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sauvegarder les droits de toutes les parties en cause, j il se retrancha au début derrière de bonnes paroles mêlées de réticences. S'imaginant que cette attitude du pape lui était dictée par la seule crainte des impériaux, mais qu'au fond il était gagné à la cause de son maître, Gardiner fmit par se lasser : le 29 mars, il laissa entendre que le roi, à bout de patience, pourrait i bien ne plus se soucier désormais d'une mesure pontificale et se contenter d'un domestico remedio apud suos. Le pape et ses conseillers protestèrent de leur bonne volonté, mais, expliquèrent-ils, vu son caractère insolite, la bulle décrétale demandée ne pourrait être octroyée qu'à bon escient et à condition que les motifs invoqués aient un poids suffisant, ce qui exigeait mûre réflexion.
A une deuxième attaque de Gardiner (!"■ avr.), le pape déclara être obligé en conscience de ne rien décider sans avoir pris conseil et consulté les deux parties en cause. Deux jours plus tard, nouvel assaut, sous forme d'un long discours bien charpenté accusant le pape soit d'impuissance, soit de mauvaise volonté. Le pape reprit sa contre-proposition : donner une commission ordinaire à un légat, lequel, assisté de Wolsey, rendrait en Angleterre une sentence que le pape promettait de ratifier à Rome, l^e 4 avr., Gardiner passa aux menaces : le roi fera la chose tout seul. Malgré son émotion, le pape ne se laissa pas ébranler : s'il ne s'agissait que d'une question personnelle, il l'accorderait volontiers; mais il s'agit du droit d'une tierce personne. Gardiner lui ayant proposé le lendemain de confier la décrétale sous le sceau du secret. Clément VU répliqua ne pouvoir faire en secret ce qu'il ne pouvait faire en public. Gardiner se résigna à une commission ordinaire. La détermination de ses pouvoirs constitua une nouvelle pierre d'achoppement, les cardinaux essayant sans relâche de restreindre les propositions anglaises. Le pape finit par admettre la rédaction présentée par les Anglais, sauf quatre expressions pour lesquelles il désirait une approbation préalable de Simonetta. En un discours de tragédie, Gardiner se plaignit alors d'avoir été leurré comme un faucon de chasse que l'on attire avec un appât sans rien lui donner quand il ouvre le bec. Aux plaintes il joignit la menace, prédisant que inclinala jam sedes apnstoUca tota corrueret communi consensu atque applausu omnium.
A bout de patience le pape céda. La bulle de commission fut rédigée en deux rédactions, l'une au nom de Campeggio et de Wolsey, l'autre au nom de Wolsey et de Warham (13 avr. 1528; Ehses, Dokumente, n. 22). Elle donnait lîouvoir d'instruire sur place la cause du mariage royal et de prononcer une sentence sans appel. Une dernière clause : vobis conjunclim, et altero restrum nolenle aut impedito, di'nsim, n'avait été maintenue que de justesse (Constant, p. 358, n. 88). Elle donnait à l'un des deux légats le pouvoir d'agir seul à défaut de l'autre. Le même jour une autre bulle permit à Henri VIII de se remarier au cas où son premier mariage serait déclaré nul (Ehses, Dokumente, n. 24).
Sur cette conférence d'Orvieto, voir les rapports de Gardiner à Wolsey, dans Pocock, i, 95-135; Letters and Papers, iv 4118-20, 4166-69; le mémorandum du cardinal Pucci, dans Ehses, Dokumente, n. 20 (résumé excellent dans Janelle, 89-97).
4° Légation de Campeggio. — Le cardinal Campeggio, dont il avait déjà été question dès le mois de janv. pour une mission de cette espèce (Burnet, ii, p. xiv; Ehses, Dokumente, n. 16-17), était persona grata en Angleterre. Sa désignation fut bien accueillie partout. Mais sa charge de gouverneur de Rome le contraignit de retarder son départ jusqu'au 25 juill. L'ne protestation de l'ambassadeur impérial à Rome,
Muscettula, resta sans effet (20 juill. 1528; Letters and Papers, iv, 4535; Gairdner, xii, 111).
Entre temps, Wolsey, qui ne se dissimulait pas la ])récarité des résultats obtenus jusqu'alors, fit insister par Gardiner pour obtenir quand même la fameuse bulle décrétale (10-23 mai; Burnet, ii, p. xix; Pocock, I, 166; Letters and Papers, iv, 4246, 4251, 4289-90). De sa résidence provisoire à Viterbe, le pape renouvela, le 8 juin, sa commission du 13 avr., et quelques jours plus tard Gardiner put annoncer que l'envoi de Campeggio était décidé et qu'il apporterait la décrétale sollicitée {Letters and Papers, 4379-80). Cette décrétale, datée du 23 juill., était accompagnée d'une promesse autographe de ne pas révoquer la commission du 8 juin et de confirmer la sentence des deux légats. Ces deux documents devaient rester secrets; seuls le roi et Wolsey pourraient en prendre connaissance.
La décrétale ayant été sans doute détruite par Campeggio, conformément aux instructions du pape, son existence a fait l'objet de nombreuses controverses (cf. Ehses, dans Hist. Jahrbucti, 1888, p. 28 sq.); quant à la promesse de Clément VII, il en existe deux rédactions : Ehses (Dokumente, n. 23) a publié l'authentique; une autre, composée par Wolsey pour que le pape la substituât à la première, a donné le change à plusieurs historiens (cf. ibid.; Letters and Papers, IV, 4550).
Campeggio était encore en route lorsque le pape, repris d'une vague d'hésitations et subissant une nouvelle pression du côté impérial, lui fit ordonner par son secrétaire Sanga de faire traîner l'a.rfaire en longueur, de tâcher de rétablir l'entente entre le roi et la reine, et surtout de ne prononcer aucune sentence sans sa permission expresse (11-16 sept. 1528; Letters and Papers, iv, 4721, 4736-37). Le pape écrivit lui-même à l'empereur que rien ne serait fait contre sa tante et que l'affaire serait évoquée à Rome (Gayangos, iii-2, n. 537). Son idée était que la passion du roi pour Anne Boleyn se refroidirait avec le temps. Il essaya donc de faire traîner l'affaire en longueur : « Plus de temps il s'écoule en cette affaire, plus cela convient à Sa Sainteté », écrivait G. Salviati le 14 déc. 1528 (Ehses, Dokumente, append. n. xv).
Arrivé au terme de son voyage le 8 oct., Campeggio se conforma à ses nouvelles instructions (ibid., n. 49; Letters and Papers, iv, 4857-58). Il essaya d'obtenir du roi un arrangement à l'amiable, mais sans résultat. Il n'eut pas plus de succès auprès de la reine, qu'il voulut persuader d'entrer au couvent. Catherine prétendit vivre et mourir dans la vocation du mariage où Dieu l'avait appelée et refusa d'en changer, dût-on la couper en morceaux. Informé par Wolsey de la gravité de la situation, il fit savoir au pape que toute dilation augmentait le danger de schisme et lui conseilla d'évoquer à nouveau la cause à Rome (Campeggio à Salviati et à Sanga, 26-28 oct. 1528; Ehses, Dokumente, n. 31-32; Letters and Papers, iv, 4875, 4880-81 ; Constant, p. 361, n. 97).
Wolsey, au contraire, ne songeait qu'à la poursuivre en Angleterre. Il crut que ce serait plus facile s'il pouvait montrer la décrétale à un petit nombre de personnalités officielles. Mais le légat n'admit aucune entorse aux conditions de secret qui lui avaient été imposées. Le pape, sollicité à son tour, fut très mécontent; il refusa catégoriquement, déclarant qu'il donnerait bien un doigt de sa main pour ne pas avoir signé cette pièce (Wolsey à Casale, 1"' nov. ; Casale et Bryan à Wolsey, 17-28 déc. 1528; Letters and Papers, iv. 4897, 5038, 5073; Burnet, ii, p. xx sq.); il envoya en Angleterre son secrétaire particulier, Francesco Canipana, avec l'ordre de faire disparaître sans tarder le document compromettant (Friedinann, i, 91).
En nov. 1528, un coup de théâtre renversa les don-
CLÉMENT VII
nées de toute l'affaire : Catherine d'Aragon fit connaître une copie d'un exemplaire conservé en Espagne, et inconnu jusqu'alors, du bref de dispense accordé par Jules II pour le mariage d'Henri VIII. Pièce capitale, car sa rédaction, plus explicite que celle du bref adressé en Angleterre, réduisait à néant tout l'échafaudage juridique péniblement dressé par le roi et rendait inopérante la bulle décrétale apportée par Campeggio (sur l'authenticité de cette pièce, cf. Pastor, 501, n. 2). Une seule échappatoire restait ouverte : obtenir du pape qu'il réclamât l'original à l'empereur et en déclarât la fausseté. Dans ce but, le roi envoya à Rome cinq messagers, Francis Bryan, Peter Vannes, William Bennet, William Knight et Stephen Gardiner, de fin nov. 1528 à févr. 1529, et fit appuyer sa démarche par Wolsey et Campeggio (Janelle, 98; Letters and Papers, iv, 4977-79, 5014, 5050, 5179, 5375-76; Burnet, ii, p. xxxi; Ehses, Dokumenle, n. 34).
Le pape était alors très malade. Le bruit de sa mort s'était répandu jusqu'en Angleterre (Letlers and Papers, IV, 5194). Lorsqu'il entra en convalescence, les envoyés anglais, au nombre desquels se trouvait à nouveau Gardiner, l'assaillirent journellement de leurs requêtes pendant la première quinzaine d'avr. 1529. Clément VII nomma une commission de trois canonistes. Ayant pris leur avis, il refusa de se prononcer sans avoir examiné le document incriminé, mais promit de le demander à l'empereur (ibid., 5476-78; voir, sur l'authenticité du document n. 5181, la remarque critique de Janelle, p. 98, n. 4). Il répondit en ce sens au roi le 21 avr. (Lellers and Papers, iv, 5474).
