‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 262 sur 282 · CLÉMENT IX — CLÉMENT X · texte numérisé non relu

CLÉMENT IX — CLÉMENT X

cini, reprod. Venturi, Tesori d'arte inediti di Roma, Rome, 1896; sur l'iconographie du pape, voir Pastor, 539; Beani, Clémente IX, notizie..., 189-96, décrit les 19 médailles frappées en son honneur).

V. Mort de Clément IX. — Même après la nouvelle du désastre de Candie, Clément IX garda son esprit combattif : il prit des mesures financières pour continuer la lutte, écrivit en ce sens au roi de France, forma le plan d'une ligue pour la défense de la chrétienté et nomma dans ce but une commission de huit cardinaux (16 nov. 1669; Gérin, ii, 388; Terlinden, ibid., 293). Mais le coup reçu avait été trop rude : il ne devait survivre que de quelques semaines à sa défaite. II ressentit une attaque dans la nuit du 25 au 26 oct. 1669. Le chagrin qui le rongeait l'empêcha de se remettre complètement. Sachant sa vie menacée, il voulut redoubler ses eflorts, tant en exercices de dévotion qu'en travaux de gouvernement. Ces imprudences l'achevèrent. Administré le 2 déc, il mourut le 9, après une agonie d'environ trente heures.

La mort du pape fut accueillie par le peuple comme celle d'un saint. Son oraison funèbre fut prononcée par Agostino Favoriti. Six ans plus tard, il fallut encore prendre des précautions pour éviter une violation de sa sépulture dans le but d'en extraire des reliques. Déposés provisoirement à S. -Pierre auprès de la tombe d'Alexandre VII. ses restes furent transférés à Ste-Marie-Majeure en 1680 (épitaphe dans Ciacconius, iv, 784).

L. André, Les sources de l'histoire de l'rance, XFIl' siècle, t. viii, Paris, 193.5, table, p. 41. — C. Beani, Clémente IX, notizie sloriche, Prato, 1893; Cl. IX e l'isola di Candia, Pistoie, 1897; Cf. IX e Cristina di Svezia, dans Boll. stor. pistoiese, n, 1900, p. 16. — B. Bruni, Note romane relative a Papa Cl. IX, ibid., xxiii, 1921, p. 18. — Bull. pont. S. Congr. de Prop. Fide, i, Rome, 1839, p. 151-74. — Bull. Bom. Pont., xvii, éd. de Turin, 1869, p. 512-839. — G. Canevazzi, Papa Cl. IX poeta, Modène, 1900. — A. Cauchie, La Paix de CL IX (1662-69), dans Bévue d'hist. et de littér. relig., ni, 1898, p. 481-501 (seul art. paru; bonne bibliogr.). — A. Ciacconius-A. Oldoinus, Vitae..., iv, Rome, 1677, col. 728-29, 769-96. — [Delplace], Synopsis actorum S. Sedis in causa S. J., n, Louvain, 1895, p. 384-87. — Du Mas, Hist. des cinq prop.de Jansénius, Liège, 1699; 2' éd., 3 vol., Trévoux, 1702. — A. Fabronius, V'i7ae Italorum doctr. excellentium, n, Pise, 1778, p. 1-196. — Ch. Gérin, Louis XIV et le S.-Siège, Paris, 1894, i; ii, p. 178-390; Louis XIV et Cl. IX dans l'affaire des deux mariages de Marie de Savoie, dans Beoue des quest. hist., 1880; L'expédition des Français à Candie en 1669, ibid., xxv, 1879. — A. Guiglielmottl, La squadra ausiliaria délia marina romana a Candia ed alla Morea, Storia dal 16ii al 1699, Rome, 1883. — G. Hanotaux, Becueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westphalie jusqu'à la Bévol. franç., vi. Borne, vol. i, Paris, 1888, p. 213-25. — B. Jungmann, Dissertationes selectae in hist. eccles., vu, Ratisbonne, 1887, p. 262-84. — Le relazioni detjli stati Europei lette al senato degli ambasciatori Veneziani nel sec. XVII, publ. N. Barozzi-G. Berchct, IIP sér., ii-iii, Belazioni di Boma, Venise, 1877-79. — Mémoires du P. Bené Bapin de la Compagnie de Jésus sur l'Église et la société, la cour, la ville et le jansénisme, éd. L. Aubineau, m, Paris-Lyon, 1885, p. 395-511, 531. — Moroni, xiv, 54 sq.; Lix, 161 sq.; Indice, u, 268. — Pastor, xiv-1, 541-627. — R. Streit, Bibliotheca missionum, i, 819; v, 987, 1021. — C. Terlinden, Le pape CL IX et la guerre de Candie (1667-69) (Becueil des trav., xiii), Louvain, 1904; Les préparatifs de l'expédition au secours de Candie, dans Bévue d'hist. eccl., iv, 1903, p. 679; Les dernières tentatives de Cl. IX au secours de Candie, ibid., V, 1904, p. 47. — (Varet), Belation de ce qui s'est passé dans l'affaire de la paix de l'Église sous le pape Cl. IX, 2 vol., s. 1., 1706. — G. Zaccagnini, Cl. IX e i Turchi, dans Bivista Abruzzese, nov.-déc. 1899; L'elezione di Cl. IX e Cristina di Svezia, dans Boll. s/or. pistoiese, l, 1899, p. 150-54.

Roger Mols.

19. CLÉMENT X, pape, successeur de Clément IX; 29 avr. 1670-22 juill. 1676.

I. Avant le pontificat. — Einilio Altieri, né à Rome dans la paroisse S. Marco, le 12 juill. 1590, était

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.

le cinquième fils de Lorenzo Altieri et de Vittoria Delfino. Il commença ses études au Collège romain et les poursuivit à l'université de cette ville où il obtint son doctorat en droit civil et canonique, le 17 oct. 1611. Il entra au service de Giovan Battista Pamfili, le futur Innocent X, alors auditeur de la Rote, et devint bientôt un avocat renommé.

Pourtant l'exemple de son frère Giambattista et de deux de ses oncles le décida à entrer dans les ordres. D'après Eubel (iv, 131), il aurait reçu la prêtrise le 6 avr. 1624. Il poursuivit sa carrière comme assesseur auprès de Giambattista Lancellotti durant sa nonciature de Pologne; cette nonciature ayant duré du 2 déc. 1622 au 16 avr. 1627, il faut en conclure ou bien qu'Altieri fut ordonné en Pologne, ou bien qu'il y interrompit son séjour, ou bien qu'il ne séjourna auprès du nonce que durant les dernières années de sa nonciature. Lorsqu'il revint en Italie, son frère, devenu cardinal, résigna en sa faveur l'évêché de Camerino. Nommé évêque de ce diocèse (29 nov. 1627, d'après Eubel, IV, 131 et Ughelli, i, 570; 29 avr. 1629, d'après Biaudet, 250), il le gouverna jusqu'en 1666, date où il le résigna à son tour (avant juin). En 1630, il y tint un synode, dont les Constitutiones synodales a S.D.N. Clémente X anno 1630 tune Eccl. Camerin. modérante in commis synodalihus editae furent imprimées en

Urbain VIII, qui l'avait en haute estime, le nomma gouverneur de Lorette et, par deux fois mais pour peu de temps, gouverneur de la Marche. Il le chargea aussi d'entreprendre des travaux destinés à mettre Ravenne à l'abri des inondations. Désigné comme visiteur apostolique de tous les États de l'Église, il ne put remplir ses fonctions à cause de la guerre de Castro.

Sous Innocent X, E. Altieri fut chargé de la nonciature de Naples (25 déc. 1644). 11 essaya sans succès d'obtenir une réconciliation entre le pape et l'ambassadeur espagnol Sirvela (avr.-juin 1645). Le 7 juill. 1647, éclata une révolution des Napolitains conduits par Masaniello contre la domination espagnole. Elle mit le nonce dans une position difficile. Invité par le pape, par le vice-roi et par l'archevêque de Naples à rechercher un accommodement, il mécontenta les deux partis. De sa nonciature bombardée par la flotte espagnole, il adressa des messages imprimés à la population, ce qui donna lieu à de fausses interprétations. Rome dut le rappeler à plus de réserve. Sa situation étant devenue intenable, il sollicita et obtint la permission de quitter la ville (2 nov. 1647), mais il se ravisa. En févr. 1048, l'arrivée à Naples d'un nouveau vice-roi rétablit le calme. Altieri resta nonce à Naples jusqu'en 1652 (N. Capece Galeota, Cenni storici dei Nunzii apostolici di Napoli, Naples, 1877; E. Visco, La politica delta S. Sede nellu rivoluzione di Masaniello da documenti dell'archiuio Vaticano, Naples, 1923).

Frappé de disgrâce à son retour à Rome, il se retira en son évêché de Camerino. Au conclave de 1655, le collège des cardinaux le chargea de rétablir la paix en Haute-Italie.

Alexandre VII le rappela à Rome et le nomma, en 1657, secrétaire de la Congrégation des Évêques et des Réguliers, et plus tard consulteur de l'Inquisition.

En 1667, Clément IX en fit son maestro di caméra et, à sa dernière promotion, dix jours avant sa mort, le nomma cardinal (29 nov. 1669). Les cérémonies complémentaires de l'ouverture de la bouche n'ayant pas encore eu lieu, faute de temps, le cardinal Altieri entra au conclave sans porter la pourpre.

Le conclave qui s'ouvrit le 20 déc. 1669 prit tout le monde au dépourvu. Six factions se le partageaient : celles des deux couronnes, F'rance et Espagne, et celles des quatre pontificats précédents. Les deux tiers des voix requis pour l'élection ne pouvaient être obtenus

CLÉMENT X

que par l'accord d'au moins trois factions. Mais les i 24 cardinaux survivants des promotions d'Alexandre \ VII étaient assez forts à eux seuls pour exclure un candidat. Le cardinal Flavio Chigi, leur chef, était donc l'arbitre du conclave.

Aucune personnalité ne s'imposait : les rapports contemporains mentionnaient jusqu'à 21 papables. Toutes les candidatures présentaient des inconvénients. Et il fallait compter aussi avec les exclusives tant françaises qu'espagnoles. Deux camps se formèrent : le premier, d'une trentaine de membres, groupait la faction Chigi alliée aux Espagnols; l'autre unissait les 27 membres de la Triple, ligue réunissant les factions Barberini, Rospigliosi et l'Escadron volant. Les Français, arrivés seulement le 16 janv. 1670, restèrent d'abord neutres, pour se rapprocher ensuite de la Triple.

Les premiers scrutins ne reflétèrent absolument rien de l'état des esjirits : les votes s'égaillaient au hasard, même sur les candidatures les moins acceptables. Certains jours, un des deux camps groupait ses sulTrages sur un candidat déterminé. Simple démonstration de force pour impressionner l'adversaire.

Le vrai travail s'opérait en sous-main, par les négociations entre chefs de groupes, chefs de factions et ambassadeurs. Le cardinal Azzolino, chef de l'Escadron volant, fortement épaulé par l'ex-reine Christine j de Suède, tenta de jouer à nouveau le rôle décisif qui fut le sien lors du conclave précédent. Mais il se heurta à Chigi, dont l'obstination fut la principale responsable de la durée du conclave.

Les premières candidatures, choisies parmi le groupe Chigi, échouèrent : le cardinal d'Elce (10 févr.), devant une exclusive française; Bonvisi (6 mars), devant une manœuvre de la Triple soutenue par l'ambassadeur de France; \'idoni, devant l'hostilité continuelle de Chigi, lui-même désireux de faire pièce à l'Escadron dont Vidoni était le candidat. Deux candidats choisis en dehors de la faction Chigi ne réussirent pas mieux : Odescalchi (20 mars) se heurta à la froideur de le Triple et à la méfiance des Français (d'après Petruccelli délia Gattina, Hist. diplom. des conclaves, III, 256, l'ambassadeur de France aurait même prononcé le veto contre lui, ce qui semble inexact, cf. de Bildt, 175, n.); Brancaccio (11 avr.) dut. céder devant un veto de l'ambassadeur d'Espagne contraire à ses instructions.

Près de quatre mois s'écoulèrent ainsi en exclusions formelles ou larvées. Si les ambassadeurs des deux couronnes avaient osé, fût-ce une seule fois, se parler à cœur ouvert, la candidature de Vidoni eût été assurée du succès malgré Chigi, car tant à Madrid qu'à Paris on lui était favorable. Mais la méfiance réciproque insurmontable du duc de Chaulnes et du marquis d'Astorga rendait impossible tout modus vivendi. Jamais il n'avait encore été ouvertement question d'une candidature Altieri. Seules des lettres de diplomates en avaient envisagé l'éventualité (Gérin,ii, 405; Petruccelli délia Gattina, op. cit., m, 230, 232, 246). Créature de Rospigliosi, il était de ce fait persona grata pour la faction française (Hanotaux, 233), mais son inclusion n'était poursuivie par aucune des deux couronnes. Vers le 15 mars, Chigi et Médicis avaient convenu qu'il constituait une réserve possible (Petruccelli délia Gattina, op. cit., m, 253). Aux scrutins il n'avait recueilli que des votes isolés. Lui-même avait toujours voté pour Brancaccio. Sa qualité principale, c'était son âge : ses quatre-vingts ans faisaient de lui le deuxième doyen d'âge du Sacré Collège. L'idéal pour une candidature de « dépôt », c.-à-d. dont on pouvait escompter un'pontificat assez bref « qui laisserait le gouvernement comme il est... » jusqu'au conclave suivant. Sa santé avait mieux résisté que celle de pas

i mal d'autres aux intempéries de ce terrible hiver passé I en conclave, mais son intelligence était moyenne et il commençait tout doucement à perdre la mémoire. Le 18 avr., quelcjues cardinaux lancèrent un premier ballon d'essai en sa faveur. L'n renversement des alliances entre factions permit d'écarter les obstacles. L'arrivée à Rome du cardinal espagnol Portocarrero (19 avr.), en même temps que d'un courrier extraordinaire de Madrid désavouant l'attitude du marquis d'Astorga, amena une scission entre la faction espagnole et celle de Chigi, lequel se rapprocha des Français.

A ce moment, l'ambassadeur de Venise, Griniani, venait de s'accorder avec ses collègues français et espagnol sur le soutien d'une candidature choisi" parmi les cardinaux nommés durant le pontificat précédent. Après cinq jours de pourparlers secrets, les cardinaux Chigi, Rospigliosi et le duc de Chaulnes se mirent d'accord sur la candidature d'Altieri (28 avr.). Le lendemain, au premier scrutin, Altieri ne recueillit que 3 voix sur 56. L'accord fut alors dévoilé aux membres des diverses factions qui, excepté l'Escadron, se laissèrent facilement convaincre (sur l'erreu commise par Gérin, ii, 406, voir de Bildt, p. viii). I fut moins aisé de convaincre l'intéressé lui-même. Du rant une heure, il supplia ses amis, les larmes aux I yeux, de le laisser mourir en paix. Il fallut l'entraîner à la chapelle Sixtine, où un second scrutin lui donna 21 voix et 35 accès sur 59 votants. Il ne se résigna qu'avec peine. Par gratitude pour Clément IX, il choisit le même patronyme.

Grâce à un heureux concours de circonstances, l'histoire de ce conclave dispose d'une collection de sources exceptionnellement complète. Outre les archives du collège des cardinaux, réunies depuis 1942 aux archives de la Congrégation Consistoriale, outre les diverses relations in extenso. les correspondances des ambassadeurs avec leurs gouvernements et diverses sources mineures, il faut mentionner la collection de toute première valeur constituée par la correspondance échangée durant le conclave entre le cardinal Azzolino et son amie l'ex-reine Christine de Suède, qui lui servait de vigie dans le monde extérieur.

En y comprenant les lettres échangées entre ces deux amis et d'autres cardinaux ou négociateurs, ce dossier conservé presque intact aux archives Azzolino comprend 387 pièces, dont 12.3 chifires de Christine à Azzolino. L'ouvrage fondamental qui se base avant tout sur le dépouillement de ce dossier est celui de l'académicien suédois Ch. de Bildt, op. infra cit. — En outre, il faut citer parmi les ouvrages anciens : Conclave di Cl. X, Lucerne (.Amsterdam), 1672; Conclavi de' Ponlefici romani, Cologne (Amsterdam), m, 1691, p. 185-239; Hist. des conclaves depuis Cl. V jusqu'à présent, ^' éd., ii, Cologne, 1703, p. 555-77. — Parmi les auteurs modernes : F. Petruccelli délia Gattina, op. cit., III, Paris, 1865, p. 224-71; Ch. Gérin, op. infra cit., II, Paris, 1894, p. 391-408; L. Wahrmund, Das Ausscitliessungsreclit. Vienne, 1888; G. Sardi, Il cardinale G. B. Spada e il conclave del 1670, Lucques, 1920.

Un de ses contemporains nous dépeint le nouveau pape comme de taille moyenne, d'aspect majestueux, de commerce agréable. Humilité et bonté d'âme, piété sincère et esprit d'économie étaient les traits principaux de son caractère; il ne détestait rien tant que de devoir refuser une grâce (Grimani, dans Le relazioni..., publ. Berchet, ii, 356). Il se faisait surtout remarquer par son ordre du jour très différent de celui du commun des mortels. Couché avec le soleil, il se levait en toutes saisons deux ou trois heures avant l'aube, disait sa messe, vaquait à ses prières et commençait ses audiences parfois dès 5 heures du matin, au grand déplaisir des ct»urtisans et diplomates (Gérin, ii, 408-09). Sa force d'âme était peu commune. Au jubilé de 1675, malgré ses quatre-vingt-cinq ans, il tint à participer aux principales cérémonies : il visita cinq fois les sept basiliques, dirigea la récitation publique du chapelet durant l'octave du Rosaire et lava les

CLÉMENT X

|)ieds de douze pèlerins. Son seul regret était, disaitil, de ne pouvoir faire davantage à cause de sa santé.

II. L'Activité politique et diplomatique. — L'activité diplomatique de Clément X, moins importante que celle de son prédécesseur, s'exerça surtout dans un triple domaine : la politique de Louis XIV et la guerre de Hollande; les relations entre l'Église et les pouvoirs civils; la guerre polono-turque et les difficultés intérieures de Pologne.

1° Les affaires françaises et la guerre de Hollande. — Dans la querelle janséniste, le calme extérieur imposé par la Paix clémentine et par la loi de silence ne fut pas troublé sous Clément X. Dès le début du conclave, le roi et Lionne firent savoir à leur envoyé à Rome, le duc de Chaulnes, qu'il lui faudrait obtenir du nouveau pape « parole de ne rien innover » à la Paix établie par son prédécesseur; au contraire, d'obtenir si possible la levée de l'obligation prescrivant au clergé la signature du formulaire d'Alexandre VII (Gérin, ii, 411). Au cours de ses premières audiences Chaulnes exposa au pape que ce formulaire, tel un emplâtre, avait été utile en son temps, mais que, la plaie étant guérie, il ne pourrait plus faire que du tort. Le pape et le secrétaire d'État répondirent n'être pas certains de cette guérison. De part et d'autre, on préféra ne pas insister. Entre temps, le jansénisme, bénéficiant des sympathies des quatre principaux ministres, Colbert, Louvois. Le Tellier et Pomponne, consolidait ses positions et s'infiltrait dans de nombreux milieux dirigeants.

Le déclenchement de la guerre de Hollande provoqua à Rome des réactions en sens divers. L'apparition d'un nouveau foyer d'hostilités en pleine Europe fit craindre au pape une reprise de la guerre franco-espagnole. Il fit part de ses soucis aux princes catholiques d'Allemagne occidentale, à la régente d'Espagne et à Louis XIV lui-même (mars-mai 1672). Cependant, il n'était pas mécontent de voir une citadelle du calvinisme mise en mauvaise posture. Il se réjouissait à chaque nouveau succès des armées françaises et envoya bref sur bref au roi pour le féliciter, le remercier des mesures prises en faveur des catholiques dans les villes conquises et l'encourager à poursuivre dans la même voie. Son point de vue apparaît clairement dans un chiffre du secrétaire d'État au nonce de Madrid (13 août 1672; résumé dans Pastor, xiv, 655). Pardessus tout, il voulait éviter une extension du conflit, car il estimait les forces impériales indispensables contre la menace turque.

Les efforts de sa diplomatie pour prévenir la conclusion d'une alliance entre l'Espagne, l'empereur et la Hollande furent infructueux. L'alliance fut conclue, les hostilités ouvertes entre la France et l'Espagne, à laquelle se joignirent par la suite l'empereur et le Brandebourg. La médiation pontificale proposée par l'empereur fut aussitôt acceptée par Clément X et par les belligérants catholiques (Levinson, ii, 157, 159); mais les Provinces-Unies rejetèrent toute initiative en ce sens (janv. 1674).

L'enthousiasme du pape pour la cause française se refroidit singulièrement à la suite des doléances de l'internonce de Bruxelles sur les excès commis par les armées de Louis XIV. Les prétentions insoutenables du roi, la morgue de son ambassadeur à Rome et les obstacles dressés du côté français aux tentatives de médiation (ibid., 181) le renforcèrent encore dans sa réserve.

Il renouvela pourtant sa proposition (3 oct. 1674; Gérin, ii, 637). Louis XIV différa d'abord sa réponse pendant plusieurs mois, puis il accepta, mais en proposant comme lieu de réunion Breda, puis Nimègue, sachant bien que ces deux villes seraient d'accès difficile pour une délégation pontificale (Gérin, ii, 638-

39). Le pape essaya, mais sans succès, d'obtenir un endroit de réunion plus accessible.

Il envoya trois délégués extraordinaires : Pompeo Varese, archevêque d'Andrinople, à Paris; Luigi Bevilacqua, patriarche d'Alexandrie, à Vienne; Pierre, archevêque de Nicomédie, à Madrid (5 oct. 1675), pour qu'ils négociassent avec les gouvernements intéressés l'insertion de clauses avantageuses pour la j religion catholique.

Comme plénipotentiaire au congrès de la paix, il désigna Fabio Guinigi, archevêque de Ravenne (5 oct. 1675). Dans l'instruction qui lui fut remise, des directives spéciales réglaient la façon dont il aurait à se comporter envers les diplomates protestants, afin d'éviter la répétition des malentendus qui marquèrent les négociations du traité de Westphalie (analyse de cette instruction dans Laemmer, 31 sq.). Louis XIV éleva des objections contre cette nomination (Gérin, ii, 641). Les négociations préliminaires au congrès de Nimègue furent poursuivies. Clément X mourut avant d'en voir l'achèvement. Quelques jours avant sa mort, il avait encore envoyé des missives pour hâter l'armistice (ibid., 641-42).

2° Relations entre l' Église et les pouvoirs séculiers. — La congrégation instituée par Clément IX en 1668 « sur les doléances des princes séculiers contre l'observation de la bulle de Grégoire XIV en matière d'immunités, libertés et juridictions » poursuivit ses réunions. Le 28 déc. 1671, ses conclusions furent présentées au pape et communiquées aux cours intéressées. Mais celles-ci ne se déclarèrent pas satisfaites.

Avec le Portugal, les relations diplomatiques normales qui, après le rétablissement de l'indépendance en 1640, n'avaient pas été renouées pour ne pas mécontenter l'Espagne, furent rétablies en été 1670. Dès la même année, le pape dut faire une déclaration sur les provisions d'églises et, en 1672, il estima nécessaire de rappeler à la mémoire des intéressés un bref d'Urbain VIII de 1625. Des plaintes durent aussi être adressées à l'empereur et aux électeurs rhénans. Par une déclaration du 4 déc. 1674, les stipulations contraires aux droits de l'Église de Genève, contenues dans le traité de S. -Julien conclu en 1603 entre Genève et la Savoie, furent déclarées nulles (Bull. Rom. Pont., xvni, 518).

Les frictions furent encore plus nombreuses dans les pays relevant de la couronne d'Espagne. A Saragosse, des nominations faites durant la vacance du siège furent annulées (ibid., 499-506). A Milan avec le duc d'Osuna, à Naples avec le vice-roi le marquis d'Astorga, conflits et incidents pour des motifs divers et parfois futiles restèrent à l'ordre du jour durant tout le pontificat. Le pape eut aussi à se plaindre du gouverneur des Pays-Bas au sujet d'une inscription figurant sur le tombeau de Jansénius (1672).

