Halkin et Dansaert, 273, 282; Pastor, 193). Entre autres clauses, les impériaux s'engageaient à n'introduire aucune armée sur le territoire pontifical et à protéger les Médicis de Florence. Le pape payait 25 000 écus.
Au consistoire du 5 mai 1525, le pape décida d'envoyer en Espagne son cousin par alliance, le cardinal Salviati, pour y négocier avec Charles-Quint du rétablissement de la paix en Europe. Les premières nouvelles du légat furent très encourageantes. Toute la correspondance épistolaire échangée entre le pape et l'empereur durant l'été de 1525 respire l'euphorie; les questions délicates étaient volontairement laissées dans l'ombre (Balan, Mon. saec. xvi, n. 102, 111-16, 119, 136, 262-66; voir pourtant, dans Halkin et Dansaert, 275, l'avertissement envoyé dès le 21 avr. par Marguerite d'Autriche à Lannoy sur l'attitude ambiguë du pape).
Mais cette ombre s'épaississait. Plusieurs points de l'accord du 1" avr. ne furent jamais exécutés par Lannoy, qui déconseilla à l'empereur d'en ratifier les clauses additionnelles. Lorsque cette ratification fut finalement transmise par l'empereur, ce fut le pape qui souleva des difficultés. Par ailleurs, Lannoy avait formé le projet d'étendre le pouvoir impérial sur toute la péninsule italienne, soit directement, soit par l'intermédiaire de petits États satellites. L'autorité pontificale sur les légations romagnoles et l'Émilie se trouvait ainsi mise en question.
De son côté, le parti franco-vénitien n'avait jamais cessé de se remuer et du côté pontifical on prêtait l'oreille à ses suggestions. Entre Rome et Venise le va-et-vient des courriers devint incessant. A Rome même, Giberti, Canossa, Carpi et le nouvel agent anglais, Gregory Casale, négociaient en sous-main l'adhésion du pape à une nouvelle ligue antiimpériale, dont la régente de France, Louise de Savoie, fut la cheville ouvrière (Jacqueton, 199-296).
Le profond secret dont ces pourparlers furent entourés ne permet pas à l'historien d'aujourd'hui d'établir avec précision la part prise par le pape dans ce chassé-croisé de projets et d'intrigues. Il n'est pas cer-
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
tain qu'il ait été à l'origine de toutes les initiatives de Giberti. Mais derrière une façade de neutralité, et tout en dévoilant aux Espagnols nombre de secrets (Jacqueton, 235, n.), il approuva sûrement la mission confiée au nonce de Suisse, Ennio Filonardi, de recruter 8 à 10 000 hommes prêts à combattre le cas échéant, non seulement en Lombardie, mais jusqu'à Naples {!" juill.). De même, il ne peut avoir été tenu dans l'ignorance du plan de remembrement politique de l'Italie, comportant le rattachement de Naples et de la Sicile au domaine de l'Église sous la forme d'un royaume feudataire, dont la couronne aurait été offerte au général espagnol Pescara pour prix d'une trahison que l'on escomptait (sur cet épisode, voir K, Brandi, Berichle und Sludien zur Gesch. Karls V., XVII, Nach Pavia. Pescara und die italienischen Staaten. Sommer und Herbst 1525, dans Nachricttlen von der Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôltingen, Philol.hist. Klasse, nouv. sér., sect. ii, Nachrichlen aus der mittleren und neueren Gesch., ii, 1936-39, p. 139-231).
Ce plan fut éventé par l'empereur grâce à Pescara lui-même qui le tenait au courant des avances dont il était l'objet. Au moment propice, un coup d'État déclenché à Milan y installa le pouvoir direct des Espagnols (14 oct. 1525). Clément VII déclara à deux de leurs représentants, Sessa et Mendoza, qu'il ne tolérerait à aucun prix la réunion de Milan et de Naples sous un même pouvoir. C'était pour lui une question de vie ou de mort (Gayangos, iii-l, n. 244, 253, 256, 258). Vers la fin de nov., après une période de flottement, la conclusion d'un accord avec les Anglo-Franco- Vénjtiens paraissait imminente (Jacqueton, 222-32; Sanuto, XL, 307-432). La question du financement avait été réglée : pour sa part, le pape avait imposé une taxe de 2 décimes sur tous les offices et bénéfices de sa Cour. Il avait pris aussi des mesures militaires à Parme et à Plafsance. Seule la nature de l'adhésion du roi d'Angleterre à l'alliance restait en suspens.
L'extrême circonspection et indécision du pape remit tout en question. Miguel de Herrera arriva à Rome le 6 déc, avec une lettre olographe de Charles- Quint lui demandant de surseoir de deux mois à l'exécution de ses projets et promettant de donner satisfaction à ses griefs (Gayangos, iii-l, n. 299-300). Aussitôt le vent changea. Influencé par les arguments de Schonberg et les rapports de Castiglione et de Salviati, le pape se laissa persuader. Par une convention du 12 déc. prenant effet le 16, il promit de ne rien entreprendre contre l'empereur durant deux mois, mais il laissa entendre qu'il reprendrait sa liberté d'action si dans ces deux mois la question milanaise n'était pas réglée compte tenu de ses désirs {Lettere di principi, I, 177; Gayangos, iii-l, n. 301; Sanuto, xl, 507; Jacqueton, 235; Raynaldi, 1525, n. 90).
Après la conclusion du traité de Madrid entre Charles-(3uint et son prisonnier François I" (14 janv. 1526), les projets de ligue antiimpériale devinrent plus actuels que jamais. Le pape était d'avis que ce traité, obtenu par la contrainte, était sans valeur (Sanuto, XL, 849 sq. ; Guicciardini, Opère, iv, 14). Dès oct. 1525, il était décidé à soutenir le roi de France dans l'éventualité d'une rupture de la parole donnée (Jacqueton, 224, 260). Mais rien ne prouve qu'il l'en ait lui-même délié, comme l'ont prétendu des historiens espagnols. Charles-Quint ne l'a affirmé que sous bénéfice d'inventaire; le roi de France n'y a jamais fait allusion et aucun document décisif n'a été conservé à ce sujet (Ehses, Concilium, iv, p. xxiv; Fraikin, p. xli).
Sans même attendre la nouvelle de l'élargissement de François l", le pape dépêcha en France un envoyé spécial chargé de sonder les dispositions françaises (début mars; Pieper, 82; Jacqueton, 262; PYaikin, p. XLii sq.). Capino da Capo arriva à la cour de Fran-
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çois I'"' en même temps qu'un envoyé vénitien. Dès le 8 avr., un accord de principe fut conclu, qui devint la base de la « Sainte Ligue » de Cognac, groupant François l", le pape, Venise et les Sforza de Milan, Henri VIII en étant déclaré « protecteur et conservateur » (22 mai 1526; J. Dumont, Corps iiniv. diplom. du droit des gens, iv-1, Amsterdam, 1727, p. 451-54). L'adhésion de Clément VII à la Ligue fut donnée le 4 juin, ratiTiée au consistoire du 13, ofTiciellement promulguée les 5 et 8 juill. et fêtée par des réjouissances publiques (Fraikin, p. nv, lviii). Cette fois, contrairement à son habitude et malgré les efforts du nonce d'Espagne, le pape avait fait preuve de décision. En cela il ne faisait que suivre l'opinion publique italienne, fortement montée contre les impériaux. A Rome on élabora d'audacieux plans de guerre; les troupes pontificales furent concentrées à Plaisance; Francesco Guicciardini fut nommé commissaire pontifical à l'armée et Jean de Médicis, surnommé des Bandes Noires, capitaine général (Guicciardini, La Storia, 1. XVII, c. ii; P. Gauthiez, Nuovi documenti intorno a Giovanni délie Bande Nere, dans Archiv. stor. ital., V^ sér., xxxi, 1903, p. 115; Mignet, ii, 224 sq.). Les banquiers et marchands de Rome reçurent défense d'escompter des effets des impériaux et les sujets et vassaux du S. -Siège défense de se mettre à leur solde (Mignet, ii, 227). Le vent était à l'optimisme.
3° De la Ligue de Cognac au Sacco di Roma (22 mai 1526-6 mai 1527). — Voir les études de Bourrilly, Hellwig, Mignet, Ravioli et Fossati Falletti.
Les partisans de la Ligue durent rapidement déchanter. Les opérations militaires furent décevantes : échec de la marche concentrique de cinq armées contre Sienne (25 juill.; Anonymi auctoris Senensis Bellum Julianum, seu historica enarralio belli contra Senenses a Clémente PP VII et Florentinis anno 1526 gesli, éd. F. L. Polidori, dans Archiv.^stor. ital., Append., VIII, 1850, p. 255-342); attitude suspecte du duc d'Urbin, Gio. Maria délia Rovere, commandant en chef des Vénitiens ; capitulation de la citadelle de Milan (24 juill.); levée du blocus de Gênes (fin septembre).
Loin d'annoncer une aide à l'Italie, l'envoyé français, Guillaume du Bellay, obtint du pape 350 000 livres sur les 364 000 qu'avait rapportées la décime levée le l*'' janv. 1526 sur le clergé de France (L. Bourgain, Contribution du clergé à l'impôt sous la monarchie française, dans Rev. des quest. hist., xlviii, 1890, p. 86 sq.). Le pape accorda aussi au roi de France les quatre décimes demandées pour payer la rançon des princes du sang détenus à Madrid (ibid., 88). Cette absence de tout soutien effectif de la part de François I" fit naître à Rome de sérieuses inquiétudes.
C'est le moment que guettait le nouvel envoyé impérial pour jouer son jeu. Ugo de Moncada était arrivé à Rome le 16 juin, avec mission de détacher le pape de la Ligue (Gayangos, iii-l, n. 457). En quoi il échoua totalement (20 juin; Pastor, 215; Mignet, ii, 232-38). Dans un bref que le nonce était chargé de remettre à l'empereur, le pape, faisant l'historique de ses relations avec lui, justifia sa propre attitude et soumit celle des impériaux à un réquisitoire sévère, non entièrement exemjjt de partialité {Non opus esse credimus, 23 juin 1526; Le Plat, ii, 240-46; voir les remarques critiques de Pastor, 217, note). Deux jours plus tard, se ravisant, il expédia l'ordre de ne pas remettre son premier bref et le remplaça par un autre plus court et plus modéré (Le Plat, ii, 246-47). Simultanément, par son nonce ordinaire, Roberto Acciajuoli (parti le 12 mars, arrivé le 6 juin), par un envoyé spécial, Giambattista Sanga (parti le 20 juill.), et par plusieurs brefs le pape essaya de stimuler l'inertie du roi de France et d'amener Henri VIII à adhérer définitivement à la Ligue (Fraikin, p. lv-lxiv et n. 73).
A ce moment, Moncada, se conformant aux instructions de son maître, s'était déjà abouché avec le cardinal Colonna, vice-chancelier, et complotait avec lui un coup d'État contre le pouvoir pontifical. Ce plan réussit au delà de toute espérance. De juin à août, sous une feinte tranquillité, les Colonna mirent au point leur dispositif d'action. Un des leurs, Vespasiano, réussit à endormir la confiance du pape en concluant avec lui un accord ratifié par Moncada (22 août). Se croyant désormais à l'abri et pressé de restreindre ses déjjenses, le pape réduisit la garnison de Rome à de minces forces de police (Pastor, 226, n. 7; Mignet, ii, 252-54). Il reprit ses anciens projets de neutralité et proposa de se rendre à Avignon réconcilier les deux rivaux.
C'est ce qu'attendaient les gens de Colonna. Forts de plus de cinq mille hommes, ils accoururent de Naples à marches forcées, parvinrent en vingt-quatre heures devant les murs de Rome et y pénétrèrent presque sans coup férir (20 sept.). Tandis que Clément VII cherchait refuge au Château S. -Ange, des bandes de pillards dévalisèrent les trésors du Vatican (récit de Girolamo Negri, dans Pastor, 229). Au commandant espagnol, Aguilar, qui le somma de rendre le Château, le pape répondit « qu'il était pape et voulait mourir en pape, qu'il était d'ailleurs encore d'âge à prendre une pique en main et à se défendre sur la muraille aussi bien que soldat » (Nie. Raince au maréchal de Montmorency, 30 sept.; Mignet, ii, 257). Cependant, des pourparlers avec Moncada aboutirent le lendemain à un armistice de quatre mois à des conditions humiliantes (Pastor, 231; lettre du pape au roi de Portugal, avec le récit de ces événements, dans Balan, Mon. saec. XVI, n. 185). Lorsqu'il apprit la réussite du coup de main dont il avait été l'instigateur, Charles-Quint fit présenter des excuses au pape, démarche qui ne lui fait pas honneur (Pastor, 241; Mignet, ii, 259-62).
D'accord avec ses conseillers et avec l'opinion publique romaine. Clément VII n'avait nullement l'intention d'observer l'armistice conclu avec Moncada. Deux envoyés spéciaux, Paolo Valdambrini d'.\rezzo et Girolamo Ghinucci, furent dépêchés d'urgence, l'un en France et en Espagne, l'autre en Angleterre (24 sept. ; Pieper, 70). Clément expédia aussi une lettre éplorée à F'rançois l" (Fraikin, 128; p. lxv, n. 6), qui promit du secours (ibid., p. Lxvi). Il adressa un monitoire contre tous les participants aux derniers événements (26 sept.). Le 28, au consistoire, il reprit ses projets de voyage pour ménager la paix entre la France et l'Empire. Le cardinal Farnèse le lui déconseilla. Clément VII resta à Rome, qu'il remit en état de défense, craignant une nouvelle surprise des Colonna. En moins de trois semaines, 7 000 hommes s'y trouvèrent rassemblés; les dépenses militaires furent couvertes par un mons fidei constitué grâce à des contributions extraordinaires du clergé romain et toscan. En nov., le pape ouvrit le procès public des Colonna et de tous ceux qui avaient trempé dans leur coup de force. Un monitoire leur fut adressé le 7 nov. et, comme ils firent défaut, ils furent condamnés par contumace et la plupart de leurs domaines ravagés par une expédition militaire (Pastor, 235, n. 3). Le cardinal Colonna, qui avait lancé un appel à un concile général (13 nov.; Pastor, 235), fut démis de toutes ses dignités et privé de ses bénéfices.
Vers la fin de nov., on apprit à Rome qu'une armée de lansquenets allemands, sous les ordres de Georg von Frundsberg, avait franchi les Alpes, rompu tous les barrages et traversé le Pô. D'autres mauvaises nouvelles suivirent. Autant de raisons pour le pape de se remettre à hésiter.
De déc. 1526 à févr. 1527, il se laissa ballotter au
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gré des événements entre les conseils de Schônberg et ceux de Giberti. Il essaya d'abord de négocier pour écarter l'orage menaçant : Quinones (2 déc), puis Schônberg furent chargés d'ouvrir des pourparlers avec Lannoy qui venait de revenir en Italie. En même temps, un messager spécial, Jean de la Forest, était envoyé d'urgence à François I" pour lui exposer la situation critique (6 déc; Fraikin, 178; Desjardins, H, 864).
Lannoy proposa des conditions sévères : armistice de six mois, remise d'Ostie et de Civitavecchia comme gages, lourde indemnité.
Le jour même où Quiiiones rapporta ces conditions (12 déc), le secrétaire de l'ambassade d'Espagne, Juan Perez, se présenta au palais pontifical, dans la salle du Perroquet, et remit au pape en mains propres devant notaire et témoins la réponse de Charles- Quint au bref du 23 juin que le nonce lui avait apporté le 20 août, le contre-ordre pontifical étant parvenu trop tard (Gayangos, iii-l, n. 631, 633). Blessé par le ton du bref, l'empereur avait fait composer par Alfonso Valdès et approuver par son conseil un long mémoire rédigé sur le même ton, comportant un réquisitoire sévère contre l'attitude du pape, une apologie de la sienne propre, le tout se terminant par une nionition canonique à convoquer un concile général (daté de Grenade, 17 sept. 1526; publié en 1527 à Alcala, Mayence et Anvers; Le Plat, ii, 247-88; cf. Pastor, 242, n. 4; Brandi, ii, 179). Malgré ses outrances et sa partialité, il faut reconnaître que ce document de polémique avait frappé juste. Il rappelait au pape des vérités que celui-ci n'avait que trop oubliées.
