CLÉMENT VIII (GIL SANCHEZ MUNOZ
16. CLÉMENT VIII, antipape, successeur de Benoît XIII; élu pape à Peniscola, le 10 juin 1423; abdiqua le 26 juill. 1429; f 28 déc. 1446.
Gil Sanchez Muiioz (Aegidius Sancii Munionis) naquit à Teruel, vraisemblablement entre 1355 et 1365. Il était selon toute probabilité le neveu d'un autre Aegidius Sancii Munionis, que la plupart des auteurs ont confondu avec lui, mais qui mourut en réalité en 1389 (M. Seidlmayer, Die Anfânge des Grossen abendlàndischen Schismas, dans Spanische Forschungen der Gôrresges., Il" sér., v, Munster, 1940, p. 16, note), après avoir joué un rôle important au cours des événements qui déterminèrent le succès du Schisme d'Occident. C'est de l'oncle et non du neveu qu'il est question dans un bref adressé, le 21 déc. 1374, par Grégoire XI aux trois membres d'une délégation pontificale envoyée à Bruges pour régler avec le roi Édouard III d'Angleterre des questions controversées concernant les nominations ecclésiastiques (Raynaldi, ad ann. 1374, n. xxi). Un de ces trois membres est désigné sous le nom de Aegidius Sancii Munionis, docteur en droit et prévôt de Valence. Ce même Aegidius assista à l'élection mouvementée d'Urbain VI, le 8 avr. 1378, et en ressentit une impression défavorable à l'égard du pape de Rome, auquel il reprochait aussi une conduite hautaine et maladroite envers les cardinaux et les souverains. S'il faut en croire une déclaration qu'il fit lui-même à Barcelone l'année suivante, il aurait eu avec le nouveau pape un entretien privé au cours duquel il lui aurait exposé son sentiment avec une franchise tout apostolique (Seidlmayer, loc. cit., 325-26). Il retourna sans délai de Rome à Avignon, d'où il fut envoyé auprès du roi d'Aragon, Pierre IV el Ceremonioso, pour obtenir de lui la publication du procès des cardinaux contre Urbain VI, la concession d'un subside à prélever sur le clergé aragonais au bénéfice des cardinaux clémentins, et l'envoi de navires catalans à Anagni pour faciliter leur retour à Avignon. Sa mission en Aragon se prolongea jusqu'à la fin d'oct. 1378, mais elle échoua devant la résolution du roi de ne pas se départir de sa neutralité.
Un certain Mathieu Clément s'étant fait le champion de la cause urbaniste en Aragon, Aegidius ne recula devant aucun moyen pour enrayer son action. Dans un rapport adressé à Urbain VI (publ. dans Slud. und Milt. aus dem Benediklinerorden, xxix, 1908, p. 581- 82), Clément raconte comment en rade de Marseille son antagoniste risqua une tentative d'abordage contre le navire qui le transportait lors de son retour de Rome en Espagne (juill. 1379). Vers sept, de la même année on retrouve Aegidius à Barcelone, parmi les témoins principaux qui déposèrent à l'enquête instituée par le roi (Seidlmayer, loc. cil., 210, 325-26). Clémentin fanatique, il participa également à la conférence de Medina del Campo réunie sur ordre du roi de Castille, Jean I", du 23 nov. 1380 au 19 mai 1381, pour décider de l'obédience pontificale à laquelle il y avait lieu de se rattacher. Son intervention porta surtout sur la queslio juris {ibid., 55; É. Baluze, Vilae paparum Avenionensium, éd. G. MoUat, ii, Paris, 1928, p. 751, 808).
Gil Sanchez Mufioz junior suivit les traces de son oncle et s'imprégna de ses idées. A la mort de celui-ci en 1389, il le remplaça dans l'entourage de Pierre de Luna, dont il resta un des familiers lorsque celui-ci devint Benoît XIII (Valois, La France..., i, 213, 219; Puig y Puig, 379).
