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Z MUNOZ) — CLÉMENT VIII

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17. CLÉMENT VIII, pape, successeur de Grégoire XIV; élu le 30 janv. 1592; f 3 mars 1605.

I. Avant le pontific.\t. — 1° Les premières années. — Ippolito Aldobrandini est né à Fano (États de l'Église) le 24 févr. 1536; il fut baptisé le 4 mars (discussion et preuve des dates dans Pastor, xi, 20); il était le quatrième fils de Silvestro Aldobrandini, juriste renommé (1499-1558; bibliogr., ibid. 18), et de Lisa ou Luisa Deti (î 1557). Sa famille, d'origine florentine, avait dû s'exiler à cause de son opposition aux Médicis.

Il étudia le droit à Padoue et à Bologne, peut-être aussi à Pérouse et à Ferrare. Il en conquit le doctorat soit à Bologne, soit à Padoue, le 10 févr. 1556, comme l'afTirme N. C. Papadopoli (HisL fiymnasii Patavini, ii, Venise, 1726, p. 105). Il fut ensuite employé dans une banque romaine. Grâce au soutien du cardinal Alexandre Farnèse, il entra au service de la Curie où il remplit diverses fonctions : avocat consistorial, puis auditeur du camerlingue (1568); auditeur de la Rote (examen, 13 avr. 1570); dataire (15 mai 1585). En 1571, il interrompit ses activités curiales pour accompagner le cardinal Bonelli chargé d'une mission en Espagne.

2° Le cardinalat. — A la première promotion de Sixte-Quint (18 déc. 1585), I. Aldobrandini fut créé cardinal; il reçut le titre de S. -Pancrace le 15 janv. 1586. Le 12 juin 1586, il fut nommé grand pénitencier. Cette charge lui valut de faire partie de la commission cardinalice instituée en 1587 pour diriger une nouvelle édition des Décrétales sess., 17 juill. 1589).

A la mort d'Étienne Bathory, deux prétendants se disputèrent la couronne de Pologne : l'archiduc Maxiniilien de Habsbourg et le prince héritier de Suède, Sigismond Wasa (J. Korzeniowski, Analecta Romana quae hist. Poloniae saec. xvi illustrant, dans Script, rerum polonicarum, xv, Cracovie, 1894, n. 258-59). Désireux d'envoyer un légat en Pologne pour y rétablir la paix, Sixte-Quint songea d'abord à Alexandre Farnèse. Mais celui-ci se désista et suggéra probablement au pape de s'adresser à son ancien protégé. Le conseil fut écouté : Aldobrandini fut nommé cardinal légat, le 23 mai 1588. Avant de se mettre en route, il chercha à s'entourer d'hommes possédant l'expérience des questions slaves. Il escomptait surtout obtenir la compagnie du P. Possevin et n'oublia jamais le refus qu'il dut essuyer à cette occasion de la part du général des Jésuites, le P. Aquaviva.

Parti de Rome le f juin, il rencontra au passage I l'archiduc Ferdinand à Innsbruck, l'archiduc Matthias à Linz et l'archiduc Ernest à Vienne. Il entra à Cracovie le 27 juill. et y fut reçu en grande pompe par

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.

Sigismond, vainqueur de son rival qu'il avait fait prisonnier. Les négociations furent très difTiciles, tant à Prague, où le cardinal dut se rendre en personne auprès de l'empereur Rodolphe, qu'à Cracovie avec le chancelier Zamojski. Elles aboutirent, le 9 mars 1589, après de longs débats présidés par le légat à Bytom (Beuthen) et à Bendzin, à un accord entre les deux parties (Dogicl, Codex diplomalicus regni Poloniae et nmgni ducatus Lituaniae, i, Vilna, 1758, p. 231-36, n. lvi; Theiner, m, 82, 124-27).

De nouvelles difficultés contraignirent le légat à interrompre son retour en séjournant quelques temps à l'abbaye d'Admont en Autriche (Theiner, m, 127- 28; Korzeniowski, op. cit., n. 263-66). Il ne revint à Rome que le 27 mai. Au cours de cette légation ardue, il s'était fait remarquer par son désintéressement, sa bonté, sa piété et son esprit de conciliation (voir l'étude de V. M. Lotarius, Die Légation des Kard. Hippolyt Aldobrandini nach Polen ini Jahre 1588-89, dans Bessarione, xvii, 1905, p. 294-310). En récompense des services rendus à la cause de la paix, il reçut en commende l'abbaye de Tre Fontane près de Rome.

En automne 1589, après le meurtre de Henri III, Sixte-Quint songea à lui pour une légation en France. Un veto espagnol fit échouer cette candidature. Cependant, en 1590, le cardinal Aldobrandini fut adjoint à la congrégation des cardinaux chargés de l'étude des questions françaises.

3° Les trois conclaves de 1590-91. — Après la mort de Sixte-Quint (27 août 1590), trois groupes de cardinaux se partageaient le Sacré Collège; le cardinal Aldobrandini était la personnalité la plus en vue du troisième de ces groupes : celui des 25 cardinaux nommés par le pape défunt. Mais ce fait même, joint au manque de prestige et de discipline de son groupe, lui enlevait toutes chances d'être élu. Le soutien que lui accordait le cardinal Montalto ne suffisait pas à contrebalancer l'hostilité du groupe espagnol. Sa candidature, proposée par Bonelli au conclave de sept. 1590, fut repoussée par Madruzzo, le porte-parole du groupe espagnol (8 sept. ; Herre, 448).

Urbain VII n'ayant régné que douze jours, le conclave d'oct. 1590 fut témoin d'une nouvelle tentative entreprise par Montalto contre le gré de l'intéressé (9 oct.); elle échoua pareillement devant la même opposition. Aldobrandini lui-même essaya alors d'amener son protecteur à choisir un des sept candidats du parti espagnol. On a cru voir dans cette attitude un calcul pour se ménager la gratitude de Philippe II (Herre, 510). L'entente tardant néanmoins à se faire, Philippe II déclara se rallier à trois autres candidatures, dont celle d' Aldobrandini (Philippe II à Olivarès, 5 déc. 1590; Herre, 538). ISIais cet avis ne parvint à Rome qu'après l'élection de Grégoire XIV.

Au conclave d'oct. 1591, Grégoire XIV étant mort, la situation respective des forces était quasi inchangée. N'étant soutenu en ordre utile ni par le parti espagnol (Herre, 567, n. 2; 571-72), ni par le parti toscan (Herre, 557), Aldobrandini n'avait aucune chance de l'emporter, malgré l'appui du cardinal Montalto. Il l'avait d'autant moins que sa candidature se heurtait à l'opposition des cardinaux plus âgés (Herre, 580). Au scrutin du 28 oct., il ne réunit que 8 voix. L'accord sur sa candidature ne pouvait être que le résultat d'un modus Vivendi entre plusieurs factions rivales. Le parti espagnol était encore trop puissant pour qu'il fallût recourir à une telle solution.

4° Le conclave de 1592 (sources dans Pastor, xi, 9, n. 3; récit dans Herre, 601-26). — A la mort de Grégoire XIV, Philippe II avait renouvelé à son agent romain, le duc de Sessa, son instruction du 5 déc. 1590. Cette confirmation ne parvint à Rome que peu avant

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le nouveau conclave, Innocent IX n'ayant régné que deux mois. Elle comportait une liste de 6 candidats, parmi lesquels Santori, cardinal de S. Severina, grand inquisiteur et ennemi juré du parti français, avait le plus de chances d'être élu. Sessa mit tout en œuvre pour promouvoir cette élection et se crut assuré de la victoire. Florence et Venise soutenaient pareillement Santori; mais un groupe de 16 cardinaux, conduits par Marc Altemps, s'y opposaient vivement. Au premier matin du conclave, une tentative d'élection par adoration, dont Santori fut l'objet, échoua au dernier moment, le cardinal Ascanio Colonna ayant rejoint le groupe des opposants. Depuis longtemps aucun conclave ne s'était plus ouvert dans un tel désordre et une telle opposition tranchée entre deux partis. Les partisans de Santori n'étant plus en nombre pour agir seuls et Aldobrandini ayant élevé des objections canoniques contre la seule procédure extraordinaire encore possible, les cardinaux eurent recours à un scrutin régulier, qui confirma l'échec du cardinal de S. Severina.

Quatre autres candidats de Philippe II, les cardinaux Madruzzo, Galli, Paleotto, Colonna, n'ayant pas davantage trouvé grâce aux yeux des Pères, le conclave menaça de s'éterniser. Cependant les observateurs les plus compétents s'accordaient dès lors à reconnaître que la lutte était circonscrite entre les cardinaux Santori et Aldobrandini. Des indiscrétions, sans doute volontaires, firent savoir à un grand nombre de cardinaux que la candidature d'Aldobrandini jouissait elle aussi de la faveur du roi d'Espagne. Ainsi ses chances augmentèrent. Au premier scrutin (11 janv.), Aldobrandini obtint 11 voix contre 28 à Santori; au quinzième scrutin (25 janv.), les deux rivaux avaient chacun 19 voix (liste de tous les scrutins dans Pastor, x, 693-94). Lors de la mort en plein conclave du cardinal Girolamo délia P.overe (nuit du 25 au 26 janv.), le cardinal Aldobrandini se dévoua durant plus de cinq heures au chevet du moribond.

Enfin, le 30 janv., à la suite d'un accord conclu entre les cardinaux iMontalto et Madruzzo, I. Aldobrandini fut élu pape à l'unanimité. Madruzzo n'avait donné l'assentiment de son parti qu'après avoir obtenu de l'intéressé des assurances sufiisantes quant à son hispanisme; le matin même, ils eurent encore une entrevue qui dura plus d'une heure. Le nouvel élu fut consacré évêque le 2 févr. 1592 et intronisé huit jours après (Eubel, iv, 1).

II. Clément VIII entre la Fr.\nce et l'Espagne. — L'événement principal du pontificat de Clément VIII fut le renversement de la situation religieuse en PYance, résultat de l'abjuration de Henri IV. Le 9 sept. 1585, Sixte-Quint avait excommunié Henri de Navarre comme hérétique relaps, le déclarant en outre « inhabile de plein droit à la succession de toute seigneurie et domaine et particulièrement du royaume de France ». Accentuant encore cette hostilité, Grégoire XIV et Innocent IX avaient chargé un détachement de troupes pontificales de renforcer en France les armées de la Ligue, alliées à l'Espagne. Sur la demande d'Innocent IX, le commissaire romain auprès de ces troupes, Mgr Matteucci, avait rédigé un rapport confidentiel sur la situation en France. Ce rapport, qui ne fut reçu à Rome que par Clément \'III, était très pessimiste.

1° Attitude initiale. — Plus par nécessité politique que par conviction personnelle. Clément VIII suivit d'abord la même ligne que ses prédécesseurs : condescendance prudente envers l'Espagne, soutien de sa politique en Europe; dès le 9 févr. 1592, il inaugure, en faveur de l'Espagne, une série de prorogations des privilèges du subsidio, de Vexcusado et de la Cruzada. Au cours du même mois, il écrit à Alexandre Farnèse, aux ducs de Guise, de Lorraine, de Nemours, de

Mayenne, au commandant de la légion pontificale, Ercole Sfondrato, duc de Montemarciano, puis à son successeur, Appio Conti, pour les inviter à poursuivre une lutte dont l'objectif serait de doter la France d'un roi catholique. Le 15 avr., il confie au cardinal Filippo Sega, évêque de Plaisance et hispanophile notoire, les pouvoirs de légat a latere en France, et lui donne comme instruction de travailler dans le même but à l'union des forces catholiques. Toujours dans le même dessein, la Congregatio Galliae, réunie le 26 avr., décide l'envoi de plus de soixante brefs aux principaux représentants des pouvoirs civil et religieux, de la noblesse et des villes (liste dans Pastor, xi, 50). Un bref du 16 juin félicite les Rouennais d'avoir, par leur résistance, contraint Fleuri de Navarre à lever le siège de leur ville. D'autres missives au cardinal de Gondi, à Farnèse, au duc d'Épernon (1'='' et 28 juin, 10 juill.) prennent ouvertem.ent parti contre le Navarrais en des termes très sévères {ibid., 50-51).

Déjà cependant son attitude évoluait vers une neutralité plus stricte. La limitation à 15 000 écus d'or du subside mensuel destiné au corps expéditionnaire (15 avr. 1592; Desjardins, v, 157), puis le licenciement de la légion pontificale et la décision imposée au commissaire général, Mgr Matteucci, de suspendre tout soutien à la Ligue furent provoqués par des considérations financières plutôt que par un revirement politique (L'Epinois, 560). Mais le message confidentiel chiffré que le pape fit adresser le 24 juin 1592 au duc de Nevers, et où il envisageait, entre autres éventualités, celle d'une conversion de Henri de Navarre au catholicisme, témoigne d'un désir de se renseigner avec objectivité (ibid., 576). La réponse très courageuse dans laquelle Nevers adjurait le pape de « ne pas repousser le roi, s'il venait à se faire catholique, car ce serait la ruine » (27 août; ibid., 569-70), fut encore sans influence sur l'attitude extérieure du Souverain pontife. Fin sept., il menaça de censures ecclésiastiques le duc d'Épernon, s'il continuait à soutenir le Béarnais. En oct., il accueillit très aimablement une délégation venue au nom du duc de Mayenne, principal candidat catholique au trône, et déclara à l'évêque de Lisieux, Anne de Cars, qu'il préférerait la mort plutôt que de reconnaître Henri de Navarre comme roi de France. Les rapports du cardinal Sega renforçaient aussi sa méfiance à l'égard' de ce dernier.

Durant ce temps, un revirement s'opérait dans l'attitude de Henri de Navarre. Allant droit au but selon son habitude, il expédia au pape (8 oct. 1592; Recueil, m, 674) un message autographe, annonçant sa volonté de marcher sur la trace de ses prédécesseurs, les rois Très Chrétiens, en se faisant représenter à Rome par un plénipotentiaire. Il désigna en cette qualité Jean de Vivonne, marquis de Pisany (biogr. par G. Bremond d'Ars, Paris, 1884). Pour préparer ce rapprochement, le cardinal-évêque de Paris, Pierre de Gondi, se rendrait à Rome. L'Espagne ayant fait savoir qu'elle s'opposerait à toute entrée d'un envoyé français à Rome, Gondi s'établit à Florence et Vivonne à Vérone. Les pourparlers furent amorcés par l'entremise des délégués florentin et vénitien, Giovanni Niccolini et Paolo Paruta, qui mirent tous leurs bons offices au service d'un rapprochement francopontifical. Mais Clément VIII restait méfiant (Paruta, I, 91 sq.). Le \" févr. 1593, il fit expédier à diverses personnalités françaises une nouvelle série de 23 brefs ut se ab illa peste sejungant. Le surlendemain, la Congregatio Franciae décida unanimement de ne pas recevoir Vivonne (Pastor, xi, 54).

Ces premiers échecs ne découragèrent pas Henri de Navarre. La mort de Farnèse, les rivalités entre les chefs catholiques, l'ouverture des pourparlers de Suresnes entre ligueurs modérés et royalistes catho-

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ligues firent encore évoluer la situation à son avantage. Pourtant, malgré le prestige renforcé que lui avaient valu ses succès militaires, il se rendit compte que son adhésion au calvinisme restait l'obstacle principal à la pacification du pays et au ralliement de larges couches populaires.

Ce motif inspiré par la raison d'État fut un de ceux qui le décidèrent à faire le pas décisif. Le dimanche 25 juin. 1593, sous le porche de la basilique de S.- Denis, il prononça son abjuration. L'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune, lui donna l'absolution et le réhitégra dans l'Église, salua Sanclae Sedis aposlolicae auclorilate (P. de Vaissière, La conversion d'Henri IV, dans Revue d'hist. de l'Eglise de France, XIV, 1928, p. 43-59).

L'impression en France fut considérable. Mais les milieux d'Église hésitaient sur la valeur canonique de l'acte accompli. Le cardinal Sega, légat pontifical, lui avait dénié d'avance toute validité. Son avis était partagé par les archevêques de Lyon et de Rouen, Mgr d'Espinac et le cardinal de Bourbon. Mais la majorité des prélats français avaient estimé que, du fait de ses expéditions militaires, le roi se trouvait continuellement in arliculo morlis, ce qui rendait valide l'absolution d'une excommunication, fiit-elle réservée au S. -Siège. Ils la subordonnaient toutefois à l'obligation de recourir à Rome, pour obtenir du pape qu'il « rebénisse » Navarre, comme on disait alors.

2" De l'abjuration de Henri IV à son absolution par le pape. — La nouvelle de l'abjuration, apportée à Rome le 15 août par un courrier de la banque Capponi, y fit l'eflet d'une bombe. Théologiens et canonistes se livrèrent à des discussions passionnées sur ce nouveau « cas » (références dans Pastor, xi, 62-63). Le pape fut un des seuls à garder son calme. Décidé à ne se laisser guider que par le seul souci de la religion, sans aucune considération d'opportunisme politique (Paruta, i, 306-09; II, 26, 117), il avait conscience des possibilités que ce fait nouveau recelait pour l'avenir.

D'autre part, son attitude envers l'Espagne se raidissait de plus en plus. Les points de friction entre Rome et Madrid se multipliaient (Hinojosa, i, 355-00). En 1593, le placet royal fut étendu aux facultés des nonces et des légats pontificaux (MUller, De placito regio, Louvain, 1877, p. 47 sq.). Le nouveau nonce, Camillo Caetani, dut protester contre de nombreuses mesures législatives renforçant l'immixtion du pouvoir royal dans les affaires d'Église. L'Apologia de juribus principalibus defendendis, ouvrage dédié à Philippe II par Juan Rova Davila, fut mise à l'Index. En 1593, le pape fit rédiger un mémoire sur les élections pontificales et les interventions des souverains au cours des conclaves. Trois théologiens espagnols, soutenus par le roi, en composèrent un autre, prenant la défense des pratiques interventionnistes des souverains (Gindely, Papslwahlen, 260). Au témoignage d'Agostino Nani, ambassadeur vénitien à Madrid, les censures romaines y étaient souvent considérées comme non avenues et le fait d'avoir été excommunié pendant au moins dix mois équivalait à une preuve de zèle et de dévouement à la chose publique (Albèri, i-5 [xiii, de l'ensemble], 485).

Néanmoins, Clément VIII se méfiant toujours du « converti » préférait attendre les événements plutôt que de s'engager à la légère. Les avances de Henri IV le forcèrent rapidement à prendre position. Ayant conclu avec ses ennemis un armistice de trois mois pour négocier avec Rome, le roi envoya au pape, dès le 9 août, un premier message annonçant l'événement survenu à S. -Denis et l'assurant de sa soumission filiale (Recueil, iv, 10-11). Ensuite une ambassade principale fut chargée d'obtenir à Rome la ratification, • autant que besoin sera », de l'acte de S. -Denis.

! La conduite en fut confiée à Louis de Gonzague, duc de Nevers (commentaire des instructions à Nevers, dans V. Martin, Le gallicanisme..., 274-75).

Apprenant le départ prochain de cette ambassade, I le pape convoqua en session extraordinaire les Congrégations de l'Inquisition et des Affaires françaises j (15-17 sept.), qui décidèrent unanimement qu'il ne I fallait pas la recevoir (Pastor, xi, 698-99). Le P. Pos- 1 sevin, jésuite, fut chargé de notifier cette décision à Nevers et de lui demander de renoncer à son ambassade. S'étant mis en route, le P. Possevin rencontra Nevers en Valteline. Il entrevit la gravité de la situation et, dépassant de sa propre autorité les instructions reçues, il fit demander à Rome si Nevers ne pourrait au moins y être reçu à titre privé. Les deux Congrégations susnommées délibérèrent sur ce point le 24 oct. Le pape, conseillé par le cardinal Toledo, se rangea à l'avis de la majorité; il accepta, mais moyennant des conditions sévères : limitation de la durée du séjour à Rome, interdiction de tout contact avec des cardinaux ou des prélats français (ibid., 699). Au cours d'une nouvelle réunion tenue le 6 nov., le protocole à soumettre à Nevers fut mis au point (ibid., 699-700).

Entre temps, le P. Possevin était rentré à Rome, vers le 17 nov., et Nevers arriva peu après. Il eut aus- \ sitôt une première audience pontificale. Deux autres I suivirent, les 23 et 25, qui durèrent plus de trois [ heures et furent très orageuses. Le pape ne se départit point de son attitude initiale; il resta tout aussi insensible aux arguments exposés par les représentants vénitiens, mantouans et florentins; un libelle que Nevers parvint à grand'peine à lui remettre au cours de son audience du 5 déc, et où se trouvaient exposées I les suites désastreuses que pourrait avoir une rupture, ! n'eut pas plus d'effet : le pape refusa de lui donner une ! réponse écrite. Il refusa pareillement de recevoir en \ audience les prélats de la suite de Nevers; il fut même question à plusieurs reprises de procéder canoniquement contre eux. Les nouvelles apportées de France le j 17 déc. par le secrétaire du cardinal légat étaient de nature à renforcer encore la méfiance des milieux romains. Dans ses conversations avec Paruta (op. cit.. Il, 125, 158) et au consistoire du 20 déc. (Laemmer, 238), le pape exposa et justifia très clairement son attitude. Il est inexact de représenter celle-ci comme dictée par des mobiles politiques. Juriste pointilleux, il ne faisait qu'appliquer strictement les règles du droit. Le 14 janv. 1594, Nevers quitta Rome plein d'appréhensions quant à la suite des événements : sauf une prolongation de son séjour à Rome, il n'avait rien obtenu (duc de Nevers, Mémoires (1574-1610), u, Paris, 1645, p. 405-504, 638-42).

Malgré l'échec de l'ambassade de Nevers, les événe- 1 ments de France suivaient leur cours : après l'abjuj ration, le sacre du roi à Chartres (27 févr. 1594), puis i son entrée à Paris (22 mars) avaient rallié à sa cause la masse des catholiques. Les plus graves conséquences pouvaient résulter d'une obstination romaine, accusée ou soupçonnée de subir l'influence espagnole. Même une trop longue temporisation pouvait se révéler fatale. Les tendances gallicanes se renforçaient à vue d'œil : déjà un arrêt du Grand Conseil interdit de s'adresser à Rome pour obtenir des bulles ou des expéditions de bénéfices. Une délégation du duc de Mayenne et de l'Union des catholiques, conduite par le cardinal de Joyeuse, était arrivée à Rome le 14 janv. 1594, quelques heures après le départ de Nevers. Elle fit remettre au pape, le 14 mars, un mémoire rédigé par un secrétaire du cardinal, l'abbé d'Ossat. Il y était démontré qu'il serait impossible de vaincre le Béarnais par les armes, qu'en conséquence le pape devrait j prendre la direction des pourparlers en vue de la

paix; les conditions en pourraient être : éducation cattiolique du dauptiin, le prince de Condé, promulgation des décrets tridentins, rétablissement général du catholicisme (L'Epinois, 613 sq.)- Ce mémoire fit une profonde impression sur le pape, qui suivait de fort près les alTaires de France et songeait fréquemment aux circonstances qui avaient provoqué et facilité l'éclosion du schisme anglican sous son homonyme Clément VIL Dès févr., il avait mandé à Rome le cardinal de Gondi. Durant trois mois, leurs conversations se déroulèrent dans le plus grand secret. Seuls le cardinal Toledo et les deux cardinaux neveux en avaient connaissance. Avec les autres membres de son entourage, le pape gardait le silence sur cette question; ce qui les portait à croire et à répéter autour d'eux qu'il maintenait son intransigeance.

Au cours de ces entretiens, Clément VIII laissa sous-entendre à Gondi qu'il ne s'opposerait pas systématiquement à recevoir une ambassade de Henri de Navarre (Bremond d'Ars, 345). Auparavant il avait déjà déclaré à Paruta que la fin de non-recevoir opposée à Nevers ne signifiait pas une volonté arrêtée de couper les ponts (Paruta, ii, 158). Et, le 13 juin 1594, le cardinal neveu, Pietro Aldobrandini, écrivit au duc de Nevers dans le même sens (L'Epinois, 623).

Le 25 mai, Gondi quitta Rome pour retourner à Paris, où il arriva en juill. Il eut beaucoup de peine à convaincre Henri IV, qui partageait l'avis général concernant l'attitude du pape. Il le persuada néanmoins de tenter une dernière démarche en vue d'un rapprochement. Sur le conseil de Gondi, le roi désigna dans ce but Jacques Davy du Perron, ancien huguenot converti, devenu évêque nommé d'Évreux et un des principaux artisans de l'abjuration de S. -Denis (voir la très importante dépêche chifTrée de Gondi au pape, du 21 août, dans V. Martin, La reprise..., i, 378 sq.; Desiardins, v, 289 sq.). Le pape api)rouva ce choix.

Pour éviter toute réédition de l'aventure de Nevers, on décida de préparer le terrain à Rome par des négociations préalables. A cette fin, le roi chargea Arnaud d'Ossat d'une mission de sondage pour déterminer les bases et les modalités éventuelles d'un accord (8 nov. 1594). Cet ecclésiastique gascon se trouvait à Rome depuis quatorze ans; il y avait rempli diverses fonctions et connaissait comme personne les milieux romains. De son côté, le cardinal Sega, revenu à Rome en nov. 1594, se prononçait maintenant lui aussi en faveur d'un rapprochement avec Henri IV (Pastor, XI, 84, n. 6).

Dès les premiers contacts, d'Ossat comprit que les négociations seraient longues (Ossat à Vivonne, ibid., 86, n.; la date « 3 juill. 1593 » est sans doute une faute d'impression pour 1594). A sa première audience (15 déc. 1594), il remit au pape une lettre du roi (8 nov. 1594; Recueil, iv, 243) témoignant d'excellentes dispositions. Au cours des audiences et négociations suivantes, il réussit à persuader le pape et son secrétaire d'État qu'il était inopportun de lier la question de l'absolution à celle de la paix entre la France et l'Espagne et impossible pour le roi de rompre en un tournemain toutes relations avec les huguenots et les nations protestantes (Ossat, 41, 56, 58). Lin accord de principe fut également réalisé quant aux garanties exigées pour l'avenir : éducation catholique de l'héritier présomptif, rétablissement du catholicisme en Béarn, promulgation du concile de Trente.

Une difficulté majeure provenait de la question de la « réhabilitation » du roi. La réintégration d'un pécheur dans l'Église et l'absolution au for externe des censures encourues étaient deux actes relevant de toute évidence du pouvoir des clefs. Mais le cas du Béarnais converti se compliquait du fait de la mesure prise contre lui par Sixte-Quint et mettant en question la

légitimité du pouvoir royal lui-même. Cette mesure impliquait la reconnaissance d'un pouvoir quasi discrétionnaire des papes sur les couronnes. Comme bien l'on pense, personne dans l'entourage du roi de France n'était disposé à céder sur ce point (Ossat, 48-49, 57). Les discussions furent longues. Finalement le cardinal Pietro Aldobrandini laissa entendre qu'on pourrait trouver « mille tempéramens » permettant de résoudre la difficulté (Ossat, 59).

En France, divers obstacles retardèrent le départ de du Perron : manigances des gallicans et des huguenots, interventions étrangères, manque d'argent. Un événement fortuit faillit même remettre tout en question : l'attentat de Jean Chastel contre Henri IV (27 déc. 1594). Le coupable étant un ancien élève des jésuites, le parlement de Paris prit occasion de cette tentative criminelle pour expulser des territoires de son ressort les Pères de la Compagnie. La nouvelle de cette mesure inique causa une pénible surprise à Rome. Cependant, malgré les efforts du parti espagnol, les négociations furent poursuivies (Ossat, 68-80). Le recteur des jésuites de Paris, venu à Rome au début de mars, insista lui-même en ce sens au cours d'une audience pontificale (Prat, v, 66 sq.).

Pourtant les mois passaient et l'ambassade française se faisait toujours attendre. A Rome, d'Ossat devenait inquiet et se mettait en quatre pour justifier ce retard inexplicable (Lettres, 81-82, 86-88, 91, 94, 97). Enfin du Perron, muni de ses instructions datées du 9 mai 1595 (publ. par lui. Les ambassades, i, 135-49), se mit en route pour Rome, où il arriva le 12 juill. et fut reçu par Clément VIII le jour même. Les jours suivants, partisans et adversaires d'une réconciliation avec Henri IV firent le siège du Souverain pontife. Du Perron eut deux audiences, les 16 et 30 juill.; à cette dernière, il remit au pape la requête dont il était porteur (ibid., i, 149; Ossat, 101). Du côté espagnol, le duc de Sessa, ambassadeur de Philippe II, fit remettre au pape, le 29 juill., un mémoire contre l'absolution, et l'auditeur de la Rote, Francesco Peiia, lui exposa le surlendemain tous ses arguments au cours d'une très longue audience (Pastor, xi, 94, n. 3, 5).

Parallèlement à ces influences officielles, d'autres plus occultes agissaient sur le pape. S. Philippe de Néri et César Baronius, ce dernier confesseur, l'autre ami intime du pape, ne manquaient pas une occasion d'intervenir en faveur du roi de France; Baronius aurait même déclaré qu'à son avis le pape était tenu d'accorder l'absolution sous peine de péché (sur les rapports de Clément VIII et de S. Philippe de Néri, A. Capecelatro, La vita di S. Filippo Neri, ii, 558-93; trad. franç. par Ph. Bezin, ii [Dibl. oratorienne, xi], Paris, 1889, p. 547-82; 638-60).

Déjà Clément VIII, plus résigné qu'enthousiaste, avait pris sa décision : sur son ordre, le cardinal Gesualdo, président de la Congrégation des Rites, étudiait les formalités de l'absolution à donner à un roi hérétique. Mais, en vrai juriste respectueux des formes, il tenait à obtenir l'adhésion du Sacré Collège. Or, la position des Espagnols y était encore si forte qu'une réunion du consistoire pouvait aboutir au rejet de la requête française (Desjardins, v, 209-11, 213, 219-40). Pour éviter ce risque, le pape adopta un stratagème proposé par le cardinal Médicis, d'accord avec les délégués français et florentins. Le 2 août, les cardinaux étant réunis en congrégation générale, le pape leur exposa en détail l'état de la question; mais, cela fait, au lieu de prendre leur avis en public comme de coutume, il leur demanda ut in caniera guisque seorsum libère dicat Sanditati Suae quod pro conscientia sensil (Pastor, XI, 711-12; compte rendu de cette séance. Desjardins, v, 243-48). Ces audiences privées, dont chacune dura environ deux heures, se poursuivirent

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du 7 au 23 août. Entre temps processions et prières publiques furent prescrites; le pape lui-même y prit part dans l'attitude d'un pénitent public. Les négociations reprirent alors entre les cardinaux Toledo, Pietro Aldobrandini et les deux représentants français. Les dossiers des pièces à consulter avaient été préparés sur ordre du pape par*Rainaldi. Un accord en seize articles fut réalisé sur les points principaux, sauf sur la « réhabilitation » (du Perron, i, 155-GO). Le 28 août, le pape donna audience aux négociateurs et leur déclara son accord; il proposa même de se rendre en personne en 'France pour y absoudre le roi (Ossat, 105). Le 30 août, le pape annonça sa décision positive au consistoire, spécifiant qu'elle avait obtenu l'assentiment de plus des deux tiers des cardinaux (Pastor, xi, 712; Desjardins, v, 260 sq.).