Appuyé par ses cardinaux (consistoire du 27 déc. 1526; Fraikin, 424), le pape raidit son attitude : un monitoire fut envoyé aux Colonna et à Lannoy, leur enjoignant sous peine d'excommunication de déposer les armes sans délai. Lannoy répondit en attaquant Frosinone. Clément VII, encouragé par l'arrivée d'un léger secours français doublé de nouvelles promesses (Fraikin, p. lxxiii sq. ; Grethen, 146), renforça les défenses et les approvisionnements du Château S.- Ange (E. Rodocanachi, Le Château S.-Ange, 1526-27^ dans Rev. des quesl. hisi., lxxxhi, 1908, p. 46 sq.), et adressa à tous les feudataires du S. -Siège un appel à prendre les armes (23 janv. 1527). Il fit toutefois ouvrir des pourparlers avec un nouvel envoyé impérial, Cesare Fieramosca, et se montra prêt à toutes les concessions pour obtenir une paix de trois ans. Les propositions impériales furent rejetées par les cardinaux; Clément VII les accepta quand même. Il se trouvait sur le point de ratifier l'accord, quand parvint la nouvelle d'une victoire remportée par les troupes pontificales à Frosinone (Mignet, ii, 288-89). Ce succès et la découverte d'un complot ourdi par les Colonna et appuyé par Lannoy rejetèrent le pape vers l'alliance française. Tandis qu'il donnait ordre en clair à son « légat au camp », Agostino Trivulzio, de conclure un armistice de huit jours, prélude d'un accord plus général, il lui donnait en chiffres des instructions toutes différentes (Fraikin, p. lxxiv-lxxvii). Les troupes pontificales se lancèrent à la conquête du royaume de Naples et remportèrent quelques succès initiaux (févr. 1527). Après quoi, laissées sans solde et sans vivres elles se débandèrent. A ce moment, les chances de conclure une suspension d'armes avantageuse étaient réelles. Les Franco-Vénitiens bornant leur appui à un soutien verbal, le pape voulut en profiter; il chargea un négociateur anglais, John Russell, d'amorcer de nouveaux pourparlers (Grethen, 153 sq. ; Fraikin, p. lxxix).
Ceux-ci aboutirent à la conclusion d'un armistice de huit mois avec Lannoy, contre paiement de 60 000 ducats (15-16 mars; Bucholtz, m, 604). Lannoy vint à
Rome, où il fut bien accueilli (Halkin et Dansaert, 113). L'accord fut ratifié le 29 mars (Sanuto, xliv, 419, 424 sq., 432). A l'envoyé anglais qui l'avait mis en garde, Clément VII répondit : Quod scripsi, scripsi.
Espérant que cet armistice serait le prélude d'une paix générale, le pape chargea Quifiones d'une nouvelle mission auprès de l'empereur (27 mars; départ fin avr. ; cf. Wadding, Annales, xvi, 278-80; Pieper, 71, n. 2). Giberti, chargé à son tour d'une mission auprès des trois grands souverains (16 avr.; Pieper, 73; Fraikin, p. lxxxi), n'eut plus le temps de quitter Rome.
Confiant en la parole donnée par Lannoy, le pape accomplit les stipulations de l'armistice : il retira ses troupes des régions conquises dans le pays de Naples et les démobilisa; il accorda une large amnistie aux anciens conjurés.
La paix était trompeuse : déjà une menace nouvelle et bien plus grave se précisait au Nord; les forces impériales, portées à plus de vingt mille hommes par la jonction des armées de Frundsberg et de Bourbon, s'étaient ébranlées vers le Sud, envahissant la Romagne et menaçant directement Florence. Espérant se dédommager sur Rome ou sur Florence d'un arriéré de huit mois de solde, elles refusèrent de souscrire à l'armistice conclu par Lannoy. S'étant mutinées, elles contraignirent leur chef à poursuivre la marche vers le Sud et à franchir les Apennins.
A cette nouvelle, le pape pria Lannoy de conclure un accord avec les Florentins et les émissaires de Bourbon, pour racheter au prix de 150 000 ducats le retrait des envahisseurs. Se faisant illusion sur ses chances de succès, et « comptant sur la magnanimité des bêtes fauves atteintes de la rage religieuse » (Perrens, m, 119), le pape continua à désarmer, tandis que les Florentins mettaient leur ville en état de défense (Vettori, 376).
Pendant que le sort de la Ville éternelle se jouait en Toscane, un épisode burlesque se produisit à Rome même, en pleine place S. -Pierre. Le jeudi saint 18 avr., au moment où, après lecture de la bulle In Cena Domini, le pape s'apprêtait à donner sa bénédiction, un vagabond hirsute et à demi nu qui s'était juché sur la statue de S. Paul l'invectiva : « Bâtard sodomite, Rome sera détruite à cause de tes péchés. Confesse-toi et convertis-toi. Si tu ne veux pas me croire, dans quinze jours tu vas le voir. » Ce prophète de malheur, Bartolomeo Carosi, surnommé Brandano, était depuis un certain temps pour les Romains une figure familière. Un crucifix dans une main, une tête de mort dans l'autre, il sillonnait les rues de la ville en criant : « Rome, fais pénitence. Ton sort sera celui de Sodome et de Gomorrhe. » Emprisonné, puis relâché, emprisonné à nouveau, il annonçait sans se lasser l'approche du châtiment providentiel.
En effet, le péril grandissait d'heure en heure. Lannoy, après être tombé d'accord avec les Florentins, avait rencontré Bourbon le 20 avr. près des sources du Tibre. Ses offres furent rejetées par Bourbon qui exigea 240 000, puis 300 000 ducats et reprit sa marche en avant en direction de Florence d'abord, puis de Rome (26 avril).
Clément VII conclut alors avec la Ligue un nouvel accord plus étroit qu'avant (Sanuto, xliv, 573). Il appela à son aide le duc d'Lirbin, mobilisa en hâte de nouvelles forces (2 000 hommes), fit revoir les défenses de la ville par Renzo da Ceri, ouvrit un nouvel emprunt, mais ne réussit à obtenir du plus riche habitant de Rome, Domenico Massimi, qu'un prêt de 100 ducats. Le 4 mai, il fulmina contre Bourbon l'excommunication majeure. Le lendemain, l'armée de celui-ci parvenait sous les murs de Rome.
Installé sur les contreforts du Janicule, face aux
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murs de la Cité Léonine, avec ses aventuriers réduits à la dernière extrémité, Bourbon décida de tenter l'assaut dès le lendemain à l'aube. Malgré un opaque brouillard, il fut repoussé deux fois. La troisième, il réussit, mais il le paya de sa vie. Espagnols et lansquenets se rendirent maîtres de la Cité Léonine, y compris le Vatican. Clément VII, qui se trouvait en prières à S. -Pierre, eut tout juste le temps de chercher refuge au Château S. -Ange, avec treize cardinaux et une foule de notables romains évaluée à un bon millier de personnes. Exposés aux feux de l'artillerie du Château S. -Ange, les envahisseurs ne purent ni se maintenir dans la Cité conquise ni franchir le Tibre pour s'emparer de la ville proprement dite. Ils se retirèrent donc pour recommencer l'assaut au Trastevere. Ici encore ils réussirent et, le soir même, grâce à la négligence des Romains qui n'avaient pas rompu les ponts du fleuve, ils parvinrent à le traverser et à pénétrer au cœur de la ville.
III. Du SACCO Dl ROUA AU TRAITÉ DE BARCE- LONE. — 1° Le Sac de Rome et la captivité de Clément Y II au Ctiâteau S.-Ange. — Bibliographie dans Brandi, Kaiser, u, 182; Pastor, 268-322; Schottenloher, 41550-41577; D. Orano, // Sacco di Roma, del 1527, I, / ricordi di Marcello Alberini, Rome, 1901; H. Schulz, Der Sacco di Roma. Karls V. Truppen in Rom, 1527-28, Halle, 1894.
Le Sac de Rome, commencé dans la nuit du 6 au 7 mai 1527, se poursuivit au cours des journées suivantes. Suivant les estimations des contemporains, le pillage dura de huit à quinze jours. Rien ne fut épargné, pas même les partisans de l'empereur. Espagnols et Napolitains se firent surtout remarquer par leur cruauté et leur sadisme, les lansquenets par leurs mascarades ignobles et sacrilèges, les uns et les autres par leur soif de butin. Les récits des témoins oculaires abondent en horreurs de tous genres et reconnaissent que des Turcs n'auraient pu les surpasser. Clément VII évalua les dégâts à dix millions de ducats d'or (Sanuto, XLVi, 382). Le total des rançons extorquées aux principaux notables pour leur laisser la vie sauve s'éleva à 3 ou 4 millions et plus d'un million fut volé en espèces ou en objets précieux. Les archives de la Chancellerie secrète et celles de la Chambre apostolique tombèrent aux mains des pillards qui en lacérèrent un bon nombre. Le Vatican ne dut sa préservation qu'à la protection accordée par le commandant des impériaux, Philibert d'Orange, qui y avait établi ses quartiers.
Le pape, assiégé au Château S.-Ange, y établit un conseil administratif de quatre membres : le cardinal Giberti, représentant les prélats; Alberto di Carpi, le corps diplomatique; le chevalier Casale, les citoyens romains; et Juliano Lelio, les marchands et artisans (Gayangos, iii-2, n. 226).
Dès le 7 mai, il essaya d'amorcer des négociations. Bartolomeo Gattinara, neveu du chancelier de Charles- Quint, présenta les conditions impériales : cession de Parme, Plaisance, Modène, Ostie et Civitavecchia, paiement de 150 000 scudi, amnistie aux Colonna. Apprenant que les troupes de la Ligue préparaient une action pour le délivrer, le pape se reprit à hésiter (ibid., n. 214-15, 225). Son espoir fut déçu. Les ligueurs poussèrent une pointe dans la Campagne romaine, puis se tinrent à distance. S'ils avaient osé intervenir, ils n'auraient rencontré aucune résistance, car les pillards, oublieux de toute prudence, ne gardaient même pas les portes de la ville.
A partir du 17 mai, la famine et la peste commencèrent à sévir. La condition des assiégés devint critique (E. Rodocanachi, Le Château S.-Ange, 1526-27, lac. cit., Lxxxiii, 1908, p. 50-52). Après un second échec, une troisième reprise des pourparlers entre le cardinal Colonna, von Schônberg et Lannoy, venu
tout exprès de Sienne, aboutit à un accord sur des bases assez semblables à celles du début, sauf pour l'indemnité à payer (400 000 ducats, dont 150 000 comptant ou dans les vingt jours). Au paiement de la première tranche, le pape serait autorisé à quitter sa prison pour prendre résidence à Naples (Bucholtz, III, 609-13; Gayangos, iii-2, n. 77, 84). Le 5 juin, les troupes pontificales du Château S.-Ange cédèrent la place à un détachement d'impériaux commandés par le capitaine Alarcon, qui deux ans auparavant avait été le geôlier de François I".
Tombé aux mains de ses ennemis, Clément VII fut « traité par eux comme un vrai prisonnier » (Guicciardini, Opère, ix, n. 28). Bartolomeo Gattinara alla jusqu'à lui extorquer l'anneau de diamants, valant 15 000 ducats, qu'il portait au doigt et la promesse écrite qu'il serait élevé un jour à la pourpre. Mais Lannoy le força de restituer le bijou et le document.
Durant ce temps, les États de l'Église tombaient en miettes : les. Espagnols tenaient Ostie; André Doria occupait Civitavecchia; l'armée de la Ligue refusait d'évacuer Cività Castellana, Parme et Plaisance; le duc de Ferrare s'était emparé de Modène; les Vénitiens, de Ravenne et de Cervia; Rimini était tombée au pouvoir de Sigismond Malatesta et deux autres condottieri s'étaient rendus maîtres d'Imola et de Pérouse. Rome, frappée par la peste, présentait l'aspect d'une ville morte sur les dépouilles de laquelle lansquenets et Espagnols s'entre-déchiraient; la soldatesque, entièrement maîtresse de la ville, n'obéissait plus à personne; la disette et la cherté des vivres atteignaient des proportions telles que le pire était à craindre, si les troupes étrangères continuaient à s'y maintenir.
A Florence, après un premier coup d'État avorté (26 avr.), le pouvoir discrédité des deux « neveux » du pape, Ippolito et Alessandro, fut remplacé par un gouvernement oligarchique, dont les personnalités les plus en vue étaient Niccolo Capponi et Filippo Strozzi (mai 1527). La rage iconoclaste de la populace s'attaqua aux statues et aux emblèmes des Médicis abhorrés, même à ceux du pape régnant.
Pour payer sans retard une première tranche des 400 000 ducats de sa rançon, le pape chargea Benvenuto Cellini de construire sur la terrasse du Château S.-Ange un four improvisé et d'y faire fondre toutes ses tiares sauf une, son argenterie, ses vases et ses joyaux d'or et d'argent (B. Cellini, Vita, éd. O. Bacci, Florence, 1901, p. 79-80). Il réunit ainsi 70 000 ducats. Il mendia alors un secours aux clergés de Naples et du Portugal (3, 12 juill.), donna licence de vendre ou d'engager Bénévent (3 juill.). En attendant ces rentrées aléatoires, il conclut avec un banquier génois, Ansaldo Grimaldi, et un commerçant catalan, Miguel Girolamo Sanchez, un emprunt nominal de 195 000 ducats d'or, dont 150 000 seulement lui furent versés contre des gages très importants (texte dans A. Corvisieri, Dociimenti inediti sul Sacco di Roma net 1527, Rome, 1873, p. 9-19).
Les troupes espagnoles et italiennes quittèrent la ville vers la mi-juin. Les lansquenets, fortement décimés par la peste — celle-ci avait pénétré jusqu'à l'intérieur du Château S.-Ange — ne partirent que le 10 juill. Mécontents de ne pouvoir emmener avec eux le pape comme otage, ils remontèrent le Tibre et attendirent en Ombrie le paiement de la rançon promise.
Clément VII s'était tellement dépouillé qu'il n'avait même plus de quoi nourrir les trois frères mineurs qui vivaient avec lui (Perez à Charles-Quint, 2 sept. 1527; Gayangos, in-2, n. 184). Et il lui fallait encore trouver quelque 200 000 ducats. Envisageant toutes les éventualités, il rédigea une bulle réglant les modalités à suivre pour assurer la liberté d'un conclave pour le cas
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où il viendrait à mourir en captivité (15 juill. ; Ciacconius, III, 454-55). En sept., il composa un projet de bulle condamnant énergiquement les oppresseurs de l'Église et sollicitant des prières pour son chef prisonnier (éd. A. Guasti, Una bolla del papa Clémente VII scritta in Castel Sant' Angelo (maggio-dicembre 1527) e rimasta in bozza, dans Arch. slor. itaL, IV» sér., xv, 1885, p. 1-14). Mais, il se laissa persuader par Alfonso del Vasto de ne pas la divulguer.
Las d'attendre l'argent qu'on leur avait promis, les lansquenets revinrent à Rome, où ils se livrèrent à une réédition du Sac de mai (25 sept.). Incapable de payer, le pape se vit menacé d'être mis en pièces. Il dut livrer des cardinaux comme otages et proposa même de partager leur sort.
Entre temps, la nouvelle du Sacco et de la captivité du pape dans sa propre capitale avait provoqué dans toute l'Europe des réactions passionnées.
Pour François I" et Henri VIII, qui venaient de conclure l'alliance de Westminster (avr. 1527), la catastrophe de Rome était une chance inespérée. En prenant le parti de l'auguste prisonnier, ils allaient pouvoir, sotis des dehors chevaleresques, recouvrir des intentions bien moins désintéressées. Une armée française équipée sans retard partit pour l'Italie sous le commandement de Lautrec (30 juin) et y remporta aussitôt de brillants succès. Les Anglais déployèrent auprès des cours européennes une intense activité de chancellerie.
Chargé par Henri VIII de discuter avec François I" des moyens de libérer Clément VII, le cardinal Wolsey rencontra le roi à Amiens (4 août 1527). Leurs échanges de vues, auxquels prirent part le cardinal Salviati, le nonce d'Angleterre Gambara et l'ambassadeur de Florence, aboutirent à un accord conclu le 18 août, comportant l'engagement de défendre en commun les intérêts et la liberté du pape contre les empiétements impériaux. Wolsey proposa aussi d'inviter tous les cardinaux restés libres à se rendre à Avignon, afin d'être prêts à toute éventualité qui pourrait se produire au cours de la captivité du pape (Desjardins, ii, 984). Cette proposition fut-elle tout à fait désintéressée? Beaucoup, parmi lesquels Salviati lui-même, l'ont mis en doute (Ehses, Dokumenle, n. 249 sq.). Les cardinaux, encouragés par le pape, déclinèrent l'invitation et préférèrent se réunir au début de sept, à Parme (Ravioli, vi, 407-08; Sanuto, xlvi, 208).
