LOUIS
blée du clergé avaient pris fait et cause pour le délégué et censuré les écrits pseudonymes des PP. Knott et Floyd, S. J. Sur un appel de la noblesse catholique anglaise au pape Urbain VIII, celui-ci, en un bref du
10 mai 1631, tout en s'efforçant de pacifier les esprits, s'était prononcé en faveur des religieux. Malgré la défense qu'il portait, sous peine d'excommunication, de renouveler les anciennes discussions, trois écrits furent publiés pour la défense de Richard Smith. Bientôt deux écrits latins prirent la défense des auteurs censurés contre la censure de la faculté de théologie : Spongia, etc. et contre la circulaire des évêques : Plainte apologétique de l'Église anglicane. Sous le pseudonyme Herman Loemelius, l'auteur des deux réponses, se cachait, comme on le sut plus tard, le P. Floyd, S. J., professeur à S. -Orner. Ce fut l'occasion pour le Dr François Rallier de publier en 1632 ses Vindiciae in Spongiam et son De sacris ordinibus où il attaquait violemment les réguliers. Du Vergier de Hauranne, abbé de S.-Cyran, en profita pour lancer dans le public, sous le nom de Petrus Aurelius, ses deux volumes Vindiciae Censurae Facultatis theologiae Parisiensis adversus Danielem a Jesu et Loemelii Spongiam. Outre les théories épiscopaliennes qu'il y exposait, l'auteur s'y répandait en attaques odieuses contre la Compagnie de Jésus. Sur les recommandations du pape et de leur général, les jésuites français évitèrent de se mêler à la querelle, mais ils se plaignirent au roi des attaques d'Aurelius et demandèrent la suppression de ses ouvrages. Le clergé s'y opposa. Les jésuites, en guise de preuve, publièrent un recueil des calomnies débitées contre eux, mais cela n'eut d'autre effet que de susciter de nouveaux pamphlets. Les supérieurs des maisons de Paris et le confesseur du roi désavouèrent les écrits des auteurs encore inconnus d'eux qui avaient écrit contre les censures. L'Assemblée du clergé blâma,
11 est vrai, les excès de langage de Petrus Aurelius, mais soutint ses théories. L'assemblée décennale du clergé de 1635 ranima les querelles entre séculiers et réguliers. Petrus Aurelius et Hallier avaient prétendu exclure les réguliers de la hiérarchie en vertu de leur institution. Le P. Cellot, alors professeur d'Écriture sainte à La Flèche, composa son livre De hierarchia et hierarchis pour établir qu'au contraire ils font partie de la hiérarchie. Dédié à Urbain VIII, l'ouvrage parut en 1641 et porte l'approbation de quatre docteurs tous réguliers, deux de Paris et deux d'Angers. Il est divisé en neuf livres dont le premier traite de hierarchia in génère; le 2« de hierarchia caelesti; le 3« de hierarchia ecclesiastica in communi; le 4« de inflma hierarchiae ecclesiasticae specie quae est iurisdictionis ; le 5" de regularibus in hierarchia iurisdictionis; le 6" de secunda hierarchiae ecclesiasticae specie quae est ordinis; le 7^ de regularibus in hierarchia ordinis; le 8« de suprema hierarchiae ecclesiasticae specie quae est cha- | rismatis; le 9« de regularibus in hierarchia charismatis sive gratiarum. Au ch. xvi du 1. III, il divise la hiérarchie de l'Église universelle, dans son sens le plus strict, en trois parties ou hiérarchies particulières : la première et la plus élevée est celle des dons ou des grâces gratuites données pour le salut des autres, la 2"= est celle de l'ordre, la 3^ celle de la juridiction. La première est caractérisée par la sainteté, la 2" par la consécration, la 3" par la mission. La l™ donne une autorité d'excellence, la 2« une simple puissance ou office d'après l'expression de S. Thomas, la 3« la juridiction. Ces trois hiérarchies sont soumises à l'évêque de Rome comme au souverain hiérarque et les religieux entrent dans chacune d'elles soit directement, soit excellemment, soit par commission. Sans aucun doute, c'est la double œuvre du Pseudo-aréopagite qui suggéra au P. Cellot l'idée de cette construction compliquée et subtile qui n'a certes pas la netteté de lignes d'un édifice juri-
