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■J. L'affaire des mariages mixtes d'Alsace, en faveur desquels le roi et l'épiscopat alsacien désiraient obtenir un pouvoir général de dispense. La réponse du pape au cardinal de Rohan fut négative (16 nov. 1763; ibid., 125).
5. La réunion de l'abbaye bénédictine de S. -Vincent de Metz à celle des chanoinesses de S. -Louis de la même ville. Une demande en ce sens fut refusée à deux reprises (1765 et 1766).
Il est significatif de constater qu'alors que ces divers points sont mentionnés et parfois expliqués dans les instructions remises par le roi au marquis d'Aubeterre, lors de son départ pour son ambassade à Rome (oct. 1763), la question des jésuites y est entièrement passée sous silence. Louis XV estimait donc inutile, superflu ou inopportun de négocier à Rome sur ce sujet. Lorsqu'il se fut décidé à sanctionner et à uniformiser, par son édit promulgué le déc. 1764, les mesures contre les jésuites prises dans leurs ressorts par les divers parlements de France, il fit représenter au pape par son ambassadeur qu' « il serait inutile et encore plus dangereux que le pape fît aucune démarche directement ou indirectement contraire aux intentions et aux vues du roi » (Hanotaux, 428). Il ne pouvait être question pour le pape d'obtempérer à une telle mise en demeure, d'autant moins que la nouvelle de la promulgation de l'édit royal arriva à Rome au moment où les termes de la bulle Aposlolicum pascendi (voir infra) venaient d'être mis au point. La bulle fut donc publiée (7 janv. 1765) et le pape ne renonça qu'à grand'peine à envoyer aux évêques de France une encyclique spéciale sur ce sujet (ibid., 429). Il se borna à faire parvenir à l'Assemblée du clergé de mai 1765 un bref de teneur plus générale (Barbèri, m, 69). La réception en fut néanmoins interdite par les autorités.
A l'occasion des trois arrêtés royaux du 24 mai 1766, le pape encouragea l'Assemblée du clergé à exposer au roi les suites désastreuses qui en résulteraient pour l'Église et il écrivit au roi dans le même sens, mais sans plus de succès que les fois précédentes {ibid., 196). Sans perdre courage, il revint encore à la charge auprès de l'archevêque de Reims (24 déc. 1766; ibid., 227).
Cependant le pape ne se faisait guère d'illusions sur les perspectives d'avenir du catholicisme en France. Dans une très belle lettre à l'évêque de Lodève, il reconnaît sans ambages qu'à moins d'une intervention divine son existence même se trouvera menacée; il porte un diagnostic clairvoyant sur le mal dont souffre la religion et en dévoile l'origine (17 sept. 1763; ibid., II, 411). Les mêmes idées reviennent d'ailleurs continuellement dans ses lettres aux évêques de France; elles expliquent le mélange de fermeté et de découragement qui caractérise son attitude dans les questions françaises.
3" La Haute-Italie et la Corse. — Dès le début de son l)ontificat, l'ancien évêque de Padoue obtint du sénat de sa patrie vénitienne le retrait de l'édit du 7 sept. 1754 restreignant les rapports entre Venise et le S.- Siège. En retour, il accorda à Venise plusieurs privilèges : celui de pouvoir choisir un auditeur de la Rote, celui d'avoir un cardinal national; il accorda aussi des faveurs à l'église où il avait été baptisé (Barbèri, i, 91 ; II, 47, 346; B. Cecchetti, La repubblica di Venezia e lu Corte di Borna nei rapporti délia religiune, u, Venise 1874, p. 350-68). Il s'éleva auprès du doge, du patriarche et du sénat, contre le choix d'un schismatique, Giorgio Facea, comme chef de l'Église grecque unie de Venise (27 févr. 1762, 22 janv., 31 déc. 1763; Barbèri, ii, 224 sq., 334, 433) La Sérénissime fit la sourde oreille à toutes ses protestations. Venise resta le siège d'un évêque schisniatique jusqu'à la fin du siècle.
Des abus s'étant produits dans le clergé régulier de Venise, la Sérénissime en profita pour édicter, en 1767-68, une législation presque prohibitive : interdiction de recevoir des novices; remplacement de l'autorité des supérieurs majeurs par celle des Ordinaires locaux; restrictions apportées à l'apostolat des réguliers et à leur capacité de recevoir des donations; interdiction d'expédier de l'argent hors des frontières, etc. Clément XIII fit parvenir aux évêques vénitiens une mise en garde, rappelant l'obligation de respecter l'exemption des ordres religieux (1" oct. 1768; ibid., m, 556). Il essaya aussi, mais en vain, de faire comprendre aux autorités vénitiennes qu'elles avaient outrepassé leurs pouvoirs (8 oct., 17 déc. 1768; Guerra, 347; Novaes, xv, 141- 45).
A xMilan, où soutllait le même esprit étatiste, .Marie- Thérèse laissa sou gouverneur, le comte von Firmian, introduire le régime de la censure d'État en vigueur à Vienne et prendre diverses autres mesures contre les privilèges d'Église. Les avertissements et remontrances du pape (7 mai 1766, 31 janv. 1767, 6 févr. 1768; Barbèri, m, 234) furent sans elîet.
En Corse, où la rébellion ouverte contre les Génois durait depuis près de trente ans, la vie religieuse avait fort souffert. Clément XIII y envoya l'évêque de Segni, Cesare Crescenzio de Angelis, comme visiteur apostolique (18 sept. 1759; ibid., i, 233). Celui-ci fut favorablement accueilli par les forces insurgées du général Paoli. Mais le gouvernement de Gênes éleva des difficultés et promit une récompense de 6 000 scudi à qui le ferait prisonnier (14 avr. 1760). Le pape protesta en consistoire et dans une lettre au gouvernement génois (7, 17 mai 1760; ibid., 323, 326). La Constitution In apontolica du 15 mai (ibid., 327) déclara la nullité de cette mesure. Néanmoins le visiteur dut finir par quitter l'île. Un autre conflit avec les Génois eut lieu en 1763, à l'occasion de l'expulsion des servîtes (ibid., II, 417).
De 1761 à 1764, Clément XIII fut aussi en désaccord avec la république de Lucques à l'occasion de la nomination de son archevêque.
Trois documents principaux intéressent les rapports entre Clément XIII et le royaume de Sardaigne : son instruction du 14 janv. 1761 (liuccolta di concordati, 459) sur le fonctionnement des tribunaux ecclésiastiques; la révision du concordat conclu avec Benoît XIV (3 sept. 1763; ibid., 381); la confirmation d'une convention par laquelle l'évêque de Novare avait cédé à la Sardaigne son domaine temporel de S. Giulio et autres lieux contre divers avantages (15 juin 1767; ibid., 473).
4" L'Europe centrale et septentrionale. — Sous le pontificat de Clément XIII, l'Empire adopta à l'égard du S. -Siège une attitude qui, sans être bienveillante, tranchait néanmoins sur celle des autres grandes puissances catholiques. Cela était dû à la modération et à la prudence de Marie-Thérèse. Peut-être le pape se faisait-il illusion sur les sentiments réels de Vienne à l'égard du S. -Siège. Peut-être ne fit-il que s'appuyer sur le parti qu'il savait être le moins, défavorable? En fait, il multiplia à Vienne prévenances et prières, mais sans grand succès.
Un de ses premiers actes fut de concéder à Marie- Thérèse le titre de Majesté Apostolique, revendiqué depuis plusieurs siècles par les souverains de Hongrie (19 août 1758; Barbèri, i, 20). En 1761, il lui accorda le privilège de voir son nom et celui de ses successeurs insérés au canon de la messe (ibid., ii, 108 sq.).
Craignant que le statut religieux de l'Allemagne ne I fût remis en question par suite de la guerre de Sept I ans et que les principautés ecclésiastiques de Munster, I Paderborn et Hildesheim n'y fissent les frais d'un arrangement entre les puissances. Clément XIII re-
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commanda à l'empereur François I'"' et à Louis XV la défense des intérêts catholiques partout où ils seraient menacés (15-18 nov. 1758; ibid., i, 55 sq.). En maijuin 1761, puis de nouveau en oct. 1762, il revint à la charge dans le même but auprès des principaux souverains catholiques d'Europe et spécialement des princes allemands {ibid., ii, 116-20, 130-32, 139, 310- 15). Les diplomates ayant projeté la réunion d'une conférence de la paix à Augsbourg, le pape désigna Mgr Garampi pour y assister comme agent privé et l'envoya en Allemagne, sous le couvert d'une visite canonique à faire dans une abbaye (1761). Mais la conférence n'eut pas lieu.