Le 1 6 sept. 1527, Wolsey, réuni à Compiègne avec les quatre cardinaux Bourbon, Lorraine, Du Prat et Salviati, expédia au pape une protestation, déclarant invalide toute mesure prise durant sa captivité et susceptible de modifier le gouvernement de l'Église; il lui conseillait aussi de déléguer ses pouvoirs pour toute la durée de cette captivité (publ. J. Le Grand, Hisl. du divorce de Henri VIII el de Catherine d'Aragon, m, Paris, 1688, p. 4-13; Ehses, Dokumenle, n. 6).
Poursuivant leur action diplomatique, les Franco- .\nglais mirent sur pied, le 15 nov. 1527, une ligue pour la libération du pape (Capiluli délia lega italiana fra Clémente VII, il sacro collegio, rè di Francia e d' Inghillerra, duca di Milano, republica di Venezia ed Alfonso d'Esté per la liberazione d'esso papa Clémente, dans Muratori, Délie antichità Estense, ii, Modène, 1740, p. 341).
Dès le début de sa captivité le pape avait songé à en appeler à la magnanimité de l'empereur. Il choisit pour cette mission délicate le cardinal Farnèse. L'instruction qu'il lui fit remettre, document de la plus haute importance (publ. Ch. Weiss, Papiers d'État du cardinal Granuelle, i, Paris, 1841, p. 280-310), contient un essai de justification rétrospective de toute la politique pontificale. 11 comptait faire appuyer cette démarche par l'ambassadeur du Portugal et par son
petit-cousin, le cardinal Salviati, alors nonce en France. Mais Farnèse, parti de Rome vers la mi-juillet, s'occupa d'abord de regrouper à Plaisance les éléments dispersés du Sacré Collège et ne passa jamais en Espagne; Salviati se déchargea de sa corvée sur un de ses fonctionnaires, Jacopo Girolami (Pieper, 73-74; Desjardins, ii, 974).
Quifiones, parti de Rome à la fin d'avr. (cf. supra, 1190), fut capturé en cours de route par des pirates et ne parvint à Valladolid qu'à la fin de juill. avec des instructions dépassées par les événements (Wadding, Annales, xvi, 278-80). 11 adressa à l'empereur de violents reproches (Pastor, 311). Le nonce en Espagne, Castiglione, et les chargés d'affaires anglais le secondèrent de leur mieux, mais ne réussirent pas à surmonter la méfiance impériale.
Charles-Quint avait appris avec plus d'un mois de retard ce qui s'était passé à Rome. Sa première réaction fut de considérer dans ces événements tragiques le doigt de la Providence et d'en rejeter la responsabilité sur le pape. Il s'en fallut de peu qu'il ne chantât : Heureux sac de Rome qui nous vaudra enfin la paix en chrétienté et un bon concile pour la réforme de l'Églisel (Instructions à Pierre de Veyre, 21 juill. 1527; Halkin et Dansaert, 325-26.)
Gattinara lui ayant conseillé de « se purger devant Dieu et devant les hommes de toute coulpe » (Brandi, II, 184-85), il adressa aux puissances et aux cardinaux une série de mémoires justificatifs (fin juilLdébut août, Lettere di principi, ii, 234 sq. ; Pastor, 312). Mais il ne réussit pas à se blanchir comme il l'avait escompté. Les milieux catholiques d'Espagne clamaient leur indignation. L'épiscopat espagnol projeta d'aller le trouver en corps et en habits de deuil pour lui demander la libération du pape (Pastor, 310- 11). Toutefois son chancelier Gattinara, son frère Ferdinand, son confesseur Loaysa, le vice-roi de Naples Lannoy et nombre d'autres conseillers lui recommandaient la prudence : pas de libération sans garanties pour l'avenir (Pastor, 308-09, 311).
Il confia à Quifiones deux missives autographes pour le pape (3 août 1527; Casanova, 13-16). Paroles rassurantes et protestations de dévouement n'y manquaient pas, mais il n'y était pas question d'une libération au sens où le pape l'espérait. Au contraire : Pierre de Veyre, qui partit quatre jours plus tard, reçut une instruction précisant que, pour l'établissement d'une paix durable, il était à souhaiter que le pape pût venir en Espagne ou l'empereur en Italie, mais que cela n'était pas réalisable pour l'instant; en attendant, toute liberté devait être accordée au pape pour l'exercice de ses fonctions spirituelles; quant au reste, il faudrait se prémunir contre toute surprise par l'occupation de sept places fortes pontificales, jusqu'à la conclusion d'une paix durable dans la chrétienté (Bucholtz, op. cit., ni, 97-105).
Après avoir pris contact à Gaète avec L'go de Moncada, successeur de Lannoy comme vice-roi de Naples, Quifiones et de Veyre engagèrent des pourparlers à Rome avec une délégation de cardinaux (début oct., Ehses, Dokumenle, n. 10; append., n. iv). De part et d'autre on désirait en finir. Une protestation formelle du Conseil d'État espagnol (fin oct.) et le désir de se concilier le pape dans l'affaire du mariage d'Henri VIII avaient amené Charles-Quint à adresser à Rome de nouvelles instructions plus accommodantes (Bucholtz, op. cit., III, 119-20; Wadding, Annales, xvi, 281; Brandi, i, 226; ii, 187).
Dans ces conditions, l'accord du 26 nov. 1527 fut assez facilement conclu : le pape réintégrait tous ses droits spirituels et temporels; il s'engageait à rester neutre, à travailler à la paix, à convoquer un concile pour la réformç de l'Église, l'extirpation de l'hérésie
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luthérienne et la poursuite de la guerre contre les Turcs; il remettait six otages et quatre forteresses en gage à l'empereur. Le retrait des troupes impériales se ferait en trois étapes parallèlement à l'exécution des clauses financières, la première consistant dans l'évacuation du Château S. -Ange contre paiement de 73 169 ducats. La somme totale à payer était d'environ 370 000 ducats (texte de l'accord dans Schulz, op. cit., 17G-88; récit des négociations, Ferez à Charles-Quint, 1" déc. 1527, dans Gayangos, iii-2, n. 249).
Le pape trouva l'argent nécessaire au paiement de la première tranche par une promotion de sept nouveaux cardinaux choisis parmi les familles riches d'Italie (21 nov.) et par la vente de terres dans le pays de Naples.
En exécution de cet accord, les impériaux évacuèrent le Château S. -Ange le 6 déc. 1527 (Fossati Falletti, 24-25). Dès la nuit suivante, le pape quitta Rome sous un déguisement et se réfugia à Orvieto (récit de sa fuite par le pape lui-même dans P. Balan, Roberto Boscheiii, e gli avvenimenli ilaliani dei suoi tempi : 1494-1529, II, Modène, 1884, append. xlii; preuves de la date et autres références dans Pastor, iv-2, 322, II. 3; J. Fraikin, La délivrance de Clément VU en déc. 1527, dans Rev. hebdom., v, avr. 1905, p. 298).
2° A Orvieto et à Viterbe (7 déc. 1527-6 oct. 1528). — Dans son palais délabré d' Orvieto le pape, entouré d'un collège de quatre, puis de sept cardinaux, connaissait la sécurité dans le dénuement. Son premier soin fut de révoquer les privilèges accordés durant sa captivité, excepté ceux concernant les veri et antiqui jamiliares continui commensales, les cardinaux et les laïques ayant au moins le titre de duc (18 déc. 1527).
Son alliance restait toujours un atout précieux dans le jeu diplomatique international. Impériaux et ligueurs ne négligeaient aucun effort pour se la concicilier. Mais le pape estimait prématuré de parler alliances. En attendant le rétablissement de ses États dans leur intégrité territoriale, il préféra se cantonner dans une stricte neutralité, tout en se faisant monnayer à l'avance ses faveurs éventuelles.
Charles-Quint l'ayant félicité par anticipation de sa délivrance (22 nov. 1527; Lanz, i, 256), Clément VII se déclara prêt à collaborer loyalement à la paix européenne et à la réforme, mais pas avant le relâchement des otages et l'évacuation des villes occupées (11 janv. 1528; ibid., 257). Il fut tout aussi réticent envers les quatre messagers que Lautrec, dont l'armée était accueillie en libératrice à travers l'Italie centrale, lui dépêcha coup sur coup pour solliciter son alliance. S'il craignait l'empereur et lui tenait rigueur de l'offense faite par ses troupes, il reprochait à la Ligue de l'avoir abandonné à l'heure du danger et il n'oubliait pas que Venise et Ferrare avaient annexé une partie de ses États à la faveur de sa captivité. Il se borna donc à des manœuvres de chantage, donnant à entendre à chaque parti qu'il s'allierait avec l'autre s'il n'obtenait satisfaction.
L'avance de Lautrec ayant contraint les impériaux à évacuer Rome (17 févr. 1528), l'ordre n'y fut rétabli qu'à grand'peine. La ville était dans un tel état de délabrement que le pape ne pouvait songer à y retourner aussitôt. Il permit à certains de ses services de s'y réinstaller et fit prendre par son légat-gouverneur, Campeggio, les mesures imposées par la situation : maintien de l'ordre public, interdiction de la spéculation et du stockage des produits de première nécessité. Pour se rapprocher de sa capitale. Clément VII transféra, le l^' juin, sa résidence d'Orvieto à Viterbe. Après une victoire navale remportée par les Génois sur les impériaux, le pape fournit à une flotte française du matériel de guerre pour l'aider à reprendre Civitavecchia.
Les premiers signes d'un revirement de Clément VII en faveur de l'empereur se dessinèrent vers le milieu de juin. Une lettre du pape à l'empereur (21 juin) proposa un rapprochement, qui fut accepté le 3 sept. (Brandi, m, 197). L'ambassadeur vénitien, Gasparo Contarini, ne cessant de l'importuner pour obtenir une renonciation à Ravenne et à Cervia, le pape au comble de l'emportement aurait déclaré : « Ces genslà veulent que je fasse de l'empereur le maître de l'Italie; eh bienl je le ferai » (Pastor, 337, n. 1).
Les événements militaires renforcèrent ce revire- 1 ment. Le typhus contraignit l'armée française privée de son chef à lever le siège de Naples (29 août) et à se replier en désordre vers le Nord. La flotte génoise, puis Gênes, passèrent du côté impérial (12 sept.).
Malgré les efïorts contraires de la diplomatie vénitienne. Clément VII prêta l'oreille aux ouvertures d'Orange et du cardinal Colonna (30-31 août; Pastor, 340). Une correspondance épistolaire se poursuivit durant tout le mois de septembre. (Pastor, 341). Écoutant les conseils des impériaux. Clément VII quitta Viterbe le 5 oct. et rentra le lendemain à Rome, où il avait fait interdire toute réjouissance (Satiuto, xlix, 49; Gayangos, iii-2, n. 576).
3° Du retour à Rome au traité de Barcelone (6 oct. 1528-29 juin 1529). — Dès son retour à Rome, le pape encouragea de son mieux la reconstruction de la ville et la reprise des activités normales. Le 14 oct., il invita les cardinaux à venir l'y rejoindre. Mais la Rome qui renaissait peu à peu de ses cendres n'était plus celle d'antan : le Sacco lui avait donné le coup de grâce. Les tempéraments et les fortunes bouleversés devaient retrouver un nouvel équilibre. Même la célébration des solennités accoutumées fut longtemps empêchée par le manque d'ornements d'apparat.
Au cours de l'hiver 1528-29, l'état de santé du pape donna lieu à de sérieuses inquiétudes. La nouvelle de sa mort fut colportée au loin. Pour parer à toute éventualité, des cardinaux sollicitèrent une bulle permettant de tenir un conclave en des localités prémunies contre toute pression impériale : Civita Castellana, Vérone, Bologne, Avignon. Une commission cardinalice expédia les affaires courantes.
Autour du pontife malade, puis convalescent, le jeu des intrigues diplomatiques continua de plus belle. Contarini et Giberti passèrent des journées entières en conversations avec lui, mais ne réussirent pas à le ramener à la Ligue. Au cours d'une audience restée célèbre (4 janv. 1529), Contarini essaya de le convaincre. Et il est triste de devoir constater qu'au cours de leur dialogue ce fut le diplomate vénitien qui — pour les besoins de sa cause, il est vrai — exprima les sentiments les plus élevés, les plus soucieux du bien général de l'Église; ce fut lui qui rappela le devoir pour un représentant du Christ de se tenir détaché des possessions et des compromissions terrestres. Clément VII au contraire fit entendre la voix de l'opportunisme et des nécessités contingentes (Pastor, 347- 49; Dittrich, 41-46).
D'autre part, Quinones était revenu d'une nouvelle mission en Espagne (fin déc. 1528) accompagné de Miguel Mai, lequel était chargé par l'empereur de préparer la conclusion d'une alliance avec Rome.
Le pape répugnait à tout engagement. Mais il aspirait à la paix et il comprit que le meilleur moyen de l'assurer était de se soumettre aux impératifs de la situation politique en se rapprochant du plus fort (cf. sa lettre à l'empereur, 24 oct. 1528; Raynaldi, 1528, n. 15; ses déclarations aux cardinaux Quifiones et Trivulzio, Pastor, 355, n. 1, 356, 753). Au cours de sa maladie, il avait aussi repris ses projets de croisade pacifique auprès des rois de France, d'Espagne é| peut-être même d'Angleterre (Gayangos, iii-2, n. 625,
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627, 636, 643, 647, 653). En fin de compte, ce furent des considérations de politique péninsulaire qui décidèrent de son attitude.
Depuis la catastrophe de 1527, le rétablissement du régime médicéen à Florence et celui de l'intégrité territoriale des États de l'Église formaient les deux objectifs majeurs de sa politique. Il espéra longtemps les réaliser par des arrangements à l'amiable. Mais les Vénitiens et le duc de Ferrare ne l'entendaient pas de cette oreille, et à Florence le chef des républicains modérés, Niccolô Capponi, qui avait conduit fort loin les négociations avec le pape, fut renversé et remplacé par un gouvernement démagogique (Perrens, m, 186- 99). Son chef, le gonfalonier Francesco Carducci, prit dès l'abord une attitude hostile à Clément VII, qu'il qualifia ouvertement de tyran et de bâtard. Le pape indigné déclara à l'ambassadeur d'Angleterre qu'il préférerait être le palefrenier de l'empereur que de se laisser insulter impunément par des vassaux rebelles. Du côté impérial on lui faisait miroiter un appui éventuel pour un rétablissement des IVIédicis à Florence et pour la restitution de Ravenne et de Cervia, ainsi que l'abandon de l'épouvantail conciliaire (Brandi, ii, 274-75).
Seulement, l'occupation d'Ostie et de Civitavecchia par des garnisons impériales mettait obstacle à tout rapprochement décisif. Des négociations sur ce point traînèrent durant tout l'hiver, bien que, de l'avis même de Quifiones, un schisme fût inévitable, si le pape devait mourir avant l'évacuation de ces deux places fortes (Gayangos, in-2, n. 635 ; Pastor, 346, 349).
Une lettre autographe très engageante de Charles- Quint au pape (28 févr. 1529; Pastor, 357) emporta ses dernières hésitations. Girolamo da Schio, majordome du pape et évêque de Vaison, fut nommé à la nonciature d'Espagne et reçut pleins pouvoirs pour conclure un accord avec l'empereur (17 avr. ; départ, 9 mai; Pastor, 357, 360; Pieper, 74).
Débarqué à Barcelone le 30 mai, da Schio entama sans délai avec les trois négociateurs impériaux, Gattinara, de Praet et Granvelle, des pourparlers qui aboutirent rapidement à l'accord du 29 juin 1529. Le pape devient l'allié de l'empereur contre les Turcs et les infidèles. L'empereur promet son appui pour le rétablissement des Médicis à Florence et de l'intégrité territoriale des États de l'Église. Le duc de Ferrare, vassal félon de l'Église, perdra ses possessions qui passeront au domaine immédiat du S. -Siège. L'empereur ne changera pas le statut administratif du Milanais sans consulter le pape; il paiera le tribut habituel pour le royaume de Naples. Le pape lui concède le droit de nomination à vingt-quatre évêchés napolitains et celui de faire passer ses troupes à travers les États de l'Église. Le pape soutiendra financièrement les Habsbourg contre les Turcs; il amplifie les facultés de la cruzada et lève toutes les censures encourues par l'armée impériale. L'empereur promet son soutien contre les novateurs d'Allemagne (Dumont, op. cit., iv-2, 1-7).
IV. Du TRAITÉ DE BARCELONE A LA MORT DE CLÉ- MENT VII. — 1° Du traité de Barcelone à la première entrevue de Bologne (29 juin-5 nov. 1529). — Le 15 juill. 1529, le pape eut connaissance de l'accord conclu en son nom à Barcelone; il en fit part aussitôt aux rois de France et d'Angleterre (Raynaldi, 1529, n. 65, 66). Louis de Praet, envoyé par Charles-Quint pour obtenir la ratification pontificale, trouva lé pape alité pour cause de maladie. Clément VII n'en tint pas moins à prêter aussitôt le serment d'usage (24 juill. ; rapport de Praet, dans Lanz, i, 318 sq.).