dique. On n'y peut toutefois, sans parti pris, déceler une intention de diminuer la dignité ni les droits de l'épiscopat. L'auteur s'en défend et qui peut croire qu'après les affaires dont nous parlons plus haut, les supérieurs de la Compagnie eussent toléré une si insigne imprudence? L'Assemblée du clergé réunie à Mantes fit néanmoins examiner le livre par deux amis dévoués de Saint-Cyran, les évêques de Chartres et de Bazas, et sur leur rapport le condamna comme contenant une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, pernicieuse et séditieuse, tendant à diminuer l'autorité du Saint-Siège, etc. On résolut même de demander à Rome la condamnation du livre. Le P. Cellot protesta avec raison contre pareille interprétation de son œuvre et se défendit dans un mémoire au cardinal Barberini, secrétaire d'État d'Urbain VIII. Il fut appelé à Paris par son provincial afin de se défendre de vive voix. La Sorbonne de son côté s'apprêtait à censurer le livre, quand Richelieu, qui ne tenait pas à voir se ranimer la querelle des séculiers et des réguliers, arrêta la mesure. Une conférence de huit théologiens, présidée par l'évêque de Rennes, La Mothe-Houdancourt, fut réunie et le P. Cellot fit non une rétractation, mais une déclaration sur quinze articles dont la doctrine était mise au point et prouvée orthodoxe par le contexte. On ne peut à ce propos, sans injustice, parler de manque de sincérité. Tout semblait devoir se terminer là et le P. Cellot préparait même une édition nouvelle, quand lui parvint la mise à l'Index de son ouvrage donec corrigatur (décret du 20 nov. 1641). Cellot exprima sa surprise au cardinal Barberini et se soumit (lettre de Cellot, 22 juin 1642, Archiv. vatic, Barberini XXXIX, 54, fol. 352). Il est donc inexact de dire qu'il rejeta la condamnation sous prétexte que le Saint-Office n'avait pas juridiction en France, donnant ainsi un fâcheux précédent. Cellot répondit plus tard, dans son Horarum subcesivarum liber singularis, 1648, aux attaques ultérieures de Hallier dans le De hierarchia libri quattuor et aux invectives de la préface à la 2" éd. de l'ouvrage de Petrus Aurelius. A propos de sa condamnation romaine, il y dit ; Sacrae Congregationis libris censendis propositae iudicium aequitatis et sapientiae plénum, volens libensque complector (7). Ses démarches ut ediscerem quid Romae displiceat, ope tandem amicorum obtinui : aliquot videlicet articulas, quorum bonam parlem faciunt quae de Regni et Ecclesiae Gallicanae privilegiis, ornatius, non necessitatis gratta e certis tractatibus decerpta in commentarium meum conieci... Praefert autem articulorum illa séries hune titulum : Corrigenda in libro P. Ludovici Cellotii de Hierarchia et Hierarchis : Quorum aliqua tolerari possunt, sed ad maiorem claritatem et abundantiam declaranda sunt, ut omnibus salis flat (ibid., 8). Il se pourrait que ce « hors-d'œuvre » dont il fut victime n'ait été inséré par Cellot que pour amadouer d'éventuels censeurs gallicans. La Sorbonne répliqua à la réponse de Cellot par la publication des procès-verbaux de la conférence de 1641. Après quelque effervescence tout se calma. Quand on lit les articles dans leur contexte, on ne peut s'empêcher de trouver que le scandale des excerpteurs était passablement pharisaïque et le découpage tendancieux. On peut lire ces articles et d'autres également censurés dans l'appendice du livre d'A. De Meyer : Les premières controverses jansénistes en France, 524-31. (Il en est qu'on cherche vainement aux endroits indiqués par les censeurs.)