Constatant à son grand désappointement que la temporisation ne faisait qu'envenimer l'affaire, fortement ému par deux lettres que la reine d'Angleterre avait réussi à lui faire parvenir, mécontent des exigences des envoyés anglais, alerté par certaines paroles qu'il interpréta comme des menaces d'un ralliement possible au luthéranisme, le pape songea à évoquer la cause à Rome.
Les sollicitations de l'ambassadeur impérial, Miguel Mai, vinrent à point nommé pour renforcer son revirement {ibid., 5346, 5355-56, 5397, 5440). Il combina avec lui la séance de protestation qui eut lieu en une signatura, peu avant le 9 mai, et au cours de laquelle l'ambassadeur de Charles-Quint et Gardiner s'affrontèrent (ibid., 5529; Janelle, 101 sq.). Rien n'y fut décidé, mais il devint clair que le pape n'attendait qu'une occasion pour renverser la vapeur.
Dès le 4 mai, Gardiner avait averti le roi de l'échec de sa mission et de l'imminence d'une évocation de la cause à Rome {Lellers and Papers, iv, 5518). A cette nouvelle, le roi et Wolsey décidèrent de prévenir le coup. Contre vents et marées ils s'étaient accrochés à l'espoir de mettre le pape dans leur camp. Déçus, il leur restait à agir seuls sans perdre une heure. Gardiner, rappelé en Angleterre où ses services comme juriste et orateur étaient indispensables, quitta Rome avec une lettre autographe du pape exprimant ses regrets de ne pouvoir faire davantage (Burnet, ii, p. xxxv).
Le procès matrimonial fut ouvert à Londres le 31 mai; le roi et la reine furent cités à comparaître le 18 juin (Rymer, vi-2, 117; Ehses, Dokumenle, n. 46- 47). L'émouvante protestation et l'appel à Rome interjeté par la reine le 21 juin furent écartés par les légats, qui se déclarèrent juges compétents tant qu'une mesure romaine spéciale n'aurait pas retiré leurs pouvoirs (Ehses, Dokumenle, n. 48-49; Janelle, 113). La reine obtint pourtant du roi la permission d'envoyer un message à Rome. Tandis que le procès suivait son cours, Wolsey insista auprès de Campeggio, et le roi écrivit à ses agents romains pour qu'ils supplient le pape de laisser la cause se poursuivre en Angleterre
I (Ehses, Dokumenle, n. 49; Burnet, ii, p. xxxvi). Le Dr Bennet répondit à son maître que toute démarche en ce sens auprès du pape serait vaine (9 juill. ; Burnet, II, p. xxxvii).
En effet, à cette date, le pape était convaincu depuis I longtemps que la sentence ne pouvait être que défaj vorable au roi (Ehses, Dokumenle, n. 51, p. 114). Il j venait d'écrire à Henri VIII et à Wolsey, le 8 juill., { qu'il avait atteint la limite des concessions (ibid., ; n. 55-56). Le 16 juill., la commission révocatoire présentée en consistoire au nom de Catherine d'Aragon ] par les ambassadeurs impériaux fut admise à l'unanij mité (ibid., n. 61, 134). Le 19, le pape fit savoir au roi et à Wolsey que l'appel de la reine avait été accepté, I sur avis unanime des référendaires de la Signature et I des cardinaux (ibid., n. 58-60; Constant, p. 370, n. 134; 1 Raynaldi, 1529, n. 92, donne une autre lettre du même 1 jour). En conséquence le tribunal des légats fut déclaré : dissous, Campeggio rappelé à Rome où la reprise du I procès aurait lieu après la Noël. Par trois fois (29 août, ! 4 sept., 6-7 oct. 1529), le pape écrivit à Henri VIII et I à Wolsey pour adoucir l'effet de la décision prise ! (Ehses, Dokumenle, n. 62, 65, 69-71). I Dans la course de vitesse entre Rome et Londres, I l'attitude de Campeggio fut le facteur décisif. Dans ses I lettres et rapports au pape, Campeggio insista fréî quemment sur l'impartialité dont il fit preuve en cette 1 affaire. Ses déclarations cadrent parfaitement avec la I vérité. Sachant qu'une mesure de rappel ne tarderait { pas à arriver de Rome, il n'eut plus qu'un objectif : I gagner du temps. Il essaya successivement de tous I les stratagèmes, y compris une maladie diplomatique. I Quand vint le jour où devait être rendue la sentence j définitive, il se leva pour déclarer que, conformément ! aux usages romains, les vacances venaient de commencer et ajourna l'affaire à oct. C'était le 30 juill. 1529 (preuve de la date dans Janelle, 130, note, contre celle du 23 donnée par Constant et la plupart des historiens. Par suite d'une 'méprise, Janelle n'est pas resté conséquent avec lui-même : à la p. 323-24 de La crise religieuse du XVi^ s. [Hist. de l'Église, de Fliche et Martin, xvi], au lieu de « sept jours auparavant » il faudrait lire : quatorze jours).
5° Hésilalions et dilations (août 1529-été 1532). — Le coup de théâtre de juill. 1529 amena un revirement complet dans l'attitude de Henri VIII vis-à-vis du pape. Jusqu'alors il s'était méfié de lui, parce que trop exposé à subir l'infinence impériale. Mais il n'avait rien négligé pour le convaincre et pour gagner ses faveurs. Désormais, craignant de ne jamais obtenir 1 gain de cause ou de n'y arriver que moyennant des i délais incompatibles avec l'urgence d'assurer sa suc- I cession au trône, il cessa de mendier à tout prix le ' concours de Rome et se prépara à s'en passer tout à fait.
Le départ de Campeggio (oct. 1529), puis la disgrâce et la mort de Wolsey et son remplacement par des hommes nouveaux, tels que Cromwell et Cranmer, accélérèrent encore cette évolution. Bien vite, l'affaire du « divorce » fut dépassée; elle ne forma plus qu'une
i étape dans la marche de l'Angleterre vers le schisme.
j Les contacts entre Londres et Rome ne furent pas
I encore rompus, mais ils ne formèrent plus qu'un corollaire de deux actions se développant parallèlement en toute indépendance. Dès la fin d'août 1529, la clairvoyance de l'ambassadeur de France en Angleterre, Guillaume du Bellay, avait décelé cette tendance et dénoncé son inévitable aboutissement (Le Grand, op. cit., m, 339, 342).
L'action du roi débuta par une consultation des principales universités d'Europe sur la cause en litige. Cette démarche avait été suggérée par Cranmer, au
! début d'août 1529, au cours d'une partie de chasse à
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Waltham. Klle sauvegardait les apparences et pouvait fournir un bon instrument de projjagande. Divers moyens de pression furent employés pour obtenir des réponses favorables. Afin qu'elles pussent lui parvenir à temps, le roi sollicita du pape une remise de l'affaire pendant six mois (Ehses, Dokumente, p. 158).
Parallèlement à cette enquête, Henri VIII déclencha une offensive sur le terrain canonique. Une nouvelle école juridique défendait une thèse selon laquelle l'empêchement à épouser une belle-sœur devenue veuve était de droit naturel, ce qui interdisait au pape d'en dispenser. Cette thèse bénéficia du soutien intéressé du roi, qui fit remettre au pape un mémoire établissant l'invalidité de son mariage. Clément VII rappela au roi que cette théorie allait à rencontre d'une décision d'Innocent III, établissant que cette défense était de droit positif (7 oct. 1529; ibicL, n. 71). Il chargea le cardinal Cajetan d'examiner le mémoire royal, travail qui fut terminé le 13 mars 1530 (Raynaldi, 1530, n. 193-201; voir dans Ehses, Dokumente, n. 88, un résumé du déroulement de toute l'alïaire avant cette date)
De leur côté, au cours des premiers mois de 1530, les instances romaines entreprirent l'examen de la cause suivant la procédure habituelle. L'auditeur de la Rote, Capisucchi, aidé des trois meilleurs canonistes, Cajetan, Simonetta et Aléandre, se mirent à la besogne.
Un monitoire, achevé à Bologne le 7 mars 1530, mais dont l'expédition fut reportée au 25, par suite de l'arrivée de cinq chargés d'aflaires anglais conduits par Thomas Boleyn, cita le roi à comparaître devant la Rote, l'invita à reprendre la vie commune avec la reine et lui fit défense d'entreprendre une démarche quelconque en vue d'un nouveau mariage, tant que la cause resterait en suspens (Le Grand, op. cil., m, 446- 53; Pocock, ii, 372; Lellers and Papers, iv, 6256). Toutefois ce monitoire fut doublé d'une lettre qui en détruisit l'effet : le pape s'éngageait à faire remettre le procès sine die, à condition que le roi promît de maintenir le statu quo dans l'affaire du mariage (Ehses, Dokumente, n. 76).
Tout en se plaignant de l'attitude du pape, le roi accepta citation et conditions (10 avr. ; ibid., n. 79; Pocock, II, 630). Encouragé par cette réponse, le pape, au grand mécontentement de l'empereur, lit différer la poursuite du procès à plusieurs reprises au cours des sept mois suivants (Ehses, Dokumente, n. 83-84, 92, 93). Cependant, le 21 mai, il fit défendre à tout homme de loi de prendre parti, de vive voix ou par écrit, dans la cause en litige (Theiner, Vet. mon. Hibern., 592; Letlers and Papers, iv, 6279). Mesure tardive, les universités ayant alors déjà renvoyé au roi leurs considtations ou se préparant à le faire (9 mars- 2 juin.; Rymer, vi-2, 154-67; P. Féret, Le premier divorce de Henri VIII, dans Rei>. des quesi. hist., lxiv, 1898, p. 63-78).
Fort de leurs réponses favorables, le roi changea ses batteries. Ce qu'il n'avait pu obtenir par la diplomatie, il l'essaya par un mouvement d'opinion. Une pétition signée par les principaux représentants de la noblesse, du clergé, des pouvoirs publics et de la magistrature d'Angleterre fut envoyée au pape (13 juin. 1530; Rymer, vi-2, 160; Pocock, i, 429). En même temps, une lettre du roi au pape (elle ne fut peut-être pas expédiée; cf. Ehses, Dokumente, n. 87) insistait sur l'approbation recueillie auprès des plus hautes sommités scientifiques d'Europe.