Tandis que se négociait l'accord de Barcelone, Louise de Savoie préparait avec Marguerite d'Autriche la conclusion de la paix de Cambrai, aussi appelée paix
des Dames. Leurs entrevues eurent lieu dans le plus grand secret. Néanmoins le pape en avait eu vent et avait chargé son homme de confiance, von Schônberg, de se rendre à Cambrai, où il séjourna du 6 juill. au 2 août (Pastor, 364, n. 6; Pieper, 75). Le pape félicita les deux souveraines de la paix obtenue (Raynaldi, 1529, n. 68).
Dès son arrivée à Rome, de Praet poursuivit avec le pape et certains cardinaux, surtout Lorenzo Pucci, la mise au point d'une expédition pontiflco-impériale contre Florence et Pérouse.
Philibert d'Orange, désigné pour en prendre le commandement, arriva à Rome avec une poignée de troupes; mais devant ses exigences le pape se remit à hésiter et ne lui promit que de mauvaise grâce les 280 000 scudi demandés (17 août; Pastor, 368).
L'expédition militaire, ouverte le 1" sept., amena dix jours plus tard la capitulation de Pérouse; l'autorité pontificale y fut rétablie le lendemain. Clément VII ratifia les conditions avantageuses accordées par Orange à Malatesta Baglioni, défenseur de cette place.
Poursuivant sa campagne, Orange s'avança vers Florence, mais à une allure très lente, afin de laisser aux Florentins une dernière possibilité de négocier. Ils s'y montrèrent peu disposés et le pape réserva à leur ambassade un accueil maladroit (Perrens, m, 246-50). Orange, arrivé sous les murs de la ville le 24 oct., en commença donc l'investissement au début du mois suivaht. Ce siège, qui devait se prolonger pendant plus de quarante semaines, mit à une rude épreuve la patience du pape et sa confiance dans la loyauté de son généralissime.
Entre temps, mettant à exécution un plan dont il avait fait part à Clément VII dès le début de l'année (Ehses, Concilium, iv, p. xxvin), Charles-Quint avait débarqué à Gênes (12 août). Il y fut accueilli par plusieurs cardinaux et deux cousins du pape. Se conformant aux désirs exprimés par le nonce, il refusa à une délégation florentine toute négociation sans participation du pape.
Par deux lettres adressées de Gênes et de Plaisance, Charles-Quint expliqua au pape que la menace turque pesant sur l'Allemagne lui interdisait de s'écarter du nord de l'Italie. Venir à Rome pour s'y faire couronner empereur serait un détour et un retard. Peut-être éprouvait-il aussi de la répugnance à se présenter en personne dans la ville sainte non encore remise des blessures infligées deux ans plus tôt par ses propres troupes. En conséquence, il priait le pape de bien vouloir déroger à une coutume millénaire en venant lui conférer la couronne impériale à Bologne.
Malgré la nouveauté de cette requête et les frais qui résulteraient de son déplacement à Bologne, le pape finit quand même par acquiescer (fin août). Il employa encore un mois à convaincre les cardinaux et la Curie, à donner des gages aux Romains, à mettre au point une bulle réglant la liberté du conclave au cas où il viendrait à mourir à Bologne (Raynaldi, 1529, n. 75), à envoyer des nonces en France et en Angleterre pour expliquer cette démarche insolite. Cela fait, il quitta Rome le 7 oct., empruntant l'itinéraire direct par Spolète et Foligno. Le 24 oct., il entrait à Bologne, entouré de seize cardinaux et d'une nombreuse suite (Giordani, 6-12; Pastor, 376, n. 3).
2» La première entrevue de Bologne et le couronnement impérial de Charles-Quint (5 nov. 1529-22 mars 1530). — Les principales sources à consulter sont mentionnées dans Brandi, Kaiser, n, 204-07; Pastor, 380, n. 3, 387; Schottenloher, 28 479-28 490; voir surtout Giordani, 108-45 (partie bibliogr., 133-36) et les relations vénitiennes publ. dans Albèri, II" sér., m, 147- 253; 259-74.
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Dès son arrivée à Bologne, le pape chargea six cardinaux des préparatifs du couronnement impérial. Jusque dans ses moindres détails on s'efïorça de reconstituer le cérémonial suivi à Rome.
Charles-Quint fit son entrée solennelle à Bologne le 5 nov. (description dans Giordani, 12-17, 20-37; autres références, dans Pastor, 378, n. 1). Le pape, entouré de vingt-cinq cardinaux, l'accueillit devant l'église San Petronio. Après quelques mots de bienvenue (publ. Arch. stor. ital., append. ii, 320), ils assistèrent ensemble au Te Deum, puis se rendirent au Palazzo Pubblico, où des logements contigus leur étaient préparés.
Durant les quatre mois et demi qu'ils y vécurent, ils eurent de nombreux entretiens en tête-à-tête. Aucun procès-verbal n'en a été conservé. On sait seulement qu'avant de se -rendre chez le pape l'empereur écrivait sur un billet les points à discuter (Albèri, III, 269; ce billet a été retrouvé à Simancas, Brandi, II, 205-06).
Il semble que la confiance réciproque ne se soit imposée qu'à la longue. Encore ne fut-elle jamais exempte d'arrière-pensées. J^es principaux conseillers du pape au cours de ces entrevues furent les cardinaux Salviati, Pucci, Schônberg, son secrétaire Sanga et le négociateur de la paix de Barcelone, Girolamo da Schio.
Au cours des conversations de Bologne, pape et empereur se mirent d'accord sur les principales questions pendantes concernant l'Italie. Le siège de Florence entrepris par Philibert d'Orange serait poursuivi. Au duc d'Urbin le pape reconnut la possession de ses territoires. Le sort du Milanais était plus délicat. Le pape estimait trop compromettant le projet impérial d'y installer une dynastie médicéenne. On finit par se rallier à une restauration de Francesco Sforza, moyennant d'importantes garanties et une lourde indemnité. Pour lui permettre de la payer, le pape lui accorda une décime sur les bénéfices ecclésiastiques du Milanais (17 janv. 1530). Au nom de Venise, Contarini promit la restitution de Ravenne et de Cervia; en échange de quoi, le pape plaida auprès de Charles- Quint la cause de la Sérénissime (Pasolini, Documenii riguardanti anliche relazioni fra Venezia e Ravenna, Imola, 1881, p. 108-09).
Un traité de paix fut donc conclu le 23 déc. 1529 et ratifié peu après entre le pape, l'empereur, son frère Ferdinand, "Venise, les Sforza, Mantoue, la Savoie, Montferrat, Urbin, Sienne et Lucques (Dumont, op. cit., iv-2, 53 sq.). D'autre part, le pape, l'empereur et les six cantons catholiques suisses préparèrent aussi la conclusion d'un accord (Schottenloher, 25610).
Seul le conflit opposant Clément VII au duc de Ferrare s'avéra très difficile à résoudre. A Barcelone, l'empereur avait promis de soutenir les revendications pontificales sur Modène et Reggio. Mais depuis son arrivée en Italie Charles-Quint s'était laissé gagner à la cause du duc. Le pape ne se résigna que le 21 mars à une solution transactionnelle : les territoires détenus par le duc seraient remis à l'empereur qui prononcerait dans les six mois une sentence arbitrale sur cette affaire.
Au cours des deux premiers mois de l'entrevue de Bologne, les tractations politiques firent oublier le couronnement. En janv. 1530 on en parla de nouveau. Il fut sérieusement question de se rendre quand même à Rome : déjà les mules nécessaires au voyage avaient été achetées. Grâce surtout aux instances de son frère Ferdinand, l'empereur se décida pour Bologne (fin janv.). Une Congrégation cardinalice fut chargée des préparatifs immédiats (4 févr.). Une bulle confirma l'élection de Charles-Quint et son couronnement à Aixla-Chapelle comme roi des Romains et ordonnait le
couronnement impérial (Raynaldi, 1530, n. 5, 6). La couronne de fer des Lombards, apportée de Monza, lui fut imposée le 22 févr. dans la chapelle du Palazzo Pubblico {ibid., n. 7; Giordani, 96-106; Sanuto, lu, 610, 633).
Deux jours plus tard, le 24 févr. 1530, Charles- Quint, âgé de trente ans jour pour jour, fut couronné empereur par le pape dans la basilique San Petronio. Les fonctions principales auraient dû revenir de droit à des princes allemands. Faute de temps, ils ne purent être avertis et furent remplacés, à leur vif mécontentement, par des grands d'Espagne. Une bulle du 1*'' mars déclara la validité du couronnement, tout comme s'il avait été fait à Rome, et autorisait Charles- Quint à être à la fois empereur et souverain de Naples (Giordani, docum. xlviii).
Au cours de l'entrevue de Bologne de nombreuses autres questions furent discutées entre le pape et l'empereur : mariage du roi d'Angleterre; défense de l'Europe contre les Turcs; rétablissement de l'unité religieuse en Allemagne; développement de la hiérarchie catholique sur le continent américain; concession de l'île de Malte aux Chevaliers de Rhodes; convocation d'un concile pour la réforme de l'Église. Le pape concéda à Charles-Quint divers privilèges fiscaux et nominations bénéflciales en Espagne et en Flandre (É. de Moreau, Hist. de l' Église en Belgique, iv, Bruxelles, 1949, p. 174-75). L'empereur demanda aussi — et obtint le 15 sept. 1530 — d'être délié du serment prêté lors de la Joyeuse Entrée de Brabant (ibid., 198).
On eût dit que les deux chefs de la chrétienté ne pourraient plus se séparer. Le dernier jour de leur entrevue, l'empereur se rendit encore sept fois dans les appartements du pape et celui-ci trois fois chez l'empereur (Giordani, 177). Enfin, le 23 mars 1530 (le 22 selon certains auteurs), l'empereur quitta Bologne (ibid., 179-81). Le pape en fit autant le 31 du même mois. Ayant passé par Lorette, il arriva à Rome le 12 avr. {ibid., 183-84).
3° De la première à la deuxième entrevue de Bologne (22 mars 1530-13 déc. 1532). — L'entrevue de Bologne avait duré plus de quatre mois. Lorsqu'elle prit fin, le siège de Florence commencé bien auparavant se poursuivait toujours et personne n'en prévoyait l'issue. Il devenait un gouffre dans lequel les finances pontificales déjà chancelantes menaçaient de s'engloutir pour tout de bon (A. Lodolini, L'assedio di Firenze, 1529-31, Florence, 1930). Le pape avait estimé à quelque 80 000 ducats les frais probables de cette expédition; au début de juill. 1530, il en avait déboursé 700 000 sans avoir rien obtenu. Aux reproches de l'ambassadeur de France, le pape répondit « qu'il estoit content que Florance n'eust jamais esté » (l'évêque de Tarbes à François I", avr. 1530, dans Arch. stor. ital., append. i, 476). Derrière leurs remparts, dont l'aménagement défensif avait été organisé par Michel-Ange, les Florentins, fanatisés par les Arrabiali, étaient décidés à se défendre jusqu'au bout. Ils auraient même essayé de faire empoisonner le pape (Pastor, 391, n. 3). Cette attitude résolue faisait craindre qu'un assaut éventuel ne conduisît à une réédition du Sacco di Roma. Afin de prévenir cette extrémité, le pape entra en pourparlers secrets avec Malatesta, devenu commandant en chef des assiégés (Perrens, m, 300-02). La peste et la disette s'étant déclarées à Florence et une armée de secours commandée par Francesco Ferrucci ayant été taillée en pièces, Malatesta contraignit les Florentins à capituler, le 12 août 1530 (ibid., 314-28). Quoi qu'on en ait dit, son attitude ne semble pas pouvoir être qualifiée de trahison ouverte. Clément VII le remercia d'avoir préservé la ville du pillage, mais exigea son éloignement de Florence (ibid., 329, 339).
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Le pape avait accepté pour sa ville natale des clauses de capitulation très généreuses. Mais les administrateurs provisoires établis à Florence les violèrent sans scrupule. La répression fut organisée contre les responsables de la résistance. Clément VII lui-même obtint l'extradition d'un dominicain, Benedetto da Fojano, coupable de divers excès, et l'aurait laissé dépérir dans un cachot du Château S. -Ange (B. Varchi, Storia fiorentina, éd. M. Santorio, ii, Milan, 1846, p. 154).
Florence devint d'abord une république sous la présidence héréditaire d'Alessandro de Médicis, le «neveu » du pape (juill. 1531). Par diverses intrigues. Clément VII s'employa à faire remplacer ce régime hybride par un régime franchement monarchique. Le 27 avr. 1532, Alessandro fut reconnu duc héréditaire de Florence. Le chef véritable de l'État florentin devint le Souverain pontife.
Malgré les apparences, l'entrevue de Bologne ne réussit point à rapprocher de manière durable Charles- Quint et Clément VII. La différence des intérêts, des tempéraments et de leurs points de vue sur les problèmes de l'heure était trop grande. La sentence arbitrale rendue par l'empereur dans la question de Modène en fut le premier test : Charles-Quint confirma Alphonse de Ferrare dans la possession de tous ses États, y compris les territoires revendiqués par le pape (21 avr. 1531). Cette sentence fut ressentie par ce dernier comme une insulte personnelle (Letters and Papers, V, 235, 299).
Un second point de friction intéressa directement la politique familiale du pape. En automne 1530, Gabriel de Gramont, chef des cardinaux français, reparla d'un projet de mariage entre Henri d'Orléans, deuxième fils du roi, et la « petite-nièce » du pape, Catherine de Médicis. Les impériaux ne purent opposer que des partis bien moins brillants. Les négociations furent menées rapidement, d'abord par Gramont, puis par le duc d'Albany. Non sans avoir hésité, Clément VII donna son assentiment (9 juin 1531). Il promit de céder comme dot à la jeune duchesse ses droits sur Pise, Livourne, Modène, Reggio et Rubbiera. Il avait d'abord fait la sourde oreille à la proposition d'y ajouter Parme et Plaisance. Il y consentit ensuite, moyennant une compensation à déterminer ultérieurement. Mais il refusa toujours d'inclure dans cet arrangement des stipulations concernant Milan et Gênes. Lorsque tout fut mis au point, le pape se reprit à avoir peur et voulut différer le mariage. Car il s'agissait de faire admettre ces arrangements par l'empereur. A cette fin, le pape appliqua tout son talent de diplomate. Un projet d'entente franco-impériale, dont Venise aurait fait les frais, n'eut aucune suite, pas plus qu'un autre conçu à la suite d'une nouvelle menace turque.
Durant ce temps, le parti français relevait la tête dans l'entourage du pape et parvenait facilement à lui faire adopter une attitude qui ne répondait que trop à ses sentiments intimes. En quoi il fut secondé par les maladresses des deux représentants impériaux : l'ancien confesseur de Charles-Quint, devenu cardinal Loaysa, et Miguel Mai. Comme marque de bienveillance, le pape accorda à François I''' le droit de nomination aux abbayes et couvents qui avaient eu jusqu'alors le privilège d'élire librement leurs supérieurs Quin 1531).
Au cours de l'année 1531 on parla beaucoup d'une nouvelle entrevue entre le pape et l'empereur, qui aurait lieu à Rome. Des dispositions furent prises pour y loger l'empereur et sa suite (Heine, Briefe, 434, 443). Mais les événements d'Allemagne retinrent Charles- Quint au nord des Alpes.
Le projet ne prit corps qu'en automne 1532, l'em-
pereur s'apprêtant à retourner en Espagne en passant par l'Italie. Contre l'avis de la plupart des cardinaux, qui préféraient Rome, le pape proposa Bologne comme lieu de rencontre. Charles-Quint, qui avait d'abord songé à Plaisance, se déclara satisfait. Le départ du pape fixé au 12 nov. fut remis au 18. Accompagné de six cardinaux, il suivit un itinéraire légèrement différent de celui de 1530 et entra à Bologne le 8 déc. Charles-Quint y arriva le 13.
4° Les entrevues de Bologne et de Marseille et leurs conséquences (13 déc. 1532-été 1534). — Voir les études de Ehses (Rômische Quartalschrift, 1891) et de Hamy.
La deuxième conférence de Bologne des deux chefs de la chrétienté s'accompagna de nombreuses réjouissances et démonstrations d'amitié. Celle de Noël 1532 fut spécialement fastueuse. Comme la première fois, de longues conversations se déroulèrent quotidiennement en tête-à-tête. Les points d'achoppement durent être nombreux, puisqu'elles se prolongèrent bien au delà du terme prévu. Pour réduire les frais de ce long séjour, le pape renvoya à Rome la plus grande partie de sa suite.