La publication d'un livre de François Véron, exjésuite et curé de Charenton, La condamnation de la doctrine des Jansénistes... ou Jansenii Gottescalcus haereticus et le bâillon des Jansénistes, 1648, provoqua une controverse autour du prédestinatianisme. Jansénius, sur l'autorité de l'évêque anglican d'Armagh,
CELLOT (LOUIS)
— CELSE
Jacques Usher, en avait contesté l'existence. Le P. Sirmond avait publié sous le titre de Praedestinatus un manuscrit d'un auteur anonyme qui attestait l'existence de cette hérésie, repoussait l'attribution de cette doctrine à S. Augustin et réfutait cette hérésie ainsi qu'un abrégé de l'histoire des prédestinatiens. Sous le nom de Gilbert Manguin parut en 1650 un ouvrage en deux volumes : Veterum scriptorum qui in nono saeculo de gratia scripsenint . Il contient aussi une dissertation contre le P. Sirmond : Vindiciae praedestinationis et gratiae. Cellot publia à cette occasion Historia Golieschalci praedestinatiani et accurala conlrouersiae per eum revocaiae disputatio in libros quinque distincta, Paris, 1655 (la permission d'imprimer du provincial Claude de Lingendes date du 13 juin. 1652). Il y ajoute un Appendix miscellanea comprenant huit opuscules, les uns des inédits du temps de Gottschalc, d'autres des documents destinés à éclairer cette histoire. Le 4« opuscule, un fragment de S. Augustin, De libero arbiirio ex libris posterioribus contra Julianum, rapporté par Servat Loup de Ferrières, suivi d'une dissertation sur la matière, a été mis à l'Index par un décret du 3 avr. 1731. Dans les Concilia de Labbe, Cellot publia les actes du concile de Tusey (860) et les Notae in capitula Waltheri Aurelianensisepiscopi{Concilia,Nin,co\. 1539 et 641). La Pa^rologie latine reproduit ce dernier écrit (P. L., cxix, 725-26) ainsi qu'une notice sur Hincmar de Reims d'après Cellot (P. L., cxxiv, coL 967-78).
Les deux rectorats du P. Cellot ne furent pas de tout repos. A Rouen, il essaya en vain d'apaiser la colère de l'archevêque François de Harlay, irrité de ce qu'un prédicateur, dont le zèle manquait parfois de prudence, le P. Beaumer, avait semblé blâmer un passage du mandement de l'archevêque menaçant d'excommunication ceux qui, sans excuse légitime, manqueraient trois dimanches consécutifs à la messe de paroisse et ceux qui défendraient d'y aller. L'archevêque ayant, du coup, porté l'affaire devant le roi, Richelieu exigea une réparation solennelle. Le P. Cellot dut aller au château de Gaillon faire amende honorable devant une grande assemblée; et dans l'église du collège de Rouen un prédicateur fit une rétractation des paroles attribuées au P. Beaumer, préalablement éloigné du diocèse. D'après l'histoire de l'Église de Rouen, Richelieu demanda même le départ du P. Cellot qui fut transféré à La Flèche. D'ailleurs la publication du De hierarchia suscita à Rouen une nouvelle tempête qui faillit compromettre l'existence même du collège. Comme recteur de La Flèche, le P. Cellot eut à recevoir le cœur de Marie de Médicis. La condescendance dont il fit preuve et ses précautions ne parvinrent à éviter qu'il ne se produisît certains incidents provoqués par des querelles de droit et de préséance, qu'on essaya d'exploiter contre les Jésuites.
Sommervogel, ii, 948-52; ix, 118; xi, col. 1284, 194-95. — Southwell, Bibl. script. Soc. Jes., 560. — Rapin, S. J., Histoire du jansénisme; Id., Mémoires, i et ir. — D'Avrigny, Mémoires clironologiques et dogmatiques, ii. — De Rochemonteix, S. J., Le collège Henri IV de La Flèctie, 1889, i- IV. — Fouqueray, S. J., Histoire de la Compagnie de Jésus en France, iv et v. — De Meyer, Les premières controverses jansénistes en France (1640-1649), 1919. — Reusch, Der Index der verbotenen Bûcher, ii, 288-89. — Moréri, Dict., iii, 381-82. — Jean Orcibal, Jean Duvergier de H., abbé de S.-Cyran, Louvain et Paris, 1947, p. 334 sq.
A. De Bil.
1. CELSE, martyr sous Dioclétien, est mentionné au martyrologe romain le 9 janvier, avec S. Julien, et localisé à Antioche. L'hiéronymien le place au 6 janv. et le lieu du supplice est Antinoé d'Égypte. La Passion de S. Julien (B. H. G.«, 970), qui inspire cette notice, est remplie de traits fabuleux.