Ce fut avec la France que les relations furent les plus tendues. Un premier conflit, ouvert sous le pontificat précédent par l'arrêt d'Agen (4 mars 1669) qui avait attribué à la couronne le droit de connaître des difiérends opposant les évêques au clergé régulier, risquait de prendre mauvaise tournure. Les pourparlers traînant en longueur, la Constitution pontificale Superna magni patrisfamilias, du 21 juin 1670, encore en vigueur actuellement, régla en détail les droits respectifs des Ordinaires et des religieux dans les questions litigieuses concernant la prédication et l'administration du sacrement de pénitence par des réguliers (ibid., 55). Le 12 sept., un arrêt du parlement de Paris interdit la publication de cette Constitution (Gérin, II, 475-78). Chacun resta sur ses positions.

A partir de l'automne 1672, un nouveau duel s'engagea dont le motif était surtout financier. Les dépenses militaires épuisaient les ressources de la France.

CLÉMENT X

Déjà, en 1662, Louis XIV avait envisagé de négocier avec Rome un accommodement qui, « en faisant contribuer notalilement tous les ecclésiastiques de France », permettrait d'alléger le fardeau fiscal pesant sur le tiers état. Il songeait surtout aux propriétés monastiques. S'apercevant qu'il lui serait impossible d'amener le pape à souscrire à toutes ses exigences, il préféra adopter à son égard la politique du fait accompli.

En déc. 1672, un édit de Louvois annexa divers ordres hospitaliers et militaires à celui de S. -Lazare et du Mont-Carmcl. A l'avenir ces ordres dépendraient du roi et Louvois en serait le grand vicaire. Leurs biens devaient servir à payer ses oinciers (Dubruel, 174). Pour obtenir du pape l'entérinement de cette mesure unilatérale, l'abbé Cocquelin, un familier des Le Tellier, fut envoyé à Rome en mission secrète (début 1673). Cette mission se prolongea durant toute l'année 1673. Outre l'affaire de S. -Lazare, Cocquelin était chargé d'une triple négociation : la réorganisation des monastères, avec sécularisation d'un certain nombre d'entre eux, conformément aux vœux exprimés par l'Assemblée du clergé de 1670 {Procès-verbaux du clergé, v, 62); — l'extension de la règle de la congrégation de S.-Maur, et par conséquent du droit de commende royale, à tous les monastères bénédictins de France, Cluny y compris; — la faculté d'imposer des pensions perpétuelles sur tous les bénéfices consistoriaux de nomination royale. Au cours dè ces négociations. Clément X fit montre d'une très grande prudence et ne fit aucune concession.

Entre temps de nouvelles difFicultés avaient surgi. L'intrusion royale contre l'élection régulière de dom Beuvron comme abbé de Cluny (14 oct. 1672), la tentative d'imposer le duc de Clermont-Tonnerre comme abbé de S. -Martin de Laon (printemps 1673) ne purent obtenir l'agrément du pape (Gérin, ii, ,530-37).

Le 23 mars 1673, un édit de Colbert avait remplacé par de nouveaux offices affermes et jouissant du monopole officiel les anciens expéditionnaires chargés du transfert de provisions et de fonds entre Rome, Avignon et la France. Le recours à ces oflTices était déclaré obligatoire sous peine de nullité de la transaction ou de la faveur expédiée. Les 22 et 26 avr., le pape écrivit directement au roi pour se plaindre de cette mesure attentatoire à la liberté de l'Église, ainsi que de celle concernant les ordres annexés (ibid., 497-98; Pastor, 656-57). Louis XIV fit la sourde oreille.

Ses ministres se montrèrent d'autant plus agressifs lors de l'affaire des franchises douanières. A Rome, les ambassades des principales puissances jouissaient de l'exemption des droits d'entrée sur les marchandises destinées à leur propre consommation. Grâce à de nombreuses complicités, ce privilège avait dégénéré en une vaste entreprise de contrebande, privant la Chambre apostolique d'une importante source de revenus. Pour y mettre fin, le cardinal Altieri proposa de remplacer cette exemption de taxe par un subside compensatoire annuel, équivalant aux droits d'entrée payés par les marchandises réellement consommées par les ambassades. Les ambassadeurs impérial, espagnol et vénitien firent bloc avec le duc d'Estrées, ambassadeur de France, pour défendre les privilèges exorbitants dont ils avaient scandaleusement abusé. Une augmentation de 3 % des droits d'entrée sur les marchandises étrangères, décrétée le 14 sept. 1674, mit le comble à leur mécontentement. A la tête d'une bande de factieux, ils marchèrent sur le JMonte-Cavallo, résidence du cardinal patron, réclamant une audience commune pour se plaindre auprès du pape de l'attitude d' Altieri. Clément X garda son sang-froid. Il refusa de céder à cette intimidation, mais leur accorda une oreille très bienveillante au cours d'audiences particu-

lières, allant jusqu'à promettre de les recevoir « à toute heure, quand ils voudraient, la nuit, le jour et même après l'heure de son coucher » (Gérin, ii, 550). Tous les efforts pour détacher le pape de son cardinal patron furent vains. L^ne congrégation de douze cardinaux disculpa Altieri. Louis XIV ayant réitéré ses plaintes, le pape fit preuve à cette occasion d'une condescendance poussée à l'extrême : il soumit son attitude au jugement des trois cardinaux chefs d'ordre (mars 1675)'choisis comme arbitres (sur ce confiit, ibid., 538-73).

Cette condescendance était sa règle de conduite partout où c'était possible. Lors de la nomination de Spada comme nonce à Paris, il avait permis au roi de choisir entre plusieurs candidats. Mais il refusa toujours de s'inféoder à la politique française. Pour obtenir du régent Pedro de Portugal qu'il prît le titre de roi, puisqu'il en avait le pouvoir, Louis XIV ne réussit pas à faire appuyer ses démarches par le pape, qui considérait cette question comme purement dynastique. Par contre, dès qu'il estimait de son devoir d'intervenir, le pape ne tenait aucun compte du bon plaisir royal. Ainsi dans l'alTaire du mariage du duc d'York avec la princesse Marie d'Esté. Ce mariage devait servir la politique française en Angleterre. Mais l'empêchement mixlae retigionis ne pouvait être levé par le pape qu'au reçu d'assurances formelles concernant l'éducation des enfants dans la foi catholique. Louis XIV réussit à faire célébrer le mariage sans attendre la dispense expresse de l'empêchement. Le pape ne se laissa pourtant pas forcer la main. Il estima insuffisantes les garanties offertes par Louis XIV dans sa lettre du 17 avr. 1674 {ibid., 517-18) et, ne pouvant obtenir davantage, refusa la dispense. Par contre, les premières mesures prises en France dans la ligne d'une généralisation du droit de régale ne semblent pas avoir provoqué de réaction dans les milieux romains sous le pontificat de Clément X (Dubruel, 161-76).

3" La guerre polono-turque. — Le danger turc, toujours latent, se précisa en été 1672. De tous les pays limitrophes de l'Empire turc, la Pologne, déchirée par des dissensions entre le parti des grands seigneurs et celui du prince Michel Wisniowieclii, élu roi par la Diète, semblait le plus vulnérable. Le sultan Mahomet IV décida de l'attaquer. Le 30 août, Kamenec Podolsk, clef de la Ruthénie, tomba en son pouvoir. .Apprenant cette nouvelle, le pape prescrivit un jubilé spécial et invita l'empereur, les princes allemands et la reine mère d'Espagne à secourir la Pologne menacée (20-29 oct. 1672; Theiner, m, 605). Il prit à sa charge une part importante du financement des hostilités, prescrivit dans ce but une imposition de trois décimes sur le clergé d'Italie (mars 1574; Bull. Rom. Pont., 467) et permit aussi d'en prélever sur le clergé de Pologne (13 avr. 1674, Gérin, ii, 524, n.; mai 1676, Theiner, ()38).

Pour élargir sa coalition antiturque, il adressa un bref au roi de Suède, Charles XI (Theiner, 607-08). Bien que ses ouvertures fussent appuyées par l'exreine Christine, elles se heurtèrent auprès de la cour luthérienne de Stockholm à une fin de non-recevoir. De même, une ambassade du chah de Perse arriva à Rome en sept. 1673 porteuse d'une réponse négative. Par contre, en août 1673, un Écossais émigré, Paul Menzies, se présenta à Rome comme messager du tsar .\lexis Mikhaïlovitch, chargé de demander au pape de soutenir une alliance russo-polonaise contre la Turquie. En échange, la dignité impériale serait reconnue au tsar. Faute d'accord sur ce dernier point, l'alliance envisagée resta lettre morte (N. Tcharykow, Une ambassade russe à Rome au xvir s. : Paul Menzies de Pitfodcls, dans Cosmos catholicus, 1901; P. Pierling, La Russie et le S.-Siège, iv, 48-68, 407-13).

CLÉMENT X

Dès nov. 1672, le nonce de Cologne, Francesco Buonvisi, avait reçu mission de se rendre en Pologne pour mettre fin aux rivalités intérieures. Buonvisi réussit à négocier un accommodement entre le roi et Sobieski (12 mars 1673); il fit rejeter par la Diète la paix provisoire acceptée par le roi et prépara la poursuite des hostilités. Clément X satisfait pria son envoyé de rester en Pologne en qualité de nonce ordinaire à la place d'Angelo Ranucci (15 juill. 1673). Ayant entrepris une expédition préventive, Sobieski remporta, le 11 nov. 1673, une victoire décisive à Choczim sur les rives du Dniestr (Theiner, 622); le grand étendard en soie verte de l'armée ottomane, pris comme butin, fut envoyé au pape et suspendu comme trophée dans S. -Pierre (fin avr. 1674). Mais cette victoire demeura tout d'abord sans lendemain. Le roi Michel étant mort la veille de la victoire de Choczim, la succession au trône fut ouverte à nouveau. Le pape refusa de se prononcer pour aucun des seize candidats qui se présentaient, mais il recommanda aux électeurs de ne porter au trône qu'un homme dont la foi et le courage étaient au-dessus de toute contestation (Theiner, 623, 626). Il risqua une timide tentative auprès du nonce en faveur de son neveu Gaspare Altieri, mais n'insista pas lorsque Buonvisi lui fit représenter l'impossibilité d'une telle candidature (Trenta, i, 147, 322). L'élection de Sobieski (19-21 mai 1674) le combla de joie. Il continua à soutenir l'elTort de guerre polonais contre l'ennemi commun de la chrétienté, mais ne vécut plus assez pour voir le résultat de ses efforts.

III. Les affaires intérieures de l'Église. — En vertu d'un accord conclu durant le conclave avec le cardinal Chigi, le nouveau pape, à peine élu, adopta comme cardinale padrone le cardinal Paluzzi degli Albertoni, dont le neveu Gaspare avait épousé Laura, unique nièce du pape et seule héritière des Altieri. Entre autres marques de faveur, Clément X permit à cette branche des Paluzzi de porter à l'avenir le nom d' Altieri.

Le cardinal patron Paluzzi-Altieri occupa sous le pontificat de Clément X une position si prépondérante qu'il relégua dans l'ombre les cardinaux secrétaires d'État eux-mêmes : Federigo Borromeo, puis Francesco Nerli. Sa personnalité et son rôle furent très discutés, même de son vivant. A tort, semble-t-il. Administrateur entreprenant, expéditif, intègre et tout dévoué à la chose publique, il mérita bien la confiance que le pape lui témoignait. Il ne semble pas exact qu'il ait systématiquement imposé ses vues au pontife octogénaire. Mais pour le ménager et pour lui épargner des émotions dangereuses, il avait établi autour des appartements pontificaux un filtrage soigneux des visiteurs et des nouvelles. De plus, comme le rapporte une relation vénitienne, il déploya « tous ses efforts pour que la vieillesse et la bonté du pape n'affaiblissent pas le respect dû au gouvernement » (Le relazioni..., publ. Berchet, 358). Ce faisant, il lui arriva d'avoir la main lourde, ce qui lui aliéna les milieux diplomatiques et mit plus d'une fois le pape en une position difficile. Clément X eût préféré le voir agir avec moins d'ostentation et plus de circonspection. Mais s'il l'obligea, en une occasion mémorable, à présenter ses excuses à Christine de Suède, et s'il s'abstint toujours de visiter le palais monumental qu'il s'était fait construire pour 300 000 scudi et qui pouvait héberger cinq cours distinctes, il lui garda toujours sa confiance.

La politique sociale et fiscale de Clément X se résume en deux mots : générosité et économie.

Il prit d'abord plusieurs mesures imitées de son prédécesseur : octroi de faveurs à ceux qui avaient participé à son conclave, ainsi qu'à d'autres familiers (maidéc. 1670; Bull. Rom. Pont., 22, 42, 87, 101, 115, 139, 285, 314).

Bien que l'effort de guerre de Clément IX eût fortement obéré les finances pontificales. Clément X ne négligea aucun moyen de soulager les contribuables. Il uniformisa la fiscalité par la révocation de nombreuses exemptions d'impôts (9 oct. 1670; ibid., 123). Il multiplia les concessions de gratuité pour les expéditions, à tel point que les revenus de la Daterie diminuèrent de 45 %. Contraint de modérer les dégrèvements fiscaux et ne pouvant se résoudre à dévaluer les luoghi di monii (c.-à-d. la dette publique), ce qui aurait ruiné nombre de familles et d'institutions pieuses créancières, il décida de poursuivre une politique d'économies. Les dépenses militaires et privées furent fortement réduites.

Mais le budget de ses libéralités ne subit aucune réduction : il dépensa 39 000 scudi par an en menues aumônes et la coutume qui réservait aux boimes œuvres les taxes perçues |)our les dispenses de mariage fut scrupuleusement observée (126 000 scudi en 1672).

(élément X favorisa aussi l'agriculture et certaines industries textiles; il veilla à la régularité des approvisionnements, protégea le patrimoine forestier du pays, finança des travaux d'irrigation dans la vallée de la Chiana, organisa le secours-maladie pour les travailleurs agricoles de la Campagne romaine. Le port de Civitavecchia fut déclaré port franc. Pour remédier aux abus des règlements à terme, il institua une caisse publique des paiements, d'abord pour les bouchers et poissonniers, puis pour tous les détaillants en denrées alimentaires.

Il édicta une Constitution déclarant que l'exercice d'une activité industrielle ou commerciale n'était pas incompatible avec un titre de noblesse (15 mai 1671; ibid., 229). Il interdit les jeux de hasard et le port de certains couteaux; il fit retirer la permission d'organiser des combats de taureaux au Colisée. A l'occasion de l'année sainte de 1675, il fit libérer les vieux galériens turcs, et attribua aux œuvres pies les sommes habituellement dépensées pour le carnaval. Lors du tremblement de terre de 1672, il contribua généreusement à la restauration des localités sinistrées, surtout de Rimini. Il soumit les Juifs à une surveillance sévère et leur imposa une taxe spéciale au bénéfice du Spedale délia SS. Trinità. Il fit interdire aux courtisanes de se constituer des rentes viagères, afin qu'elles ne pussent éluder leur obligation de laisser le tiers de leur héritage au monastère de Ste-Marie-Madeleine-de-la-Pénitence.

11 fit ériger à ses frais un home pour les nouveaux convertis; au bout de deux ans, ses 92 pensionnaires s'y trouvant à l'étroit, il le fit transférer en des locaux plus spacieux (Bull. Rom. Pont., 545). En 1671, il érigea un studiiim générale à Urbino et permit, en 1673, l'érection d'une université à Majorque (ibid., 184, 394). Il accorda divers dégrèvements fiscaux aux artistes de l'académie de S. -Luc (ibid., 62). Il fit réunir en un seul fonds d'archives tous les documents concernant la Daterie apostolique (11 janv. 1671; ibid., 148).

Clément X enrichit aussi le calendrier : un de ses premiers actes fut d'expédier les bulles de canonisation de S. Pierre d'Alcantara et de Ste-Marie-Madeleine de Pazzi, canonisés par Clément IX tout à la fin de sa vie (11 mai 1670; (/)((/., 1, 11; A. S., oct., viii, 799-803). Il autorisa aussi le culte de Ludovica Albertoni (28 janv. 1671; Bull., 157), de Ferdinand III, roi d'Espagne (7 févr. 1671; ibid., 158; d'après A. S., Martyrol. Rom., 216, il s'agirait d'une canonisation solciniclle, datée du 4 févr.), et de plusieurs autres serviteurs de Dieu (liste dans Novaes, 223 sq.). Le

12 avr. 1671, il canonisa les SS. Gaétan de Tienne, François de Borgia, Philippe Beniti, Louis Bertrand et Ste Rose de Lima (A. S., oct., v, 478-88; août, v, 1013-29, pour les deux derniers seulement; les bulles

CLÉMENT X

(les trois premiers furent publiées par Innocent XI, 15 juin. 1691, et Benoît XIII, 4 juin 1724). Le 5 mai 1672, le bref de béatification de Pie V demandé par Louis XIV, fut lu à S. -Pierre (Bull. Rom., 304). D'autres béatifications eurent lieu : le 25 janv. 1675, Jean de la Croix et François Solano; le 14 nov., les dix-neuf martyrs de Gorkum (ibid., 526, 528, 600). Il dérogea par deux fois à la coutume réservant le patronage céleste des royaumes d'ici-bas aux seuls saints canonisés : le 11 août 1670, pour Rose de Lima en faveur des possessions espagnoles; le 10 janv. 1674, pour Stanislas Kostka en faveur de la Pologne (ibid., 73, 463).

Parmi les autres mesures prises par lui, on peut relever : la Constitution Ex Commissae du 13 janv. 1672, contenant des dispositions très sévères pour régler la concession des reliques provenant des cimetières romains : toute concession est subordonnée à l'autorisation du cardinal vicaire après examen des reliques; la gratuité est prescrite; les reliques insignes sont réservées aux églises, aux princes et aux prélats majeurs (ibid., 296); — l'extension de la fête des SS. Anges gardiens à l'Église universelle (13 sept. 1670); — de nombreuses concessions d'indulgences, en particulier pour le rosaire des Camaldules (20 juill. 1674; ibid., 492) et pour V Angélus; — l'instruction Cum alias du 21 août 1670, précisant les témoignages à recevoir dans les causes matrimoniales (Bull. Rom. Pont., 81); — ■ la confirmation et l'extension des privilèges accordés aux habitants d'Avignon (6 nov. 1671; ibid., 280); — le renforcement des prescriptions de la clôture dans les couvents de Rome (29 févr. 1076; ibid., 606); — le serment imposé aux pensionnaires des Collèges germanique et hongrois de ne pas prolonger leur séjour à Rome au delà de la durée de leurs études (16 oct. 1672; ibid., 358); — la concession de certaines modifications d'uniforme aux chierici di Caméra (juin 1670) et celle de la cappa rossa au chapitre d'Avignon (avr. 1676); — l'extradition du médecin alchimiste Francesco Borri et sa condamnation à la réclusion perpétuelle après un procès de deux ans; — la mitigation des mesures prises par Clément IX dans le conflit opposant l'université de Louvain et l'évêché de Liège concernant la collation de certains bénéfices (10 oct. 1673; ibid., 428).

Clément X légiféra beaucoup en faveur des ordres et des congrégations religieuses, mais presque toujours sur des points de détail : confirmation des décrets portés par des chapitres ou des congrégations générales; confirmation, ampliation ou communication de privilèges; questions de préséance, d'administration intérieure; érection de confréries; concession d'indulgences et d'offices spéciaux.

Comme interventions plus importantes, il faut mentionner : l'approbation de la congrégation des Bethléémitçs fondée au Guatémala par Pierre de Béthencourt et confirmation de leurs statuts (2 mai 1672); l'approbation des modifications apportées aux constitutions de la congrégation de la Mission (Lazaristes) par une commission de cardinaux nommés par Clément IX (23 juin 1670; ibid., 34); la concession du choix de douze abbés titulaires à la congrégation des Olivétains (Bull. Rom. Pont., 67, 168, 234); l'érection à Naples et au Portugal de deux nouvelles provinces des frères mineurs déchaussés ou alcantarins (ibid., 531, 584); la réunion des dix couvents portugais des ermites déchaussés de S. -Augustin en une congrégation de l'Immaculée Conception (8 févr. 1675; ibid., 535). A deux reprises, le pape intervint aussi dans l'administration intérieure d'un ordre, afin de lui permettre de rétablir sa situation financière, par la réduction d'une importante source de dépenses : le 13 juin 1670, il interdit la réunion d'un chapitre général des Carmes pour élire un nouveau prieur général et prorogea de six ans le terme du général en fonctions, Matteo Orlandi; il sup- |

prima aussi l'office des quatre assistants (Bull. Rom. Pont., 40); — le 19 août 1672, il imposa à la congrégation du Latran des chanoines réguliers de S. -Augustin une réduction de la fréquence des chapitres généraux, des visites des monastères, et d'autres iriesures d'économies (ibid., 330).

Clément X poursuivit l'action missionnaire de son prédécesseur, dans le sens d'un renforcement du pouvoir de la Congrégation de la Propagande et des vicaires apostoliques issus de la Société des missions étrangères au détriment des anciens monopoles. En ce domaine, la série de mesures prises les 23 oct., 10 nov., 22 et 23 déc. 1073 et renforcées les 7-8 juin 1674 (ibid., 442-60; Streit, v, n. 510-12, 1780-89, 1798-1800, 2416- 17, 2428) furent décisives. La plus importante est celle qui déclarait les vicaires apostoliques et les missionnaires exempts de la juridiction goanaise, excepté dans le territoire relevant de la couronne de Portugal : cette mesure impliquait la délimitation territoriale du Padroado. D'autres documents confirment les dispositions prises par Alexandre VII et Clément IX pour étendre l'autorité des vicaires apostoliques à toutes les missions de Chine, de Cochinchine, du Tonkin, du Siam et du Cambodge, réservent de nombreux droits administratifs et juridictionnels aux seuls vicaires apostoliques, déclarent que pour se rendre aux Indes orientales le choix de l'itinéraire est libre, sans obligation d'emprunter la route Lisbonne-Goa. Plusieurs missionnaires jésuites du Tonkin ayant élevé des difficultés furent rappelés à l'ordre. Par contre, deux de leurs collègues reçurent des marques de faveur exceptionnelles : le P. Verbiest s'était vu renouveler, dès 1672, la permission d'accepter le « mandarinat du tribunal des mathématiques du Céleste Empire avec toute la juridiction attachée à cette dignité «; et en 1675, le P. Antoine Vieyra, menacé de difficultés pour avoir dénoncé trop crûment les abus des coloniaux portugais, fut soustrait à la juridiction du S. -Office du Portugal et soumis immédiatement à l'Inquisition romaine (Bull. Rom. Pont., 573). Le décret du 6 avr.

1673 (ibid., 393) obligea tous les livres traitant des missions à être censurés par la Propagande. Les statuts du premier synode du Tonkin furent approuvés en 1673 (Streit, v, n. 1759); la délimitation territoriale du vicariat apostolique de Nankin fut déterminée en

1674 (ibid., n. 2427). Le pape accorda aussi aux missionnaires franciscains de Terre sainte la faculté d'exercer la médecine et la chirurgie (7 juill. 1670; Bull. Rom. Pont., 66). En 1674, Clément X fit érigele siège épiscopal de Québec.

Les promotions cardinalices de Clément X firen l'objet de nombreuses intrigues et négociations. Dès son avènement, le pape se trouva placé devant deux candidatures que son prédécesseur n'avait jamais consenti à retenir : celle de César d'Estrées, évêque de Laon, exigée par Louis XIV soi-disant au nom du régent de Portugal; et celle du margrave Bernhard Gustav de Baden Durlach, abbé de Fulda, poursuivie par l'empereur. En outre le roi de France réclamait la pourpre pour Pierre de Bonsy, archevêque de Toulouse (Gérin, ii, 412-24). Cependant, à sa premièr promotion, le pape n'accorda le chapeau qu'à trois prélats de la Curie : Federigo Borromeo, Camille Massimo et Gaspare Carpegna (20 déc. 1670). Peu auparavant, il avait transféré à S. Bernardino aile Terme le titre de S. Georgio in Alga supprimé par Clément IX.

Dépité par son échec, Louis XIV fit exercer à Rome une telle pression (ibid., 424-43) que Clément X se résolut à céder : au consistoire du 24 août 1671, deux cardinaux furent nommés in petto, l'évêque de Laon et l'abbé de Fulda. L'n bref adressé au roi (22 sei)t. 1671) lui signifia la nomination de son candidat. Mais devant une recrudescence des exigences françaises et des récla-

CLÉMENT X -

CLÉMENT XI

mations espagnoles, le pape se raidit. Il fit répondre à l'envoyé français « que les promotions étaient des choses si absolument dépendantes des papes, et en la substance et en la manière, qu'ils veulent être entièrement les maîtres » (ibid., 446-47). Il remplaça le nonce de Paris, l'incapable Bargellini, par Francesco Nerli.