Quand les documents furent mis au point, la solennité de l'abjuration et de l'absolution eurent lieu sous le portique de S. -Pierre, le 17 sept. Du Perron et d'Ossat représentaient le roi de France (procès-verbal offîciel de la cérémonie dans du Perron, i, 162-75; autres références, Pastor, xi, 102, n. C). En souvenir de cet événement, une médaille fut frappée avec les bustes de Clément VIII et de Henri IV (P. Bonanni, Numismata Pont. Rom. quae a tempore Martini V ad ann. 1699 vel authoritate publica vel privato genio in lucem prodiere, ii, Rome, 1699, p. 457) et une colonne commémorative fut dressée devant le couvent de S.- Antoine sur l'Esquilin (G. Tomasetti, Delta cotonna delta di Enrico IV, dans Botlet. delta Commissione archeotogica di Roma, 1882, p. 73).

Le texte de la bulle de l'absolution montre le souci de sauvegarder l'essentiel tout en ménageant les susceptibilités. Un point délicat concernait la nullité de l'absolution de S. -Denis. On s'arrêta à une solution mitoyenne : l'exposé des motifs se contentait d'une formule édulcorée : quod tametsi festinantius et minus rite ac recte factum est; mais la partie dispositive en déclarait sans ambages la nullité. En outre, grâce à une Tiction de droit, les actes de religion auxquels elle avait donné lieu étaient validés avec effet rétroactif : perinde ac si a nobis tune ubsotutus fuisses {Bull. Rom. Pont., X, 304-14).

Sur d'autres points : réhabilitation, promulgation inconditionnelle des décrets tridentins, confirmation des nominations faites par le duc de Mayenne, rappel des jésuites, du Perron et d'Ossat s'étaient montrés intraitables et Clément VIII avait cédé. Excellent réaliste, faisant passer le salut des âmes avant toute autre considération, il préférait se contenter du possible.

Après avoir rappelé le cours des principaux événements ayant amené l'abjuration du roi et après avoir cité la formule d'abjuration et de profession de foi prononcée au nom de celui-ci par les deux procureurs, la bulle énumère en treize articles les conditions et pénitences qui lui furent imposées par le pape.

3° De l'absolution de Henri I V par le pape à V Édit de Nantes. — L'absolution qu'il venait de lui accorder n'avait pas dissipé chez le pape la méfiance à l'égard du monarque converti (Paruta, m, 296). Son confesseur Baronius dut lui rappeler que, pour juger de la conversion d'un pécheur, seuls les actes extérieurs peuvent être pris en considération. Dieu étant seul capable de scruter le fond des consciences. L'expédition de la bulle d'absolution fut retardée : Alessandro del Bene ne l'emporta que le 7 nov. (Ossat, 115) et ne la présenta au roi que le 22 déc. (L'Epinois, 635). Son rapport au pape fut très optimiste. Sans attendre l'arrivée de la bulle, Henri IV avait arrêté les premières mesures répondant aux conditions de l'absolution : l'interdiction de s'adresser à Rome en matière de bénénces fut levée et des dispositions furent prises pour

faire donner au prince de Condé une éducation catholique.

Ces premiers rapprochements permirent d'envisager le rétablissement des relations diplomatiques entre le S. -Siège et la France. François de Goiizague, évèque de Mantoue, fut désigné comme nonce ordinaire. En outre. Clément VIII nomma comme légat a latere le cardinal Alexandre de Médicis (3 avr. 1596). Celuici était spécialement chargé d'obtenir l'exécution des conditions mises à l'absolution, surtout en ce qui concernait le rétablissement de situations bénéficiales régulières (7 sièges archiépiscopaux sur 14 et près de 40 évêchés sur une centaine étaient alors vacants). En outre, il devait pousser à la conclusion d'une paix entre la France et l'Espagne et au rappel des jésuites (instr. au card. de Médicis, 10 mai 1596; Pastor, xi, 714-17).

Henri IV réserva au légat un accueil royal et signa dans son texte primitif et complet l'instrument de ratification des promesses faites à Rome par ses délégués (8 août, V. Martin, Lo reprise..., ii, 242-4 1 ; 19 sept., Bull. Rom. Pont., x, 314 sq.). Cependant, il ne réussit qu'à grand'peine et au prix d'une concession im])ortante à obtenir du parlement de Paris l'enregistrement pur et simple des bulles apportées par le légat (récit dans V. Martin, La reprise..., ii, 237-42).

Les nouvelles très favorables que le légat faisait parvenir à Rome, dans un but évident de rapprochement, y causèrent une grande satisfaction (V. Martin, La reprise..., ii, 255-60). Les rapports s'améliorèrent encore par suite de l'attitude compréhensive et tolérante du légat.

De son côté, le roi avait fait prévoir, dans sa lettre de remerciement du 12 nov. 1595 {Recueil, iv, 445), l'envoi d'un ambassadeur auprès du S. -Siège. Après un long délai, il désigna à ce poste François de Lu.xembourg, duc de Piney, qui arriva à Rome le 20 mars 1597 et fut reçu peu après par le pape (Ossat, 269, 277).

Le principal point de friction des relations francopontificales après 1595 fut la politique royale de tolérance envers les huguenots. Dès le lendemain de sa conversion, Henri IV avait fait savoir à la minorité protestante de son royaume qu'il n'en résulterait aucune atteinte à ses droits légitimes. Par la suite, le roi ne se départit jamais de cette ligne de conduite. Bien au contraire. Dès le 12 déc. 1593, à Mantes, il proposa, et le 15 nov. 1594, à S. -Germain, il accorda le renouvellement de l'édit de 1577. Devant des menaces non déguisées de révolte, alors que le pays était en guerre, il se vit bientôt contraint d'envisager des concessions encore plus larges (de la Brière, dans Études, xcviii, 767-70).

Les longs pourparlers entre Henri IV et les huguenots aboutirent, le 30 avr. 1598, à la signature de l'Édit de Nantes et des articles additionnels réglant la condition des places de sûreté (publ. par L. Anquez, Hist. des assemblées polit, des ré/ormés de France, Paris, 1859, p. 456-502; bibliogr. jusqu'en 1903, de la Brière, toc. cit., 759-60; sur la date, P. E. Vigneaux, La véritable date de l'Édit de Nantes et des actes additionnels, dans Revue des études hist., lxxv, 1909). Pour la première fois dans l'histoire, se trouvait appliqué dans un pays tout entier — sous le coup, il est vrai, d'une nécessité politique et moyennant des clauses dangereuses pour la sûreté de l'État — un régime inspiré par un i)rincipe de tolérance religieuse.

A Rome, où l'on avait eu vent des tractations entre Henri IV et les huguenots, l'attitude du roi se heurta à une incompréhension totale. Clément VIII avoua son inquiétude et d'Ossat s'ingénia en vain à le rassurer {Lettres, 231, 265 sq.). Le cardinal de Médicis ne cacha pas au roi que le pape serait fort peiné par la conclusion de l'Édit (L'Epinois, 648); il obtint que la

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publication en serait remise jusqu'après son retour en Italie (début sept. 1598). Il avait vu juste. Le pape, pressenti par une lettre du roi (17 août 1598 ; J. Denais- Darnays, Un État dans l'État. Les protestants français sous Henri IV, Paris, 1903, p. 48, dans Science et religion, 246), fut vivement affecté tout comme les milieux romains (Desjardins, v, 366). Juriste pointilleux, un tel accroc aux principes canoniques lui paraissait monstrueux (de la Brière, loc. cit., xcix, 51). Il pria son chargé d'affaires en France, Bandini, d'empêcher, si possible, la publication de l'Édit. Il se raccrocha à l'espoir que le Parlement refuserait de l'enregistrer ou que le roi se montrerait négligent dans son application. Il s'illusionnait : l'Édit de Nantes fut appliqué loyalement et le roi finit par avoir raison de la résistance du Parlement.

Dès qu'il l'eut appris. Clément VIII manda les cardinaux Joyeuse et d'Ossat (27 mars 1599; la date du 17 mars donnée par Pastor, xi, 124 et par V. Martin, Le gallicanisme, 305, semble inexacte) et leur fit part de « la grande affliction qu'il avait » éprouvée à cause de cet édit, «le plus maudit qu'on pouvait imaginer..., par lequel était permise la liberté de conscience à tout chacun, qui était la pire chose du monde »; il ajouta qu'il « lui semblait avoir reçu une balafre en plein visage » et que, « comme il avait alors franchi le fossé pour venir à l'absolution, aussi ne se feindrait-il pas de le franchir une autre fois, s'il fallait retourner à faire acte contraire » (Ossat, 391-97). Ce qui attristait surtout le pape, c'était de constater chez le roi une telle différence d'attitude pour publier l'Édit de Nantes et le concile de Trente. Les explications des deux cardinaux ne le satisfirent guère. 11 se plaignit au roi, qui lui répondit très aimablement (6 nov. ; Recueil..., V, 184) en insistant sur les avantages que cet édit assurait aussi aux catholiques. Ces avantages étaient réels : comme contre-partie de ses concessions, le roi avait obtenu le rétablissement du catholicisme dans plus de 300 villes et 1 000 paroisses (de la Brière, toc. cit., xcix, 56) ainsi qu'en Béarn (édit de Fontainebleau, 15 avr. 1599; cf. Bull, de la Soc. d'hist. du protest, français, xLvn, 1898, p. 332).

4° La fin de la guerre franco-espagnole et l'affaire de Savoie. — A l'égard du conflit franco-espagnol. Clément VIII adopta une politique d'indépendance. Par son attitude compréhensive envers Henri de Navarre et par diverses autres mesures, il avait réussi à dégager le S. -Siège de l'emprise espagnole; il pouvait donc proposer sa médiation aux deux parties en conflit.

Tandis qu'il chargeait le cardinal Caetani de pressentir Philippe II dès le 10 mai 1596, tandis qu'il faisait parvenir au légat et au nonce de Paris des directives personnelles très précises et que ceux-ci sondaient Henri IV (Louant, 131 sq.), à Rome il discutait de la question avec son secrétaire d'État et avec d'Ossat (déc. 1596-févr. 1597; Ossat, 225, 234, 241- 55). Le pape pi-oposa que les pourparlers fussent ouverts dans une ville de Flandre par le nonce de Paris; la paix entre l'Espagne et la France devait rendre possible une alliance européenne contre la Porte et détacher Henri IV de son alliance anglaise. Peut-être songeait-il aussi à un mariage franco-espagnol (Ossat, 242).

Malgré plusieurs contre-temps causés par la méfiance réciproque, par le refus des Espagnols de renoncer à leurs conquêtes (Amiens et Calais) et par celui de Henri IV de se détacher de ses alliés protestants, le pape poursuivit ses efforts. Il avait délégué en Espagne le général des Franciscains de l'Observance, Bonaventura Secusi, appelé Caltagirone d'après son lieu d'origine, avec mission de disposer Philippe II ■À un accord de principe (V. Martin, La reprise..., ii, 262-63). Sa mission espagnole réussie, Caltagirone

partit pour les Pays-Bas, où il fut de mai à nov. 1597 négociateur officieux entre Bruxelles et Paris. Henri IV fit d'abord la sourde oreille; mais, conseillé par le chancelier Bellièvre et encouragé par la reddition d'Amiens aux Français (25 sept.), il se montra plus accommodant. Les pourparlers officiels, ouverts à Vervins le 9 févr. 1598 (Negocialo de la pace, publ. par Louant, 173; la date du 2 févr., donnée par Louant dans son éd. de la Correspondance d'O. M. Frangipani, t. iii-l, p. Lvi, est inexacte), sous la présidence du cardinal légat, aboutirent le 2 mai 1598 à la signature de la paix.

Au cours de ces tractations, l'attitude du S. -Siège et de ses représentants avait été nettement favorable à la France. On peut sans exagération parler d'une pression morale exercée sur Bruxelles afin d'obtenir la conclusion de la paix à n'importe quel prix. (Les documents sur le rôle du S. -Siège dans les négociations de Vervins sont publiés dans Correspondance d'O. M. Frangipani, t. i-ii ; résumé dans Louant; autres références dans Pastor, xi, 159.)

Le traité de Vervins entre la France et l'Espagne incluait aussi la Savoie, réserve faite de la question du marquisat de Saluées (Saluzzo). Ce territoire peu étendu, mais contrôlant un des principaux passages alpestres, était contesté entre la France et la Savoie. Appuyé par l'Espagne, Charles-Emmanuel 1" refusait de retirer ses troupes de cette position stratégique qu'elles occupaient depuis dix ans. La question fut remise à l'arbitrage du Souverain pontife, dont la sentence devait être rendue avant un an (références dans Pastor, xi, 169, n. 2; en outre G. Vita, Carlo Emanuele I e la questione del marchesato di Saluzzu ( 1598-1601 ), dans Doit, storico bibliografico subalpino, XXIV, 1922, p. 22-84; xxv, 1923, p. 71-143).

Clément VIII accepta ce douteux honneur avec résignation et s'acquitta de sa mission avec le plus entier désintéressement. Les rumeurs suivant lesquelles il aurait voulu à cette occasion procurer une principauté à son cardinal neveu sont dénuées de tout fondement (Fumi, p. xv).

Les pourparlers se firent en trois étapes. Une première série de négociations (printemps 1599) eurent lieu simultanément, à Rome entre le pape et les envoyés des deux partis, de Verrue et Sillery, à Paris entre Caltagirone et le roi. A une proposition pontificale de renonciation à Saluées contre un dédommagement à convenir, Henri IV répondit par une contre-proposition : le pape prendrait le marquisat en dépôt. Charles- Emmanuel souscrivit en principe à cette transaction ; mais, escomptant l'appui des Espagnols, il souleva de telles difficultés d'exécution que Clément VIII renonça à son office de médiateur.

LTne deuxième série de négociations menées par l'infatigable Caltagirone n'aboutirent qu'à un accord simulé (27 févr. 1600; Fumi, 49 sq.) et furent suivies, malgré tous les efforts du pape, d'un recours aux armes. En peu de temps, la Savoie entière fut occupée par les troupes françaises (août 1600).

Une fois de plus, le pape s'eft'orça de rétablir la paix; il écrivit personnellement à Henri IV, à Charles- Emmanuel et à Philippe III (25 août). Il décida d'envoyer son secrétaire d'État, Pietro Aldobrandini, comme cardinal légat auprès des belligérants (consistoires des 30 août et 11 sept. 1600). Désigné le 25 sept, et muni de ses pouvoirs (Manfroni, dans Arch. delta Soc. rom xiii, 136), le légat quitta Rome le lendemain, accompagné d'une suite de huit cents personnes. A son passage par Florence, il bénit le mariage par procuration de Henri IV, représenté par le grand-duc de Toscane, avec Marie de Médicis (5 oct. ; Desjardins, V, 445). Les négociations pour déterminer les conditions de paix furent amorcées à Stradclla, Voghera,

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Tortona et Turin avec les Espagnols et le duc de Savoie (18 oct.-2 nov.). Elles furent poursuivies depuis le 8 nov. avec Henri IV, d'abord à Chambéry, puis à Lyon où le cardinal légat s'était rendu pour réitérer la bénédiction nuptiale du mariage de celui-ci avec Marie de Médicis (17 déc). A trois reprises, elles faillirent échouer par suite d'un obstacle survenant au dernier moment. Après des négociations très laborieuses, le traité de Lyon fut signé le 17 janv. 1601 : la Savoie conservait Saluées, en échange des territoires qu'elle possédait sur la rive droite du Rhône (Bresse, Bugey, Gex, \'alromey) et d'une contribution de 100 000 écus. Clément VIH, qui avait pris une part personnelle très importante à ce succès, en conçut une telle allégresse qu'il embrassa le messager porteur de la nouvelle et prescrivit des ré.iouissances publiques (Ossat, 574 sq.; Manfroni, loc. cil., 109).

Dans la suite, le pape continua à se faire l'avocat d'un rapprochement durable entre la France et l'Espagne. Mais sa politique se heurta à de nombreux obstacles : intrigues et mauvais vouloir des gouvernants, zèle indiscret de certaines nonciatures comme celle de Soleure, hostilité de l'opinion. Coup sur coup, de nouvelles causes de dissentiment surgirent qui faillirent réduire à néant l'espoir si chèrement caressé : affaire de la Rochepot (août 1601-juin 1602; Couzard, Une ambassade..., 22-28); complot du duc de Biron (mai-août 1602; ibid., 28-40); occupation du pont de Grésin sur le Rhône par les troupes françaises, de la place de Finale en Ligurie et de la seigneurie de Piombino par les Savoyards; soutien accordé par Henri IV aux Provinces-Unies (1602-03); affaire de la Valteline et des Grisons (1603 sq.); conflit des droits d'entrée sur le commerce franco-espagnol (1603-04; ibid., 147-63). Chaque fois, la diplomatie pontificale eut fort à faire pour éviter que ces étincelles n'allumassent un nouvel incendie.

Un incident plus grave encore se produisit en Savoie. Soutenu par le gouverneur de Milan, Charles- Emmanuel projeta une intervention armée contre Genève. Il espérait pouvoir compter sur l'appui du pape. Clément VIII détestait cordialement la citadelle calviniste, qu'il appelait « la bouche d'enfer »; il estimait que Genève n'était pas comprise dans les traités conclus par l'entremise de ses légats. Mais il avait la hantise de la paix et ne voulait à aucun prix la voir mise en péril. Les nonces de Madrid et de Turin reçurent mission d'agir en ce sens. L' « escalade de Genève » {Docum. sur l'escalade..., n. 188, 193, 195), tentée par surprise dans la nuit du 21 au 22 déc. 1602, se solda par un échec. Le pape n'en fut pas fâché. Mais lorsque les Genevois eurent entrepris à leur tour un coup de main sur S.-Genys en Savoie, il écrivit au roi de France, qu'il considérait comme complice de la ville hérétique, une lettre autographe d'une énergie peu commune, montrant comment la politique du roi heurtait les intérêts généraux du catholicisme (18 avr. 1603; ibid., n. 281; résumé dans de Becdelièvre, 400). Henri IV s'étant plaint des termes de ce message, le pape lui envoya une mise au point (14 juill.; Docum. sur l'escalade..., n. 302); il fit aussi la leçon à l'ambassadeur de Savoie. Grâce à l'entremise du roi de France et des principaux cantons suisses, il obtint ainsi la conclusion, puis la ratification de la paix de S. -Julien (janv. 1604).

5° Dernières années (1599-1605 ) : affaires intérieures françaises et espagnoles. — Durant les dernières années de son pontificat, la question principale débattue entre Clément VIII et la France fut la publication du concile de Trente.

Son acceptation, décidée le 8 août 1593 par les États généraux de la Ligue (Martin, Le gallicanisme, 127 sq., 258-72), avait été cassée par le parlement de

Paris. La bulle d'absolution du roi la mentionnait aussi parmi ses conditions principales (Bull. Rom. Pont., X, 312). Durant sa légation en France, le cardinal de Médicis s'était proposé pour objectif d'obtenir moins une promulgation platonique de l'ensemble qu'une application graduelle de ses principaux décrets. Ainsi, pour résoudre le problème des évèchés occupés par des titulaires incapables ou irréguliers (économes ou custodi nos), le légat imagina et fit admettre par Rome l'établissement d'un système de compensations pécuniaires consistant surtout en pensions viagères (Martin, ibid., 291-94). Plus formaliste, d'Ossat écrivit de Rome au roi pour lui conseiller de ne pas différer davantage la publication, fallût-il au besoin faire traîner la mise en application (19 nov. 1596; Lettres, 216- 17). Ce conseil resta sans effet, tout comme les rappels adressés au roi en mars 1597 par le légat, en juin et en août 1598 par le pape, et en sept. 1598 par les prélats français (Martin, ibid., 297-302).

Cette attitude dilatoire du roi provenait de sa crainte de heurter de front les cercles gallicans fort influents. Mais les intransigeants parmi les anciens ligueurs eurent beau jeu de taxer le roi de duplicité et ils ne se firent pas faute de dénoncer à Rome la désinvolture avec laquelle il semblait faire fi de ses promesses. Au début de 1599, la tension entre Paris et Rome s'accrut encore. Les premiers rapports détaillés que le pape reçut en août 1599 de son nouveau nonce, Gasparo Silingardi, n'envisageaient rien de moins qu'une déclaration de rupture, pour non-observation des conditions mises à l'absolution (V. Martin, Les négociations..., 41-43).

Pourtant Clément VIII accumulait les prévenances : le procès en nullité du mariage royal avec Marguerite de Valois devant s'ouvrir à Paris, le pape, revenant sur ses premières préventions {ibid., 21), renonça à son projet d'y envoyer un auditeur de la Rote pour l'instruire, abandonnant la cause à des prélats français assistés du nonce (25 août, 22 sept.; Ossat, 422, 426 sq.). Il ratifia leur sentence de nullité et écrivit au roi à ce sujet (26 sept.; V. Martin, ibid., 45).

Fut-ce l'efiet de cette condescendance pontificale? A la suite d'une double entrevue entre Silingardi, le roi et son chancelier Bellièvre (début nov.), l'horizon s'éclaircit. Henri IV donna au nonce et au Souverain pontife des assurances formelles quant au concile (6 nov. 1599; Recueil..., v, 183; rapport du nonce, même date, V. Martin, ibid., 46 sq.).

Pour profiter de ces bonnes dispositions, le pape entreprit un grand effort de propagande, écrivant directement au roi et aux personnalités les plus importantes de son entourage, en faveur de la publication du concile (15-16 déc; V. Martin, ibid., 50, 51-59). Il joignit à cette demande celle de lever les mesures d'exception frappant les jésuites. Le nonce, continuellement harcelé par Rome, revint pareillement à la charge auprès du monarque (janv. -avr. 1600; ibid., 65, 76) et le pape lui écrivit derechef à trois reprises en l'espace de deux semaines (25 mars, 9 et 10 avr. 1600; ibid., 72, 79, 80).

A ce moment, la volonté du roi était arrêtée : décidé à hâter une solution favorable, il avait dessaisi le Parlement de l'examen de cette affaire pour la remettre entre les mains de son Conseil privé. Fin avr. ou début mai 1600, les lettres patentes de la publication du concile se trouvaient rédigées, signées et scellées, après avoir été soumises à l'approbation de Sillery et d'Ossat à Rome (V. Martin, Le gallicanisme..., 314; Les négociations..., 82; Ossat, 479 sq.). Au dernier moment, impressionné par l'attitude résolument hostile de de Thou (de Thou, Mémoires, 272), le roi n'osa pas affronter le Parlement pour les y faire enregistrer et préféra remettre toute l'affaire à des temps meilleurs. Cette nouvelle dilation réveilla la méfiance du pape quant à

CLÉMENT A'III

la sincérité du roi et provoqua chez lui un raidissement à l'égard des affaires françaises : il refusa d'étendre le concordat aux régions récemment devenues françaises. Trois Évêchés et pays cédés par la Savoie au traité de Lyon (printemps 1601). A toutes les instances, le pape rétorqua que ses prédécesseurs auraient mieux fait de ne pas accorder le droit de nomination aux évêchés et qu'il ne pouvait être question d'étendre ce privilège dont les conséquences funestes éclataient à tous les yeux (Ossat, 583, 586).

La question du concile resta à l'ordre du jour des négociations franco-romaines. Dans son abondante correspondance, le cardinal d'Ossat ne cessait de rappeler aux ministres du roi que l'obtention de certaines grâces et faveurs sollicitées serait bien plus aisée, si cette preuve de bonne volonté était fournie au pape. Durant sa légation pacificatrice, le cardinal Aldobrandini tenta lui aussi de convaincre le roi sur ce point. D'avril à juill. 1601, une correspondance suivie fut échangée à ce sujet entre Rome et la France, mais sans résultat apparent (V. Martin, Les négociations..., 97-115). Un nouvel ambassadeur français à Rome, Philippe de Béthune, fut chargé par le roi d'expliquer au pape la situation dans tous ses détails (instr. du 23 août 1601; V. Martin, Le gallicanisme..., 329-30) et de lui proposer un projet de formule. Deux lettres (13 nov. et 5 déc. 1601) du cardinal secrétaire d'État au nouveau nonce à Paris, Innocenzo Bufïalo, apprennent que le texte de ce projet est à l'examen chez le pape. On ignore quel en fut le résultat. Au cours des années suivantes, la question de l'application du concile de Trente en France passa à l'arrière-plan.

Clément VIII réussit mieux dans l'affaire des jésuites, en faveur desquels il avait envoyé un bref spécial au roi (19 janv. 1597; Fouqueray, ii, 462-64). Le cardinal de Médicis, dont la légation touchait à sa fin, n'ayant rien obtenu sur ce point, deux négociateurs spéciaux furent chargés de cette alïaire : l'archevêque d'Arles, Orazio del Monte, et le P. Lorenzo Maggio (brefs pontificaux, 25 nov. 1598; départ après le 22 juin 1599). Ils trouvèrent le roi bien disposé. Henri IV assura le pape qu'il lui donnerait satisfaction (6 nov. 1599; Recueil, v, 184). Mais, désireux de ménager les adversaires des jésuites, il différa l'exécution de cette promesse. A une nouvelle série de brefs pontificaux (14 avr. 1601 ; V. Martin, Les négociations..., 100- 104), il répondit huit mois plus tard en soumettant le retour des Pères à des conditions qui ne furent pas agréées par leur général, le P. Aquaviva (Fouqueray, II, 597-600). Clément VIII renonça momentanément à poursuivre ses démarches.

Les sentiments du roi à l'égard des jésuites furent fortement modifiés par les contacts personnels qu'il eut avec plusieurs d'entre eux, surtout avec le P. Coton, durant son séjour à Metz (févr.-mars 1603; Fouqueray, II, 619-36). Comprenant que l'occasion était favorable, le nouveau nonce à Paris, Innocenzo Buffalo, conseilla au pape l'envoi d'un autre bref (14 juill. 1603; Prat, ii, 126; la date de Pastor, xi, 134, est inexacte). Celui-ci eut gain de cause : après avoir consulté une commission de quatorze juristes et notables (Prat, II, 138), Henri IV fit promulguer, le l^' sept. 1603, l'édit de Rouen accordant à la Compagnie de Jésus une existence légale limitée (Prat, ii, 147). En cette occasion le pape se montra plus réaliste que le général des Jésuites. Alors que les réclamations du P. Aquaviva faillirent compromettre tout le résultat obtenu, Clément Vlll estima que l'édit constituait un pas important vers une normalisation complète de la situation des jésuites en France. L'avenir répondit à ses prévisions (Fouqueray, ii; Prat, n, v; R. Couzard, De edicto Rothomagensi jesuitas in Galliam restituenti, thèse, Paris, 1900).

Les rapports entre le S. -Siège et Madrid subirent une légère détente par suite de l'avènement de Philippe III. Le pape accorda au nouveau roi l'investiture des Deux-Siciles, après lui avoir permis d'être à la fois souverain du royaume de Naples et du Milanais (6-9 sept.; Bull. Rom. Pont., x, 534, 536). Il rappela aussi au roi ses devoirs en fait de nominations épiscopales (ibid., 478). Il fit dresser, à la fin de 1600, une longue liste de violations de la juridiction ecclésiastique, dont il avait eu à se plaindre. Pour aplanir les questions juridictionnelles controversées, les Espagnols proposèrent l'institution d'un tribunal spécial, sur le modèle de l'Inquisition. Le pape rejeta ce projet et formula au sujet de ce soi-disant modèle un jugement très sévère (Pastor, xi, 165). Une commission chargée de cette affaire se réunit à Avila sous la présidence du roi. Aucun accord n'y fut réalisé.

A Rome, Clément VHLcontinua à lutter d'arrachepied pour soustraire le Sacré Collège à l'emprise espagnole. Il obtint des cardinaux nommés par lui qu'ils n'acceptassent plus de subventions de la part du roi d'Espagne (Couzard, Une ambassade..., 249-56). Le duc de Sessa, puis le marquis d'Escalona, ambassadeurs d'Espagne à Rome, ayant froissé des cardinaux par leur morgue et leurs impairs, le pape se plaignit à Madrid (3-5 déc. 1603; Pastor, xi, 759-61).

Clément VIII intervint aussi dans la question des Morisques, en un sens favorisant leur assimilation graduelle : après avoir accordé un édit de grâce, leur accordant dix-huit mois pour se convertir, il demanda à l'archevêque de Valence, Juan de Ribera, un rapport sur leur situation (6 avr. 1604), et il l'encouragea à hâter leur conversion par l'érection de paroisses et d'écoles (Hinojosa, 409).

III. Les pays du Nord. — 1° Les affaires anglaises sous Élisabeth. — Au début de son pontificat, Clément VIII adopta la politique anglaise de ses prédécesseurs : soutien de la minorité catholique ultrainontaine et hispanophile. Ici aussi le recul du prestige espagnol dans les affaires internationales l'orienta peu à peu vers une attitude plus indépendante, axée sur la reconnaissance du fait accompli, l'abandon de tout espoir en une restauration religieuse imposée du dehors et l'importance plus grande accordée aux moyens apostoliques internes. Pour assurer le recrutement des cadres, il octroya aux séminaires anglais de Valladolid et de Séville des bulles de confirmation (3 nov. 1592, 15 mai 1594; Bull. Rom. Pont., ix, 630; x, 139). Il étendit à tous les établissements anglais du continent la réglementation en vigueur au Collège anglais de Rome (7 juill. 1599; ibid., x, 521). Il intervint en faveur des séminaires écossais de Flandre et de Paris (1593, 1597, 1601) et fonda un Collège écossais à Rome (5 déc. 1600; ibid., x, 625).

Tant que vécut le cardinal Allen, l'union des catholiques anglais se fit autour de lui; mais après sa mort (16 oct. 1594), l'absence d'un chef incontesté se fit cruellement sentir. De très graves dissentiments déchirèrent les milieux de l'émigration catholique, divisée entre « espagnols » et « écossais ». La mésentente entre jésuites et séculiers accrut encore les difficultés. On alla jusqu'à proposer que le pape rappelât tous les jésuites d'Angleterre et leur enlevât la direction des séminaires anglais sur le continent. Dans un bref du 31 oct. 1597, Clément VIII félicita les catholiques anglais pour leur constance dans la vraie foi, mais les invita à faire preuve d'une union plus étroite (Pastor, XI, 330, n. 2). Cet appel ne fut pas entendu, un conflit nouveau et plus grave ayant surgi au sujet du gouvernement de l'Église d'Angleterre.

Un jésuite anglais, le P. Persons (ou Parsons), avait combiné un plan comportant une double nomination i un archevêque d'Angleterre siégeant en Flandre, et.