Outre sa prévôté de Valence, Gil Sanchez Mufioz détenait une cure à Cullera, un canonicat à Girone et un archiprêtt^ à Teruel, lorsque l'antipape Benoît XIII, qui venait de se créer un nouveau collège de quatre cardinaux (27 nov. 1422), mourut dans sa retraite de Peniscola. La date de cette mort ne peut être établie
avec certitude (Valois, ibid., iv, 450-54). D'après le récit partial et fort suspect de Jean Carrier, l'un des quatre cardinaux de Benoît XIII, elle aurait eu lieu le 29 nov. 1422, soit deux jours seulement après la promotion, mais aurait été tenue secrète pendant près de six mois (Martène-Durand, ii, 1731 sq.). Les historiens les plus récents (Pastor, i, éd. de 1926, p. 287; A. Mercati, The new lisl of Ihe Popes, dans Mediaeval Studies, IX, 1947, p. 78) adoptent plutôt le 23 mai 1423, date donnée par le chroniqueur aragonais, Martin de Alpartils (Chronica aclilalorum temporibus domini Benedicti XIII, éd. Ehrle, dans Quellcn und Forschungen der Gôrresges., xii, Paderborn, 1906, p. 210). Les deux dates présentent de sérieuses difficultés. Mais la seconde s'harmonise mieux avec l'histoire des relations entre Martin V et Alphonse V d'Aragon, telle qu'elle fut renouvelée sur la base de documents de première main par K. Vink (Marlin V. ...).
Avant de mourir, Benoît XIII avait fait promettre par serment à ses nouvelles créatures qu'elles lui nommeraient un successeur. Le 23 mai 1423 (soit le jour même de la mort de Benoît XIII, selon la chronologie de Martin de Alpartils; six mois après cette mort, suivant celle de Jean Carrier), les trois cardinaux présents à Peniscola, Dominique de Bonnefoi, Julian de Loba et Ximeno Dahe, entrèrent en conclave. S'il faut en croire Jean Carrier, l'élection du nouveau pape aurait été précédée de négociations fort agitées. Alphonse V, averti dans le plus grand secret de la mort de Benoît XIII, aurait fait transmettre l'ordre de n'élire qu'un de ses régnicoles et Gil Sanchez Mufioz se serait fait auprès du conclave le porte-parole des volontés royales. Devant l'indécision des électeurs, le prévôt de Valence aurait recouru à la corruption, aux menaces et à l'intervention d'un neveu de Benoît XIII, Rodrigue de Luna. Dahe, puis son collègue aragonais s'étant laissé convaincre, il ne restait au troisième électeur qu'à se ranger à leur avis. Tous trois auraient alors présenté à l'intéressé une capitulation électorale comportant la garantie des avantages qu'ils s'étaient octroyés au cours de la vacance du siège (Martène- Durand, 1734-35). Si au contraire la chronologie donnée par Alpartils est la vraie, toute la partie du récit de Carrier mettant en cause le roi d'Aragon devient impossible : ce dernier se trouvant alors dans le pays de Naples, ses directives n'auraient pu parvenir à Peniscola en temps utile. Les autres tractations se seront déroulées suivant un rythme bien plus accéléré.
Gil Sanchez Munoz fut élu pape le 10 juin 1423. Il prit le nom de Clément VIII, sans doute en souvenir de Robert de Genève.
Ayant eu vent des événements qui se déroulaient à Peniscola, la reine Marie d'Aragon, gouvernante du pays en l'absence de son mari, ordonna dès le 3 juin au collecteur de la Chambre apostolique de confisquer les biens de Sanchez Munoz, coupable « d'avoir comme un prophète de Baal érigé un autel à Peniscola, en suivant les erreurs de Pierre de Luna, le feu Benoît XIII » (Puig y Puig, doc. clxxxviii, p. 606). Du 26 juin au 1" juill., elle s'adressa aux habitants de Peniscola, au gouverneur de la Plana, au grand maître de l'ordre de Montesa, aux archevêques et évêques du pays, les priant de l'appuyer dans sa lutte contre la prolongation du Schisme (ibid., doc. CLxxxix-cxcix, p. 607-13; d'après cet auteur, p. 379, les premiers ordres donnés par la reine à son lieutenant de Castellôn de la Plana dateraient du 20 mai, mais le document en question n'ayant pas été reproduit, il pourrait s'agir d'une date mal transcrite, celle du 20 mai étant antérieure à l'entrée en conclave, peut-être même au décès de Benoît XIII). Sur l'ordre de la reine, la presqu'île fut soumise à un blocus de