Pour calmer les appétits déchaînés tout en sauvegardant les susceptibilités nationales. Clément X régla comme suit sa deuxième promotion cardinalice (22 févr. 1672) : trois cardinaux furent publiés, Pierre de Bonsy, archevêque de Toulouse, et le dominicain Vincenzo Maria Orsini, nommés ce jour-là; le troisième était l'abbé de Fulda nommé in petto six mois auparavant. Le cardinal d'Estrées restait nommé in petto, ainsi qu'un autre cardinal nommé ce jour-là. Ce dernier était le jésuite Nithard, ancien grand inquisiteur et premier ministre de la reine d'Espagne. Lui et d'Estrées furent publiés le 16 mai suivant. Vu les circonstances, il aurait été quasi impossible au pape de ne pas accorder la pourpre à l'évêque de Laon. Cette nomination n'en fut pas moins funeste au bien de l'Église contre lequel le cardinal d'Estrées ne cessa d'intriguer.

Ayant ainsi apaisé les puissances, Clément X put songer à promouvoir de vrais serviteurs de l'Église. Le 16 janv. 1673, Felice Rospigliosi, neveu de Clément IX, reçut enfin le chapeau de gratitude; le 12 juin suivant, furent nommés cardinaux : Francesco Nerli, nonce à Paris, promu à la Secrétairerie d'État; Girolamo Gastaldi, Girolamo Casanata, Pietro Basadona, et un cinquième qui ne fut publié que le 17 déc. 1674, Federigo Baldeschi-Colonna.

Vers la fm de cette année, l'appétit de Louis XIV se réveilla. Conseillé par le cardinal d'Estrées et par son frère, l'ambassadeur de France à Rome, il fit harceler le pape de nouvelles prétentions en faveur de l'évêque de Marseille, Forbin-Janson, soi-disant au nom de la Pologne, et d'un chanoine de Cologne, le prince Guillaume de Furstenberg.

A cette occasion eut lieu la fameuse audience du 21 mai 1675, au cours de laquelle le duc d'Estrées se livra à des écarts de langage et usa de violences pour empêcher le pape de le congédier (relation d'Altieri à Spada, nonce à Paris, Gérin, ii, 585, n.; du cardinal de Hesse à l'empereur, Pastor, 645; du duc d'Estrées au roi, Gérin, ii, 583-85). D'Estrées fut excommunié et, dès le 27 mai, une nouvelle promotion décerna la pourpre à six cardinaux : quatre Romains, Galeazzo Marescotti, Alessandro Crescenzi, Bernardino Rocci, Fabrizio Spada; un Napolitain, Mario Alberizzi; un Anglais, Philipp Thomas Howard. Cet incident envenima encore notablement les relations entre la France et le S. -Siège (voir les portraits et les biographies des cardinaux nommés par Clément X dans Guarnacci, 11-97).

Sous Clément X, Carlo Rainaldi succéda au Bernin comme architecte pontifical. Le projet de Clément IX pour transformer Ste-Marie-Majeure fut abandonné comme trop coûteux : seuls la façade et les abords extérieurs du chœur furent restaurés par Rainaldi suivant un plan nouveau. Le pape confia au même artiste la confection du mausolée monumental de son prédécesseur, placé d'abord à gauche de la tribune puis à l'entrée de la nef centrale; la statue de Clément IX est de Domcnico Guidi, les figures latérales représentant la Foi et la Charité sont de Cosimo Fancelli et d'Ercole Ferrata (reprod. dans Enc. catt., m, 1840). L'ornementation du pont S. -Ange et celle de la colormade de S. -Pierre, commencées sous Alexandre VII et Clément IX, reçurent leur achèvement. Sur la place S.- Pierre, un deuxième jet d'eau fit pendant à celui de Paul V. Dans la basilique, il fit placer au-dessus de l'entrée centrale la reconstitution de la mosaïque de

Giotto, surnommée La Navicella, et il chargea le Bernin de réaliser le tabernacle monumental ornant la chapelle du S. -Sacrement qui fut inaugurée en 1675 et coûta 40 000 scudi.

Il consacra 12 000 scudi à transformer la chapelle funéraire familiale des Altieri à Sta Maria sopra Minerva, et y fit placer les restes de deux de ses frères et de son père. Un tableau de Carlo Maratta au maîtreautel y représente S. Pierre présentant à la Vierge les cinq saints canonisés par Clément IX. L'inauguration eut lieu le 12 août 1672. Plusieurs nouvelles églises furent consacrées à Rome durant son pontificat, principalement durant l'année sainte.

L'état de santé du pape, très satisfaisant jusqu'alors, vu son âge, commença à décliner rapidement au cours de l'été 1676. Un début d'hydropisie se déclara, suivi de fièvres causées, dit-on, par l'absorption de fruits contaminés. Il continua malgré tout à recevoir des audiences jusqu'à la mi-juillet. Il mourut le 22 juill. 1676. Son éloge funèbre fut prononcé par l'abbé Malagonnello. Ses restes furent ensevelis à S. -Pierre, dans la chapelle du S. -Sacrement. Le tombeau, œuvre de Mattia de' Rossi, comprend la statue du pape (par E. Ferrata) trônant entre la Clémence et la Bénignité (par Mazzuoli et Morcelli) (reprod. dans Enc. catt., m, 1841). Les médailles frappées durant son pontificat sont décrites dans Guarnacci (99-104) et Artaud de Montor (Histoire des Souverains pontifes romains, vi, 97-102).

L. André, Les sources de l'hist. de France, XV il' siècle, VIII, Paris, 1935, table, p. 41. — E. Arisio, Memorie sulla vita di Cl. X, Rome, 186:5. — (A. Bartolini), Alcuni atli consistoriali délia Sta di Cl. X, Rome, 1878. — Ch. de Bildt, Christine de Suède et le conclave de Cl. X (1669-70), Paris, 1906. — Bull. pont. S. Congr. de Prop. Fide, u, Rome, 1839, p. 175-226. — Bull. Bom. Pont., éd. de Turin, XVIII, 1869. — Cappelletti, iv, 300. — D. T. C, lu, 94-98.

— M. Dubruel, La Cour de Borne et l'extension de la régale, dans Bévue d'hist. de l'Église de France, ix, 1923, p. 161- 76. — Eubel, iv, 131. — Ch. Gérin, Louis XIV et le S.- Siège, ii, Paris, 1894, p. 391-646. ~ M. Guarnacci, Vitae et res gestae Pont. Boni, et S. B. H. cardinaliuni a Cl. X usque ad Cl. XIL i, Rome, 1751, col. 1-103. — G. Hanotaux, Becueil des instr. données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Wesiptialie jusqu'à la Bévol. franç., t. vi, Bome, vol. i, Paris, 1888, p. 227-69. — H. Laemmer, Zur Kirchengescli. des XVI. und XVll. Jfit., Fribourg, 1863. — A. Levinson, Nunliaturberichte vom Kaiserhofe Leopolds I., ii. Mai 1670 bis August 1679, dans Archiv fiir osterr. Gescli., cvi, 1918. — Moroni, xiv, 56; Indice, II, 269. — Muratori, Annali d'Italia, xi. Milan, 1749, p. 313-31. — G. de Novaes, Elementi délia storia de' Sommi pontifici, X, Rome, 1822, p. 206-50. — Pastor, xiv, 611-55.

— R. Streit, Bibliottieca missionum, i, 819; ii, 887; v, 987, 1021. — Synopsis actorum S. Sedis in causa S. J., ii, Louvain, 1895, p. 388-401. — A. Theiner, Vetera monum. Poloniae... Iiist. illuslrantia, ni (1585-1696), Rome, 1863. — T. Trenta, Memorie per servire alla sloria politica del card. Buonvisi, i, Lucques, 1818.

Roger Mols.

20. CLÉMENT XI, pape, successeur d'Innocent XII: élu le 23 nov. 1700, f 19 mars 1721.

I. Avant le pontificat. — 1° La jeunesse. — Gian F'rancesco Albani naquit à Urbin (à Pesaro, la patrie de sa mère, d'après Cardella, viii, 19), le 22 ou 23 juill. 1649. Son grand-père, Orazio, avait négocié avec le dernier duc d'Urbin le retour de ce fief au S. -Siège et avait reçu en retour le titre de sénateur romain. Son père, Carlo (t 1684), maestro di caméra du cardinal Francesco Barberini, avait épousé Elena Mosca, qui mourut en mettant au monde un deuxième fils.

L'aîné, Gian Francesco, venu à Rome en 1660, séjourna pour ses études au Collège romain et à l'abbaye de Grottaferrata. Il brilla rapidement par sa connaissance des langues ancieimes et par son talent oratoire. .\ l'âge de dix-sept ans, il découvrit à Grotta-

CLÉME

NT XI

ferrata un manuscrit contenant la seconde partie du ménologe de Basile Porphyrogénète et le traduisit en latin (éd. d'Urbin, 1727). Vers la même époque, il composa la traduction latine d'une homélie de S. Sophronios de Jérusalem sur les apôtres Pierre et Paul, avec une introduction critique sur l'auteur, et les fit publier lui-même (Rome, 1666). Il traduisit encore l'éloge du diacre Procope sur S. Marc l'évangéliste (éd. A. S., avr., iii, 350-52). Il continua ses études par la philosophie et le droit et, pour faire honneur à ses compatriotes, accepta de recevoir ses lauriers de docteur en droit dans sa ville natale (1668). Revenu à Rome, il y fréquenta les plus célèbres jurisconsultes, Carpini, Rondinini et de Luca.

A vingt et un ans, ayant décidé de suivre la carrière ecclésiastique, il devint chanoine de S. Lorenzo in Damaso, grâce à son protecteur, le cardinal F. Barberini, et à la mort de celui-ci reçut une pension sur son évêché de Nardo. En 1673, il accompagna le cardinal C. Barberini au cours de la visite de son abbaye de Subiaco et composa à cette occasion les statuts synodaux de Subiaco et de Farfa qui furent longtemps cités comme modèles.

Durant toute cette époque, il fréquenta assidûment les cercles de savants qui se mouvaient dans le sillage de l'ex-reine Christine de Suède, qui compara un jour son éloquence à celle de Cicéron (Polidori, 17). Il fit partie également de l'académie oratoire, curieusement dénommée des Humoristes, et de plusieurs autres. Il s'était formé une très riche bibliothèque dont la Catholic University de Washington a fait l'acquisition vers 1930.

2° Les premières fonctions. — G. F. Albani ne débuta dans la prélature qu'à l'âge de vingt-huit ans (1677). Il fut référendaire des deux Signatures et consulteur de la Congrégation Consistoriale. Innocent XI lui confia successivement le gouvernement de Rieti, de la Sabine et d'Orvieto (Lafitau, 18, traduit par erreur Civitavecchia). A la demande de son père, il revint à Rome en 1683 et lui tint compagnie à Urbin, au cours des derniers mois de sa vie (hiver 1683-84). La protection du cardinal C. Barberini lui valut encore d'être choisi comme secrétaire aux brefs (3 oct. 1687), poste qu'il gardera jusqu'à son élévation au pontificat, et comme vicaire, puis comme chanoine de la basilique S. -Pierre (20 mai 1688), titre qu'il eut le privilège de pouvoir cumuler avec celui de S. Lorenzo.

3° Le cardinalat. — A la promotion du 13 févr. 1690, Alexandre VIII le nomma cardinal-diacre du titre de S. Maria in Porticu (c.-à-d. in Campitelli). Polidori (20-21) raconte à ce sujet l'anecdote suivante : trois jours avant sa nomination, le pape, dictant à son secrétaire le texte de son allocution consistoriale, en vint à rénumération des douze cardinaux qu'il comptait créer. Après le onzième, il se serait arrêté un instant, comme pour réfléchir, puis aurait ajouté : « Écrivez vous-même le douzième. — Quel nom dois-je écrire? — Comment 1 vous ne savez pas même écrire votre propre nom. » Le 22 mai 1690, le cardinal Albani échangea son titre contre celui de S. -Adrien, et plus tard ce dernier contre le titre presbytéral de S. Silvestro in Capite. A l'occasion de sa promotion il avait reçu en commende l'abbaye de Casamari {ibid., 22-23).

Conseiller prudent et avisé, le cardinal Albani avait l'oreille d'Alexandre VIII et de son successeur Innocent XII. Celui-ci, au lendemain de son élection, le consulta durant trois jours sur les nominations à faire aux postes de la Curie. Sous ces deux pontificats, Albani fit partie de nombreuses Congrégations : Consistoriale, des Rites, de l'Examen des évêques, de l'Immunité ecclésiastique, de l'Index, des Indulgences, des Réguliers, de la Propagande, de la Fabrique de S.- Pierre. Il fut protecteur des Minimes, des Chartreux, |

des Brigittins, de l'ordre militaire des Chevaliers de S. -Georges (ou Constantiniens), des Grecs orthodoxes. Il eut à s'occuper spécialement des hérétiques convertis au catholicisme. Il refusa d'assumer en outre la protection de l'ordre de S. -Benoît.

Le cardinal Albani patronna en 1697 la publication posthume d'un ouvrage du cardinal Sfondrato sur la prédestination, qui fut fortement discuté dès sa parution (Reusch, II, 683).

Dans trois circonstances très importantes son avis fut suivi par le pape. Sur la politique à suivre à l'égard de l'Assemblée gallicane, il fut un des trois cardinaux spécialement consultés par Alexandre VIII et fut chargé par lui de lire aux cardinaux réunis autour de son lit d'agonie la bulle qui déclarait nulles les décisions de l'Assemblée de 1682. Le projet de bulle contre le népotisme fut inspiré et rédigé par lui (juin 1692). Dans l'affaire de la succession d'Espagne, Charles II ayant, peu avant de mourir, exposé au pape la situation embarrassante dans laquelle le mettait cette question (13 juin 1700), Innocent XII en confia l'examen à plusieurs cardinaux, dont Albani, et chargea ce dernier de répondre au roi. Il se peut que cette réponse ait contenu, en termes généraux, le conseil de léguer sa couronne plutôt à un héritier de la maison de France qu'à un prince d'Empire, mais il ne semble pas que ce fut cette réponse qui ait déterminé le roi d'Espagne à dresser son testament en faveur de Philippe d'Anjou. La diplomatie pontificale s'est toujours défendue de s'être exprimée à cette occasion avec précision. Quoi qu'il en soit, les originaux de cette correspondance ont disparu et les textes divulgués en 1702 sont des faux qui ont donné le change à tous les historiens anciens depuis Polidori. Clément XI lui-même en a dénoncé la fausseté. (Sur cette affaire, Galland, 227-29; Pastor, xiv-2, 1164.)

En politique le cardinal Albani penchait plutôt pour le parti français, peut-être par opportunisme, sans doute aussi par amitié pour les Barberini, notoirement francophiles. Mais cette sympathie n'alla jamais jusqu'à mettre en question son indépendance sur le terrain religieux. Déjà lors du conclave d'Innocent XII, Albani, n'était son jeune âge, eût été un des principaux papables.

4° Le conclave de 1700. — Innocent XII étant mort le 27 sept. 1700, le conclave fut fermé le 9 oct. 38 cardinaux seulement sur 66 étaient présents; 20 autres se joignirent à eux par la suite. Le cardinal Albani venait d'être ordonné prêtre. Il avait célébré sa première messe le 6 oct., à l'église S. Maria de'Angeli.

Le Sacré Collège était divisé en trois partis : les cardinaux nationaux, comportant une faction hispanoimpériale, faible et désorganisée, et une faction française très unie; — le parti des zelanti, groupant les créatures d'Innocent XI et d'Innocent XII; forts d'une trentaine de membres, ils étaient décidés à ne tenir compte que du bien de l'Église; — enfin, un tiers parti composé des cardinaux de Clément X et d'Alexandre VIII, plus perméables aux influences extérieures. On s'attendait à un très long conclave, les partisans d'un pape énergique et ceux d'un pape docile envers les couronnes étant en nombre égal.

Dès le premier scrutin (10 oct.), Albani se classa troisième, avec 0 voix sur 38 votants. Pourtant sa candidature n'était pas sérieusement envisagée, car ses cinquante et un ans l'excluaient de la liste des papables. Les sympathies françaises à son égard, assez prononcées au début (instruction" de Louis XIV à son ambassadeur, le prince de Monaco; Hanotaux, ii, 196) se refroidirent par la suite (ibid., 242). Le cardinal de Xoailles reçut i)our instruction de ne se rallier à sa candidature qu'à toute extrémité (ibid., 274).

Au cours des scrutins suivants, l'habituel jeu de

ÊÊ

CLÉMENT XI

massacre commença et dura un mois entier. Les principaux papables et plusieurs candidats de second plan virent leurs chances s'évanouir. Albani ne dut qu'à son jeune âge de rester à l'écart des pratiques et de ne pas subir le même sort (Galland, loc. cit.).

Un grave incident envenima encore la situation. Le 5 nov., une escarmouche entre les sbires de la police urbaine et l'escorte armée du prince Vaini, un noble romain protégé par les Français, coûta la vie à plusieurs serviteurs de l'ambassade de France. L'ambassadeur, le prince de Monaco, quitta la ville pour San Quirico en signe de protestation. Le Sacré Collège se rangea à l'avis du cardinal Albani et le chargea de rédiger une lettre d'excuses au roi Très Chrétien (Polidori, 44). Le conclave aurait duré encore longtemps sans la nouvelle, parvenue à Rome le 19 nov., de la mort du roi d'Espagne Charles II. Ce coup d'éperon stimula les conclavistes qui poursuivirent leurs pratiques durant toute la nuit du 19 au 20. A l'aube, la nouvelle se répandit en ville qu'Albani était élu : rumeur prématurée. La candidature d'Albani, proposée par les zelanll, fortement appuyée par les deux Barberini, avait été acceptée par toutes les factions, sauf les Français qui voulaient gagner du temps pour résoudre la succession espagnole par un fait accompli. Certains cardinaux lui reprochaient aussi d'être trop jeune. Les Français firent quelques difTicultés, après quoi ils se rallièrent (Galland, 375-77; Hanotaux, ii, 243).

Un seul cardinal ne voulut pa? entendre parler de cette candidature : Albani lui-même. Petruccelli délia Gattina (441) et Le Roy (85) ont, sans aucune raison, mis en doute la sincérité des sentiments qu'il exprima à cette occasion. Les instances des cardinaux Rlédicis, Barberini, Lamberg, Colloredo furent impuissantes. A force de se débattre contre la pensée d'une telle nomination dont il s'estimait indigne, il était tombé malade. Invoquant l'exemple de S. Grégoire le Grand, il s'obstina dans son refus; il prépara même une formule de renonciation. Un conclaviste du cardinal Le Camus lui ayant apporté un texte de S. Grégoire le Grand (Régula pastoralis, i, 4) démontrant l'erreur de son attitude, il fit consulter quatre théologiens : le dominicain Massoulié, le théatin Tommasi, le jésuite Alfaro et le franciscain Varese, sur le point de savoir si un cardinal élu pape à l'unanimité, mais se reconnaissant indigne d'une telle fonction, pouvait refuser son élection. Les quatre réponses furent négatives (voir les deux dernières dans Galland, 622-27). Albani se soumit. Il fut élu à l'unanimité (moins sa propre voix qu'il donna, comme il l'avait fait dès le début, au cardinal Panciatici), le 23 nov., fête de S. Clément, dont il choisit pour cette raison le patronyme. Le 30 nov., il fut consacré évêque et couronné le 8 déc. Il prit le cardinal Paolucci comme secrétaire d'État et le cardinal Sagripanti comme dataire.

L'élection du nouveau pape fut accueillie avec faveur, non seulement par l'opinion catholique, mais encore par des notabilités musulmanes telles que le pacha du Caire et celui d'Anatolie. Le conseil urbain protestant de Nuremberg fit même frapper à cette occasion des médailles commémoratives en or et en argent, dont les inscriptions glorifiaient les quatre vertus caractéristiques de l'élu : justice, pieté, prudence et érudition. Un exemplaire en fut offert au nonce de Vienne avec une lettre des plus louangeuse (Reboulet, i, 47).

II. Clément XI et les puissances. — 1° De 1700 à 1705. — Le pontificat de Clément XI débuta sous le signe de la succession d'Espagne ouverte par la mort de Charles II. Celui-ci ayant légué sa couronne par testament à Philippe d'Anjou, fils du daui)hin, le nouveau pape, qui du temps de son cardinalat s'était montré favorable à cette solution, reconnut sans peine

le nouveau roi (7 févr. 1701; Epist., 35). Il conformait en cela son attitude à celle de la plupart des puissances. Cette reconnaissance se bornait toutefois aux seuls pays espagnols et à Milan. Plus tard on reprocha à Clément XI de s'être ainsi engagé prématurément. Ses défenseurs n'eurent aucune peine à démontrer que le pape n'avait fait que suivre l'opinion de la majorité du peuple espagnol (Pometti, xxi, 313).

Prévoyant une nouvelle guerre européenne, le pape s'efforça d'en prévenir le déclenchement ou du moins d'en préserver l'Italie : il proposa dans ce but sa médiation aux principales puissances intéressées et invita les souverains italiens à former un bloc neutre (fin 1700; Epist., 13-28, 37-40). Il accepta de faire occuper Mantoue, la clef de l'Italie, par un détachement pontifical et suggéra secrètement à l'ambassadeur de Venise d'y faire envoyer aussi des troupes vénitiennes. Ces efi'orts furent vains. Déjà Louis XIV, poursuivant d'anciens objectifs aiinexionistes, avait occupé le Milanais, puis toute la Haute-Italie, et les troupes impériales, sous les ordres du prince Eugène, se mettaient en mouvement pour l'en déloger. Revendiquant les droits de son frère, l'archiduc Charles, l'empereur Léopold P'' fit opposition aux stipulations testamentaires de Charles II. Il n'accepta la médiation du pape que moyennant des garanties qui furent repoussées par le roi de France. Il conclut alors avec la Prusse, la Hollande et l'Angleterre la grande alliance de La Haye (7 sept. 1701).

Pour prévenir le conflit imminent, le pape envoya trois nonces extraordinaires à Paris, à Vienne et à Madrid (nov. 1701). Devant leur insuccès, il borna ses efforts à rester neutre. Équilibrisme d'autant plus difficile à garder qu'il était tiraillé par les exigences contradictoires des deux partis, qui trouvaient des complicités jusque parmi le Sacré Collège. Pris entre l'enclume et le marteau, il s'attira l'inimitié des deux.

Le sort de Parme, fief du S. -Siège, dangereusement situé à la frontière du Pô, l'inquiétait. Il obtint des Impériaux la promesse qu'ils respecteraient ce territoire (23 avr. 1701 ; Pometti, xxi, 323). Mais, en janv. de l'année suivante, le prince Eugène fit occuper la ville de Parme, prétextant qu'elle relevait de l'Empire. Le pape ordonna alors à ses propres troupes d'occuper Plaisance (18 févr. 1702; Epist., 115; Pometti, xxi, 366-67).

Plus délicat encore était le problème découlant des liens de suzeraineté unissant le S. -Siège et les Deux- Siciles : partisans de Philippe V et partisans de l'archiduc Charles rivalisèrent d'empressement à présenter au pape le paiement d'un symbolique tribut de vassalité (la haquenée, appelée ctiinea). Clément XI, qui avait chargé une commission cardinalice de se prononcer sur cette question épineuse (avr. 1701), refusa toute prestation d'hommage, sans préjudice des droits du S. -Siège. D'après Lafitau (i, 72), Philippe V aurait même offert au pape des avantages territoriaux et familiaux, qu'il aurait pareillement refusés.