Au cours de cette guerre, le pape soutint l'Autriche catholique contre la Prusse protestante : il lui fît expédier secrètement des subsides et permit l'imposition d'une contribution de guerre à son clergé. Mais le récit de l'épée consacrée qu'il aurait fait parvenir au maréchal Daun pour le féliciter d'avoir remporté sur Frédéric II la victoire de Hochkirch ne repose que sur un faux bref, confectionné et publié par le roi de Prusse lui-même en mai 1759 (preuves dans Pastor, 479, n. 3).
A l'occasion de l'élection impériale, il fit recommander aux électeurs la candidature de Joseph II (14 janv. 1764; Barbèri, ii, 435) et se plaignit de l'afïront infligé à son nonce, Niccolo Oddi, à la diète de Francfort réunie dans ce but (8 mars 1764; Pastor, 483). Il se contenta d'une lettre d'excuses de l'archevêque de Mayence. Par suite d'une difficulté de procédure, il ne confirma l'élection de Joseph II et ne lui concéda le jus primarum precum qu'après un délai de deux ans (11 juin 1766; Barbèri, ii, 457, 459; m, 187, 189).
Clément XIII prit également à cœur la cause du jeune landgrave, Frédéric de Hesse-Cassel, dont la conversion au catholicisme en 1754 avait alarmé les princes protestants allemands. Son accession au trône ne fut consentie qu'à la condition de respecter strictement le statu quo religieux : ses enfants eux-mêmes ne pourraient être élevés dans la religion de leur père et aucun lieu du culte catholique ne pourrait être ouvert dans toute l'étendue du territoire. Même la correspondance du landgrave avec le S. -Siège fut soumise à diverses entraves. Le pape se plaignit de cet état de choses auprès de l'empereur et de ses correspondants habituels (10 mai 1759, 29 févr., 16 avr. 1760; Barbèri, i, 105, 292 sq., 307). Il n'obtint rien.
Il eut encore à intervenir contre le cumul des évêchés : il refusa au cardinal Jean-Théodore de Bavière, qui occupait déjà les sièges de Freising, de Ratisbonne et de Liège, d'y ajouter encore ceux de Cologne et de Munster, devenus vacants par suite de la mort de son frère, Clément-Auguste (18 mars 1761; ibid., II, 82). Pourtant il accorda au roi de Pologne, Auguste de Saxe, que son cinquième fils. Clément Wenceslas, fût promu à la fois aux trois sièges de Munster, Paderborn et Hildesheim {ibid., 193). Il dispensa encore à plusieurs reprises de l'interdiction de cumuler plusieurs dignités épiscopales {ibid., 104; m, 8).
Il eut aussi à rappeler les souverains au respect des privilèges ecclésiastiques. En cette matière il rencontra autant de difficultés auprès des princes évêques que des souverains laïques. Il dut adresser des plaintes à l'archevêque de Mayence {ibid., ii, 322), à l'évêque de Spire {ibid.), et surtout aux électeurs de Trêves, Philippe von Walderdorf et Clément Wenceslas de Saxe {ibid., m, 164-65). Il conclut avec le duc de Bavière une convention touchant l'immunité ecclésiastique (30 sept. 1758; Raccolla di concordati, 454).
Continuant la tradition de ses prédécesseurs. Clément XIII accorda son soutien aux héritiers dépossédés des Stuarts. Il nomma le cardinal de York, Henri, archevêque de Corinthe et confirma à Jac-
ques III le pouvoir de nommer aux sièges épiscopaux d'Irlande (Barbèri, i, 45, 269; ii, 34; cf. .\rtaud de Montor, 122-23).
Le 19 avr. 1760, il se plaignit dans une série de brefs contre la promesse faite par le duc de Courlande, troisième fils du roi de Pologne, de maintenir dans ce pays le luthéranisme comme seule religion tolérée.
! Dans le drame qui s'ouvrit en 1764 pour l'infortunée 1 Pologne avec la mort de son roi Frédéric-Auguste, j Clément XIII éleva la voix sans se lasser pour défendre les positions privilégiées du catholicisme dans ce pays. Il ne cessa d'insister auprès de l'archevêque de Gniezno, primat de Pologne, pour qu'il s'employât à faire refuser par la Diète l'égalité des droits politiques réclamée par les dissidents soutenus par la Russie, la Prusse, le Danemark et la Grande-Bre- \ tagne (18 août 1764, 6 sept. 1766; Theiner, Vêlera, iv- 2, p. 42, 108). Il écrivit aux souverains catholiques d'Europe pour qu'ils donnassent leur appui au nouveau roi de Pologne, Stanislas Poniatowski (30 mars- ! 3 avr. 1765; 29-30 avr. 1767; ibid., 66, 160). Il exprima ! sa satisfaction de l'attitude énergique prise par la Diète i de 1 766 et fit traduire en italien et publier le discours prononcé à cette occasion par l'évêque de Cracovie, Mgr Soltyk {ibid., 116). Cependant les avertissements elles mises en garde qu'il ne cessa de prodiguer aux chevaliers, aux sénateurs, à l'épiscopat et jusqu'au roi luimême(18avr., 15, 28 juill. et surtout 12 sept. 1767; (èid.. 158, 168 sq., 177 sq.) ne purent empêcher les événements tragiques qui suivirent la Diète de 1767. L'évêque de Cracovie ayant été arrêté et exilé en Sibérie par les Russes à cause de son attitude à cette Diète, le pape protesta (28 nov. 1767; ibid., 201), exhorta Marie-Thérèse et Joseph II à soutenir la Pologne, convoqua un consistoire extraordinaire et fit prescrire des prières publiques pour ce pays (Noël 1767; ibid., 205 sq.) dont l'avenir le remplissait d'inquiétude.
5" L'Espagne et les Deux-Siciles. — Au cours des premières années du pontificat, la confiance réciproque domina les rapports entre Rome et Madrid et une méfiance réticente ceux entre Rome et Naples. A la nouvelle d'une menace ottomane contre Malte, Clément XIII s'empressa d'appeler au secours de la chrétienté en danger les trois alliés du pacte de Famille, ainsi que la Sardaigne et Marie-Thérèse (24 mars- 4 avr. 1761; Barbèri, ii, 82-88).
; Les premiers frottements entre le S. -Siège, l'Esj pagne et les Deux-Siciles furent causés par la condam- ; nation du catéchisme de Mésenguy (infra). A Naples j la réaction contre cette mesure fut spécialement violente : on refusa de recevoir le bref (19 déc. 1761); en guise de représailles, l'exequatur ne fut pas accordé au catéchisme romain et le tout-puissant ministre Tanucci ouvrit la lutte contre les privilèges canoniques qu'il estimait périmés dans un État moderne. Le pape répondit par une note en 26 articles énumérant tous [ ses griefs {Nouvelles ecclésiastiques, 24 août 1762) et i par un bref chargé de plaintes (14 sept.; Barbèri, ii, 300). Il intervint également auprès du roi d'Espagne, 1 Charles III, qui fit parvenir à Naples des conseils de j modération.
Cependant Charles III avait lui aussi été froissé par la condamnation de Mésenguy, dont l'ouvrage avait servi de manuel à son fils, le prince des Asturies. Avec son approbation, le Conseil de Castille édicta, le 18 janv. 1762, une pragmatique et une cédule : la première interdisait, sous les peines les plus sévères, la réception de tous brefs ou bulles non censurés; seuls les documents provenant de la Pénitencerie n'étaient pas soumis à cette loi; la seconde concernait la publication de ces brefs, spécialement celle des décrets de
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l'Index (Theiner, Histoire, 63). Des instances du pape auprès de Charles III, de la reine mère, des cardinaux espagnols et d'autres personnes influentes à la cour de Madrid (Barbèri, ii, 330-33) amenèrent le retrait des mesures incriminées (5 juill. 1763), et la démission de Richard Wall, le principal inspirateur de la pragmatique. Les milieux régalistes espagnols mirent leur drapeau en berne, s'imaginant avoir perdu la partie. Leur défaite fut de courte durée.
Le décès de la reine mère, grande protectrice des jésuites, et la nomination de deux partisans convaincus des idées nouvelles : de Roda comme ministre de la Justice et d'Aranda comme président du conseil de Castille (22 janv.-12 avr. 1765), firent présager un changement prochain de la politique religieuse de l'Espagne. L'occasion ne tarda pas à se présenter.
Un soulèvement ayant éclaté à Madrid, en mars
1766, pour protester contre des mesures de dirigisme vestimentaire, le roi se laissa persuader qu'il n'avait échappé que de justesse à un complot dirigé contre sa vie; que les jésuites en avaient été les instigateurs; qu'ils poursuivaient à son égard de noirs desseins, en disséminant des calomnies sur la légitimité de sa naissance, afin de pouvoir le remplacer sur le trône par son frère Don Luis. Il reprochait aussi aux Pères de contrecarrer la béatification de Juan Palafox (Cordara, Lettere, 445-46). D'Aranda institua une commission extraordinaire d'enquête et, d'accord avec de Roda, se prépara à prendre contre les jésuites des mesures d'exception.