Clément VII aurait voulu aboutir à une réconciliation entre l'empereur et le roi de France. Charles- Quint taxait ce projet de chimère; il proposa la constitution d'une ligue italienne de défense contre la France. Granvelle, Cobos et de Praet négocièrent avec le cardinal Ippolito de Médicis, Jacopo Salviati et Francesco Guicciardini. Mais le pape craignait les réactions du roi de France allié à l'Angleterre et il se refusait à mettre en veilleuse ses revendications territoriales sur Reggio et Modène.
L'arrivée à Bologne de deux cardinaux venus de France le confirma encore dans ses vues. Gramont et Tournon avaient reçu de François I""' une instruction datée d'Amiens (10 nov. 1532; Hamy, Entrevue... Boulogne, p. ccLxxxv sq.), renfermant un réquisitoire très sévère contre le pape, surtout en matière de fiscalité. Leur action sur le Souverain pontife renforça encore ce dernier dans son attitude de méfiance à l'égard de l'empereur.
Les pourparlers de Bologne aboutirent cependant, le 27 févr., à la conclusion d'une alliance défensive entre l'empereur, son frère Ferdinand, le pape et tous les États d'Italie, sauf Venise, Florence et la Savoie. A l'égard du duc de Ferrare, Clément VII n'accepta de s'engager que pour une durée de dix-huit mois. Quant au reste, il avait conclu trois jours auparavant un accord secret avec l'empereur, comportant l'engagement de ne pas conclure d'alliance avec d'autres souverains, de maintenir le statu quo en Italie, de travailler de concert à la réunion d'un concile, à la défense de l'Europe contre les Turcs et de faire régler à Rome l'affaire du divorce de Henri VIII (publ. Ehses, loc. cit., v, 301).
Pour mieux faire obstacle à toute pénétration française dans le Milanais, tout en y renforçant sa propre position, l'empereur proposa aussi une alliance matrimoniale entre le duc Sforza et Catherine de Médicis. Après quelques atermoiements, le pape laissa entendre que sur ce point il était déjà engagé. Les autres questions débattues au cours des pourparlers de Bologne furent laissées sans solution.
L'empereur ayant quitté Bologne le 28 févr.. Clément VII se mit en route le 10 mars et revint à Rome par la route de Lorette. La lutte d'influence entre impériaux et Français continua de plus belle. La trop grande puissance des premiers et la maladresse de leurs agents amenèrent Clément VII à se rapprocher du roi de France. Désireux de tenir autant que possible la balance égale entre les deux souverains, il lui avait promis une entrevue semblable à celle qu'il avait accordée à deux reprises à l'empereur. Mais il dut revenir
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plusieurs fois à la charge auprès du Sacré Collège pour en faire comprendre la nécessité. La date de l'entrevue, qui devait avoir lieu à Nice, s'en trouva reportée au mois de septembre.
Le duc de Savoie ayant élevé des difficultés contre le choix de cette ville, la réunion eut lieu à Marseille. Laissant à Rome comme légat le cardinal del Monte, le pape se mit en route le 9 sept. 1533. Il arriva le 24 à Pise, s'embarqua le 5 oct. à Livourne sur une galère entièrement recouverte de brocard d'or et escortée par une flottille composée d'unités françaises, génoises et maltaises. Après avoir fait escale à Porto Venere, Porto Finale et Villafranca (U. Mazzini, Documenti intorno a Caterina de' Medici e a Clémente VII, dans Giornale d. Liguria, m ; Caterina de' Medici e Clémente VII alla Spezia nel 1533, Spezia 1901), le pape aborda à Marseille le 1 1 oct. Son entrée solennelle eut lieu le lendemain; le 16 les conversations commencèrent entre le pape et le roi. Comme à Bologne, les deux souverains logeaient dans des appartements si rapprochés qu'ils pouvaient se rencontrer sans être remarqués (cf. Hamy, Entrevue... Marseille; J. Pellisson, Panegyricus... de démentis VII ad christ, regem in tcrram Franciam magnifico adventu ejusdemque triumphali in urbem Massiliam acceptione, Lyon, 1534).
Les entretiens de Marseille eurent lieu en tête-à-tête durant quatre semaines. Leur contenu restera toujours ignoré. Les historiens qui essayèrent d'en percer le secret n'ont avancé que des suppositions; certaines sont dépourvues de toute vraisemblance, celle par ex. suivant laquelle le pape aurait approuvé l'alliance conclue entre François I*"^ et les Turcs. Un seul document a été conservé de ces entretiens : un projet d'accord franco-pontifical, rédigé de la main de François I" et comportant l'attribution d'Urbin, de Milan, de Parme et de Plaisance au duc d'Orléans, deuxième fîls du roi, dont le mariage avec Catherine de Médicis fut célébré en grande pompe et bénit par le pape le 28 oct. 1533 (Hamy, Entrevue... Boulogne, p. cclxxx; Baschet-Reumont, La jeunesse de Catherine de Médicis, Paris, 1866, p. 319 sq.; Pastor, 479).
A l'occasion de la conférence de Marseille, le pape accorda deux décimes au roi de France (4 nov.); il lui promit de rappeler le nonce de Suisse, Filonardi; il se laissa influencer par lui dans la question du concile (cf. injra). Le 7 nov., il lui accorda aussi une promotion de quatre cardinaux.
Ayant quitté Marseille le 12 nov. 1533, il débarqua à Civitavecchia le 7 déc, après une navigation très pénible. A part de riches cadeaux et de nombreux témoignages de vénération, il revenait à Rome les mains vides.
V. Clément VII, le protestantisme et la réforme DE l'Église. — 1° Les questions luthérienne et conciliaire, de 1523 à 1529. — En fait, durant les six premières années du pontificat de Clément VII, les deux questions restèrent liées : les circonstances en avaient fait un bloc indissoluble. Tel n'était pourtant pas l'avis du pape : son désir de lever l'hypothèque protestante était réel, quoique parfois mal informé; par contre, il préférait recourir à tous les moyens plutôt qu'à un concile. Il crut s'en tirer en adoptant une politique de dilation, dont le seul résultat fut de paralyser toute action. Eût-il même voulu agir, il en eût été empêché par les difficultés internationales. Aussi, en 1529, l'éventualité d'un concile avait-elle reculé dans la mesure où le luthéranisme avait eu le temps de consolider ses assises doctrinales et politiques et de rendre inévitable la scission de l'Allemagne en deux blocs religieux.
A l'avènement de Clément VII, la question luthérienne se posait en Allemagne dans toute son acuité. La bulle Exsurge et l'édit de Worms ne lui avaient
donné qu'une solution de droit rapidement dépassée par les événements. Le pape, très inquiet, examina la situation dès ses premiers consistoires; il institua une commission cardinalice spéciale et décida l'envoi de deux nonces, en Allemagne et en Suisse (2, 9, 14 déc. 1523; Kalkoff, Forschungen, 86). Revenant ensuite sur sa décision, il préféra n'envoyer qu'un observateur, Girolamo Rorario, avec des pouvoirs mal définis.
De toutes parts, conseils et suggestions lui parvinrent sur la conduite à tenir (Jedin, 155-57, et n. 67-78). La plupart souhaitaient une grande bulle de réforme et une nouvelle condamnation officielle de Luther (Jedin, 156-57). D'autres préconisaient une contre-offensive littéraire ou une action diplomatique, voire le recours à la contrainte. Cette dernière solution avait les faveurs de Lorenzo Campeggio, que le pape venait d'envoyer comme légat à la diète de Nuremberg (8-11 janv.-l" févr. 1524; Kalkoff, Forschungen, 87; Deutsche Reichstagsakten, iv, 471-76). Seule une minorité songea -à un concile : concile national, d'après le cardinal Albert de Mayence; concile général, d'après l'évêque de Breslau, Jakob von Salza (Schottenloher, 29 963, 29 964), et quelques autres. On savait le nouveau pape peu favorable à cette solution.
Les instructions remises par Clément VII à Campeggio lui recommandaient d'éviter que la diète de Nuremberg n'abordât cette question délicate (J. J. DôUinger, m, 243-67; résumé dans Hefele-Leclercq, viii-2, p. 884-88). Cependant, sous la pression des délégués des villes et malgré l'opposition du légat, la diète demanda la convocation d'une conférence religieuse nationale à Spire pour la mi-nov. de la même année (Ehses, Concilium, iv, p. xvii sq. ; Deutsche Reichstagsakten, iv, 484-95, 521-24, 615; Hefele-Leclercq, vni-2, 894-900). On y déciderait de la conduite à tenir jusqu'au prochain « concile général libre » que le pape était invité à réunir en Allemagne.
Mis au courant et d'accord avec ses cardinaux, le pape s'efi'orça d'empêcher la réunion projetée (Jedin, 173). Il écrivit en ce sens à l'empereur, aux rois d'Angleterre et de France, à l'archiduc Ferdinand, à l'électeur de Trêves, au cardinal Wolsey (11-22 mai; Raynaldi, 1524, n. 15, 17, 20; Ehses, Concilium, iv, p. xix, n. 2; Balan, Mon. Reform., 346-50) et chargea l'ambassadeur florentin, Giovanni Corsi, d'expliquer à Charles-Quint sa façon de voir et ce qu'il attendait de lui (Balan, Mon. Reform., 339-46).
Partisan de la convocation d'un concile, non point national mais général, Charles-Quint fit interdire la réunion de Spire (15 juill. 1524; Raynaldi, 1524, n. 21-22) et chargtea son agent à Rome, le duc de Sessa, d'obtenir du pape la convocation d'un concile général pour l'année suivante. Il proposa Trente comme lieu de réunion, cette ville pouvant être considérée à la fois comme allemande et italienne. Sessa devait faire comprendre au pape que l'empereur s'engageait à y couvrir sa personne contre toute attaque et qu'il ne s'opposerait pas à une translation éventuelle du concile vers une ville plus méridionale (18 ou 23 juill.; Balan, Mon. Reform., 351). Mais le duc de Sessa, craignant que le seul mot de concile ne suffît à jeter le pape dans les bras du roi de France, n'osa exécuter la commission reçue et l'empereur se trouva trop distrait par des problèmes politiques pour insister.
Au cours des années suivantes, l'idée conciliaire revint périodiquement à l'ordre du jour pour retomber dans l'ombre, telle une fusée sur un champ de bataille. Personne ne la poursuivait systématiquement. Gattinara la considérait comme un maître atout lui permettant d'exercer une pression sur la politique pontificale. Charles-Quint n'avait pas encore pris sur ce point une attitude indépendante de celle de son chancelier. François I*' ne lui était guère favorable.
CLÉMENT VII
Quant au pape, ses sentiments étaient connus de tous. Au témoignage du confesseur de Charles-Quint, confirmé par Guicciardini, Soriano et Gattinara, Clément VII « craignait le concile comme le diable » {Coleccion de documentos ineditos, xiv, Madrid, 1849, p. 90). Outre maintes raisons objectives, il avait pour cela des motifs personnels auxquels les bruits circulant sur sa naissance et sur son élection pontificale n'étaient pas étrangers. Il adopta donc une attitude dilatoire, ne s'estimant pas lié par sa capitulation électorale. Il suivit le conseil de Jérôme Aléandre : ne jamais proposer le concile, ne jamais le refuser, témoigner sa sympathie pour une solution conciliaire, mais insister tellement sur les difficultés d'exécution et enrober son adhésion de tant de réserves que la réalisation en serait remise aux calendes grecques.
Pour plus de sûreté, il mit au point une contre-proposition : la convocation à Rome d'une conférence de prélats de diverses nations, chargés d'établir un plan de réforme de l'Église. Dès le début de son pontificat il en avait caressé le projet. Il en fit part à l'empereur (31 juin. 1524; Balan, Mon. saec. xvi, 24). Charles- Quint ne voulut rien entendre. Le roi de Pologne, Sigismond, pressenti à son tour, répondit au pape que son projet était insuffisant et que seul un concile général pourrait remédier au.x difficultés de l'heure (Theiner, Vel. mon. Palan., ii, 427-28). Le 2 juin 1525, le pape dut constater dans une lettre à Sigismond qu'aucun prélat n'avait encore répondu à son invitation (Ehses, Concilium, iv, p. xxi). Il fallait donc reporter la conférence à des temps meilleurs.
Entre temps Clément "VII soutint et encouragea les mesures prises en Allemagne pour la réforme du clergé. Muni de pleins pouvoirs pontificaux (14 avr. 1524; Balan, Mon. Reform., 326), Campeggio réunit à Ratisbonne une conférence groupant les principales personnalités et autorités catholiques de l'Allemagne du Sud (Hefele-Leclercq, viii-2, 907 sq.). Il y fit adopter trente-huit articles qui devaient porter remède à une partie importante des abus dénoncés par les cenlum gravamina (J.Hartzheim, Concil. Ger/n.,vi, Cologne, 1765, p. 196-204; Hefele-Leclercq, viii-2, 909-13). Le pape et l'empereur exprimèrent tous deux leur satisfaction.
La correspondance de Clément VII témoigne du même zèle. Il encouragea l'archevêque de Mayence et l'évêque de Lubeck à lutter contre l'infiltration des idées novatrices et à sévir contre leurs propagateurs, fussent-ils clercs ou exempts; il félicita les autorités communales de Luxembourg pour les efforts déployés en ce sens (Balan, Man. Reform., 399, 432, 325); il rappela à plusieurs évêques leur devoir de résidence et permit au cardinal de Salzbourg de demeurer toute sa vie en Allemagne, même en cas de vacance du S. -Siège {ibid., 323).
Tant que le sort des armes demeura incertain, l'empereur et son chancelier estimèrent plus prudent de ne pas insister auprès du pape sur le chapitre du concile. Après la victoire de Pavie, Gattinara jugea que l'heure était venue de changer d'attitude. Il conseilla à Charles-Quint de se rendre en Italie pour y débattre personnellement avec le pape des grands problèmes de l'heure, entre autres de la question conciliaire. Mais il jugeait prématuré d'en parler auparavant (C. Bornate, Hist. vitae et gestorum per dominum magnum cancellarium, dans Miscellanea di storia patria, xlvii, Turin, 1915, p. 463).
Gattinara avait vu clair : à la nouvelle de la victoire impériale, le pape, craignant que l'empereur n'en prît occasion pour mettre sur le tapis la question redoutée, consulta ses cardinaux sur l'attitude à adopter, puis chargea un envoyé spécial, Giovanni Salviati, de présenter à Gattinara un mémoire rappelant son projet de conférence romaine (printemps 1525).
Charles-Quint venait d'écrire au vice-roi de Naples que le meilleur moyen de « chastier le pape » serait de dresser « ung concilie pour la réformation de l'Église » (Halkin et Dansaert, 270). Cependant, pour ménager Clément VII, il mit son projet en veilleuse et proposa la réunion d'une conférence de princes chrétiens pour réaliser une unité d'action contre Turcs et hérétiques (21 juin. 1525; Balan, Mon. saec. XYi, n. 265). A Madrid, Charles-Quint et François I" s'engagèrent à négocier auprès du pape la convocation d'une pareille conférence (Ehses, Concilium, iv, p. xxiii).
En 1526, malgré la demande de l'archiduc Ferdinand, le pape n'envoya pas de légat spécial à la diète de Spire; il chargea son observateur, Girolamo Rorario, déjà en Allemagne, de l'y représenter (Friedensburg,
p. XLVIl).
L'adhésion du pape à la Ligue de Cognac produisit chez les impériaux un revirement complet. Quand le nonce, Baldassare Castiglione, eut remis à l'empereur le bref du 23 juin 1526, par lequel le pape tentait de justifier son attitude, Charles-Quint lui déclara que les accusations formulées contre lui par le pape le mettaient dans l'obligation de se défendre publiquement, ce qui ne pourrait se faire que devant un concile. Nonobstant les menaces du nonce, il fit rédiger par Alfonso Valdès la monition canonique dont il a été question plus haut (col. 1189). D'après certains canonistes impériaux, cette monition obligeait le Sacré Collège à convoquer lui-même le concile au cas où le pape ferait défaut. Une missive en ce sens fut adressée aux i cardinaux (6 oct. 1526; Le Plat, 290-94). Conformé- I ment aux règles du droit, ce document monitoire ne ! fut pas transmis par la nonciature d'Espagne, mais I expédié à Rome et remis directement au pape (Gayan- ! gos, iii-l, n. 631, 633, 642; ni-2, n. 3, 9). Le pape fut j si affecté qu'il n'en laissa voir l'original à aucun des cardinaux. Il les informa aux consistoires des 21 et I 29 déc. (Jedin, 190) et constitua une commission de neuf membres. Les cardinaux se divisèrent en partisans et adversaires d'un concile. Pendant plus d'un ; mois ils discutèrent sur son opportunité et sur le droit ! de l'empereur à l'exiger (Gayangos, iii-2, n. 9, p. 39). i Divers événements modifièrent la situation. Avant tout, le désir des deux protagonistes de n'en pas venir aux extrêmes : tous deux jouaient à la fois le jeu des menaces et des négociations. En réponse au deuxième bref du pape (25 juin; cf. supra, col. 1187), l'empereur avait expédié, moins de huit jours après son monitoire, une missive doucereuse protestant de sa volonté de ne rien faire en ce domaine sans l'approbation du pape (26 sept.; Le Plat, ii, 289; Castiglione, Lettere, u, 92).