Cependant la force des choses et peut-être ses sympathies propres amenèrent Clément XI à une attitude toujours plus inamicale pour l'empereur et ses alliés. Il éleva des protestations — surtout platoniques il est vrai — contre la décision de l'électeur de Brandebourg de prendre le titre de roi de Prusse (16-18 avr. 1701; Epist., 43-50, 58; Orat. consist., 6; Friedensburg, 423 sq.). Il envoya un légat à Nice saluer la princesse Marie-Louise de Savoie et lui conférer la rose d'or à l'occasion de son mariage avec Philippe V (8 août 1701 ; Orat. consist., 6); plus tard, il s'abstiendra d'un ' pareil geste, lors du passage par la Haute- Italie de I l'archiduchesse Élisabelh, femme de Charles III. Il i prit ouvertement position en faveur du prétendant i anglais Jacques III Stuart (3 oct. 1701; ibid., 7-8;

CLÉMENT XI

cf. Episl., 81). Tandis qu'il refusait aux troupes impériales le libre passage demande à travers ses États (janv. 1702), il s'engageait envers les Français, par deux accords secrets (oct. 1701, 25 juin 1702; Hanotaux, II, 292-93), à les laisser pénétrer sur son territoire en cas de, violation de la neutralité pontificale, et il adressait coup sur coup des plaintes contre les excès et les violations répétées du territoire pontifical commis par les armées belligérantes. Un maréchal de l'Empire, le marquis Cesare del Vasto, fut condamné à mort par un tribunal romain (18 mars 1702). Philippe V étant venu visiter Naples, le pape lui envoya un légat extraordinaire (8 mai 1702). Bien qu'il eût pris toutes les précautions pour que cette démarche ne fût pas interprétée comme une reconnaissance d'investiture, les apparences de la neutralité se trouvaient une fois de plus compromises ([F. Barberini], Descrizione délia legazione del card. Carlo Barberini a Filippo V, Rome, 1703, rééd. 1858).

La reconnaissance ofTicielle de l'archiduc Charles comme roi d'Espagne par les alliés (12 sept. 1703) mit le pape dans l'embarras. Il ne modifia pourtant pas son attitude, ce qui accrut la tension entre Rome et Vienne.

Un événement regrettable envenima encore la situation : la place forte de Ficcarolo fut livrée par le général pontifical Paolucci aux forces françaises, en violation d'une parole donnée aux Impériaux (24 juin 1704). Clément XI n'était pour rien dans cette affaire; il fit aussitôt démettre Paolucci de son commandement. Mais pour "Vienne la preuve d'une collusion entre Rome et Madrid n'avait plus besoin d'être faite. Déjà, en 1702, l'empereur avait rompu avec le nonce et refusé de recevoir le légat extraordinaire que le pape lui avait envoyé. De Rome, les rapports de l'ambassadeur impérial, le comte Lamberg, remplis d'excès de langage et dénaturant les intentions du pape, ne cessaient de verser de l'huile sur le feu. A la mort de Léopold I^'' (5 mai 1705), la rupture était imminente.

En comparaison de ces gros nuages, la politique pontificale dans les autres pays ne se heurta durant cette période qu'à des difficultés mineures, quoique sérieuses. A Paris et surtout à Madrid, on lui reprochait aussi son obstination. Bien que Philippe V fût depuis plusieurs années en possession effective du royaume de Naples, ce qui eût pleinement justifié une reconnaissance de facto. Clément XI persistait à la refuser.

Deux graves conflits de juridiction mettant en cause l'archevêque de Sorrente, Filippo Anastasi, et l'évêque d'Aquila, Ignazio de la Cerda, créèrent de 1700 à 1703 une situation très tendue dans le royaume de Naples. Il s'agissait à l'origine de deux affaires d'intérêt local, dans lesquelles les parties avaient témoigné d'autant plus d'obstination qu'elles se croyaient sans raisons suffisantes plus certaines de leur bon droit. Les principes étant mis en cause, on en vint aux mesures extrêmes : bannissement et censures ecclésiastiques. Après plusieurs interventions, deux monitoires du pape (21 mai, 30 juill. 1707; Bull. Cl. XI, 817, 833) rétablirent une paix précaire.

Clément XI se trouva également impliqué dans un conflit sérieux avec le duc Léopold de Lorraine. Le 22 sept. 1703, il condamna le Code Léopold (Episl. , 177). Il félicita l'évêque de Toul pour sa résistance et rappela les autres évêques lorrains à leurs devoirs de pasteurs (26 janv., 10 mai 1704; ibid., 199, 217). Il n'obtint entière satisfaction auprès du duc qu'en 1708, après être revenu cinq fois à la charge (EpisL, 230, 271, 341, 459, 727; Oral, consist., 49; cf. Just; Reusch, II, 779). Par la suite, le duc de Lorraine devint un des plus fermes soutiens de la politique pontificale.

2° De 1705 à 1709. — La politique romaine du nouvel empereur Joseph I" se caractérisa d'emblée par

plus de radicalisme : suivant les conseils fielleux de Lamberg, il rompit les relations diplomatiques (juill. 1705). Le pape lui adressa alors un appel autographe (30 août; EpisL, 293), qu'il doubla de missives à l'impératrice et aux principales notabilités susceptibles d'intervenir dans le sens d'un apaisement (EpisL, 295). L'empereur répondit que son intention était seulement de suspendre les relations jusqu'à ce qu'il eût obtenu satisfaction sur ses griefs : mais ceux-ci étaient pour la plupart imaginaires.

Les mois qui suivirent connurent une détente. Le pape prit quelques mesures d'apaisement : accord sur l'élection épiscopale de Munster, remplacement du gouverneur de Rome, permission tacite aux évêques catalans de se rallier à Charles III. Mais la question bénéficiale du jus primarum precum suscita de nouveaux tiraillements.

L'année 1706 fut fatale à la coalition franco-espagnole : batailles de Ramillies et de Turin; entrée du prince Eugène à Milan, de Charles III à Madrid, suivie de son couronnement comme roi d'Espagne. Au cours de ces opérations militaires, les belligérants n'avaient cessé de violer le territoire pontifical et, depuis leur victoire, les Impériaux ne semblaient pas disposés à se retirer : réquisitions et taxes pleuvaient sur Bologne et Ferrare. Après plusieurs protestations inutiles (ibid., 347, 349, 351, 355, 363), deux plaintes adressées directement à l'empereur (4-22 janv. 1707; ibid., 371, 375) aboutirent à la conclusion d'un accord réglant les modalités d'évacuation des États pontificaux (5 févr. 1707).

Seulement, dès le mois de mai, l'armée impériale du maréchal Daun se mettait en marche contre Naples et Clément XI dut se résigner à lui accorder le passage par son territoire. Au lieu de suivre la route de l'Adriatique, les Impériaux choisirent celle qui traverse les environs immédiats de Rome. Ils escomptaient exercer ainsi une pression sur le pape, avec lequel leur envoyé, le comte Martinitz, venait d'entrer en pourparlers. Leur calcul s'avéra faux : Clément XI ne leur concéda aucun des principaux avantages demandés. Même après la conquête de Naples et son ralliement à Charles III, il refusa de se départir de son attitude première.

Il se montra encore plus énergique dans l'affaire de i Parme. En déc. 1706, le marquis de Prié, commissaire ' civil impérial, avait obtenu du duc de Parme une promesse de paiement de 540 000 florins à titre de contribution de guerre; le quart de cette somme devait être payé par le clergé (Buder, i, 1049). Le pape, que cet accord intéressait comme suzerain du Parmesan et comme défenseur de l'immunité fiscale du clergé, n'avait pas même été consulté. Il déclara l'accord entaché de nullité et ceux qui l'appliqueraient passibles de censures ecclésiastiques (27 juill. 1707; Bull. Rom. Pont., xxi, 292; Orat. consist., 28). L'empereur répondit par une contre-déclaration, dénonçant la nullité de la bulle pontificale ex defeclu materiac, defectu citationis, omissione clausulae justificatoriae et defectu intentionis (Hantsch, 111).

Les rapports s'envenimèrent encore à partir de 1708. A Naples et à Milan, Vexequatur fut exigé, les revenus des ecclésiastiques absents saisis, toute expédition d'argent vers Rome interdite (20 mars, 8 juin 1708). Quatre cent treize membres du clergé napolitain durent chercher refuge à Rome, où le pape consacra 60 000 scudi à leur entretien. Un détachement impérial, franchissant la frontière, s'empara par I surprise de Comacchio (24 mai 1708) et se prépara I ouvertement à étendre ses empiétements. Clément XI ' mit ses troupes en état de défense, adressa à l'empe- 1 reur une sévère protestation, appela à son aide tous j les souverains catholiques d'Europe et nombre de

CLÉMENT XI

personnalités allemandes (2 juin 1708; Epist., 514, 541, 545). L'empereur répondit (26 juin; Buder, ii, 83) par un manifeste dont on a dit qu'il était « l'écrit le plus violent qu'un empereur de la maison de Habsbourg ait jamais envoyé au pape » (M. Landau, Rom, Wien, Neapel wàhrend des spanischen Erbfolgekrieges, Leipzig, 1885, 361). Les Lettres historiques (xxxiv, 1708, p. 273) ont publié un second bref pontifical daté du 16 juin., d'un ton plus raide encore que celui du 2 juin. D'après Pastor (xv, 38) ce document ne serait pas authentique. Il aurait été façonné par les milieux qui avaient intérêt à voir s'envenimer les rapports entre Rome et Vienne. En réalité le pape aurait gardé le silence. Seuls les doyens des cardinaux auraient tenté auprès de Joseph I" une dernière intervention, inutile comme les précédentes (12 août 1708; Buder, II, 125).

Les hostilités furent ouvertes en automne 1708. Clément XI s'y était résolu malgré l'avis défavorable de plusieurs cardinaux. Il avait prélevé un demimillion de scudi sur le trésor du Château S. -Ange, établi de nouveaux impôts et dévalué la monnaie. Il escomptait une aide militaire de Louis XIV et des petits États italiens, mais les efforts déployés en ce sens par le maréchal de Tessé ne réussirent pas (Hanotaux, II, 367-419) : les forces pontificales raccolées au petit bonheur et nullement entraînées restèrent seules face à l'envahisseur. A part quelques escarmouches, l'avance des Impériaux ne fut qu'une promenade militaire depuis le Pô jusqu'à Faenza, où le maréchal Daun établit ses quartiers d'hiver (sept.-nov. 1708). Une seconde armée impériale remonta de Naples vers Rome. Ces deux armées comptaient dans leurs rangs beaucoup de luthériens. A Vienne plus encore qu'à Rome on craignait une réédition du sacco di Roma de 1527. Afin de prévenir cette extrémité, le marquis de Prié fut dépêché à Rome par l'empereur pour y reprendre les négociations. Celles-ci durèrent depuis le

10 nov. jusqu'à la fin de l'année. Le pape était assisté par les cardinaux Paolucci, Acciaioli, IMarescotti, Spada, Panciatici, Spinola et Fabroni. Pour parer à toute éventualité, il avait fait remettre en état le souterrain permettant de fuir du Vatican au Château S.- Ange. Menacé par les uns s'il cédait trop, par les autres s'il ne cédait pas assez, il se comparait à un pilote encerclé par des corsaires et forcé de sacrifier une partie de la cargaison pour sauver son équipage (C. von Noorden, Europaische Gesch. im 18. Jht, i, Der spanische Erbfolgekrieg, m, Dusseldorf, 1870, p. 358). Il fit prescrire des prières publiques et y prit part en personne. Il essaya, mais en vain, d'obtenir une mitigation des conditions exigées par Prié.

Celui-ci, feignant une assurance qu'il était loin d'avoir, fixa au pape comme dernier délai pour se décider le 15 janv. 1709. Clément XI céda : le 12 janv.,

11 donnait pleins pouvoirs à Paolucci pour conclure un accord. Le 15 janv., à 11 heures de la nuit, une he^yre avant l'expiration du délai, le pape le ratifia : il s'engageait à démobiliser, accordait aux troupes impériales libre passage à travers ses États, d'où l'empereur les retirerait, sauf de Comacchio qui conserverait une garnison impériale. Les questions litigieuses concernant le statut juridique de Comacchio, Parme, Plaisance et du Ferrarais feraient l'objet d'une commission bipartite. Des clauses secrètes comportaient l'engagement par Clément XI de reconnaître Charles III comme roi d'Espagne, d'entretenir avec lui les relations diplomatiques correspondant à sa dignité. En contre-partie, le pape obtiendrait à Naples et à Milan satisfaction sur les griefs qu'il avait formulés (Pometti, XXI, 406 sq.).

L'exécution de ces clauses, très lente au début, s'accéléra durant l'été de 1709. Le 28 août, Charles III

révoqua toutes les ordonnances contraires aux droits de l'Église, prises en son nom à Naples et à Milan. Le 14 oct., le pape reconnut publiquement Charles III comme roi d'Espagne (ibid., xxi, 412-14; Orat. consist., 41 ; Epist., 663; sur l'authenticité d'un bref du 10 oct., Pastor, 51, n. 4). Cependant Comacchio ne fut pas rendu et le nouveau vice-roi de Naples, le comte Borromeo, ne se montra pas plus favorable aux prij vilèges de l'Église que son prédécesseur, le cardinal I Grimani, que le pape avait dû excommunier (3 oct. I 1708).

Deux autres points névralgiques, dans les rapports extérieurs du S. -Siège, étaient la Savoie et la Pologne.

En Savoie, les immunités et la juridiction ecclésiastiques étaient mises en cause sans interruption depuis les débuts du pontificat : introduction du placet, imposition de taxes sur les biens d'Église, édit ducal contre la capacité civile des religieux, ingérence des sénats de Turin et de Nice dans des causes relevant du S. -Siège, affaire des fiefs pontificaux du territoire d'Asti. Clément XI, qui avait déjà essayé avec le même insuccès la voie des conversations et celle des protestations, revint à la charge, le 17 mai 1707, déclarant nulles toutes les mesures entravant le libre exercice de l'autorité ecclésiastique (Bull. Rom. Pont., 271-87). Par la suite il eut encore à condamner des excès analogues, en particulier dans l'affaire de l'abbaye de S.- Bénigne, qui débuta en 1710 et se poursuivit jusque bien au delà de son pontificat (Bull. Cl. XI, 997-1052; cL Bull. Rom. Pont., 406, 413, 538, 560, 779, 817).

En Pologne, il s'agissait des dissensions internes provoquées par la compétition dynastique entre Auguste II de Saxe et Stanislas Leczinski. Le pape multiplia les démarches pour rétablir la paix intérieure du pays en le ralliant autour d'Auguste II : lettres au roi, au cardinal primat Radziejowski, à l'épiscopat de Pologne; envoi d'un légat pontifical (1704). Tout cela fut inutile : Auguste II, bien que soutenu par l'empereur, dut céder devant une coalition de son rival et des Suédois. Les deux traités d'Altranstadt, conclus à cette occasion (1706-07), réglèrent également le ■ régime confessionnel de la Saxe, de la Lusace et de la Silésie, dans un sens plus favorable aux protestants. Le pape ne manqua pas d'élever une nouvelle série de protestations qui restèrent lettre morte {Epist., 645, 1689; l'authenticité d'un document antérieur cité par Buder, i, 1097, est contestée; cf. Pastor, 36, n. 3).

3° De 1709 à 1714. — La capitulation du pape devant les exigences impériales et sa reconnaissance de l'archiduc Charles comme roi d'Espagne envenimèrent d'autant les relations entre Rome et Philippe V.

Nonobstant les conseils de modération de Louis XIV, celui-ci exerça des représailles immédiates : rupture des relations diplomatiques, fermeture de la nonciature, confiscation des revenus d'Église destinés au S.- Siège (mai-juin 1709), interdiction de tous rapports avec Rome (30 oct.), obligation aux ressortissants espagnols de quitter les États pontificaux dans les quatre mois (12 déc). De son côté Clément XI refusa systématiquement de conférer l'investiture canonique aux évêques nommés par Philippe V aux sièges vacants. Cette mesure provoqua de longs tiraillements entre les deux cours. Le bref Alias ad Au 17 oct. 1711 (Bull. Rom. Pont., 450) déclara nulles toutes les mesures prises par Philippe V contre les droits de l'Église. Madrid s'obstinant, le pape proposa la médiation de Louis XIV, qui fut acceptée (23 mai 1712). Philippe V fit preuve d'un peu plus de condescendance, mais les conversations engagées à Paris entre Aldrovandi et Villalpando de mai 1713 à mai 1714, et à Rome de mai à déc. 1713 entre Corradini et Molines, échouèrent.

La cour de Madrid subissait alors une double in- I Iluence néfaste : celle d'une poignée de courtisans.

CLÉMENT XI

parmi lesquels rintrigaiite princesse des Ursins; celle des théoriciens régalistes, dont le principal, Melchior Raphaël de Macanaz, fiscal de Castille, venait de présenter au roi un mémoire sur les relations entre l'Église et l'État en Espagne (Lafuente, Hist. gen. de Espana, m, Barcelone, 1889, p. 213-34). Le cardinal Giudice, grand inquisiteur d'Espagne, ayant, d'accord avec le pape, condamné les écrits d'un autre régaliste, Denis Talon, Philippe V en prit ombrage et Giudice fut déclaré indésirable en Espagne (Baudrillart, i, 596; Reusch, II, 780). Le pape eut beau renouveler pour l'Espagne le privilège de la Cruzada et accorder d'autres faveurs à Philippe V à l'occasion de son deuxième mariage (A. Baldassari, Ragguaglio compendioso deli Apostolica legazione dell' Em. card. Ulisse Gozzadini seguita in Parma nelle nozze Ira Filippo V ed Elisabella Farnese alla quai regina preseniossi la Rosa d'Oro iiwiatale dal R. P. Cl. XI, Venise, 1723), l'hostilité latente persistait.

Du côté impérial, les relations ne s'améliorèrent que fort lentement. Diverses difficultés de protocole retardèrent l'établissement de relations diplomatiques normales avec la cour de Charles III à Barcelone : un chargé d'afTaires romain partit pour Barcelone en févr. 1710; il ne fut remplacé par un nonce ordinaire qu'en juill. 1711. De son côté, le prince Avellino, représentant de Charles III, arrivé à Rome dès avr. 1710, n'eut sa première audience qu'en oct. 1711.

A Vienne, le cardinal neveu Annibale Albani, envoyé pour régler l'allaire de Comacchio (4 oct. 1709), obtint au bout de cinq mois l'ouverture de pourparlers à Rome à ce sujet. Ils ne furent terminés que le 9 oct. 1710 : les droits du S. -Siège sur Comacchio furent formellement reconnus. Fort de cette décision, le pape réclama une fois de plus la restitution de cette place (24janv. 1711; Epist., 1481). Quand .Joseph I" mourut (17 avr. 1711), il n'avait pas encore obtenu satisfaction. Au contraire, l'horizon s'assombrissait de nouveau à Naples où un nouveau conflit avait surgi au sujet de l'évêque de Lecce {Bull. Rom. Pont., 463; Epist., 1G09, 1613).

La mort prématurée du jeune empereur posait à l'improviste la question de sa succession. Les puissances maritimes et la majorité des électeurs allemands soutenaient la candidature de son frère, l'archiduc Charles. Le pape se prononça également en sa faveur (lettre à l'intéressé, 23 mai 1711; Epist., 1533; cf. J. Ziekursch, Die Kaiserwahl Karls VI., Gotha, 1902, p. 46-62, 156-62). Malgré les intrigues françaises, il ne voulut pas s'engager davantage dans cette question. Il ne soutint que mollement la cause des électeurs de Bavière et de Cologne, qui avaient été privés de leur droit de vote. Le 12 févr. 1707, il avait protesté dans les termes les plus formels auprès de l'électeur de Mayence contre l'octroi d'une huitième dignité électorale au Hanovre (Epist., 383). Le 30 mai 1711, il renouvela cette protestation. Pourtant une série de brefs des 12-13 juin reconnut la validité de l'élection, même pour le cas où des électeurs protestants y participeraient {ibid., 1543 sq.). Les rumeurs faisant état d'un accord entre le pape, la France et la Saxe, pour l'élection impériale d'Auguste II, étaient dénuées de fondement. Mais de nombreuses tractations avaient envisagé la désignation d'Auguste II ou de son fils comme roi des Romains. Le pape, sans vouloir s'engager, n'accepta de soutenir cette candidature que moyennant plusieurs conditions, parmi lesquelles l'éducation catholique de l'héritier de Saxe, point sur lequel il ne cessait depuis le début de son pontificat de revenir à la charge.

La diète de Francfort, qui réserva au légat pontifical, le cardinal Albani, un accueil déshonorant, choisit comme empereur l'archiduc Charles, lequel fut

couronné le 22 déc. 1711. Le pape avait envoyé un légat pour le saluer lors de son passage par la Haute- Italie (G. Chiapponi, Legazione del cardinale Gius. Renato Imperiali alla S. R. M. di Carlo III Re délia Spagna l'anno 1711 descritta, Rome, 1712); mais il ne reconnut son élection que le 26 févr. 1714 (Bull. Rom. Pont., 600) et ne lui concéda le jus primarum precum que le 10 mai suivant et après de laborieuses négociations (ibid., 603).

L'élection de Francfort, renversant une fois de plus les données de l'équilibre européen, donna le coup de grâce à la Grande alliance. Déjà en 1708 des conversations entre belligérants s'étaient ouvertes à La Haye. Le pape s'y était fait représenter par Domenico Passionei (Pometti, xxi, 441 ; P. Galletti, Memorie per servire alla storia délia vita del card. Domenico Passionei, Rome, 1762). Il l'envoya de nouveau à L'trecht comme simple agent lors de l'ouverture des pourparlers officiels (29 janv. 1712). Ses instructions lui recommandaient de défendre le maintien de l'art. 4 du traité de Ryswick, sauvegardant les droits des catholiques dans les territoires cédés à une nation protestante — depuis 1702, il ne cessait d'attirer sur ce point l'attention de l'électeur Palatin, de l'archevêque de Salzbourg et des principaux prélats de l'Empire (iïp/s<., 135, 139, 145-48) — de ne permettre aucune atteinte à la suzeraineté pon-

î tificale sur Parme et la Sicile. Il avait le pouvoir de recourir au besoin à l'aide des puissances non catholiques (Pometti, XXI, 438). Mais lorsqu'il voulut s'en prévaloir pour négocier un arrangement avec la délégation anglaise, le pape le rappela à plus de fermeté, lui reprochant sa diplomatie faiblarde : un agent du S. -Siège, lui dit-il, doit chercher sur toute la ligne à assurer les droits de la religion.

Parmi les autres points proposés à la vigilance de D. Passionei figurait l'annulation du recès confessionnel palatin accordé le 21 nov. 1705 par l'électeur Jean- Guillaume et de celui conclu en 1711 entre le chapitre

j de Hildesheim et l'électeur de Hanovre.

j Le recès confessionnel palatin réglait unilatéralement des questions concernant le gouvernement spiri-

• tuel du pays : administration des sacrements, spécialement du mariage; budget des églises; régime temporel des paroisses; division des locaux du culte entre catholiques et protestants; création d'un Conseil ecclésiastique national doté de larges pouvoirs sur les Églises. Le pape, protesta contre cet acte, d'abord le 23 janv. 1708 (Epist., 459), puis en termes plus énergiques le 30 juill. 1712 (ibid., 1731). L'Électeur fit amende honorable (28 août 1712; ibid., 1735); mais les princes protestants allemands, surtout le roi de Prusse, réclamaient le maintien du recès. Quant au chapitre de Hildesheim, il avait été contraint de céder à l'électeur de Hanovre divers avantages militaires, financiers et confessionnels, nuisibles à la religion catholique. Cette capitulation réduisait à néant une longue action diplomatique du pape. Celui-ci en fut fort affecté et condamna cet accord (12 mars 1712; Bull. Rom. Pont., 480).

Au cours des négociations d'Utrecht, le pape intervint directement en faveur de la clause de Ryswick auprès de l'empereur, des cardinaux et des princes catholiques allemands, du prince Eugène, des rois de France, de Pologne, de Portugal, de la république de Venise, des plénipotentiaires impérial et français (9 avr. 1712; Epist., 1659-70). Le 7 janv. 1713, il revint à la charge auprès de Louis XIV (Epist., 1789), dont il avait acheté le soutien en conférant le chapeau à son plénipotentiaire l'abbé de Polignac.

La paix d'Utrecht, signée le 11 avr. 1713, comporta plusieurs clauses allant à rencontre des droits, de la politique et des désirs pontificaux : succession d'Angleterre à la maison de Hanovre, reconnaissance

NT XI

de la royauté prussienne, cession de la Haute-Gueldre à la Prusse et de ÎMinorque à l'Angleterre, sans garanties assurées pour la population catholique, cession de la Sicile au duc de Savoie avec le titre royal sans consultation du pape. Enfin, sans abolir ouvertement l'art. 4 du traité de Ryswick, on déclarait en revenir aux stipulations de la paix de Westphalie pour le règlement des affaires religieuses allemandes. Le pape déplora vivement cette ambiguïté. Il proposa sa médiation entre la France et l'empereur. Mais les deux souverains préférèrent traiter directement. Dans la paix qu'ils conclurent à Rastatt, ils tinrent compte des vœux du Souverain pontife en reprenant explicitement l'art. 4 de Ryswick (6 mars 1714).