Déjà le pape avait fait machine arrière : un bref du 4 août spécifia que sa mesure du 21 mai ne visait que ceux dont le concours ou le suffrage avaient été achetés. Dans sa belle réponse aux grands d'Angleterre, il dégagea sa responsabilité et se plaignit des menaces
contenues dans leur document ; Le médecin, disaitil, ne saurait être responsable de l'impatience du malade qui, pour se guérir, emploierait des remèdes contraires à sa santé » (27 sept.; ibid., n. 90-91; Pocock, i. 434).
En dépit de sa promesse, Henri VIII ne songeait qu'à ramener la cause dans son royaume. Depuis l'entrevue de Bologne, il considérait plus que jamais le pape comme un instrument de l'empereur et il s'en plaignit amèrement (6 déc. 1530; Ehses, Dokumente, n. 95; réponse du pape, 7 janv. 1531, Letlers and Papers, V, 31; nouvelles plaintes du roi, 9 juin 1531, Ehses, n. 100). Averti des intentions du roi par son nonce Salviati (21 oct. 1530; Ehses, Dokumente, n. 92), le pape fit interdire à l'archevêque de Cantorbéry de s'immiscer dans l'affaire du mariage royal (décision consistoriale du 23 déc. 1530; bref du 10 janv. 1531; Pocock, II, 377). En Angleterre, des instances auprès de la reine |)our la faire renoncer à son appel à Rome essuyèrent un échec complet (l'^'' juin 1531; Friedmann, i, 144; Letlers and Papers, v, 287). En guise de représailles, le roi consigna à sa femme l'entrée de son palais.
Pour permettre une poursuite de l'afTaire compte tenu de la double suspicio loci alléguée par les parties, un compromis fut proposé dès l'automne 1530 : la cause du mariage royal ne serait débattue ni en Cour de Rome, ni en Angleterre, mais en une localité neutre. On cita Cambrai, que la récente paix des Dames venait de rendre célèbre. Ce projet, dont on ignore la paternité, rencontra un accueil favorable chez plusieurs diplomates pontificaux, tels Burgio et Campeggio (Ehses, Doknniente, 97). Il continua par intermittence à revenir sur le tapis, au cours des années 1531 à 1533. Le pape ne paraît pas lui avoir accordé une grande faveur. D'ailleurs Charles-Quint lui était ouvertement hostile et ne cessait d'insister pour que le procès reprît son cours à Rome même.
Faisant droit à ces instances, le pape finit par céder, mais d'assez mauvais gré, le 26 nov. 1530 (ibid., n. 94). Le procès fut rouvert. Le 19 déc, Capisucchi cita pour la deuxième fois Henri VIII à comparaître. Le 5 janv. 1531, un deuxième monitoire renouvela et renforça les stipulations de celui du 7 mars 1530 (ibid.. n. 98; Pocock, ii, 104).
Ce déploiement d'énergie fut sans lendemain. Toute l'année 1531 et la majeure partie de 1532 se passèrent du côté romain en discussions de procédure et en concessions de délais, et du côté royal à mettre en place les rouages qui allaient permettre d'agir seul. Déjà les premiers jalons préparant la rupture avaient été posés : le 12 sept. 1530, le Parlement légiféra contre la publication des brefs pontificaux (Letlers and Papers, IV, 6615; v, 45; Pocock, ii, 49). En janv. 1531, l'assemblée du clergé d'Angleterre proclama le roi « chef suprême de l'Église d'Angleterre, autant que le permet la loi du Christ » (Letlers and Papers, v, 105. 112).
Cependant, pour éviter d'être déclaré contumace à Rome, le roi y envoya un nommé Edward Carne comme « excusateur » chargé de justifier son retard à comparaître. Ce personnage étant démuni de procuration, le consistoire du 10 févr. 1531 refusa de traiter avec lui. Cette question de l'excusateur et de la procuration royale tint encore la vedette durant une année entière.
A partir de juill. 1531, les chargés d'affaires français et anglais à Rome organisèrent une olTensive combinée en vue d'un triple objectif : a) faire admettre Carne comme excusateur ou interrompre la poursuite du procès; b ) ne pas intervenir si l'archevêque de Cantorbéry prononçait un jugement sur cette matière; c) donner une décrétale, en vertu de laquelle l'examen
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de la cause serait confié soit à l'arciievêque de Cantorbéry assisté de deux abbés, soit à quatre commissaires nommés par le roi, la reine, le roi de France et le pape (ibid., 326). La question de l'excusateur ne fut définitivement tranchée, dans un sens négatif, que le 13 févr. 1532. Par une lettre personnelle au pape, Henri "VIII se plaignit de cette décision et sollicita une sentence en sa faveur (ibid., 829; Pocock, ii, 207). Ce fut la dernière missive qu'il lui adressa.
L'examen de la cause ayant été repris à la rentrée d'oct. 1531, les deux premiers points en litige furent tranchés dans un sens défavorable au roi (Lctters and Papers, v, 524). Un document qu'il avait envoyé à Rome ne fut pas reconnu comme ayant valeur de procuration (ibid., 517-18, 545) et la Rote décida que son opposition au rappel de la cause n'était pas recevable et que ses envoyés non munis de procuration ne devaient pas être entendus (28 nov. 1531; ibid., 553). Dans sa réponse le roi donna libre cours à sa mauvaise humeur et termina par des menaces (28 déc. 1531; Ehses, Dokumente, n. 118; Pocock, ii, 148).
Les délégués anglais présentèrent alors une nouvelle proposition : faire débattre la cause en disputes publiques. Pour cela il faudrait convoquer les principaux juristes de Sienne, Pérouse, Bologne, Padoue, Plaisance, ce qui exigerait un délai de six mois. Le pape accepta le principe des disputes publiques, mais limita le délai jusqu'à janv. 1532 (Ehses, Dokumente, p. 207- 08); il promit à l'ambassadeur impérial, Miguel Mai, que ce serait le dernier (Letters and Papers, v, 580); il le prorogea cependant jusqu'en févr., pour attendre le retour d'un ambassadeur anglais.
La cause de Henri VIII trouva alors un nouvel avocat : François I'''. Jusqu'en 1532, il s'était borné à faire appuyer occasionnellement auprès du pape les démarches de son royal ami. En janv. 1532, il combina une intervention personnelle avec celle des deux cardinaux du Prat et de Gramont (ibid., 697, 700, 706). Cette attitude eut pour effet de renforcer l'indécision du pape, ainsi que sa crainte de complications éventuelles. Au lieu d'envoyer au roi d'Angleterre un bref très sévère, comme le conseillait le cardinal d'Ancône, il préféra se borner à un nouveau monitoire invitant le coupable à reprendre la vie commune avec sa femme jusqu'à la fin du procès, sans aucune mention de sanctions éventuelles (25 janv. 1532; Pocock, ii, 166-68).
Les disputes publiques sur les vingt-cinq conclusions préliminaires présentées par les Anglais furent ouvertes le 16 févr. 1532, au cours d'une séance très orageuse (Ehses, Dokumente, p. 210, 225-26). Elles se poursuivirent aux consistoires suivants, tous les mercredis, à raison de trois questions par séance. Pour faire droit aux plaintes des cardinaux, le pape renvoya ces disputes aux Congrégations, mais rétablit peu après la procédure en consistoire. Il décida aussi qu'à l'avenir la Rote et le consistoire se prononceraient séparément. Malgré les instances des impériaux, il refusa obstinément toute menace d'excommunication contre le roi (Letters and Papers, v, 1200, 1242, 1282, 1291). Le 11 avr. 1532, il écrivit à l'empereur qu'il valait mieux ne pas pousser le roi d'Angleterre à recourir à des solutions désespérées (ibid., 934).
6° Vers le schisme (été 1532-été 1534). — A partir du second semestre de 1532, les positions se raidirent de part et d'autre. Une intervention personnelle de l'empereur le 2 juin (Letters and Papers, v, 1072), afin d'obtenir une décision avant les vacances, accéléra la marche des affaires. Dès le consistoire du 29 juin, une décision importante fut prise, dont le pape interdit strictement la divulgation (ibid., 1137, 1151; Pocock, II, 292). Le 8 juill., il fut décidé que, si Henri VIII ne faisait pas parvenir une procuration en règle, avant le mois d'oct., la cause serait poursuivie à ï'Audienlia
contradictarum (Pocock, ii, 280). Gregorio Casale fut chargé d'intimer au roi cette décision pontificale. Le délai fut encore prorogé durant le mois d'oct., le pape désirant connaître les résultats de l'entrevue de Boulogne entre Henri VIII et François l". Aucun procurateur ne s'étant présenté à Rome dans les délais prescrits, la cause du mariage fut ouverte devant la Rote, qui intima au défaillant deu.x citations à comparaître (4, 28 nov. 1532; ibid., 344, 351).
Henri VIII ne se souciait plus des mises en demeure pontificales. Sa position s'était considérablement renforcée. Son alliance de Greenwich avec le roi de France fut resserrée à Boulogne (Hamy, Entrevue Boulogne). Il obtint de son allié que les cardinaux de Gramont et de Tournon, en partance pour l'Italie, se fissent auprès du pape les défenseurs de sa cause, recourant au besoin à l'arsenal classique des moyens de pression (instructions du 10 nov. 1532; Hamy, ibid., Append., docuni. n. 76, p. ccLXxxv; Letters and Papers, v, 1541; J. Trésal, Les responsabilités de la France dans le schisme anglican, dans Rei>. des quest. histor., lxxix, 1906, p. 361 sq.).
Plus importante encore par ses conséquences fut la mort de l'archevêque de Cantorbéry, Warham, survenue en août 1532. Henri VIII présenta pour ce siège la candidature de Cranmer. Par suite d'une faiblesse inconcevable et malgré les avertissements de l'ambassadeur impérial à Londres, Eustache Chapuis (Letters and Papers, v, 89, 142), le pape accorda la bulle de nomination (21 févr. 1533; voir ibid., vi, 290, le jugement de Chapuis sur les conséquences de l'attitude du pape). D'autres postes vacants du royaume, y compris celui de chancelier, furent confiés vers la même date à des hommes de confiance du roi. Désormais celui-ci pouvait narguer sans crainte toutes les foudres pontificales.