Faut-il croire, avec Contelorius, archiviste du Vatican sous Urbain VIII, que le pape se serait alors réconcilié avec l'idée concfiiaire? Ehses (Concilium, iv, p. xxv) en doute. Quoi qu'il en soit, l'appel à un concile général et sa convocation pour le 14 janv. 1527 par le cardinal rebelle Pompeo Colonna provoquèrent une réaction anticonciliaire parmi tous les esprits loyaux.
Les opérations mnitaires de 1527 et le Sacca di Rama mirent en veilleuse la question conciliaire. Loin d'écouter son frère Ferdinand et son chancelier, qui lui conseillaient de profiter des circonstances pour arracher au pape une mesure immédiate, Charles-Quint se borna à mentionner ce point dans son instruction à Pierre de Veyre (cf. supra, 1194). Mention inutile, la déclaration franco-anglaise du 18 août 1527 inspirée par Wolsey (Le Plat, ii, 296) rendant impossible toute convocation d'un concile, tant que le pape n'aurait pas recouvré la liberté de ses mouvements. Gattinara le comprit et orienta sa politique en conséquence. C'est à peine s'il en fut question au cours des pourparlers entre Rome et les impériaux (voir cependant Ehses, Concilium, iv, p. xxv, n. 4). Encore Clément VII ne se
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décida-t-il à conclure la paix que lorsque Miguel Mai et Andréa del Burgo l'eurent rassuré sur ce point au nom de Charles-Quint et de Ferdinand. La paix de Barcelone ne soufflait mot d'un concile. A son audience pontificale du 24 avr. 1529, Burgo avait déclaré, au grand soulagement du pape, qu'une réunion de compétences ferait tout aussi bien l'afïaire (H. Baumgarten, Gesch. Karls V., ii, Stuttgart, 1888, p. 715 sq. ; Brandi, Kaiser, ii, 198). D'autre part, le pape s'était retranché derrière « les difficultés des temps » pour s'abstenir d'envoyer un représentant à la diète de Ratisbonne (20 mars 1528; Friedensburg, p. xlviii).
Dans ces conditions, on peut considérer comme purement platonique la promesse — très réticente il est vrai — d'une convocation conciliaire faite le 13 avr. 1529 à la diète de Spire par l'envoyé du pape, Giovanni Tommaso Pico délia Mirandola (Friedensburg, ibid.; Deutsche Reichstagsakten, vii, 1244). Cette promesse encouragea pourtant la diète dans ses efforts pour obtenir de l'empereur la convocation avant deux ans d'un concile libre et général qui se réunirait dans une ville allemande à des conditions dont la discussion provoqua la scission du groupe protestant (Deutsche Reichstagsakten, 1299).
2° Les questions lutixérienne et conciliaire, de 1529 à la mort de Clément VII. — A partir de 1529, Charles- Quint modifia son attitude. Le résultat négatif de la diète de Spire lui rappela l'urgence de rétablir l'unité et la paix religieuses en Allemagne et l'impossibilité d'y parvenir sans une assemblée œcuménique. Obtenir la réunion d'un concile dans le plus bref délai devint pour lui un devoir de conscience et depuis lors il ne cessa plus d'importuner le pape à ce sujet.
Son plan était clair : décrocher le consentement du pape, lors de l'entrevue qu'il aurait avec lui à son prochain passage par l'Italie et, ainsi garanti, obtenir une décision à la diète impériale de 1530. Il est certain que la question conciliaire fut un des objets principaux des conversations de Bologne. Mais, si des engagements y furent pris, ils demeurèrent secrets. Ehses (Concilium, IV, p. xxviii-xxxii) a démontré l'inauthenticité des soi-disant déclarations du pape et de l'empereur, rapportées, à la suite de Mélanchton, par nombre d'anciens historiens (par ex. Sarpi, Goldast, Le Plat). L'empereur ne fut pas long à voir que les répugnances du pape sur ce chapitre étaient insurmontables. Il en obtint cependant quelques vagues assurances, doublées sans doute de restrictions mentales. Lorenzo Campeggio, nommé légat pontifical à la diète d'Augsbourg (16 mars), reçut des instructions et fit route avec l'empereur d'Italie en Allemagne.
A la diète d'Augsbourg, ouverte le 20 juin 1530, la première mention d'un « concile chrétien général et libre » fut faite par les protestants dans la préface de leur confession de foi. Ils firent savoir à l'avance qu'ils se soumettraient à sa décision. Ce n'était peut-être qu'une manœuvre (Jedin, 203). Mais les délégués catholiques saisirent la balle au bond : ils produisirent à nouveau leur demande de convocation conciliaire et, malgré l'avis contraire de Campeggio, Charles-Quint envoya au pape une requête très pressante le suppliant d'y donner suite (14 juill. ; Heine, Briefe, 522; cf.Ehses, Concilium, iv, p. xxxix-xl).
Les nouvelles qui parvenaient alors à Rome sur le cours des événements d'Allemagne étaient exagérément optimistes. D'après une lettre de Campeggio du 26 juin, outre la réunion d'un concile, les protestants n'auraient formulé que trois revendications : la communion sous les deux espèces, le mariage des prêtres et la modification du canon de la messe. Un consistoire du 6 juill. estima que ces concessions ne pouvaient être faites (Pallavicini, Vera conc. Trid. hist., h III, c. IV ; éd. Anvers, t. i, 1670, p. 234). Cependant,
peu après, le pape se déclara prêt à accepter les deux premières (Pastor, 417, n. 4). Au reste, les milieux romains nourrissaient l'illusion qu'une solution extraconciliaire était possible et bien moins aléatoire que l'autre.
La lettre de Charles-Quint du 14 juill. ayant affaibli cette illusion, le pape autorisa l'empereur à promettre la convocation d'un concile, lorsqu'il le jugerait nécessaire pour la pacification religieuse de l'Allemagne. Mais il soumettait cette concession à tant de conditions qu'en fait elle ne l'engageait à rien (31 juill. 1530; Ehses, Concilium, iv, p. xli; Jedin, 206). Le même jour, le cardinal Loaysa, son ancien confesseur, mettait l'empereur en garde, accusant le pape de manquer de sincérité (Heine, Briefe, 359-62).
Grâce à la réponse pontificale, lés conversations d'Augsbourg se poursuivirent encore pendant plusieurs semaines, malgré l'obstination des novateurs et l'attitude peu encourageante de Campeggio (la correspondance échangée entre Rome et son légat à Augsbourg a été publiée par S. Ehses, Kardinal Lorenzo Campeggio auf dem Reichstage von Augsburg, 1530, dans Rômische Quartalschrilt, xvii, 1903, p. 383-406; xviii, 1904, p. 358-84; xix, 1905, p. 129-52; xx, 1906, p. 54-81; XXI, 1907, p. 114-39).
Les luthériens ayant rompu les pourparlers, l'empereur, soutenu par les huit principaux princes catholiques, insista désormais sur l'urgence d'un concile comme moyen de salut pour l'Allemagne encore fidèle à Rome (sept. ; Ehses, Concilium, iv, p. xliv). Il prit l'engagement d'insister auprès du pape pour la convocation d'un concile dans les six mois et sa réunion dans l'année et chargea son majordome, Pedro de la Cueva, de soumettre au pape une requête conçue en ce sens, en proposant comme lieu de réunion Mantoue ou Milan (30 oct.; Heine, Briefe, 530-33).
A Rome, où l'on suivait avec anxiété les péripéties de la diète, la nouvelle de sa rupture fut ressentie comme un pénible réveil. Le recours aux armes parut inévitable. Dans une lettre, perdue, du 4 oct. et par l'intermédiaire de son agent Muscettola, Charles- Quint sollicita du pape un soutien financier. Clément VII s'adressa aux États italiens, essuya un refus à Venise et trouva peu d'enthousiasme ailleurs; il promit néanmoins d'aider l'empereur selon ses faibles moyens.
La requête impériale du 30 oct., reçue à Rome le 16 nov., fut examinée à la Congrégation des Affaires allemandes, les 21 et 25 nov., et au consistoire du 28. Sous l'influence des cardinaux Farnèse, del Monte et Gilles de Viterbe, l'unanimité se prononça pour l'acceptation (Heine, Briefe, 390-95; Ehses, Concilium, IV, p. xLviii). Le pape fit de même. Il le fit certainement sans enthousiasme. Le fit-il du moins avec sincérité et sans arrière-pensée? Le marquis de Gonzague, ambassadeur de Mantoue, semble pencher pour l'affirmative. Mais dans ses lettres à l'empereur, Loaysa fait entendre un autre son de cloche : el papa y cardinales dan al diablo este concilio (30 nov. ; Heine, Briefe, 392; voir aussi lettre du 8 oct., ibid., 377-78).
La suite de cette histoire pourrait se comparer à un dialogue de sourds. Or il n'est pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.
La décision prise au sujet du concile fut communiquée à tous les souverains catholiques (1" déc. 1530; Raynaldi, 1530, n. 175-76). Uberto Gambara, envoyé comme nonce extraordinaire vers l'empereur (19 déc), reçut une instruction, œuvre du cardinal Cajetan, plus riche en objections qu'en directives positives (Ehses, Concilium, iv, p. lii-liv). Dans les entrevues qu'ils eurent à Liège et à Bruxelles (16-17, 25 janv. 1531), Gambara en communiqua le contenu à l'empereur (ibid., p. Lv-Lvii), et spécifia les conditions mises par
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le pape à toute convocation d'un concile : a) l'objet des délibérations sera limité à l'hérésie et à la guerre contre les Turcs; b) l'empereur y assistera personnellement du début à la fin; cj le concile se réunira dans une ville italienne désignée par le pape; d) pour le droit de vote on s'en tiendra aux prescriptions canoniques; e> la convocation du.concile sera demandée par les luthériens qui y enverront des plénipotentiaires (ibid., p. Lvii).
Poser de telles conditions équivalait en fait à renoncer au concile. Malgré toute sa bonne volonté, l'empereur ne pouvait y consentir. Il perdit dix précieuses semaines à réfléchir, à consulter les princes allemands, à demander l'avis de François I" et à attendre pendant deux mois sa réponse, qui fut dilatoire. Enfin, le 4 avr. 1531, il fit remettre à Gambara une note expliquant le motif de son retard et contenant sa propre réponse aux cinq conditions formulées (ibid., p. lx).
En retour, Rome maintint l'essentiel de ses cinq conditions et ajouta que, si les rois de France et d'Angleterre faisaient des difficultés, mieux valait ne plus perdre de temps à parler d'un concile, mais recourir soit à la force soit à des conversations directes (25 avr. ; ibid., p. Lxv; Heine, Briefe, 539).
Peut-être, à force de négociations, pape et empereur eussent-ils fini par tomber d'accord? En tout cas, l'attitude du roi de France et la détermination du pape de ne pas le heurter de front firent s'évanouir tout espoir. Une lettre de François \", très habilement rédigée, du 21 nov. 1530, avait d'abord donné le change au pape et à l'empereur. L'illusion fut de courte durée. Durant tout le printemps de 1531, messages et chargés d'affaires, tant pontificaux qu'impériaux, se succédèrent auprès du roi pour lui faire abandonner ses préventions. Apparemment l'obstacle était le lieu de réunion proposé. Bien que le pape eût élargi sur ce point ses propositions initiales (Jedin, 219), le vaincu de Pavie considérait comme une atteinte à son honneur de devoir, pour se rendre au concile, traverser le Milanais qu'il venait de perdre. Il avait déjà fait comprendre qu'il n'admettrait que Turin (Sanuto, liv, 170; Ehses, Concilium, iv, p. lxvii). Dans sa réponse du 28 mars, il proposa à Charles-Quint que tous les souverains chrétiens délégassent d'abord à Rome des plénipotentiaires chargés d'aplanir les difficultés (Weiss, op. cit., i, Paris, 1841, p. 525-29). En réalité il voulait retarder le concile autant que possible, afin de maintenir la division religieuse en Allemagne, source de faiblesse pour l'empereur. Sa réponse définitive, apportée à Rome vers la mi-mai 1531 par le cardinal de Gramont, enleva tout espoir en une solution rapide : Turin était exigé comme lieu de réunion, le roi désirait y être présent lui-même et pouvoir se faire accompagner de forces armées aussi nombreuses que les impériales (Ehses, Concilium, iv, p. lxvi).
Plusieurs historiens ont soupçonné le pape d'avoir à cette occasion saboté en sous-main, par des négocialions avec François 1'='', ses déclarations et engagements formulés à la face du monde. Ces accusations ne sont pas prouvées. Elles sont même explicitement contredites par un témoin aussi peu suspect de sympathies pontificales que Loaysa. L'ancien confesseur de Charles-Quint, qui, au début des pourparlers, n'avait pas c aché ses soupçons, laissa par la suite tomber ses préventions contre la loyauté du pape (lettres du 14 avr., 9 juin, 26 juill. 1531; Heine, Briefe, 415, 429, 443); il reconnut que la responsabilité des obstacles mis au concile par le roi de France lui était étrangère (Ehses, Concilium, iv, p. lxiv). Cela n'empêche que l'attitude (lu roi répondait parfaitement à son secret espoir de trouver un jour une raison valable pour se délier d'une promesse faite sans enthousiasme. On peut même supposer que François I", connaissant ces dispositions du
pape et sa faiblesse de caractère, en aura profité pour exercer sur lui une sorte de chantage diplomatique.
Le délai d'un an fixé à Augsbourg allait bientôt expirer et rien n'était fait. Charles-Quint, « voyant faute de bonne volonté de tous côtés quant au dit concile » (Weiss, op. cit., i, 546) et désireux de rester fidèle à ses engagements, décida de convoquer une nouvelle diète à Spire. Croyant voir en ce geste un abandon des tentatives conciliaires en faveur de conversations bilatérales, le pape exprima sa satisfaction^et fit exposer par son envoyé Muscettola les concessions qu'il pourrait accorder aux hérétiques (24, 26 juill.; Letlere di principi, II, 220). Aux deux concessions dont il avait déjà été question à l'époque de la diète d'Augsbourg : communion sous les deux espèces et mariage des prêtres, le pape ajouta encore la suppression de toute obligation sub gravi des préceptes de droit ecclésiastique (Ehses, Concilium, iv, p. lxvi, n. 1). Il chargea aussi le cardinal Cajetan de rédiger un mémoire traçant la limite des concessions qui pourraient être faites aux protestants en matière disciplinaire. A Jérôme Aléandre, envoyé comme nonce en Allemagne, le pape recommanda d'éviter que ces concessions ne pussent inciter d'autres nations à en demander de pareilles (Pallavicini, op. cit., m, 6).
Dès lors les positions se cristallisèrent. Du côté impérial, demande d'un concile comme seul remède aux maux à venir (par ex. 27 juill.; Ehses, Concilium, iv, p. Lxix). Du côté romain, acceptation, mais subordonnée à l'accord des autres princes chrétiens. Telle fut la décision prise au consistoire du 10 août 1531, telle la quintessence des instructions remises à Jérôme Aléandre, telles les assurances faites par ce dernier à l'empereur à leur entrevue du 14 nov., telle la décision du consistoire du 28 nov. 1531, tel le contenu d'un bref envoyé à tous les princes chrétiens, tel l'avis du pape dans une lettre à l'empereur de mars 1532.
Or l'attitude du roi de France, sans même parler de celui d'Angleterre, rendait cette condition inexécutable. Toutes les affirmations des documents pontificaux se trouvent grevées par cette hypothèque. Loaysa lui-même s'en rendit compte qui, dans une lettre du 12 sept. 1531, écrivit à l'empereur que le pape a toujours détesté le concile, qu'il le détestera toujours, qu'il valait donc mieux abandonner cette impasse pour chercher d'autres solutions (Heine, Briefe, 447).