Averti par le nonce de Madrid, le pape écrivit à Charles III pour l'inviter à la modération (22 janv. 1767). Mais quand sa lettre arriva à Madrid, les dés étaient jetés et le nonce jugea préférable de ne pas remettre au roi la missive du pape. Conformément à une décision de la commission d'enquête du 29 janv.
1767, un décret royal du 27 févr., publié le 2 avr., bannit tous les jésuites des pays de la monarchie espagnole (Theiner, Histoire, 72 sq.); il invoquait « des motifs de grand poids; ...l'obligation de maintenir... la tranquillité dans le royaume et d'autres causes pressantes, justes et urgentes que je renferme dans mon cœur royal » (sur ce que pouvait recouvrir cette expression sybilline, les historiens ne sont pas d'accord ; plusieurs récits, impossibles à concilier, parlent de documents compromettants glissés parmi les papiers des jésuites et découverts par la police; à ce sujet, Dudon, 92 sq., répond victorieusement au scepticisme de Pastor, 799-801). Les modalités d'expulsion étaient déterminées tant pour la mère-patrie que pour les possessions du Nouveau Monde et des Philippines. L' » opération césarienne », suivant l'expression de Roda, un de ses inspirateurs, se déroula en Espagne du 31 mars au 2 avr.; aux colonies elle eut lieu dès qu'on eut connaissance des ordres d'expulsion. Une missive du roi, en date du 31 mars, annonça au pape la mesure prise et la prochaine arrivée à Civitavecchia d'une cargaison d'expulsés, auxquels le roi s'engageait à payer une pension annuelle de 90 à 100 piastres par an, pour qu'ils ne fussent pas à charge de la Chambre apostolique.
Profondément afiligé et mécontent, le pape écrivit aussitôt au roi. Dans son bref Inter acer-bissima, du 16 avr., que l'on a qualifié « une des pages les plus admirées de l'histoire ecclésiastique » (Carayon, xv, p. xLviii-LVi ; cf. Theiner, Histoire, 77 sq. ; March, i, 196-98), il épancha son cœur meurtri et supplia le roi de suspendre sa mesure pour la faire examiner par une commission mixte. Il s'adressa aussi aux principaux prélats et au confesseur du roi, Fray Joaquin de Osma, mais sans résultat (Carayon, xv, p. xxiii; March, 198). Ensuite, ayant recueilli l'avis d'une [ Congrégation extraordinaire de huit cardinaux dont j
les délibérations durèrent deux heures (21 avr.), il fit savoir à Charles III qu'au cas où il persisterait dans son dessein, il était décidé à ne pas accueillir les proscrits dans les États de l'Église. Le roi fit répondre à l'auditeur de la nonciature que le pape serait alors un père qui refuserait de recevoir ses fils dans la détresse et que tout l'odieux en retomberait sur lui. Dans sa réponse au pape (2 mai 1767), il expliqua qu'il ne s'était résolu à cette extrémité que pour des motifs de la plus haute gravité et qu'il ne pouvait plus être question de revenir en arrière (Theiner, Histoire, 85; Ravignan, i, 167; March, 201).
L'après-midi du 13 mai 1767, un premier convoi de 570 jésuites parut devant Civitavecchia. Ils reçurent défense de mettre pied à terre. Sur de nouvelles instances de l'ambassadeur d'Espagne, le pape réunit de nouveau la Congrégation extraordinaire : certains cardinaux furent d'avis de procéder à la sécularisation de tous les jésuites espagnols, ce qui aurait peutêtre permis de négocier leur retour dans leur patrie. Le pape, d'accord avec la majorité, maintint sa décision première. Il n'est pas exclu, bien qu'impossible à prouver, que les conseils du P. Ricci, général des Jésuites, aient également contribué à cette décision (Carayon, xvi, 405 sq.).
Les autorités génoises ayant accordé l'autorisation, le convoi fit route vers Bastia où, après de nouveaux pourparlers, les proscrits furent enfin débarqués, le 30 juin 1767. Mais le 15 mai 1768 la Corse passa sous la souveraineté française. Expulsés une fois de plus, les jésuites espagnols furent cette fois accueillis dans les États pontificaux. Ils étaient dans un tel état de dénùment qu'il était devenu décemment impossible de leur refuser l'accueil. 11 leur fut seulement interdit de venir à Rome sans permission expresse.
A cette date, le pape avait déjà été obligé d'accueillir plusieurs autres groupes de jésuites proscrits.
A Naples, Tanucci brûlait d'imiter l'exemple espagnol. Faute d'obtenir des ordres explicites de Madrid qui eussent permis de le couvrir, il institua une « Commission des abus » dont les conclusions déterminèrent le roi Ferdinand à signer un décret expulsant tous les jésuites du royaume des Deux-Siciles (31 oct. 1767). Au cours des deux mois suivants, les proscrits furent conduits à la frontière des États pontificaux. En déc. 1767, le pape fit adresser à plusieurs puissances catholiques un mémoire protestant contre cette violation flagrante du droit des gens. Il protesta encore directement à Naples contre de nouvelles mesures contraires aux concordats en vigueur et il reprocha à l'archevêque de Naples, Antonio Sersale, et à plusieurs évêques d'avoir manqué de loyauté dans leur attitude. Les relations entre Rome et Naples devinrent très tendues. Les évêques ne tinrent pas compte des remontrances pontificales et Tanucci fit composer une réfutation du mémoire pontifical, laquelle fut à son tour réfutée à Rome (ibid., 444). Mais, pour des motifs de politique intérieure, Tanucci recula devant une rupture complète avec Rome. Sa maxime était qu'avec Rome il fallait « tenir bâton levé et bouche close ».
L'exemple donné par tant de grands souverains fut encore imité par le grand maître de l'ordre de Malte, Emanuel Pinto. Toutefois, avant de passer aux actes, il jugea plus prudent d'en négocier les modalités avec le S. -Siège. Seulement, l'expulsion des jésuites une fois réalisée (23 avr. 1768), il ne remplit pas les autres stipulations de l'accord intervenu. 11 en résulta un long froissement avec Rome, qui se termina par la proposition d'un nouveau modus vivendi réglant le sort des biens ayant appartenu à l'ordre (13 juill. 1768; Bar- I bèri, III, 543).
j Après l'expulsion des jésuites d'Espagne, le pape
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ne réussit plus à freiner l'orientation de plus en plus régaliste de la politique de Madrid dirigée par le fiscal Campomanès. Le 16 juin 1768, la pragmatique de 1762 fut rétablie et augmentée; les biens des jésuites furent mis sous séquestre, les confréries et congrégations qu'ils avaient dirigées, dissoutes. Il ne suffisait pas d'abattre les jésuites, c'est le jésuitisme tout entier qui devait périr. Plusieurs évèques espagnols ayant collaboré à ces mesures, le pape leur fit savoir sa désapprobation (Theiner, Histoire, 136). Mais les remontrances pontificales trouvèrent encore moins d'écho en Espagne qu'en France.
6° Les prodromes de la suppression des Jésuites. — Les premiers échos d'une campagne pour la suppression totale de la Compagnie de Jésus se perçoivent dès la première moitié du xviii^ s. Au cours des années suivantes, leur ampleur augmenta si bien qu'en 1758, à l'occasion d'une séance académique organisée par le (Collège romain en l'honneur du nouveau pape, un madrigal fut affiché à la porte de l'établissement, prédisant la suppression de l'ordre. Personnellement Clément XIII et plus encore le cardinal Torrigiani, son secrétaire d'État à partir d'oct. 1758, étaient acquis à la cause des Pères. Mais, dans les milieux d'Église, une fraction imposante et agissante, comprenant jusqu'à des cardinaux et des généraux d'ordre, leur était hostile. Pour des motifs différents, presque tous les cercles qui donnaient le ton en matière philosophique, scientifique et littéraire, et encore davantage le corps des fonctionnaires et des parlementaires, communiaient en cette hostilité. Dès 1761, dans leur correspondance, Tanucci et les milieux régalistes espagnols estiment nécessaire leur suppression complète. Tous ne souscrivaient pas aux reproches variés que l'opinion publique colportait sur leur compte. Mais beaucoup de tempéraments pacifiques estimaient que, puisqu'ils étaient devenus une cause de dissensions graves au sein de l'Église, la tranquillité publique exigeait leur effacement. Lorsque les trois principales puissances latines auront procédé à leur expulsion, l'empereur Joseph II leur fera même donner par son confesseur le conseil discret de prendre eux-mêmes les devants sur une mesure dont l'éventualité n'était plus qu'une question de temps (Pastor, 935).