Loin d'obtempérer aux monitoires successifs, il s'était rapproché d'Anne Boleyn. Le 1" sept. 1532, il lui avait octroyé le titre de marquise de Pembroke et avait fait avec elle le voyage de Boulogne (Letters and Papers, v, 1274; 1370, 1-3; Friedmann, i, 162-63). Cédant aux instances du Dr Ortiz et désireux de se prémunir contre les reproches de l'empereur qu'il allait rencontrer à Bologne, le pape mit au point un nouveau monitoire sommant le roi de quitter Anne et de reprendre sa première épouse (15 nov. 1532). Pour la première fois la menace d'excommunication y était formulée. Cependant il fit promettre au roi par le nonce que ce bref ne serait pas publié, s'il laissait le procès se dérouler normalement en Cour de Rome et s'il évitait tout scandale. Sur le refus du roi, la publication eut lieu (bref post-daté, 23 déc. 1532; Pocock, II, 378). Henri VIII répondit en contractant un mariage secret avec Anne Boleyn, déjà enceinte, sans qu'aucune autorité ne se fût prononcée sur la validité de son premier mariage avec {>atherine (Friedmann, I, 182-83). Pour donner le change au pape, le nonce fut comblé d'honneurs (ibid., 184 sq.).
Quand le jjape fut rentré de Bologne à Rome, les Anglais sollicitèrent le retrait des deux brefs dirigés contre le roi. Leur requête fut confiée pour examen aux cardinaux del Monte et Campeggio et aux auditeurs Simonetta et Capisucchi. Les Anglais furent déboutés. L'examen de la cause fut poursuivi par la Rote. Capisucchi en fit rapport au cours de trois consistoires.
.\yant proposé ses bons offices de médiateur, François I" obtint du roi d'Angleterre et du pape la promesse de surseoir à toute nouvelle mesure jusqu'à l'entrevue qu'il devait avoir avec celui-ci (févr.-mars 1533). Clément VII tint parole. Mais Henri VIII n'attendait que les bulles de nomination de Cranmer pour déposer le masque (Letters and Papers, vi, 180). Ces
CLÉMENT VII
bulles étant parvenues à Londres à la fin de mars, le roi profita de la session parlementaire ouverte le 26 mars 1533 pour extorquer au Parlement le vote de mesures contraires à l'autorité pontificale : interdiction des appels à Rome, octroi au primat d'Angleterre de l'autorité suprême en matière matrimoniale (Pocock, II, 442, 446, 460; Letlers and Papers, vi, 296, 311, 317).
Clément VII se montra très mécontent : il prêta à nouveau l'oreille aux remontrances impériales, renvoya r « excusateur » du roi d'Angleterre et chargea Capisucchi de poursuivre l'instruction de l'affaire. L'ambassadeur d'Angleterre Ghinucci fut cité à comparaître devant la Rote (12 mai 1533). Mais le cardinal de Tournon proposa en consistoire un plan qui devait amener le roi d'Angleterre à céder devant les menaces conjuguées du pape et du roi de France (Friedmann, I, 220-21). Le pape parut s'y intéresser et fit suspendre une fois de plus la cause du mariage.
Henri VIII, n'ayant plus de raison de garder un secret qui s'était déjà ébruité, organisa une comédie nuptiale avec la complicité de Cranmer (Friedmann, I, 201 sq.). Après un simulacre de procès, celui-ci déclara nul le mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon et valide celui avec Anne Boleyn (23, 28 mai 1533; ibid., 204). La nouvelle reine fut couronnée le 1" juin. Pour prévenir toute riposte romaine, Henri VIII interjeta appel au prochain concile général (29 juin 1533; Rymer, vi-2, 188; expédié le 18 août à Donner, son agent à Rome, Pocock, ii, 679). Le nonce n'avait pas bougé. Seule Catherine en appela une foi de plus au pape.
Apprenant ces faits. Clément VII comprit qu'il avait été joué. Il alla jusqu'à proposer à l'ambassadeur impérial de recourir aux armes avec l'aide de la France. Celle-ci recevrait Calais pour prix de son concours (Friedmann, i, 222). Il combina un plan pour donner en mariage la princesse Mary, fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, au duc de Norfolk, ce qui, pensait-il, faciliterait une révolution en Angleterre. A Rome, l'expédition de la cause matrimoniale fut accélérée et, sans même en attendre l'issue. Clément VII, par une mesure prise ex officio pastorali, annula la sentence de Cranmer, déclara illégitimes les enfants qui naîtraient d'Anne Boleyn et fulmina l'excommunication majeure contre le roi (11 juill. 1533; Pocock, II, 677). L'empereur remercia le pape de la mesure prise (17 août; Ehses, Dokumcnie, n. 140). Au cours d'un consistoire tenu vers cette date, il fut statué également que l'interdiction d'épouser une belle-sœur devenue veuve n'était pas de jure divino (sur les sentiments du pape vers cette époque, voir cardinal de Tournon à François I", dans Hamy, Entrevue Boulogne, p. cccLv sq.).
Cependant, par prévenance à l'égard du roi d'Angleterre, le pape suspendit l'effet de sa mesure jusqu'à la fin de sept., et sur la demande du cardinal de Tournon il prorogea encore ce délai durant un mois (Ehses, Dokumente, p. 212, 214; Hamy, Entrevue Boulogne, 184-85). Il ne se faisait pourtant plus d'illusions sur les résultats de cette mesure. Il savait que le S. -Siège avait perdu l'obédience anglaise (Gayangos, iv-2, n. 772).
Une délégation anglaise, composée par Gardiner, Edmond Bonner et Peter Vannes, venue à Marseille à l'occasion de la rencontre du pape avec François l", demanda le retrait des mesures portées contre Henri VIII. Le pape refusa, mais à la prière du roi de France concéda un nouveau délai d'un mois (Ehses, Dokumente, p. 214; Letlers and Papers, vi, 526). Il proposa que l'examen de la cause fût repris à Avignon devant des légats spéciaux, à condition que le roi d'Angleterre reconnût l'autorité pontificale et promît de se sou-
mettre à la sentence qui y serait rendue. Gardiner se déroba derrière un manque de pleins pouvoirs et, dépassant les nouvelles instructions qu'il avait sollicitées, fit intimer par Bonner à Clément VII l'appel de son roi à un concile général (7 nov. 1533; Letlers and Papers, vi, 1425; Friedmann, i, 247-57; Hamy, op. cit., 192-97).
Le pape et le roi de France furent si froissés qu'ils envisagèrent derechef une expédition continentale armée contre l'Angleterre. Les impériaux s'étant montrés réticents à cause de Calais, François I" chargea Jean du Bellay de négocier un dernier arrangement. Ayant obtenu du roi d'Angleterre un délai de quelques semaines, du Bellay se présenta à Rome le 2 févr. 1534 et soumit son projet au pape : l'examen de la cause } serait poursuivi à Cambrai; les cardinaux du Prat et ; Gaddi seraient désignés comme juges (Friedmann, [ I, 280-81). Clément VII ne dit pas non, tout en faisant ; des réserves sur les pleins pouvoirs à accorder à cette [ délégation (mémorial du 22 févr. 1534) et en manifesi tant ses craintes des réactions impériales (Friedmann, I, 289 sq.). Mais Henri VIH, conseillé par Cromwell, fit une réponse décourageante : « Que le pape prononce sa sentence en ma faveur et je reconnaîtrai son autorité. »
L'année 1534, la dernière du pontificat de Clément VII, marqua aussi le dénouement du schisme anglican. Le 2 déc. 1533, le conseil royal avait été interrogé sur le point de savoir « si celui qu'on appelle : le pape de Rome » est au-dessus du concile général... et s'il a en ce royaume plus d'autorité que n'importe quel évêque étranger. Cranmer fut seul d'un avis radical, mais l'on s'entendit sur une formule ambiguë en neuf articles comprenant l'énumération des principaux griefs du roi contre le pape (Letlers and Papers, vi, 1487; VII, 1). Désormais la chancellerie d'Angleterre donna au pape le titre d'évêque de Rome. Au cours de la session parlementaire de janv.-mars 1534, le roi fit prendre une série de mesures établissant l'autonomie religieuse de son royaume par rapport à Rome : suppression des annales et autres paiements faits à Rome; transfert au roi des pouvoirs juridictionnels du pape; réglementation nouvelle des nominations épiscopales; acte ratifiant le mariage du roi avec Anne Boleyn et assurant la succession du trône à Élisabeth. Cet acte de succession, signé par tous les membres du Parlement, n'était encore que conditionnel. Le roi se réservait la faculté de le révoquer, si avant la S. -Jean- Baptiste le pape avait admis sa requête (ibid., vu, 434).
A la même époque la cause matrimoniale était jugée en Cour de Rome. Après un examen approfondi au cours de deux consistoires (27 févr., 9 mars 1534; ibid., 362) et par chaque cardinal en particulier, le pape prononça sa sentence « définitive » au consistoire du 23 mars 1534, qui dura sept heures : à l'unanimité des vingt-deux présences, le mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon était déclaré valide (Ibid., 362-71, 421; Ehses, Dokumente, p. 215 sq. ; Friedmann,
j I, 299-304; Féret, op. cit., 85-86; Pocock, ii, 532).
Cette sentence pontificale fut communiquée à une
I dernière délégation anglaise faisant route vers Rome.
I De Bologne, Carne et William Revett protestèrent contre son illégalité et en appelèrent « à l'évèque de Rome mieux informé » (14 avr. 1534; Letlers and Papers, vu, 536).
Henri VIII promulgua sans plus attendre les mesures prises et obligea tous les notables à prêter le serment reconnaissant la nouvelle succession au trône. Ce serment renfermait implicitement la croyance en la suprématie religieuse du roi.
j Ainsi, à la mort du pape, le schisme anglican était
j devenu un fait accompli.