Au congrès de Baden (Suisse), qui se tint du 10 juin au 7 sept. 1714 pour ratifier la paix de Rastatt, Passionei fut délégué comme procurator, actor et negotiorum gestor. Il eut gain de cause sur les principaux points de son instruction (Pastor, 75-77) : maintien de l'art. 4 de Ryswick; désaveu implicite du recès confessionnel palatin; sauvegarde des droits des catholiques sur quelques points de moindre importance. Il obtint aussi le rétablissement des électeurs de Bavière et de Cologne dans leurs dignités et l'abolition du traité imposé par la Prusse au chapitre cathédral de Hildesheim. Mais il ne put empêcher la confirmation du traité de Westphalie, ni la reconnaissance de la neuvième dignité électorale au Hanovre. Dans ces conditions, Passionei fit entendre à Baden le 10 sept., puis à Lucerne devant les autorités cantonales le 20 sept., une protestation énergique que le pape renouvela au consistoire du 21 janv. 1715 {Orat. consist., 111).

Moins satisfaisantes encore étaient les stipulations se rapportant aux cantons suisses. A la suite du deuxième Villmerger Krieg (printemps 1712), dont l'issue leur avait été fatale (premier pillage de l'abbaye de S.-Gall, mai 1712), les cantons catholiques se divisèrent entre un parti de la résistance et un parti de la soumission. Clément XI se déclara pour les résistants et essaya de leur trouver- des alliances et des protections diplomatiques. Il ne put prévenir la conclusion de la paix d'Aarau (9-10 août 1712), comportant, entre autres clauses défavorables aux catholiques, la limitation des pouvoirs de l'abbé de S.-Gall sur le comté de Toggenburg, confessionnellement mixte. Quelques années auparavant, l'évêque de Bâle avait dû également accorder aux Bernois la division du Munsterthal avec application de la clause cujus regio illius religio. Contre ces accords le pape avait élevé protestations et déclarations de nullité. La paix de Baden n'accorda aux catholiques que des satisfactions secondaires. L'abbé de S.-Gall, Leodegar Burgisser, soutenu par le pape, ayant refusé toute transaction, les hostilités reprirent (second pillage de S.- Gall, avr. 1717). Un nouvel abbé ayant préféré se soumettre aux conditions imposées par Berne et Zurich (15 juin 1718), Clément XI, tout en admettant les circonstances atténuantes, déclara nul l'accord intervenu (20 oct.-lO déc. 1718; Epist., 2313; Bull. Rom. Pont., 813).

L'année 1714 vit l'effondrement définitif d'un autre espoir de la politique pontificale : celui de voir la dynastie des Stuarts remonter sur le trône d'Angleterre. La politique anglaise de Clément XI fut toujours exempte d'équivoque. Fidèle à la cause de Jacques II dès son cardinalat, il reporta cette fidélité sur son fils Jacques Stuart, nonobstant VAct of Settlement du 21 juin 1701 qui l'excluait pour toujours de la succession au trône. Tout en subventionnant un premier débarquement des forces jacobites en Ecosse (1706), il veilla toujours à ne pas s'aliéner les sentiments de la reine Anne. Le parlement de Dublin ayant décrété en 1703 une nouvelle série de mesures vexatoires contre

I les catholiques d'Irlande, Clément XI pria l'empereur, j le roi des Romains et les souverains portugais d'obtenir de la reine qu'elle modérât leur application. Il semble avoir eu gain de cause. Cependant en 1709 les mesures « antipapistes » furent encore renforcées.

La mort de la reine Anne (l'^' août 1714) et l'avènement des Hanovre renversèrent les données du problème anglais. Estimant sans doute que la situation générale ne s'y prêtait pas, le pape refusa d'agir auprès des cours européennes en faveur du prétendant. Mais il lui resta fidèle, même après que le régent Philippe d'Orléans lui eut retiré son appui. Il aida financièrement sa deuxième tentative de débarquement (1716), ainsi que celle dirigée par Alberoni. A partir de 1718, il accorda au « chevalier de S. -Georges » une hospitalité royale à Rome et combina son mariage avec une princesse polonaise, Clémentine Sobieska (Lafltau, I, 131; ii, 183).

4° De 1714 à 1720. — Les traités de 1713-14 avaient, rétabli la paix en Europe occidentale. Mais dans l'est et le sud-est de l'Europe les hostilités reprenaient. La Porte ayant déclaré la guerre à Venise (8 déc. 1714), celle-ci appela à son aide le pape et l'empereur. Aux premières nouvelles de la mobilisation ottomane. Clément XI avait déjà alerté Charles VI, ainsi que les rois de Pologne et de Portugal (10 nov., 21 déc. 1714, 10 et 17 janv. 1715; Epist., 2025, 2033, 2039, 2045, 2047). Il fit remettre en état la flotte pontificale et réorganiser la garde des côtes. Au consistoire du 21 janv. 1715, en même temps qu'il notifiait à ses cardinaux les grands traités occidentaux, il leur faisait part de son plan de grouper toutes les puissances chrétiennes contre le Croissant. Son modèle était Pie V, dont il rêvait d'égaler les lauriers de Lépante. Des employés de V Archivio secreto furent chargés de grouper tous les actes se rapportant à l'action de ce grand prédécesseur contre l'Islam.

Chez les princes catholiques allemands et en Pologne l'initiative pontificale fut accueillie avec faveur. Il n'en fut pas de même à Vienne. Malgré l'apparition d'une escadre ottomane dans l'Adriatique, malgré de nouvelles missives du pape à l'empereur, celui-ci, qui n'avait pas pardonné à Clément XI son attitude dans la question d'Espagne, fit parvenir à Rome une réponse dilatoire (28 mai 1715).

Par contre, les relations entre Rome et Madrid, très tendues jusqu'à l'automne de 1714, s'améliorèrent rapidement au cours des mois suivants, grâce à l'influence de la nouvelle reine, Elisabeth Farnèse, et de son protégé l'abbé Alberoni. Le grand inquisiteur, Giudice, rentra d'exil pour devenir premier ministre et précepteur du prince des Asturies; la nonciature fut rétablie; Philippe V fit savoir publiquement que sa politique religieuse subirait un revirement.

La France, qui durant le conflit entre Rome et Madrid avait joué un rôle modérateur, se montra plus réticente sur le chapitre de la garantie réclamée par l'empereur au sujet des possessions que l'Autriche venait d'acquérir en Italie. Les espoirs conçus sur ce point à la mort de"Louis XIV se révélèrent trompeurs : Paris restait fidèle à son amitié envers la Porte.

La saison de 1715 fut marquée, comme on le prévoyait, par de continuels revers pour les chrétiens : la Morée fut perdue presque sans coup férir et Corfou menacée. L'inquiétude du pape était à son comble. Une fois de plus la tâche lui incombait de sonner le ralliement et de pourvoir au nerf de la guerre. Une décime fut imposée sur tous les biens ecclésiastiques d'Italie. Le financement des hostilités se révéla d'autant plus ardu que l'empereur profitait de son ressentiment pour accroître ses exigences : il refusa une offre pontificale de 500 000 florins à percevoir sur les biens d'Église des pays habsbourgeois; il fallut lui

NT XI

accorder, outre un acompte immédiat de 200 000 florins et d'autres paiements ultérieurs en espèces, la faculté de lever une décime durant trois ans dans tous les pays impériaux au nord des Alpes, y compris les Pays-Bas toujours exemptés jusqu'alors de cette sorte de contribution. Le pape dut aussi lui accorder la garantie que ses nouvelles possessions italiennes ne seraient pas attaquées. Dans ce but il avait demandé à Philippe V (8 oct. 1715; EpisL, 2093) et obtenu un engagement de non-agression.

L'empereur, ainsi satisfait, conclut avec Venise une alliance défensive (13 avr. 1716). En été de la même année, le prince Eugène ouvrait sa campagne triomphale de Hongrie par ses victoires de Peterwardein et de Temesvar et, l'année suivante, il la couronnait par la prise de Belgrade. Chaque nouvelle victoire sur le Danube était fêtée à Rome par les cérémonies d'usage, avec prières publiques, allocution pontificale, remise des trophées pris sur l'ennemi, brefs de félicitations et cadeaux de gratitude du pape au généralissime victorieux {Epist., 2163, 2204, 2271, 2166; Buder, m, 461, 649; Orlandini, Lo stocco e il berrettone donalo da Clémente XI al Pr. Eugenio, dans Riv. araldica, 1913, p. 619 sq. ; O. Rasponi, Solenne ceremonia del conferimenlo dei stocco e pileo benedetti inviati da P. Cl. XI al Pr. Eugenio, Bologne, 1896).

Sur mer, le pape réussit à faire épauler les forces vénéto-maltaises par des unités génoises, toscanes, portugaises et espagnoles, sans parler de la flotte pontificale (sur cette dernière à cette époque, voir Guiglielmotti, Gli ultimi fatti délia squadra romana da Corfu all'Egilto, storia dal 1700 al 1807, Rome, 1884; Manfroni, La marina pontificia durante la guerra di Corfu, dans Arch. délia Soc. romana di storia patria, XIV, 1891, p. 308, 314, 323; Pometti, xxii, 175; xxiii, 244). Cette force imposante réussit à débloquer Corfou, sans parvenir toutefois à détruire la flotte ennemie (22 août 1716). Dépité, mais désireux de profiter au maximum de ce demi-succès, le pape fit réunir le 28 sept. 1716 une congrégation de huit cardinaux, qui mit au point un programme devant permettre l'année suivante une concentration rapide des forces chrétiennes (Pometti, xxiii, 449; Pastor, 96 sq.). Il augmenta aussi son aide financière : deuxième versement de 100 000 florins-or à Venise et permission à l'empereur de lever en cinq ans une contribution extraordinaire de 500 000 scudi sur les clergés de Naples, Milan et Mantoue.

En 1717 l'escadre internationale, prête dès la mijuin, rencontra la flotte turque au large du cap Matapan et la contraignit à se replier. Elle réunissait des navires battant les mêmes paviUons que l'année précédente, l'Espagne exceptée. En effet, Alberoni venait de jeter le masque. Ses protestations d'attachement à Rome, son zèle pour les intérêts de l'Église en Espagne n'étaient qu'une façade servant à cacher son arrivisme. Appuyant à fond la politique des Farnèse, soutenu et conseillé lui-même par la nouvelle reine d'Espagne et par son parent le duc de Parme, il poursuivait en secret un double objectif : asseoir la puissance des Farnèse en Italie aux dépens de l'Empire et devenir luimême cardinal. Pour réussir, il joua la carte pontificale aussi longtemps que c'était avantageux : deux années durant, la politique romaine n'eut pas de plus fidèle défenseur que lui. Le pape crut l'occasion venue de régler les questions litigieuses surgies au cours des dernières années. Un projet de concordat entre l'Espagne et le S. -Siège fut établi en juin 1717 : en contrepartie des droits reconnus à l'Église en Espagne, le pape accordait à Philippe V la levée d'un sussidio annuel de 150 000 ducats durant cinq ans sur le clergé espagnol. Ces sommes devaient servir à financer la participation de l'Espagne à la guerre contre les

Turcs. Sans attendre la fin des négociations concernant le concordat, aux stipulations duquel il avait demandé quelques modifications, le pape, surmontant ses répugnances, mais désireux avant tout de hâter le départ de la flotte espagnole prête à lever l'ancre, accorda aussi à Alberoni le chapeau tant convoité (12 juin. 1717; Oral, consist., 143-46).

Alberoni n'attendait que cette nouvelle pour dévoiler ses batteries : il donna ordre à son escadre d'apareiller non pour Corfou, mais pour la Sardaigne, possession impériale, dont la conquête ne fut qu'un jeu (L. Arezio, Il cardinale Alberoni e l'impresa di Sardegna nel 1717, dans Arch. stor. sardo, ii, 1906, p. 257-309; M. Pacia-Patriarca, La spedizione in Sardegna del 1717 ed il cardinale G. Alberoni, Teramo, 1921).

La déception de Clément XI fut immense : tristesse de voir compromis les fruits de la victoire de Belgrade dont la nouvelle venait de lui parvenir; fureur de voir la guerre contre l'ennemi commun sabotée par un de ses principaux alliés, grâce à des ressources détournées de leur véritable destination et employées à financer un coup de poignard dans le dos; honte d'avoir été berné sur toute la ligne par une diplomatie sans scrupules; crainte que toute mesure de rigueur envers Alberoni ne mît en péril le sort même de l'Église d'Espagne; et, plus que tout le reste, sentiment de sa position fausse devant l'empereur, auquel il avait garanti que ses possessions italiennes seraient respectées.

Du côté impérial on n'en voulait pas démordre : le pape avait partie liée avec Alberoni. Tel était l'avis de l'ambassadeur impérial à Rome, Gallas. Accusation certainement calomnieuse, mais qui répondait si bien aux apparences qu'elle trouva créance parmi les chancelleries. Toutes les protestations de Clément XI furent considérées comme un « beau verbiage ». Vienne exigeait une réparation éclatante : la publication du cardinal Czacki, réservé jusqu'alors in petto; l'octroi du premier chapeau vacant à un candidat impérial et la rupture immédiate avec l'Espagne. C'était demander plus que le pape n'était disposé à accorder. Czacki fut publié au consistoire suivant, mais, loin de vouloir rompre avec l'Espagne, le pape espérait pouvoir y limiter les dégâts.

Il ratifia le concordat (26 août 1717; Raccolla di Concordait su matcrie ecclesiastiche Ira la S. Sede e le autorità civile, éd. A. Mercati, Rome, 1919, p. 282-86) à l'exception de la clause, devenue « inapplicable », concernant la contribution financière du clergé espagnol. Sur ce point il était décidé à ne pas céder. Déjà le 17 août il avait donné ordre au nonce de suspendre ou de retirer toute concession de nature financière. Réfutant les allégations de Philippe V, il le mit en demeure, par le bref du 25 août (Epist., 2249), d'évacuer la Sardaigne immédiatement et, sans se douter qu'il s'adressait au principal instigateur de toute l'entreprise, il écrivit au duc de Parme, Francesco Farnese, pour obtenir son appui (Studi e documenti di storia e diriilo, i, 1880, p. 93 sq.). Mais à Madrid on faisait la sourde oreille : le nonce Aldrovandi, victime d'une étrange aberration, ne communiquait et n'exécutait qu'imparfaitement les ordres reçus et envoyait à Rome des rapports tendancieux et incomplets. Par trois fois (16 sept., 5 oct., 23 nov.), le pape dut lui réitérer l'ordre de retirer les induits financiers qu'il avait prématurément communiqués au gouvernement. Alberoni fit demander la confirmation de sa nomination au siège de Malaga. Elle lui fut accordée, mais le pape refusa celle à l'archevêché de Séville, demandée moins d'un mois après. Dépité, Alberoni reprit la politique des mesures vexatoires et attentatoires aux immunités ecclésiastiques et procéda ouvertement à une mobilisation des troupes. A son corps défendant, le pape se

NT XI

vit forcé de raidir son attitude : le 2 avr. 1718, il fit parvenir à Philippe V une mise en demeure d'avoir à s'abstenir désormais de toute réédition de l'affaire de Sardaigne. Au cardinal Aquaviva, venu coup sur coup lui faire part de nouvelles exigences espagnoles doublées de menaces, il opposa une fin de non-recevoir catégorique (févr.-mars, A. Professione, // ministero in Spagna e il [irocesso del card. Giulio Alberoni, Turin, 1897, p. 177; Arch. stor. Placent., m, p. 170; 20 mai, Pastor, 118). Le 4 juin, il fit suspendre tous les induits accordant des privilèges à l'Espagne.

Madrid s'obstina : ordre fut donné aux 618 ressortissants espagnols d'avoir à demander leurs passeports; les revenus des églises de Séville et de Malaga furent mis sous séquestre; le tribunal de la nonciature j fut fermé. Fin juin, la flotte espagnole appareilla dans le plus grand secret et entreprit la conquête de la Sicile.

Cette politique de violences finit par excéder les puissances signataires de la paix d'Utrecht. Elles conclurent la quadruple alliance pour maintenir la paix au besoin par la contrainte. La guerre fut déclarée à l'Espagne, ou plutôt à Alberoni. Elle consista surtout en intrigues diplomatiques. Philippe V sacrifia son dictateur (5 déc. 1719) et rentra en grâce auprès de l'Europe en adhérant à l'alliance (26 janv. 1720). La carte de l'Italie fut remaniée une fois de plus : la Sicile et Parme reçurent de nouveaux maîtres, sans que le pape, leur suzerain, en eût même été pressenti. Clément XI envoya son neveu, le cardinal Albani, défendre sa cause auprès de l'empereur, mais il n'obtint rien. Il eut plus de succès en France où l'abbé Dubois fit admettre Albani à la conférence de Cambrai.

Alberoni avait cherché refuge à Gênes. A la demande de Philippe V, heureux d'avoir trouvé un bouc émissaire, le pape, convaincu de la culpabilité principale d'Alberoni, sollicita son extradition, qui lui fut refusée (Professione, op. cit., 265; R. Quazza, La cattura del card. Alberoni e la repubbllca di Genova, Gênes, 1913; Id., La lotla diplomatica Ira Genova e la Spagna dopa la fuga delV Alberoni dalla Liguria, dans Arch. stor. ital., lxxvii, 1920, p. 215-36). L'ouverture du procès fut néanmoins décidée (19-22 mars 1720; A. Arata, // processo del card. Alberoni dai documenti delV archivio segreto vaticano. Plaisance, 1923). Comme il s'agissait d'un cardinal, le pape nomma une commission judiciaire spéciale, composée des cardinaux Astalli, Scotti, Tolomei, Imperiali et Corsini, auxquels il adjoignit ensuite Casoni et F. Barberini. L'accusé fut cité à comparaître, mais fit défaut. Une instruction fut ouverte à Plaisance et en Espagne pour recueillir des matériaux à charge. Philippe V promit au pape son entier appui. Mais Clément XI mourut avant que la documentation ne fût recueillie à Rome.

Les circonstances de la chute d'Alberoni rendirent possible une normalisation des rapports entre Rome et Madrid. Un nouveau nonce fut envoyé dans la capitale espagnole (juill. 1720). Les induits financiers et autres faveurs furent rétablis contre promesse d'une évacuation rapide de la Sardaigne. Toutes les mesures restrictives et coercitives furent levées. Un accord complet fut signé le 11 mars 1721.

Avec l'empereur, les relations, qui s'étaient de nouveau sérieusement tendues en 1717, se rétablirent également à partir de 1719. Le nonce put rentrer à Naples; les troupes impériales obtinrent droit de passage à travers les États de l'Église (Buder, m, 839, 870, 919). Mais la question de suzeraineté sur le duché de Parme resta toujours pendante.

Depuis 1720 la Sicile était devenue possession impériale. Au cours des quinze dernières années, elle avait changé quatre fois de maître : possédée de fado par Philippe V, remise au traité d'Utrecht à la Savoie, en-

vahie par Alberoni, attribuée enfin à l'Empire. Les frictions avec Rome y étaient d'autant plus nombreuses et plus graves que les souverains régnant sur cette île revendiquaient un privilège unique, qui aurait été accordé en 1098 par Urbain II à Roger de Sicile : celui de posséder les mêmes droits et facultés qu'un légat du pape. A ce titre, le pouvoir judiciaire de Sicile, aussi appelé Monarchia Sicula, connaissait à la fois des questions spirituelles et temporelles. Malgré les efforts de certains papes, tels que Pie V, les rois de Sicile étaient toujours restés en possession de ce privilège, lorsqu'en 1711 un nouvel incident remit en cause la compétence de ce tribunal civil en matière de censures ecclésiastiques. Un conflit opposant l'évèque i de Lipari, N. Tedeschi, aux autorités locales au sujet d'une taxe à payer s'était envenimé et élargi à tel point que des excommunications et des interdits furent fulminés dans ce diocèse, ainsi que dans les diocèses d'Agrigente et de Catane. Le tribunal de la Monarchia leva ces censures ad cautelam et l'exécution de sa sentence fut accompagnée de violences. Le pape, qui s'était réservé spécialement la connaissance des causes concernant les censures (16 janv. 1712), prit fait et cause pour ses évêques : il maintint leurs interdits, annula toutes dispositions contraires, expédia des mises en demeure au vice-roi, le marquis de los Balbazes, et des monitoires aux contrevenants (Bull. Cl. XI, 839-910; Bull. Rom. Pont., 531, 588, 618, 630, 639; Epist., 1697-1706, 1763-70. 1801. 1895, 1901, 1937; Reusch, II, 781-83).

Le passage de la Sicile sous l'autorité de la Savoie s'accompagna de la création d'une junte spécialement chargée de la défense des prérogatives du pouvoir royal (17 avr. 1714). Elle décida de soumettre les décisions romaines à Vexequatur royal (7 déc. 1714), décision qui fut déclarée nulle par un bref du 11 janv. suivant. Prenant occasion de ce changement de régime, le pape révoqua unilatéralement le privilège de la Monarchia Sicula, par la bulle Romanus Pontifex, du 20 févr. 1715 (Bull. Rom. Pont., 651), et établit une hiérarchie de tribunaux ecclésiastiques (ibid., 658; Sentis, Die Monarchia Sicula, Fribourg, 1869). Cette mesure aggrava encore le dilTérend entre les partis en confiit.

L'interdit resta en vigueur jusqu'au retour de la Sicile sous l'autorité espagnole en 1718. Alors un modus Vivendi fut obtenu comportant, pour donner satisfaction aux habitants fatigués de ce long conflit, l'amende honorable des coupables et la détermination de la procédure à suivre pour la levée de l'interdit.

En 1720, la Sicile, devenue possession impériale, fut soustraite au ressort de l'Inquisition espagnole et soumise à un conseil nouveau établi à Vienne sous la présidence du cardinal Kollonitsch.

III. Les questions dogmatiques. — Voir les art. Jansénisme, Quesnel et Unigenitus, dansD. T. C. Nous nous bornons ici à signaler et à expliquer la part personnelle prise par Clément XI dans ces polémiques. Sur l'activité de l'Index au cours de ce pontificat et la condamnation par brefs de divers ouvrages jugés dangereux, voir Reusch (ii, 6, 36, 511-14, 563-64, 572- 75, 587-89, 591-95, 602-05, 655, 665, 688, 704-08, 721-24, 784, 794-801).

1° L'af/aire du Cas de conscience. — L'avènement de Clément XI coïncida avec un réveil des controverses jansénistes en France. Un « cas de conscience », soidisant présenté par un curé normand, mais proposé en réalité par un ecclésiastique de Clermont-Ferrand, M. Fréhel, avait été traité en Sorbonne durant l'été de 1701. Il examinait le problème de savoir si un pénitent qui, entre autres points, se refuse à admettre que les cinq propositions condamnées se trouvent en fait dans VAugustinus, mais garde sur ce point un silence

CLÉMENT XI

respectueux et signe avec cette restriction mentale le formulaire imposé par Alexandre VII, peut recevoir l'absolution. Quarante docteurs contre vingt-trois s'étaient prononcés pour l'affirmative. La publication du Cas, en juill. 1702, fit scandale et provoqua celle d'une série de réfutations attribuées aux jésuites. Un bref du 12 févr. 1703 condamna le Cas de conscience (Bull. Rom. Pont., 80; Epist., 149-52). Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui avait eu dans cette affaire une attitude plutôt louvoyante, adressa au pape une protestation de dévouement qui ne donna le change à personne. Les milieux favorables aux jansénistes ne se soumirent point (Reusch, n, 692-97).

2° La bulle « Vineam Domini » (16 juill. 1705) et la fin de Port-Royat-des-Champs. — Les controverses se poursuivant au sujet du Cas de conscience et de sa publication, Louis XIV demanda au pape une nouvelle et explicite condamnation du jansénisme, rédigée de manière à couper court à toutes les échappatoires, mais « sans aucun terme qui puisse en empêcher la publication dans mon royaume » (18 juin 1703). Il proposa lui-même un modèle que le pape n'aurait plus eu qu'à imiter (29 août 1703). Après maints pourparlers, le pape, qui avait déjà constitué une commission de sept membres pour mettre au point un projet de bulle, se résigna à céder à une mise en demeure du roi (27 janv. 1705) et à lui en soumettre le texte préalablement à sa publication (31 mars 1705). Ce projet donna entière satisfaction à presque tous les milieux français intéressés. L'ambassadeur de France essaya en vain d'arracher au pape quelques modifications en dernière heure. La bulle Vineam Domini parut le 16 juill. 1705 (Bull. Rom. Pont., 233). Effe contenait une mise au point aussi précise que possible de la portée véritable des documents controversés de Clément IX et d'Innocent XII, suivie d'une condamnation formelle de la théorie du silence respectueux.