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un évêque résidant en territoire insulaire. Clément VIII préféra désigner le nonce de Flandre comme lieutenant du cardinal Caetani, protecteur d'Angleterre, et lui subordonner un archiprêtre résidant sur place. George Blackwell fut nommé en cette qualité, le 7 mars 1598.

Cette solution mécontenta une petite minorité de prêtres anglais. Deux d'entre eux, William Bishop et Robert Charnock, partirent pour Rome (automne 1598), espérant gagner le pape à leurs vues. Ils furent sévèrement désavoués et punis (févr.-avr. 1599). Le 6 avr. 1599, Clément VIII confirma les pouvoirs de l'archiprêtre Blackwell. Toutefois, des mesures maladroites et autocratiques de ce dernier provoquèrent un nouvel appel à Rome (pétition de Wisbeach, 17 nov. 1600) et furent suivies d'une guerre de pamphlets, dont les jésuites, les plus ardents défenseurs de Blackwell, devinrent la cible principale.

La réponse de Rome à la pétition se faisant attendre, un des « appelants », Thomas Bluet, fit proposer à la reine Élisabeth que, sous le couvert d'une expulsion, elle le chargeât d'une mission secrète auprès du pape afm d'obtenir satisfaction. Muni de passeports royaux, Bluet quitta l'Angleterre en nov. 1601 avec plusieurs compagnons (Meyer, England..., 379-80). A leur arrivée à Rome, l'affaire Blackwell avait déjà fait l'objet d'un bref (17 aoilt 1601; Dodd, m, append., n. XXXIII ; cf. Meyer, ibid., 380). Grâce aux instances de l'ambassadeur de France, Béthune, les cardinaux Arrigione et Borghèse furent saisis à nouveau de cette affaire (mars 1602; Couzard, Une ambassade..., 86-87). Leur sentence du 20 juill. 1602 fut confirmée le 5 oct. (Dodd, III, append., p. clxxxi). Tout était mis au point : les appelants rappelés à l'obéissance et l'archiprêtre à la modération; les relations entre Blackwell et les jésuites étaient soumises à certaines limitations, mais il n'était pas question de rappeler les jésuites d'Angleterre (voir, sur ce conflit, T. G. Law, The Archpriest Controversy, Documents relating lo the dissentions of the Roman Catholic clergy (1597-1602), Camden Society, Edimbourg, 1896-98, 2 vol.; résumé dans Meyer, ibid., 351-96; Couzard, ibid., 82-94; J. Gérard, dans The Month, lxxxix, 1897, 1, p. 37-52).

2° La succession d' Angleterre et l'avènement de Jacques — Les luttes intestines entre catholiques anglais furent encore envenimées, du vivant même d'Élisabeth, par les compétitions ouvertes autour de sa succession. Le principal prétendant, le roi Jacques VI d'Écosse, désireux de se concilier les faveurs pontificales, avait chargé en secret deux jésuites écossais, les Pères Gordon et Crichton, de négocier à Rome le rétablissement du catholicisme dans ses États. Clément VIII lui promit une aide mensuelle de 4 000 ducats s'il entreprenait de venger sa mère, de 1 000 ducats seulement s'il assurait aux catholiques la liberté de conscience (W. Forbes-Leith, Narratives of Scottish Catholics under Mary Stuart and James VI... from the original mss. in the secret archives of the Vatican and ollier collections, Édimbourg, 1885, p. 222, 355). Ce message du pape fut intercepté par les hérétiques (juill. 1594). Après un revirement en faveur de la Réforme, le roi d'Écosse tenta de renouer avec Rome par l'intermédiaire de John Ogilvy (été et automne 1595). Mais il n'obtint rien : Clément VIII se méfiait de sa sincérité. En 1600, un troisième négociateur, Edward Drummond, présenta au pape une missive du roi l'assurant de ses bonnes intentions à l'égard des catholiques et demandant le chapeau pour un de ses protégés. Le pape répondit très aimablement, sans se | départir des généralités (13 avr. 1600).

Il fit preuve d'une égale réserve à l'égard des prétentions espagnoles au trône d'Angleterre. Leur porteparole dans les milieux d'Église était le jésuite Persons,

qui avait pris part en 1594 à la publication, sous le pseudonyme R. Doleman, d'un ouvrage intitulé A Conférence about the next Succession to the Throne, plus connu sous l'appellation de Book of Titles (Pollen, dans The Month, ci, 523-28). Les milieux romains, d'abord méfiants à l'égard de la cause défendue par Persons, s'y étaient ensuite largement ralliés. En 1597, le cardinal secrétaire d'État prit parti pour les droits éventuels de l'infante Isabelle, fille de Philippe II (ibid., 530). Il semble bien que, de 1598 à 1600, le P. Persons ait été le conseiller le plus écouté du pape dans les affaires anglaises. Il est certain que les directives adressées les 5 et 12 juill. 1600 au nonce de Bruxelles, à l'archiprêtre Blackwell et aux catholiques anglais par l'intermédiaire du P. Garnet, supérieur des jésuites, étaient dans la ligne d'un revirement d'opinion noté chez Persons (ibid., 574). Les termes de ces brefs pontificaux étaient volontairement vagues; ils recommandaient de n'accorder un appui qu'à un candidat bon catholique (Correspondance d'O. M. Frangipani, ni, 651, 782, 784; Dodd, m, p. lxx; iv, 106); pris à la lettre, ils n'excluaient même pas un soutien éventuel au roi d'Écosse, s'il se convertissait (J. de la Servière, Une controverse au début du xvii^ s., dans Éludes, xciv, 1903, p. 645). Frangipani ayant demandé des précisions (Correspondance..., m, 168), le pape et Persons auraient envisagé de soutenir une candidature farnésienne, sans toutefois prendre ouvertement parti (12 sept. 1600). Mais les défaites navales de l'Espagne, la prise de position très nette de Henri IV en faveur de Jacques Stuart, et finalement en 1602 une déclaration par laquelle l'infante, devenue par son mariage l'archiduchesse Isabelle, renonça à sa candidature, portèrent le coup de grâce aux projets espagnols et farnésiens.

En 1601-02, eut lieu entre Édimbourg et Rome un nouvel échange épistolaire plus secret encore que les précédents. Élisabeth d'Angleterre, ayant eu vent des rapports engagés entre Jacques VI et le pape, avait fait avertir le roi d'Écosse que toute poursuite de ces rapports équivaudrait pour lui à une renonciation à tout espoir de succession au trône d'Angleterre. Jacques VI répondit en démentant l'existence de ces rapports et chargea James Hamilton, noble écossais, d'assurer la reine d'Angleterre de l'indéfectibilité des sentiments anliromains de son maître. Mais la reine Anne d'Écosse, princesse danoise convertie au catholicisme, renouvela avec l'assentiment de son mari la démarche entreprise à Rome un an auparavant. Drummond, puis James Lindsay et Lord Sanquair servirent d'intermédiaires.

Clément VIII, répondant aux souverains écossais, exprima l'espoir en un retour du roi à la vraie foi et promit appui et subsides s'ils consentaient à élever le prince héritier dans le catholicisme (16 juill. et 9 août 1602; Meyer, ibid., 303-05). Pour donner un gage au parti écossais, il fit aussi savoir au P. Persons, alors absent, que son retour à Rome n'était pas souhaitable.

Par la suite Jacques VI, devenu Jacques l" d'Angleterre, mis en cause par le cardinal Bellarmin au cours du conflit concernant le serment du Test (1608), nia avoir jamais correspondu avec le pape. Il fit même condamner à mort son secrétaire Balmerino, sous l'inculpation de faux. Ce démenti du roi est contraire à la vérité, ainsi qu'il appert d'une instruction remise par la reine Anne à Drummond (Meyer, ibid., 301-02).

L'avènement facile de Jacques Stuart au trône d'Angleterre et plus encore le ralliement de l'opinion publique anglaise autour du nouveau roi furent accueillis à Rome avec étonnement. Politique réaliste, le pontife comprit que la faction des émigrés avait poursuivi des objectifs chimériques et qu'à la soutenir plus longtemps il n'aboutirait qu'à discréditer en Angle-

CLÉME

NT VIII

terre la cause du catholicisme. Influencé par les rapports du nonce de Bruxelles, conseillé depuis 1602 par Philippe de Béthune, ambassadeur français à Rome, et ancien ambassadeur à Édimbourg (Couzard, Une ambassade..., 80, 98, 104), hypnotisé sans doute par l'exemple de la conversion de Henri IV, Clément VIII décida de modifier l'orientation de sa politique. Il ne visa plus désormais qu'à obtenir pour les catholiques anglais un régime de tolérance. Tandis qu'il adressait aux nouveaux souverains des brefs de félicitation (Meyer, ibid., 284), il insista auprès de l'archiduc Albert, de l'empereur, du duc de Lorraine, du doge de Venise, du roi de Pologne et surtout auprès de Henri IV pour qu'ils s'entremissent à Londres dans ce but (31 mai-10 déc. 1603). Il promulgua un jubilé et des prières publiques pour le succès de ces démarches et pour le retour des îles Britanniques à la foi romaine (27 avr., 28 mai 1603). Pour donner au nouveau roi un gage de ses dispositions conciliantes, il se déclara prêt à rappeler sur le continent ceux des missionnaires que le roi jugerait nuisibles à la paix de ses États et à user des peines canoniques contre les perturbateurs de l'ordre (Pastor, xi, 358, n. 5; 368, n. 5-6). Il écarta de Rome tous les émigrés dont la présence dans la Ville éternelle aurait pu déplaire au roi; il fut même question d'envoyer en Angleterre un représentant du S. -Siège en tant que souverain temporel (Correspondance d'O. M. Frangipani, p. xciii).

Les espoirs du pape furent encore renforcés à la lecture d'un ouvrage intitulé BaaiAiKov Aœpov, dont son auteur, le roi d'Angleterre, lui avait fait parvenir une version française. Le catholicisme y était traité avec de grands ménagements. En réalité, les passages offensants avaient été expurgés. Le texte latin, connu plus tard, dut être mis à l'Index (confrontation des textes dans Meyer, ibid., 291).

S'il avait mieux pénétré la psychologie du fils de Marie Stuart, Clément VIII ne se serait pas laissé impressionner par des avances dictées uniquement par l'opportunisme et par la crainte d'une excommunication possible. Mais, vivant à distance et disposant d'informations contradictoires, il lui aurait fallu plus que de la divination pour percer à jour le caractère de ce « théologien couronné qui pouvait faire sortir un édit de persécution d'un syllogisme scolastique » (Couzard, Une ambassade..., 108).

Durant les deux premières années de son règne, Jacques l" suivit une politique de bascule. Aux promesses et déclarations les plus généreuses succédaient des mesures de rigueur : taxations exorbitantes, confiscations, et même condamnations capitales. Mais les promesses restaient lettre morte et l'application des mesures hostiles était très mitigée : plusieurs des condamnés à mort furent graciés. Les catholiques anglais soumis à ce régime de douche écossaise ne savaient plus quelle contenance adopter et le pape demeurait plus indécis encore.

En 1604, un nouveau messager, le chevalier Lindsay, arriva d'Angleterre à Rome : la reine Anne laissait entrevoir au pape la conversion de son époux et la publication des décrets tridentins, à condition que le pape renonçât à sa souveraineté sur les couronnes (Meyer, ibid., 296; J. Martin, Clément VIII, 368). Clément VIII répondit par un message enthousiaste et nomma une commission de douze cardinaux pour examiner les affaires anglaises (17-25 janv. 1605). Mais à Londres le vent avait tourné une fois de plus : Jacques I'^' prit ouvertement et définitivement parti contre Rome.

En Irlande, après quelque hésitation. Clément VIII encouragea le soulèvement dirigé par O'Donell et O'Neill contre les Anglais (1599-1601; Meyer, ibid., 315). Il leur destina aussi comme nonce le jésuite

Lodovico Manzoni (pleins pouvoirs, 19 mai 1601). Mais, le soulèvement ayant été réprimé, le nonce ne put se mettre en route.

3" Clément VIII et les Provinces-Unies. — Ici encore, Clément VIII modifia la politique de ses prédécesseurs: l'espoir d'une restauration forcée du catholicisme s'étant évanoui, il chercha à le désolidariser de la cause espagnole. Dès 1592, il encouragea les jésuites à i entreprendre leurs missions itinérantes en Hollande. ! Le 22 févr. 1592, il accorda à Frangipani, alors nonce ' à Cologne, pleins pouvoirs en vue de réorganiser les , cadres en les adaptant à la situation nouvelle. Ces pou- j voirs furent subdélégués le 3 juin 1592 à Sasbout Vos-j meer, qui devint en 1602 archevêque de Philippes etj vicaire apostolique pour les Provinces-Unies. « Faites! ' dans votre territoire ce que j'y ferais, si j'y étais », lui! 1 avait dit le pape peu avant son retour dans le Nord.j Un bref du 15 févr. 1603 spécifia les pouvoirs qui luil ; étaient conférés (L. J. Rogier, Geschiedenis van het \ Katholicisme in N oord-N ederland in de XPi" en XVI [' i } eeuLv, ïi, Amsterdam, 1946, p. 15-20, 90). Entre temps,! Frangipani ayant été transféré à la nouvelle noncia-l turc établie à Bruxelles (avr. 1596), les Provinces-] Unies furent rattachées à son domaine. Dès l'été de] 1598, le S. -Siège fut pressenti par Frangipani et pari l'électeur de Cologne pour qu'il s'entremît en vue d'ob-' tenir la paix dans les Pays-Bas, moyennant la garantie de la liberté de conscience. On espérait que la conclui sion d'un armistice faciliterait aux catholiques hollandais l'exercice de leur culte. Mais Rome se montra très [ réticente. Dans un bref à l'archiduc Albert (8 janv. j 1600; Correspondance d'O. M. Frangipani, iii-2, 773), j Clément VIII le mit en garde contre la tentation de j sacrifier la cause de la foi à un pacifisme imprudent, j L'idée de la paix ayant encore progressé, le pape, alerté I par le nonce de Bruxelles, se déclara prêt à accorder I son concours, s'il en était requis (sept. 1604; ibid., 729). 4° Clément VIII et la Suède. — Par la mort de son père, Jean III Wasa (17 nov. 1592), Sigismond, déjà roi de Pologne depuis 1587, devenait héritier de la 1 couronne suédoise. La différence de religion entre ! Sigismond et ses futurs sujets formait un gros obsi tacle, encore renforcé par la politique ambitieuse et adroite de son oncle, Charles de Sôdermanland. Apj puyé par ce dernier, le Congrès d'Upsala (25 févr. 1593) formula des conditions si sévères au retour de Sigis- ! mond en Suède qu'elles le rendaient impossible sans lutte. Interrogé sur la conduite à tenir, le pape préféra s'abstenir de tout conseil. Le roi ayant décidé de tenter sa chance, le pape lui promit son appui. Après avoir rappelé à la noblesse et à l'épiscopat de Pologne leurs devoirs de fidélité envers le roi durant son absence, il délégua vers ce dernier Barthélémy Powsinski comme envoyé spécial, chargé de traiter avec lui des modalités I d'une restauration éventuelle du catholicisme en Suède (instr. du l''' août 1593; Parnânen, L'ambassade de Barlol. Powsinski à Danzig en 1593, Helsinki, 1911). Powsinski arriva à Danzig le 28 août et accompagna Sigismond en Suède. Prisonnier d'une majorité fanatisée, Sigismond dut céder aux menaces et se laissa I couronner par 1' « évéque » luthérien de Vesteraas (19 févr. 1594). Il ne put obtenir la moindre concession ! en faveur de la foi romaine. Le pape, mis au courant, répondit au nonce de Pologne qu'il comprenait le cas de force majeure dans lequel s'était trouvé le roi (30 avr. 1594; Pastor, xi, 707).

5° Clément VIII et l'Europe centrale. — En Europe centrale, où le morcellement politique se doublait depuis la paix d'Augsbourg d'un émiettement religieux. Clément VIII, conseillé par la Congrégation des Affaires allemandes, poursuivit sans relâche la sauvegarde et la restauration du catholicisme. Dès les premiers mois de son pontificat, il s'adressa aux princi-

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paux souverains catholiques allemands (Pastor, xi, 230, n. 2). Dans la suite, il ne cessa de revenir à la charge pour contrecarrer l'infiltration du protestantisme dans les pays restés catholiques, empêcher de nouvelles sécularisations de domaines ecclésiastiques, garantir aux catholiques la prépondérance dans le collège des électeurs et à la cour aulique, lutter contre le mauvais exemple donné par des prélats mondains, faire admettre et appliquer les réformes tridentines, surtout les visites diocésaines, les synodes provinciaux et la fondation de collèges et de séminaires (références aux documents principaux, ibid., 231-88, notes).

L'obstacle principal auquel il se heurtait était le caractère timoré, indécis et méfiant de l'empereur Rodolphe II, et la présence d'éléments protestants influents dans son entourage.

Par l'entremise d'un envoyé impérial, Hans von Cobenzl, le pape invita l'empereur, dès l'automne 1592, à convoquer sans retard une diète d'Empire. Il en escomptait le règlement rapide de nombreuses questions litigieuses. Trois d'entre elles le préoccupaient vivement : la reconnaissance du cardinal Charles de Lorraine comme évêque du diocèse de Strasbourg tout entier, malgré l'accord conclu avec une fraction du chapitre passée au calvinisme et prévoyant un partage du diocèse avec l'administrateur Jean de Brandebourg; le conflit opposant le magistrat calviniste d'Aix-la-Chapelle aux catholiques de cette ville; les dangers menaçant le maintien du catholicisme dans le duché de Juliers-Clèves-Berg, depuis l'accession de la duchesse Jacqueline à la régence.

Pour vaincre les hésitations de Rodolphe II, le pape lui envoya, comme cardinal légat, le prince-évêque de Trente, Lodovico Madruzzo. La diète ayant été convoquée à Ratisbonne, Madruzzo fut désigné pour y représenter le S. -Siège, en compagnie des trois nonces : Cesare Speciani de Prague, Ottavio Mirto Frangipani de Cologne et Girolamo Porzia de Graz (docum.,6-23 févr., ibid., 703). Cette diète (2 juin-19 août 1594) fut loin de répondre aux espoirs du pape; elle sauvegarda cependant la prépondérance légale des catholiques en refusant, conformément aux désirs romains, de reconnaître le droit de session aux administrateurs des évêchés sécularisés du nord de l'Allemagne : Magdebourg, Halberstadt, Osnabriick, Brème et Lubeck.

Pour obtenir le remplacement des protestants par des catholiques à la chancellerie impériale et à la Chambre de Bohême, le pape dut patienter jusqu'en été 1599; il n'eut gain de cause qu'après avoir changé deux fois le titulaire de la nonciature de Prague.

Une question plus importante encore retint l'attention du pape : la désignation d'un roi des Romains, mesure indispensable pour prévenir une éventuelle accession d'un protestant au trône impérial. A la diète de Ratisbonne, le légat, le nonce de Prague et l'ambassadeur d'Espagne, San Clémente, insistèrent en vain auprès de Rodolphe II (rapports chiffrés de Speciani au pape, dans Zôchbaur, ii, append., 41 sq.). D'autres tentatives étant restées infructueuses, le pape adressa une lettre autographe à l'empereur (22 nov. 1601 ; F. Stieve, Die Verhandlungen ûber die Nachfolge Kaiser Rudolfs IL, dans Abhandl. der hist. Kl. der bayer. Akad., xv, 1880, p. 145 sq.). Le seul résultat fut d'accroître la méfiance de ce dernier, qui refusa dorénavant de recevoir le nonce. Le pape recourut alors à l'entremise des trois électeurs rhénans, surtout de celui de Cologne (Pastor, xi, 285-87). Jusqu'au bout ses efforts furent impuissants à vaincre l'obstination maladive de l'empereur.

IV. L'Orient et les missions. — 1° Les campagnes contre les Turcs. — La politique ottomane de Clé- ' ment VIII, plus claire et plus courageuse que celle des i

principales puissances européennes de son époque, n'aboutit, faute de soutien, à aucun résultat décisif.

Soupçonnant Constantinople de préparer une agression sur le Danube, le pape s'efforça dès 1592 de constituer une ligue antiottomane groupant l'Espagne, Venise, les petits États italiens, l'empereur et les princes catholiques allemands. Jusqu'à la fin de son pontificat, il poursuivit ce but, malgré l'accueil décourageant rencontré presque partout.

Pour obtenir l'appui de l'Espagne, deux ambassades furent envoyées à Philippe II : une première conduite par Camille Borghèse (instr. du 6 oct. 1593; Pastor, xi, 203 corrige le texte altéré de A. Morel Fatio, L'Espagne au xvi« el au xvii^ s., p. 194-203); une seconde confiée à un neveu, Gian Francesco Aldobrandini (instr. du 27 nov. 1594; Pastor, xi, 208). Le but avoué de la diplomatie pontificale à Madrid était de hâter un rapprochement avec la France, afin de rendre les forces espagnoles disponibles sur le front de la chrétienté. Madrid ne répondit d'abord à ces avances que par des promesses évasives ou réticentes. De nouveaux appels adressés à Philippe III en 1599 et 1600 obtinrent l'envoi d'un faible corps expéditionnaire. Le pape ne fut pas plus écouté, lorsqu'il revint à la charge en 1604.

Du côté impérial, le pape se heurta à deux autres obstacles : manque de ressources et nonchalance. Pour remédier à la situation proverbialement obérée des finances impériales, Clément VIII fit parvenir un premier secours en argent dès le printemps 1592. Dans la suite, il ne cessa plus de financer largement l'effort de guerre impérial. La trésorerie pontificale n'y pouvant suffire, il recourut à des impositions extraordinaires : une contribution de six dixièmes sur tous les revenus du clergé d'Italie, moyennant des dispositions spéciales pour douze congrégations de réguliers (14 févr., 5 avr., 22 mai 1594; Bull. Rom. Pont, x, 98, 109, 113); une augmentation de l'impôt sur la viande (Albèri, x, 465); deux subsides de 50 000 écus d'or, à payer en une fois par le clergé vénitien (18 mars 1595, 10 mai 1601; Bull., x, 193, 708); un autre subside à payer par le clergé des pays soumis à Rodolphe II (12 août 1598; B. Dudik, lier Romanum, ii. Vienne, 1855, p. 175); une nouvelle contribution à la charge du clergé d'Italie (1601; Pastor, xi, 221, n. 10). On peut évaluer à 2 000 000 de scudi les sommes dépensées rien qu'en subventions à l'empereur.

Pour apporter ces secours et en contrôler l'emploi, des commissaires apostoliques spéciaux furent délégués aux armées impériales (voir par ex. l'instr. à Giambattista Doria, 5 juill. 1594; Mathâus Voltolini, Die Beleiligung..., 316). Mais le pape eut beau se saigner ainsi aux quatre veines, son effort resta inefficace par suite du manque d'organisation et du mauvais commandement des troupes impériales.

En même temps que son effort financier. Clément VIII poursuivit un effort diplomatique non moins ardu. Dès le début des hostilités, il exhorta l'empereur à prendre lui-même le commandement de ses troupes. En sept. 1593 et en oct. 1594, il lui fit renouveler cette invitation par deux envoyés spéciaux, le cardinal Madruzzo, et le duc Lotario Conti (Zôchbaur, ii, 14). Il lança maints appels aux principaux souverains catholiques allemands et, par son légat Madruzzo, il obtint des participants à la diète de Ratisbonne une certaine unité d'action. Ses appels furent entendus : les pays d'Empire fournirent des contingents. Mais, faute d'un commandement capable, leur intervention fut inutile. A ce sujet les rapports envoyés au pape par le commissaire pontifical Serra et le nonce de Prague Ferreri (Meyer, Nunziaturberichte, p. lxxxii, 69 sq.) constituent un réquisitoire accablant contre l'incurie de Rodolphe II.

Pour prendre de flanc et à revers la puissance otto-

CLÉMENT VIII

mane, Clément VIII ne se borna pas à envoyer des missives au chah de Perse (voir plus loin) et au « cheik des Arabes » (avr. 1595). Il conçut le plan d'une mission diplomatique de grande envergure : un Dalmate, Alexandre Komuloviô, archiprêtre de S. Girolamo dei Schiavoni, fut envoyé comme ambassadeur spécial en Transylvanie, Volhynie, Moldavie, Valachie, chez les Cosaques Zaporojes et les Tcherkesses, en Pologne, Lithuanie et Moscovie (instr. du 21 nov. 1593, dans Relaliones..., éd. A. Veress, ii, 3, 35 sq. ; Pierling, La Russie..., II, 329-82). Komuloviô remporta d'abord un franc succès. Grâce à lui et au P. Carillo, confesseur du prince de Transylvanie, Sigismond Bâthory, celui-ci conclut une double alliance contre le Turc : d'une part avec l'empereur, de l'autre avec les voïévodes Aaron de Moldavie et Michel de Valachie. Les hostilités furent ouvertes sur le bas Danube; des opérations de guérillas refoulèrent les Turcs au sud du fleuve (oct. 1595; Epistolae et acla du P. Carillo, dans Monum. Hung. hist., xxxii, Budapest, 1906). Poursuivant le cours de ses missions, Komuloviô séjourna à Kameneô, Lwôw, Cracovie, Vilna et se rendit à deux reprises à Moscou. Nulle part il n'atteignit l'objectif que Clément VIII lui avait assigné. Par la suite, plusieurs envoyés pontificaux furent chargés de maintenir le contact avec l'allié de Transylvanie : en 1595, Alfonso Visconti, évêque de Cervia; en 1596, Lodovico Anguisciola; en 1599, Germanico Malaspina. Après que Michel de Valachie eut remporté sur les Transylvains la victoire de Hermannstadt (14 nov. 1599), Clément VIII lui adressa, mais en vain, une invitation à revenir à l'Église romaine (22 avr. 1600; Arch. fiir Gesch. Siebenburgens, nouv. sér., xix, 1884, p. 596 sq.).

Une autre initiative diplomatique originale de Clément VIII fut celle qu'il tenta, en 1599-1600, pour gagner à sa cause un grand vizir de l'armée turque, Sinan Pacha Cicala (cf. Rinieri). Ce personnage, né à Messine vers 1548 d'un père génois, avait été dans son enfance emmené en captivité par les Turcs; il reçut une éducation musulmane, entra à l'armée et y occupa bientôt un des plus hauts commandements; il prit part à une action militaire contre Reggio et appuya une conspiration ourdie en Calabre par le philosophe utopiste Tommaso Campanella. Mais désireux de revoir sa mère Lucrezia, il obtint grâce au vice-roi de Naples la permission de lui rendre visite à Messine. La mère de l'aventurier fit avertir le pape, qui tenta par divers intermédiaires de gagner Sinan Pacha.

En cas de réussite, il lui aurait concédé l'investiture de tous les pays occupés par les Turcs, excepté Jérusalem, Athènes, Néopatras, la Hongrie et la Transylvanie. Il ne semble pas avoir abouti.

Un des principaux obstacles à la bonne conduite des hostilités contre le Turc était la mésentente polonoimpériale. Pour y remédier, le pape essaya de rallier la Pologne à sa ligue. Les efforts du nonce Malaspina, d'Alexandre Komuloviô et d'un troisième négociateur, le théatin Benedetto Mandina (janv. 1596), ayant échoué, le pape envoya Enrico Caetani comme cardinal légat (avr. 1596; Pastor, xi, 396 sq.). Un accord théorique fut obtenu entre les deux partis. Mais la méfiance réciproque l'empêcha de devenir effectif. Au printemps 1597, le légat rentra à Rome. En 1604, le pape loirit ses tentatives de rapprochement polonoallemand, sans plus de succès.

A Venise, la diplomatie pontificale essuya un échec encore plus cuisant. Ni les messages de Clément VIII aux doges, ni les négociations menées à Rome avec l'ambassadeur Paolo Paruta, ni l'invitation présentée en 1596 au Sénat de Venise par Mgr Minucci, évêque de Zara, ni même les grands avantages financiers accordés par le bref du 20 déc. 1601 (Bull. Rom. Pont., x, 751) ne réussirent à faire adhérer Venise à la ligue anti-

ottomane. Le Sérénissime garda son attitude de neutralité à peine bienveillante.

Les seules puissances qui répondirent généreusement aux nombreux appels du pape furent les petits États italiens : Florence, Ferrare, Mantoue, Parme, Gênes, Lucques, Spolète, Urbin. Le duc de Mantoue, Vincent de Gonzague, prit part en personne aux trois expéditions militaires organisées par le pape.

Nulle part plus qu'à Rome on ne suivait avec autant d'anxiété les nouvelles en provenance du front turc. Dans son premier message aux princes italiens, le pape se déclara prêt à éteindre de son propre sang l'incendie qui des Balkans menaçait de consumer la chrétienté; apprenant les revers de sept. 1594, il en pleura tellement qu'il remplit cinq mouchoirs de ses larmes (Pastor, XI, 206). La capitulation de Raab (29 sept. 1594), clef de l'Autriche danubienne, lui fit décider l'envoi d'une armée de secours. Le corps expéditionnaire italopontifical fut mis sous le commandement de son neveu, Gian Francesco Aldobrandini; le 4 juin 1595, la remise des insignes eut lieu à Ste-Marie-Majeure (références, ibid., 211). Les unités de marche formant l'armée la plus nombreuse qu'un pape avait jamais envoyée contre l'ennemi de la chrétienté (7 648 fantassins et 260 cavaliers), regroupées à Hainburg en aval de Vienne, firent leur jonction le 22 août avec l'armée impériale assiégeant Gran. Leur renfort hâta la capitulation de cette ville qui se rendit aux chrétiens (2 sept.). Apprenant cette bonne nouvelle, le pape écrivit à l'archiduc Matthias et à Rodolphe II (18 sept., 1" oct. 1595) de poursuivre les opérations en Hongrie, mais sans résultat. Les épidémies, l'inaction et la mésentente avec les Impériaux forcèrent l'armée pontificale à regagner l'Italie (déc. 1595-mai 1596). A leur diète de 1596, les États de Hongrie décrétèrent des remerciements au pape. Cette campagne avait coûté 600 274 scudi à la trésorerie pontificale.

La campagne de 1596 s'étant soldée à nouveau par une défaite des chrétiens (chute d'Erlau, 13 oct.). Clément VIII décida d'envoyer l'année suivante une nouvelle armée, toujours sous le commandement de son neveu. Sept mille hommes partis d'Italie (fin mai 1597) joignirent les Impériaux à Altenburg. Ils se signalèrent lors de la prise de Pâpa (20 août); après quoi les opérations traînèrent en longueur et échouèrent, comme deux ans plus tôt, devant l'action combinée des intempéries et des épidémies.