NT Ml
VII. Le danger ottoman. — 1° La période ries revers (1523-1529). — Le seul domaine où Clément VII ne porte aucune part de responsabilité des revers cuisants subis par la chrétienté sous son pontificat est celui des événements d'Orient. Le pape a fait ce qu'il a pu. Même s'il avait tenté davantage, il n'eût pu venir à bout des obstacles qui paralysèrent toute résistance commune.
La chute de Belgrade (1521), en ouvrant la plaine hongroise aux armées de Soliman le Magnifique, leur offrait une voie d'accès jusqu'au cœur de la chrétienté. Dès son premier consistoire (2 déc. 1523), Clément VII fit part de son inquiétude aux cardinaux et constitua une commission spéciale (Kalkoff, Forschungen, 86). Des renforts envoyés en hâte parvinrent à débloquer la forteresse dalmate de Clissa assiégée par l'ennemi. Des pourparlers furent ouverts avec Ahmed d'Égypte et avec un envoyé juif d'Arabie, David Reubeni, pour prendre les Turcs à revers (références dans Pastor, 438). Campeggio partant pour la diète de Nuremberg reçut commission d'y solliciter le vote d'une abondante Tûrkenhilfe.
Au printemps de 1524, un nonce spécial, le baron de Burgio, fut dépêché à la cour de Hongrie; licence lui était octroyée de faire vendre au besoin les biens d'Église (G. Fraknôi, Le baron Burgio, nonce de Clément VII en Hongrie, Florence, 1884; les rapports du nonce furent publiés par le même auteur, Relationes). Burgio ne réussit pas à venir à bout des rivalités qui déchiraient la noblesse hongroise ni à secouer l'indolence de leur jeune roi Louis. Alerté par ses rapports de plus en plus pessimistes, le pape rappela les princes chrétiens à leurs responsabilités (févr. 1526); il proclama une indulgence exceptionnelle, octroya un secours de 50 000 ducats et autorisa de nouvelles aliénations de biens d'Église (Theiner, Vet. mon. Hangar., 659, 661, 670; Raynaldi, 1526, n. 57-62).
Tout cela arriva trop tard : le désastre prédit par Burgio anéantit l'armée hongroise dans la plaine de Mohacs (29 août 1526). A cette nouvelle, le pape fit une déclaration très énergique (Pastor, append. n. 102), mais sans lendemain.
Le coup de main des Colonna, puis les événements tragiques de 1527 firent passer à l'arrière-plan toute préoccupation de défense européenne. D'ailleurs, les forces turques, trop éloignées de leurs bases, avaient évacué d'elles-mêmes la plaine hongroise. Soliman préféra y soutenir le parti antihabsbourgeois dont le chef, le voïvode de Transylvanie, Jean Zapolya, briguait la couronne de Hongrie. Clément VII entra lui aussi en négociations avec Zapolya, mais sans grand résultat. En 1529, sur les instances de l'empereur, il l'excommunia et, malgré de nombreuses intercessions, refusa toujours de rapporter cette sentence (Pastor, 444-45; append. n. 123; Schottenloher, 33654).
2° La stabilisation (1529-1534). — A partir de 1529, le rapprochement entre le pape et l'empereur rendit à nouveau possible une politique de défense danubienne. Pour prévenir une nouvelle menace dont Vienne devait être la cible, le pape envoya l'archevêque de Rossano, Vincenzo Pimpinella, comme nonce auprès de Ferdinand I" (fin mai; Raynaldi, 1529, n. 32; Friedensburg, p. XLviii sq. ; Pieper, 91 sq.). Il ne put lui remettre qu'une somme insignifiante. Mais au traité de Barcelone, il accorda à l'empereur le quart des recettes bénéficiales de son pays. Et une bulle du 27 août 1529 octroya au nonce de larges facultés pour aliéner les biens d'Église (Ehses, dans Rômische Quartalschrijt, xviii, 1904, p. 381, note).
L'échec des Turcs sous les murs de Vienne (14 oct. 1529) diminua l'urgence du danger sans le faire disparaître. La question turque fut débattue à la première entrevue de Bologne, puis à Rome entre une
Congrégation de six cardinaux et les ambassadeurs de toutes les puissances catholiques, Venise exceptée. En juin et en août 1530, deux séries de brefs furent expédiés aux souverains. Dans la seconde, le pape leur proposait de répartir comme suit une contribution de 80 000 ducats par mois : l'empereur et le roi de France, chacun 20 000; Henri VIII, 10 000; le pape et les cardinaux 10 000; le reste étant fourni par le Portugal, la Pologne, l'Écosse et les États d'Italie (Pastor, 448). Ce plan demeura mort-né. Toutes les puissances soulevèrent des prétextes variés pour esquiver une coopération onéreuse. Seul le pape fournit les sommes promises. En outre il renforça le prestige moral de Ferdinand I"' en reconnaissant sa désignation comme roi des Romains, nonobstant les prescriptions de la Bulle d'or (27 nov. 1530, Lanz, i, 406; 23 janv. 1531, Kalkofï, Forschungen, 93).
Sur un point, les efforts du pape furent couronnés de succès. Après avoir perdu Rhodes en 1522 et abandonné tout espoir d'y reprendre pied, les Chevaliers de S. -Jean de Jérusalem reçurent en fief l'archipel de Malte, position clef de la Méditerranée, qu'ils se mirent en devoir de munir aussitôt de fortifications. Cette solution géniale avait été proposée à Charles-Quint par le pape, qui confirma le 25 avr. 1530 la concession impériale (Pastor, 449, qui rectifie la date de Bull. Rom. Pont., vi, 140).
En 1531 et 1532, la nouvelle invasion turque par terre et par mer, annoncée comme imminente, devint la principale préoccupation de Clément VIL Les prédicateurs de carême furent invités à en avertir les fidèles (mars 1531). Le pape fit part de ses craintes aux ambassadeurs et cardinaux; il écrivit aux princes chrétiens (août 1531, janv. 1532; Raynaldi, 1531, n. 68-69; 1532, n. 2-5). Mais les rivalités nationales et la peur de tout engagement onéreux furent plus fortes que toutes ses objurgations.
Une fois de plus, il dut agir seul. Il prescrivit un impôt sur la moûture; il promit à Ferdinand une subvention de 100 000 ducats, sauf si l'Italie se trouvait attaquée elle-même (16 sept. 1531; Bucholtz, op. cit., IX, 103). Il constitua une commission de douze cardinaux chargés de traiter de toutes les questions concernant la défense contre les Turcs (Sanuto, lv, 309; Lvi, 176). Il fit fortifier les ports d'Ancône, d'Ascoli et de Fano; il renforça la défense côtière contre les incursions des Barbaresques. Il adressa au peuple hongrois un message l'invitant à s'unir contre les infidèles (17 févr. 1532; Bucholtz, op. cit., iv, 104). Il essaya d'acheter l'alliance de François l" au prix de très larges concessions, mais dut y renoncer. Il tenta même de détacher Venise de sa politique de neutralité à double visage (Sanuto, lv, 345). Mais la Sérénissime, loin d'y consentir, profita de l'occasion pour imposer des contributions à son clergé, sans l'assentiment du pape qui excommunia tous les responsables de cette mesure. Des notes aigres-douces furent échangées entre Rome et Venise. De dépit contre l'attitude vénitienne, le pape proposa même au représentant de Ferdinand I", Andréa da Burgo, en mai 1532, un remaniement de la carte politique des pays de l'Adriatique aux dépens de Venise (Bucholtz, op. cit., ix, 110 sq.).
Au printemps de 1532, les nouvelles alarmantes se confirmant, Rome fut prise de panique. Clément VII promit un versement de 120 000 ducats en trois mensualités (il fut d'abord question de 240 000); il encouragea l'équipement d'une flotte génoise, sous le commandement d'André Doria; il fit renforcer les travaux de défense à Ancône par la construction d'une citadelle occupée par une garnison pontificale : la ville perdit son autonomie administrative et fut soumise au pouvoir discrétionnaire du légat, Benedetto Accolti; le cardinal Ippolito de Médicis, nommé légat en Aile-
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magne, reçut 50 000 ducats pour recruter des troupes (départ, 8 juill.). Le roi de France ayant témoigné son mécontentement, le pape lui retira les décimes qu'il lui avait concédées (Pastor, 456).
Pour trouver les ressources nécessaires, une bulle imposa au clergé d'Italie de payer la moitié de son revenu annuel. Les cardinaux eux-mêmes furent compris dans cette mesure et le pape resta sourd à leurs protestations. Une autre imposition d'un ducat par foyer fut prescrite pour tous les États de l'Église.
Heureusement pour les pays d'Europe, les deux expéditions turques de 1532 se soldèrent par un échec sur tei-re et sur mer. L'échéance fatale se trouvait reportée à plus tard.
En 1533, le pape envoya son cousin Bernardo Salviati, avec une flotte de seize galères, au secours de Coron assiégé par les Turcs. Ses efforts ne réussirent qu'à retarder de quelques mois la chute de cette île, clef de l'Adriatique.
VIII. Affaires intérieures de l'Église et de l'État romain. — 1° Canonisations et ordres religieux. — L'expédition de la bulle de canonisation de S. Antonin de Florence, qui avait été comme lui archevêque de cette ville, fut un des premiers actes du pontificat de Clément VII (26 nov. 1523; Bull. Rom. Pont., VI, 26). Il prononça encore la béatification de Laurent Justinien (1524; A. S., janv., i, 563) et de Pierre de Luxembourg (Ciacconius, m, 459). Il approuva aussi le culte du Bx Hyacinthe de Pologne (2 févr. 1527; A. S., août, III, 331), la confrérie du Rosaire (8 mai 1534; Bull. Rom. Pont., vi, 168), l'office composé par Bernardino de Bussi en l'honneur du saint nom de Jésus (25 févr. 1530; Raynaldi, 1527, n. 105; Ciacconius, III, 475; Wadding, Annales, xvi, 334-35), celui de Dionysio Paleotto en l'honneur de Ste Catherine de Bologne (Wadding, 335). En 1532, il encouragea Quifiones à entreprendre la réforme du bréviaire dans un sens plus scripturaire.
