CLÉMENT VIII (GIL SANCHEZ MUNOZ
dix jours, aucun navire ne pouvant s'en rapprocher à moins de 3 milles (ibid., doc. cxc). Ces mesures n'eurent aucun effet, peut-être faute d'avoir été bien appliquées.
Sur ces entrefaites, le quatrième cardinal de Benoît XIII, le Français Jean Carrier, qui se trouvait assiégé depuis deux ans en son repaire inexpugnable de Tourène dans les gorges du Viaur, réussit à en sortir et à rejoindre ses trois collègues le 12 déc. 1423. Après une longue enquête, il décida qu'ils avaient fait une élection entachée de simonie et d'irrégularités, et le 12 nov. 1425 nomma à lui seul un nouveau pape (probablement un certain Bernard Garnier, sacriste à Rodez), qui prit le nom de Benoît XIV et sombra dans l'oubli (A. Degert, La fin du Schisme d'Occident, dans Mélanges Léon Coulure, 1902, p. 223-42). Cela fait, il s'en retourna chez son protecteur, le comte d'Armagnac. Celui-ci essaya de le gagner à une réconciliation avec Martin V et tenta un essai semblable auprès des schismatiques de Peiïiscola (Martène-Durand, 1739). Il s'adressa même à Jeanne d'Arc pour savoir d'elle lequel des trois était le vrai pape (J. Quicherat. Procès de Jeanne d'Arc, i, 245 ; voir la réponse de la Pucelle, ibid., 243-46, 82-83).
Aussitôt après avoir appris l'élection d'un rival (juill. 1423), Martin V accorda à l'archevêque de Tarragone et aux évêques de Tortosa et de Barcelone le pouvoir d'absoudre les coupables, y compris l'antipape, s'ils venaient à résipiscence (Puig y Puig, 380).
Sur son rocher de Peniscola, Clément VIII mena une vie pontificale en miniature : il ouvrit un procès contre Jean Carrier, le déclara excommunié et déchu de la dignité cardinalice. Il méprisa les avances du comte d'Armagnac et se laissa couronner pape, le 19 mai 1426. Il s'entoura d'une curie de vingt-deux dignitaires (liste dans Puig y Puig, 402; Tejada, m, 707) et donna la pourpre à deux de ses partisans : son neveu Gil Sanchez Muiïoz (un troisième homonyme), et Francisco Rovira.
La prolongation de cette comédie n'était possible que grâce au soutien au moins tacite du roi d'Aragon. Jusqu'en ces derniers temps, les historiens, y compris Valois et Pastor, ont cru qu'Alphonse V et Clément YIII avaient partie liée. Outre les accusations de Jean Carrier, ils ont cru en voir une preuve dans les restrictions très sévères imposées par le roi d'Aragon aux rapports de ses sujets avec Rome, précisément en juin 1426, et dans des rumeurs circulant alors en Italie d'après lesquelles le roi d'Aragon se préparait à donner aux autres souverains ibériques l'exemple d'une soustraction d'obédience envers Rome (Fink, ibid., 126-27, n. 22, 23). F.n réalité, si les rapports entre Rome et Valence étaient dénués d'aménité, Alphonse V n'envisageait nullement de rompre avec Martin V. Dès la fin du concile de Constance, il s'était rallié à l'obédience romaine et avait vainement tenté de vaincre l'obstination de Benoît XIII. Seulement le pape de Rome était l'obstacle principal qui avait fait échouer ses entreprises belliqueuses dans le royaume de Naples, et Alphonse V lui en gardait rancune. Le pape fantoche de Peiïiscola ne fut jamais considéré par lui comme un pape légitime. Il ne constituait qu'un moyen de pression politique envers Martin V. Le rusé Aragonais avait conscience du prix que représentait pour lui la possession d'une telle arme. Aussi, lorsqu'il fut informé des événements de Peniscola, eut-il soin de n'y apporter aucune entrave. Il n'est pas prouvé qu'il encouragea directement l'élection de Gil Sanchez Muiïoz, comme le prétend Jean Carrier; mais il est certain qu'en août 1423 il fit tenir à sa femme des directives qui eurent pour effet de suspendre les mesures prises par celle-ci en juin contre le nouveau pape et ses adhérents (ibid., 109).