Quelques succès des armées chrétiennes en 1598 furent suivis, en 1599 et 1600, de nouveaux revers. Le pape résolut d'envoyer une troisième armée de renfort, toujours sous le même commandement. Aldobrandini reçut les insignes le 31 mai 1601 et partit le lendemain. La Chambre apostolique avait ordre de lui payer mensuellement 3 000 scudi d'or. Venise ayant refusé le passage par son territoire, les 9 000 hommes de troupes s'embarquèrent à .\ncône pour Fiume, d'oii elles s'avancèrent à travers la Croatie vers Varadin. Aldobrandini y tomba malade et mourut le 17 sept.; le pape remit son commandement à Flaminio Delfino, qui réussit à reprendre Stuhlweissenburg (Alba regalis) le 11 oct., mais échoua devant Kanisza. En nov., les épidémies avaient déjà réduit des deux tiers l'effectif des troupes pontificales. Le pape consentit (18 nov. 1601) à ce qu'elles fussent enrôlées parmi les autres forces impériales.

2» Proche-Orient. — Dès 1592, Clément VIII accorda cinq subventions annuelles (en tout 800 scudi) aux évêques de Bosnie, de Moldavie et des îles de la mer Égée; il donna des lettres de recommandation à des moines du Mont-Athos venus quêter en Occident (Hofmann, dans Orientalia christiana, viii, fasc. xxvi, Rome, 1926, p. 17 sq.); il favorisa l'établissement des jésuites à Chio en 1595 et à Naxos en 1600. A Rome, il

CLÉMENT VIII

fit ouvrir un Collège copte (1602) et augmenta les revenus des Collèges grec et maronite. Il institua une Congrégation pour prendre soin des communautés de Grecs uniates et d'Albanais dispersées à travers l'Italie méridionale (Bessarione, xvii, 1913, p. 345 sq.). Il promulgua à leur sujet l'instruction détaillée du 31 août 1595, concernant surtout l'administration des sacrements, la détermination respective des rites à observer tant par les Grecs que par les Latins (Bull. Rom. Pont., X, 211). Les efforts qu'il déploya en Serbie et en Bulgarie pour une union avec Rome demeurèrent infructueux. Il intervint auprès du roi de Pologne en faveur des chrétiens valaques et auprès de Philippe III en faveur des Épirotes et des Arméniens uniates. Il envoya le jésuite Girolamo Dandini chez les Maronites du Liban (juin 1596) et accorda le pallium à leur patriarche (1599; Anaissi, Bull. Maronit., 107 sq.). Il entretint des rapports épistolaires avec Siméon, patriarche de Géorgie (1596-98), et envoya en Arménie, comme archevêque, Stefano Sirleto, neveu du fameux cardinal (nov. 1604). A l'occasion de son accession au siège de Constantinople, il adressa au patriarche grec d'Alexandrie, Meletios Pegas, un message contenant une invitation voilée à une union avec Rome (Hofmann, lac. cit., XXV, fasc. Lxxvi, Rome, 1932).

Dès mars 1592, Clément VIII renoua avec le patriarche copte d'Alexandrie, Gabriel VIII, les pourparlers engagés sous Sixte-Quint pour l'union des Coptes. En réponse à son invitation, trois envoyés arrivèrent à Rome en juin 1594, au nom du patriarche et du commus d'Alexandrie. Les documents dont ils étaient porteurs ne présentant pas toutes les garanties requises, ils furent admis à émettre, le 15 janv. 1595, une profession de foi et d'obédience à Rome, moyennant la promesse d'une ratification de ces actes par le patriarche. Cette ratification eut lieu en janv. 1597 et une nouvelle délégation de trois membres vint à Rome réitérer solennellement la profession de foi (25 juin 1597). Le pape resta en rapports épistolaires avec le patriarche Gatjriel. Mais des rivalités intestines en Égypte provoquèrent, dès 1600, une dissension entre partisans et adversaires de l'union, dissension qui fut encore attisée par la confiance trop grande et inexplicable témoignée par le pape à l'égard d'un des trois membres de la délégation copte. Sous le patriarcat suivant, Alexandrie ne tarda pas à reprendre son indépendance vis-à-vis de Rome (voir, sur cet épisode, V. Buri, L'unione delta Chiesa Copia con Roma solto Clémente VIII, dans Orientalia christiana, xxiii-2, fasc. Lxxii, Rome, 1931: Baronius, Annales, viii, p. 452, n. 23; p. 636).

3° L'union des Ruthènes. — Voulant se séparer du patriarcat de Constantinople, afin de faciliter une renaissance religieuse d© leurs Églises, influencés par la propagande uniate des Pères Skarga et Possevin, soutenus enfin par le roi de Pologne Sigismond et par son chancelier Jean Zamojski qui désiraient enrayer chez leurs sujets une attirance éventuelle vers le patriarcat de Moscou fondé quelques années auparavant, les principaux prélats de l'Église ruthène se réunirent à Torczyn, puis à Brest-Litowsk. Ils prirent l'engagement de se rallier à l'unité romaine et composèrent à l'adresse de Clément VIII une missive collective promettant d'adhérer à l'union de Florence, à condition de pouvoir conserver leur liturgie et leurs coutumes rituelles dont ils avaient spécifié les points principaux (2 déc. 1594; 22 juin 1595; textes dans Hofmann, Ruthenica, i, dans Orientalia christiana, in-2, fasc. xii, Rome, 1925, p. 136, 139, 142-58; récit dans A. M. Ammann, Der Aufenthalt der ruthenischen Bi.iclwfe Hijpathius Pociej und Cyrillus Terlecki in Rom im Dez. und Jan. 1595-96, ibid., xi, 1945, p. 103-15).

Deux des leurs, Hypathius Pociej, évêque de Vladi-

mir, et Cyrille Terlecki, évêque de Luzk, se rendirent à Rome. Aussitôt arrivés (15 nov.), le pape les reçut très cordialement et chargea une sous-commission de l'Inquisition, renforcée de théologiens consulteurs — ce qui était une nouveauté — d'examiner leur requête (Bull. Rom. Pont., x, 242; Ammann, loc. cit., 115-28). La réconciliation des deux plénipotentiaires ruthènes avec l'Église romaine eut lieu le 23 déc. 1595, dans Vaula Conslantini au Vatican (texte de la bulle d'union, dans Bull. Rom. Pont., x, 239-46; récit de la cérémonie, par le protonotaire Anselmo Dandini, dans Theiner, Tii, 245-49; par Baronius, témoin oculaire, dans Annales, VII, 859 sq.). Concernant le célibat ecclésiastique et la fixation de la date de Pâques, le pape avait fait des concessions, mais il insista sur l'acceptation du calendrier grégorien. A leur départ (début févr.), le pape leur confia des brefs pour le métropolite, les évêques et le roi. Une bulle du 23 févr. accorda au métropolite de Kiew le pouvoir de confirmer l'élection des évêques (Bull. Rom. Pont., x, 250).

Du 16 au 20 oct. 1596, le synode ruthène se réunit à Brest-Litowsk. La déclaration d'union y fut prononcée dans l'église S. -Nicolas par l'archevêque de Polozk, au nom du métropolite de Kiew et de tout le clergé ruthène. Mais un synode schismatique protégé par un magnat ruthène, le prince Ostrogski, s'y tint en même temps. Le pape essaya à deux reprises de gagner à la cause de l'union ce farouche adversaire, mais sans succès (Theiner, m, 285-86). Plus souvent encore, il intervint auprès du roi et des archevêques latins de Gnesen (Gniezno) et de Lemberg (Lwow), afin d'obtenir l'extension aux uniates des privilèges civils accordés au clergé latin (ibid., 271-83).

4" La Russie et le faux Dimitri. — Clément VIII ne négligea aucun effort pour englober la Russie dans sa ligue antiottomane. Les deux séjours à Moscou de son envoyé, Alexandre Komuloviô (hiver 1595, été 1597; Pierling, La Russie..., ii, 351-59; 363-68), ne purent y vaincre la méfiance suscitée par l'attitude des uniates polonais. Le pape dut renoncer à l'alliance moscovite. Durant l'hiver 1603-04, l'histoire vaudevillesque d'un inconnu qui affirmait être le prince Dimitri, fils du tsar Ivan IV, disparu douze années auparavant à l'âge de huit ans, et prétendait reconquérir son royaume sur son beau-frère Boris Godunov, commença à passionner l'opinion publique. Venu de Lithuanie en Pologne, le «faux » Dimitri y gagna à sa cause toutes les notabilités, y compris le roi et le nonce. Il se fit instruire par les jésuites de Cracovie et abjura le schisme entre les mains du P. Gaspar Sawicki (samedi saint, 17 avr. 1604). Il écrivit alors une lettre très respectueuse au pape (datée du 24 avr.; reprod. photogr. avec trad. franç., dans P. Pierling, Lettre de Dimitri dit le Faux à Clément VIII, Paris, 1898; trad. lat. du P. Sawicki, dans Pierling, Rome et Démétrius, Paris, 1878, 157 sq. ; trad. allem., Pastor, xi, 419-20). Le pape, très sceptique au reçu des premières nouvelles (Pierling, La Russie..., III, 41), fut gagné par la lettre du « converti » auquel il répondit fort aimablement (22 mai), sans toutefois s'engager en sa faveur (ibid., 86, 240). Il ne vécut pas assez pour voir la fin de cette aventure.

5» Les missions. — En 1567, un professeur de Louvain, Jean Vendeville, avait proposé à Pie V un plan comportant la centralisation de certaines activités missionnaires et l'organisation d'un enseignement missionnaire spécialisé. Devenu évêque de Tournai, il revint à la charge auprès de Sixte-Quint, en 1589, puis de Clément VIII. Une Congrégation, dite de « l'évêque de Tournai », fut consultée. Sur son avis favorable, le pape fit transmettre le plan de Vendeville au procureur général des Franciscains, aux fins d'une application partielle (Reusens, La première idée du Collège de la Propagande ou mémoire présenté en 1589 par Jean

1275 CLÉMENT VIII 1276

Vendeville, dans Mém. de la Soc. hist. et liltér. de Tournai, X, 1870; G. Goyau, Les initiatives belges dans la fondation de la Propagande, dans Revue générale, lvh, 1924, p. 1-23).

Au début de son pontificat, Clément VIII reçut un autre mémoire anonyme (son auteur est probablement le provincial des carmes, Thomas de Jésus; Schmidlin, Die Grûndung der Propagandakongregalion, dans Zeitsch. fiir M issionsivissenschaft, xii, p. 4, n. 1), contenant un plan systématique destiné à promouvoir la propagation de la foi dans tous les pays non catholiques; toutes les questions missionnaires seraient réparties entre cinq secrétaires résidant à Rome; le premier s'occuperait de l'Europe occidentale et septentrionale; le second, de l'Europe orientale au nord du Danube; le troisième, de la péninsule des Balkans; le quatrième, des régions musulmanes d'Asie Mineure et d'Afrique; le cinquième, des colonies espagnoles et portugaises; un soin particulier serait accordé à la formation des missionnaires et à la diïïusion d'imprimés catholiques.

Le pape comprit l'importance de cette suggestion. En 1594, pour l'affaire d'Abyssinie, et en 1595 pour celle des Grecs d'Italie méridionale, il réunit une congrégation temporaire. Le 11 août 1599, il constitua une Congrégation permanente présidée par le cardinal Santori et composée de huit cardinaux. Elle s'appela d'abord Congrcgatio super negotiis sanctae fidei et religionis catholicae, puis elle abrégea ce titre en De Propaganda Fide. Après chaque session, le cardinal Santori soumettait au pape les résolutions prises (Moroni, XVI, 242).

Les actes n'en furent conservés que pour les dix premières sessions (16 août 1599-14 août 1600; publ. par A. Castellucci, dans Le Conferenze al Laterano, mars-avr. 1923, p. 223 sq.). La mort du cardinal Santori ralentit quelque peu l'activité de cette Congrégation, mais ne semble pas l'avoir interrompue. En déc. 1604, le pape insista à nouveau i)our qu'elle reprît.

A toutes les régions du globe connues à son époque Clément VIII étendit sa sollicitude. Dans les pays dépendant de la monarchie espagnole, il soutint activement les progrès rapides réalisés par le catholicisme. Il rappela aux missionnaires qu'ils étaient soumis à l'autorité des Ordinaires; il interdit de réduire les Indiens en esclavage; il aplanit un différend opposant les jésuites au saint archevêque Turibe de Lima; il accorda des faveurs aux jésuites du Pérou, à l'université de Mexico et érigea le collège des dominicains de Puebla au rang d'université (Bull. Rom. Pont., x, 225, 415). Il s'intéressait à la découverte de peuplades nouvelles et prenait à cœur leur évangélisation (ibid., x, 767; XI, 60). Aux Philippines il soutint l'apostolat des missionnaires franciscains, dominicains et jésuites; le 14 août 1595, il transforma l'ancien évêché de Manille en une province ecclésiastique avec trois sufl'ragants.

Il donna son approbation aux méthodes missionnaires inaugurées en Chine par le P. Ricci et aida financièrement les missions d'Extrême-Orient. Pour accélérer l'évangélisation de la Chine et du Japon, il abrogea le 12 déc. 1600 le privilège accordé en 1585 par Grégoire XIII, réservant aux seuls jésuites l'autorisation de prêcher la foi dans ces deux pays. Il accorda cette permission à tous les ordres mendiants. Mais, afin de prévenir le retour d'incidents comme ceux qui avaient déclenché les exécutions de 1596 et 1598 et afin de ménager les susceptibilités portugaises, il interdit expressément tout passage vers le Japon de missionnaires en provenance des Philippines ou des Indes occidentales (ibid., x, 631 ; Streit, v, n. 987).

Aux Indes, il accorda son appui à l'archevêque de Goa, Alexis de Menezes, contre le métropolite malabar Mar Abraham, et prit plusieurs mesures pour consoli-

der l'union des chrétiens nestoriens réalisée en 1599 au synode de Diamper (l'étude de G. Beltrami, La Chiesa caldea nel secolo delV unione, dans Orientalia christiana, XXIX, fasc. Lxxxiii, Rome. 1933, renferme tous les documents et contient [p. 124-25, n. 83] une mise au point de l'exposé fait par Pastor, xi, 498). Le siège métropolitain d'Angamale devint sufiragant de Goa (4 août 1600; Streit, v, n. 6).

Influencé par une relation tendancieuse. De statu regni Congi (Th. Simar, Une relation inédite sur le Congo (xvi^ s.), dans Mélanges Ch. Moeller, ii, Louvain, 1914, p. 293 sq.), Clément VIII, par la bulle Super spécula militantis Ecclesiae (20 mai 1596; Bullarium collectio quitus Lusitaniae Algarbiorumque regibus... jus patronatus a SS. Pont, liberaliter conceditur, Lisbonne, 1707, p. 202-10), sépara le royaume du Congo du diocèse de San Thomé et l'érigea en diocèse de San Salvador.

Parmi les correspondants de Clément VIII, figurent aussi trois souverains importants : le Grand Mogol Akbar, le chah de Perse Abbas I*^', et le négus d'Abyssinie Za-Denghel. Il recommanda à Akbar une délégation de trois jésuites (Bull. Rom. Pont., ix, 646).

Il réunit une commission cardinalice pour délibérer sur les nouvelles apportées d'Éthiopie par un émissaire du négus (juin 1594) et, après plusieurs tentatives infructueuses, réussit à lui faire parvenir une réponse (26 juin 1604; E. de Almeida, Hist. Aethiopiae, 80 sq.).

Tant dans un but d'encerclement stratégique de la Porte que pour ménager à cette occasion des possibilités d'apostolat, il s'adressa à quatre reprises au chah de Perse (30 sept. 1592, Pastor, xi, 694; 30 janv. 1594; 24 févr. et 2 mai 1601, ibid., 751, 754; 30 juin 1604). L'ambassade persane qui séjourna à Rome en avr.mai 1601 y fut reçue avec les plus grands honneurs (Ossat, 584, 591, 599, 607-08, 616-17). Six carmes déchaussés furent envoyés en Perse comme missionnaires (Meyer, Nunziaturberichte..., 177 sq. ; Streit, i, 490; Berthold- Ignace de Sainte- Anne, Hist. de l'établissement de la mission de Perse par les PP. carmes déchaussés (1604-12), Bruxelles, 1885). Ce fut grâce aux instances de Clément VIII que cet ordre se consacra aussi au travail missionnaire.

V. Les affaires d'Italie. — 1° Gouvernement intérieur des États pontificaux. — L'année même de son avènement, Clément VIII composa un projet d'assainissement des finances locales (et non des « communautés religieuses », comme le prétend par erreur l'art. Clément VIII du D. T. C, m, 78), comprenant entre autres : l'établissement annuel d'un budget public stable, ordinaire et extraordinaire; son contrôle par les instances supérieures; la gratuité des services; la publicité du contenu; l'extinction graduelle des dettes contractées; l'interdiction des dépenses somptuaires; la suppression des privilèges et exemptions (15 août 1592; Bull. Rom. Pont., ix, 594). Le 30 oct. 1592, une Congregazione del buon governo, composée de trois cardinaux, fut créée pour en promouvoir l'application (ibid., 603; cf. A. Lodolini, L'amministrazione pontificia del « Buon Governo », dans Gli Archivi italiani, vi, 1919, p. 181 sq.; vu, 1920, p. 3 sq., 88 sq.).

Au plan national, il projeta aussi diverses mesures d'assainissement financier. En 1595, il fit abolir dans ses États tous les bureaux de frappe monétaire, excepté celui de Rome (Bull. Rom. Pont., x, 202). II avait même imaginé une unification monétaire de toute l'Italie. Toutefois, loin de remédier à la situation financière obérée par une dette publique de 12 000 000 de scudi, il ne réussit même pas à empêcher que le léger excédent budgétaire du début du pontificat ne fît place à un déficit annuel d'environ 100 000 scudi.

En effet. Clément VIII n'avait aucune notion de la valeur de l'argent. Les dépenses ordinaires de la Cour

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pontificale, qui s'élevaient à 5 000 scudi par mois sous Grégoire XIII et à 2 000 à la fin du règne de Sixte- Quint, ne tardèrent pas à dépasser 7 000 scudi. Malgré cet accroissement considérable, les 1 200 membres de la maison pontificale se plaignaient encore de se voir réduits à un régime de famine (Baumgarten, Neue Kunde..., 31-32).

Cet accroissement de dépenses résultait d'une gabegie endémique, de nombreux frais somptuaires (par ex. une nouvelle tiare, dont la confection dura plusieurs années), de cadeaux princiers (30 000 scudi à ses familiers pour la Noël), de ses continuels déplacements et des subventions accordées à l'étranger. En outre, le rachat de Nettuno à Marcantonio Colonna et de Monte S. Giovanni au marquis del Vasto coûtèrent 750 000 scudi (A. Coppi, Sulle ftnanze dello Stato pontificio, Rome, 1855, p. 15 sq.). Les prélèvements opérés sur le trésor de Sixte-Quint conservé au Château S.- Ange purent être limités à 150 000 scudi, mais sept nouveaux monti (c.-à-d. des emprunts) furent ouverts pour un montant total de 2 893 200 scudi (Moroni, xl, 155; Lxxiv, 299). Sous son pontificat, la part des recettes publiques englouties par le service de la dette passa des 2/3 aux 3/4.

Pour mettre de l'ordre dans les finances privées. Clément VIII renouvela dès son avènement les Constitutions De non alienandis et infeiidandis civitatibus et lacis S. R. E., de Pie V et d'Innocent IX, défendant d'aliéner et d'inféoder les biens d'Église (Bull. Rom. Pont., VII, 560; ix, 505, 520); il interdit toute aliénation de biens immeubles en faveur d'étrangers (14 juill. 1601; ibid., x, 711); il favorisa l'établissement de monts-de-piété (ibid., x, 848) et fit réduire le taux de l'escompte à 7% (1" mai 1592; ibid., ix, 552). Plus révolutioTinaire encore fut la mise en vente forcée des propriétés appartenant aux débiteurs insolvables (25 juin 1596; ibid., x, 270). La Congrégation spéciale instituée à cet effet fit vendre des biens appartenant aux Savelli, aux Conti, aux Orsini, aux Sforza, aux Pinelli. Plusieurs de ces propriétés furent rachetées par la Chambre apostolique.

Clément VIII essaya aussi de remédier à la plaie du banditisme. Dès févr. 1592, il envoya un détachement de troupes contre le condottiere Marco Sciarra qui terrorisait les Marches; en avr., il chargea son neveu Gian Francesco d'une vaste expédition de nettoyage. Les résultats furent médiocres : durant tout son pontificat, les campagnes restèrent infestées de brigands. Cette plaie endémique provenait avant tout de la conjoncture économique défavorable, des nombreuses complicités rencontrées parmi les populations autochtones et d'une sévérité excessive dans la répression des délits mineurs. En nov. 1592, il fallut établir une Congrégation cardinalice « pour les grâces et pardons à accorder aux criminels » de toute espèce, à leurs complices et partisans (ibid., ix, 626).

D'autres mesures furent prises pour assainir la moralité publique et réprimer la criminalité, suivant les conceptions du temps : les peines édictées contre le duel furent renouvelées (ibid., ix, 604); l'archiconfrérie romaine de N.-D. du Suffrage reçut la faculté de faire amnistier tous les ans, le jour de la Toussaint et le vendredi saint, un condamné à mort (ibid., x, 172, 175); le séjour des Juifs fut limité aux seules villes de Rome, d'Ancône et Avignon (ibid., x, 23); les festivités du carnaval furent restreintes (F. Clementi, // carnevale romano nelle cronache contemporanee, Rome, 1899, p. 289); un quartier spécial de la ville fut assigné aux courtisanes (Pastor, xi, 620).

Une affaire criminelle qui tint la vedette durant plusieurs années fut le procès des Cenci. Francesco Cenci, chef d'une ancienne famille romaine, mais entièrement perdu de mœurs, fut assassiné, le 9 sept. 1598, par

! Olympio, Calvetti. Celui-ci avait agi avec la complicité directe de son amante, Béatrice Cenci, la propre fille de Francesco, et avec la connivence de l'épouse et de deux des fils de la victime. Les coupables furent condamnés à mort et exécutés le 11 sept. 1599. La parricide affronta la mort avec un grand courage et la légende populaire a tenté d'en faire une nouvelle Lucrèce vengeant son honneur violé par un père dénaturé. Les actes du procès, étudiés par A. Bertolotti (Fr. Cenci e la sua famigtia, Florence, 1877; 2« éd. augmentée, 1879) et J. Rinieri (D. Cenci seconda i costituli del suo processo. Sienne, 1909), ont fait justice de cette légende, en montrant que la soi-disant erreur judiciaire ne fut en réalité que le châtiment d'un crime crapuleux (voir l'étude scientifique exhaustive de C. Ricci, Béatrice Cenci, 2 vol., Milan, 1923).

Une autre affaire, mettant en cause le droit d'asile, provoqua, les 23-25 août 1604, un mouvement insurrectionnel de la populace ameutée contre le tout-puissant secrétaire d'État par le cardinal Farnèse et l'ambassadeur d'Espagne. Pour rétablir une paix durable, le pape promit une amnistie générale; il établit à Rome une garnison de troupes corses et fit remettre en état l'artillerie du Château S. -Ange.

En matière sociale. Clément VIII ne resta pas inactit. Le protectionisme agraire fut renforcé, la spéculation sur les céréales prohibée, le commerce des denrées soumis un contrôle étroit, divers avantages furent accordés aux cultivateurs de la Campagne romaine et aux commerçants d'Ancône. Le résultat de ces mesures fut médiocre. L'n emprunt forcé de 300 000 scudi fut ouvert sur la place de Bologne, en vue de constituer un fonds de remboursement des dettes contractées par le service de ravitaillement de cette ville (Bull. Rom. Pont., ix, 553). La renaissance de l'industrie de la soie et la remise en exploitation des salines de Cervia rétablirent de nouveaux courants d'affaires. Les hôpitaux, hospices et refuges furent développés (ibid., x, 219). On a calculé que le budget des aumônes pontificales ordinaires s'éleva à plus de 14 000 écus d'or par an (détails dans Pastor, xi, 676-77).

A l'occasion du jubilé de 1600, le pape fit encore prescrire diverses mesures d'hygiène publique et d'urbanisation : interdiction d'élever des porcs dans la partie habitée de la ville (Orbaan, Documenti..., 263); nettoyage hebdomadaire obligatoire des voies publiques (ibid., 114); adduction d'eau potable, pavement des rues, percement de nouvelles voies de communication par expropriation (Pastor, xi, 675, n. 11). Il institua deux congrégations chargées de veiller au bien-être des pèlerins. Le montant de ses aumônes à la seule archiconfrérie de la T.-Ste-Trinité des pèlerins s'éleva à plus de 8 400 scudi, soit presque 20 % des recettes de cette institution. Des travaux d'amélioration fuient entrepris aux ports de Civitavecchia et de Terracina; la régularisation de plusieurs cours d'eau (Teverone, Velino) bonifia 35 000 verges de terres arables. Un projet plus vaste concernant le Tibre revint à l'ordre du jour par suite des inondations de 1598. Durant cette année, le fleuve sortit de son lit à trois reprises. l>a troisième fois, durant la nuit de Noël, les eaux s'élevèrent subitement jusqu'à 10 m. au-dessus de l'étiage normal. Tout le bas de la ville fut sinistré : les dégâts s'élevèrent à 2 000 000 de florins d'or (références dans Pastor, xi, 606, n. 1 ; 609, n. 3). Le pape dirigea en personne l'aide aux sinistrés (Ossat, 365) et fit appel au courage des Romains (texte dans Pastor, xi, 731). Une Congrégation de six cardinaux dut veiller au maintien de la santé publique et fit dresser par les meilleurs ingénieurs des plans en vue de régulariser le cours du fieuve. Les travaux furent entrepris, mais faute de crédits et de moyens techniques appropriés ils ne purent aboutir.

2" Le rattachement de Ferrare au domaine immédiat du S.-Siège (bibliogr. spéciale dans Pastor, xi, 604, n. 5; 638, n. 2). — A la mort du duc de Ferrare, Alphonse II, dernier rejeton légitime de la branche principale de la maison d'Esté (27 oct. 1597), sa succession fut revendiquée par son cousin César, dont la bâtardise est admise par la plupart des historiens actuels (ibid., 590, n. 5). Alphonse d'Esté l'avait désigné comme héritier et avait obtenu l'assentiment de l'empereur Rodolphe II pour les fiefs impériaux de Modène et Reggio. Espérant obtenir un assentiment semblable de la part du pape pour le territoire contigu de Ferrare, fief du S.-Siège, il avait usé, cinq années durant, de tous les ressorts de la diplomatie pour gagner Clément VIII à son idée. Mais le pape, qui dès le temps de son cardinalat avait protesté ouvertement contre la condescendance de Grégoire XIV sur ce point (Eubel, III, 54 n.; Bentivoglio, Memorie, 202), resta irréductible. Il estimait que ce cas constituait une application de la Constitution De non alienandis (cf. supra).

Le 2 nov. 1597, le pape fit admettre en consistoire les droits évidents du S.-Siège sur ce fief apostolique devenu vacant. Mais César d'Esté, comptant sur ses alliances diplomatiques et familiales, avait déjà pris possession de la ville et la mettait en état de défense. Une Congrégation des Affaires ferraraises, composée de dix-neuf cardinaux, décida d'expédier un monitoire accordant à l'usurpateur quinze jours pour justifier sa conduite. Tandis que des émissaires étaient envoyés auprès des principales cours européennes, une armée de plus de 20 000 hommes mobilisés à Bologne fut placée sous le commandement du cardinal neveu, Pictro Aldobrandini.

Le 22 déc, l'excommunication majeure frappa César et ses adhérents (Bull. Rom. Pont., x, 389-409; Pastor, XI, 592, se trompe en donnant la date du 23). Grâce au soutien de Henri IV, qui sur le conseil d'Ossat (Lettres, 295-9C) promit au pape son entier appui, les manœuvres diplomatiques de César d'Esté échouèrent. A la suite de pourparlers ouverts entre une cousine de César, Lucrèce d'Esté, duchesse d'Urbin, et le cardinal Aldobrandini, un accord tut conclu à Faenza (12 janv. 1598), sur la base d'un rattachement de Ferrare au domaine immédiat du S.-Siège. L'accord fut ratifié par le pape, le 19 janv. 1598 (Bull. Rom. Pont., X, 417). Ferrare devint une légation dont l'administration fut confiée au cardinal Pietro Aldobrandini (ibid., 428). D'autres personnalités prirent possession de Comacchio et de Pieve di Cento, et quatre délégués ferrarais vinrent à Rome en mars pour prêter au pape le serment de fidélité.

Désireux de visiter lui-même son territoire rédimé. Clément ^'III quitta Rome, le 13 avr., avec une nombreuse suite. A son passage par Ravenne, il reçut en audience César d'Esté et le retint à dîner. L'entrée solennelle du pape, suivi de 18 cardinaux et de 65 prélats, dans l'ancienne capitale du duché eut lieu le 8 mai 1598 (références dans Pastor, xi, 599-600; la seule source publiée est V. Prinzivalli, La devoluzione di Ferrara alla S. Sede secondo una relazione inedita di Camillo Capilupi, F'errare, 1898).

Le premier soin du pape fut de réorganiser l'administration locale par la création d'un conseil communal composé de trois états : noblesse, bourgeoisie, métiers; il lui concéda plusieurs pouvoirs que les ducs d'Esté s'étaient jusque-là réservés (Bull. Rom. Pont., x, 449- 58); il accorda aussi divers privilèges à Comacchio et à Terra Centi (ibid., 458, 461); il assainit les finances de la ville, mais fit construire une citadelle, ce qu i exigea le nivellement de tout un quartier. Plus tard, F'errare reçut encore d'autres privilèges diplomatiques, juridiques et financiers (ibid., 481, 511, 592). Des projets furent envisagés pour rendre navigable le cours du

Pô depuis la mer jusqu'à Ferrare. Mais il s'avéra impossible d'enrayer la décadence de la ville, privée de la cour ducale qui la faisait vivre.

Durant son séjour à Ferrare, le pape reçut en visite tous les souverains du nord de l'Italie et de nombreux ambassadeurs (Pastor, xi, 601-02). Fin sept., il tint à faire une excursion jusqu'à la forteresse de Comacchio isolée au milieu de ses lagunes. Il s'y trouvait quand il apprit la mort de Philippe II. Rentré à Ferrare, il prononça lui-même une allocution funèbre à la mémoire du roi d'Espagne (Herrera, Elogio a las virtudes de Felipe II, Valladolid, 1604, p. 177 sq.).

Le séjour du pape à Ferrare fut encore prolongé jusqu'au double mariage princier par procuration qu'il bénit le 15 nov. : celui du jeune roi d'Espagne, Philippe III, représenté par l'archiduc Albert, avec l'archiduchesse Marguerite d'Autriche; et celui de l'archiduc Albert lui-même avec l'infante d'Espagne, Isabelle, représentée par son procureur le duc de Sessa (Ossat, 356). Clément VIII quitta Ferrare le 26 nov. et rentra à Rome le 21 déc. 1598.