Deux congrégations de clercs réguliers lui durent leur existence. Celle des Théatins, fondée à Rome par Gaétan de Tienne et Jean-Pierre Carafa, fut approuvée le 24 juin 1524 et reçut les privilèges des chanoines du Latran (Bull. Rom. Pont., vi, 73). D'autres faveurs suivirent, en 1529 puis le 7 mars 1533, à l'occasion d'une confirmation de l'institut qui fut déclaré exempt (ibid., 160). Le pape demanda l'ouverture d'un couvent de théatins à Naples et prit leur défense contre les attaques dont ils étaient l'objet à la Curie (A. S., août, II, 291 sq.). Les Clercs réguliers de S. -Paul, appelés plus tard Barnabites, fondés dans le diocèse de Milan par Antoine-Marie Zaccaria et ses quatre compagnons, furent approuvés le 18 févr. 1533 (Bull. Rom. Pont., vi, 160).
Parmi les mesures de Clément VII concernant les instituts religieux, il faut citer encore : avec l'approbation de ses nouvelles constitutions, la concession de nouveaux privilèges à la branche camaldule réformée par Paolo Giustiniani, appelée les Ermites de S.-Romuald (27 juill., 3 sept., 29 sept. 1528; ibid., 117, 118; Bull. O. F. M. Cap., i, 5-10); une réforme de l'institut du Carmel et des Humiliâtes (1524-25; Pastor, 579); la confirmation des grâces et privilèges concédés à l'ordre du Carmel et aux confréries y rattachées (12 août 1530; Bull. Rom. Pont., vi, 144); l'extension aux Jésuates des grâces et induits accordés aux Ermites de S. -Augustin (31 janv. 1533; ibid., 158); la sécularisation du monastère augustin de S. -Saturnin de Toulouse (Gall. christ., xiii, append., docum. 77- 86). Dès son avènement au pontificat, il accorda à ses anciens confrères de l'ordre de S. -Jean de Jérusalem les faveurs contenues dans la « bulle Clémentine » (publ. 1019) et désigna V'iterl)e comme résidence | provisoire de son grand maître (I. Baudoin, IJist. des j
Chevaliers de l'ordre de S.-Jean de Hierusalem, Paris, 1643, p. 279). Il confirma en 1530 le rattachement à la couronne d'Espagne de la dignité de grand maître des ordres militaires ibériques.
Le pontificat de Clément VII occupe une place spécialement importante dans l'histoire des Frères Mineurs. Une branche italienne de Mineurs réformés s'était constituée en 1517 dans le Val de Rieti, sous la conduite de Stefano Molina et de Martino de Guzman. La protection des cardinaux Quiiiones et Carafa leur valut la faveur du pape, qui approuva ces Riformati et leur permit de vivre séparés des conventuels, à la seule condition de reconnaître l'autorité de leur ministre général (16 nov. 1532; Bull. Rom. Pont., vi, 155; Wadding, Annales, xvi, 379).
Clément VII concéda encore aux fils de S. François nombre de faveurs fiscales (Wadding, Annales, xvi, 303, 707, 710, 717) et de privilèges juridiques (ibid., 222, 229, 248, 276, 718). En particulier, il dispensa les franciscains italiens de devoir collecter pour la construction de la basilique de S. -Pierre (ibid., 245) et les déclara exempts de la juridiction des inquisiteurs en matière de foi (18 janv. 1524, 23 juin 1534; ibid., 222; Fontana, 140). Il encouragea les supérieurs des conventuels et des observants à réprimer les abus cjui mènent à l'hérésie (Wadding, xvi, 94, 114). Il édicta une longue réglementation pour le tiers ordre de S.-François (ibid., 687-97).
Un autre fils de S. François, Matthieu de Bassi (Matteo da Bascio), pris du désir de prêcher la parole de Dieu en observant plus littéralement la règle et le genre de vie de son fondateur, spécialement en matière de costume et de pauvreté, s'adressa au pape à l'occasion d'un pèlerinage accompli pour l'année sainte de 1525. Clément VII lui donna de vive voix et à titre personnel la permission demandée, à condition de faire acte de présence tous les ans au chapitre provincial des observants (A. S., mai, iv, 283 sq. ; Pastor, 632, n. 3). Emprisonné par son supérieur, Matthieu fut relâché peu après, à la demande du duc et de la duchesse de Camerino, et il s'adjoignit deux de ses confrères, Lodovico et Rafiaele da Fossombrone. Les trois compagnons eurent à nouveau maille à partir avec leurs supérieurs réguliers qui obtinrent du pape l'autorisation de les arrêter (Cum nuper, 8 mars 1526; Wadding, Annales, xvi, 788-91; Pastor, 633); mais ils trouvèrent refuge auprès de leurs protecteurs. Grâce à l'appui du cardinal Carafa, un groupe de cinq de ces ermites franciscains furent autorisés par la Pénitencerie à vivre exclaustrés dans des solitudes, sous la surveillance de l'évêque de Camerino, d'y garder le costume à capuchon qu'ils s'étaient confectionné et d'y vivre suivant une interprétation plus stricte de la règle de S. François (Ex parle veslra, 18 mai 1526; Wadding, xvi, 300; Bull. 0. F. M. Cap., i, Rome, 1740, p. 1-2). Deux ans plus tard (3 juill. 1528), les mineurs de l'Ermitage obtinrent la bulle Religionis zelus (Bull. O. F. M. Cap., i, 3-4; Bull. Rom. Pont., VI, 113; Pastor, 635), leur permettant de former une famille distincte dans l'ordre de S.-François, de recruter de nouveaux membres parmi le clergé séculier et les laïques, de porter la barbe et de n'avoir avec les observants que de rares rapports juridiques bien spécifiés.
Le nouveau groupement exerça rapidement une grande attirance sur les autres familles de mineurs, surtout sur les observants, mécontents du gouvernement trop traditionaliste de leur général, Paolo Pisotti. Celui-ci se plaignit auprès du pape. Faisant droit à ces réclamations. Clément VII révoqua toutes ses concessions antérieures, sauf, seml)le-t-il, sa bulle de 1528, et ordonna à tous ceux qui avaient quitté des couvents de mineurs de les réintégrer au plus vite
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(15 ou 27 mai 1530, 5 juill., 2 déc. 1531, 3 juill. 1532; Wadding, Annales, xvi, 336, 347, 791; Pastor, 640). Les interventions habituelles restèrent d'abord sans effet. Finalement le pape confia l'aflaire aux cardinaux del Monte et délia Valle, lesquels se prononcèrent pour le statu quo, avec interdiction de passer à l'avenir d'une famille à l'autre (14 août 1532; Z. Boverius, Annal, ord. Min. Capuc, i, Lyon, 1632, p. 172-75). Ce fut le signal d'une nouvelle expansion des ermites franciscains jusqu'aux frontières de la péninsule italienne et en Sicile. Nonobstant l'interdiction pontificale, beaucoup de leurs nouveaux membres provenaient d'autres familles franciscaines. Pour rétablir la paix, le pape accepta l'abdication du général des observants (24 déc. 1533; Wadding, xvr, 395-402); il insista à nouveau sur l'interdiction de passer d'une branche à l'autre (9 avr. 1534; ibid., 439; ce document renferme pour la première fois l'épithète « capucin ») et accorda quinze jours aux transfuges pour réintégrer leur communauté primitive (15 avr.; ibid., 794). Le 25 avr. suivant, il expulsa les trente capucins de leur couvent de Sant'Eufemia de Rome, lesquels obéirent aussitôt, sans même toucher au repas qui venait de leur être servi (Pastor, 642). Grâce aux efforts conjugués de Vittoria Colonna, de Camillo Orsini et de la duchesse de Camerino, la mesure fut rapportée (Tacchi Venturi, Vittoria Colonna fautrice délia riforma caitolica, dans Studi e documenti di storia e di diritto, xxii, 1901, p. 158).
2" Activité réformatrice et pastorale au sein de l'Église. — La première année de son pontificat. Clément VII, épaulé par Giberti, tenta de poursuivre dans l'Église entière l'activité réformatrice qu'il avait brillamment déployée à Florence comme archevêque (Tucker, 272).
Aux consistoires des 18 janv. et 24 févr. 1524, il envisagea un plan de réforme limité d'abord à la Curie (KaIkoïT, Forschimgen, 87). Pour le mettre au point et l'étendre à toute la chrétienté, il convoqua à Rome des prélats des divers pays et constitua une commission spéciale de cardinaux.
Malgré les obstacles résultant de la situation internationale et d'une épidémie de peste, Clément VII décida que le jubilé de 1525 aurait lieu. Une série de mesures furent prises à cette occasion : visite générale des églises et examen du clergé de Rome; prescriptions de discipline vestimentaire à l'égard des clercs; recrutement de « prédicateurs d'une conduite éprouvée » et de confesseurs capables en nombre suflisant (24 févr., 9 sept., 7 nov. 1524; Kalkofï, Forschungen, 88-89).
La bulle Meditatio cordis nostri, du 21 nov. 1524, renforça les prescriptions du concile du Latran, et la bulle Romanus Pontifex, du 8 déc, nomma trois commissaires pour visiter les couvents, hôpitaux et hospices de la ville (ces deux documents furent aussitôt livrés à l'impression). Clément VII supprima aussi l'obligation de verser une aumône pour gagner l'indulgence du jubilé (Raynaldi, 1525, n. 1). Il veilla à augmenter la sécurité des pèlerins; il apporta quelques modifications aux cérémonies et à l'ordre coutumier des solennités (Pastor, 571). Malgré tout, le succès de ce jubilé fut restreint.
De nombreuses prescriptions analogues furent adressées en 1524 aux diocèses de Florence, Parme, Naples, Venise, Milan, Burgos et Mayence (Pastor, 579, n. 3). Clément VII accorda aussi de larges pouvoirs au cardinal Wolsey pour réformer et au besoin pour supprimer des couvents en .\ngleterre; les couvents supprimés devaient servir à l'entretien du collège d'Oxford fondé par Wolsey (21 janv., 3 avr., 21 août, 11 sept. 1524; Rymer, vi-2, 9, 15, 63; il en accordera encore en pleine période de conflit, de mai
1528 à août 1529; ibid., 96-103, 107-09, 136; Theiner, Vet. mon. Hibern., 543). II soutint plus largement encore les efforts déployés par Gian Malteo Giberti dans son diocèse de Vérone et par quelques autres évêques réformateurs (Pastor, 610-19; sur ses interventions dans le Milanais, cf. F. Chabod, Per la storia religiosa dello stato di Milano durante il dominio di Carlo V, Bologne, 1938, p. 6, 18, 19).