S'ils comptaient beaucoup d'ennemis, les Jésuites n'étaient pas dépourvus de partisans, même très haut placés. De janv. 1759 à janv. 1760, cinquante-sept archevêques et évêques de presque tous les pays d'Europe écrivirent au pape, certains d'entre eux plusieurs fois, pour protester contre les violences dont ils étaient victimes au Portugal. Vingt et un évêques firent de même en 1763 et 1764, lors des événements de France; ensuite les remous causés par la bulle Apostolicum pnscendi et par les événements d'Espagne occasionnèrent à leur tour un abondant commerce épistolaire entre le S. -Siège et les évêques.
Les lettres envoyées par les évêques au pape au sujet des Jésuites, de 1758 à 1767, ont formé deux collections. La première, réunie par le cardinal Louis de Gonzague, est conservée aux archives générales de la Compagnie de Jésus à Rome; l'autre, rassemblée par le P. Lagomarsino, se trouvait avant la dernière guerre à la Bibliothèque nationale de Palerme. Des régestes de la correspondance du pape à ce sujet se trouvent dans la Synopsis du P. Delplace. Une liste (partielle) des prélats qui écrivirent au pape et de ceux auxquels le pape répondit est contenue dans Ravignan (i, 405-09, 412-14, 416-19). Le même auteur publie plusieurs de ces lettres in extenso (i, 410-12, 414-16, 453-57; ii, 96-202, 335-66). Les hullaires en renferment également un grand nombre (cf. Barbèri, ii, 454; m, 60- 61, 72-73, 124-25, 128-30, 144, 153, 158, 171. 175. 195, 197; March, 320, n.).
Les événenienls de Poilugai et de hraiice ne mettaient pas encore en cause l'existence même de la
Compagnie. Cependant le pape estimait que ses réponses individuelles aux prélats qui étaient intervenus en sa faveur ne suffisaient pas à compenser le scandale causé par des mesures publiques dont les conséquences pouvaient être très graves pour l'avenir de l'Église. Pour prévenir toute ambiguïté sur ce point et pour décharger sa conscience (voir ses lettres aux évêques où il explique les raisons de son attitude, Barbèri, m, 60 sq. ; March, 103, n.). Clément .XIII décida de publier une déclaration solennelle contenant une nouvelle confirmation de l'institut des Jésuites. Ce fut la bulle Apostolicum pascendi, promulguée le 7 janv. 1765 (Barbèri, m, 35-39). La rédaction en avait été confiée à Mgr Giacomelli; les modifications proposées I par le cardinal Castelli et les précisions suggérées par quelques jésuites, parmi lesquels le P. Ricci, ne furent pas retenues. Les détails donnés à ce sujet par Pastor (692) réduisent à néant le roman forgé par Theiner {Histoire, 57).
La bulle Apostolicum fut très mal accueillie dans les milieux gouvernementaux. Les parlements de Paris, de Rouen et d'Aix la condamnèrent ; ce dernier la fit brûler sur la place publique par le bourreau (26 janv. ; Reusch, op. cit., i, 924; Theiner, Histoire, i, 61). En Espagne et dans la plupart des pays d'Italie : Naples, Venise, Florence, Gênes, Turin, Parme, Modène, Milan, son impression, sa vente et même sa détention furent interdites sous les peines les plus sévères, qui allaient à Venise jusqu'à la peine de mort (détails dans Theiner, Histoire, 58-62). Tanucci contraignit le vice-roi de Sicile à retirer Vexequatur qu'il lui avait déjà accordé. Même en Autriche, Marie-Thérèse fit prohiber sa publication (B. Duhr, Die Kaiserin Maria Theresia und die Aufhebung der Gesetlschajt Jesu, dans Slimmen der Zeit, ex, 1925-26, p. 212 sq.). En 1766, parut à Venise une édition apocryphe de Brevi di S. S. Clémente XIII emanati in favore dei RP. PP. Gesuili colle osseroazioni sopra i medesimi e sopra la boita Apostolicum; elle fut interdite comme nefarium opus et condamnée au feu; une continuation publiée la même année ne fut pas inquiétée. D'autre part, cinquante archevêques et évêques, parmi lesquels S. Alphonse de Liguori, évêque de Ste-Agathe-des-Goths, et quatre prélats d'Amérique latine, écrivirent au pape pour marquer leur joie de ce qu'il eût enfin parlé clairement au monde entier (lettre de S. Alphonse de Liguori au pape, dans Ravignan, i, 142 sq. ; du pape à S. A\phonse, ibid., ii, 357; autres documents, ibid., i, 453-57; n, 335-66).
Ce fut, semble-t-il, l'expulsion des jésuites d'Espagne qui donna l'impulsion décisive à toute la campagne visant à obtenir une suppression radicale de la Compagnie. Alors que leur départ forcé du Portugal et leur dissolution en France se déroulèrent comme des incidents nationaux et furent suivis d'une accalmie au moins temporaire, leur expulsion d'Espagne, suivie du refus du S. -Siège de les accueillir et de leur odyssée en Corse, posa le problème sur le plan international : comment résoudre le sort de plusieurs milliers d'individus, économiquement inemployables, et déclarés indésirables par leurs gouvernements? Toute hostilité mise à part, la question pouvait se poser, d'un simple point de vue humain : était-il indiqué de conserver un ordre composé pour la majeure partie de proscrits auxquels les neuf dixièmes du monde catholique étaient fermés? Cette considération peut avoir influencé certains milieux d'Église du vivant même de Clément XIII. Le pape lui-même en sentait tout le ])oids. Mais à ces arguments d'opportunité politique ou économique il opposa toujours son devoir de rendre justice à un corps qui, dans son ensemble, n'avait nul- ■ lement démérité, et celui de rester fidèle à l'attitude i prise par ses prédécesseurs. Sans être déterminantes.
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l'influence du cardinal Torrigiani et celle du P. Ricci, qu'il consultait volontiers, le confirmèrent dans sa résolution.
On ignorera sans doute toujours d'où partit l'idée d'arracher au Souverain pontife la suppression complète de la Compagnie. D'après l'art. Clément XIJI du i D. T. C. (ni, l'iO), il faudrait la porter au compte du marquis de Pombal ou de son entourage. Ensuite l'Espagne, puis la France l'auraient accueillie. Par contre, le plus ancien document diplomatique mentionné par Pastor (925) et envisageant ouvertement cette éventualité est une lettre de Choiseul à Aubeterre en date du 21 avr. 1767 (Carayon, xvi, 400) : « Si le pape était sage, éclairé et ferme, y disait le ministre français, il n'aurait qu'un seul parti à prendre, ce serait de dissoudre en entier cette Société ». Le 9 mai, une supplique du parlement de Paris demanda à Louis XV « d'obtenir [du pape] l'extinction totale d'une Société pernicieuse à la chrétienté tout entière, et particulièrement redoutable aux souverains et à la tranquillité de leurs États » (Pastor, 925).
Les milieux diplomatiques de la « Triplice » bourbonienne accueillirent ces suggestions avec empressement. Charles III partageait ces idées et Louis XV se laissa persuader par une lettre du roi d'Espagne (19 juin 1767; ibid., 929, n. 1, 2). A partir de mai 1767, ! les correspondances diplomatiques entre les capitales du pacte de Famille et entre celles-ci et leurs ambassades à Rome sont pleines de discussions sur la meilleure méthode à suivre (une partie importante de la correspondance Choiseul-Aubeterre a été publiée par Carayon, xvi, 399-443). On envisagea d'abord de sonder Rome directement : les premières tentatives en ce sens furent entreprises auprès du pape lui-même par son neveu, le majordome Rezzonico (27 mai), puis par l'ambassadeur de France (24 juin; ibid., 407, 412 sq.). Clément XIII répondit à ce dernier que c'étaient là choses auxquelles il fallait même s'interdire de songer. Prié par Choiseul d'intervenir à son tour h Rome, Tanucci refusa : ce serait jjerdre son temps, répondit-il, que de discuter avec le pape sur ce point (25 août). Cependant, d'après une lettre d'Aubeterre à Choiseul, le pape aurait déclaré un jour à l'un de ses neveux « que, si les potentats s'unissaient pour lui demander la sécularisation totale de cet ordre, il ne ferait aucune difficulté de l'accorder » (16 déc. 1767 ; Hanotaux, 430). Aubeterre ou le neveu en question auront sans doute pris leurs souhaits pour la réalité.