3° Les États italiens. — En sept. 1596, Clément VIII crut devoir prendre parti pour le cardinal de Milan, Frédéric Borromée, dans un conflit opposant celui-ci au gouverneur espagnol, Juan de Velasco, et au Sénat milanais. Il s'agissait de prétendus empiétements sur les droits du clergé. En réalité, la question contestée était de toute évidence un droit abusif, la mesure incriminée prise par le gouverneur étant exigée par le bien commun (Ossat, 228-29). En 1599, sous le gouvernement du comte de Fuentes, de nouvelles difficultés surgirent à Milan. Le cardinal Franz von Dietrichstein envoyé à cet effet échoua dans sa mission; Fuentes fut excommunié. Après une accalmie en 1601, la tension reprit l'année suivante, le turbulent gouverneur ayant annexé de force le marquisat de Finale en Ligurie et la seigneurie de Piombino à la frontière de la Toscane; le pape, alerté par Gênes, par le grand-duc et par l'ambassadeur de F'rance, Philippe de Béthune, protesta à Milan et à Madrid.

La prétention du vice-roi de Naples, Olivarès, d'étendre Vexequatur à une mesure intéressant l'administration intérieure d'une maison religieuse provoqua une protestation du pape à Naples et à Madrid (oct. 1596). Les rapports entre Rome et Naples restèrent très tendus jusqu'à l'arrivée d'un nouveau vice-roi, le duc de Lemos (été 1599), avec lequel la situation s'améliora à vue d'œil, à partir de 1601.

Les rapports entre Clément VIII et Venise furent souvent très pénibles, non seulement à cause de la répugnance des Vénitiens à soutenir la politique extérieure du pape, mais encore à cause de leur propension à la tolérance en matière de doctrine. Les mesures prises par un inquisiteur à Bergame, la présence parmi les universitaires de Padoue et les commerçants de Venise d'un noyau d'étrangers calvinistes causèrent des frictions entre Rome et la Sérénissime (L'Inquisition à Venise, dans Anal, juris. pont., xxvi, 1886, col. 578 sq.). Le S.-Offlce demanda le 12 sept. 1592 et finit par obtenir l'extradition de Giordano Bruno, mais se vit refuser celle de Massimo Marguni, un évêque grec accusé de déviations doctrinales (Paruta, i, 256, 281, 291). Avec Florence également, le pape eut à soutenir des conflits sur divers points concernant la juridiction ecclésiastique (Mutinelli, Storia arcann d'Italia, ii, 66 sq.).

4° Les sciences et les arts. — Sans atteindre au niveau des principaux papes mécènes de la Renaissance, Clément VIII fut un grand protecteur des sciences et des arts. 11 accueillait volontiers savants et artistes dans son entourage. César Baronius fut son confesseur, S. Robert Bellarmin un de ses conseillers les plus écoutés, le Tasse son commensal et son poète attitré.

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Il encouragea plusieurs entreprises et publications scientifiques : Annales de Baronius (Baumgarten, Neue Kunde..., 291 sq.); Conciles généraux du cardinal Santori {ibid., 333); édition des Œuvres de S. Bonaventure, S. Grégoire le Grand, S. Athanase et S. Jean Damascène (Pastor, xi, 628). Il chargea le jésuite Pietro Malïei d'écrire l'histoire de son pontificat (entreprise interrompue par la mort de Maffei). II fit réorganiser par Bartolomeo Cesi, puis par Domenico Rainaldi, les archives du Château S. -Ange et forma le projet d'y centraliser toutes les archives pontificales (janv. 1593; Eubel, iv, 3). Il enrichit la Bibliothèque Vaticane par de précieuses acquisitions de livres et de manuscrits (collections de Fulvio Orsini, Tommaso Sirleto, d'Aide Manuce, Alphonse Ciacconius) et en confia la direction à Baronius et l'administration à Rainaldi; il faisait rechercher des manuscrits jusqu'à Moscou (Pierling, La Russie..., ii, 375). Il donna une nouvelle impulsion à l'Imprimerie Vaticane en y rationalisant le travail et les emplois (Baumgarten, ibid., 135 sq.; Bull. Rom. Pont., x, 81). En 1593, il modifia l'organisation du studium générale de Pérouse (ibid., 32, 71). Il fit poursuivre la construction des locaux de l'université romaine de la Sapienza et y appela nombre de sommités scientifiques, comme le physiologue et naturaliste André Césalpin, le botaniste Johann Fabri, les philosophes Francesco Patrizi et Giacomo Mazzoni. Rome lui doit aussi la fondation et la dotation du collège Clémentin pour l'éducation de la jeunesse, ouvert en 1595 et confié aux Somasques (Bull. Rom. Pont., XI, 90-100; cf. O. M. Paltrinieri, L'elogio del collegio Clementino, Rome, 1795; G. Donnino, / convittori illustri del collegio Clementino, Rome, 1898). Ciacconius (iv, 271) énumère les ouvrages qui lui furent dédiés par les écrivains de son époque.

Clément VIII fut aussi un grand bâtisseur et plus encore un grand décorateur. Nombre d'édifices et d'oeuvres d'art portent ses armoiries. En architecture» il utilisa surtout les talents de Giovanni Fontana, de Giacomo délia Porta et, depuis 1602, de Carlo Maderno. Son peintre préféré fut Giuseppe Cesari D'Arpino.

Il fit poursuivre les travaux sur tous les chantiers ouverts par Sixte-Quint : pont du Borghetto sur le Tibre, tours de défense côtière, mines de Tolfa, ports de Civitavecchia et de Terracina. Orbaan raconte avec de nombreux détails (Un viaggio..., 113 sq. ; Documenti..., 455 sq.; Rome..., 161 sq.) la tournée que le pape entreprit en avr.-mai 1597 avec sept cardinaux pour inspecter ces travaux : au cours de ce déplacement il passa en revue la flotte pontificale.

Clément VIII fit encore exécuter les plans de Michel- .\nge pour l'aménagement des palais du Capitole. Les travaux confiés à Girolamo Rinaldi ne furent achevés qu'après sa mort (E. Rodocanachi, Le Capitole romain antique et moderne, Rome, 1904, p. 95-101). Il fit continuer la construction du nouveau palais du Vatican, qui devint sa résidence d'hiver depuis oct. 1596 et sa résidence habituelle depuis 1599 (détails nombreux dans Orbaan, Documenli..., 50-56; Rome..., 25 sq.). L'aménagement intérieur en fut poursuivi : les frères Giovanni et Cherubino Alberti et le Néerlandais Paul Bril achevèrent en 1603-04 la salle consistoriale et la salle Clémentine. Au Quirinal il fit aussi ajouter une construction nouvelle et aménager des jeux d'eau dans le parc.

Clément VIII remit en honneur les vacances à Frascati. De 1592 à 1601, il y fit neuf séjours, surtout en mai et en oct., résidant habituellement dans la villa Mondragone avec les plus intimes de ses cardinaux (F. Grossi-Gondi, Le Ville Tusculane nell'epoca classica e dopa il Rinascimento. La villa dei Quinlili e la villa di Mondragone, Rome, 1901, p. 221-30). Dès la première année de son pontificat, il avait conçu le projet d'y

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.

construire une maison de campagne. Sa réalisation fut facilitée, lorsqu'en 1598 la Chambre apostolique entra en possession de l'héritage de Paolo Capranica, comprenant la « villa Belvédère » située non loin de Frascati. Pour récompenser le cardinal Pietro Aldobrandini de la part qu'il avait prise dans le retour de F"errare au domaine du S. -Siège, le pape lui fit cadeau de cette propriété (oct.-nov. 1598; Pastor, xi, 667, n. 3). Giacomo délia Porta et Carlo Maderno y construisirent une résidence d'agrément à l'usage du S. -Père; elle fut habitable dès 1604 (Moroni, xxvii, 157-62). Les jardins furent aussi transformés : l'installation des seuls jeux d'eau par Orazio Olivieri au mjmphacum et dans le parc coûta 50 000 scudi, ce qui fit dire à un envoyé mantouan : la villa non vale tanlo quanto l'acqua.

En 1596, sur les instances du pape, la Chambre apostolique acquit pour 150 000 scudi la propriété des Savelli à Castel Gandolfo. Un décret consistorial du 27 mai 1604 la déclara propriété inaliénable du S.- Siège.

Plus importante encore fut la part accordée aux édifices religieux, principalement à la basilique S.- Pierre, dont l'entretien fut confié à une Congrégation spéciale substituée à l'ancienne Fabbrica. Sebastiano Torrigiani coiffa la coupole d'un globe et d'une croix géante (18 nov. 1593; Pastor, xi, 701). A l'intérieur, la décoration de la coupole en mosaïques fut confiée à D'Arpino et plusieurs tableaux d'autels à divers peintres (G. Baglione, Le vite dei pitlori, scultori et architetti dal pontificuto di Gregorio XIII del 1572 in fino ai tempi di papa Urbano VIII net 1642, Rome, 1642, p. 58, 110, 153, 284, 290). Délia Porta érigea un nouvel autel sur la Confession de S. Pierre (26 juin 1594); les travaux entrepris à cette occasion amenèrent la découverte du sarcophage de Junius Bassus et d'autres trésors archéologiques; on prétendit même alors avoir entrevu le tombeau de S. Pierre à travers une fente de l'ancien autel (J. Wilpert, La tomba di S. Pietro, Rome, 1922, p. 30). Della Porta et Roncalli archevèrent pour le jubilé de 1600 l'aménagement de la vaste chapelle Clémentine. A S. -Jean de Latran, le pape confia à Della Porta et à D'Arpino la restauration du transept et plusieurs travaux de décoration par peintures, dorures, fresques, pavements et statues (1594-97); l'autel du S. -Sacrement y fut complètement transformé (févr. 1598-avr. 1600). A Sta Maria sopra Minerva, il chargea Della Porta d'aménager une chapelle funéraire pour les membres de sa famille (1600- 05). L'église titulaire de S. Cesareo fut presque entièrement reconstruite. Des travaux de moindre envergure furent entrepris à Sle-Marie-Majeure, au Panthéon, à S. Angelo in Pesceria, à S. Niccolo de'Lorenzi et à SS.-Côme-et-Damien.

Plusieurs cardinaux rivalisant avec le pape firent aussi aménager nombre d'églises romaines. Au cours des travaux entrepris en automne 1599 par le cardinal Sfondrato dans son église titulaire de Ste-Cécile, on mit au jour deux sarcophages que l'on jugea être ceux de Ste Cécile et des SS. martyrs Valérien, Tiburce et Maxime (Quentin, art. Cécile, dans D. A. C. L., ii-l; L. de Lacger, De l'authenticité des reliques de Ste Cécile, dans Bull, de litlér. ecclés. de Toulouse, xxiv, 1923, p. 218 sq.). Le pape fit rendre à ces précieux restes les plus grands honneurs; pour le cercueil de Ste Cécile il fit faire une châsse en argent massif qui coûta 4 385 scudi; le 22 nov. 1599, au cours d'une cérémonie d'une rare solennité, elle fut déposée dans un nouveau sarcophage.

VI. Le gouvernement de l'Église. — 1° La poursuite de l'œuvre tridenline. — Clément VIII se dépensa sans compter pour promouvoir l'application des réformes tridentines dans tous les pays restés catholiques. Son objectif principal était l'amélioration du

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clergé. Il inaugura son pontificat en ordonnant une visite de tous les couvents, églises et fondations pieuses de Rome (8 juin 1592; Bull. Rom. Pont., ix. 562). II la commença lui-même au Latran, consacrant plusieurs jours à visiter la basilique, l'hôpital et jusqu'aux demeures privées des clercs. Il visita ensuite, de 1592 à 1596, Ste-Marie-Majeure, S. -Pierre, puis les autres églises et établissements (Baumgarten, ibid., 25); plusieurs visites furent '■ecommencées en 1601-03. Partout, il montrait un grand souci des moindres détails allant jusqu'à visiter les cellules, à fouiller les armoires et à vérifier lui-même les livres de comptes. Il exigeait une compétence sufTisante et une conduite irréprochable. La visite terminée, il spécifiait lui-même les réformes à introduire et démettait de leurs fonctions tous ceux qui n'étaient pas à la hauteur de leurs charges. Des documents intitulés : Commentarius visilationis démentis VIII anno 1592; Décréta visitationis sub Clémente VIII; Acla visitationis miiltarum ecclesiarum Urbis sub Clémente VIII témoignent de cette activité minutieuse. Le cardinal P>usticucci, vicaire général, aidé d'une commission spéciale, fut chargé de veiller à l'observation des mesures de réforme.

Dans son œuvre législative et dans sa correspondance avec les autorités religieuses et civiles de toute l'Europe catholique le même souci de revalorisation du clergé apparaît à tout instant.

Dès 1592, il institua un examen de compétence pour les évêques nommés aux sièges d'Italie et des îles voisines (Moroni, xvi, 195). 11 assista lui-même à ces examens et n'accorda jamais de dispense. A partir de 1597, il assista aussi aux examens que les prêtres promus aux paroisses de Rome durent passer devant ce jury de cardinaux.

Pour encourager une meilleure observation du devoir de résidence des pasteurs ayant charge d'âmes, il ajouta aux prescriptions antérieures que nul ne pourrait plus accéder à la pourpre, s'il n'était en règle sur ce point (5 juill. 1595; Pastor, xi, 449). En juill. 1596, il fit savoir directement à Philippe II qu'à l'avenir il refuserait de ratifier la promotion d'évêques n'ayant pas satisfait à leurs devoirs de pasteurs (Pastor, xi, 717) et, en mai 1599, il pria Philippe III d'éviter de trop fréquentes translations de sièges {Bull. Rom. Pont., X, 478).

Il refusa aussi toujours de ratifier des nominations inacceptables, comme celle d'un enfant de quatre ans, Charles de Lévis, pour le siège de Lodève, et celle d'Henri de Bourbon, bâtard du roi, âgé de sept ans, pour celui de Metz. A celui-ci il n'accorda que l'expectative.

Pour promouvoir les visites diocésaines, la tenue des synodes, l'érection de séminaires, il insistait directement auprès des prélats et des chapitres et se faisait seconder sur place par les nonces. Par trois fois, il envoya sur ce sujet une lettre pastorale à l'ensemble du clergé de France (17 août 1598,20 août 1599; Bull. Rom. Pont., x, 524; 25 mai 1601) et s'adressa à tour de rôle à tous les métropolitains d'Espagne.

Il savait faire preuve de ténacité : pour obtenir la réunion du synode provincial d'Aquilée, il mit trois ans à négocier, mais il eut gain de cause. Pour la Styrie, la Carinthie et la Carniole, il nomma lui-même deux évêques en qualité de commissaires-visiteurs pontificaux (1592-9,3).

Durant la première quinzaine d'oct. 1600, le cardinal Bellarmin envoya au pape un mémoire intitulé De ofjicio primario Summi pontiftcis (éd. X. Le Bachelet, Auctarium Bellarminianum, Paris, 1913, p. 513- 18). II y exposait avec une franchise tout apostolique cinq reproches qu'il croyait devoir lui adresser « pour exonérer sa conscience » : la vacance des Églises dure trop longtemps; les prélats promus ne sont pas tou- |

jours les meilleurs; trop nombreux sont ceux qui ne résident pas, qui s'occupent d'autres choses que de leurs ouailles, qui cumulent plusieurs fonctions; les translations de sièges se font trop facilement. En marge du document, le pape répondit point par point aux reproches qui lui étaient faits (publ. Le Bachelet, ibid.; cf. Pastor, xi, 450, n. 1) et revint sur cette question dans une lettre à son neveu (14 oct. 1600; X. Le Bachelet, Clément VIII et le mémoire bellarminien « De officia primario Summi pontiflcis », dans Rech. de se. relig., xiii, 1923, p. 444 sq.). Tout en reconnaissant le bien-fondé de nombreuses remarques, il insistait sur les limites imposées à un règlement idéal par les possibilités concrètes du moment.

Clément VIII accorda une attention particulière aux régions où la Contre-Réforme se trouvait sur la brèche. A chaque progrès réalisé par le catholicisme, il répondait par une missive encourageante. Il écrivit en ce sens à l'empereur pour les mesures prises à Linz en 1599, au conseil communal de Cologne (1592), à l'abbé de Fulda, Balthazar von Dernbach, en faveur duquel il avait obtenu de la cour aulique une levée d'exil (1602), à plusieurs prélats allemands et suisses (Bâle, Constance, Coire, Lausanne, Mayence, Paderborn, Prague, Trêves). Il n'oubliait jamais d'envoyer un bref de félicitation aux convertis les plus notables (Pastor, XI. 278). Il correspondait plus régulièrement encore avec les deux principaux soutiens de l'action catholique en Allemagne : le duc Maximilien de Bavière auquel, comme prince héritier, il avait réservé un splendide accueil lors d'un voyage à Rome (avr. 1593), et dont il n'hésita pas à solliciter l'appui pour des questions intéressant la réforme morale du clergé (Pastor, XI, 279, n. 1 ; F. Stieve, Die Politik Bayerns (1591- 1607), 2 vol., Munich, 1878-83; Briefe und Akten zur Gesch. des Dreissigjàhrigen Krieges, iv-v); et l'archiduc Ferdinand de Styrie, qu'il encouragea dans sa ^tentative de rétablissement forcé du catholicisme comme religion d'État (Alden und Korrespondenzen zur Geschichte der Gegenreformation in Innerostcrreicli unler Ferdinand II. (1590-1637), éd. J. Loserth, i, docum. n. 188, 970, 988, 1000, 1002, dans Fontes rerum austriacarum, II« sér., LViii, 1906; ii, docum. n. 1446, 2758, 2774, 2786, ibid., lx, 1907).

Envers les princes ecclésiastiques même les plus notoirement inférieurs à leur tâche, le pape fit preuve d'une très grande longanimité. Il refusa toujours d'adresser des menaces trop ouvertes à l'archevêque de Salzbourg, Wolf Dietrich von Raitenau, concubinaire notoire. Il se laissa tromper sur les vrais sentiments de l'évêque de Bamberg, Johann Philipp von Gebsattel. Pour remédier à la faiblesse de caractère de l'archevêque de Mayence, Wolfgang von Dalberg, et de l'évêque de Sion, Hildebrand ï" von Riedmatten, il se borna à un avertissement laconique. A Cologne, où les mœurs mondaines d'Ernest de Bavière et du chapitre cathédral avaient créé une situation intolérable, il envoya Coriolano Garzodoro comme envoyé extraordinaire (fin 1593) et fit désigner un coadjuteur qui partagea l'administration du diocèse avec l'électeur (K. Lînkel, Die Coadjutorie des Ilerzogs Ferdinand von Baijern im Erzstift Koln, dans Ilist. Jahrbuch, viii, 1887, p. 245-70; 583-608). Plutôt que d'imposer des réformes par l'extérieur, il préférait les obtenir grâce à un renouvellement des cadres : l'accession aux postes de commande d'une nouvelle génération formée dans l'esprit de Trente par les établissements des jésuites et par les séminaires. La méthode s'avéra bonne : dans toute l'Europe restée catholique, les cadres de l'Église s'améliorèrent à vue d'œil.

2° Les éditions clémentines. — La réforme des principaux livres liturgiques, entreprise sous Pie V et Sixte-Quint, fut poursuivie par Clément VIII.

CLÉMENT VIII

La nouvelle édition du Pontifical romain fut impo- j sée par une bulle du 10 févr. 1596 (Bull. Rom. Pont., x, 246) qui déclarait les éditions antérieures périmées. Le 14 juin 1600, une mesure similaire imposait le nouveau Cérémonial des évêques, en permettant toutefois l'usage des anciens quand les deux textes étaient conformes entre eux (ibid., 597). La revision du Bréviaire de Pie V entreprise sous Sixte-Quint fut confiée par Clément VIII à une commission de sept membres, dont les trois cardinaux Baronius, Bellarmin et Silvio Antoniano. Le pape leur avait donné comme directive de ne modifier que ce qui contenait une erreur manifeste. Le nouveau texte fut imposé par une bulle du 10 mai 1602 (ibid., 788) qui prévoyait des mesures restrictives pour les éditions futures. La revision du Missel, confiée pareillement à Bellarmin, Baronius et Gavanti, fut terminée en 1004; une bulle du 7 juin imposa la nouvelle édition (ibid., xi, 88).

Une autre commission, dont le pape lui-même faisait partie, avait pour objet de grouper en une collection authentique les très nombreuses Constitutions pontificales promulguées depuis la parution des Clémentines sous Jean XXII. Les cinq tomes furent publiés, en 1592 et 1593, en quarante exemplaires provisoires à l'usage des membres des Congrégations. Après une dernière revision, l'impression définitive, dirigée par le cardinal Pinelli, dura plus de quatre ans : le 25 juill. 1 598, les Sanclissimi domini nostri D. démentis papae VIII décrétâtes sortirent des presses vaticanes. L'ouvrage ne reçut jamais l'approbation pontificale. Le titre Liber septimus decretatium, ordinairement employé pour le désigner, n'est pas primitif; il est dû au cardinal Pinelli. L'édition actuellement employée et précédée d'une introduction critique est celle de F. Sentis, Fribourg, 1870 (à compléter par les remarques de Baumgarten, ibid., 238-59).

En contact étroit avec le S.-Ofiîce, la Congrégation de l'Index poursuivait depuis Sixte-Quint la revision de l'Index des livres prohibés. Une nouvelle rédaction fut achevée en 1593 (J. Hilgers, Der Index der verbolenen Bûcher, Fribourg, 1904, p. 529 sq.). Pour faire droit à des remarques formulées par Baronius et par l'ambassadeur de Venise (Paruta, i, 296, 323, 332; ii, 180, 245, 488; voir cependant Baumgarten, ibid., 219), Clément VIII renonça à l'imposer, bien que le bref qui le concernait fût déjà rédigé et daté (17 mai 1593; Bull. Rom. Pont., x, 53; Pastor, xi, 469 le date par erreur de 1596). Le travail fut remis sur le métier (voir les détails donnés par Baumgarten, ibid.). L'édition définitive de l'Index fut rendue publique le 27 mars 1596 et imposée à la Curie le 17 mai. Un bref « anticipatif », daté du 17 oct. 1595 (Bull. Rom. Pont., x, 230; et non une bulle du 17 oct. 1596 comme le prétend Pastor, XI, 469, n. 3), renouvela à cette occasion la peine de l'excommunication encourue par les lecteurs et les détenteurs de livres suspects d'hérésie. Les principales différences entre cette édition, celle de Sixte- Quint et celle de 1593 sont mentionnées par Reusch (Der Index..., i, 532-39). Aux dix règles tridentines furent ajoutées des prescriptions concernant les traductions de la Bible, les ouvrages d'astrologie, le Talmud et autres ouvrages juifs (ibid., 539-43). Contre ces derniers le pape avait déjà pris des mesures restrictives par une bulle du 28 févr. 1593 (Bull. Rom. Pont., x, 25; souvent datée à tort de 1592). Sur la réception de l'Index dans le monde chrétien et ses diverses éditions, voir Reusch, (ft/rf., i, 543-46. Pour faire droit à de nouvelles réclamations des Vénitiens, le pape mitigea pour eux certains points de l'instruction préliminaire concernant les imprimeurs et les libraires (Reusch, ibid., 546-49).

En 1590, avait paru l'édition sixtine de la Vulgate. Quoi qu'on en ait dit, c'était une édition fort soignée

et d'une réelle valeur scientifique. Elle était le fruit d'un long travail de collation opéré sur nombre de manuscrits. Les correcteurs stimulés par Sixte-Quint consacrèrent deux années entières à mettre leur texte au point. Celui-ci fut alors revu par le pape lui-même qui, contre l'avis de plusieurs membres de la commission de revision, y apporta maintes retouches en se basant sur des principes différents de ceux qui avaient guidé les correcteurs. L'impression en était fort belle : on n'y a relevé qu'une quarantaine de fautes typographiques. Mais elle ne renfermait pas la division classique en versets à laquelle étaient habitués les usagers des éditions antérieures. Elle omettait aussi le IIP et le IV^^ livre d'Esdras ainsi que la prière de Manassé. Tout en reconnaissant que son édition présentait des lacunes, Sixte-Quint la considérait comme définitive. Par la bulle Aelernus ille (1" mars 1590), elle était déclarée édition authentique (voir, sur cette question fortement controversée et sur celle de la promulgation de la bulle, l'art. Vulgate de E. Mangenot, dans Dict. de la Bible, v, 2492, et les ouvrages cités de P. M. Baumgarten et de X. Le Bachelet).

Sixte-Quint était à peine mort qu'une offensive victorieuse fut déclenchée contre son édition par ceux dont l'avis n'avait pas été pris en considération. Les cardinaux Borromeo, Valier et le P. Toledo reçurent mission de la remettre sur le métier. Le travail fut fait très rapidement : après une mise en train plutôt difficile, tout fut achevé en dix-neuf jours. Sur le conseil de Bellarmin qui en rédigea la préface, Clément VIII décida d'imprimer la nouvelle édition et de faire retirer et détruire les exemplaires déjà écoulés de celle de 1590 (Baumgarten, Vulgata..., 96-134; Neue Kunde..., 270-90); cependant plus d'une quarantaine en ont été conservés jusqu'à présent (Baumgarten, Vulgata..., 65-91; Neue Kunde..., 150 sq.).

L'édition revisée, connue sous le nom de Vulgate clémentine (bien que Clément VIII ne soit mentionné dans son titre qu'à partir de l'éd. de Lybn de 1604), parut dès la fin de 1592 en 500 exemplaires in-fol. Elle se distingue par quelque 4 900 différences de lectures d'avec la Bible sixtine. D'autres différences entre les deux éditions sont exposées par Baumgarten (Neue Kunde..., 262-63, 320). A cause de la hâte mise à l'imprimer (seulement quatre mois), il s'en fallait de beaucoup qu'elle fût impeccable. Néanmoins on a pu dire qu'elle est « le fruit d'un travail sérieux, aussi parfait qu'on pouvait le faire alors avec les ressources critiques dont on disposait » (Mangenot, loc. cit., 2495). En même temps que l'édition in-fol., une édition in-4'' de 2 800 exemplaires fut entreprise; elle vit le jour en 1593 (Baumgarten, Neue Kunde..., 326). Dès 1595, les deux éditions se trouvèrent pratiquement épuisées; l'impression d'une nouvelle édition in-8° fut commencée en 1595 et achevée en 1598 (tirage : 2812; détails dans Baumgarten, ibid., 347-64); elle aussi était épuisée à concurrence de 90 % dès 1601. Ces trois éditions renferment nombre de leçons dilTcrentes. L'édition de Hetzenauer (Innsbruck, 1906, p. 72-102) en donne une comparaison critique textuelle. Les presses vaticanes reçurent pour dix ans le privilège exclusif d'imprimer la Vulgate, toutes autres éditions étant interdites (9 nov. 1592; Bull. Rom. Pont., ix, 636). Après ce délai elles seraient tolérées, à condition de reproduire servilement l'édition romaine. Cependant, dès 1597, les presses plantiniennes à Anvers reçurent l'autorisation d'en publier une édition. De même, l'achèvement d'une traduction de la Bible en allemand et en tchèque entreprise à Prague fut autorisé ad evilanda majora incommoda et pericula (31 oct. 1596; Pastor, Allgemeine Dekrete der rôm. Inquisition aus den Jahren 1555-97, nach dem Notarialsprotokoll des S. UlJizio, Fribourg, 1912, p. 59).

CLÉMENT VIII

3° La défense de Ici foi. — Clément accorda une attention particulière à la Congrégation du S.-OfTice ou de l'Inquisition, qu'il présidait lui-même deux fois par semaine. Il lui adjoignit les cardinaux Toledo et Bellarmin. Il prit des mesures pour garantir le secret de ses délibérations et la gratuité des services, pour constituer un fonds d'archives spécial, pour assurer aux détenus un traitement plus humain et pour rendre la procédure plus expéditive et plus exempte de tout soupçon de partialité. Très rares sont les pièces, même anciennes, de l'Inquisition publiées jusqu'ici (concernant le pontificat de Clément VIII, on peut consulter les Anal, juris pont., xxvi, 1886, p. 576 sq., 676 sq., 942 sq., 994 n. et Pastor, Allgemeine..., 49-60).

Diverses interventions de Clément VIII eurent pour but la défense de la foi : plusieurs mesures concernant les Juifs dans les États de l'Église et les nouveaux convertis d'Espagne et de Portugal; confirmation des privilèges de l'Inquisition dans ce dernier pays (Bull. Rom. Pont., x, 204); interdiction aux Italiens d'habiter sans permission spéciale des régions oîi l'exercice du culte catholique n'est pas assuré {ibid., 279). Il encouragea l'activité des principaux apôtres de la Contre-Réforme : S. François de Sales, S. Philippe de Néri, S. Jean Léonard, S. Joseph Calasanz, Leonardo Ceruso. Il félicita aussi les princes et les gouvernements des mesures prises contre l'hérésie et leur demanda à plusieurs reprises l'extradition de quelque hérétique.

Sous son pontificat eurent lieu à Rome les premières exécutions capitales pour motif d'hérésie. A partir de 1595, il y en eut chaque année. Leur nombre ne semble pas avoir dépassé en tout la trentaine. La plus célèbre fut celle de Giordano Bruno, dont l'Inquisition romaine obtint de Venise l'extradition. Les documents principaux concernant son procès ayant fait partie d'un lot de vieux papiers détruits lors^ du retour à Rome des archives romaines emmenées sous Napoléon, il sera toujours difTicile de déterminer la part personnelle qui revient au pape dans le déroulement de ce procès dont l'instruction s'étendit du 27 févr. 1593 au 14 janv. 1599; les séances jjroprement dites durèrent du 4 févr. 1599 au 9 févr. 1600. On sait que Clément VIII assista à plusieurs de ces séances et que les décisions principales furent prises par lui : celle du 4 févr. 1599, enjoignant au prévenu de rétracter huit propositions extraites de ses œuvres et considérées comme hérétiques; celle du 10 sept. 1599, lui accordant un terme de quarante jours pour venir à résipiscence; celle du 20 janv. 1600, ordonnant la remise du coupable au bras séculier. On sait que le prévenu adressa au pape deux requêtes écrites personnelles (16 sept. 1599 et mi-janv. 1600) qui ne furent pas prises en considération. G. Bruno fut exécuté le 17 févr. 1600. Ses écrits ne furent mis à l'Index qu'en 1603 (V. Spampanato, Dncnm. délia vila di G. Bruno, dans Opuscoli filosofici. Testi e docum. inediti o rari, publ. par G. Gentile, IV, Florence, 1933; A. Mercati, // Sommario del processo di G. Bruno, Cité du Vatican, 1942 [Sfudi e Testi, ci.]; L. Cicuttini, Giordano Bruno, Milan, 1950).