La bulle Vineam Domini fut communiquée le 3 août à l'Assemblée du clergé de France. Mais, les évêques se refusant à entériner sans plus un document pontifical, elle fut confiée pour examen à une commission de quinze membres et son acceptation fut accompagnée de commentaires d'inspiration gallicane blessants pour l'autorité pontificale {Coll. des procès-verbaux, vi, 214-16; Reusch, ii, 699). Déçu et excité par le cardinal Fabroni, le pape témoigna son mécontentement. Il fit savoir (15 janv. 1706; Epist., 319) aux évêques de l'Assemblée « qu'il ne leur demandait pas leurs conseils, qu'il ne réclamait pas leurs suffrages, qu'il n'attendait pas leur jugement, mais qu'il leur enjoignait l'obéissance ». Il protesta aussi auprès du roi par deux brefs (25 févr., 31 août 1706; ibid., 329; C. Fleury, Hist. ecclesiastica, lxvii, 364; Reusch, ii, 702), se plaignant de ce que sa modération n'eût pas été l)ayée de retour et de ce que les évoques eussent eu « la hardiesse d'usurper la plénitude de puissance que Uieu n'a donnée qu'à cette unique chaire de S. Pierre ». Prévoyant que ces documents susciteraient une levée de boucliers au Parlement, Louis XIV préféra ne pas les recevoir.

Entre temps la bulle avait été enregistrée au Parlement et publiée par tous les évêques, sauf celui de S.- Pons, Percin de Montgaillard, dernier survivant des promoteurs de la Paix de Clément IX. Dans son mandement du 31 oct. 1706, Montgaillard déplorait la différence d'attitude entre Clément XI et Clément IX, et concluait par un plaidoyer pour le silence respectueux. Ce mandement fut censuré par le pape (18 janv. 1710; Bull. Rom. Pont., 365; Reusch, u, 701-03; sur les autres démêlés que cet évèque eût avec le pape, ibid., 709-12).

Les historiens de tendance janséniste ou gallicane ne se firent pas faute d'accuser Clément XI d'avoir

prétendu transformer les évêques de France en automates enregistreurs. Il ne semble pas que la position du pape ait été aussi radicalement ultramontaine. Fénelon, qui eut une part prépondérante dans ces polémiques, écrivit aux cardinaux Gabrielli et Fabroni pour leur donner une interprétation modérée de l'attitude adoptée par l'Assemblée. Cette interprétation semble bien avoir satisfait le pape (art. Quesnel, dans D. T. C, XIII, 1512; Picot, i, 272-73).

De leur côté, les religieuses de Port-Royal-des- Champs prétendirent, elles aussi, n'accepter la bulle Vineam Domini qu'en conformité avec la Paix de Clément IX (21 mars 1706). Louis XIV pria aussitôt le pape d'intervenir contre les rebelles en rattachant l'abbaye Port-Royal-des-Champs à celle de Paris. Le pape accéda à sa demande (bulle du 27 mars 1708), mais, par humanité et afin d'éviter la propagation d'idées subversives, il stipula que les 26 religieuses qui y habitaient, pour la plupart âgées et infirmes, seraient autorisées à y demeurer jusqu'à leur mort. Estimant cette bulle trop peu rigoureuse, le roi refusa de l'accepter et en sollicita une autre, que le pape, à son corps défendant, fit délivrer le 15 sept., mais en la datant comme la première du 27 mars. Elle donnait à Noailles carte blanche pour procéder comme il l'entendrait à l'expulsion et au transfert des moniales en d'autres monastères, « suivant sa discrétion et conscience ». On sait la manière brutale dont cette mesure fut exécutée.

3° La bulle « Unigenitus » (8 sept. 1713). — Durant les trente dernières années du xvii« s., avaient paru plusieurs éditions successivement revues et augmentées d'un ouvrage de Quesnel contenant un commentaire des paroles du Christ, puis de l'Évangile, puis de tout le Nouveau Testament, sous forme de maximes morales. Les titres des deux éditions les dernières en date et les plus complètes étaient : Abrégé de la morale de r Évangile, des Actes des apôtres, des Épitres de S. Paul, des Épitres canoniques et de l'Apocalypse, ou pensées chrétiennes sur le texte de ces Livres sacrés, Bruxelles, 1693-94; et Le Nouveau Testament français, avec des réflexions morales sur chaque verset, Paris, 1699.

La première édition de cet ouvrage avait été approuvée en termes louangeurs par l'évêque de Châlons, Vialart, connu par le rôle équivoque qu'il joua sous Clément IX; les éditions suivantes portent l'approbation de Noailles, successeur de Vialart sur le siège de Châlons. Cet ouvrage avait connu un succès considérable et amplement mérité; il témoignait d'un effort peu ordinaire pour mettre l'Écriture sainte à la portée du grand public. Seulement son auteur avait commis l'imprudence — sans doute volontaire — de se baser sur la traduction française de la Bible de Mons, condamnée par Clément IX. Plusieurs de ses maximes exprimaient aussi une doctrine de la grâce plus janséniste qu'orthodoxe. Avec les éditions successives le nombre de ces maximes suspectes avait sensiblement augmenté.

Des voix, d'abord isolées puis plus nombreuses, s'élevèrent contre les Réflexions morales. Des évêques en interdirent la lecture (Apt, 1703; Besançon, Nevers, 1707); des publicistes, surtout jésuites, en attaquèrent la doctrine. Un capucin, le P. Timothée de La Flèche (Jacques Pescherard), venu à Rome comme secrétaire du procureur général de son ordre, la dénonça en 1703 (voir le récit qu'il en fit lui-même dans ses Mémoires, publiés sous des titres divers en 1752 et en 1774; réédités en 1907 par le P. Ubald d'Alençon, dans les Annales franciscaines, n. 3, p. 13-37). Après l'avoir soumis pour examen à un théologien théatin, le P. Alexis Dubuc, Clément XI condamna l'ouvrage de Quesnel sous son double titre, comme utilisant un texte corrompu du N. T. et renfermant, « sous le

NT X'I

couvert d'un ouvrage de piété », une doctrine « sentant évidemment le venin de l'hérésie de Jansénius » (bref Universi dominici gregis, 13 juill. 1708; Bull. Rom. Pont., 327). Interdiction était faite de le lire, de s'en servir, de le réimprimer, sous peine d'excommunication latae sententiae, et obligation de livrer aux Ordinaires ou aux inquisiteurs, pour être brûlés, les exemplaires possédés. Les documents pontificaux donnés motu proprio n'étant pas reçus en France, ce bref ne put y circuler que clandestinement, sans mettre fin aux controverses. Tant au sujet de la bulle Vineam Domini qu'au sujet du livre de Quesnel les polémiques redoublèrent (D. T. C, ibid., 1513-18, 1519-28; Reusch, II, 729-30).

Quesnel protesta contre le bref qui le visait, déclarant celui-ci « une pièce subreptice, nulle et de nul effet » (Entretien sur le décret de Rome contre le Nouveau Testament de Châlons, accompagné des réflexions morales, où l'on découvre le vrai motif de ce décret, on soutient le droit des évêques et l'on justifie l'approbation de Mgr le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, Paris, 1709). L'archevêque de Paris adopta une attitude plus ambiguë que jamais.

Les évêques de Luçon et de La Rochelle ayant publié contre les Réflexions morales un mandement qui fit beaucoup de bruit, le pape les félicita (5 juill. 1711 ; Epist., 1553). Pour obtenir le ralliement de Noailles, le roi fit prier le pape de donner sur ce sujet une bulle et non un simple bref; il désirait cependant pouvoir en vérifier la teneur avant sa parution.

Se sentant menacé, Quesnel tenta de se défendre par des brochures et par deux lettres au pape contenant des requêtes fort légitimes (22 juill., 22 sept. 1712; D. T. C, ibid., 1530-31; Reusch, ii, 731).

S'il n'avait écouté que son sentiment. Clément XI, convaincu de l'inefficacité de toute nouvelle mesure, n'aurait rien ajouté au bref de 1708. Ceci ressort nettement du mémoire que le pape fit remettre, le 8 juin 1713, au P. Timothée de La Flèche (Mémoires du P. Timothée, éd. P. Ubald d'Alençon, 71-72).

Mais, pour répondre aux instances du roi, le pape avait déjà institué une commission de cinq cardinaux, assistés de neuf théologiens consulteurs, pour examiner 155 propositions extraites du livre de Quesnel et dénoncées comme suspectes. Les consulteurs se réunirent dix-sept fois, du 6 juin au 26 déc. 1712; après quoi, le S. -Office tint vingt-trois réunions, du 9 févr. au 25 août 1713, sous la présidence du pape. L'examen de chacune des propositions se fit en détail; le pape lui-même y participa (cf. détails par Daubenton, dans ses lettres à Fénelon, Correspondance, iv, 219, 325). 101 propositions furent retenues. Les documents conservés aux archives du Vatican (Fruncia, cxxx-cxxxiv, Scritture del papa Cl. XI) renferment les rapports des consulteurs, avec les qualifications détaillées et motivées données par chacun d'eux à chaque proposition, les notes des cardinaux, les censures et le jugement final du pape, écrit de sa propre main. Celui-ci affirma luimême à l'auteur d'un mémoire contemporain envoyé de Rome à l'évêque de iMeaux, IMgr de Bissy, que chacune de ces propositions lui avait coûté au moins trois ou quatre heures d'étude particulière; et cet auteur conclut que l'on remplirait un gros volume in-4° des écritures faites par le pape en personne sur les 101 propositions (Thuillier, 151 sq.; voir dans A. Gazier, Hist. générale du mouvement janséniste, depuis ses origines jusqu'à nos jours, ii, Paris, 1922, p. 335- 41, le jugement formulé par Clément XI sur chacune des 101 propositions). Les historiens jansénistes et Saint-Simon se sont donc lourdement trompés en rapportant que les propositions dénoncées furent examinées à la hâte et que le pape se borna à signer la bulle présentée par le confesseur du roi, le P. Le Tellier. Les

faits et les textes cités par Reusch (ii, 733-34) permettront de se faire une opinion objective et nuancée.

Une nouvelle tentative pour obtenir que le projet de bulle fût communiqué en France échoua. Le pape fit promettre qu'on mettrait le plus grand soin à écarter toute formule dont le clergé de France pourrait se formaliser et que le projet serait communiqué, à Rome même, à l'ambassadeur du roi La Trémoille. Il tint parole et accorda la suppression de plusieurs expressions qui avaient déplu à l'ambassadeur.

Le 8 sept. 1713, la bulle Unigenitus condamnait en bloc 101 propositions extraites de l'œuvre de Quesnel (Bull. Rom. Pont., 567). Parmi elles, mais sans être spécifiées, certaines étaient déclarées haereticas, variasque haereses, et potissimum illas quae in famosis lansenii propositionibus, et quidem in eo sensu, in quo hae damnatae fuerunt, acceptis, continentur, manifeste innovantes.

Parvenue en France le 25 sept., la bulle ne fut reçue qu'avec difficulté. Durant près de quatre mois (16 oct. 1713-5 févr. 1714), elle fut discutée et examinée par l'Assemblée du clergé et par sa commission. Finalement une forte majorité se prononça pour l'acceptation pure et simple de la bulle et pour sa publication dans les divers diocèses, conjointement avec celle d'une Instruction pastorale. Mais Noailles, avec huit de ses collègues, éleva des difilcultés, surtout contre le fait que la bulle n'expliquait pas le sens dans lequel les propositions étaient condamnées et qu'elle ne les qualifiait pas en détail. Son groupe se sépara de la majorité.

Le pape s'inquiétait de voir les évêques de France reprendre à l'égard de sa dernière bulle la même procédure de discussions et d'examens qu'en 1705 à l'égard de la bulle Vineam Don^ini (Pastor, 173, n. 5-6). Mis au courant par l'ambassadeur de France, et par le P. Timothée, spécialement délégué à Rome par l'Assemblée du Clergé (Mémoires de ce dernier, éd. Ubald), il apprit avec tristesse que l'unanimité escomptée ne se ferait pas (Fénelon, Correspondance, iv, 431, 450).

Une dépêche du roi, en date du 18 févr., lui fit savoir la décision intervenue : elle expliquait la portée réelle de V Instruction pastorale et demandait l'expédition rapide d'un bref approuvant sans réserves la conduite de l'Assemblée. Mais le pape avait entendu un autre son de cloche concernant l'attitude de l'Assemblée et la raison d'être de V Instruction pastorale. Il avait constitué une commission de sept cardinaux pour examiner toute l'affaire. Grâce aux démarches de Fénelon et de son homme de confiance, le P. Daubenton, le bref de félicitations sollicité fut accordé (17 mars 1714; Epist., 1941), mais il ne renfermait aucune approbation de V Instruction, « l'approbation que le S. -Siège a coutume de donner à ces pièces étant de ne point les désapprouver ». Toutefois on a prétendu à tort qu'elle fut condamnée par l'Index.

La bulle Unigenitus fut enregistrée par le Parlement le 14 févr. 1714, et à la Sorbonne, sur ordre exprès du roi, au début de mars. Parmi l'épiscopat français, elle recueillit 112 adhésions contre 13. Dans d'autres pays d'Europe, une vingtaine d'évêques jugèrent aussi expédient de la publier. Noailles s'obstina. Il défendit à son clergé, sous peine de censures, d'accepter la bulle sans son autorisation (25 févr.). Sa lettre pastorale, ainsi que les mandements de l'archevêque de Tours (28 mars) et de plusieurs évêques furent censurés par le S. -Office (Reusch, ii, 735). Ces condamnations furent volontairement ignorées à Paris et un appel adressé par le pape au roi (8 mai 1714; Epist., 1959) n'eut pas d'effet.

Pour amener la soumission de Noailles et de ses opposants, Fénelon proposa au roi de réunir un concile

NT XI

national. Un négociateur spécial, Michel-Jean Amelot, marquis de Gournay, fut chargé de pressentir le pape (janv.-août 1715; sur cette mission, Hanotaux, ii, 421- 62; Fcret). Clément XI répugnait à cette idée. Conseillé par le cardinal Fabroni, préfet de la Congrégation de l'Index, il préférait exercer une pression directe sur Noailles au moyen de deux brefs, le premier « lénitif », le deuxième « foudroyant », donnant au coupable trois jours pour se soumettre, sans quoi il serait « décardinalisé » et déclaré déchu de ses dignités religieuses et civiles, voire de sa nationalité française. C'était une proposition « inouïe, injuste, inacceptable » (Hanotaux, II, 423). Noailles, averti par une indiscrétion de ce qui se tramait contre lui, ayant raidi son attitude, un projet d'arrangement établi par un théologien de l'ambassade française, le P. Philopald, n'eut aucun succès. Le roi en revint à son idée de convoquer un concile national; il se décida à agir au besoin sans le concours du pape. Clément XI céda (5 août 1715) et promit d'envoyer un légat, moyennant certaines garanties qui furent repoussées (Féret, 141; Le Roy, 647). La mort de Louis XIV interrompit ce projet.

Au cours des cinq années suivantes, les négociations entre Rome et Paris se poursuivirent plus embrouillées et plus désespérantes que jamais, chacun des deux partis poursuivant un objectif différent. Le régent espérait réaliser un accord général sur une formule de compromis. Dans ce but, il s'efforçait d'obtenir du pape des explications concernant la portée de sa bulle. Son chargé d'affaires ofTiciel, le cardinal de La Trémoille, et deux chargés de mission, l'abbé Chevalier (juin 1716-sept. 1717; Hanotaux, ii, 463-505) et le P. Lafitau, jésuite, devenu plus tard évêque de Sisteron (sept. 1716-21 ; ibid., 517-40), tentèrent de négocier avec le pape sur ce point.

Seulement Clément XI désirait, non un compromis, mais l'entière soumission de Noailles et de ses partisans. Il exprima au régent son déplaisir de ce que l'archevêque de Paris eût été nommé dans le nouveau Conseil de conscience de la couronne (l^'' oct. 1715; J. Carreyre, Le jansénisme pendant les premiers mois de la régence, dans Revue d'hisl. ecclés., xxi, 1925, p. 492). Il mit un tel soin à vérifier la doctrine des évêques nouvellement proposés et exigea de telles garanties pour les promotions aux bénéfices que les nominations épiscopales et bénéflciales se trouvèrent pratiquement suspendues (Carreyre, loc, cit., xxii, 1920, p. 761). Même celle de l'abbé Bossuet, le neveu de l'ancien évêque de Meaux, pour le siège de Troyes, ne trouva pas grâce à ses yeux. Sur les diincultés qu'il avait faites, du vivant de Louis XIV, à la nomination de l'abbé de Saint-.\gnan au siège de Beauvais, voir Reusch (il, 508).

Dans deux brefs au régent, du 1" mai 1716 {Epist., 2142, 2145), il revint sur la question du Conseil de conscience et fixa un délai de deux mois pour la soumission des opposants.

Au consistoire du 27 juin 1716, il parla dans les termes les plus énergiques, retraçant tout l'historique de la bulle Unigenitus et se déclarant décidé à accorder aux opposants un dernier délai de quinze jours pour se soumettre (Carreyre, loc. cit., 772).

Sur ces entrefaites, l'abbé Chevalier était arrivé à Rome porteur d'un projet de compromis. Le pape ne lui accorda aucune audience, mais chargea les cardinaux Tolomei et L'errari de poursuivre avec lui des négociations qui s'embourbèrent. L'ne mission parallèle entreprise à Paris au nom du pape par le P. Lafitau (20 août- 10 oct.) débuta sous d'heureux auspices; mais les milieux ultramontains en prirent ombrage; le pape préféra la désavouer et reprendre la méthode de l'action directe.

Le 20 nov. 1716, une nouvelle série de brefs fut en-

voyée en France : au régent {Epist., 2187), pour rejeter sa proposition de compromis; aux évêques acceptants (ibid., 2179), pour les encourager; à la Sorbonne (Bull. Rom. Pont., 739), pour la punir d'avoir rétracte son acceptation forcée de 1714, en lui retirant tous Ic^ pouvoirs accordés par ses prédécesseurs, en particulier celui de conférer les grades académiques. Ces brefs subirent en France le sort commun des décisions romaines unilatérales. De son côté l'Inquisition fit brûler publiquement, le 3 mars 1717, sur l'ordre du pape, une série d'imprimés hostiles à la bulle Unigenitus, et un bref du 17 juin en dénonça la malfaisance (Reusch, II, 736-37; Epist, 2245).

Le 1"' mars 1717, quatre des évêques protestataires, Colbert de Montpellier, Delangle de Boulogne, La Broue de Mirepoix et Soanen de Senez, en appelèrent à un concile général. Leur appel fut approuvé en Sorbonne. Le régent fit bannir les quatre appelants, puis imposa silence sur toute la question controversée (7 oct. 1717). Noailles aussi avait rédigé un appel de teneur similaire, mais il ne fut rendu public qu'en décembre 1717; il avait répondu évasivement à un message que le pape lui avait adressé pour l'inviter à la soumission (25 mars 1717; Epist., 2225).

Le 16 févr. 1718, l'appel des quatre évêques et celui de Noailles furent condamnés par le S. -Office. Le délai accordé aux appelants pour se soumettre s'étant écoulé, ils furent excommuniés par la bulle Pastoralis ofjïcii (28 août 1718; Bull. Rom. Pont., 807), à la rédaction de laquelle le pape avait pris une part personnelle très importante (Pastor, 212, n. 5).

Cette nouvelle bulle, renforcée par un décret de l'Inquisition du 19 décembre (voir Reusch, ii, 738-39) provoqua un tollé général dans les milieux jansénistes. Noailles interjeta un nouvel appel (3 oct. 1718) et se vit soutenu par une vingtaine d'évêques. Une instruction pastorale qu'il rédigea fut condamnée par le S.-Olfice (3 août 1719; Bull. Cl. XI, 1114). Après la mort de Quesnel (2 déc. 1719), il adopta une attitude plus modérée et promit d'accepter une formule transactionnelle proposée par Dubois dans un Corps de doctrine composé en mars 1720 et signé par 38 évêques. L'attitude énergique du gouvernement força le Parlement à se soumettre. L'opposition, sans disparaître tout à fait, perdit sa virulence. Mais la formule de compromis ne satisfit point le pape qui exigea une soumission pure et simple. Il ne vécut pas assez pour l'obtenir. A sa mort la confusion durait toujours.

4° Le jansénisme aux Pays-Bas. — A la mort d' Innocent XII, le procès canonique ouvert à Rome contre Pierre Codde, vicaire apostolique des Pays-Bas, accusé de favoriser l'expansion du jansénisme en cette région, suivait son cours. Clément XI fit poursuivre l'instruction. Codde, arrivé à Rome quinze jours après l'avènement du nouveau pape, composa sur sa demande un état de la mission des Provinces-Unies (mars 1701). Au cours des mois suivants, il présenta sa défense, d'abord oralement, puis dans deux écrits, une Dcclaratio et des Responsiones, qui furent examinés à leur tour. Finalement le pape décida de laisser tomber tous les chefs d'accusation, à condition que le prévenu signât le formulaire d'Alexandre VII et s'expliquât sur sa manière de comprendre l'infaillibilité pontificale. La réponse de Codde présentait de fortes similitudes avec la doctrine défendue dans le fameux Cas de conscience que l'on discutait alors en Sorbonne. Elle ne pouvait donner satisfaction. Un verdict unanime des cardinaux de la commission la condamna. (;odde fut suspendu de ses fonctions et remplacé par un provicaire, Théodore De Cock (bref à l'internonce de Bruxelles, 13 mai 1702; Epist., 160). Lui-même fut tenu dans l'ignorance de la mesure portée contre lui. Il ne l'apprit que par des lettres venues de Hollande.

CLÉMENT XI

11 demanda des explications et se montra fort mécontent de la procédure suivie à son égard (voir à ce sujet L. J. Rogier, Geschiedenis van het kaihoUcisme in \'oord-Nederland, in de xn^^^ en de xvii''<' eeuiv, ii, Amsterdam,. 1947, p. 319 sq. ; Reusch, ii, 712-15).

Les États de Hollande, alertés par le clergé de Haarlem, interdirent au nouveau provicaire l'exercice de sa liiarge et déclarèrent nuls les actes posés par lui en i ette qualité (17 août 1702). Codde, rentré en Hollande, s'abstint de tout exercice de ses anciennes fonctions, dont il fut définitivement relevé le 3 avr. 1704; mais il entreprit une vaste campagne de presse pour justifier son attitude. Ses lettres à Rome (déc. 1704mai 1706) restèrent sans réponse. Clément XI lui donna successivement plusieurs remplaçants, mais le seul qui parvint à se faire agréer mourut avant d'entrer en fonctions. Un bref du 4 oct. 1707 condamna 31 écrits publiés par lui ou par ses partisans {Bull. Rom. Pont., 103; Reusch, ii, 715-18) et à sa mort l'Inquisition ordonna qu'il fût privé de la sépulture ecclésiastique (Reusch, ii, 718). Ce dernier ordre parvint trop tard pour être exécuté.

Un décret du S.-Ofiice, présidé par le pape (29 mars 1708), cassa aussi une sentence portée par le Conseil de Brabant contre l'archevêque de Malines, H. de Précipiano.

IV. Action missionnaire. — ■ 1° Généralilés. — Clément XI fut un des pontifes qui travaillèrent le plus activement à centraliser l'action missionnaire et à 1-a faire dépendre plus étroitement de la Propagande. Désireux d'avoir une vue d'ensemble de l'expansion du catholicisme, il chargea le secrétaire de la Propagande, Niccolo Forteguerri, de dresser un mémoire complet de l'état des missions dans le monde entier en l'706- 1707. Il recommanda aux supérieurs réguliers l'ouverture de collèges de formation missionnaire (3 oct. 1707). Les établissements fondés par les Mineurs conventuels à Assise (Bull. Rom. Pont., 368), les Observants à S. -Barthélémy in Insula (ibid., 372), les Trinitaires, reçurent son appui. Il déclara exempt le collège de la Propagande (18 août 1708; ibid., 334).