A. S., janv., i, 570-588. — H. Delehaye, Les martyrs d'Égypte, A. Boll., 1922, p. 66, 86. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 28. — Mart. Rom., 13. — Synax. Eccl. Constant., 375, I 759, 800.
R. Van Doren.
2. CELSE, martyr, 9 avr. . Dans un ms. cassinien du martyrologe, Henschenius a lu un groupe de martyrs parmi lesquels un Celse. Il les rattache, sans preuve pourtant, à l'Italie du Sud ou à l'Afrique.
A. S., avrU, i, 818.
3. CELSE, martyr à Milan. Le martyrologe romain parle au 10 mai de l'invention par S. Ambroise des corps desSS. Nazaire et Celse, enfant que le même Nazaire avait élevé. Il les fit transférer à la basilique des SS. -Apôtres. L'invention elle-même est attestée déjà par Paulin dans sa Vila Ambrosii (B. H. L., 377) et, d'après ses données, elle se place en 395, sans qu'on puisse préciser le mois ni le jour. D'autre part, Paulin ne dit rien de la translation du corps de Celse, qui, lui, fut laissé sur place. Les anciens calendriers de Milan disent aussi, au x'' s. encore, que Celse se trouvait dans la basilique à côté de laquelle Landolf II de Carcanne, archevêque de Milan, au témoignage d'Arnulphe (Hist. mediolan. ,i, 10), fonda le monastère « du saint martyr Celse ». Cependant la mémoire de Celse fut déjà unie à celle de Nazaire par le martyrologe hiéronymien (28 juill.). Au v s., Galla Placida fit bâtir à Ravenne une église en l'honneur des deux saints. Mais on ignorait tout à leur sujet, sauf leurs noms. La littérature postérieure en fit des martyrs sous Néron. Nazaire, disait-on, dans un voyage en France, rencontra Celse, ou à Évreux ou à Cimiez, près de Nice. La mère de l'enfant le lui confia. Celse fut baptisé par S. Pierre. Le maître et son élève, arrêtés, furent tués sur l'ordre d'Anolinus.
Les notices du martyrologe et du bréviaire font écho à ces fables, qui proviennent de la Passio (B.H.L., 6039). Plus tard, on crut que Celse avait été citoyen de Genèi'e. Pour ce motif, S. François de Sales inséra les deux saints au propre de son diocèse.
A. S., juin., VI, 503-04. — D. A. C. L., xi, 1040-42. — Lanzoni, 244, 379, 601, 746, 927, 985. — F. Savio, La leggenda dei SS. Nazario e Celso, dans Ambrosiana, vin, 1897. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 400-401. — Mari. Rom., 310, 183. — Synax. Eccl. Constant., 137-38. I R. Van Doren.
4. CELSE, martyr romain, est cité le 21 nov. par le martyrologe romain avec Clément. Celui-ci est le pape S. Clément, anticipé à tort du 23 nov. Quant à Celse, qui n'est pas au martyrologe hiéronymien, Baronius l'a transcrit à cette date d'après un ms. défectueux de S. Cyriaque de Rome.
H. Delehaye, Étude sur le légendier romain, Bruxelles, 1936, p. 45. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 611-612. — Mart. Rom., 537-38.
R. Van Doren.
5. CELSE, i)rétendu évêque (5^) de TRÊVES (t vers 142), successeur d'Auspicius (D. H. G. E., v, 781-82). La légende de S. Eucher envoyé par S. Pierre à Trêves et la liste des 25 premiers évêques ne remontent qu'au x'' s. L'épiscopat d'Eucher ne se place que vers 250. Dès lors Celse lui-même appartient à la légende. Son nom figurerait pourtant déjà dans la version de Trêves du martyrologe hiéronymien (début du viii" s.). Il y eut une invention des reliques sous l'archevêque Egbert en 978 (voir le texte du récit de cette invention, par Thierry de S.-Mathias (v. 1006) dans P. L., cliv, 1233 sq.).