4° La controverse « de auxiliis ». — Au cours de cet article on se bornera à signaler brièvement la part prise par Clément VIII dans cette controverse. Le meilleur exposé d'ensemble est l'art. Alolinisme, par E. Vansteenberghe (dans D. T.C., x, 2094 sq.; voir surtout 2154-62 et 2185-86, bibliogr.). Les principaux documents qui s'y rapportent ont été publiés soit par Théodore Eleutherius (Liévin de Meyer, S. J.) (Historiae conlroversiarum de divinae gratiae auxiliis... libri VI, Anvers, 1705), soit par J. H. Serry, O. P. (Historia congregationum de auxiliis divinae gratiae... libri IV, Louvain, 1700). Chacun de ces deux ouvrages a connu

une deuxième édition (L. de Meyer, Bruxelles, 1715; Serry, Anvers, 1709) comprenant en outre la réfutation des arguments apportés par l'auteur de la partie adverse. Beaucoup de documents sont restés inédits. L'exposé des faits et surtout leur explication ne sont pas toujours donnés de manière identique par les historiens dominicains et jésuites.

Dès sa parution à Lisbonne en 1588, l'ouvrage du jésuite Luis Molina, Concordia liberi arbitra cum gratiae donis, divina praescientia, providentia, praedestinatione et reprobatione, provoqua de très vives réactions en sens divers parmi les milieux philosophiques et théologiques de la péninsule Ibérique. Elles culminèrent au cours des discussions publiques de Valladolid (4 mars, 17 mai 1594), qui mirent aux prises dominicains et jésuites. L'Inquisition, les autorités espagnoles et finalement le pape furent alertés.

Sans tergiverser. Clément VIII évoqua toute l'affaire à Rome, demanda la confection d'un dossier complet et fit interdire entre temps toute discussion sur la matière controversée (août 1594). Ce calme forcé — très imparfaitement observé d'ailleurs — dura trois ans, pendant lesquels une nouvelle édition de la Concordia parut à Anvers (1595), contenant la réponse de Molina à plusieurs objections élevées contre son système.

Inquiètes de ce long délai, mécontentes de voir le silence imposé à la fois aux partisans de la vérité et à ceu.x de l'erreur et soupçonnant peut-être un stratagème romain pour enterrer toute la controverse, des voix s'élevèrent dans le camp dominicain pour protester contre l'interdiction pontificale (mémoire de Banez au pape, 28 oct. 1597). Leur porte-parole principal fut le P. Diego Alvarez, que les dominicains envoyèrent Spécialement d'Espagne à Rome pour hâter l'expédition de cette afïaire.

Cédant à la requête du P. Alvarez, le pape, sans attendre l'arrivée des dossiers espagnols, nomma en nov. 1597 une commission de huit membres et de trois suppléants pour examiner l'ouvrage incriminé. Ayant pris l'avis de Bellarmin, il tempéra aussi l'interdiction de discuter formulée trois ans auparavant (bref du 26 févr. 1598; L. de Meyer, op. cit., 193). Les censeurs pontificaux ne traînèrent pas. Après s'être réunis onze fois (2 janv. -31 mars 1598) sous la présidence des cardinaux Madrucci et Arrigioni, ils conclurent que l'ouvrage de Molina devait absolument être condamné.

Le dépôt de cette conclusion coïncida avec l'arrivée à Rome du dossier espagnol commandé par le pape et comprenant trois gros recueils de documents, émanant le premier des dominicains, le second des jésuites, le troisième des universités, des évêques et des théologiens consultés. En conséquence, le pape exigea la reprise de l'affaire pour voir, à la lumière de ces documents nouveaux, « si, après mûr examen, les principes de Molina et les propositions qui s'y rattachent peuvent échapper à la note d'erreur » (Serry, op. cit., 1. II, c. m, col. 161). Chaque censeur devait exprimer son avis par écrit.

La commission reprit ses travaux, siégeant tous les vendredis jusqu'au 22 nov. 1598. Elle confirma ses conclusions premières. En Espagne les parties intéressées menaient grand tapage. Molina s'adressa au pape, lui demandant de n'être pas condamné sans avoir été entendu (28 sept. 1598, 1" janv. 1599). Les plus hautes influences furent mises en branle : l'archiduc Albert, l'ex-impératrice Marie, le roi d'Espagne Philippe III plaidèrent auprès du pape la cause de la paix (L. de Meyer. op. cit., 207-09).

Clément VIII se laissa convaincre : en févr. 1599, il substitua à la procédure juridique des conférences contradictoires entre quatre représentants de chaque parti, sous la présidence des cardinaux Madrucci, Ber-

CLÉ M E N T \n\

ncrio et Bellarmin, ces deux derniers étant chargés de maintenir la liaison entre le pape et les membres de la conférence. Ces discussions en vase clos, qui dans la pensée du pape devaient aboutir à une réconciliation des adversaires, ne réussirent qu'à démontrer l'antagonisme irréductible des deux systèmes et à créer un fossé entre les deux partis. Après un an de discussions, le cardinal Madrucci, président principal de la conférence, mourut (20 avr. 1600), sans qu'un pas important eût été fait vers une solution.

Le pape renvoya donc l'affaire à la commission d'examen, augmentée de deux membres choisis parmi le clergé séculier. Il exigea une deuxième revision de la censure de 1598, les jésuites y ayant dénoncé une série d'anomalies. Au lieu des 89 propositions initiales, la commission n'en retint plus que 42, puis abaissa encore ce chiffre à 20. Diverses propositions conciliatrices tenant le milieu entre les thèses opposées furent présentées au pape par le jésuite Achille Gagliardi et par le franciscain François Arriva. Les dominicains ayant demandé qu'on s'en tînt à la chose jugée, le pape ordonna un nouvel examen limité aux vingt propositions retenues par les censeurs : les deux partis devaient d'abord -se prononcer par écrit à leur sujet; elles formeraient ensuite l'objet d'un examen de la part de la commission, à laquelle le pape adjoignit, une fois de plus, deux nouveaux membres; après quoi, le dossier complet serait soumis au pape.

Les séances, au nombre de 37, s'étendirent du 25 janv. au 31 juill. 1601. Tous les membres de la commission, sauf trois, censurèrent les vingt propositions. A l'audience qu'il leur accorda le 6 août, le pape parut bien se ranger à leur avis (Serry, op. cit., 255). Les décrets de condamnation furent rédigés au nom delà commission et signés le 29 nov. 1601. Mais le pape ne les ratifia pas : de nouvelles influences avaient agi en faveur de Molina et il se demandait si la question était assez mûre pour être tranchée. Il se rallia à une suggestion du jésuite Grégoire de Valence : rouvrir les conférences sous sa propre présidence (3 févr. 1602).

Les réunions présidées par Clément VIII commencèrent le 20 mars 1602; elles furent au nombre de 68. Elles se tenaient de la manière suivante : le pape, assisté des deux cardinaux, Arrigioni et Borghèse (le futur Paul V), dirigeait effectivement les débats. C'est lui qui déterminait l'ordre et la matière des questions à examiner. Les points à débattre étant ainsi précisés, le pape donnait la parole successivement à l'un des deux orateurs jésuites, puis à l'un des deux dominicains. Au cours de ces débats il intervenait parfois, exposant son sentiment personnel sur le point en litige. Le 30 sept. 1602, il mit tant de feu dans une de ses apostrophes que l'orateur des jésuites, Grégoire de Valence, en fut terrassé net (récit dans Serry, op. cit., 303). Le débat étant clos, le pape faisait sortir les orateurs ainsi que les deux généraux d'ordre qui y assistaient comme témoins. Alors commençait l'examen proprement dit par les quatorze théologiens censeurs (dont cinq évêques) et par les cardinaux.

La manière dont le pape posait les problèmes montre qu'il accordait une importance exceptionnelle à déterminer en quoi la doctrine de Molina se distinguait de celle de S. Augustin. A la fin de chaque série de discussions, la presque unanimité des censeurs constata régulièrement qu'une opposition protonde séparait les deux systèmes, et quant au pouvoir naturel de la volonté libre, et quant à la science moyenne, et quant à la prédestination, et quant au bon usage des secours divins. Ce verdict ne pouvait manquer d'impressionner fortement Clément VIII qui considérait S. Augustin comme la pierre de touche de l'orthodoxie catholique en matière de grâce.

Au début de 1605, les réunions se poursuivaient de-

puis trois ans. Tous les aspects du molinisrne avaient été soumis à un examen approfondi. L'ne décision ne pouvait plus tarder. On l'attendait pour la séance du 12 févr. Malgré une intervention in extremis du cardinal du Perron, spécialement envoyé à Rome par Henri IV avec mission de prévenir une condamnation du molinisrne, la décision attendue allait être, selon toute vraisemblance et dans une certaine mesure tout au moins, défavorable au théologien jésuite (Serry, op. cit., 442-48; l'objection tirée par L. de Meyer, op. cit., 533, du fait que l'exemplaire de la Concordia utilisée par le pape aurait contenu nombre de notes marginales signalant les points où Molina s'écartait du pélagianisme et du semi-pélagianisme, ne nous paraît pas convaincante).

-Mais cette séance décisive n'eut pas lieu, Clément VIII étant malade. Il mourut quelques semaines plus tard, sans avoir pu conduire au terme ce débat qui lui av^ait coûté tant d'heures de travail, de fatigues et de soucis. Nombre de partisans de i'\Iolina virent dans la mort de Clément VIII une intervention providentielle en faveur de leur système et la confirmation d'une prédiction de Bellarmin, qui aurait déclaré un jour que ce pape ne trancherait jamais la question et que s'il le tentait il rendrait l'àme avant d'en avoir eu l'occasion. Est-il besoin de dire que les bruits d'empoisonnement répandus à charge des molinistes sont une calomnie?

5" Le clercfé régulier. — Clément VIII étendit son activité réformatrice aux ordres religieux. Dès mars 1592, il convoqua leurs généraux et procureurs en réunion spéciale. Les couvents firent partie de la visite canonique des églises de Rome qu'il inaugura luimême cette année-là. A Venise, le i)atriarche d'Aquilée reçut la faculté de visiter les maisons des réguliers exempts et de les contraindre à observer les décrets de réforme {Bull. Rom. Pont., x, 150). Le pape envoya lui-même un visiteur en Sardaigne i)our y réformer les monastères (ibid., 463).

Le bullaire de Clément VIII renferme plusieurs mesures générales concernant la discipline religieuse : dans les couvents de femmes, il fit murer toutes les fenêtres donnant sur des voies publiques; il dressa une liste des cas réservés pour tous les réguliers (Wadding. Annales, 1593, n. cviii); il spécifia les garanties requises pour l'admission des novices; il interdit de doimer ou de recevoir des cadeaux; il régla les conditions de fondation de nouvelles maisons, l'agrégation de confréries et la communication des indulgences.

Clément VIII consacra la naissance de plusieurs branches nouvelles ou renouvelées sur le tronc de la vie religieuse.

Chez les Ermites de S. -Augustin, quatre couvents espagnols, composés d'augustins déchaux, appelés aussi récollets, constituèrent une entité autonome sous la seule dépendance du général de l'ordre (22 oct. 1598, 5 oct. 1600, 14 mars 1601, 11 févr. 1602; L. Empoli, Bullarium ord. Eremilarum S. Augustini, Rome, 1628, p. 74-99).

C'est encore d'Espagne qu'était partie, avec Ste Thérèse, l'impulsion réformatrice du Carmel. Les mesures prises par Clément VIII consommèrent la scission définitive des Carmes déchaussés d'avec les autres (20 déc. 1593; Bull. Rom. Pont., x, 92 sq.). Peu après, la branche réformée fut divisée en deux congrégations indépendantes, celle de S. -Joseph pour l'Espagne, le Portugal et leurs possessions d'outre-nier; celle de S.l'^lie, pour le reste du monde (23 nov. 1600; ibid., 619). Elle fut déclarée ordre mendiant (20 août 1603; ibid., XI, 29; autres documents dans Bullarium Carmelitanum, ii, Rome, 1718, p. 260-330; m, Rome, 1768, p. 291-358).

La branche des Feuillants fut détachée des Cister-

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ciens (4 sept. 1592); leurs membres furent convoqués en un chapitre général à Rome (1595) et leurs constitutions mitigées. Les Clercs réguliers de la Mère de Dieu, fondés en 1583 à Lacques par S. Jean Léonard, furent approuvés et déclarés exempts (13 oct. 1593); le pape leur fit don d'une maison et d'une église à Rome et leur confia le soin d'une école de pauvres. Il donna aussi son approbation aux statuts des Annonciades, rédigés par Victoria Fornari (15 mars 1604).

Dans l'ordre de S. -Benoît, Clément VIII, appliquant les directives tridentines, favorisa le groupement des monastères isolés en congrégations régionales. Quelques couvents de Souabe avaient déjà donné le branle, mais l'évêque de Constance, chargé de leur visite par le pape, ayant commis quelques maladresses, celui-ci le remplaça par le Toscan Pietro Paolo Benalli, dont il étendit la mission in utraque Germania (motu proprio du 14 juill. 1593; B. Braunmiiller, Zur aposlolischen Klostervisitalion von 1593, dans Studien iind Milieu, ans dem Benediktinerorden, in-2, 1882, p. 385), puis par l'abbé de Benediktbeuren. Entre temps, la décision prise à Einsiedeln (29 mai 1602) par quatre monastères suisses de s'unir en congrégation fut encouragée par le nonce délia Torre et par le pape. Regroupées à leur tour par l'initiative du nonce de Lucerne, les maisons de Souabe formèrent la congrégation de S. -Joseph, qui fut approuvée par le Souverain pontife (14 août 1603; J. G. Mayer, Skizze einer Gesch. der schwabischen und scluveizer Kongreg., dans Sludien und Mitleil. aus dem Benediktinerorden, ix, 1888, p. 382, 573). Dans les pays de la Moselle, le rétablissement de l'Observance, encouragée parle cardinal légat Charles de Lorraine, connut des débuts si difficiles que celui-ci proposa au pape de dissoudre les maisons. Clément VIII refusa, stimula le légat à poursuivre ses efforts qui aboutirent à l'érection de la congrégation de Lorraine, sous les patronages des SS. Vanne et Hydulphe (7 avr. 1004; Bull. Rom. Pont., xi, 64).

Le 15 août 1592, par sa bulle Sacer et religiosiis. Clément VIII tenta de modifier complètement l'institut de la congrégation des claustraux groupant les principaux monastères bénédictins d'Aragon et de Catalogne et leur adjoignit les quatre monastères de Cerdagne et du Roussillon ; par suite d'une résistance unanime des intéressés, la bulle ne fut pas appliquée (R. Augé, La Bulla de Clément VIII per la reforma de la congregaciô claustral Tarraconense, dans Catalonia monastica, ii, Montserrat, 1929, p. 259-383; texte de la bulle, p. 315 sq.). Il imposa aussi quelques-modifications au régime administratif de la congrégation du Mont-Cassin (6 mars 1593; Bull. Rom. Pont., x, 28); il approuva l'organisation d'une mission bénédictine en Angleterre (5 déc. 1602) et dirigea la réforme de la congrégation des ermites bénédictins du Monte Vergine entreprise par S. Jean Léonard (8 mars 1599; ibid., 482; cL xi, 666).

Dans certains ordres ou congrégations religieuses, le pape profita de la réunion d'un chapitre général ou d'autres circonstances favorables pour intervenir par voie d'autorité en imposant d'importantes modifications à leur institut ainsi que des mesures disciplinaires. Ce fut le cas chez les Hiéronymites de l'Observance (14, 24 avr. 1593; ibid., x, 34, 37), les Hospitaliers de S. -Jean de Dieu (9 sept. 1596; ibid., 295), les cisterciens espagnols de l'Observance (14 déc. 1604; ibid., XI, 143). Pour l'ordre de N.-D. de la Merci, il confirma les mesures de réforme prises aux chapitres généraux de Calatayud et de Valladolid ainsi qu'au chapitre provincial d'Olivar (8 nov. 1594, 10 mars 1600, 25 oct. 1604; ibid., x, 184, 580; xi, 129; autres documents dans J. Linas, Bullarium... ord. B. Mariae V. de Mercede redemptionis captivorum, Barcelone, J696, p. 166-193). Il décréta la sécularisation des cha-

noines réguliers de S. -Augustin en Catalogne et en Roussillon (13 août 1592; Bull. Rom. Pont., ix, 580). Il aida à la reconstruction du monastère de Montesenario, berceau de l'ordre des Servîtes, et approuva la réforme qui y fut introduite par le P. Bernardin Ricciolini (ibid., x, 658-62); il promulgua aussi des décrets de réforme pour. l'ordre tout entier (25 juill. 1599, 22 août 1604; ibid., 662, 666).

Il confia aux Somasques plusieurs collèges, dont le collège Clémentin de Rome, et leur concéda divers privilèges (23 avr. 1593; ibid., 42). D'autres privilèges furent accordés aux Théatins et leur règle fut confirmée (28 juill. 1604; Pastor, xi, 428). Les Camilliens furent chargés de l'aumônerie des troupes guerroyant en Hongrie contre les infidèles.

Envers les diverses branches de Frères Mineurs, Clément VIII se montra prodigue de privilèges et de faveurs. Il prit surtout à cœur l'expansion de la nouvelle branche des Capucins dont il estimait l'abnégation et le dévouement. Il insista auprès du chapitre général de juin 1593 pour obtenir l'envoi de ces religieux en Europe centrale; il eut gain de cause et contribua ainsi à hâter l'œuvre de la Contre-Réforme en Autriche et en Bavière. Il approuva en 1600 la formation du second ordre des Capucines. Chez les Conventuels, il rétablit Francesco Bonfigli dans la charge de ministre général d'oii il avait été écarté (Wadding, Annales, ann. 1592, n. Il) et intervint sur plusieurs points particuliers {ibid., éd. Quaracchi, xxiii, 467-595; xxiv, p. 409-99).

Sans être systématiquement hostile aux Jésuites, Clément VIII ne les portait pas dans son cœur. Il serait injuste de lui en faire grief, diverses affaires auxquelles ils furent mêlés ayant empoisonné son pontificat. Il sut rendre justice à leur zèle apostolique en leur confiant la fondation d'établissements d'enseignement, la prédication de missions populaires et en s'intéressant à leur apostolat en pays lointain. Les PP. Bellarmin et Toledo comptèrent parmi ses conseillers les plus écoutés et furent les deux premiers jésuites à être gratifiés de la pourpre. Mais il partageait à leur égard les sentiments de ses contemporains qui les trouvaient par trop envahissants et imbus de leur valeur. Des notes marginales, telles que Deus resistit superbis, dont il apostillait les rapports de ses envoyés où il était question d'eux, ne laissent aucun doute sur ce point (Pollen, dans The Monlh, xciv, 1899, p. 237, 240).

Le principal conflit d'ordre administratif qui opposa Clément VIII à la Compagnie eut lieu à l'occasion d'une tentative entreprise en 1592 par le jésuite espagnol José de Acosta, avec l'appui de Philippe II, pour limiter les pouvoirs des supérieurs généraux. L'attitude du pape en cette affaire s'explique à la fois par sa propension à intervenir dans le gouvernement intérieur des instituts religieux et par son désir de ne pas heurter de front les exigences espagnoles. Il pria le général, Claudio Aquaviva, de réunir une congrégation générale extraordinaire et d'admettre Acosta parmi ses membres. Il lui fit part des points qu'il souhaitait voir modifiés dans son institut. Mais la congrégation refusa d'apporter à l'œuvre de S. Ignace plus que des retouches secondaires (nov.-déc. 1593). Sur les instances de l'ambassadeur d'Espagne, le duc de Sessa, et du cardinal Toledo, qui eut dans toute cette affaire une attitude très indépendante, le pape intervint alors personnellement par une visite à la maison professe du Gesù (4 janv. 1594; son allocution comminatoire est reproduite dans J. Wielewicki, Diarium domus professae Cracoviensis, Cracovie, 1881, p. 180-83 [Scriptores rerum Polon., vu]) et par des communications écrites. Il arracha ainsi le vote des modifications demandées, qui étaient d'ailleurs loin d'atteindre l'ampleur que le roi d'Espagne avait es-

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comptée (sur cet épisode, voir Astrain, m, 505-606).

De nouvelles difficultés eurent lieu au sujet du P. Mendoza, confesseur du comte de Lemos, vice-roi de Naples, et de son épouse, la sœur du duc de Lerma. Le manque d'énergie de Clément VIII mit l'autorité du P. Aquaviva en une position très fâcheuse (Astrain, m, 634 sq.).

6° Canonisations; promotions cardinalices; mesures diverses. — Clément VIII n'a prononcé que deux canonisations : celle de S. Hyacinthe, O. P., fête le 16 août (17 avr. 1594; Bull. Rom. Pont., x, 123), et celle de S. Raymond de Penafort, fête le 17 janv. (29 avr. 1601; ibid., 687). Il fixa aussi la fête de S. Stanislas, évêque et martyr, et celle de S. Romuald, fondateur des Camaldules (4 et 9 juill. 1595; ibid., 200, 201).

Il promulgua une instruction sur les rites italogrecs (30 août 1595; ibid., 211), supprima les concessions faites concernant la communion sous les deux espèces (1598), et condamna l'usage de toutes litanies non approuvées par la Congr. des Rites (6 sept. 1601). Il interdit également d'enseigner qu'il était licite de se confessser et de recevoir l'absolution par correspondance (20 juin 1602).

Il confirma l'érection du siège de Bologne en archevêché (15 déc. 1604; ibid., xi, 157).

A l'occasion de son départ pour Ferrare, il décréta que l'élection du Souverain pontife devrait se faire à Rome (30 mars 1598; ibid., 436) et détermina les pouvoirs du gouverneur de Rome en son absence (3 avril 1598; ibid., x, 440); il régla les pouvoirs et privilèges de l'auditeur de la Chambre apostolique, ainsi que les émoluments à percevoir par les divers services de cette institution (1" août 1596; ibid., 280-91); il modifia les statuts du camérier de l'Église romaine (18 déc. 1599; ibid., 551).

En règle générale, le pape veilla à ne donner la pourpre qu'à des candidats irréprochables; il veilla aussi à garder une stricte indépendance à l'égard des pressions extérieures. Il nomma 53 cardinaux en 6 créations. Une Constitution de Sixte-Quint avait stipulé que les promotions n'auraient lieu qu'aux quatretemps de déc. et que deux cousins ne pourraient être promus en même temps. Dès sa première promotion (17 sept. 1593), Clément VIII y dérogea : outre Francesco Toledo, le jésuite espagnol qui allait devenir son théologien et conseiller, et Lucio Sasso, il nomma 2 neveux, Pietro et Cinthio Aldobrandini. — 16 nouveaux cardinaux furent créés le 5 juin 1596 : 2 Espagnols, Francisco Guzman de Avila et Fernando Nifio de Guevara; 1 Français, Anne d'Escars; les patriarches de Constantinople et de Venise, Silvio Savelli et Lorenzo Priuli; le saint archevêque d'Avignon, Francesco Maria Tarugi, et 3 autres évêques, Ottavio Bandini, Gianfrancesco Biandrate et Francesco Cornaro; les 7 autres étaient des fonctionnaires : Camillo Borghèse, Lorenzo Bianchetti, Bartolomeo Cesi, Francesco Mantica, Pompeio Arrigioni, Andréa Peretti iMontalto et, le plus connu. César Baronius. — La promotion du 18 déc. 1596 ne comportait qu'un seul élu : le jeune duc Philippe, frère de Maximilien de Bavière. C'était une marque de faveur personnelle du pape envers cette maison régnante dont il appréciait le zèle pour la cause catholique en Allemagne. — Parmi les 13 chapeaux conférés le 3 mai 1599, on compte : 2 Français, Arnaud d'Ossat et François de Sourdis; 1 Allemand, Franz von Dietrichstein ; 1 Espagnol, Bernardo de Sandoval; 9 Italiens : Bonifazio Bevilacqua, Paolo Emilio Zacchia, Silvio Antoniano, Bonviso Bonvisi, Alessandro d'Esté, Alfonso Visconti, Domenico Tosco, Giambattista Deti, un petit-cousin (la seule nomination qui ne lui fit pas honneur), et enfin Robert Bellarmin, qui avait pris auprès du pape la place du cardinal Toledo décédé. — Un petit-neveu du pape, Sil-

vestro Aldobrandini, bien qu'il n'eût pas encore atteint l'âge canonique, reçut le chapeau le 17 sept. 1603. — La dernière promotion de Clément VIII, qui date du 9 juin 1604, comprenait comme étrangers : 1 sujet de l'Empire, Carlo Madruzzo; 2 Espagnols, Antonio Zapata et Giovanni Doria; 2 Français, Séraphin Olivier et le converti Jacques Davy du Perron ; 1 Polonais, Bernard Maciejowski. Parmi les 12 Italiens, hormis le capucin Anselmo Marzato, surnommé Monopoli, le seul religieux de la promotion, presque tous s'étaient signalés dans la diplomatie ou l'administration : Domenico Ginnasio, Filippo Spinelli, Innocenzo del Bufalo, Giovanni Delfino, Carlo Conti, Jacopo Sannesio, Erminio Valenti, Girolamo Agucchio, Ferdinando Taverna, Carlo Emanuele Pio di Savoia, Girolamo Pamphili.

VII. Portrait et mort de Clément Vlll. — Clément VIII était grand, assez corpulent; ses cheveux blancs et sa fine barbe soigneusement taillée lui donnaient un air de majesté, renforcé par son extérieur grave. Très émotif et même irascible, il perdait rapidement son calme et avait la larme si facile que c'était devenu proverbial. Il était habituellement bienveillant, amateur de jeux de mots, d'une grande mobilité de caractère, pointilleux sur le chapitre des formes, nullement rancunier, et d'une pureté irréprochable. Sa piété était sincère; elle s'extériorisait volontiers en jeûnes, processions, pèlerinages. 11 faisait en moyenne quinze fois par an le tour des sept églises principales de Rome, ce qui lui prenait une journée entière. Lors de l'année jubilaire de 1600, il visita soixante fois les quatre basiliques. Il jeûnait à toutes les vigiles des fêtes de la Vierge et gardait sur sa table quatre têtes de mort pour lui rappeler la vanité des choses d'icibas. Il était à la fois parcimonieux et dépensier. Économe pour son entretien personnel (en 1601, ses dépenses de ménage ne s'élevèrent qu'à 20 182 scudi; Orbaan, Rome..., 31), il gaspillait les deniers publics en frais d'apparat, de déplacements et en largesses multiples. Il éprouvait un besoin [)sychique de changer souvent d'horizon. Ses distractions préférées étaient une promenade à la campagne, une excursion à dos de mulet jusqu'au littoral, la visite de quelque œuvre d'art, la réception d'amis en des banquets intimes, les facéties de son nain dénommé Trulla, qu'il avait reçu du roi de Pologne et auquel il allouait un traitement de 200 scudi par an. 11 tenait à tout contrôler par lui-même. Son caractère méticuleux le portait à analyser les problèmes et son indécision doublée de méfiance lui en faisait différer la solution. Sa formation de juriste avait encore renforcé ces traits de son caractère. Le meilleur portrait de Clément VIII a été tracé par les ambassadeurs vénitiens, Paolo Paruta et Giovanni Dolfin, en 1595 et 1598 (Albèri, x, 439 sq., 452 sq. ; autres détails sur sa vie privée dans Orbaan, Rome..., 21-22, 30 sq. et Baumgarten, Neue Kunde...).

La santé du pape avait toujours été faible. A de nombreux accès de goutte s'ajoutèrent les douleurs dues à une maladie de la pierre. Plus d'une fois il dut interrompre totalement l'expédition des affaires. En 1599, les astrologues prédirent une prochaine vacance du Siège romain. Il surmonta courageusement ses misères et participa en personne aux principales cérémonies de l'année sainte. Un changement de médecin en 1601 lui fit du bien. Mais il ne se ménagea pas assez, se faisant un point d'honneur de prendre part aux processions, aux grandes cérémonies et de ne modérer en rien ses austérités. A partir du 10 févr. 1005, il ressentit une série d'attaques qui amenèrent sa fin le jeudi 3 mars 1605 (pour la date, voir Eubel, iv, 3 et A. Mercati, Mediaeval Etudies, ix, 1947, p. 79; la date du 5 mars, donnée par Pastor, xi, 625, semble donc bien inexacte, malgré les nombreuses sources sur lesquelles il s'appuie). Ses restes furent ensevelis au Vati-

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can, puis transférés le 23 avr. 1646 dans le tombeau que son deuxième successeur, Paul "V, lui fît construire dans la chapelle Borghèse, à Ste-Marie-Majeure.

Le pontificat de Clément VIII mérite de compter parmi les principaux de l'histoire : il continua dignement l'œuvre des trois grands papes de la Contre-Réforme. Pourtant la part personnelle qui revient directement au pape dans ses nombreuses réalisations est relativement faible. En ce sens, on pourrait dire que le pontificat fut plus grand que le pontife. Les circonstances atténuantes de santé et de caractère qui excusent Clément "VIII sont manifestes. Il serait donc injuste de le dénigrer systématiquement, comme d'aucuns furent tentés de le faire. Si les réalisations très importantes de son pontificat furent dues pour une part prépondérante au concours d'excellents collaborateurs et de nombreuses compétences, il faut reconnaître au pape le don d'avoir su les discerner et se les attacher. C'est en somme lui reconnaître la principale qualité d'un bon chef.

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cession of King James I, dans The Month, ci, 1903-1, p. 572- 85; The politics of the English Catholics during the reign of Queen Elizabeth, ibid., c, 1902-2, p. 176-88; The Question of Queen Elizabeth's Successor, ibid., ci, 1903, p. 517-32; Troubles of Jesuits and Bénédictines at Valladolid in 1603, ibid., xciv, 1899-2, p. 233-48. — J. M. Prat, Rech. hist. et crit. sur la Compagnie de Jésus en France au temps du P. Colon (1564-1626), I, II, V. — H. Reusch, Der Index de verbol. Bûcher, Bonn, 1883-85, — P. Richard, La légation Aldobrandini et le traité de Lyon (sept. 1600-mars 1601), dans Revue d'hist. et de littér. relig., vu, 1902, p. 481-509; viii, 1903, p. 25-48, 133-151. — J. Rinieri, Cl. VIII e Sinan Bassà Cicala, dans Civiltà cattolica, 1897-1, p. 693; 1897-2, p. 151, 272, 671; 1897-3, p. 153. 410, 653; 1897-4, p. 154, 417; 1898-1, p. 164; tiré à part, Rome, 1898. — F. Stieve, Die Politik Bayerns (1591-1607), Munich, 1878, 1883 {Briefe und Aklen zur Gesch. des Dreissigjâhrigen Kriegcs, IV, v). — A. Theiner, Schweden und seine Stellung zum hl. Stahl, unter Johann lll., Sigismund III. und Karl IX., Augsbourg, 1838-39. — Ph. Van Isacker, Notes sur l'intervention militaire de Cl. VIII en France à la fin du XVI' s.,

dans Revue d'hist. ecclés., xii, 1911, p. 702-713. J. Zôch-

baur. Kaiser Rudolf II. und die Nachfolgefrage bis zum Tode des Erzherzogs Ernst (20 Febr. 1595), dans Jahresbericht des Gymnasiums am Collegium Petrinum in Urfahr, II, Urfahr, 1900.