2° Europe du Nord. — Un mémoire d'Agostino Steffani en ayant démontré la nécessité (J. ]\Ietzler, Die apostolischen Vikariate des Nordens, Paderborn, 1919, p. 81 sq.; P. Wittichen, Zur Geschichle des apostolischen Vikarials des Xordens zu Beginn des 18. Jlils, dans Quellcn und Forschungen aus ital. Archiven, vi, 1904, p. 344 sq.), le pape détacha du vicariat apostolique du Nord celui de Haute et Basse Saxe (9 avr. 1709) et en confia la direction à Stefiani lui-même. Il encouragea les débuts du séminaire nordique fondé à Linz (Epist., 403, 1615). Ses démarches eurent aussi une part certaine mais inégale dans la conversion de plusieurs membres des maisons régnantes allemandes de Saxe, de Brunswick-Wolfenbuttel, de Wurtemberg et de Deux-Ponts. Grâce à ses instances réitérées auprès de l'électeur Auguste II de Saxe, qui avait lui-même rallié le catholicisme en devenant roi de Pologne (ibid., 76, 85, 134, 174, 193, 510, 560, 618, 682, 1770), il obtint l'abjuration du prince héritier, Frédéric Auguste, et sa conversion au catholicisme, d'abord à titre privé (27 nov. 1712), puis publiquement (26 sept. 1717) (Oral, consist., 149; Epist., 2267 sq. ; B. Duhr, Die Konversion des sàchsisclien Kronprinzen Friedrich August (\1\2), dans Stimmen der Zeit, cxi, 1926, p. 104-17). Il obtint aussi l'ouverture d'un sanctuaire catholique à Leipzig (1710), puis à Dresde (1719). La conversion du duc Antoine Ulrich de Brunswick (janv. 1710), celle de ses deux filles, Henriette Christine, abbesse luthérienne de Gandersheim (1712), et Augusta Dorothée (1716), et celle de sa petite-fille Élisabeth Christine, devenue par son mariage impératrice d'Autriche (1" mai l'707), reserrèreat les liens entre cette famille

et le S. -Siège. Antoine Lllrich devint un des principaux champions de la cause catholique en Allemagne. On connaît dix brefs à lui adressés par le pape, qui lui fit présent de deux tableaux, dont un de Carlo Maratta, mais lui refusa la permission sollicitée de communier sous les deux espèces (1712; Epist., 1725) et n'accepta pas davantage une nouvelle refonte des circonscriptions ecclésiastiques de l'Allemagne du Nord.

En Pologne, Clément XI encouragea les mouvements uniates parmi les Ruthènes et tenta d'y intéresser le roi Auguste II, mais lorsqu'il fut question dans ce but de faire passer provisoirement au rit oriental des membres d'un ordre latin, il n'osa pas passer outre à l'avis de l'Inquisition qui déclara un tel passage anticanonique. Il désigna le nonce de Pologne pour présider le synode ruthène de Zamosc (1720). Il profita aussi des sentiments iréniques de Pierre le Grand pour solliciter divers avantages en faveur du catholicisme en Russie (Epist., 439).

3° Balkans et Proche-Orient. — Clément XI favorisa

I de tout son pouvoir le développement des Églises orientales unies et le retour des schismatiques à l'union avec Rome. En 1701, il approuva l'union avec Rome décidée au synode roumain d'Alba Julia et, en 1721, érigea le diocèse de Fogaras pour l'Église uniate de Roumanie (Bull... de Prop. Fide, append., ii, 3). Il nomma à deux reprises le carme déchaussé David dé Saint-Charles visiteur apostolique de Constantinople et de Smyrne (4 févr. 1702; 8 août 1705; Bull. Carm., iv, 24, 36; procès-verbaux dans Orientalia

I christiana, fasc. cm, 1935, p. 83-90). L'archevêque d'Antivari, Zmajevich, fut chargé de visiter l'Albanie et d'y tenir un concile provincial (14 janv. 1703; actes publ. en 1868, Coll. Lacensis, i, 283); le dominicain Castelli reçut la même mission dans les îles de l'Archi-

j pel (1709-11). Sans relâche le pape intercéda auprès des puissances catholiques et auprès des ambassadeurs français à Constantinople en faveur des Arméniens et des Syriens persécutés par les Turcs, des es-

ï claves chrétiens de Crimée et des franciscains de Terre sainte (Epis/., 87, 99-104, 117, 131, 171,286, 344, 474, 718, 1847, 1934, 2356). Il entretint avec le chah de Perse une correspondance épistolaire suivie pour lui recommander les missionnaires et lui dénoncer les vexations dont les chrétiens uniates de Géorgie étaient victimes de la part des schismatiques (Epist., 51, 165, 259, 281, 590, 1926, 1994, 2322, 2333). Dans ses réponses, le chah se montra bienveillant.

Lors du schisme qui éclata chez les Maronites du Liban en 1711, les deux partis en appelèrent à Rome. Le pape donna raison à l'ancien patriarche Jacques Avad contre l'évêque de Sidon, Joseph de Raifun, et chargea le Père gardien des franciscains de Terre sainte, Lorenzo Cozza, d'obtenir la réconciliation des schismatiques (ibid., 1484, 1866, 1995; T. Anaissi, Bull. Maronitarum, Rome, 1911, p. 197-203; E. Castellani, Atti del Reu. P. Lorenzo Cozza, custode di Terra Santa, 2 vol., Quaracchi, 1924 [Biblioteca bio-bibliografica delta Terra Santa e deW Oriente francescano, nouv. sér.. Documents, dir. G. Golubovich, iv-v); L. Oliger, Vita e diarii del card. Lorenzo Cozza, Quaracchi, 1925 [même coll., iii]).

Clément XI reçut la déclaration de foi catholique et d'union avec Rome de plusieu:^s importants prélats orientaux : les archevêques grecs de Tripoli (Epist., 73, 16 juin. 1701), d'Amida (ibid., 2257, 9 sept. 1717), de Damas (ibid., 2293, 21 mai 1718); l'archevêque arménien de Nicosie (ibid., 2079, 5 juill. 1715); les évêques d'Héliopolis et de Beyrouth (ibid., 74, 115).

Le patriarche grec d'Alexandrie, Samuel Kapasoulès, signa une première formule d'union le 6 juin 1712; son délégué à Rome, le P. Mazet, O. F. M., reçut

l3ol

NT XI

en son nom le pallium, au consistoire du 28 avr. 1713; le patriarche renouvela sa profession de foi et d'union le 19 juin 1714. Par contre, les négociations amorcées entre le patriarche copte, Jean XVI, et Clément XI, de 1702 à 1705, par l'entremise des maronites Ibrahim Hannà et Gabriel Eva, des jésuites de la mission du Caire et des franciscains de la custodie de Terre sainte, n'aboutirent pas à l'union envisagée. L'article du P. Hofmann (Samuel Kapasoiites Patriarch von Alexandrien und Papsl Klemens XI.) et la thèse de J.-P. Trossen, Les rehilions du patriarche copte Jean XVI avec Rome ( 1676-17 18), Luxembourg, 1948, contiennent tous les documents relatifs à ces négociations.

Une tentative de rapprochement avec l'archevêque du Sinaï, Cosmas, n'eut pas de suite {Orientalia christiana, ix, 1927, p. 239, 295-97). De même les efforts du pape échouèrent auprès du patriarche d'Arménie (Epist., 694).

Vers la fin de son pontificat, le pape rétablit la Congrégation pour la correction des livres de l'Église orientale. Il s'intéressa aussi à la formation ecclésiastique des jeunes Orientaux, conçut le projet d'ouvrir pour eux des collèges en Occident et facilita l'admission des Maronites, des Épirotes et des Albanais dans les Collèges romains.

4° Indes, Tibet, Philippines. — Dans l'aflaire des rites malabares. Clément XI approuva les mesures prises par son légat, Charles Maillard de Tournon. Celui-ci, envoyé en Extrême-Orient, était arrivé à Madras le 4 nov. 1703 et avait marqué son passage aux Indes par un important décret : celui du 23 juin 1704, contre les rites malabares (Streit, vi, n. 68, 69). L'archevêque métropolitain de Goa, Agostinho da Annunciaçào, d'accord avec l'évêque de Meliapur, l'avait déclaré nul et avait représenté au pape que son exécution signifierait la ruine des missions dans les Indes (nov. 1704; ibid., 76). Clément XI confia l'examen de cette affaire au S. -Office qui, par un décret du 7 janv. 1706, confirma en substance les mesures prises par Tournon au sujet des rites malabares (Streit, vi, 91). Ce décret fut renouvelé en 1711 et 1712 (ibid., 135, 143). Le pape fit savoir à l'archevêque de Goa et à l'évêque de Meliapur qu'ils avaient abusé de leur pouvoir (30 oct. 1706, 1" janv. 1707; ibid., 89-90, 97-99). Dans la suite, il intervint encore auprès d'eux en faveur des vicaires apostoliques nommés par la Propagande, surtout des deux carmes délégués en cette qualité au royaume de Golconde et du Grand Mogol (5-12 avr. 1704, 12 mai 1708; Bull. Carm., iv, 23, 24 sq., 47 sq.). En janv. 1714 le pape se mit aussi en correspondance avec le grand lama du Tibet, pour lui recommander la mission des capucins (Streit, vi-, 163; Bull. 0. F. M. Cap., vu, 253).

A l'occasion d'un confiit opposant l'archevêque de Manille aux missionnaires réguliers des Philippines, il stipula que les réguliers ayant charge de paroisses étaient soumis comm.e les autres au droit de visite de l'Ordinaire du lieu (30 janv. 1705; Bull. Rom. Pont., 225). Peu auparavant, il avait favorisé l'envoi de missionnaires dans les îles récemment découvertes entre les Philippines et les Mariannes (EpisL, 209 sq.).

5° Les rites chinois. — Cette question complexe avait été soulevée dès l'époque d'Urbain "VIII. Elle partageait les missionnaires en deux camps opposés, mais avait fait l'objet d'un modus vivendi en 1669 sous Clément IX. Un mandement et un mémoire de Mgr Maigrot, vicaire apostolique du Fukien, remirent la question sur le tapis. Le S. -Office fut alerté en 1697. Bien qu'un acte officiel de l'empereur Kang-Hi, établissant le caractère purement civil et politique des hommages rendus à Confucius et aux ancêtres (30 nov. 1700), eût été expédié par deux fois au Souverain pontife. Clément XI approuva une sentence du S.-OfiTice

défavorable aux rites chinois (20 nov. 1704; Streit, VII, 2299, 2300, 2312, 2314). L'exécution en était confiée au patriarche d'Antioche, Charles Maillard de Tournon, qu'il avait envoyé en Extrême-Orient comme visiteur apostolique et légat a latere (5 déc. 1701-2 juill. 1702; Streit, vi, 17-18, 24, 38). Arrivé à Pékin le 4 déc. 1705, Tournon fut examiné sur ses sentiments par l'empereur en personne, puis expulsé de Chine (17 déc. 1706). Le permis de prêcher l'Évangile fut subordonné à l'obtention d'un piao, document accordé à ceux-là seuls qui promettaient de ne pas combattre les rites nationaux. Avant de quitter la Chine pour Macao, Tournon publia la condamnation des rites (Nankin, 25 janv., î févr. 1707). Le pape, qui entre temps avait décerné la pourpre à son légat (l"'"' août 1707) et qui n'avait pu recevoir l'ambassade de Kang-Hi naufragée au large de l'Afrique, renouvela la condamnation des rites chinois (mars 1709), écrivit en ce sens à l'empereur de Chine (2 mars 1709; Streit, vu, 2590) et plusieurs fois au roi de Portugal (Streit, vu, 2591, 2680, 2682, 2730, 2732, 2817, 2819), confirma le mandement de son légat et soumit toute publication sur cette affaire à une licence spéciale (25 sept. 1710; ibid., 2609-13).

Il trancha aussi en faveur de son légat le conflit surgi à Macao avec les autorités locales, et prit souvent la plume pour le recommander (mars-sept. 1711; ibid., 2733-45). La Constitution Ex illa die (19 mars 1715; ibid., 2807-13) urgea une fois de plus l'exécution du décret de 1704. Kang-Hi ayant répondu en expulsant les missionnaires et interdisant la diffusion du christianisme (avr. 1717), Clément XI envoya un nouveau légat, Charles-Ambroise Mezzabarba (12 oct. 1719; ibid., 2909-18, 2933-34), avec pouvoir de nommer quatre nouveaux vicaires apostoliques et de mitiger dans des cas particuliers certains points de la Constitution de 1715. Le pape mourut pendant la durée de cette légation.

Le 4 janv. 1716, il avait refusé de créer en Chine de nouveaux évêques suffragants du Padroado (Streit, VII, 2842).

6° Afrique; Amérique. — Clément XI répondit avec empressement aux avances du négus d'Abyssinie en lui envoyant le frère mineur Joseph de Jérusalem porteur d'un message bienveillant {Epist., 206). 11 revint à la charge sous ses deux successeurs et écrivit également à l'archevêque copte d'Éthiopie et à l'abbé général des moines abyssins de S. -Antoine (ibid., 642, 1631). Mais les difficultés de communication entravèrent tout rapprochement durable. En 1701, Clément XI avait aussi recommandé au roi de Nubie le travail apostolique du franciscain Damien de Rivolo {ibid., 71).

En 1707, il écrivit aux souverains du Congo : le roi Pedro, auquel il envoya un diadème et un chapelet; la reine Marie, la reine mère Anne, et plusieurs chefs (ibid., 411 sq.), qu'il félicita de leur zèle pour la foi catholique. Le 16 avr. 1711, il fit défendre de conférer le baptême au roi d'Angola, à moins qu'il ne promît de ne plus vendre des esclaves baptisés aux négriers hérétiques, et il ajoutait : non per hoc intenditur approbari huiusmodi venditionem passe licite ficri personis catholicis, mancipiorum infidelium, nisi concurrant circumstantiae quae illam licitam reddere valeant (Streit, I, 431).

Plusieurs actes de Clément XI concernent la congrégation américaine des Bethléémites : il leur accorda les privilèges des ordres mendiants et hospitaliers, les reconnut comme une vraie religion sous la règle de S. Augustin et régla divers points concernant leur gouvernement (Bull. Rom. Pont., 55, 299, 385, 431, 643). La congrégation mexicaine de S.-Hippolyte reçut aussi les privilèges des ordres mendiants (ibid., 34).

NT XI

En 1720, les deùx vicairies brésiliennes des carmes furent élevées au rang de provinces (Bull. Carm., iv, 76).

V. Les affaires intérieures de l'Église. — l» Mesures cliuerses. — Soucieux du niveau moral et de la tenue extérieure de son clergé, Clément XI fit poursuivre dès son avènement la visite des églises romaines (14 janv. 1701 ; Bull. Rom. Pont., 6). Il renforça l'obligation de la résidence pour les pasteurs ayant charge d'âmes. Il leur prescrivit l'assistance à une retraite annuelle et recommanda la pratique des Exercices spirituels d'après l'esprit de S. Ignace et de S. Vincent de Paul (1" févr. 1710; Magn. Bull., viii, 422). Il prescrivit aussi les retraites d'ordination et les retraites de dix jours avant les vœux. Le port de la perruque au cours des cérémonies sacrées et la participation aux cérémonies scéniques furent interdits aux prêtres (i&irf., 451, 409).

Clément XI eut aussi à cœur de remédier à l'ignorance religieuse des masses (26 juill. 1701, 16 mars 1703; ibid., 405, 407). 11 rappela la nécessité de sanctifier les dimanches et jours de fête (publ. L. Mufioz Gasparini, Rama. sept. 1925, p. 409) et imposa aux curés l'obligation d'expliquer ces jours-là à leurs ouailles le catéchisme de Bellarmin. Sur ce dernier point, il adressa à tous les prélats d'Italie une ordonnance générale avec une instruction en quatorze chapitres, qu'il précisa encore deux ans plus tard (26 juill. 1701, 16 mars 1703; Magn. Bull., viii, 257, 261). Ces divers points furent repris et complétés par l'édit du 13 sept. 1713 (Magn. Bull., viii, 257 ; Bull. Cl. XI, 717), qui exigea en outre un certificat de catéchisme pour être admis à la confirmation, aux ordres, au mariage et à l'entrée en religion, et prescrivit à chaque curé de tenir une liste des enfants ayant l'âge d'apprendre le catéchisme (cf. aussi 5 oct. 1719; Magn. Bull., viii, 261 ; Bull. Cl. XI, 727).

Les missions populaires furent développées. Pendant les neuf premières années de son pontificat, il prêcha lui-même à S. -Pierre aux fêtes de Noël, de Pâques et des SS. Pierre et Paul (sauf Noël 1704 et 1705, à Ste-Marie-Majeure; publ. dans Opéra Omnia, 11^ part.).

Le 22 mai 1712, Clément XI canonisa quatre saints : le pape S. Pie V, le théatin André Avellin, le capucin Félix de Cantalice et la Clarisse Catherine de Bologne (Bull. Rom. Pont., 506, 518; voir l'homélie qu'il prononça à S. -Pierre dans Opéra omnia, part. 11, col. 69- 74); la publication des deux derniers ne fut faite que par Benoît XIII, le 5 juin 1724 (Bull. Rom. Pont., xxii, 36, 41). Le 8 mai 1716, le jésuite François Régis fut béatifié (ibid., xxi, 704). Les actes de cette béatification, ainsi que des quatre canonisations précédentes furent publiés par J. Chiapponi (Rome, 1720). Clément XI approuva le culte immémorial rendu à plusieurs autres serviteurs de Dieu (liste dans Pastor, 249; Novaes, xii, 154-162; Bull. Rom. Pont., xxi. Index, au mot Cultus immemorialis). A la demande de Jacques III Stuart, il accorda à Anselme de Cantorbéry le titre de docteur de l'Église (3 févr. 1720; Magn. Bull., viii, 441). Le culte de six saints fut étendu par lui à l'Église universelle (Magn. Bull., 431, 437), de même que l'office de S. Joseph qu'il avait composé luimême (3 févr. 1714; ibid., 437; O. Pfulf, Die Verehrung des hl. Joseph in der Gcschichte, dans Stimmen aus Maria Laach, xxxviii, 1890, p. 297); de même encore la fête du Rosaire, en souvenir de la victoire de Peterwardein (décret de la Congrég. des Rites, 3 oct. 1716; Magn. Bull., xiii, 440). La fête de la Conception de la Vierge immaculée fut déclarée fête de précepte, pour implorer le secours du ciel en une période très critique (6 déc. 1708; Bull. Rom. Pont., xxi, 338). Le titre du mandement portait : Ut festum Conceptionis B. M. V.

immaculatae de praecepto ubiguc. servelur. Un éditeur ayant publié cette bulle en changeant de place l'adjectif immaculatae de manière à lui faire déterminer Conceptionis, le pape fit retirer cette édition (12 oct. 1709; Moroni, xv, 145; Rcusch, ii, 232). De très riches indulgences furent attachées à cette fête (Bull. Rom. Pont.. XXI, 388).

2° Les promotions cardinalices. — Les 70 cardinaux créés par Clément XI en quinze promotions renouvelèrent presque entièrement le Sacré Collège.

Le 17 déc. 1703, il conféra le chapeau à Francesco Pignatelli, en reconnaissance des bienfaits reçus de son oncle Innocent XII.

Le 17 mai 1706, furent nommés 20 cardinaux, parmi lesquels seulement 2 étrangers : le converti Christian Auguste de Saxe, et Joseph-Emmanuel de la Trémoille. Le reste se composait d'anciens nonces, d'exgouverneurs et fonctionnaires : Francesco Martelli, Lorenzo F"ieschi Casoni, Francesco Acquaviva, Tommaso RufTo, Orazio Filippo Spada, Francesco A. Gualteri, Ranuccio Pallavicini, Giandomenico Paracciani, Niccolo Grimaldi, Carlo Colonna, Giuseppe Vallemani (publ. le l'"' août 1707), Alessandro Caprara, Agostino Fabroni, Pietro Priuli, Lorenzo Corsini, Giovanni Baduari et Gabriele F"ilippucci; ce dernier obtint le même mois d'être déchargé de cet honneur (7 juin 1706; Orat. consist., 22) et fut remplacé aussitôt par jMichclangelo Conti (Guarnacci, ii, 138).

Le l'^'' août 1707, la pourpre fut conférée à Charles- Thomas Maillard de Tournon, légat pontifical en Chine. Le 15 avr. 1709, à Ullsse Gozzadini et à Antonio F. Sanvitalli. Le neveu du pape, Annibale Albani, remplaça le 23 déc. 1711 Francesco Maria de'Medici qui avait obtenu de renoncer à sa dignité pour éviter l'extinction de son nom (26 juin 1709; Orat. consist., 32).

La nombreuse promotion du 18 mai 1712 totalisa 18 nominations, dont 6 pour les couronnes ; Wolfgang Hannibal von Schrattenbach, pour l'Empire; Nuno da Cunha de Atayde, pour le Portugal; Armand-Gaston de Rohan, pour Louis XIV ; Melchior de Polignac, pour le prétendant Jacques III d'Angleterre; Manuel Arias y Porres, pour l'Espagne de Philippe V; le bénédictin Benoît Sala, évêque de Barcelone, pour l'Espagne de Charles III (ces trois derniers publ. le 30 janv. 1713). Les autres étaient soit d'anciens diplomates : Giovanni Battista Bussi (publ. le 26 sept. 1712), Giulio Piazza, Giovanni Antonio Davia, Antonio Felice Zondadari, Agostino Cusani; soit d'anciens fonctionnaires : Luigi Priuli, Ludovico Pico délia Mirandola, Pietro Corradini, Curzio Origo (ces trois derniers publ. le 26 sept. 1712); soit des religieux : le capucin Francesco Maria Casini, le jésuite Giovanni Battista Tolomei, le théatin Giuseppe Maria Tonmiasi, qui sera béatifié par Pie VU. Ce dernier était un des quatre théologiens dont les arguments avaient vaincu jadis la répugnance du pape à accepter son élection; cette fois, pour lui faire accepter sa nomination au cardinalat, le pape dut employer envers lui les mêmes arguments que ceux dont il s'était servi alors.

Le 30 janv. 1713 eurent lieu, outre les 3 publications pour les couronnes, 2 nouvelles nominations : Benedetto Odcscalchi et Damian Hugo von Schtinborn (toutefois ce dernier, candidat de l'empereur, resta in petto jusqu'au 29 mai 1715). Le 6 mai 1715, I-'abio Olivieri venait d'être promu cardinal, et le 29 mai eurent lieu 4 autres nominations : Henri Thiard de Bissy, évêque de Meaux, Inigo Caracciolo, Bernardino Scotti et Carlo Maria Marini (ces trois derniers publ. le 16 déc. 1715).

Ce même 16 déc, furent encore nommés Niccolo Caracciolo, Giovanni Patrizi, Niccolo Spinola et Fernando Nuzzi.

CLÉMENT XI

En 1717, ne furent conférés que 3 chapeaux : le premier à Alessandro Gilberto Borromei (15 mars); les deux autres, le 12 juilL, pour des motifs de politique internationale, à Giulio Alberoni, candidat de Philippe V, et à Emmerich Czacki, candidat de l'empereur (ce dernier ne fut publié que le l^' oct. 1717).

La troisième grande promotion du pontificat de Clément XI date du 29 nov. 1719. Elle comprenait : l'archevêque de Reims, François de Mailly, que le pape avait surnommé « le marteau des jansénistes » {Oral, consist., 169); l'archevêque de Malines, Thomas Philippe de Boussu; l'archevêque de Bourges, Léon Potier de Gesvres; Luis Belluga, défenseur intrépide des droits de l'Église en Espagne (le pape dut lui enjoindre, en vertu de la sainte obéissance, d'accepter sa nomination; ibid., 168); Joseph Pereira de la Cerda, demandé par le Portugal; Michael Friedrich von Althan, demandé par l'empereur; Giambattista Salerni; Giorgio Spinola; Cornelio Bentivoglio et Gian F'rancesco Barbarigo (celui-ci publ. le 30 sept. 1720)

Enfm la dernière promotion (30 sept. 1720) comprit encore Carlos Borgia et Alvaro Cienfuegos.

3" Les évêchés et les ordres religieux. — En ce domaine, l'activité de Clément XI consista surtout à confirmer des décrets pris par la Congrégation des Évêques et des Réguliers ou par des cardinaux protecteurs. Les mesures suivantes méritent mention.

Le pape préconisa ou déclara la nomination de 853 évêques. Il érigea un deuxième siège archiépiscopal dans la partie de la ville de Lisbonne renfermant le palais royal et lui conféra la dignité de siège patriarcal avec de nombreux privilèges (7 nov. 1716; Bull. Rom. Pont., XXI, 724-39; cf. 754, 757).