L'activité réformatrice de Clément VII se poursuivit, mais à un rythme plus ralenti, en 1525 et 1526; elle cessa presque en 1527 et 1528, pour reprendre à nouveau à partir de 1529 (Pastor, 579, n. 6; 580, n. 2, 4; 581, n. 4).
Parmi ses mesures, il faut signaler les prescriptions prises pour remédier à l'absentéisme des cardinaux et pour prévenir les ordinations simoniaques; l'érection en archevêché du siège épiscopal de Chieti (l" juin 1526; Bull. Rom. Pont., vi, 107); l'érection d'un nouvel évêché à Vigevano (14 mars 1530; Eubel, m, 334); l'adjonction de la collégiale de Campagna comme église métropolitaine au diocèse de Satriano et Campagna (19 juin 1526; ibid., 293); un bref spécifiant que les enfants de prêtres ne pourraient plus hériter des bénéfices de leurs pères (3 juin 1530; Bull. Rom. Pont., VI, 143); la mesure exemptant du paiement des annates les bénéfices dont le revenu annuel ne dépassait pas 24 ducats (30 janv. 1532; ibid., 153).
Ces mesures, très utiles en elles-mêmes, eurent le tort d'être fragmentaires et occasionnelles. Elles ne purent porter remède à des maux qui s'étaient généralisés.
A la fin de son pontificat, l'établissement de l'Inquisition au Portugal fut pour le pape une cause de sérieux ennuis. Sur la requête du roi Joào III, il y avait nommé, le 17 déc. 1531, un commissaire apostolique inquisiteur pour enquêter sur l'attitude des novos cristâos, soupçonnés de sympathies hérétiques et de pratiques de magie. En réalité, le roi voulait couvrir une oO'ensive d'antisémitisme. Les Juifs portugais chargèrent leur agent Duarte de Paz de se plaindre auprès du pape de l'arbitraire des mesures dont ils étaient les victimes. Le pape révoqua sa bulle (17 oct.
1532) et accorda pleins pouvoirs au nonce (7 avr.
1533) , en spécifiant que tous ceux dont la conversion avait été obtenue par contrainte n'étaient pas tenus à observer les lois de l'Église et ne pouvaient donc être poursuivis de ce chef. 11 ne se laissa pas impressionner par les objections du roi et maintint les directives transmises à son nonce (2 avr., 26 juill. 1534).
3° Missions. — Un des rares titres de gloire de Clément VII, et le principal résultat de sa première entrevue de Bologne avec Charles-Quint en 1530, fut l'organisation, au cours des dernières années de son pontificat, de la hiérarchie catholique sur le continent américain nouvellement découvert par Colomb. Jusqu'alors il n'existait pour la i)artie continentale du Nouveau Monde qu'un patriarcat des Indes occidentales, fondé le 11 mai 1524 et dont le premier titulaire fut Antonio de Rojas, évêque de Palencia (Eubel, m, 213). Les indications chronologiques contenues dans les anciens ouvrages traitant des origines catholiques américaines sont souvent imprécises ou inexactes. Depuis la publication des données consistoriales par Ehses (RUmische Quurlalschrift, vi, 225; repris par Eubel, m), l'histoire possède un solide point d'appui. Les dates les plus vraisemblables sont les suivantes : 1528, réunion des deux sièges épiscopaux de l'île d'Haïti (Ilispaniola), à la demande de Charles-Quint; 12 août 1530, évêché de Mexico (1'^^ évêque, Fr. Zummaraga); 2 sept. 1530, nomination, a[)rès une vacance de trois ans, d'un nouveau patriarche des Indes occidentales, Gabriel Merino; 26 févr. 1531, évêché de Léon (Nicaragua); 21 juin 1531, évêché dans le Vene-
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zuela (le siège en fut fixé, le 30 août 1531, à Coro); 6 sept. 1531, évêché de Trujillo (Honduras); 24 mai 1532, essai d'établir un évêché à Sta Marta en Colombie; après un échec, il fut repris le 10 juin 1534; 11 févr. 1534, évêché de Castello (Panama).
D'autre part. Clément VII constitua en province ecclésiastique tous les pays d'outre-mer relevant de la couronne portugaise. Le siège de Funchal, élevé le 31 janv. 1533 au rang d'archevêché et de siège primatial des Indes, reçut comme sufïragants les évêchés de Cap-Vert, de San Thomé, de San Miguel (Açores) et de Goa (Ehses, Rômische Quartalschrift, 230).
Le pape encouragea aussi le travail missionnaire proprement dit. En 1526, dans un bref au ministre général des Franciscains, il le félicita de son zèle pour les missions et l'encouragea à les visiter personnellement. Il concéda à Charles-Quint (1532) la permission d'envoyer en Amérique 120 franciscains, 70 dominicains et 10 hiéronymites, même contre la volonté de leurs supérieurs immédiats (Streit, ii, 298; Pastor, 568, n. 3). Il accorda de nombreux privilèges aux missionnaires.
En Europe orientale. Clément VII, victime de la même erreur d'optique que ses prédécesseurs, croyait qu'il sufïirait de quelques démarches politiques pour obtenir un rapprochement religieux. Ébloui par des rapports trop optimistes de Pighius et de Centurione, il adressa au grand kniaz Vassili III un message très encourageant (25 mai 1524). Vn envoyé russe, Dmitri Guerasimov (Demetrius Erasmius), se présenta à Rome, en sept. 1525, avec de riches présents. Sa réponse était favorable au projet d'alliance contre les Turcs, mais ne soufflait mot d'un rapprochement confessionnel. L'ne autre mission romaine dirigée par Gian Francesco de Potenza, évêque de Skara en Suède (déc. 1525-janv. 1528), réussit à conclure une trêve de cinq ans avec la Pologne et fut l'occasion d'un rapprochement culturel (Pierling, La Russie et le S. -Siège, i, Paris, 1906, p. 453).
Par lettres et par messagers. Clément VII resta en relations avec les Maronites et les Arméniens. Il accepta l'obédience offerte en 1533 par une mission venue au nom du négus David d'Abyssinie, alors confondu avec le légendaire prêtre Jean (Pastor, 570, n. 3; Streit, i, 22; ii, 83; v, 26). En 1526, il confirma un décret d'Eugène IV déclarant la validité de la formule du baptême en usage dans les Églises orientales.
4° Promotions cardinalices. — Clément VII créa 33 cardinaux en 14 promotions. Durant les quatre premières années de son pontificat, il refusa obstinément tout accroissement du Sacré Collège, malgré les instances de l'empereur. Il ne s'y résolut qu'à la dernière extrémité, faute de pouvoir se procurer autrement l'argent nécessaire aux dépenses militaires. Furent promus, le 3 mai 1527 : Benedetto Accolti, Niccolo Gaddi, Agostino Spinola, Ercole Gonzaga, Marino Grimani et le chancelier français Antoine du Prat. Mais il était trop tard pour récolter les sommes espérées. L^ne nouvelle promotion eut lieu au cours de sa captivité au Château S. -Ange, afin de trouver de quoi payer sa rançon (21 nov. 1527) : Antonio Sanseverino, Vincenzo CarafTa, Andréa Palmieri, Enrico Cardona, Girolamo Grimaldi, Pirro da Gonzaga, Sigismondo Pappacoda. Les cardinaux de ces deux promotions furent promulgués au début de févr. 1528 (Pastor, 321, note).
Pour le remercier de ses bons offices comme négociateur, il nomma cardinal le général des Franciscains, Francesco Quifiones (probablement le 7 déc. 1527; publié le 25 sept. 1528, cL Pastor, 346). Le 20 déc. 1527, le patriarche de Venise, Francesco Cornaro, reçut le chapeau.
L'année 1529 vit 3 promotions, d'un élu chacune : au début de l'année, à une date incertaine (Pastor, 350, n. 3), Girolamo Doria, neveu du célèbre amiral génois; le 10 janv., le « petit-neveu » du pape, Ippolito de Médicis, à peine âgé de dix-huit ans; le 13 août, l'envoyé impérial, Mercurino Gattinara, comme récom- \ pense pour la conclusion du traité de Barcelone (Pastor, 368, n. 6).
Sur les 6 promotions des années 1530 et suivantes, 5 eurent un caractère politique. Au cours de la première entrevue de Bologne (9 mars 1530), reçurent la la pourpre : l'évêque de Trente, Bernhard Cles; le Savoyard Louis de Challant; l'évêque de Burgos, Ifiigo de Zuniga; et le confesseur de Charles-Quint, ; Juan Garcia de Loaysa. Pour apaiser le roi de France, j cette promotion comprit encore l'évêque de Bourges, [ François de Tournon. Nommés le 9 mars 1530, ils 1 furent promulgués le 19 du même mois, sauf Zuniga (cf. les dates de Pastor, 388, 575 et Eubel, m, 20-21). Le 8 juin 1530, le chapeau fut encore accordé à un j deuxième Français, Gabriel de Gramont. Le pape avait aussi promis au duc de Savoie de donner la i pourpre à son fils, dès que celui-ci aurait atteint l'âge j requis (24 mars 1530; Pastor, 757); mais l'intéressé j préféra ne pas revendiquer l'accomplissement de cette j promesse. Le 22 févr. 1531, deux archevêques espagnols devinrent cardinaux : Alfonso Manriquez et Juan de Tavera; le 22 sept. 1531, ce fut le grand pénitentier, Antonio Pucci, seul Italien nommé durant ces der- I nières années. Au cours de la deuxième entrevue de Bologne, Charles-Quint dut se contenter d'une seule j nomination : le patriarche des Indes, Gabriel Merino I (21 févr. 1533); l'archevêque de Toulouse, Jean d'Or- 1 léans, vint faire compensation à ce dernier dès le j 3 mars suivant. Par contre, à ÎSIarseille, François I" I obtint, le 7 nov., 4 chapeaux pour des sujets de son j royaume : Jean le Veneur, Claude de Givry, Odet de ! Châtillon et Philippe de la Chambre.