Roger Mols.

18. CLÉMENT IX, pape, successeur d'Alexandre VII; 20 juin 1667-9 déc. 1669.

I. Avant le pontificat. — 1° Jeunesse et premières fonctions. — Giulio Rospigliosi, fils de Girolamo (t 1628) et de Caterina (f 1650) Rospigliosi, naquit à Pistoie en janv. 1600, d'une ancienne et honorable famille toscane (extrait de baptême du 28 janv. 1600, dans Beani, Cl. IX, notizie..., 133). Ayant commencé vers dix-sept ans ses études au Collège romain, il y préluda à sa future carrière littéraire par la composition de ses Chori militares dédiés au cardinal A. Orsini. Ensuite il étudia la philosophie, la théologie et le droit à l'université de Pise; il y reçut ses insignes de docteur in ulroque jure en 1623 et fut aussitôt promu lecteur extraordinaire de philosophie à cette même université.

La protection dont il jouit de la part de la famille Barberini lui valut une carrière brillante, dès l'élection d'Urbain VIII au pontificat. Entré au service de la Curie, il accompagna le cardinal Francesco Barberini dans ses légations à Paris (mars-déc. 1625) et à Madrid (1626); il fut référendaire des deux Signatures (25 avr. 1632-août 1637); secrétaire de la Congrégation des Rites (25 avr. 1632); chanoine, puis vicaire de Ste- Marie-Majeure (24 déc. 1636; 27 juill. 1643); citoyen d'honneur de la ville de Rome (28 avr. 1637); juge a latere de la légation d'Avignon; prélat domestique du pape et secrétaire des brefs aux princes (29 avr. 1641); consulteur, puis sigillateur de la Pénitencerie (4 janv., 27 juill. 1643). Urbain VIII le choisit aussi comme son conseiller musical.

Destiné à la nonciature d'Espagne, il fut nommé archevêque de Tarse (14 mars 1644) et reçut, quinze jours après, la consécration épiscopale des mains de son protecteur, le cardinal A. Barberini. En juill., il partit pour sa nonciature et y resta jusqu'au printemps de 1653. Il y consacra une bonne partie de ses efforts à aplanir des conflits de juridiction et une autre à persuader Philippe IV qu'il devait se remarier. Il réussit mieux sur ce dernier point que sur le premier : le roi épousa sa nièce, la jeune archiduchesse Marie- Anne d'Autriche, de vingt-six ans plus jeune que lui (détails dans Viti Mariani, La Spagna e la Santa Sede, 1, Il matrimonio del re di Spagna con D. Maria Anna arciducissa d'Austria (1646-49), Rome, 1899).

Ce fut aussi grâce à ses instances que la bulle d'Urbain VIII contre Jansénius fut publiée dans la péninsule Ibérique et que l'entrée du pays fut interdite à V Auguslinus. Mais ses tentatives pour obtenir une

publication semblable dans les Pays-Bas espagnols n'aboutirent qu'après sept années de démarches.

Ayant dû se rendre à Saragosse pour un séjour d'une certaine durée, il confia la gérance de sa nonciature à son neveu Jacopo.

Revenu à Rome vers la mi-juin 1653, après un séjour triomphal dans sa ville natale, son ancienne amitié pour les Barberini lui valut la disgrâce d'Innocent X : il ne conserva de ses fonctions que son canonicat à Ste-Marie-Majeure. En faveur des chanoines de cette basilique, il avait obtenu du roi d'Espagne une pension annuelle de 3 000 scudi.

2° Le secrétaire d'État. — Après la mort d'Innocent X, G. Rospigliosi fut gouverneur de Rome durant le conclave qui élut Alexandre VII. Celui-ci le choisit comme secrétaire d'État et, à sa première promotion, lui conféra la pourpre avec le titre de cardinal-prêtre de S. -Sixte (9-23 avr. 1657; Beani, ibid., 181-82, donne la liste des ouvrages de circonstance publiés à cette occasion). Ensuite, durant les dix années de son pontificat, il recourut volontiers à ses conseils, surtout pour les mesures à prendre contre le j ansénisme ; il le nomma membre de la commission des cardinaux chargés de découvrir un apaisement dans l'affaire de la Garde corse (fin août 1662); sur son avis favorable, il accepta le projet d'érection de vicariats apostoliques en Chine et au Tonkin, présenté par une délégation de prêtres des Missions étrangères de Paris (A. Launay, Hist. génér. de la Soc. des missions étrangères, i, Paris, 1894, p. 29-34).

Pourtant certains témoignages donneraient à penser qu'un froid, au moins momentané, se serait glissé entre le pape et son secrétaire d'État (Relazioni..., publ. Berchet, n, 269). Sans doute Alexandre VII avait-il eu vent des relations qu'il entretenait avec des milieux français notoirement hostiles. Le bruit courut que le pape lui reprochait de briguer sa succession avec l'appui de la faction française. Ce bruit était fondé, du moins en partie : une lettre du roi de France recommandant au cardinal A. Barberini, chef de la faction, la candidature de Rospigliosi en cas de vacance du S. -Siège fut envoyée à l'intéressé (17 oct. 1661; Gérin,

I, 275, n.). Mais celui-ci renvoya la lettre à l'expéditeur (Hanotaux, 222-23), ne voulant pas tremper dans une manœuvre passible de censures canoniques (Gérin,

La lumière n'est pas faite sur la part réelle que Rospigliosi pourrait avoir eue dans ces machinations. Un agent secret de Mazarin, un nommé Atto Melani, musi- .cien et originaire- de Pistoie comme Rospigliosi, s'est vanté de compter ce dernier parmi ses informateurs. A lui seul, ce témoignage, écrit dans un but intéressé, ne mérite pas créance; mais l'existence de rapports confidentiels entre le secrétaire d'État pontifical et l'agent de Mazarin est corroborée par ailleurs (lettres de Rospigliosi à Lionne, 11 mars-10 juin 1662; Gérin, I, 276, n. ; ii, 184, n.). Jusqu'où et dans quel but Rospigliosi s'engagea-t-il envers le parti français? Il est difilcile de le préciser. Qu'il ait formellement brigué la succession du Souverain pontife, comme Gérin l'en accuse (i, 274-75; ii, 183), cela semble bien peu conforme à son caractère étranger à tout arrivisme.

Par ailleurs, un auteur moderne fort partial l'accuse d'avoir touché une pension de Louis XIV (Chantelauze, Le cardinal de Retz et ses missions diplom. à Rome, Paris, 1878, p. 451). Le fait, bien que peu vraisemblable, n'est pas impossible. Melani, qui, en sa qualité de compatriote, avait dû trouver auprès de lui un accueil facile, n'aura rien négligé pour le gagner à la cause de son maître Le caractère prévenant et peu soupçonneux de Rospigliosi lui aura facilité la tâche. Mais s'il s'est laissé compromettre, plus par bonté d'âme que par ambition, le secrétaire d'État s'est

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rapidement ressaisi. Il semble bien que la correspondance de l'ambassade française à Rome, faisant état de multiples divergences d'opinions entre le pape et son bras droit, travestisse sciemment la réalité (Gérin, II, 193-94). Plus objective paraît être une relation vénitienne d'après laquelle le pape se félicitait d'avoir trouvé en Rospigliosi un « secrétaire selon son cœur » (Moroni, lix, 162; cf. Relazioni..., publ. Berchet, II, 197, 269).

Le passage de Rospigliosi à la Secrétairerie d'État eut aussi pour conséquence que de nombreux documents diplomatiques concernant la période de Pie "V à Alexandre VII, au lieu de se trouver à l'Archivio secreto, échouèrent aux archives Rospigliosi (Pastor, xiv-1, 314-15, avec références). *

3° Le conclave de 1667. — Alexandre VII étant mort, le 22 mai 1667, beaucoup de choses semblaient dépendre de l'attitude qu'adopterait la France. Les instructions de Louis XIV à son ambassadeur romain, le duc de Chaulnes (10 mai 1666; Hanotaux, vi, 214-25), ne comportaient aucune exclusive. Par contre, elles étaient fort louangeuses concernant le cardinal Rospigliosi et admettaient celui-ci comme deuxième candidat à faire soutenir, à défaut d'Albizzi, par les membres de la faction française. Néanmoins, malgré les éloges qu'ils se décernèrent par la suite et qui furent repris par plusieurs historiens contemporains, une étude objective des sources a prouvé que les membres du parti français n'ont nullement joué dans l'élection de Clément IX le rôle décisif qu'ils revendiquèrent. Le fameux slogan flatteur lancé par Chaulnes à cette occasion : « Le roi ne fait pas plus absolument à Paris le prévôt des marchands qu'il n'a fait le pape », n'a aucun fondement historique (Gérin, ii, 190-205). De la part des cardinaux espagnols, Rospigliosi n'avait rien à craindre non plus. Au contraire, l'ancien nonce de Madrid y avait laissé de bons souvenirs et y était persona grata. Seulement, pas plus que les Français, les Espagnols n'eurent une part décisive au conclave qui s'ouvrit le 2 juin 1667. G. Beani (dans Boll. stor. pist., 1900, p. 16) a prouvé par des arguments décisifs que le rôle attribué à l'ex-reine Christine de Suède dans l'élection de Clément IX est tout aussi surfait.

La partie se joua entre les 24 cardinaux d'Alexandre VII, conduits par Flavio Chigi, et les 16 d'Urbain VIII rangés autour d'A. Barberini. La décision fut remportée grâce à l'attitude du groupe des dix indépendants, surnommé le Squadrone volante, dont le chef, le cardinal Azzolini, manœuvra très habilement en faveur de son candidat. Dès. le premier scrutin, Rospigliosi réunit deux suffrages; les scrutins suivants virent ce chiffre osciller entre deux et onze. Mais, au soir du 20 juin, 61 cardinaux sur les 64 se déclarèrent pour lui. Ayant choisi son patronyme pontiflcal à cause de sa signification (Pastor, 533, n. 1), Clément IX fut couronné le 26 juin. Son avènement fut marqué par des cérémonies grandioses et donna lieu à la publication de divers récits, tels que // trionfale possesso preso da Clémente IX délia hasilica di S. Giovanni in Laterano, il di 3 luglio 1667, con pieno ragguaglio degli apparati, iscrizioni, cérémonie fatli in detta basilica... (liste dans Beani, Cl. IX, notizie..., 182- 85).

4° Portrait de Clément IX. — Le nouveau pape avait au plus haut degré le sens de l'humilité et de la générosité. Son terme préféré était concediamo. Sa douceur d'âme était bien connue, mais elle s'alliait à une grande sévérité envers lui-même : Aliis non sibi Clemens, dit fort justement de lui une des médailles frappées en son honneur. Très réservé et effacé, il avait hérité de sa famille une vive répugnance à se mettre en avant. Il refusa toujours que l'on représentât ses armes sur les œuvres d'art qu'il faisait faire et exigea d'être

inhumé dans sa basilique de Ste-Marie-Majeure sous une simple dalle ne contenant que ces seuls mots : démentis IX cineres. Serviable envers tous, sans acception de personnes, il avait un confessionnal à S.- Pierre, où il se tenait deux jours par semaine à la disposition des pénitents. Il fut le premier pape qui rompit résolument avec tout favoritisme familial ou régional. Il se montra parcimonieux dans la distribution des faveurs et des emplois à ses parents et concitoyens. Son frère Camillo devint général de l'Église. Le commandement du château S. -Ange fut confié à un neveu, Tommaso. Deux autres neveux, Vincenzo et Giambattista, devinrent respectivement commandants des galères et de la garde pontificales. Son neveu Jacopo fut promu cardinal et Felice reçut deux abbayes dans le Napolitain. En 1669, le pape céda toute sa part des biens patrimoniaux aux membres de sa famille. Par contre, il veilla toujours à ce que les siens n'augmentassent pas leurs revenus au détriment des deniers publics. Aussi les Rospigliosi ne parvinrent-ils à s'élever au-dessus de leur rang modeste que grâce à un mariage avec une riche héritière des Pallavicini de Gênes, mariage que le pape fut loin d'avoir encouragé.

D'une sobriété d'ascète dans sa vie privée, il n'avait pourtant rien d'un misanthrope : il aimait les banquets et les réunions intimes et goûtait particulièrement les mots pour rire. Le roi de Pologne lui avait fait cadeau d'un nain dénommé TruUa, dont les facéties eurent le' don de dérider le Souverain pontife et de lui faire oublier l'état souvent précaire de sa santé. Comme cardinal, sa conduite avait été à l'abri de tout reproche. Même le fameux Pasquino, dont la satire n'épargnait personne, salua son avènement dans une ode comme l'aube d'un siècle d'or. La popularité du cardinal s'était encore élargie grâce à la notoriété qu'il s'était acquise par ses productions littéraires et dramatiques qui lui valurent un nom dans l'histoire des lettres italiennes. Dès 1628, il se signala à l'attention des milieux lettrés par le Discorso dont il préfaça la nouvelle édition de la volumineuse épopée consacrée par Giuliano Bracciolini à L'elettione di Urbano papa VIII. Il composa diverses poésies de circonstance : en 1625, pour la chapelle de Giulio Nolfi; en 1629, pour le mariage de Taddeo Barberini; en 1639, pour une cantatrice, Leonora Baroni (A. Ademollo, La Leonora di Milton e di Clémente IX, Milan, s. d.). Les Barberini avaient fait édifier auprès de leur palais un théâtre de 3 000 places. Il fut inauguré, le 6 févr. 1634, par l'exécution de Sant'Alessio. Ce premier mélodrame de Rospigliosi, mis en musique par Stefano Landi, offrait une synthèse fort prisée de thèmes classiques et chrétiens. Il fut un événement dans la vie artistique de Rome. Au carnaval de l'année suivante, un nouveau mélodrame, S5. Didimo e Tcodora, remporta également un franc succès. D'autres mélodrames, opéras et comédies musicales suivirent : L'Adrasto (Fabronius, 156; Beani, op. cit., 175-76); S. Bonifazio; Clii soffre speri (1639; inspiré de Boccace); S. Eustachio; Il palazzo incantato; L'innocenza; Le armi e gli amori; La comica del cielo (composé à ÏNIadrid durant sa nonciature, inspiré de La Jérusalem délivrée du Tasse; première représentation, 7 janv. 1669); Dal maie il bene (1653; inspiré de Calderon); // trionfo delta pietà ovvero la vita umana (représ, devant Christine de Suède, 31 janv. 1656; publ. à Rome, 1658).

Sur l'activité littéraire de G. Rospigliosi, voir : A. Ademollo, 1 teatri di Roma nel secolo decimosetlimo, Rome, 1888. — G. Beani, Clémente IX, notizie... — G. Canevazzi, Papa Clémente IX poêla, Modène, 1900. — J. Sanesi, Poésie musicali di G. Rospigliosi, Pistoie, 1894. — Alaleona, P. Clémente IX poeta, dans Bull. d. Soc. fdologica romana, 1905. — ■ A. Salza, Drammi inediti di G. Rospigliosi poi Clémente IX, dans Rivista musicale italiana, xiv, 1907, p. 473- 503 (excell. bibliogr.). — U. Rolandi, La prima commedia

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musicale rappresentala a Roma nel 1639, dans Nuova Anlologia, V, 1927, p. 523.

II. Les affaires internationales. — 1° Durant la guerre de Dévolution. — En mai 1667, la place forte de Candie, dernier boulevard tenu par les Vénitiens sur l'île de Crète, fut investie par 70 000 Turcs commandés par le grand vizir Ahmed Kôprilu. Vers la même date, Louis XIV, engageant la guerre de Dévolution, envahissait les Pays-Bas espagnols. Conscient du danger. Clément IX écrivit dès le lendemain de son élection au roi de France, à la reine mère d'Espagne et à l'empereur pour leur proposer sa médiation (21-22 juin; Gérin, ii, 206); il pria son neveu Jacopo Rospigliosi, internonce à Bruxelles, de s'entremettre en vue d'un armistice. Pontife nouvellement élu, ayant toujours réussi à garder la balance égale entre ses amitiés françaises et espagnoles et jouissant de la sympathie des deux parties, il escomptait aboutir facilement.

Du côté espagnol sa proposition fut acceptée. Le pape témoigna sa satisfaction par diverses faveurs : droit de nomination dans des abbayes et monastères en Flandre et en Franche-Comté (2 août 1667; Bull. Rom. Pont., xvii, 528); permission de régner à la fois sur le Milanais et le royaume de Naples (9 sept.; ibid., 553); participation du clergé de Castille et de Léon à deux importantes contributions (20 mars, 12 sept. 1668; ibid., 633, 706; voir, pour l' Aragon, 802).

Auprès de Louis XIV le pape dut revenir à la charge. Sous Alexandre VII les rapports franco-pontificaux avaient été on ne peut plus mauvais. L'avènement d'un nouveau pape, qui passait pour favorable à la France, permettait d'espérer un rapprochement. Le roi voulut en profiter pour remettre sur le tapis une vieille affaire qui remontait à 1622 et avait déjà causé deux conflits armés entre le Souverain pontife et son feudataire le duc de Parme, ainsi qu'une interventioit militaire française en territoire pontifical.

En vertu d'un accord conclu en 1649, la Chambre apostolique avait pris à son compte le règlement des emprunts contractés par les Farnèse de Parme. En contre-partie, après extinction de la dette, les territoires de Castro et de Ronciglione devaient revenir au domaine immédiat du S. -Siège. Voulant chercher noise au S. -Père, les ministres français, surtout Mazarin, avaient tout fait pour empêcher l'exécution de cet accord. Contraint par une menace armée, Alexandre VII avait été, entre autres conditions humiliantes, forcé de céder sur ce point (capitulation de Pise, 17 févr. 1664). Clément IX pressenti par le duc de Chaulnes, ambassadeur de France, donna clairement à entendre que, malgré toute son amitié pour la France, il resterait inébranlable, sa conscience et son honneur étant en jeu. Il suggéra de s'en remettre, soit à une commission de cardinaux, soit à une transaction conclue à l'amiable avec le duc de Parme (Chaulnes au roi, 12 juin. 1667; Gérin, ii, 210). Il insista de nouveau en faveur de la paix et, le roi déclinant Rome comme lieu de négociations, proposa Cologne ou Liège et nomma Agostino Franciotti, nonce de Cologne, comme négociateur (21 oct. 1667; Bull. Rom. Pont., xvii, 582).

Mais Louis XIV, préparant l'invasion de la Franche- Comté, fit traîner les pourparlers en longueur. Le pape envoya alors trois nouveaux nonces : Pietro Bargellini à Paris, Federigo Borromeo à Madrid et Galeazzo Marescotti à Vienne (14 janv. 1668). Ceux-ci n'eurent guère le temps d'oflrir leurs bons offices. Ayant conquis la Franche-Comté en deux semaines et alerté par la conclusion de la Triple Alliance, Louis XIV avait déjà répondu aux ouvertures de l'Espagne et poussé fort avant les négociations préliminaires à la paix d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668). Les belles paroles que le roi adressa au pape à cette occasion et la mention |

flatteuse pour le S. -Siège qu'il fit ajouter au préambule du traité n'étaient que de l'eau bénite de cour.

2° Les débuts de la campagne de Candie (1667-68). — .Clément IX n'avait pas attendu la conclusion de la paix en Europe pour secourir la Crète. Les Vénitiens ayant sollicité son aide, il leur fit parvenir, en juill. et oct. 1667, des troupes, de l'argent et du matériel de guerre. En nov., il leur accorda le prélèvement de trois contributions extraordinaires (deux de 16 et une de 9 décimes) sur divers revenus et bénéfices d'Église (Bull. Rom. Pont., 601-06). Il ne se laissa pas rebuter par l'attitude désobligeante de la Sérénissime, qui provoqua un incident de frontière près de Ferrare et dont la diplomatie manœuvrait souvent à rencontre de la sienne. Mais il fit préparer son escadre pour lui prêter main forte et la plaça sous les ordres de son neveu, Vincenzo Rospigliosi.

Par lettres et par messagers spéciaux, il sollicita aussi l'aide des principaux souverains catholiques : empereur, ducs de Lorraine, de Savoie et de Bavière, grands maîtres de l'ordre de Malte et de l'ordre Teutonique, princes italiens et allemands (détails dans Pastor, 602); il essaya de gagner la Russie par l'entremise de la Pologne et il écrivit par deux fois au chah de Perse. Ces diverses démarches récoltèrent beaucoup de promesses : mais la plupart ne furent tenues que partiellement et après de longs délais. Seuls les ducs de Lorraine et de Brunswick se montrèrent généreux : ils offrirent immédiatement, le premier 4 000, le second 3 300 hommes (TerHnden, Le pape..., 86-87, 91-95). L'empereur accorda aussi 3 000 hommes et permit à toute l'infanterie allemande cantonnée en Italie de servir en Crète. L'Espagne, inquiète pour ses frontières, ne promit qu'une aide navale.

Du côté de la France les instances du pape furent encore plus pressantes. Sans parler des démarches entreprises par divers intermédiaires (chargé d'aft'aires, nonce, agents, représentants, ministres), il écrivit luimême six messages au roi durant sa première année de pontificat pour obtenir son concours en Crète (Gérin, II, 314-15, n.). Mais à Paris l'attention était retenue par la guerre contre l'Espagne. D'ailleurs les ministres du roi étaient violemment hostiles aux milieux romains, en particulier Lionne dont la correspondance fourmille de termes orduriers à leur égard. Cependant, sur la prière du roi, Clément IX accepta le parrainage du dauphin, déjà âgé de six ans : il se fit représenter au baptême de son filleul par le cardinal de Vendôme. En échange de cette faveur, il obtint du roi la promesse de ne pas attaquer l'Italie afin de rendre les forces italiennes disponibles contre les Turcs.

La paix d'Aix-la-Chapelle devant ramener la sécurité en Occident, le pape s'adressa de nouveau aux deux signataires du traité (l"-5 mai 1668).

Sans attendre cette invitation pontificale, le roi de France, poussé par divers motifs d'opportunisme politique et influencé par un réveil de l'opinion publique française qui sentait renaître le vieil enthousiasme des croisades, s'était décidé à agir et avait chargé son ambassadeur d'en informer le pape (8 mai; Terlinden, ibid., 102). Clément IX s'illusionna sur la portée réelle de ce revirement; à Rome on parlait déjà d'un corps expéditionnaire de 8 000 Français. En réalité les intentions du roi étaient incertaines. Il désirait se rapprocher du pape pour monnayer le service qu'il estimait lui avoir rendu en acceptant de conclure la paix, mais il ne voulait pas se brouiller ouvertement avec le sultan. Il autorisa les Vénitiens à lever des troupes en France, leur compta 100 000 écus, accorda diverses facilités au duc de Lorraine et toléra le départ pour la Crète d'un corps de volontaires sous les ordres du duc de La Feuillade. Ni les instances répétées du pape et du nonce, ni les faveurs exceptionnelles accordées au roi

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n'obtinrent davantage durant toute la bonne saison de

Pourtant ces faveurs étalent considérables : droit de nomination à certains bénéfices ecclésiastiques dans les territoires incorporés des Trois Évêchés (23 mars 1668; Bull. Rom. Pont., 637); droit de nomination au siège d'Arras, à l'église d'Elne, aux dignités abbatiales et monastiques dans les parties de l'Artois, de la Flandre, du Hainaut, du Luxembourg, de la Cerdagne et du Roussillon annexées lors de la paix des Pyrénées (9 avr. 1668; ibicL, 647, 651, 649); droit de nomination au siège de Tournai et à divers bénéfices dans les régions obtenues au traité d'Aix-la-Chapelle (27 août 1668; ibid., 702, 704); règlement par transaction amiable des conflits concernant les titulaires des sièges de Reims et d'Orange (Gérin, n, 232); ratification par motu proprio des élections abbatiales faites sous la contrainte royale : celle du cardinal d'Esté comme abbé de Cluny et celle du P. Colbert comme abbé général de Prémontré (ibid., 234-37); nombreuses dérogations aux règles canoniques dans la collation des bénéfices (ibid., 237 sq.). Le pape accorda aussi à la France un jubilé spécial qui aurait rapporté en moins de trois semaines 100 000 écus destinés à la construction d'un hôpital international en Crète (4 févr. 1669; Bull. Rom. Pont., 763; Terlinden, ibid., 158-61; Pastor, 605).

En contre-partie de ces faveurs, le pape n'obtint de la France qu'un désistement de fait dans l'affaire de Castro et une satisfaction purement honorifique : la pyramide commémorative dont la capitulation de Pise avait exigé l'érection à Rome en mémoire de l'incident de la Garde corse fut abattue le 31 mai 1668 (Gérin, II, 230-31). Dans les questions importantes, l'entourage royal ne voulait rien abdiquer de son esprit d'indépendance : ainsi à propos de l'interdiction portée par le Parlement et le Conseil d'État de recevoir des novices dans les maisons religieuses jusqu'à ce qu'elles fussent réformées; à propos du boycottage décrété par Colbert contre les marchandises en provenance d'Avignon. Le dataire Ottoboni avait bien averti le pape qu'en favorisant le roi de France il semait en terre ingrate. Mais le pape, mû par son bon naturel, multipliait les grâces pour éviter tout soui)çon de marchandage.

3° Le « démariage » portugais. — L'entourage du roi de France ne se méprenait nullement sur cette condescendance du Souverain pontife. La preuve en est dans les efforts qui furent déployés à Paris pour maintenir le Vatican à l'écart de l'affaire du « démariage » de Marie de Savoie.

Afin de transformer le Portugal en satellite français prenant l'Espagne à revers, Louis XIV avait réussi à marier cette princesse au roi Alfonso VI (1666). Mais ce dernier, aussi peu propre au mariage qu'à la royauté, fut contraint par une révolution à céder son trône à son frère Pedro II (23 nov. 1667). Le nouveau souverain fut reconnu par l'Espagne, qui conclut la paix avec le Portugal (13 févr. 1668). Cette normalisation des rapports après vingt-six ans de troubles permit à la papauté de réorganiser l'Église lusitanienne qui en avait grand besoin.

Pour maintenir Lisbonne dans la zone d'influence française, Louis XIV conçut aussitôt le projet de faire suivre à la reine le sort du trône : faire déclarer nul son premier mariage et la marier au nouveau roi, son beaufrère. Mais désireux d'aboutir à coup sûr, le roi gallican combina les choses de manière à écarter toute intervention pontificale en cette affaire. Le procès super rato et non consummato fut tranché par l'ofïicialité de Lisbonne dans un sens favorable (24 mars 1668). Circonvenu par le roi, le cardinal de Vendôme, légat en France pour le baptême du dauphin, bien qu'il n'en eût pas les pouvoirs, leva l'empêchement d'honnêteté

I publique s' opposant au mariage successif avec deux frères, et Marie de Savoie épousa Pedro II. Mais la reine, prise de scrupules, fît avertir le pape par son confesseur (20 avr. 1668). Louis XIV essaya bien de contrecarrer cette démarche, se démenant tant qu'il I put pour éviter toute intervention pontificale ou du I moins pour en restreindre la portée. Si le pape refusait d'obtempérer à ses injonctions, on le menaçait de monter une cabale contre le droit d'intervention du S.- Siège ès causes matrimoniales princières. Mais le pape tint bon devant les menaces et reprocha vivement au roi d'avoir voulu faire le pape. Mis devant le fait accompli, il n'en exigea pas moins que tous les actes du ! procès fussent revus à Rome par une congrégation de I 9 membres (oct. 1668). Cette congrégation établit que i Vendôme avait outrepassé ses pouvoirs, et que le ma- ' riage avec Alfonso VI avait été nul. En conséquence, le pape accorda la double dispense requise, avec sanatio in radice de la nouvelle union (bref du 2G févr. 1669). I Cette solution était conforme aux intérêts de la ! F'rance et sans doute aussi aux désirs des nouveaux conjoints. Mais il ressort d'un examen impartial des documents que la cause fut jugée à Rome suivant toutes les exigences du droit et que nulle autre considération ne pesa dans la balance. Ainsi tombent les reproches des historiens qui, faisant écho aux calomj nies de Voltaire (Le siècle de Louis XIV, c. x), pré- I tendirent qu'en cette affaire du « démariage » le pape j n'avait fait que sanctionner la passion adultère de la reine (voir, sur cet épisode, Gérin, ii, 251-73, 295-302).

4" La grande campagne de Candie (1669). — Faute de secours réels suffisants, aucune campagne importante n'avait pu être entreprise durant l'été de 1668. Il fallait faire mieux l'été suivant. L'urgence du péril ne permettant plus d'attendre la conclusion d'une ligue générale, Clément IX fit insister par ses nonces pour ' que chaque souverain promît directement un secours proportionné à sa puissance. Il fallait solliciter des réponses « précises, formelles et définitives » (16 oct. 1668; Terlinden, ibid., 135).

L'Espagne allégua l'insécurité des nouvelles frontières franco-belges. Pour rassurer Madrid, le pape se déclara prêt à arbitrer les discussions soulevées à la conférence de Lille au sujet de la portée des clauses territoriales d'Aix-la-Chapelle. La réponse française ayant été évasive, le pape sollicita du roi de France l'engagement de n'attaquer aucun territoire espagnol i durant l'année suivante (4 déc. 1668; ibid., 130-41). ; Louis XIV voulait bien intervenir, mais prétendait faire dépendre son intervention de celle des autres princes catholiques (13 nov. 1668; ibid., 136-37). Le pape insista derechef, représentant au roi que c'était à lui de donner l'exemple. Louis XIV se laissa persuader : 14 vaisseaux et 15, puis 18 galères furent promis pour avril. La nouvelle en fut communiquée confidentiellement par Lionne au secrétaire d'État (11 janv. 1669; ibid., 145-47) et par le roi au pape (13 févr. 1669; ibid., 154-55). Ce deuxième document contenait aussi l'engagement de ne pas attaquer les possessions espagnoles.

De son côté, le pape continuait à soutenir Venise militairement et surtout financièrement. Il accorda des subsides pour l'enrôlement de mercenaires. Il chargea le nonce de Cologne d'enrôler une équipe de mineurs liégeois, les meilleurs spécialistes d'Europe en matière de travaux souterrains. Il permit d'affecter aux dépenses militaires le produit de la vente des biens appartenant à l'église S. -Marc et à trois Congrégations supprimées (voir infra), ce qui rapporta 1 000 000 de ducats {Bull. Rom. Pont., xvii, 701, 739, 748, 781).

L'organisation de l'expédition de secours se heurta à de nombreuses difficultés : répartition et hiérarchie des commandements, étendards à arborer, préséance

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et lieu de rassemblement des escadres, questions^d'étiquette, tout fut matière à contestations. Les trois chefs français, Beaufort, Navailles et Vivonne, soulevèrent des discussions sans fm dont les éclios atteignirent le pape et le chagrinèrent beaucoup.