Un autre plan fut préconisé par Pombal, qui avait fait pressentir Madrid dès le 8 mai 1767 (Pastor, 929, n. 3-4) : il comportait un recours direct à la menace armée contre les États pontificaux. Il fut abandonné devant les répugnances de l'Espagne. L'idée mise en avant par Choiseul dans une lettre du 11 mai 1767 à Ossun, ambassadeur de France à Madrid : entreprendre auprès du S. -Siège une démarche diplomatique commune des quatre grandes puissances catholiques : Espagne, France, Autriche et Portugal, forma la base de nombreuses négociations. Madrid considérant l'alliance de Pombal comme compromettante et inutile, les avances de ce dernier furent déclinées. D'autre part, tous les efforts pour décrocher l'alliance de ^'ienne échouèrent devant le refus de .Marie-Thérèse de se départir en cette affaire d'une complète passivité. Elle estima toutefois de son devoir d'avertir personnellement le pape des négociations auxquelles elle avait été mêlée (9-11 janv. 1768).
Après que la Consulta de Madrid eut donné son accord de principe (18 oct. 1767), les modalités de la démarche collective projetée furent envisagées par une série de mémoires rédigés en janv. 1708 par des personnalités en vue (le P. Osma, confesseur du roi; de Roda, ministre de la Justice; Grimaldi, ministre des |
Affaires étrangères, etc.; Pastor, xvi-1, 941-44; xvi-2, 416, 418; attention aux erreurs de date!). Tous étaient d'accord pour considérer cette démarche comme indispensable et urgente. Il y aurait avantage <k la faire sous le pontificat de Clément XIII, non qu'il y eût I un espoir sérieux de convaincre le pape, mais pour que le conclave qui suivrait sa mort pût savoir à quoi s'en tenir et faire son choix en connaissance de cause.
Les événements de Parme vinrent à point nommé renforcer leur décision. Après la mort du duc Philippe de Parme (18 juill. 1765), son fils, Ferdinand I", âgé de quinze ans, lui succéda. Le pouvoir réel était entre les mains du premier ministre, Guillaume du Tillot, entièrement acquis aux théories fcbroniennes (voir, sur lui, Benassi, Giiglidmo du Tillot, un ministro riformatore del secolo xviii, Parme, 1924). De 1764 à 1767, du Tillot imposa plusieurs mesures dictées par une politique hostile au régime d'exception dont jouissait l'Église : impôts sur des biens exempts; restrictions aux legs et aux donations pieuses; évocation de causes réservées devant des tribunaux séculiers. Une discussion concernant une affaire matrimoniale lui fournit l'occasion de porter, le 14 janv. 1768, un décret prohibant à ses sujets tout recours à des tribunaux étrangers, même romains, et soumettant l'acceptation ! de tout document pontifical à l'octroi de Vexequatur (Barbèri, m, 485; Benassi, op. cit., v, 257).
Clément XIII répondit par le monitoire du 30 janv. 1768, déclarant nulles toutes les mesures prises « contre la liberté, l'immunité, la juridiction ecclésiastique ■ (Barbèri, m, 483-89). 11 y rappelait aussi les droits du S. -Siège sur le Parmesan et dénonçait le traité d'Aixla-Chapelle qui en avait disposé sans consultation préalable de son suzerain légitime.
Ce monitoire fit dans les milieux progressistes l'effet d'une déclaration de guerre. A Rome même, deux heures après son affichage, tous les exemplaires en avaient été arrachés. A Parme, l'expulsion des jésuites, considérés comme responsables, fut ordonnée le 3 févr. et exécutée le 8; les proscrits furent accueillis dans les États pontificaux. Dans sa correspondance avec l'abbé Galiani, Tanucci ne parla de rien de moins que de supprimer le pouvoir temporel du pape. On retrouve la môme idée dans des lettres de du Tillot et dans celles de Pombal. Sans aller aussi loin, mais tout en ne ménageant pas les termes outrageants à l'endroit du Souverain pontife, Choiseul, d'accord avec Madrid, proposa que les trois cours bourboniennes fissent une démarche collective à Rome pour arracher le retrait du monitoire, sous la menace d'une rupture diplomatique. La démarche concertée eut lieu les 15-16 avr. 1768 (Theiner, Histoire, i, 123-25). Le pape répondit qu'il avait agi selon sa conscience et que les représailles ne lui faisaient pas peur. Il adressa à Madrid et à Versailles un mémoire rédigé en termes très dignes où il ex])liquait son attitude (ibid., 126). Ses destinataires refusèrent de le recevoir. A Madrid on fut à deux doigts de fermer la nonciature. Pour exercer une pression plus forte, des troupes napolitaines occupèrent Bcnévent et Pontecorvo et des troupes françaises Avignon et le Comtat (11 juin 1768). Theiner (ibid., 130-34) décrit d'après les rapports d' Aubeterre l'impression produite sur le pape par ces voies de fait. L'idée d'occuper également Castro et Ronciglione, un instant envisagée, fut abandonnée devant l'opposition décidée de l'Autriche.
Le pape protesta aui)rès des trois souverains responsables contre ces atteintes à la souveraineté de ses États (28 juin 1768). Il supplia Marie-Thérèse et Joseph II, de le soutenir eflicacement (29 juin; extrait dans Pastor, 534, n. 5). La ré])onse de Madrid, de Versailles et de Naples (16, 29 août, 7 sept.) fut une I lin de non-recevoir enrobée dans des formules de poli-
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tesse (résumé dans Pastor, 911-13). De Vienne on avait répondu (2 août) en proposant une médiation aléatoire.
Cédant à une sommation des ambassadeurs bourboniens, qui considéraient le cardinal secrétaire d'État, Torrigiani, comme leur bête noire, le pape renonça à négocier encore avec eux par son intermédiaire. Il chargea de cette tâche délicate le cardinal Negroni et lui confia également celle de correspondre avec les nonces de Paris, de Madrid et de Naples (fin juin-sept.). Pour couper court à de nombreuses rumeurs mettant en cause l'indépendance du gouvernement pontifical à l'égard des Jésuites, le pape fit aussi prier le P. Ricci de ne plus solliciter d'audience.
Malgré toutes ces concessions, les gouvernements bourboniens firent savoir à leurs ambassadeurs à Rome que la poursuite des pourparlers avec le S.- Siège ne pourrait se faire qu'aux cinq conditions suivantes : retrait du monitoire; reconnaissance de la souveraineté du duc de Parme; cession à la France et à Naples des territoires occupés par leurs armées; destitution du cardinal Torrigiani; suppression de la Compagnie de Jésus.
Les ambassadeurs ayant sondé le pape sur ses dispositions quant au premier de ces cinq points, Clément XIII répondit par un nouveau mémoire (mioct.), confirmant la position qu'il avait prise. Bien entendu les puissances refusèrent de le prendre en considération.
Tant que la révocation du monitoire parmesan demeura l'objectif principal de la politique des Bourbons, la suppression des Jésuites passa à l'arrièreplan. Le 19 juin 1768, Choiseul écrivait à son ambassadeur à Madrid : « Nous pensons entièrement comme la cour de Madrid sur la nécessité et l'utilité de l'extinction absolue de la Société des Jésuites, mais nous sommes persuadés que toute réquisition que nous ferions à cet égard dans les circonstances actuelles serait très inutile. Le pape qui s'est si opiniâtrement refusé à la révocation du bref du .30 janv.... se prêterait encore moins à l'abolition et à la sécularisation de l'ordre jésuitique et se porterait peut-être au parti extrême de faire prendre au S. -Siège et à l'autorité pontificale des engagements si forts sur cet objet, que les successeurs de Clément XIII pourraient se croire dans l'impossibilité d'v déroger » (Pastor, 949, n. 1).
Le mémoire négatif du 19 oct. décida les puissances à remettre à l'ordre du jour la question des Jésuites, laissée en veilleuse durant plus de huit mois, mais nullement oubliée, surtout à Madrid. Les trois cours se concertèrent pour établir une unité d'action et faire converger leurs efforts.
Le mémorial à remettre au pape au nom de l'Espagne, approuvé par le Consejo extraordinario du 30 nov. 1768 (texte dans Ferrer del Rio, Hist. de Carlos III, II, Madrid, 18,56, p. 250), fut envoyé à Rome le 6 déc. Celui de la France fut expédié par Choiseul à Aubeterre le 27 déc. II demandait « la destruction totale et irrévocable de la Société des Jésuites et la sécularisation de tous ceux qui la composent » (texte dans Carayon, xvii, 140; Theiner, Histoire, 142 sq.). De Naples, Tanucci se rallia de mauvais gré à cette démarche qu'il estimait inutile; il envoya son mémorandum le 31 déc. (texte dans M. Danvila y Collado, Reinado de Carlos III, ii, 1892, p. 274.)