A. S., févr., III, 399-402; nov., ii [146]. — B. H. L., 259. — Gall. christ, nov., xiii, 374-75. — L. T. K., ii, 807. — Duchesne, Fastes ép., m, 31-32. — E. Winheller, Die Lebens-
CE
LSE
beschreibungen der vorkaroling. Bischôfe v. Trier (Diss. de Bonn), 1933, p. 28 sq.
R. Van Doren.
6. CELSE (Saint), Celsius, Celius, évêque de VERCEIL le 26« de la liste épiscopale. D'après son épitaphe acrostiche, qui est conservée, Celse est né en 611. II est mort le 13 avr. entre 658 et 665. On a cependant voulu le reculer jusqu'en 695. Il serait ainsi le 28« évêque, après Théodore qui assista au concile de Latran de 680. Mais il n'y a pas de motif de retarder son élection à un âge si avancé, ni de modifier l'ordre de la liste épiscopale.
C. I. L., V, 2, n. 6725. — CappeUetti, xiv, 1858, p. 349- 425. — Gams, 825. — Lanzoni, 1042. — Savio, 437-38.
R. Van Doren.
7. CELSE, philosophe du ii« s., auteur du Discours véritable réfuté par Origène. Nous ne savons rien de la personnalité de Celse en dehors de ce que nous en apprend Origène. Lui-même avait puisé ses renseignements dans l'ouvrage de Celse et il ignorait entièrement l'écrit et l'écrivain avant d'avoir été alerté par son ami Ambroise.
Celse vivait donc au ii" s. de notre ère, mais il ne nous est pas possible de dire dans quel pays : il a voyagé en Palestine, en Phénicie, en Égypte, ce qui veut dire tout au moins qu'il n'était pas originaire de l'une ou de l'autre de ces contrées. Était-il fixé à Rome? La chose n'est pas impossible, mais on n'en a aucune preuve, et l'on croirait plutôt qu'il vivait en Orient, s'il faut l'identifier, comme on l'a souvent admis, à l'ami de Lucien de Samosate. Cette identification, qui d'ailleurs est loin de s'imposer, reste possible : il est vraisemblable qu'aux environs de 180 il eût été difficile de trouver deux personnages du nom de Celse qui s'intéressaient également à la philosophie et qui faisaient preuve, au cours de leurs recherches, d'autant de liberté d'esprit. Cependant il faut remarquer que l'ami de Lucien, le destinataire du spirituel traité sur Alexandre d'Abonotique, avait écrit luimême contre les magiciens. Or Celse, l'adversaire d'Origène, croyait à la magie et ne craignait pas, à l'occasion, d'en faire l'apologie. D'autre part, l'ami de Lucien était épicurien : « J'ai voulu, écrit Lucien, venger Épicure, cet homme vraiment sacré, ce divin génie qui, seul, a réellement connu les charmes de la vérité et les a transmis à ses disciples dont il est devenu le libérateur. » Origène, au début de sa réfutation, semble croire que Celse était également épicurien et il ne perd pas une occasion pour faire le procès d'Épicure, qui, on le sait, apparaissait au christianisme comme le seul philosophe vraiment dangereux, parmi tous les sages de la Grèce. Mais en avançant dans son travail, Origène est amené à constater que son adversaire n'est pas aussi attaché à l'épicurisme qu'il l'avait d'abord soupçonné et, très loyalement, il reconnaît qu'il est beaucoup plus proche de Platon que d'Épicure. En réalité, l'auteur du Discours véritable est un éclectique. Il a reçu une bonne éducation, il a beaucoup voyagé et il a beaucoup lu. Il a aussi beaucoup retenu, mais il ne s'est pas attaché à un système déterminé. Ces constatations s'appliqueraient-elles à l'ami de Lucien? Nous n'oserions l'affirmer. En toute hypothèse, cela nous importe peu.
Nous savons seulement d'une manière certaine que Celse a écrit contre les chrétiens un ouvrage en quatre livres intitulé Le discours véritable, en 178. Il y avait en efiet près de soixante-dix ans que cet ouvrage avait été rédigé quand Ambroise, l'ami et le protecteur d'Origène, le découvrit par hasard vers 246-48 et demanda au prêtre de Césarée d'en entreprendre la réfutation. Les allusions que contient le Discours véritable relativement à la situation de l'empire, à la menace des Barbares, à la proscription des chrétiens
nous permettent de fixer exactement sa date au moment où Marc-Aurèle recommence à persécuter le christianisme et où les menaces incessantes des Barbares obligent l'empereur à entreprendre les difficiles campagnes du Danube où il trouvera la mort.