D'autres difTicultés résultèrent des lenteurs françaises, de la révolte de Don Juan en Espagne, des tergiversations vénitiennes. Diplomatie pontificale et diplomatie vénitienne différaient tant par leurs objectifs que par leurs méthodes. Même au plus fort de la lutte, Venise continuait à négocier avec la Porte. Ces pourparlers aboutirent à un accord virtuel au moment même où les escadres chrétiennes allaient prendre la mer. Par ses représentations à la Sérénissime, le pape réussit in extremis à les faire arrêter (mai-juin 1669; Terlinden, ibid., 184), et même, grâce à l'appui de la diplomatie française, à les faire rompre (août 1669; ibid., 215-18). Pourtant la France elle aussi jouait envers la Porte un double jeu diplomatique, n'étant pas ouvertement en guerre avec elle et permettant à son escadre du Levant, sous les ordres de M. d'Alméras, de laisser franchir les Dardanelles aux renforts turcs destinés à Candie (Gérin, ii, 326; Terlinden, ibid., 200).

Seul le pape avait pris en cette affaire une position exempte de toute équivoque. La situation de Candie devenant toujours plus critique, il fit renouveler ses instances auprès des cours catholiques d'Europe. Il proposa aussi un plan de campagne comportant un débarquement de diversion à La Canée, afin de forcer l'ennemi à relâcher sa pression sur Candie (mars 1669; Terlinden, ibid., 218 sq.). Le commandant vénitien de Crète, Morosini, excellent stratège, avait approuvé ce plan. Mais il ne fut pas suivi. Le 19 juin, les vaisseaux alliés enfin rassemblés jetèrent l'ancre devant Candie et y débarquèrent leurs forces. D'autres renforts arrivèrent par la suite. La flotte compta en tout 58 navires de combat avec 1 100 bouches à feu.

Même en face de l'ennemi, l'unité d'action fit défaut aux chrétiens. Des erreurs de tactique du commandement français amenèrent, malgré des prodiges de vaillance, un double échec sur terre et sur mer (25 juin, 24 juin. 1669). La mésintelligence entre les nationalités s'aggrava à tel point que Navailles, contrairement aux instructions reçues, décida de réembarquer ses troupes et de les ramener en France. La nouvelle de ce départ précipité causa au pape « un extrême déplaisir ».

Le 6 sept., l'inévitable se produisit : Candie capitula après une résistance qui compte parmi les plus valeureuses de l'histoire moderne : 28 mois de siège; 56 assauts, 96 sorties; 30 985 chrétiens et 118 754 Turcs mis hors de combat; 50 317 barils de poudre; 48 119 bombes; 1 000 000 de grenades; 18 440 957 livres de plomb. Ce palmarès est à l'honneur de la papauté. Elle seule avait fait tout son possible pour soutenir les défenseurs de la place.

m. La question janséniste et la Paix clémentine. — Clément IX mit fin à la première phase de la querelle janséniste par la mesure d'apaisement connue dans l'histoire sous le nom de Paix clémentine. Malgré la pléthore de publications traitant de l'affaire janséniste, la pleine lumière est loin d'être faite sur les rétroactes de cet événement. Le caractère polémique des sources littéraires les rend souvent inutilisables. Les travaux anciens n'offrent pour la plupart rien d'original : ils reflètent surtout les convictions de leurs auteurs.

Les .Mémoires du P. René Rapin..., l'Histoire de Du .Mas et la Relation de Varet contiennent, à eux trois, la presque totalité des documents publiés jusqu'ici. Cependant, tout en fournissant de nombreux matériaux, ces trois auteurs, écrivant sous le coup des événements, n'ont pas réussi à se dégager de toute

tendance partisane : le P. Rapin incarne l'aile antijanséniste; Varet représente le courant janséniste; Du Mas adopte une position plus centrale. Dans leur ensemble, les historiens contemporains ont repris les mêmes positions d'après leurs sympathies personnelles. Peu avant 1900, le chanoine Cauchie entreprit d'étudier la question sur la base des sources diplomatiques conservées au Vatican et aux archives du ministère français des Affaires étrangères. Mais l'étude qu'il comptait en donner n'a malheureusement pas dépassé un premier article de revue consacré à l'état des recherches sur ce problème. Une Exposition de l'affaire du jansénisme sous le pape Clément IX, travail de première main, dû à un ancien chef du dépôt des Affaires étrangères. Le Dran, est lui aussi resté inédit.

1° La soumission apparente des Quatre. — A la mort d'Alexandre VII, une commission épiscopale française venait d'être nommée par le pape défunt pour instruire la cause des quatre évêques (Pavillon d'Alet, Caulet de Pamiers, Arnauld d'Angers et Buzenval de Beauvais) qui refusaient de signer sans conditions le formulaire imposé en 1665 par la bulle Regiminis apostolici et avaient publié un mandement à ce sujet.

Comptant sur l'esprit condescendant du nouveau pape, l'entourage de Louis XIV, tant par gallicanisme que par sympathie envers les milieux jansénistes, manœuvra pour éviter aux récalcitrants le procès dont ils étaient menacés. Ceux-ci avaient adressé à Clément IX un mémoire justifiant leur attitude (28 août 1667; Varet, i, 391-98). Ils furent épaulés par dix-neuf prélats (liste dans Pastor, 556, n.), qui se portèrent garants envers le pape de la doctrine de leurs quatre collègues et se plaignirent au roi de l'instruction ouverte contre eux (déc. 1667-janv. 1668; Varet, i, 388; Gérin, ii, 245).

Désireux de poursuivre cette affaire dans l'esprit de son prédécesseur, le pape prit une série de mesures, mais manqua de discernement dans le choix des personnes chargées de les appliquer. Son invitation aux Quatre à signer Iç formulaire de 1665 et à rétracter leurs mandements sous peine de sanctions canoniques fut confiée pour exécution à trois des dix-neuf médiateurs susnommés (23 déc. 1667; Gérin, ii, 244). A Rome même, une nouvelle Congrégation cardinalice de dix, puis de douze membres (Pastor, 553, 562), fut chargée des affaires jansénistes. Mais pour désigner un titulaire à la nonciature de Paris, alors vacante, au lieu d'y nommer l'assesseur du S. -Office, Galeazzo Marescotti, homme indépendant et énergique, le pape, cédant aux manœuvres de Lionne, y plaça Pietro Bargellini, alors nonce à Turin et connu pour son caractère timoré et conciliant (11 févr. 1668; Eubel, iv, 332). Une traduction française du Nouveau Testament composée par des jansénistes et éditée à Mons fut mise à l'Index, ainsi que le nouveau rituel d'Alet (20 ou 22 avr.; 20 févr., 9 avr. 1668; Bull. Rom. Pont., 657, 629, 653; F. H. Reusch, Dcr Index der uerbotcnen Bûcher, u, 668, 455). Mais Bargellini ne put obtenir la promulgation de ces deux mesures.

En France, trois évêques médiateurs (Gondrin de Sens, Vialart de Châlons, d'Estrées de Laon), en quête d'un accommodement, entreprirent dans le plus grand secret des pourparlers triangulaires, d'un côté avec le nonce, d'un autre avec Lionne, Colbert et Le Tellier, d'un troisième avec les quatre obstinés.

Bargellini, dont la passivité et la condescendance jouèrent en cette affaire un rôle décisif, se laissa gagner sans peine au principe de l'accommodement. Le pape eut beau lui rappeler sa mission de faire " étrangler par le roi l'hydre janséniste » (16 juin 1668; Pastor, 561), à Paris le vent n'était pas aux mesures de rigueur. Dès juin., le nonce répondit dans un sens lénitif et il

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interpréta une décision prise le 13 juill. par la commission cardinalice comme une confirmation de son attitude. Cette décision insistait sur la nécessité de faire signer le formulaire par les Quatre, mais se montrait fort accommodante sur le chapitre de la rétractation (Pastor, 562).

Encouragés par l'attitude du nonce, les trois médiateurs, d'accord avec les ministres royaux, firent rédiger par le Grand Arnauld et par Nicole un projet de lettre de soumission, par laquelle les Quatre annonceraient au pape leur intention de signer le formulaire et de le faire signer par leur clergé. Cette lettre — un chefd'œuvre d'ambiguïté (voir texte dans Du Mas, 389, 645) — pouvait être interprétée à Rome comme une soumission sans restriction. Un auteur non suspect d'hostilité au jansénisme reconnaît que « le regard le plus habitué aux subtilités théologiques ne saurait voir si les évêques rétractaient ou non leur doctrine « (C. Cochin, Henri Arnauld, évêque d'Angers (1597-1692), Paris, 1921, p. 215).

Néanmoins ce document, revu par le roi et légèrement retouché par le nonce, ne fut pas signé sans difficulté par les Quatre, qui venaient d'adresser à leurs confrères de France une missive d'un ton presque révolutionnaire (25 avr. 1668, envoyée en juin; Varet, II, 19-55). Pour emporter l'assentiment de Pavillon, dont le caractère entier répugnait à tout compromis, il fallut ferrailler jusqu'au 10 sept. 11 ne céda que pour faire plaisir à ses amis et rassuré sur la portée réelle de son geste par une lettre étrange de l'archevêque de Sens (1" sept.; Varet, ii, 205). La lettre de soumission munie des quatre signatures, fut remise au nonce qui en expédia aussitôt une copie à Rome (sur les dates différentes, Pastor, 568, n. 2).

Entre temps les rapports de Bargellini à Rome avaient présenté ces négociations sous un jour très favorable et donnaient à penser que les formalités exigées seraient accomplies en toute loyauté (Pastor, 574). De leur côté, les évêques négociateurs faisaient parvenir à Rome des missives débordant de protestations ampoulées de dévouement (Pgstor, 573, n.).

La véritable pensée des Quatre et de leurs complices apparaît bien dans le procès-verbal — de contenu identique — dont ils firent précéder ,1e formulaire soumis à la signature de leur clergé lors des synodes diocésains réunis dans ce but entre le 14 et le 18 sept. Après une condamnation non équivoque des cinq propositions et une déclaration de fidélité à la doctrine de S. Augustin et de S. Thomas sur la grâce efiicace par elle-même, ce document afiîrme la distinction du droit et du fait et, à l'égard de ce dernier, la suffisance du silence respectueux par motif de discipline (Varet, ii, 270).

La soumission des Quatre fut suivie par celle, de même valeur, du Grand Arnauld, puis des religieuses de Port-Royal-des-Champs.

2" Acceptation de Clément IX. — Rome n'avait remporté qu'une apparence de victoire. Le pape ne mit pas longtemps à s'en douter.

Dans son bref du 28 sept, à Louis XIV, il lui fallut bien se déclarer satisfait <> de ce que les quatre évêques s'étaient engagés... à signer et à faire signer le formulaire purement et simplement et [il] se félicitait d'une soumission et d'une obéissance qui le dispensaient de recourir à la rigueur » (Du Mas, 420, 649).

En réalité, il n'était rien moins que rassuré. Intrigué l)ar une curieuse dépêche de Lionne (Pastor, 574-75, n.) donnant à entendre que Bargellini aurait pu dépasser ses instructions, il décida de recueillir de plus amples informations avant de répondre aux Quatre. Sur avis de la Congrégation cardinalice réunie le 26 sept., il fit demander que l'on expédiât à Rome les documents originaux dont le nonce ne lui avait encore

; fait parvenir que des copies, plus une attestation authentique de la soumission sincère des Quatre.

j Quand il eut connaissance d'un chiffre du 25 sept.,

I par lequel Bargellini lui dévoilait l'existence du procèsverbal ajouté par les Quatre, le pape réunit à nouveau la Congrégation compétente (11 oct.). Contre l'avis de plusieurs cardinaux, il y fut décidé de prier le nonce de se procurer l'acte authentique contenant les signatures des Quatre et de mener dans le plus grand secret une enquête sur ce qui s'était passé dans leurs synodes. Il importait en effet de savoir si le formulaire portait bien la signature des Quatre, si aucun codicille restrictif n'y était ajouté et si le mystérieux procès-verbal figurait ou non comme document officiel parmi les actes synodaux. Trois missives furent rédigées en ce sens (Pastor, 581-82). Le 30 oct., le secrétaire d'État fit savoir au nonce qu'une attestation écrite des évêques médiateurs serait une preuve officielle suffisante pour démentir les bruits inquiétants qui prenaient toujours plus d'ampleur (Pastor, 582).

Entre temps les nouvelles les plus contradictoires arrivaient à Rome. Le nonce se montrait tantôt rassurant, tantôt indécis. De sa propre autorité, il avait fait dissoudre le tribunal chargé d'instruire l'affaire. Des rapports anonymes affinaient, très inquiétants. Ceux de l'ancien évêque de Rodez, Abelly, et de trois de ses confrères ne l'étaient pas moins (Mémoires du R. P. Rapin..., m, 464).

Par décret du 23 oct. 1668, le Conseil du roi, prenant acte des événements survenus, imposa à l'avenir l'observation des Constitutions pontificales et par la « loi du silence » interdit toute polémique publique sur

j cette affaire.

; Les attestations réclamées par le pape le 26 sept. 1 furent fabriquées de toutes pièces par Lionne sur des ; blancs contenant la signature des Quatre (Pastor, 577- 78). Mais le courrier qui les apporta à Rome apporta pareillement la nouvelle de leur fausseté. En dépit des précautions prises, la vérité se faisait jour. Les gazettes des grandes capitales d'Europe présentaient les événements comme une capitulation du pape qui, en se contentant d'une déclaration ambiguë des Quatre, se serait désolidarisé des mesures prises par son prédécesseur.

Cependant l'attestation écrite réclamée par le pape le 30 oct. fut donnée par un des trois médiateurs, l'évêque de Châlons. Par une déclaration qui est un chef-d'œuvre d'habileté, Vialart se portait garant de

, la sincérité entière des quatre signataires qui agirent « avec la meilleure foi du monde » (3 ou 5 déc. 1668; Du Mas, II, 239 sq.). Cette réponse portait aussi la signature du Grand Arnauld. Lionne, qui en avait été l'inspirateur, fit manœuvrer à Rome en faveur de ce document ambigu, en agitant une fois de plus l'épouvantail d'un schisme possible, si les milieux romains persistaient dans leur méfiance (14 déc, 1"' févr. ;

I Gérin, ii, 308).

La Congrégation cardinalice, réunie le 23 déc, ayant estimé à la majorité de ses membres que l'attestation de Vialart pouvait suffire, le pape répondit aux Quatre par un bref du 19 janv. 1669 (voir Du Mas, 439, 650). Il leur rappelait leur devoir d'obéissance, supposait explicitement que leur signature avait été sincère, réaffirmait sa volonté de ne pas se départir de l'attitude suivie par son prédécesseur et, pour le reste, évitait les expressions et les sujets litigieux. Le lendemain, dans une lettre au nonce (Pastor, 1185), il expliquait les raisons de son attitude conciliatrice et répétait une fois de plus que la sincère soumission des Quatre avait été la cause de leur rentrée en grâce.

Le bref pontifical fut accueilli en France avec grande faveur. Le roi, la Sorbonne et plusieurs prélats remercièrent le pape. Lionne, dont ce bref était le triomphe,

CLÉMENT I X

le dépeignit, en termes hyperboliques, comme « la plus belle pièce qui soit venue de Rome il y a plus de cent ans 1) (Gérin, ii, 309); mais tous ses efforts ultérieurs pour obtenir du pape une déclaration se désolidarisant du formulaire d'Alexandre VII se heurtèrent chez Clément IX à une fin de non-recevoir. Ces événements furent présentés au grand public comme une « concorde » entre le pape et le jansénisme. Clément IX protesta vivement contre cette façon de s'exprimer (ibid., 312-13) et fit connaître son mécontentement quand il apprit qu'une médaille commémorative avait été frappée dans cet esprit (Pastor, 590).

Plus tard, Clément IX eut connaissance du texte même des procès-verbaux des synodes d'Alet et de Pamiers. La fraude commise fut constatée, mais il était trop tard pour réveiller cette affaire. C'eût été d'ailleurs inopportun : les documents publics les plus dignes de foi établissaient la victoire incontestée de la papauté sur le jansénisme. Grâce à l'obligation légalement reconnue de signer le formulaire, le même conformisme extérieur était garanti pour l'avenir. Or le pape ne pouvait juger que des actes extérieurs; vouloir pénétrer au delà, dans le secret des consciences, des restrictions mentales et des conditions interprétatives, c'était s'engager dans une série de complications sans fin. Il eut le bon sens de le comprendre. Il n'y avait donc plus qu'à laisser subsister l'équivoque : à Rome une adhésion sincère étant considérée comme inconditionnelle, mais les jansénistes n'insistant tellement sur leur sincérité que pour voiler qu'elle n'était pas inconditionnelle.

Écrivant au roi pour le remercier d'avoir obtenu une « sincère obéissance de la part des quatre évêques » (26 févr. 1669; Gérin, ii, 310, n. ), le pape n'était sans doute pas entièrement rassuré, puisqu'il ajouta dans cette même missive un appel au zèle royal pour bénéficier à l'avenir d'un soutien similaire, si aliquid forte novi in hoc eodem génère puUulaverit.

On ne peut donc nullement accuser Clément IX d'avoir adopté dans l'affaire janséniste une attitude différente de celle de ses prédécesseurs. Lui-même protesta du contraire à plusieurs reprises et Clément XI lui a rendu justice sur ce point (Bull. Rom. Pont., xxi, 234). Mais en réglant son attitude comme il le fit, il laissa s'accréditer l'opinion suivant laquelle certaines distinctions introduites par les jansénistes bénéficieraient d'une tolérance romaine. Le meilleur jugement sur l'attitude de Clément IX à cette occasion a été formulé par Bossuet dans sa lettre du 30 sept. 1677 au maréchal de Bellefonds (Correspondance, éd. Ch. Urbain et E. Lévesque, ii, Paris, 1909, p. 51).

IV. Questions diverses. — Dès le début de son pontificat, Clément IX fit la guerre à tout favoritisme dans l'administration financière des États de l'Église et dans la concession des privilèges. La liste contenant la série de faveurs accordées à tous ceux qui avaient pris part au conclave les énumère au complet, y compris les serviteurs du rang le plus modeste (Bull. Rom. Pont., xvii, 517-28; cf. 533-41, 661-71, 714-21). Il choisit le cardinal Azzolini comme secrétaire d'État et le cardinal Ottoboni comme dataire.

En matière fiscale, conformément aux dernières volontés de son prédécesseur, il racheta l'impôt sur la mouture, ce qui nécessita un prélèvement de 500 000 scudi sur le trésor du château S. -Ange. L'édit annonçant cette mesure fut publié sous le nom d'Alexandre VII. Une Congrégation Pro gravaminibus tollendis fut instituée pour l'allégement des impôts (Moroni, XVI, 146-47). Riais, s'il allégea la fiscalité publique. Clément IX la simplifia aussi en supprimant tous les privilèges, avantages et exemptions, sauf ceux qui concernaient les collèges, les cardinaux, les officiers curiaux, les commensaux, les contrats intéressant

la Chambre apostolique et les chefs de famille comptant plus de douze enfants (20 déc. 1667; Bull. Rom. Pont., 616-22).

La liberté fut rendue au commerce des grains, l'essor de l'industrie lainière favorisé. Le pape unifia aussi l'administration de la ville de Rome en supprimant le régime particulier de la cité Léonine (Borgo) et le poste de governatore di Borgo; le gouverneur de Rome devait exercer en même temps les fonctions de vice-gouverneur du Borgo, sauf en période d'interrègne (1" sept. 1667; ibid., 547).

Clément IX fit poursuivre la visite des églises de Rome prescrite par son prédécesseur (20 sept. 1667; ibid., 572).

Il introduisit à Rome et dans l'État pontifical l'office et la messe de l'Immaculée Conception (21 oct. 1667; ibid., 583); il en accorda aussi l'usage aux Jésuites et aux Ermites de S.-Augustin (ibid., 569, 597). Il exigea de l'archevêque de Paris, Péréflxe de Beaumont, le rétablissement des jours de fête supprimés sans l'autorisation du S. -Siège (Gérin, ii, 291, 375; Pastor, 548).

Le pape procéda à la béatification de Ste Rose de Lima, la première sainte américaine, en accordant à son culte plusieurs faveurs réservées aux seuls saints canonisés (12 févr., 6 nov. 1668; 2 janv. 1669; A. S., août, V, 895-98). Il canonisa S. Pierre d'Alcantara et Ste Marie-Madeleine de Pazzi (28 avr. 1669; publ. seulement par son successeur, ibid., oct., viii, 799-803; Bull. Rom. Pont., xviii, 1, 11 ; cf. Acta canoniz. S. Pétri de Alcantara et S. Mariae Magdal. de Pazzis, publ. D. Cappello, Rome, 1669, extr. A. S., ibid., 803 sq.).

Il réorganisa la Congr. des Réguliers (Bull. Rom. Pont., xvii, 654) et rendit permanente, le 6 juill. 1669, la Congrégation des Indulgences, dont la compétence était également étendue aux questions concernant les rehques (ibid., 805; Moroni, xvi, 216 sq. ; Anal, juris pontif., i, 1855, 2270). Le 5 juill. 1668, il érigea une Congrégation particulière de six membres, pour examiner les doléances des souverains temporels au sujet des situations abusives résultant de la bulle de Grégoire XIV concernant les immunités et libertés ecclésiastiques. Cette Congrégation ne se réunit que trois fois avant la mort du pape. Elle s'occupa surtout des conflits presque endémiques qui opposaient, à Naples et à Milan, les autorités locales civiles et religieuses.

La durée trop brève de son pontificat empêcha Clément IX d'intervenir beaucoup dans les afi'aires des ordres religieux. Trois congrégations furent supprimées par lui : celle de S. -Georges in Alga, une branche des chanoines de S.-Augustin (6 déc. 1668; Bull. Rom. Pont., 737); celle des Ermites de S. -Jérôme de Fiesole; et celle des Clercs apostoliques de S.- Jérôme, aussi appelés Jésuates. Leurs membres purent entrer dans un autre ordre ou vivre comme séculiers dans le monde. Leurs biens situés en Vénétie et en Sicile furent confisqués et appliqués au financement de la guerre de Candie (Bull. Rom. Pont., 739, 748, 781; pour Milan, ibid., 784).

Par contre, les Piaristes, auxquels Alexandre VII avait déjà rendu le rang de congrégation à vœux simples, furent rétablis le 23 oct. 1669, en leur dignité première d'ordre religieux avec les privilèges des mendiants (ibid., 827). De même, le pape rétablit l'autonomie des camaldules d'Étrurie et des Silvestrins que ses prédécesseurs avaient réunis à d'autres groupes monastiques (24 oct. 1667; ibid., 585, 589). A la prière de l'électeur de Bavière, il procéda aussi à un regroupement des monastères du Haut-Palatinat (ibid., 541).

En 1668, il chargea son légat en France, le cardinal de Vendôme, d'approuver les règles des Sœurs de S.- Vincent de Paul. L'année précédente, il avait confirmé des mesures de réforme prises par son prédéces-

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seur pour les Conventuels et les Carmélites déchaussées (ibid., 563, 574), ainsi que des décrets portés par divers chapitres généraux d'ordres religieux (ibid., 551, 612). Il modifia aussi le régime d'élections dans les monastères des Célestins (ibid., 776), dispensa les Jésuites de l'obligation introduite par Innocent X de réunir une congrégation générale tous les neuf ans (ibid., 721), accorda diverses faveurs aux dominicains irlandais réfugiés de par le monde {ibid., 565, 580) et érigea dans le nord de la France la nouvelle province de S. -Antoine de Padoue des Pères récollets (ibid., 570).

Aux consistoires des 12 et 18 juill. 1667, Clément IX suppléa les cérémonies encore manquantes pour les cardinaux de la dernière promotion de son prédécesseur (7 mars 1667; Eubel, iv, 35, n.).

En trois promotions, le pape créa douze cardinaux. Le 12 déc. 1667 : Jacopo Rospigliosi, son neveu; Sigismondo Chigi et Leopoldo de Médicis. Le 5 août 1669 : Luis Emanuel Portocarrero (publ. le 29 nov.) et Emmanuel de la Tour, duc d'Albret, cardinal de Bouillon. Le 29 nov. 1669 : Carlo Cerri, Lazzaro Pallavicino,- Francesco Nerli, Niccolo Acciajoli, Buonaccorso Buonaccorsi, Emilio Altieri et Giovanni Bona, O. Cist., tous, hormis ce dernier, fonctionnaires de la Curie. Sauf pour la nomination du cardinal de Bouillon, le pape ne céda jamais aux pressions extérieures. Les efforts déployés du côté impérial en faveur du margrave Bernhard Gustav de Bade Durlach, abbé de Fulda, même accompagnés de menaces, ne firent aucune impression (A. Levinson, Nunziaturberichte vom Kaiserhofe Leopolds /., 1. Febr. 1657-Dez. 1609, dans Arch. fiir ôsterr. Gesch., cm, 1913, p. 817 sq.). Il refusa de même d'accorder à la France la nomination de César d'Estrées et à l'Espagne celle du P. Nithard; pareillement, il resta insensible aux menées francoimpériales visant à faire accorder la pourpre au prince d'Auersperg pour le récompenser d'avoir négocié l'accord secret du 19 janv. 1668 prévoyant le partage de toutes les possessions espagnoles entre la France et l'Empire (A. Wolf, Drei diplomalische Relaiionen aus der Zeit Kaiser Leopolds I., ibid., xx, 1858, p. 289-304).

Sur divers points importants. Clément IX compléta l'organisation missionnaire entreprise par ses prédécesseurs.

A la demande de Mgr Pallu, de la Société des missions étrangères, en faveur duquel il avait envoyé au roi de France une lettre de recommandation (3 déc. 1667; Streit, v, n. 1725), il accorda de larges facultés en matière canonique et liturgique aux vicaires apostoliques en Extrême Orient (8 janv. -13 août 1669; Launay, op. cil., i, Paris, 1894, p. 179-80; Colledanea S. Coiujr. de Prop. Fide, Rome, 1893, n. 50-53, 119, 270, 486, 687, 824, 843; Streit, i, p. 516). Le 4 juill. 1669, le Siam fut détaché de la mission de Malacca et soumis à la juridiction des vicaires apostoliques; à cette occasion le pape écrivit au roi de Siam, Phranarai, pour le remercier de sa bienveillance (Streit, v, n. 1741, 1743). Les royaumes de Golconde et de Pegu furent rattachés au vicariat apostolique de Bidshapur (ibid., n. 492). Les Institutions ou Monila de la Société des missions étrangères furent approuvées par le pape; mais, sur avis défavorable de la Propagande, il refusa de transformer cette Société de prêtres en congrégation dont les membres seraient liés par des vœux (6 sept. 1669; Launay, op. cil., 174-78).

La Constitution Speculalores, du 13 sept. 1669, plaça tous les missionnaires réguliers d'Extrême Orient sous l'autorité des vicaires apostoliques du Tonkin, de Cochinchine ou de Nankin, et déclara nuls les vœux par lesquels les catéchistes indigènes se liaient envers les réguliers. Désormais l'autorisation des vicaires apostoliques était requise pour tout

exercice du saint ministère; ils avaient le pouvoir de trancher les conflits entre ordres différents, de visiter les églises et de régler diverses questions d'administration religieuse; une autre Constitution, parue le même jour, ordonna que les missionnaires ayant charge d'âmes et ignorant la langue du pays devaient être doublés de vicaires capables d'entendre les confessions et de prêcher (Bull. Rom. Pont., 815-19; Collect. S. Congr. de Prop. Fide, n. 54; Streit, i, 429, 516; V, n. 1742).

Dans l'affaire des rites chinois, un décret du 13 nov. 1669 occasionné par une réclamation du P. Polanco, dominicain de Manille, confirma le décret du 12 sept. 1645, sans toutefois vouloir déroger à celui du 23 mars 1656 (Bull. Boni. Pont., 819; Streit, v, n. 2378).

Le bref Sollicitudo pasloralis, du 17 juin 1669, renouvela pour tous les missionnaires, sous les peines les plus graves, la prohibition de toute occupation commerciale même dans un but apostolique. Les profits commerciaux réalisés à l'avenir devaient être appliqués par les Ordinaires au soulagement des pauvres ou à d'autres œuvres pies (Th. Grentrup, Das kirchliche Handelsverbot fiir die Missionàre, dans Zeilschr. fiir Missionswissenschafl, xv, 1925, p. 259 sq. ; Bull. Rom. Pont., 798; Collect. S. Congr. de Prop. Fide, n. 338; Streit, v, n. 493).

Le pape intervint aussi dans la tentative d'union des Arméniens de Pologne avec le S. -Siège, surtout à l'occasion d'un voyage à Rome de l'archevêque de Leopol (Lwôw), Nicolas Torosowicz, lequel se vit interdire tout retour en son pays et eut de ce fait maille à partir avec la police pontificale (G. Petrowicz, L'unione degli Arment di Polonia con la Sanla Sede (1626-86), Rome, 1950, p. 325, dans Orientalia chrisliana analccla, cxxxv).

Clément IX entretint des rapports suivis avec plusieurs savants et artistes : l'astronome Cassini, l'archéologue Ciampini, le P. Kircher, l'historien de la littérature Allacci et d'autres. Il fonda une académie pour l'étude de l'histoire de l'Église et concéda des privilèges aux Collèges germanique et hongrois. Il compta aussi au nombre de ses intimes l'ex-reine Christine de Suède, convertie du luthéranisme, qui avait passé une bonne partie de son exil volontaire à Rome et y avait noué de nombreuses amitiés. Le trône de Pologne étant devenu vacant et Christine en revendiquant la succession, le pape fit insister auprès du nonce de Cracovie pour qu'il soutînt cette candidature. Mais il ne paraît pas y avoir mis une grande conviction. Quand Christine revint à Rome, après un séjour de plus de deux ans dans les pays nordiques, le pape lui ménagea une réception des plus brillantes (22 nov. 1668; Ch. de Bildt, Un banchetto al Quirinale nel seicenlo, Rome, 1901). Elle continua dans la suite à lui rendre visite à peu près tous les mois et l'assista au cours de sa dernière maladie.

L'artiste préféré du pape fut le Bernin : outre l'achèvement de la colonnade de S. -Pierre, il le chargea de renouveler la décoration du pont S. -Ange : dix anges monumentaux portant les instruments de la Passion. Par piété et humilité, il exigea que leurs socles ne portassent d'autres inscriptions que des textes bibliques, mais Clément X répara cet oubli volontaire (Pastor, 541, n. 7). Clément IX confia au même artiste la décoration du tombeau de ses parents à Pistoie, ainsi que d'autres travaux à Rome et dans sa ville natale, ill avait aussi projeté de faire transformer par le Bernin et Maratta la tribune de Ste-Marie-Majeure, suivant un plan grandiose dont la réalisation aurait coûté 400 000 scudi. L'esquisse fut achevée en août 1669, mais la mort du pape en empêcha l'exécution.

Carlo Maratta peignit de Clément IX un portrait du type classique, très ressemblant (Rome, coll. Pallavi-

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