A peine furent-ils en possession des mémoriaux que les trois ambassadeurs se concertèrent sur la manière de les présenter au pape. Ils décidèrent d'agir en trois audiences successives, l'Espagne d'abord, puis Naples, enfin la France. Les dates de ces trois audiences données, d'après Theiner (Histoire, 142), dans l'art. Clément XIII du D. T. C. (m, 120) et dans d'autres
ouvrages sont inexactes. En réalité l'ambassadeur d'Espagne, Azpuru, fut reçu par Clément XIII le lundi 16 janv. Il lui remit son mémorial que le pape commença à lire pour s'interrompre aussitôt et lever l'audience en déclarant qu'il en examinerait le contenu à loisir. Le reste de la journée le pape fut de très mauvaise humeur et le lendemain il refusa toute audience (Pastor, 952). Le 2t) janv., ce fut le tour du Napolitain, le cardinal Orsini. Le pape perdit le contrôle de lui-même et fondit en larmes. Aubeterre s'étant présenté à son tour le 24 janv., reçut à peu près le même accueil que son collègue espagnol.
Après avoir pris connaissance des mémoriaux, Clément XIII exprima à ses nonces la douleur profonde qu'il en avait ressentie, en terminant par un appel au jugement impartial de la postérité (Theiner, Histoire, 145). Vienne, il le savait, se réfugiait dans l'abstentionnisme le plus strict. Il était donc seul. Il fit savoir au P. Ricci qu'il serait inutile de solliciter la protection des autres souverains catholiques : aucun n'oserait prendre ouvertement fait et cause pour la Compagnie. Mais sa volonté de ne pas céder resta inébranlable : plutôt que de signer un bref de suppression, déclara-t-il un jour au cardinal Calini, il préférerait se laisser couper les mains. Il fit composer un projet de réponse négative et convoqua pour le 3 févr. 1769 une session extraordinaire de la Congrégation des cardinaux. Dans la nuit du 2, il mourut d'une attaque.
III. Clément XIII et l'Église. — 1" Questions dogmatiques et disciplinaires. — Un des premiers actes de Clément XIII fut d'adresser à tous les évêques une encyclique pour leur rappeler les principaux devoirs de leur charge pastorale; il y trace de main de maître le portrait du pasteur idéal : sa charité, sa sainteté, son humilité, sa générosité, sa bienveillance, son esprit de prière, son zèle des âmes, sa prudence et sa vigilance dans le gouvernement, son devoir de résidence et d'enseignement. Et il termine par un appel au courage apostolique, un programme anticipé de son propre pontificat : « Prenons garde que, semblables à ces chiens muets qui ne savent pas aboyer, dont parlent les Saintes Lettres, nous laissions nos brebis devenir la proie des bêtes féroces; que rien ne puisse jamais nous détourner d'afi'ronter nous-mêmes les plus grands périls pour la gloire de Dieu et le salut des âmes... Car si nous redoutons l'audace des méchants, c'en est fait de la vigueur de l'épiscopat et de la sublime et divine autorité nécessaire pour gouverner l'Église » (A quo die, 14 sept. 1758; Barbèri, i, 27-33).
Trois autres encycliques suivirent à peu de distance, sur des points plus précis que le pape jugeait particulièrement importants : le 17 sept. 1759, l'interdiction de se livrer au négoce est rappelée au clergé du monde entier (Barbèri, i, 227); le 20 déc. de la même année, le pape s'élève contre le relâchement dans l'observation du jeûne (ibid., 270); le 11 juin 1761, il rappelle le devoir d'enseigner la religion et mentionne les avantages du catéchisme romain (ibid., II, 134).
Dès son avènement. Clément XIII fut sollicité par le général des Ermites de S. -Augustin, le P. Vasquez, d'accorder une approbation explicite à un mémorial résumant en vingt-trois thèses les principaux points de la doctrine augustinienne. Le pape soumit la requête aux cardinaux du S. -Office et se borna finalement à un décret d'approbation générale (10 janv. 1759; Dammig, 343-48).
Peu après, s'adressant à l'Assemblée du clergé de France (17 mars 1760; Barbèri, i, 301), il exprima son désir que les évêques fissent une déclaration concernant l'encyclique de Benoît XIV sur le refus des sacrements aux chrétiens ne voulant pas adhérer à la
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bulle Unigenitus. Et dans une instruction au clergé du royaume de Sardaigne (12 janv. 1761; ibid., n, 49) il précisa divers points se rapportant à la condition juridique du clergé, à la collation de la tonsure et au privilège du for.
Le 13 sept. 1763, les trois évêques d'Utrecht, de Haarleni et de Deventer, six chanoines et neuf curés, formant l'Église janséniste d'Utrecht, se réunirent pour la première fois en synode provincial. Leurs Acta et décréta secimdae (le premier étant celui de 1565) synodi provinciae Ultra jectensis celebratae parurent l'année suivante. Dès la fin du synode, ils en avaient fait parvenir au pape une copie manuscrite, avec prière « de confirmer leurs décrets par cette puissance et cette autorité qui appartient à la primauté du S.- Siège » (23 sept. 1763). Ni le pape ni le commissaire de l'Inquisition n'y trouvèrent d'abord rien à reprendre. Mais, au printemps de 17C5, une discussion ayant éclaté à leur sujet au sein du Sacré Collège, Clément XIII nomma une commission spéciale qui se prononça, par 4 voix contre 2, pour leur condamnation. Celle-ci fut promulguée le 30 avr. 1765 (Barbèri, m, 67; cf. Reusch, op. cit., ii, 719-20). Le pape excommunia aussi Michiel Walter Van Nieuwenhuysen, élu archevêque d'Utrecht en remplacement de Jan .Meindaerts (l" juin 1768; Barbèri, m, 517).
Au nombre des ouvrages condamnes par Clément XIII figurent : La troisième partie de VHisl. du peuple de Dieu, par le jésuite Berruyer, et les ouvrages de polémique écrits pour le défendre (2 déc. 1758; ibid., I, 61; Reusch, ibid., 811 sq.). — Le livre De l'Esprit, d'Helvétius (31 janv. 1759; Barbèri, i, 88). Le pape félicita la Sorbonne d'avoir condamné cet ouvrage ainsi que V Emile, de Rousseau (26 juin 1759,
26 oct. 1763; ibid., i, 141; ii, 419; voir, sur la réception en France de ce dernier bref, Hanotaux, 440, n. 4). — L'Enci/clopédie, par d'Alembert et Diderot, « comme contenant des doctrines fausses, pernicieuses, conduisant à l'incrédulité et au mépris de la religion et à la corruption des mœurs » (3 sept. 1759; Barbèri, I, 222); l'ouvrage avait déjà été mis à l'Index en mars précédent; la permission de le lire était réservée au pape (Reusch, ibid., 906). — L' Exposition de la doctrine chrétienne, du janséniste Mésenguy (14 juin 1761 ; Barbèri, ii, 132). Cet ouvrage, frappé par l'Index en 1757, avait été depuis lors traduit en italien et fortement répandu. Jusque parmi les treize membres du S. -Office il comptait six partisans convaincus, surtout les cardinaux Orsi et Passionei. L'auteur, âgé de quatre-vingt-trois ans, avait écrit au pape, lui demandant de ne pas le condamner sans l'entendre. Conseillé par un groupe de théologiens (entre autres par Mamachi), Clément XIII préféra passer outre et fit rédiger un bref de condamnation. Pour ne pas devoir le signer, le cardinal Passionei, secrétaire aux brefs, se rendit à la campagne. Mais le pape lui expédia le document avec une mise en demeure de le signer ou de résigner ses fonctions. Passionei s'exécuta. Mais il en conçut un tel ressentiment qu'il en mourut quelques jours plus tard (Dammig, 62, 348-56; Reusch, ibid., 763-65). Cette interdiction fut très mal reçue dans les divers pays (Gazier, op. ■cit., ii, Paris, 1922, p. 120-21). — Le De statu Ecclesiae et légitima potestate Romani pontiftcis de Febronius (Nicolas de Hontheim, évêque auxiliaire de Trêves). L'ouvrage, paru en sept. 1763, fut mis à l'Index le
27 févr. 1764 (Reusch, ibid., 941). Des brefs spéciaux enjoignirent à nombre d'évôques allemands d'en prohiber la lecture dans leurs diocèses (14-24 mars 1764; Barbèri, ii, 450 sq.). Cette interdiction fut froidement reçue en Allemagne. Le nonce extraordinaire, Mgr Oddi, dut insister personnellement auprès de plusieurs évêques pour qu'ils interdissent l'ouvrage
[ condamné. Ailleurs, le pape dut revenir à la charge; ainsi à Trêves, Passau, Bâle, et surtout à Bamberg et Wurtzbourg où le décret ne parut qu'un an après la condamnation romaine. De Paderborn, l'évêque fit savoir que toute mesure était superflue. A Vienne, où la censure des livres dépendait des autorités gouvernementales, l'ouvrage de Febronius la subit victorieusement à trois reprises. Le pape s'adressa alors à l'archevêque Migazzi (14 mars, 14 juin 1764), qui éleva une protestation contre l'ouvrage. Il s'en suivit un grave différend entre Migazzi et le président de la commission de censure gouvernementale, Gerhard Van Swieten. Grâce à une intervention de Marie-Thérèse, l'archevêque eut gain de cause (10 déc. 1764). Cinq ans plus tard, l'ouvrage fut à nouveau déclaré libre moyennant certaines restrictions. Plusieurs traductions et une nouvelle édition en avaient paru entre temps. La traduction italienne fut interdite dans les États de l'Église, sous peine de condamnation aux
j galères. Le bibliothécaire du duc de Modène, le jésuite F. A. Zaccaria, ayant publié en 1767 une réfutation de Febronius, fut démis de ses fonctions. Clément XIII le nomma aussitôt professeur à la Sapienza.