Le résultat de ces atermoiements éclata à la diète de Ratisbonne, ouverte le 17 avr. 1532. Excédés de voir passer les années sans aucun résultat, en dépit des promesses les plus explicites, les délégués des États catholiques déclarèrent sans ambages que leur patience était à bout; leur requête à l'empereur comportait trois points : a) l'empereur obtiendra du pape dans les six mois la convocation d'un concile général qui s'ouvrira avant un an; b) si le pape refuse ou s'il tergiverse encore, Charles-Quint en sa qualité d'empereur romain le convoquera lui-même; c ) si une telle convocation s'avère impossible, le rétablissement de l'unité religieuse sera confié à une assemblée nationale allemande (Ehses, Concilium, iv, p. lxxiii). Malgré une réponse très prudente de l'empereur (ibid., p. lxxvi; la correspondance entre l'empereur et la diète est publiée par J. Ficker, dans Zeitschr. fiir Kirchengesch., xn, 1891, p. 583-618), les délégués catholiques n'en voulurent point démordre. Par le recès de Ratisbonne, l'empereur promit de demander au pape la réalisation du premier point présenté par la diète; en cas d'échec, il convoquera lui-même une assemblée nationale, pour aviser au meilleur moyen de pourvoir à la paix religieuse en Allemagne (27 juill.; Ehses, Concilium, iv,
p. LXXX).
Parallèlement à la diète de Ratisbonne, l'empereur accorda aux États membres de la Confession d'Augs-
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bourg la paix religieuse de Nuremberg, comportant l'engagement de maintenir le statu quo religieux jusqu'au « concile général libre » qui serait convoqué et tenu dans les délais promis à la diète. Sur le conseil d'Aléandre, le pape s'abstint d'approuver cette mesure (Laemmer, Moniimenia, 134).
Charles-Quint pensait que la prochaine entrevue qu'il comptait avoir avec le pape lui permettrait de tenir les promesses faites à Ratisbonne. Il se flattait d'obtenir la convocation rapide d'un concile, au besoin sans l'assentiment des autres monarques (Jedin, 225, 531, n. 39). Dès le surlendemain de son arrivée à Bologne, il présenta sa demande. Elle fut examinée en consistoire (16 et 20 déc). La majorité repoussa tout concile national ou général tenu en Allemagne. Elle estima qu'il fallait soumettre toute convocation d'un concile général à l'assentiment préalable des princes chrétiens (Sanuto, lvii, 369, 385). Des brefs furent donc adressés à tous les souverains catholiques (2 janv. 1533; Raynaldi, 1533, n. 1-5). Une commission mixte, composée du côté pontifical des cardinaux Farnèse, Campeggio, Cesi et Aléandre, du côté impérial de Merino, Cobos, Mai et Granvelle, décida d'écrire aussi à tous les princes et États allemands pour leur annoncer la décision prise (10 janv. 1533; Ehses, Concilium,
IV, p. Lxxxiii sq. ; Raynaldi, 1533, n. 6).
Les réponses aux brefs se faisant attendre, les conversations se poursuivirent; le pape insista pour que les rois de France et d'Angleterre pussent assister en personne au concile (Sanuto, lvii, 405-06, 418), l'empereur pour que la convocation eût lieu sans délai! Clément VII se montra irréductible, mais décida d'envoyer deux nonces spéciaux auprès des souverains afin de hâter les négociations (ibid., 515). Ubaldino Baldinelli fut désigné pour la France et l'Angleterre; Ugo Rangoni, pour l'Allemagne (instructions dans Ehses, Concilium, iv, p. lxxxvii sq.). Charles-Quint, repris de soupçons, chargea le Malinois Lambert de Briaerde d'accompagner ce dernier, afin d'épauler et au besoin de stimuler et de surveiller son zèle conciliaire (Brandi, ii, 242-43). Porteurs de nombreux brefs en date du 20 févr., les deux nonces spéciaux se mirent en route le 5 mars, peu après la clôture de l'entrevue de Bologne. Cependant l'accord secret conclu le 24 févr. entre le pape et l'empereur avait répété une fois de plus, dans son premier point, la traditionnelle promesse conciliaire (Ehses, dans Rômische Quartaischrifi,
Au cours de leur mission en Allemagne qui dura jusqu'au mois d'août 1533, Rangoni et de Briaerde obtinrent l'adhésion inconditionnée de l'archiduc Ferdinand, du duc Georges de Saxe et des ducs Guillaume et Louis de Bavière. Les électeurs de Mayence, Brandebourg, Cologne et l'électeur palatin se déclarèrent personnellement d'accord, mais firent dépendre leur acceptation d'une décision générale des électeurs. L'électeur de Trêves souleva une difficulté secondaire. Le seul électeur luthérien, Jean-Frédéric de Saxe, fit aux délégués un accueil très aimable, et déclara qu'il s'en référerait à la décision de ses coreligionnaires de la Ligue de Smalkalde. Cette décision fut négative (Ehses, Concilium, iv, p. xcvii-ci).
Bien moins encourageante fut la mission de Baldinelli en France et en Angleterre. Renvoyé de François I" à Henri VIII et de Henri VIII à François l", il se vit finalement répondre que le roi de France traiterait de cette affaire lui-même dans l'entrevue qu'il aurait bientôt personnellement avec le pape. Déjà une missive du 11 févr., communiquée au pape par les cardinaux de Tournon et de Gramont, faisait prévoir ce résultat (ibid., p. lxxxvi). Vu les circonstances, cette réponse dilatoire équivalait à un refus.
On le vit bien quatre mois plus tard; l'entrevue de
Marseille avec François l" marqua l'enterrement de toutes les velléités conciliaires pontificales. D'après le comte de Cifuentes, ambassadeur impérial, le roi aurait démasqué ses batteries dès la première réunion (Gayangos, iv-2, n. 1136). Clément VII ne demandait qu'à se laisser convaincre. Son hostilité au concile n'avait pas désarmé. On a sur ce point le témoignage du roi de France (Ehses, Concilium, iv, p. civ), de Guichardin (Storia d'Italia, 1. XX, c. ii), de l'ambassadeur de Venise, Antonio Soriano (Albèri, ii-3, 299, 312). De retour à Rome, le pape fit savoir à l'archiduc Ferdinand et aux sept cercles d'Allemagne le résultat de ses négociations : bien que partisan en principe du concile, le roi de France avait demandé de le différer en un temps plus opportun (Ehses, Concilium, iv, p. cvi-cviii; Laemmer, Meletematum, 144-46).
L'opinion publique allemande se montra sévère envers les deux conférenciers de Marseille (Friedensburg, 603). Dans les milieux luthériens un prospectus satirique, longtemps attribué à Luther lui-même, circula sous le titre Convocatio concilii liberi christiani {Luthers Werke, xxxviii, Weimar, 1912, 280-89; l'attribution à Luther est inexacte, cf. Th. Kolde, Ueber die Echlheit des Luther zugeschriebenen Schriflchens « Convocatio concilii liberi christiani », dans Zeitschr. fiir Kirchengesch., xv, 1895, p. 94 sq.). Rédigée sous forme de bulle, cette satire prenait acte de la non-réunion d'un concile par le pape, déclarait en conséquence le S. -Esprit tenu de le convoquer lui-même et intimait à l'archange Gabriel la mission d'en rédiger les convocations.
Les catholiques furent spécialement mécontents. S'il s'était agi de 10 000 ducats, déclara le duc de Saxe, le principal champion de la cause romaine en Allemagne, il y a longtemps que des sanctions auraient été prises : mais, pour un enjeu de 100 000 âmes, le pasteur suprême se laisse persuader de ne pas bouger (Pastor, 539). Pierre Blomeveen, prieur de la chartreuse de Cologne, eut le courage d'écrire au Souverain pontife ce que tout le monde pensait (Denys le Chartreux, Opéra omnia, xxxiii, 9-12). Cependant l'archiduc Ferdinand et l'évêque de Trente reconnurent que la loyauté du pape ne pouvait être mise en doute (Friedensburg, 142; 157-58). François I", le principal responsable de ce retard, estima peu après devoir se justifier des accusations portées contre lui. Ses explications furent plutôt embrouillées et pas toujours conformes à la vérité historique (Ehses, Concilium, iv, p. civ-cv).
Quant au pape, après comme avant, ses déclarations officielles renfermèrent toujours les mêmes mentions stéréotypées sur ses projets conciliaires (par ex. instruction à Vergerio, 14 févr. 1534, dans Friedensburg, 176-83; allocution consistoriale, 10 juin 1534, dans Ehses, Concilium, iv, p. ex). Ce que pouvaient valoir de telles déclarations, personne ne l'a mieux expliqué que le célèbre controversiste Johann Eck dans une lettre à Paul III (10 mai 1535; publ. W. Friedensburg, dans Zeitschr. fur Kirchengesch., xix, 1899, p. 220) : Praedecessores Sanctitatis Tuae saepe promiserunt concilii congregationem jam 20 lustris, sed ita profecto promiserunt, ut facile omnes inlelligerent eos numquam concilium celebraturos ; sic nuncios mitlebant cum mandatis et articulis oneratos cum multis verborum involucris, punctis disputabilibus ac conditionibus intricatis, ut patenter procrastinationem negocii quaererent ac jam magnificae promissiones concilii apud Germanos in ludibrium abierint. Il n'y a pas moyen de mieux dire.
En fait, les rapports de nonciature envoyés à Rome par Vergerio, de mars 1533 jusqu'à la mort du pape (cf. Friedensburg) — les premiers qui dépeignaient le tragique de la situation allemande sous un jour réel — n'y provoquèrent aucune mesure efficace. Au con-
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traire. La guerre déclenchée au printemps de 1534 par le landgrave de Hesse pour le rétablissement du duc Ulric de Wurtemberg ne suscita à Rome aucune réaction; trompé par le roi de France sur le véritable enjeu du conflit, le pape considéra l'.événement comme une affaire dynastique sans répercussion confessionnelle. S'abritant derrière l'opinion de ses cardinaux, il refusa d'intervenir (16 juin 1534; Raynaldi, 1534, n. 16), au grand désappointement des milieux catholiques allemands (Friedensburg, 271, 274).
3° Clément VII et le protestantisme hors d'Allemagne. — Pendant que le luthéranisme, profitant des tergiversations romaines, grignotait l'Allemagne, il essaya de s'établir dans les autres pays situés au nord des Alpes. Les interventions de Clément VII pour endiguer cette expansion se bornèrent à des mesures occasionnelles dépourvues de tout plan d'ensemble. Leur succès fut à la mesure du soutien trouvé sur place auprès des autorités locales.
Dans les pays Scandinaves, la transformation fut si soudaine que, compte tenu des distances, Clément VII se trouva placé devant le fait accompli avant d'avoir pu intervenir sérieusement. Il n'est d'ailleurs pas sûr que, s'il l'avait pu et voulu, il eût réussi à triompher du mauvais vouloir des souverains et de la faiblesse complice de la majorité des chefs religieux. Sa réaction en face des mesures séparatistes fut faiblarde et sporadique. Il fit parvenir des remontrances aux ducs Christian et Frédéric de Holstein. Il écrivit aux évêques de Linkôping et de Vesteras pour se plaindre des innovations que se permettait le clergé suédois en matière de discipline sacramentelle; il leur conseillait de se faire soutenir par le roi Gustave Vasa (19 sept. 1526; J. Martin, Gustave Vnsa et la Réforme en Suède, \ Paris, 1906, p. 325). Autant valait confier la clef de la maison à un aspirant cambrioleur. Mais le moyen de faire autrement, alors que toute l'Allemagne en ébullition formait écran entre Rome et les pays de l'extrême Nord? Prié par ce même Gustave Vasa de confirmer trois nominations épiscopales, il se borna à faire sacrer Peder Maanson (Petrus Magni) comme évêque de Vesteras (l^^' mai 1524; J. G. Hofîmann, La Réforme en Suède (1523-72) et la succession apostolique, Neuchâtel, 1945, p. 98-99; l'historicité de cette consécration épiscopale, mise en doute au siècle dernier, est actuellement admise par tous). Après la diète suédoise de Vesteras (1527) et la présentation des quarantetrois articles de Copenhague (1530), le pape n'eut plus aucune influence dans ces pays. Jean Magnus (ou Magni), dont il finit après huit ans d'hésitations par confirmer l'élection au siège d'Upsala, ne parvint même pas à regagner son diocèse (Raynaldi, 1532, n. 88).
Apprenant que le primat de Pologne, l'archevêque de Gnesen (Gniezno), voulait tenir un synode provincial, il lui fit parvenir des induits spéciaux (19 mai 1525; Balan, Mon. saec. XVI, n. 104). Une Constitution du 1<^' déc. 1525 régla en Pologne la collation des l)énéfices capitulaircs et plusieurs brefs rappelèrent aux prélats polonais leur obligation de veiller au maintien de la foi romaine et de sévir contre les clercs en rupture de ban (Theiner, \et. mon. Polon., u, 412-508). La situation aux pays baltes fut discutée en consistoire les 17 mai 1525 et 14 janv. 1527 (KalkofT, Forschungen, 91-92). Le grand maître des Chevaliers Teutoniques, Walter von Plettenberg, ayant emprisonné l'archevêque de Riga, Johann Blankenfeld, le pape sévit contre le coupable (31 janv. 1526; Schottenloher, 31 062). Après un nouvel examen, un avertissement fut adressé aux Chevaliers Teutoniques, mais sans effet (1531).
La question luthérienne fit aussi l'objet d'une correspondance entre le pape et le prince-évêque de Liège,
Érard de la Marck, le duc Charles de Gueldre et la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche (Balan, Mon. Reform., 436-39; Mon. saec. xvi, n. 93- 95). Après plusieurs tâtonnements. Clément VII établit dans les Pays-Bas une forme d'inquisition mipolitique, mi-ecclésiastique (20 mars 1525; É. de Moreau, op. c;7.,«iv, Bruxelles, 1949, p. 243); il concéda aux dominicains des Pays-Bas des pouvoirs spéciaux pour la réconciliation des luthériens convertis (Balan, Mon. saec. XYI, p. 158)
En 1525, Clément VII envoya à la cour d'Écosse le dominicain Jacques Criton, pour obtenir l'aide du pouvoir contre les infiltrations du luthéranisme. Cette mission recueillit des résultats appréciables, mais momentanés (Theiner, Vet. mon. Hibern., 552-53).
En Suisse, l'introduction de la Réforme zwinglienne rencontra plus de difficultés, grâce au morcellement du pays. La proximité géographique et la présence sur place d'un nonce pontifical, Ennio Filonardi, permirent au pape d'intervenir. Le 14 févr. 1525, il adressa une série de messages spéciaux aux évêques suisses et aux autorités civiles des cantons confédérés et de leurs alliés. Le texte variait d'une missive à l'autre, d'après la position adoptée par chaque pays devant la prédication réformée (Balan, Mon. saec. XVi, n. 53-62). Les Zurichois ayant écrit au pape pour lui réclamer un arriéré de solde, le pape fit dépendre les modalités de ce règlement de leur fidélité à la foi catholique; il profita de l'occasion pour leur proposer l'envoi à Genève ou à Lausanne d'un théologien capable de débattre avec eux des points controversés (11 déc. 1525; ibid., n. 148, 149). Les Zurichois acceptèrent la proposition, tout en faisant remarquer qu'on ne pouvait taxer i d'erreur le fait de s'en tenir à la pure parole de Dieu et au Symbole (9 janv. 1526). Clément VII répondit en leur rappelant l'existence d'autres points de dogme (par ex., l'eucharistie) et en les invitant à envoyer des délégués à Rome pour discuter des questions religieuses (Balan, Mon. saec. xvi, n. 186). L'invitation resta sans suite.
Dans le cours ultérieur des afïaires helvétiques les interventions du pape ne furent pas toujours heureuses : les propositions faites par les cantons catholiques pour accélérer la réforme du clergé furent éludées à Rome (références dans Pastor, 523, n. 4); Clément VII laissa passer l'occasion d'améliorer les résultats obtenus, en mai 1526, à la dispute de Baden; il se décida trop tard à prendre efficacement parti pour les cantons catholiques contre les réformés; la victoire des armées catholiques à Cappel (11 oct. 1531) ren- ' força ses illusions sur un retour possible des Zurichois à l'ancienne foi (7 mai, 23 oct. 1531; Raynaldi, 1531, 22; A. Hyrvoix, François /" et la première guerre de religion en Suisse, dans Rev. des quesl. hist., lxxi, 1902, p. 465-537; Th. Scherer Boccard, Papslliche Schreiben aus dem Luzerner Slaalsarchiv von Papst Martin V. bis und mit Papst Clemens VIII., dans Archiv fûr schweizerische Reformationsgesch., ii, 1872, p. 17); les renforts qu'il finit par envoyer n'arrivèrent qu'après la conclusion de la paix (20 nov. 1531); enfin, le 17 oct. 1533, afin de ménager François I", il rappela le nonce Filonardi.