A la demande de l'électeur Maximilien Emmanuel de Bavière, il approuva les règles de l'institut des Dames Anglaises (13 juin 1703). Il approuva pareillement les constitutions des bénédictines du S. -Sacrement (!«'' août 1705), ainsi que les nouvelles constitutions de Vallombreuse (15 mai 1704; Bull. Rom. Pont., XXI, 113-189; cf. 220, 578). Après avoir visité leur couvent à Rome en 1712, il approuva aussi l'institut des Maestre Santé, fondé à Viterbe par Rosa Vernerini. Il introduisit les trappistes à Rome en 1709 et obligea l'abbaye de Casamari, dont il était commendataire, à adopter la règle de la Trappe. Il modifia le régime gouvernemental des cisterciens d'Espagne (1710; ibid., 398). Il accorda des réformes ou des modifications de constitutions aux Mercédaires (29 mars 1702; ibid., 49), aux antoniens de Vienne (12 mai 1703; ibid., 84), aux Trinitaires du rachat des captifs (13 août 1703; ibid., 91 ), à la congrégation de la Mission (9 sept. 1704; ibid., 198), aux bernardins espagnols (29 mars 1720; ibid., 839), aux Silvestrins (2 mai 1720; ibid.), aux Conventuels (7 mai 1720; ibid., 837).

Clément XI approuva la réunion des neuf abbayes bénédictines de Pologne et de Lithuanie en une congrégation dite de la Ste-Croix (22 mai 1709; ibid., 343; cf. Albers, Studien und Mitt. O. S. B., xv, 194 sq., 224 sq.). Il accorda ou confirma plusieurs divisions de provinces : aux Capucins, la division des provinces wallonne et liégeoise (1704; Bull. Rom. Pont., xxi, 104), et celle de la province lilloise en deux custodies d'après la frontière linguistique (1721 ; ibid., 849); aux Frères Mineurs, celle de la province de S. -Antoine au Portugal (1705), et celle des îles Açores et Terceira (1717); aux Carmes, celle des provinces de Pologne et de Russie (1706).

Il accorda aux bénédictins de Bohême, Moravie et Silésie les privilèges de la congrégation du Mont- Cassin (1714; ibid., 627); de môme aux cisterciens des mêmes régions les privilèges d'une congrégation espagnole (1715; ibid., 664). La province d'Italie des Trinitaires déchaussés fut réunie à la congrégation espa-

gnole {Bull. Rom. Pont., xxi, 239). Il réserva aux Carmes le monopole de la distribution des scapulaires (1702; ibid., 71). Il accorda aux Chevaliers de Malte la faculté, toute nouvelle à cette époque, de célébrer la sainte messe sur leurs navires voguant en haute mer (22 mars 1706; ibid., 253) et exhorta leur grand maître à mieux former ses subordonnés aux sciences nautiques, mathématiques et militaires (Epist., 462). Il confirma le duc de Parme, François Farnèse, dans sa dignité de grand maître de l'ordre militaire de S. -Georges et lui concéda de nombreux privilèges (1718; £fu//. Rom. Pont., xxi, 791). Dans ses Mémoires (p. 154), le P. Timothée de La Flèche raconte que le pape l'aurait chargé, en 1713, de gagner Louis XIV à l'idée d'une suppression de la congrégation de S.-Maur, qu'il projetait depuis longtemps. I 4" L'activité sociale. — Sous le pontificat de Cléj ment XI, la population romaine fut très éprouvée par divers cataclysmes, les uns particuliers à la ville ou aux États pontificaux, d'autres communs à toute 1 l'Europe. Le Tibre submergea les bas quartiers de Rome au moins une demi-douzaine de fois. Les tremblements de terre furent au moins aussi fréquents : ceux des 14 janv. et 2 févr. 1703 causèrent à eux seuls pour 700 000 scudi de dégâts rien qu'à Rome, et plus encore à Norcia, Foligno et surtout à Spolète: ils furent suivis de la grande panique de la nuit du 2 au 3 févr. 1703, le bruit ayant couru que Rome serait détruite avant 2 heures. Des années de sécheresse et ; des hivers rigoureux (1706, et surtout 1709) furent j suivis de mauvaises moissons, de disettes et d'épidé- I mies. Chaque fois le pape prescrivit des prières pu- ! bliques et organisa les secours aux populations éprou- I vées. Une de ses premières mesures fut la création de j la Congrégation del Sollievo, chargée des affaires éco- ! nomiques et spécialement du ravitaillement (l'^'' février j 1701; Bull. Rom. Pont., xxi, 10). Plus tard, il étendit ! la compétence de la Congrégation del Buon governo aux communautés faisant partie des possessions nobiliaires et, à la suite de l'épidémie de peste bovine de 1713, il fonda une Congrégation spéciale pour les questions agricoles {Bull. Rom. Pont., 611). Conseillé par son médecin Lancisi, il prescrivit aussi des mesures sanitaires et encouragea même des recherches scientifiques pour prévenir le retour de tels cataclysmes. En la terrible année 1709, il institua une commission de ! santé publique. En 1720, les mesures qu'il fit prendre : tinrent Rome à l'abri de l'épidémie de peste qui décima ■ la Provence. A cette occasion, il envoya à l'évêque de ! Marseille, Mgr de Belzunce, 2 000 cargaisons de blé (Epist., 2411).

Clément XI prescrivit aux Ordinaires et aux supérieurs d'ordres de faire quêter au moins deux fois par an pour le rachat des esclaves chrétiens (25 mai 1709, 14 sept. 1713; Bull. Rom. Pont., xxi, 347, 577). Il consacra 27 000 scudi à l'érection d'un refuge pour repenties. La maison de correction de S. Michèle fut réformée par ses soins : séparation des détenus par classes d'âge et de moralité, amélioration du logement et de l'ordre du jour, formation religieuse. 11 fit restaurer l'hôpital de S. Maria délia Consolazione, ériger celui de S. Marta, ainsi qu'une maison d'accueil pour prêtres étrangers. Il lutta aussi contre le banditisme et pour le relèvement des mœurs : sous son i)ontificat le nombre des filles publiques dans la ville de Rome tomba de 487 à 254. Il approuva une série de changements à apporter aux statuts des travailleurs du fer (1702; ibid., 59); il confirma en 1712 ceux des barbiers et en 1716 ceux des musiciens (Bull. Rom. Pont., XXI, 487, 714). En 1719 et 1720, il prit des mesures protectionnistes contre l'importation de tissus étrangers (Bull. Cl. XI, 790-96). Pour ])arer aux répercussions financières de sa politique étrangère, il fit prendre

NT XI

plusieurs mesures monétaires (G. Garampi, Saggi d'osservazioni sul valore délie anliche monele pontiflcie, s. 1. n. d. [Rome, 1766], 101 sq.)-

Le pape encouragea aussi les travaux d'utilité publique : il fit aménager un port fluvial à la Ripetta (1703-1704) et établit des greniers publics (1705); il fit travailler aux murs de la ville, aux aqueducs et aux fontaines. Des travaux d'assainissement, de reconstruction et d'urbanisme turent aussi entrepris dans la plupart des villes de province, surtout à Urbin, sa ville natale (Pastor, 381-83), et à Civitavecchia dont l'approvisionnement en eau potable fut assuré. Le réseau routier des États de l'Église fut amélioré et un nouveau pont de 150 pieds de haut fut construit sur le rio Maggiore, à la sortie de Città di Castello.

5° Les sciences et les arts. — Malgré les temps difficiles. Clément XI ne les négligea pas. Parmi les savants qu'il honora de sa familiarité, le principal fut Giovanni Maria Lancisi, son médecin privé, amateur d'archéologie, auteur de plusieurs ouvrages scientificjues et directeur des travaux d'assainissement urbain entrepris durant son pontificat. Il accorda encore diverses faveurs à de nombreux savants et lettrés (liste dans Pastor, 364 sq.). Il s'intéressa aux études entreprises pour parfaire la réforme grégorienne du calendrier; il fit interroger à cet effet les principales universités d'Europe et nomma une commission de compétences, qui se prononça pour le maintien du statu quo. Il chargea douze astronomes de dessiner une ligne méridienne dans l'église de S. Maria dci Angeli. La Bibliothèque Vaticane compte Clément XI parmi ses principaux bienfaiteurs : il fut le vrai fondateur de sa section orientale dont il constitua le premier noyau, avec l'aide des frères Assemani, par l'acquisition de plus de 300 manuscrits orientaux, parmi lesquels le Pentateuque samaritain et les premiers exemplaires parvenus en Occident des manuscrits syriaques du désert de Nitrie (H. Lammens, dans Éludes, Lxiv, 1895, p. 286 sq.). Il fit aussi réorganiser les archives du Vatican. Il inspira ou encouragea diverses publications scientifiques : Bibliolheca orientalis clementina vaticana par Assemani (3 vol., 1719- 28); éditions patristiques des Mauristes (1705); inventaire descriptif des collections de sciences naturelles du Vatican (cf. Mercati, Sludi e documenti, v, 370); continuation des Annales de Baronius par Laderchi; réédition de l'Ilalia sacra d'Ughelli, augmentée par Coleti; histoire monumentale universelle de Bianchini et nouvelle édition du Lîber pontificoUs.

Grand connaisseur d'archéologie, c'est de son pontificat que date la première impulsion donnée aux collections archéologiques du Vatican. Il s'intéressa personnellement aux fouilles, dota le Vatican, le Quirinal, le Palazzo Albani et le Palais des conservateurs de nombreuses antiquités et œuvres d'art, en compagnie desquelles il passait les rares heures de détente que lui laissaient ses affaires. Il étendit la législation protectrice des œuvres d'art, soumettant leur exportation et leur destruction à des formalités restrictives très sévères (18 juill. 1701, 30 sept. 1704; Bull. Cl. XI, 733, 741). Il fonda un musée d'antiquités chrétiennes et projeta de réunir toutes les inscriptions anciennes dans une Galleria lapidaria. Il fit purger le Colisée des gens mal famés dont il était devenu le repaire; il le transforma d'abord en un dépôt de matières premières pour une fabrique d'explosifs, puis, à partir de 1712, donna son appui aux plans élaborés, à la suggestion du P. Paoli, afin d'en faire un lieu consacré àu souvenir des anciens martyrs.

Le pape confia à plusieurs architectes, surtout à Carlo, Francesco et Carlo Stefano Fontana, la restauration de nombreuses églises suivant le goût du temps. Ces travaux de modernisation transformèrent les en-

trées ou les façades de S. Maria in Trastevere, S. Teodoro, S. Marcello et de plusieurs autres églises. Il essayait autant que possible de conserver aux anciens édifices leur cachet d'antan et ne renouvelait entièrement que ceux qui tombaient en ruine, telle la basilique des SS. -Apôtres, dont seuls quelques éléments décoratifs furent sauvés : la reconstruction de cette « dernière église baroque de Rome » dura quatorze ans. A S. -Clément (déclarée église stationnale et titre cardinalice) et au Panthéon, les travaux d'embellissement et de transformation s'étendirent sur toute la durée du pontificat (V. Forcella, Iscrizioni délie chiese e d'altri ediftci di Roma dal sec. XI fino ai giorni nostri, iv, 510; i, 304). A. S.-Sébastien-hors-les-Murs, il fit aménager une chapelle funéraire pour les membres de sa famille.

A S. -Pierre, Clément XI fît achever divers travaux d'ornementation, surtout des mosaïques et des statues; la statue de Charlemagne fut placée à l'entrée, face à celle de Constantin. Le Latran lui doit toute l'ornementation principale de sa nef centrale : les statues des douze apôtres au double de la grandeur naturelle, œuvre de Camillo Rusconi (4 figures), Pierre Monnot et Pierre le Gros (chacun 2), Angelo de'Rossi, Giuseppe Mazzuoli, Francesco Moratti, Lorenzo Ottoni (chacun 1); chaque statue avait coûté 5 000 scudi; le pape en avait pris 2 à ses frais, et trouvé des donateurs pour les autres parmi les souverains d'Europe (Cancellieri, 353-54). Les entreprises architecturales du papes sont énumérées dans P. Rondinius, jDe S. Cl. papa et martyre ejusque busilica in urbe Roma (Rome, 1706, p. XV sq.), dans la Vita di Cl. XI ajoutée à l'ouvrage de O. Piselli Ciuccioli, et dans la biographie en vers de Clément XI par O. lustinianus.

Carlo Maratta, le dernier des grands maîtres de l'école bolonaise, était le peintre préféré de Clément XI, qui lui confia la restauration des Stanze de Raphaël, des travaux à la cathédrale d' Urbin et des fresques mariales dans une chapelle de S. -Pierre.

Clément XI fit installer au Capitole l'Académie des beaux-arts ou de S. -Luc (1701); il fit organiser des expositions annuelles, avec distribution de prix aux auteurs des meilleures productions artistiques (M. Missirini, Memorie per servira alla sloria délia romana Accademia di S. Liica fino alla morte di Ant. Canova, Rome, 1923, p. 157 sq.). En 1711, il encouragea la fondation à Bologne d'une académie similaire, appelée Accademia Clementina (Bull. Rom. Pont., xxi, 440), et en 1715 accorda de nouveaux statuts à l'académie des sciences de cette ville (ibid., 681 ; cf. Moroni, i, 46). A Rome, il contribua à réveiller d'une longue léthargie l'ancienne Académie romaine. Il fit don de vastes locaux et d'une riche bibliothèque à l'Académie dei nobili ecclesiastici (1706); il approuva l'érection d'une académie de théologie à l'université de la Sapienza et lui concéda diverses faveurs (23 avr. 1718; Bull. Rom. Pont., XXI, 785). A Urbin, il permit aux frères mineurs de fonder un collège du S. -Nom de Jésus. Il approuva le plan général de réorganisation des études chez les Carmes (10 nov. 1711; ibid., 454).

VI. Mort. Portrait. — Durant l'hiver 1702-03, Clément XI eut plusieurs crises d'asthme; en 1706 et 1710, il tomba à nouveau malade, la seconde fois si gravement que les chancelleries furent alertées. Deux mois de repos à Castelgandolfo améliorèrent tellement sa santé qu'il renouvela ce séjour les années suivantes. L'hiver de 1720 amena une rechute, aggravée par d'autres indispositions. Il chargea son neveu de lui préparer un caveau à S. -Pierre, dans le pavement de la chapelle du chœur, et en dicta lui-même la laconique épitaphe (Lafltau, ii, 210). A deux reprises l'on craignit pour ses jours, mais le danger fut écarté. Un de ses derniers actes fut de confirmer tous les privilèges accor-

CLÉMENT XI

dés par ses prédécesseurs à l'université de sa ville natale, Urbino (Bull. Rom. Pont., xxi, 851-66). Une pneumonie contractée en dépouillant un fonds d'archives dans une pièce non chauffée lui donna le coup de grâce. Il mourut le 19 mars 1721, fête de S. Joseph, à qui il avait toujours témoigné une particulière vénération. Il fut enseveli au Vatican, d'abord dans une sépulture provisoire, puis, le 20 mars 1722, dans le caveau qu'il s'était fait aménager.

Clément XI possédait la plupart des qualités qui font les grands pontifes. Ses contemporains signalent l'extérieur affable, le regard souriant, la belle prestance de ce prélat à la taille élevée, aux traits réguliers, au menton rasé (pour la première fois depuis Clément VII), sa remarquable faculté de s'adapter à tous ses interlocuteurs et à les mettre à l'aise (voir liste des portraits dans Pastor, 9, n. 3). Le temps qu'il consacrait chaque jour à la prière, son habitude de se confesser tous les jours, la « prière universelle » qu'il composa, la frugalité de ses repas, les libéralités régulières dont bénéficiaient 600 familles indigentes, les visites qu'il rendait en personne aux malades dans les hôpitaux dénotent une profonde piété et une grande charité.

Son désintéressement était plus grand encore, non seulement pour lui-même, mais pour tous les siens. De mémoire de Romain, jamais le népotisme ne fut plus fortement battu en brèche. Dès leur première audience, qui ne leur fut accordée que trois jours après l'élection, son frère et ses neveux surent à quoi s'en tenir : il leur déclara tout net qu'ils avaient perdu un frère et un oncle et qu'ils devraient se contenter à l'avenir de leur condition passée; il leur enjoignit de ne se mêler d'aucune affaire publique et de n'accepter aucune faveur (Pastor, 11, n. 3; Reboulet, i, 49-51). Son neveu Annibale attendit onze ans avant d'être promu au cardinalat. Les autres membres de sa famille furent maintenus sur le même pied que tous les Romains. Au cours des vingt et une années de son pontificat, ils ne reçurent pas un écu. La charge héréditaire de maréchal du conclave étant devenue vacante en 1712, par suite de la mort de Giulio Savelli, le pape la transféra, non à l'un de ses parents, mais à la famille Chigi.

Doué d'une activité dévorante et d'un trop grand désir de bien faire, il estimait devoir tout faire et tout vérifier par lui-même, ce qui ralentissait outre mesure l'expédition des affaires. Il avait une telle crainte de déplaire et un tel désir de maintenir la paix que d'aucuns l'accusèrent de duplicité.

Si son pontificat ne fut pas aussi grand qu'on aurait pu s'y attendre, ce fut surtout parce qu'il fut desservi par les circonstances extérieures : il se situa en une période très mouvementée, marquée par des guerres et des cataclysmes, marquée aussi par une tendance toujours plus nette des milieux politiques à se laïciser et à s'affranchir de toute ingérence de l'Église, même en matières mixtes. Fidèle à ce qu'il estimait son devoir, Clément XI n'a cessé d'élever la voix. Mais, trop souvent pour son prestige, cette voix s'est élevée dans le désert. Trop souvent ses protestations, censures et déclarations de nullité furent totalement dépourvues d'effet. Il oublia qu'une autorité se démonétise à force de n'être pas écoutée, d'autant plus qu'un trop grand nombre de ses interventions visaient le maintien de situations dépassées par le cours des événements.

Œuvres. — Clément XI est le pape dont le plus grand nombre d'autographes ont été conservés. Ils se trouvent surtoiit dans trois dépôts : archives du Vatican, Aliscell. di Cl. XI; Rome, Biblioteca Corsini; Urbin, Biblioteca Albani (privée). Cf. Pastor, xv, 10, n. 3.

La l" éd. des Œuvres complètes de Cl. XI fut entreprise par son neveu, le card. Albani. Elle comprend : I, Orationes

consistoriales, Rome, 1722 (94 des 130 qu'il prononça); — II, Homiliae, Rome, 1722; — III, Bullarium, 2 vol., Rome, 1723, cum vila Cl. XI conscripla a J. C. Baltello; — IV, Epislolae et brevia selecliora, 2 t. en 4 vol., Rome 1724. — Une 2' éd. des Opéra omnia eut lieu à Rome et à Francfort, en 1729. Les 4 parties figurent en 2 vol. Nous renvoyons à l'éd. de Francfort. — Une autre éd., différente de celle du card. Albani, plus complète par ses pièces de correspondance concernant les missions, est Cl. XI epislolae et brevia selecliora, Rome, 1729. — On a des éd. partielles d'une ou de plusieurs homélies en latin : Florence, 1700, 1701; Anvers, 1701; Francfort, 1705; Rome, 1712 (avec trad. en vers italiens par R. Pingue). Certaines furent traduites en plusieurs langues. Sur ses traductions de jeunesse, voir supra, col. 1327.

Sources. — Bullaires des divers ordres religieux. — Bull. pont. S. Congr. de Prop. Fide, i, Rome, 1839, p. 245- 327; II, Rome, 1840, p. 1-29. — Bull. Bom., éd. de Rome, 1735, x-xi. — Bull. Bow. Pont., éd. de Turin, 1871, xxi, 1- 866. — Magnum Bull., éd. de Luxembourg, 1729, xii, p.351- 614. — R. Streit-.I. Dindinger, Bibliotlieca missiomim, l (généralités). Munster, 1916, table, p. 819; vi (Indes, Philippines, Indochine, 1700-99), Fribourg, 1931, tables p. 352, 571 ; VII (Chine, 1700-99), Fribourg, 1931, tables p. 498, 512.

— Synopsis actorum S. Sedis in causa S. J., ii, Louvain, 1895, p. 427-51. — L. Willaert, Bibliotheca janseniana belgica, II (1680-1738), Bruxelles, 1950 {Muséum Lessianum, sect. hist., n. 8), n. 6533, 6955-60, 7099, 7208, 7234-38, 7381, 7475, 7569-72, 7800-02, 8014, 8102-04, 8202, 8204, 8352, 8364, 8500-01, 8602a, 8707-08, 8834-35, 9216, 9287, 9359.

Principales biographies ou notices BioGRAPmguES.

— J. C. Battello, Vita Cl. XI, appendice à l'éd. des Opéra omnia par le card. Albani, 1723. — (Buder), Leben und Thalen des Idugen und bertihmlen Papsles Cl. des Elfflen, 3 vol., Francfort, 1720; existe en trad. franç. — F. Cancellieri, Storia dei solcnni possessi dei Sommi pontefici, Rome, 1802, p. 324-40. — L. Cardella, Memorie sloriche de' cardinali délia Sanla romana Chiesa, viii, Rome, 1794, p. 19-24, 75-194. — Grundliche Nachricht vom Conclave oder Neuesle Historié des romischen Hofes, enlhaltend das Tuhmwûrdige Leben, Begierung und Tod des Papsles Cl. XL, den Ursprung, die Hoheit und Wtirde der Kardinàle usw., wie auch die Wahl und Krônung des neuen Papsles Innocenta XIIL, 2' éd., Francfort, 1721. — M. Guarnacci, Vilae et res gestae Bom. Pont, et cardinalium a Cl. X usque ad Cl. XII, Rome, 1751, t. i, 369; t. n, 1-380. — O. lustinianus. Cl. XI vita libri JII, Sienne, 1738. — P. F. de Lafitau, Vit de Cl. XI, 2 vol., Padoue, 1752. — Artaud de Montor, Ilist. des Souverains pontifes romains, vi, Paris, 1851, p. 236-327 (p. 316-27, médailles frappées sous son pontificat). — Moroni, xiv, 59-70; Index, ii, 269-70. — G. de Novaes, Elemenli délia storia de' Sommi pontefici, XII, Rome, 1822. — Pastor, xv, 1-388. — O. Piselli Ciuccioli, Notizie isloriche délia chiesa parrochiale di S. Maria in Monlicelli di Boma col rislrelto délia vita dei régnante ponlefice Cl. XI restauratore délia medesima, Montefiascone, 1719. — P. Polidori, De vila et rébus geslis Cl. XI, Urbin, 1727; publié aussi dans le Supplemenlo donné par Fassini à VHisl. eccles. de Natalis Alexander (Bassano, 1778). — M. Reboulet, Hist. de Cl. XI, 2 vol., Avignon, 1752.

Autres ouvrages. — A. Aldobrandini, La guerra di successionc di Spagna negli slali dell'Alla Ilalia dal 1702 al 1705 e la politica di Cl. XI, Rome, 1931. — A. Baudrillart, Philippe V et la cour de France, Paris, 1890. — M. Brosch, Gesch. des Kirchenslaates, ii. Gotha, 1882. — G. F. Cecconi, Diario storico 1700-24, appendice à Panciroli Posterla, Boma sacra e moderna, éd. Cecconi, Rome, 1725. — A. Coppi, Discorso suite finanze dello Stalo ponlificio dal sec. XV! al principio dei Z/Z, Rome, 1855. — Fénclon, Correspondance, XI, Paris, 1829, p. 397 (tables). — P. Féret, Une négociation secrète entre Louis XIV et Cl. XI en 1715, dans Bévue des quesl. hist., lxxxv, 1909, p. 108-45. — \V. Friedcnsburg, Die rômische Kurie und die Annahmc der preussiscben Kônigswurde durch Kurfursl Friedrich III. von Brandenburg, dans Hist. Zeilschr., Lxxxvii, 1901, p. 407 sq. — J. Galland, Die Papslwahl des Jahres 1700 im Zusammenhange mil den damaligen kirchl. und polit. Verhdllnissen, dans Hist. Jahrbuch, m, 1882, p. 208, 355, 596. — G. Hanotaux, Becueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Weslphalie jusqu'à la Bévol. franç., t. xvii, Borne, vol. ii (1688-1723). — H. Hantsch, Beichsvizekanzler Friedrich Karl Graf von Schônborn (1674-1746). Einige Kapilel zur politischen Gesch.

Page 1