En envoyant Pierre de Foix comme légat en Aragon en 1425, l'objectif principal de Martin V était de faire cesser le scandale de Peniscola. Mais Alphonse V ne l'entendait pas de cette oreille : durant plus d'une année, il interdit au légat l'accès de son territoire. Non par attachement envers l'antipape, comme d'aucuns l'ont cru, mais pour contraindre le légat à souscrire à la liste des avantages qu'il désirait obtenir. Un accord finit par intervenir en 1427 (Tejada, m, 702-03) et par être ratifié à Rome, non sans peine, en 1429 (l'exposé de Valois, (bld., iv, 472 doit être corrigé par celui de Fink, ibid.).
Pierre de Foix étant revenu en Espagne porteur de la ratification romaine, Alphonse V envoya à Peniscola une délégation conduite par son secrétaire privé, Alîonso de Borja (le futur Calixte III), pour conseiller à l'antipape et à sa curie d'abdiquer spontanément.
Clément VIII se laissa convaincre de bonne grâce. Le 26 juill. 1429, au cours d'une cérémonie émouvante où il eut soin toutefois de sauver toutes les apparences juridiques, il révoqua les sentences portées par luimême et par son prédécesseur contre le pape de Rome; puis lecture fut faite de la bulle Incomprehensibilia Dei judicia (publ. Tejada, m, 737), par laquelle l'antipape déclarait se démettre librement de ses fonctions et renoncer à la dignité pontificale. Il se dépouilla alors de ses vêtements pontificaux et revêtit des habits de docteur séculier. Ensuite, sur son invitation, ses comparses procédèrent à un simulacre de conclave et donnèrent leurs voix au cardinal Colonna (Martin V; ibid., 738). Le jour même, il écrivit aux autorités municipales de Teruel pour les informer de ce qui s'était passé (document publié par Ayerbe ; la cérémonie d'abdication est dans : Hardouin, Coll. concil., viii, 1053; Mansi, xxvin, 1117-24; O'Callaghan, Episcopologio de la Sanla Iglesia de Tortosa, Tortosa, 1896). Deux semaines plus tard, il se rendit à San Mateo, dans le palais du grand maître de l'ordre de Montesa, où il prêta serment d'obédience au pape entre les mains de Pierre de Foix, qui le releva des censures encourues et le réconcilia avec l'Église (14 août 1429; Tejada, m, 708-09).
Martin V ne lui garda pas rancune. Le 26 août 1429 (la date du 26 juill. donnée par Eubel, i, 30, 338 est fautive), il le nomma évêque de Majorque. Le légat Pierre de Foix, ayant de son côté nommé au même siège le bénédictin Galcerân ou Beltrân Alberti, les deux rivaux entrèrent en compétition. Tel est le vrai motif pour lequel l'évêché de Majorque ne fut pas représenté par son pasteur au concile régional de Tortosa (19 sept. -5 nov. 1429; Hefele-Leclercq, vii-1, 656, doit être corrigé sur ce point). Le pape cassa la nomination faite par son légat et confirma celle de Gil Sanchez Muiïoz (10 janv. 1430). Mais Alphonse V persista à appuyer Galcerân, qui refusa de céder sa place. Le pape dut expédier une nouvelle bulle (l"'' nov. 1430) qui cette fois fut appuyée par un ordre du roi (4 avr. 1431). Le gouverneur de Majorque dut recourir à l'expulsion du récalcitrant (24 avr. 1431; Puig y Puig, 410-11, note).
Le 30 août 1431, le siège de Girone fut proposé à Sanchez Muiïoz (Eubel, ii, 184), mais l'offre fut refusée. Gil Sanchez Muiïoz gouverna le diocèse de JNIajorque durant quinze ans. Il mourut le 28 déc. 1446.
Martin de Alpartils, Chronica aclitatorum temporibus domini Benedicti XIII, éd. Ehrle, dans Quellen und Forschimgen der Gôrresg., xii, Paderborn, 1906. — M. de Ayerbe, Fin dcl Cisma de Occidenle. Carta del antipapa Cl. VIII... dirigida desde Peniscola a la ciudad de Teruel, 26 jidio 1429; Boletin de la Real Acad. de la hist., xxxvi, 1900, p. 65-68. — F. Baron, Le card. Pierre de Foix le Vieux ( 1386-1464) et ses légations, Amiens, 1920-22. — A. Bzovius, Annales eccles., XV, Cologne, 1622, p. 651, 713 sq. — F. Ehrle, Der Kard. Peter de Foix der Aeltere. Die Acten seiner Légation in Arago-
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