L'idée même d'un pareil ouvrage suppose chez son auteur une réelle largeur d'esprit et une information peu commune chez un païen. Celse est en effet le premier, ou tout au moins l'un des premiers parmi les philosophes ou les rhéteurs, à prendre les chrétiens au sérieux et à s'occuper d'eux dans un traité développé. Il est vrai qu'avant lui le rhéteur L. Cornélius Fronton, l'ami d'Antonin et le maître d'éloquence de Marc-Aurèle, avait été amené à prononcer un discours contre les chrétiens. Si nous pouvons, comme on l'a parfois supposé, juger de ce discours perdu par l'Octavius de Minucius Félix, où le païen Caecilius se bornerait à reprendre l'argumentation du rhéteur, il faut avouer que celle-ci était assez pauvre : Fronton se serait contenté de reproduire les racontars et les calomnies populaires contre les chrétiens sans prendre la peine de les vérifier. Tout aussi superficiel apparaît Lucien de Samosate dans La mort de Peregrinus qui met en scène un imposteur du nom de Peregrinus et dépeint la naïve admiration des chrétiens pour ce soidisant confesseur de la foi : les chrétiens apparaissent à Lucien comme des simples d'esprit, de perpétuels dupés, des victimes toutes désignées aux ruses des trompeurs.
Celse, au contraire, s'exprime avec dignité. Il ne se contente pas d'écouter les grosses plaisanteries des païens ou même de regarder la vie des chrétiens. Il tient à s'informer. Il lit les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. De l'Ancien Testament, qu'il a pu étudier dans la traduction des Septante, il connaît surtout la Genèse et l'Exode ; puis, parmi les prophètes, Isaïe, Michée, Jérémie, Osée, Malachie; il est assez familier avec les Psaumes. II connaît les histoires de Daniel, de Jonas, le livre d'Hénoch,les Sybillins. Dans le Nouveau Testament, il a lu les Évangiles, en particulier celui de S. Mathieu; il ne parle pas de S. Paul, bien qu'il n'ignore pas absolument les Épîtres; il a peut-être pris connaissance des Actes des apôtres. II est également au courant des légendes calomniatrices qui courent dans les milieux juifs au sujet de Jésus et de sa naissance miraculeuse.
Poussant plus loin son information, Celse s'est renseigné en étudiant des ouvrages chrétiens, sans se laisser arrêter par les préjugés de son monde. Il a lu des écrits gnostiques et marcionites, en particulier un certain Dialogue céleste dont on ne trouve nulle mention ailleurs. Il connaît au moins les arguments employés par les apologistes, s'il n'a pas été familier avec leurs écrits. D'un mot, il a voulu faire une œuvre sérieuse et il y a réussi.
Certes il lui arriva d'accueillir trop facilement certaines plaisanteries sur la foi aveugle des simples chrétiens ou sur le prosélytisme ardent de quelquesuns d'entre eux. Mais il ne méconnaît pas la dignité morale de leur vie, la noblesse de leur mort, et il regrette de les voir s'entêter dans une attitude solitaire et boudeuse, alors qu'il leur serait facile, semblet-il, au prix de quelques concessions, de devenir les meilleurs serviteurs d'un État qui a besoin de l'aide de tous ses enfants. Il y a une certaine noblesse dans les formules finales du Discours véritable : « S'il était possible que tous les peuples qui habitent l'Europe, l'Asie, l'Afrique, tant Grecs que Barbares, jusqu'aux extrémités du monde, fussent unis par la communauté d'une même foi, peut-être une tentative du genre de la vôtre aurait-elle chance de réussite; mais cela est pure chimère, étant donnée la diversité des populations et de leurs coutumes... Soutenez l'em-
CELSE
CELTZÉNÉ
pereur de toutes vos forces; partagez avec lui la défense du droit; combattez pour lui si les circonstances l'exigent; aidez-le dans le commandement de ses armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs civils et au service militaire; prenez votre part des fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et la cause de la piété. » Certes ces formules prouvent bien que Celse n'a pas compris le véritable problème et l'impossibilité dans laquelle se trouvaient les chrétiens de faire la moindre concession au paganisme. Mais elles montrent aussi avec quel sérieux il traitait l'Église et ses fidèles. La polémique païenne n'avait pas, avant lui, atteint cette dignité, et elle devait, après lui, rester longtemps sans la retrouver.