En France, l'attitude conciliante du roi et la complicité d'une partie de son entourage rendaient difficile toute action d'envergure. Clément VII se borna au début à insister personnellement (2 mai 1524) et par l'intermédiaire de son nonce, Jérôme Aléaiidre, sur le danger que la propagation des idées nouvelles faisait courir à la foi catholique et aux intérêts de la couronne (P. Imbart de la Tour, Les origines de la Réforme, m, Paris, 1914, p. 242).
Le départ de François aux armées et sa captivité en Espagne permirent à la régente, Louise de Savoie,
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de mener une politique religieuse plus active. Elle mérita les félicitations du pape pour avoir fait arrêter le « damnable hérétique » lyonnais, Maigret (29 déc. 1524). Après la bataille de Pavie, elle obtint du Souverain pontife de pouvoir faire enquêter en matière de foi par des commissaires spéciaux nommés par le Parlement, les « juges délégués par le «pape dans le royaume de France sur le fait des hérésies ». Ces mesures réussirent à dissoudre le cénacle de Meaux. Le pape intervint aussi auprès de l'université de Paris (Balan, Mon. saec. xvi, n. 106-08).
En 1528, Clément VII révoqua ses concessions, réservant aux rouages d'Église la connaissance des causes intéressant la foi. La même année, il félicita François 1'='' d'avoir pris part à une cérémonie réparatrice contre des excès iconoclastes. Mais le zèle royal ne s'en trouva guère stimulé. En dépit des déclarations officielles optimistes faites à Rome, François I" laissa se poursuivre sous le manteau la propagande des idées novatrices (Imbart de la Tour, op. cit., m, 528). Une bulle du 30 août 1533 régla la procédure d'abjuration des hérétiques; elle fut précisée, au cours de l'entrevue de Marseille, par une autre renfermant des clauses spéciales pour le châtiment des ecclésiastiques ayant passé à l'hérésie (ibid., 530). Il se peut qu'au cours de la même entrevue le roi ait obtenu du pape diverses concessions disciplinaires ou liturgiques (ibid., 544). Au printemps 1534, le pape renforça pour la France l'interdiction de prêcher sans licence épiscopale.
Clément VII déploya une activité plus grande pour préserver l'Italie. Ce fut .plus facile, l'influence du protestantisme s'y trouvant limitée presque partout à quelques cénacles de lettrés, sans racines profondes dans la masse.
Cinq mesures d'importance générale sont à retenir : le rappel adressé, dès janv. 1524, aux nonces de Venise et de Naples et à l'évêque de Trente sur l'observation des décrets du concile du Latran concernant prédicateurs et imprimeurs (Fontana, 76-81); l'encyclique adressée de Viterbe, le 27 août 1528, à tous les évêques d'Italie sur le devoir de préserver la foi de leurs ouailles {ibid., 102); le bref envoyé de Bologne (15 janv. 1530) au général des Dominicains, Paolo Butigella, inquisiteur à Ferrare et Modène, contenant des directives sur la manière d'enrayer la propagation des nouvelles croyances et spécifiant que ses pouvoirs ainsi que ceux de ses collègues s'étendent aussi aux religieux exempts, nommément aux Carmes (Bull. Rom. Pont., VI, 134; Raynaldi, 1530, n. 51 sq.); la convocation de onze cardinaux résidant en Italie en une conférence de consultation (8 sept. 1531; Fontana, 121); la nomination de l'augustin Calisto da Piacenza comme inquisiteur général pour toute l'Italie (4 janv. 1532; ibid., 127).
Le pape lança aussi des mandats d'arrêt contre le carme Giovanni Battista Pallavicino, le dominicain Battista di Crema et le conventuel Martino da Treviso, accusés d'hérésie (Fontana, 104, 112, 113, 138).
A Venise, Clément VII se heurta au manque de coopération des autorités locales. En 1530, le conseil des Dix, estimant que toute mesure de répression était une atteinte à la liberté, refusa d'intervenir par voie d'autorité en matière de religion (Sanuto, lui, 66). Le pape confia le soin de la réforme catholique vénitienne à Jean-Pierre Carafa, le cofondateur des Théatins. Celui-ci lui fit parvenir, en oct. 1532, un mémoire très circonstancié (Pastor, 532), complété depuis mars 1533 par les rapports d'Aléandre. Mais Clément VII ne prit que des mesures insuffisantes (Fontana, 128, 137; Benrath, Die Reformation in Venedig, Halle, 1887; E. Tolomei).
Par contre, à Brescia, le magistrat urbain intervint activement contre la propagation de l'hérésie. Le pape
en exprima sa satisfaction (13 juill. 1528; Bull. Rom. Pont., VI, 115).
En Savoie, Clément VII s'était d'abord adressé au chapitre de Sion (1526), puis au frère mineur Tommaso Illirico (Fontana, 96-101 ; Wadding, Annales, xvi, 775- 78). Il confia ensuite la défense des intérêts catholiques au duc Charles III (Fontana, 110; Raynaldi, 1531, n. 21).
VI. Clément VII et Henri VIII. — 1° Jusqu'en 1527. — Au cours des trois premières années du pontificat de Clément VII, les relations anglo-romaines furent très cordiales. Par sa diplomatie et par une adroite politique de subsides, Henri VIII tint à justifier en toutes occasions le titre de Défenseur de la foi que son opposition militante au luthéranisme lui avait mérité en 1521. Son dévouement sincère au Siège de Rome ne peut être mis en doute. De son côté, Clément VII considérait le roi d'Angleterre comme le meilleur appui de sa politique d'équilibre pacifique européen. Le 5 mars 1524, il lui confirma son titre de Défenseur de la foi (Rymer, vi-2, 7), et il le compléta peu après par l'octroi de la rose d'or (Letters and Papers, IV, 23; E. Mûntz, dans Arch. stor. delV arte, i, 1888-1, p. 16).
Rien ne faisait présager un revirement rapide. L'ambition du cardinal Wolsey, primat d'Angleterre, et son ressentiment de s'être vu évincé à deux reprises du pontificat se traduisirent par un changement d'orientation dans la politique étrangère anglaise. Mais rien ne prouve qu'il en ait voulu personnellement à Clément VII d'avoir obtenu la place qu'il briguait. Et il n'était pas homme à s'embarquer à la légère dans une aventure schismatique.
D'autre part, bien que son union avec Catherine d'Aragon eût laissé Henri VIII sans héritier mâle, et qu'il eût eu plusieurs liaisons extra-matrimoniales (entre autres avec Mary Boleyn, une suivante de la reine), rien ne prouve qu'avant 1526 il ait sérieusement envisagé une rupture. En 1514, un Vénitien séjournant à Rome se fit l'écho d'un bruit suivant lequel Henri VIII, désireux d'avoir un héritier, aurait songé à se prévaloir d'un précédent : la déclaration de nullité faite en 1499 par Alexandre VI du mariage entre Louis XII et Jeanne de Valois. Peut-être, vers 1522, des idées analogues furent-elles suggérées au roi par son confesseur Longland (Constant, p. 340, n. 36).
En tout cas, si des projets de cette espèce traversèrent l'esprit du roi avant 1526, Henri VIII ne s'y arrêta pas. Certaines mesures prises par lui le prouvent : le tombeau qu'il fit aménager en 1519 pour lui-même et pour son épouse; les plans combinés pour assurer la succession au trône au fils qu'il a eu d'Elisabeth Blount (ibid., p. 23; 342, n. 45-46).
Le projet royal de « divorce » prit corps définitivement à partir de mars 1527, date à laquelle le roi commença à désespérer d'avoir jamais un héritier de son mariage et à se prendre de passion pour Anne Boleyn, la sœur d'une de ses anciennes maîtresses (sur des pourparlers qui auraient été ouverts à Rome dès 1526, cf. Pastor, 486, n. 3; Letters and Papers, iv. Introd., p. ccxxiii).
Jusqu'en 1529, le but du roi fut d'arriver à ses fins à l'aide d'une sentence pontificale. Pour être plus sûr du résultat et afin d'éviter les lenteurs romaines, il envisageait deux étapes. D'abord, faire déclarer nulle par Wolsey la dispense romaine d'affinité au premier degré, qui avait permis son mariage avec Catherine d'Aragon; celle-ci avait épousé en premières noces, à l'âge de onze ans, son frère aîné Arthur; leur mariage n'avait duré que quatre mois. Ensuite, Henri VIII comptait faire confirmer par le pape la sentence du légat.
CLÉME
NT VU
La dispense en question avait été accordée le 26 déc.
1503 par Jules II (Rymer, v-4, 207) et expédiée en
Angleterre en août 1504. Sa teneur ayant paru insufi fisante, deux nouveaux documents pontificaux furent
envoyés, l'un personnellement à la reine Isabelle d'Es- I pagne(nov. 1504), l'autre à Henri VII (printemps 1505). I Ces deux documents furent antidatés du 26 déc. 1503. I Néanmoins, la veille du jour fixé pour son mariage \ (27-28 juin 1505), le jeune prince Henri protesta, I alléguant la contrainte morale. Son opposition dura
jusqu'à la mort de son père (21 avr. 1509) et ne céda • que pour obéir à ses dernières volontés, non sans I éprouver « des scrupules de conscience ». L'archevêque I de Cantorbéry, Warham, qui donna la bénédiction
1 nuptiale, était lui-même opposé à cette union (Constant, p. 335, n. 17).
Les prétextes donc ne manquaient pas. Mais le scénario imaginé par le clan des Boleyn était par trop simpliste. Wolsey, tenu dans l'ignorance des véritables buts de l'affaire, accepta, tant par servilité vis-à-vis
!du roi que par hostilité envers la reine, de jouer le rôle qui lui était dévolu : il cita le roi à venir se justifier f devant lui et devant Warham « d'avoir vécu pendant I dix-huit ans en une union coupable » (17 mai 1527; I Lelters and Papers, iv, 3140). Mais il apparut vite que \ cette comédie judiciaire ne pouvait mener à rien. Une \ enquête ouverte parmi l'épiscopat et les canonistes i d'Angleterre n'ayant pas donné les résultats escomptés, Wolsey conseilla au roi de recourir directement au S. -Siège, afin de prévenir un appel éventuel de la reine. Il comptait charger de cette démarche trois Italiens jouissant de sa confiance, Girolamo Ghinucci, le nonce Gambara et Gregorio Casale.
La nouvelle du Sac de Rome interrompit ce projet. Le 22 juin, mise en demeure d'accepter une séparation, la reine protesta de son bon droit, puisque la nonconsommation de son premier mariage avec Arthur i faisait disparaître tout empêchement d'affinité à son mariage actuel. Le roi, soutenu par Wolsey, répliqua qu'il restait alors entre elle et lui un empêchement d'honnêteté publique (1'^' juill. ; ibid., iv, Introd.,
p. CCXLVIIl).
2° La mission de Knighi. — Henri VIII, toujours désireux d'agir sans Wolsey qu'il savait hostile à la coterie des Boleyn, profita de l'absence du cardinalchancelier à Amiens, où il négociait un traité d'alliance avec François I", pour envoyer à Rome son secrétaire i William Knight, avec la demande de pouvoir contract ter un nouveau mariage, soit immédiatement après, soit même avant la déclaration de nullité de son mai riage actuel. Knight devait demander en outre pour ce mariage éventuel une dispense d'affinité au premier degré (Kriedmann, i, 57).
Wolsey, informé par Knight lors de son passage par Compiègne (10 sept.), obtint du roi l'envoi immédiat d'un nouveau messager, John Barlow, chargé ( de retirer la partie de la requête concernant la bigamie. ! Knight, arrivé à Rome le 25 nov. 1527, réussit grâce I au cardinal Pisani à transmettre au pape prisonnier \ au Château S. -Ange une requête conforme à ses nou- I velles instructions.
I Clément VII se trouvait totalement impuissant. De
( plus, il avait déjà été alerté du côté impérial. Au début d'août, Charles-Quint, ayant eu vent de ce qui se tramait en Angleterre, avait chargé Quinones de défendre auprès du pape la cause de sa tante et d'obtenir que
1 Clément VII retirât à Wolsey ses pouvoirs de légat
' (Constant, p. 357, n. 81).
Au moment de prendre la fuite pour Orvieto, le pape
I chargea le cardinal Campeggio, resté à Rome comme gouverneur de la ville, de poursuivre l'examen de cette
' affaire. Il fit répondre à Knight qu'il ferait son possible
f pour le satisfaire (Crabitès, 63).
f nicT. d'hist. et de oéogr. ecclés.
Le 14 déc. 1527, Campeggio envoya un mémoire concluant à la nécessité d'évoquer la cause à Rome et, si la dispense de 1503 était reconnue insuffisante, de célébrer un nouveau mariage avec Catherine (Ehses, Dokamenle, n. 10). En conséquence le pape, ayant fait examiner par le cardinal Pucci le projet de bulle proposé par Henri VIII, accorda la dispense demandée, mais en la subordonnant à la condition que le premier mariage ait été invalide (17-23 déc; ibid., n. 12).
Muni de ce document et fier de son succès trompeur, Knight prit le chemin du retour. A peine en route, il rencontra près de Bologne un courrier anglais, Thaddée, porteur d'un volumineux dossier expédié le 5 déc. par Wolsey à l'ambassadeur anglais à Rome, Gregorio Casale (ou Casali). Ce dossier comprenait une instruction où il était expliqué que, pour la paix de sa conscience, le roi estimait devoir se séparer de la reine et qu'il priait le pape de trouver un moyen lui i)ermettant de contracter un nouveau mariage qui, en assurant le trône d'Angleterre d'un héritier, préserverait son pays d'une querelle successorale (Burnet, ii, p. vu). Le dossier comprenait encore, outre des lettres du roi et de Wolsey au pape (Ehses, Dokumenle, n. 6-7), le projet complet d'une bulle pontificale. Considérant que la dispense accordée en 1503 avait été fautive et subreptice à un quintuple titre, cette bulle devait accorder à Wolsey, doublé d'un assesseur nommé par le pape, pleins pouvoirs pour connaître en Angleterre de cette cause matrimoniale et pour la faire trancher sans appel possible (Lelters and Papers, iv, 3643; Crabitès, 83 sq.).
Une nouvelle missive de Wolsey. (27 déc. 1527) proposa de faire désigner par le pape un légat spécialement chargé de cette affaire. On proposa aussi le doyen de la Rote, Stafileo, au cas où la désignation de Wolsey paraîtrait partiale (5 janv. 1528; Lelters and Papers, iv, 3767).
Déjà Clément VII, ayant fait examiner le premier projet de bulle par le cardinal Pucci, en retrancha la clause suivant laquelle la vérification des cinq points énumérés dans la bulle entraînait automatiquement et sans appel possible la nullité du mariage royal. Même ainsi modifiée, il hésita à l'expédier, le 1«' janv. 1528 (ibid., 3749-51, 3756). Lorsque Wolsey la reçut, il la déclara « bonne à rien >. (ibid., 3913, 3918, 3920).
S'il faut en croire une lettre de Casale à Wolsey, du 13 janv. 1528 (ibid., 3802; Burnet, ii, p. xiri-xiv), le pape, poursuivant l'examen de l'affaire avec Pucci et l'auditeur de la Rote Simonetta, aurait mis au point une procédure dépourvue de la plus élémentaire loyauté. Les principaux historiens anglicans, Burnet, Brewer, Froude, ont pris ce récit pour argent comptant. Cependant des arguments sérieux semblent indiquer que le récit de Casale repose, soit sur une mauvaise interprétation, soit sur une invention de l'ambassadeur anglais (Crabitès, 90-95).
3° La mission de Gardiner. — Après l'échec de la mission de Knight, le roi s'en remit à Wolsey pour la poursuite des négociations avec Rome. Wolsey eut recours à deux personnalités de premier plan : Stephen Gardiner et Edward Foxe (instructions et lettres de créance, 10-12 févr. 1528, dans Lelters and Papers, iv, 3913; description du voyage, dans Janelle, 86 sq.). Arrivés à Orvieto, le 20 ou 21 mars (Pocock, i, 92; Lelters and Papers, iv, 4090), Gardiner et Foxe conférèrent du 23 mars au 8 avr., presque tous les jours, avec le pape et ses conseillers. Gardiner essaya d'abord de la persuasion. Mais le pape, par une question très habile, s'était convaincu de la partialité de Wolsey et répugnait plus que jamais à s'en remettre à lui (Crabitès, 105). Désireux sans doute de ménager Charles-Quint, mais avant tout résolu à ne pas laisser commettre d'entorse aux principes canoniques et à
CLÉME