Sur les autres ouvrages mis à l'Index sous le pontificat de Clément XIII, voir Reusch, ibid., 907-15, 920-24, 929, 932-39, 944-48, 978, 990-94, 998, 1007, 1023.
Non content d'interdire les principaux ouvrages qu'il estim,ait dangereux pour la foi des fidèles. Clément XIII fit parvenir un grand nombre de brefs d'encouragement aux évêques, universités et savants qui le soutenaient dans sa lutte. Le 25 nov. 1766, il promulgua une encyclique générale, mettant en garde contre les dangers de l'incroyance et condamnant toutes les publications pernicieuses pour la foi des fidèles (Christianae reipublicae salus; Barbèri, m, 225). Une encyclique adressée par Clément XIII à l'archevêque de Prague (25 nov. 1766) eut pour effet la publication, en 1767, d'un Index bohemicorum librorum prohibitorum.
2° Missions. — L'arrêt de mort rendu contre les jésuites par les principales puissances coloniales et missionnaires d'Europe eut une influence fatale sur le développement des missions. Clément XIII dut assister en spectateur impuissant au rappel de centaines de missionnaires atteints par les décrets de Pombal et d'Aranda et à la destruction de leur œuvre. Loin de j s'en prendre aux seuls jésuites, leurs ennemis s'atta- ! quèrent aussi à leurs partisans. En nov. 1759, le roi j de Portugal fit demander au pape de confirmer la nomination de Manoel de Sant' Inez au siège archiépiscopal de Baliia, l'archevêque précédent, José Botelho de Matos, ayant, disait-il, résigné ses fonctions. Rome ayant demandé communication de son acte de résignation, celui-ci ne fut jamais transmis, et pour cause : il ne s'agissait que d'une manœuvre pour écarter un partisan des jésuites. Dans ces conditions, le pape refusa la requête.
Les alTaires européennes causèrent trop de souci à Clément XIII pour lui laisser le temps de s'occuper beaucoup des missions. Il faut toutefois porter à son actif une série de mesures en faveur des missions franciscaines : rétablissement de la province franciscaine autonome de Bosnie, pour les pays balkaniques relevant de l'Empire ottoman (15 déc. 1758; Barbèri, i, 75); — privilèges spéciaux aux missionnaires ayant travaillé durant vingt ans en Albanie ou en Macédoine (Barbèri, ii, 202); — interdiction aux membres de la province des Philii)pines de passer à une autre sans permission expresse (ibid., 316); — faveurs accordées à plusieurs collèges missionnaires : collège de Sta Rosa de Ocopà au Pérou (confirmation des cédules royales d'érection, 18 août 1758; ibid., i, 18), collège de S.- Éphrem à Rome (1762), collège Pachéco à Mexico
1 ^tO.'î
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(1762), et en général tous les collèges situés dans les Indes occidentales (1767).
Le pape témoigna aussi de la sollicitude aux collèges apostoliques des Trinitaires, ainsi qu'à celui de la Ste- Famille de Naples (Barbèri, i, 312). Il renouvela pour une période de vingt ans les facultates indicae concédées aux missionnaires jésuites (Animarum saluti, 10 sept. 1766; Streit, i, 527; m, n. 871). II détermina les normes à suivre pour l'observation du jeûne dans les Indes espagnoles (21 sept. 1765; Barbèri, in, 132). Enfin, il confirma une décision de la Propagande concernant les conseruatores judices du Tonkin, dont l'institution, loin d'aplanir les dissensions entre missionnaires de différents ordres, n'avait fait que les exacerber {Cum omnium, 23 avr. 1702; ibid., ii, 237).
Après que le traité de Paris, en 1763, eut cédé le Canada à l'Angleterre, la nomination du nouvel évêque de Québec nécessita de longs pourparlers entre le titulaire désigné, Mgr Briand, le gouvernement de Londres et le S. -Siège. Clément XIII octroya au nouvel évêque des facultés spéciales pour assurer la continuité de la hiérarchie canadienne, compte tenu des obstacles présentés par les lois anglaises (13 avr. 1766).
Les prhicipales interventions de Clément XIII en Orient concernent les chrétiens du patriarcat meikite d'Antioche. Le patriarche, Cyrille Tanas, qui avait dû se réfugier au Liban, nomma avant de mourir son neveu Jauhar, âgé de vingt-sept ans, comme successeur, lin groupe d'évêques melkites en appela à Rome et le pape annula cette nomination, le droit d'élection par les évêques n'ayant pas été respecté et le candidat n'ayant pas l'âge requis; le pape nomma lui-même l'évêque de Miérapolis, Maxime Hakim, comme patriarche (l'"' août 1760; ibid., 5, 7 sq.) et signifia cette nomination aux principales notabilités de l'Église meikite. Le nouveau patriarche étant mort peu après, les évêques melkites élurent le métropolite de Beyrouth, Athanase Dahan, qui prit le nom de Théodose V. Malgré les démarches de Jauhar, le pape reconnut cette élection et octroya le pallium à l'élu (1764). Jauhar s'étant révolté fut excommunié, ainsi qu'un groupe de ses partisans syriens qui tentèrent de provoquer un schisme. Il se soumit en 1768 (voir, sur ce conflit, l'étude de P. Bacel, dans Échos d'Orient, XIV, 1911, p. 340-51; xv, 1912, p. 49-60; ainsi que les actes dans Mansi, xlvi, 459-576).
Le pape nomma un vicaire apostolique pour les chrétiens orientaux de rite latin (27 juin 1762). Il demanda au roi de Pologne d'intercéder auprès de la Porte en faveur des missionnaires de Terre sainte en butte aux vexations des schismatiques et rem.ercia l'impératrice Marie-Thérèse du zèle qu'elle déploya à cette occasion.
Au consistoire du 6 avr. 1767, Clément XIII confirma l'élection du nouveau patriarche maronite, .loseph Estefan (Barbèri, m, 249); il obtint de lui la réunion d'un synode et l'érection d'un séminaire. En 1760, il envoya le pallium à l'archevêque chaldéen de Diarbékir, Timothée. Le 19 déc. 1762, il confirma les constitutions que les moines coptes de S. Stefano à Rome avaient élaborées pour les monastères de leur rite.
3° Questions diverses. — A l'occasion du dixième anniversaire de son couronnement (16 août 1767), Clément XIII procéda à six canonisations : celles de Ste Jeanne-Françoise de Chantai et des SS. .loseph (^.alasanz, Joseph de Cupertino, Jean de Kenty, Jérôme Emiliani et Séraphin d'y\scoli (Barbèri. m, 394-437).
Il éleva au rang des bienheureux : le 20 sept. 1761, Gregorio Barbarigo, un de ses prédécesseurs sur le siège de Padoue (îôiV/., ii, 201); le 19 mai 1706, le trinitaire Simon de Roxas (ibid.. m. 181); le 29 avr.
1708, le frère lai capucin Bernardo da Corleone (ibid., 512). En outre il a approuvé le culte immémorial rendu à plusieurs serviteurs de Dieu : 5 ermites de S. -Augustin : Agostino Novello, Antonio Turriani, Antonio délia Mondola, Andréa di Montreale, Filippo da Piacenza; 2 franciscains : Matteo de Gimmara et Pietro da Miliano; 2 dominicains : Sebastiano Maggi et le martyr de Tunis, Antonio de Rivoli; 2 servîtes : Giacomo Filippo Bertoni et Tommaso Cursin d'Orvieto; 1 carme : Angelo Mazzinghi; le théatin Giovanni Marignoni; 4 religieuses : la fondatrice des Ursulines, Angèle de Merici (30 avr. 1763), la dominicaine Benvenuta de Bojanis, la Clarisse Mattia de Nazariis, et la tertiaire franciscaine Élisabeth von Reutte.