Le Discours véritable de Celse semble avoir été divisé en quatre livres. Après une préface, dans laquelle Celse expose son intention de convbattre les chrétiens, cette nouvelle engeance d'hommes sans patrie qui tiennent des réunions illicites pour conspirer contre les lois, le premier livre est une critique du christianisme faite du point de vue du judaïsme : un Juif ne peut pas reconnaître en Jésus le Fils de Dieu. Le deuxième livre critique l'apologétique juive et chrétienne dans ce qu'elle peut avoir de commun. Le troisième livre est consacré à l'étude des livres saints : anthropomorphisme du Dieu d'Israël; impossibilité de la résurrection des corps, etc. Enfin, dans le quatrième livre, Celse rappelle le conflit qui divise l'empire et le christianisme et montre comment, selon lui, il serait possible de supprimer ce conflit.
Il est curieux de remarquer que, malgré son importance, le Discours véritable dut rencontrer peu de lecteurs. En dehors d'Origène, personne ne le cite dans l'antiquité; et Origène lui-même ne l'a connu que par l'intermédiaire de son ami Ambroise qui, l'ayant découvert comme par hasard, n'a pas eu de cesse qu'il n'en ait obtenu la réfutation. Plus tard les écrits de Porphyre et de Julien l'Apostat provoqueront parmi les chrétiens une émotion profonde. Le Discours véritable demeura inaperçu. Il marque pourtant une date dans l'histoire des relations entre le paganisme et le christianisme. Celse est peut-être le premier païen qui a tenu à consacrer une réfutation sérieuse aux enseignements et à la propagande du christianisme.
B. Aube, Histoire des persécutions de l'Église. La polémique païenne à la fin du II' siècle, Paris, 1878. — P. Koetschau. Die Gliederung des 'AXnS'lS Aôyos des Celsus, dans Jahrb. fOr protest. Theol., xxjv, 1892, p. 604-632. — L. Rougier, Celse ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Paris, 1926. — A. Miura-Stange, Celsus und Origenes. Das Gemeinsame ihrer Weltanschauung nach den achi Bûchern des Origenes gegen Celsus, Giessen, 1926; O. Glockner, Die Gottes-und Weltanschauung des Celsus, dans Philologus, lxxxii, 1926-27, p. 329-52. — - P. de Labriolle, La réaction païenne. Étude sur la polémique antichrétienne du I" au VI' siècle, Paris, 1934, p. 111 sq.
G. Bardy.
CELSIANUS, Celianus, Gelianus, martyr, se trouve au martyrologe hiéronymien au 21 janv. Mais il s'agit du martyr d'Espagne Caecilianus (22 janv.).
A. S., janv., ii, 705. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 53, 55.
R. Van Doren.
1. CELSIN (Saint), prêtre de Reims, n'est pas cité dans les documents anciens. Le martyrologe d'Usuard le mentionne au 25 oct. A cette date, son nom se trouve également au bréviaire de Reims du xm« s., et il y eut un oratoire en son honneur près de l'église S.-Nicaise. Saussaye, après Galesinius, dit que Celsin a vécu à Reims. Il en a fait un fils de S. Balsaus et un disciple de S. Remi.
A. S., oct., XI, 585-87. — V. Leroquais, Les bréviaires mss. des biblioth. publ. de France, iv, 63.
R. Van Doren.
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
2. CELSIN (Saint), évêque de Toul, est nommé en 4<' lieu sur la liste épiscopale (v. Amon (S.) de Toul, D. H. G. Ë., II, 1322). Le P. De Buck le situe avant 450. Mais on n'a aucun détail sur sa vie. Le corps fut déposé dans l'église S.-Mansuy; il y eut une invention des reliques en 1107, une nouvelle élévation en 1511.