5° Finances et administration. — A son avènement, ' Clément VII hérita d'une lourde succession financière, j résultat de la politique de faste et de gaspillage de j Léon X. Par une gestion économe des deniers publics, il rétablit l'équilibre budgétaire (499 000 ducats de recettes, contre 412 000 de dépenses en 1526). Mais le cataclysme de 1527 et ensuite l'expédition contre Florence portèrent à ses finances un coup irrémédiable. Ce fut Clément VII qui ouvrit le grand livre de la dette publique en inaugurant la pratique des emprunts publics : en 1526, un premier monte, appelé delta Fede, fut constitué au moyen de 2 000 titres de 100 scudi à 10%. Quelques mois plus tard, il en ouvrit un autre, di sale et oro (284 000 scudi à 8 %). Un troisième, le monte del macinato, d'un montant de 290 000 scudi, fut I ouvert en 1527.
; Malheureusement le pape manqua de fermeté dans la répression des abus anciens et il laissa s'en introduire de nouveaux. Après le Sacco, le corps des fonctionnaires romains essaya de reconstituer sa fortune par une majoration des taxes pontificales. ClémentVII laissa faire sans protester (Jedin, 582, n. 24). Il permit aussi à son cousin par alliance, Giambattista Strozzi, de concentrer entre ses mains les principales fermes fiscales, les douanes et la fourniture des grains; il concéda le monopole du savon à Girolamo de Sauli.
Par la constitution agraire Ad Sacram Beati Pétri Sedem (20 févr. 1524), précisée le 1" août, ClémentVII tenta d'enrayer l'extension des pâturages et de l'élevage des vaches tyroliennes au détriment de la culture des céréales et des approvisionnements de blé (F.
j Marconcini, Le grandi linee delta politica terriera e demografica di Roma da Gregorio I Magno a Pio IX, Turin, s. d., p. 81-93, 205-09).
Il accorda des privilèges commerciaux aux pizzica-
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gnoli payant 100 scudi et imposa une taxe sur la farine et sur le mouvement des marchandises au port de la Ripetta.
Clément VII renforça la législation en vigueur contre la plaie des homicides, du brigandage et de la vindicte privée; il légiféra contre les abus qui s'étaient introduits dans l'exploitation des salines de Cervia et dans le commerce du sel {Bull. Rom. Ponl., vi, 69, 109). Il accorda divers privilèges aux auditeurs de la Rote romaine et établit un tribunal de la Rote à Pérouse pour l'Étrurie (ibid., 81, 139). Le 25 avr. 1528, la ville de Rome commençant à se relever de ses ruines, le pape renouvela les « statuts, constitutions, privilèges, induits, exemptions, libertés, concessions, immunités et grâces » du gouvernement local de la ville (ibid., 111). Il précisa la manière dont se feraient les citations en justice et celle dont les fonctionnaires et administrateurs, quel que soit leur grade, auraient à rendre compte de leur gestion {(bld., 119, 123). Il approuva de nouveaux statuts concernant les médecins et les droguistes de Rome (8 sept. 1530; ibid., 148).
Il confirma l'érection du refuge de Ste-Marie-Madeleine pour les repenties (1525; ibid., 92) et accorda la liberté à tous les esclaves baptisés fuyant leurs maîtres et cherchant refuge dans un des palais du Capitole (27 juin 1534). !
6° Sciences et arls. — Le retour d'un Médicis sur le ' trône pontifical fut salué par les littérateurs et les artistes comme l'aube d'un nouvel âge d'or. Les beaux jours de Léon X allaient revenir. A l'avance, les panégyristes en chantèrent les splendeurs (Pastor, 548, n. 3 ; Rodocanachi, 97). Au carnaval de 1524, on revit les chars, les courses de chevaux, les fêtes aux brillants atours, les grands et luxueux cortèges (Rodocanachi, 105).
L'illusion fut de courte durée. L'état obéré de ses finances et son tempérament parcimonieux amenèrent le nouveau pontife à restreindre sensiblement les dépenses soniptuaires. Les cataclysmes qui frappèrent la Ville éternelle firent le reste.
Cependant une tradition s'était formée, qu'il eût été impossible de rompre en un tournemain : dans l'entourage du second pape Médicis, les astres de la Renaissance continuèrent à scintiller. De nombreux humanistes et latinistes peuplaient la Curie; d'autres, plus nombreux, comptaient parmi ses relations.
Érasme, que Paul IV allait ranger parmi la première classe des auteurs à l'Index, avec une mention plus sévère que celles de Luther et de Calvin (Reusch, Der Inde.T der verbotenen Bûcher, i, 347), bénéficia de la protection de Clément VII, surtout après qu'il eut commencé à attaquer la doctrine luthérienne de la volonté. Clément VII dut renoncer à lui faire confier une chaire à l'université de Rome, mais il exigea que ses ennemis louvanistes s'abstinssent de toute polémique à son sujet (oct. 1525; Balan, Mon. Reform., 552). Il le laissa poursuivre sa tentative de médiation entre catholiques et luthériens et il intervint en sa faveur en 1527 auprès d'une commission de théologiens espagnols réunie à Valladolid.
Machiavel, lui aussi mis à l'Index par Paul IV, garda ses faveurs. Le pape concéda aux presses de la Chambre apostolique un monopole décennal pour imprimer ses œuvres. Mais il ne retint pas son projet de création d'une milice nationale.
Francesco Guicciardini, dévoué corps et âme à la politique médicéenne, fut aussi bon'historien qu'administrateur. Clément VII lui confia en 1524 la présidence de la Romagne et, en 1531, la vice-légation de Bologne. Il prit part aux opérations militaires qui suivirent la conclusion de la Ligue de Cognac et à la restauration des Médicis à Florence. Ses œuvres sont une des principales sources pour l'histoire de ce pontificat.
La liste des principaux littérateurs protégés par Clément VII est donnée par Pastor (553-54). Signalons ici : les secrétaires ou anciens secrétaires, Jacopo Sadoleto, Pietro Bembo, Giovan Battista Sanga, le médecin et historien Paolo Giovio; les poètes Sannazaro (De partit Virginis) et Vida (Christiade).
Habituellement, le pape récompensa leurs services par de nombreux bénéfices, parfois même par des évêchés.
L'Arétin compta lui aussi durant un temps parmi le cercle de ses protégés. Le pape l'aurait fait nommer chevalier de Rhodes. Mais ses écarts de langage lui valurent une disgrâce qui dura jusqu'en 1530 (Rodocanachi, 123-25).
Clément VII n'ouvrit guère de nouveaux chantiers, mais il fit achever les édifices commencés sous Léon X et restaurer quelques dégâts causés par le Sacco.
Vn des premiers actes de son pontificat fut de nommer une commission de soixante membres pour la nouvelle construction de la basilique S. -Pierre (12 déc. 1523; Bull. Rom. Pont., vi, 48). L'efficience de ce nouveau rouage laissant à désirer, il le remplaça en 1525 par une Congrégation plus restreinte délia Fabhrica di S. Pietro. L'arcliitecte en titre de la basilique fut Baldassare Peruzzi, dont la nomination à vie fut renouvelée en 1531, après l'interruption des travaux résultant du Sacco (Pastor, 761).
A Michel-Ange, dont il supporta avec patience les écarts de caractère, il confia l'achèvement de la chapelle funéraire des Médicis à San Lorenzo, puis l'aménagement de la Bibliotheca Laurentiana, à Florence. Dès juin. 1533, il décida aussi de lui faire compléter la décoration de la Sixtine; il accepta son premier projet comportant sans doute deux fresques : le Jugement dernier et les Anges rebelles (Dorez, 145-47).
En peinture, le nom de Clément VII reste surtout attaché à la décoration des Stanze et de la salle Constantinienne au Vatican. Deux élèves de Raphaël, Giulio Romano et Francesco Penni, aidés de leurs propres élèves, se partagèrent les quatre grandes fresques et les figures accessoires qui furent terminées en sept. 1524 (E. Muntz, Gli allievi di Raffaello durante il pontificcdo di Clémente VII, dans Arch. slor. dell'arte, I, 1888-2, 447-50). Un autre élève de Raphaël, Giovanni da Udine, fut chargé en 1531 de restaurer la mosaïque de l'abside de S. -Pierre; il dut aussi décorer nombre de bannières et de baldaquins. Au cours de sa captivité au Château S. -Ange, le pape y fit aménager une salle de bains, ornée de sujets décoratifs empruntés aux récits mythologiques de la vie de Vénus.
Rome doit encore à Clément VII : l'achèvement de la cour S.-Damase au Vatican et du baptistère du Latran; l'embellissement de plusieurs églises; la construction du Banco di S. Spirito (la Monnaie); plusieurs groupes sculptés (par Baccio Bandinelli); la restauration de chefs-d'œuvres antiques, tels que le Laocoon et l'Apollon du Belvédère (par Giov. Angelo Montorsoli); le nouvel archange de bronze aux dimensions colossales dominant le Château S. -Ange (par RafTaele da Montelupo) ; la statue de S. Pierre faisant pendant sur le pont S. -Ange à celle de S. Paul (par Lorenzetto) ; des miniatures et des enluminures pour des livres liturgiques et divers portraits (jiar Sebastiano del Piombo); l'achèvement et l'alignement des trois voies publiques en éventail se rejoignant à la Piazza del Popolo; des travaux de fortification (par Antonio da Sangallo et Giuliano Leno; sur ces deux spécialistes et sur d'autres qui furent au service de Clément VII, voir l'étude de C. Promis, Biogrufic di ingegneri militari italiani dal secolo XI v alla meta del XVI il, dans Miscellanea di storia italiana, xiv, 1874, p. 78-97, 326-30, 336-39).
En province, l'héritage artistique de Clément VII