A. S., oct., X, 908-11; 48»-50». — Duchesne, m, 62. — Gallia christiana, xiii, 959. — Gesta episc. Tull., M. G. H., SS., VIII, 633. — B. Picard, Histoire de Toul, 207.
R. Van Doren.
CELTZÉNÉ ou CÉLÉZÉNÉ (KeXtstivi^, KeXejrivri), évêché d'Arménie, d'abord dépendant de Camachos, puis métropole. Le nom de Celtzéné ou Célézéné (on trouve aussi Ecclenziné, 'EKKÂevjivfi), s'entendait non seulement de la ville elle-même mais encore de la région qui l'entourait. Strabon, fscoypaçiKà, XI, IV, 14, l'appelle Acilisène (AKiXiar|vr|). On a discuté sur l'étymologie du mot, mais tout le monde est d'accord pour dire que la ville s'appelait jadis Erez. C'est aujourd'hui Erzincan, sur le cours supérieur de l'Euphrate, au sud-ouest d'Erzéroum. Celtzéné i)orta pendant quelque temps le nom de Justinianopolis en l'honneur de l'empereur Justinien. Ville située sur les confins orientaux de l'empire byzantin, elle eut naturellement une fortune variée suivant les événements politiques, mais elle ne prit une réelle importance qu'aux x<= et xi« s., alors que les basileis obtenaient dans la région des succès éphémères. Elle fut alors le siège d'un tourmarque (Constantin Porphyrogénète, De administrando imperio, c. 43). Cette importance disparut tout d'un coup après la défaite de Mantzikiert (1071) qui marqua l'avance définitive des Turcs Seldjoukides.
Il est difficile de dire à quelle époque Celtzéné reçut un évêché, car le premier titulaire connu n'apparaît que vers le milieu du v» s. On en trouve d'autres au vi« et au vu*'. Chose étonnante cependant, la ville ne figure sous aucun de ses deux noms sur les notices épiscopales les plus anciennes, c.-à-d. sur celle du Pseudo-Épiphane de Chypre, vers le milieu duvii«s., et celle de Basile l'Arménien qui est de 829 environ. On la trouve pour la première fois dans celle dite de Léon le Sage, qui remonte au début du x« s. (H. Gelzer, Ungedruckte und ungenugend verôffentliche Texte der Notitiae episcopatuum, Abhandl. der k. bayer. Akademie der Wiss., I. Cl.,xxi.Bd, III. Abth., 559). L'évêché est alors suffragant de Camachos. Cf. ce mot. La situation est la même dans la Nova Tactica de Constantin Porphyrogénète, vers 940 (H. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis romani, p. 82, n. 1739). Sous Jean Tzimiscès (969-76), elle est métropole sans suffragant, mais unie à un autre siège, celui de Cortzéné : ô TjinEvou fiToi KopT3ivTis Kal KeXTjfvTis (H. Gelzer, Ungedruckte..., 572). Elle avait d'abord passé par un stade intermédiaire, celui d'archevêché, ainsi que l'indique la notice 4 de G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et Notitiae graecae episcopatuum, 137. Cependant une notice qui paraît remonter à 1022-25 l'indique d'abord comme évêché suffragant de Camachos, puis comme métropole avec 21 suffragants (G. Parthey, op. cit., p. 126, n. 640; p. 127, n. 677), mais elle est alors unie à Cortzéné et à Taron, aùv TCO KopTji^vT) Kai Tw Topcôv. La période qui s'étend de 960 à 1071 (défaite de Mantzikiert) est celle de la pleine prospérité pour la métropole de Celtzéné. La décadence suit immédiatement le recul des armées impériales. La notice dite d'Alexis Comnène, qui indique seulement les métropoles, lui attribue le 54" rang sur 80 (G. Parthey, op. cit., p. 97, n. 57). Sous Manuel Comnène, Celtzéné est signalée comme n'ayant pas de suffragant (H. Gelzer, Ungedruckte..., p. 585, n. 26). Il n'y a là rien d'étonnant, car le désastre de Mantzikiert, survenu un siècle plus tôt, avait entraîné le recul