A la requête du roi d'Espagne, Clément XIII déclara l'Immaculée Conception patronne principale des pays de la couronne espagnole et concéda diverses faveurs liturgiques à son culte (8 nov. 1760; ibid., ii, 38; cf. 44, 55; iir, 245-46). Il permit l'institution de solennités particulières en l'honneur de saints régionaux du Pays Basque et de la Navarre. Plusieurs Ordinaires d'Espagne, d'Italie et de Suisse reçurent de larges facultés pour dispenser du repos dominical (ibid., I, 85, 333-34;- ii, 396-97, 443, 462). D'autres obtinrent une réduction du nombre des fêtes chômées (ibid., III, 465-70). Le pape ordonna de réciter tous les dimanches la préface de la T. S. Trinité. Il étendit à l'Église universelle la fête de S. Laurent Justinien. Il renouvela les peines prévues pour les profanateurs des saintes espèces (ibid., i, 101), précisa pour la Sardaigne la réglementation du droit d'asile (ibid., 105), et soumit à des normes nouvelles la concession de la bénédiction apostolique au peuple (ibid., n, 293, 399).
Au temps de son cardinalat, Clément XIII avait fait partie de l'archiconfrérie romaine de S. -Théodore et avait puissamment contribué à y développer la dévotion au Sacré-Cœur. Son accession au pontificat remplit d'espoir tous les amis de cette dévotion, qui n'était plus nouvelle mais qui n'avait pas encore reçu droit de cité dans l'Église universelle. A partir d'août 1702, les suppliques commencèrent à afiluer à Rome : tout d'abord le roi Auguste III de Pologne, puis le roi Stanislas Leczinski, le duc de Bavière et 148 hauts dignitaires de l'Église. Une délégation de l'archiconfrérie de S. -Théodore fit valoir auprès du pape un argument ad hominem et l'épiscopat de Pologne lui fit présenter un mémorial collectif rédigé en termes très pressants (voir ces divers documents dans N. Nilles, De rationibus fesiorum Sacratissimi Cordis Jesu et purissimi cordis Mariae, 3' éd., i, Innsbruck, 72-125). Les jésuites ne restèrent pas inactifs. L'un d'eux, le P. Calvi, ayant gagné le cardinal vicaire à la cause de la dévotion. Clément XIII fit soumettre le mémorial des évêques polonais à la Congrégation des Rites qui, par son décret du 26 janv. 1765, approuvé par le pape le 6 févr. (A. Hamon, Hist. de la dévotion au Sacré- Cœur, IV, Paris, 1931, p. 214-15), accorda à la Pologne et à l'archiconfrérie romaine la célébration d'une fête particulière du Sacré-Cœur avec messe et office propres (sur la réception et l'interprétation donnée à ce décret, voir Hamon, op. cit., 225-51).
Clément XIII étendit aux diocèses de Cologne, de Munster, de Hildesheim, de Paderborn et d'Osnabruck les décisions prises en 1755 par la Congrégation du Concile pour celui d'Olmutz, concernant la situation et les obligations canoniques des réguliers exerçant des fonctions paroissiales (Barbèri, i, 72). Il approuva l'accord conclu le 21 mars 1758 entre le roi de Sardaigne et l'archevêque de Cagliari en vue de l'établissement d'une fondation de l'ordre militaire des SS.-Maurice-et-Lazare dans l'île de San Antiochio. sur la côte méridionale de la Sardaigne (Raccolta di concordati, 443). Le général des franciscains de l'ob-
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servance reçut le pouvoir de désigner d'autorité, dans chaque province de son ordre, les ministres provinciaux, les définiteurs et autres délégués de cette province aux chapitres généraux (Barbèri, ii, 278; cf. 328). La branche des franciscains conventuels obtint un prolongement du délai séparant chaque visite canonique des couvents et chaque élection de gardiens {ihid., 281). Chez les Carmes, un démembrement de la province de Pologne donna naissance à la province lithuanienne, et chez les mineurs de l'observance une nouvelle province de Mantoue fut érigée (1767). Le pape accorda au roi d'Espagne diverses fusions de monastères au bénéfice du couvent de Ste- Croix, de l'ordre d'Alcantara et de celui de Calatrava {ibid., 121, 197). En 1764, il mitigea fortement le régime de pauvreté en usage chez les Camilliens. En 17()2, il obligea S. Alphonse de Liguori à assumer, en plus de ses fonctions régulières, la charge de l'évêché de Sta Agata dei Goti, dans le royaume de Naples. Par la suite, le saint demanda d'être déchargé de ces fonctions épiscopales, mais le pape ne voulut jamais rien entendre.
Suivant une coutume fort répandue. Clément XIII accorda son premier chapeau à son neveu, Carlo Rezzonico {in petto, 11 sept. 1758; publ., 2 oct.), choix (lui s'avéra très heureux. Sa seconde nomination fut pour un compatriote, Antonio Maria Priuli, évéque de Vicence, et pour François de Bernis, ministre des .\fTaires étrangères de France.
La première grande promotion (24 sept. 1759) ne comprit que des Italiens : 4 anciens nonces : Ignazio Crivelli, Filippo Acciaioli, Ludovico Gualterio de'Gualtieri, Girolamo Spinola; 4 savants ou écrivains : Giuseppe Maria Castelli, Giuseppe Alessandro Furietti, -Marcantonio Colonna, Giuseppe Agostino Orsi ; 3 évêques : Santé Veronese de Padoue, Andréa Corsini de Sabine, Ludovico Valenti de Rimini; 3 autres dignitaires : Ferdinando Maria de Rossi, Ludovico Merlini, .\ntonio Maria Erba Odescalchi; enfin plusieurs hauts fonctionnaires : Pietro Francesco Bussi, Gaetano Fantuzzi, Giovanni Constanzio Caracciolo, Niccolo Perelli, Pietro Antonio Guglielmi, Niccolo Antonelli, Pietro Paolo Conti et Lorenzo Ganganelli, le futur Clément XIN'.
La promotion du 23 nov. 1761 tint compte cette fois des couronnes : l'Allemagne fut représentée par Franz Christoph von Hutten, évêque de Spire, et par l'archevêque de Vieane, Christoph Anton Migazzi; la F'rance, par l'archevêque de Besançon, Antoine Clairad de Choiseul, parl'évêque de Laon, Jean de Rochechouart, et par l'évêque de Strasbourg, Charles de Rohan; l'Espagne, par le patriarche des Indes occidentales, Bonavenlura de Cordova Spinola de la Cerda. Il y avait en outre 4 Italiens : Enrichetto Virginie Natta, (liovanni Molino, Baldassare Cenci et Cornelio Monti Caprara.
Le 18 juin. 1763, il y eut 2 nouveaux élus : Simon Bonaccorsi et Andréa Negroni. Le 21 juill. 1766, 2 encore : Giovanni Ottavio Bufalini et Giovanni Carlo Boschi. Le 26 sept. 1766, eut lieu une dernière promotion de 13 élus, tous italiens eux aussi : Filippo .Maria Pirelli, Giuseppe Simonetti, Niccolo Oddi, Opizio Pallavicini, Vitaliani Borromei, Pietro Pamfili (Colonna, Antonio Colonna Brancifortc, Niccolo Serra, Enea Silvio Piccolomini Rustichini, Saverio Canale, l'rbano Paracciani, Benedetto Veterani, Ludovico Calini. Enfin le pape accorda au patriarche de Lisbonne le chapeau auquel son titre lui donnait droit en vertu d'accords déjà anciens (17 déc. 1766).
IV. Clément XIII et Rome. — 1° Action économique et sociale. — Sous le pontificat de Clément XIII la situation financière ne fut pas brillante. Le 26 déc. 1763. un accord fut signé à \'ienne. négociant l'achat
I i>ar la Chambre apostolique, pour 275 000 sequins, des biens-fonds possédés par l'empereur, en sa qualité de grand-duc de Toscane, dans les légations d'Urbin et de Romagne. Mais le pape dut donner ordre d'en suspendre le paiement. En effet, la récolte de 1763 ayant été désastreuse, des crédits exceptionnels durent être employés à assurer le ravitaillement. En sept. 1763, un Monte dell' Abbondanza fut institué pour pallier aux effets de la cherté des vivres. Au printemps suivant, une Congrégation spéciale reçut mission d'aider les miséreux qui affluaient en ville. Des centres d'hébergement furent organisés, entre autres aux Thermes de Dioclétien. Quatorze mille nécessiteux y furent entretenus. Des mesures furent prises pour assurer l'approvisionnement en huile et pour maintenir le prix du pain à la portée des petites bourses. Les pays exportateurs de blé n'ayant consenti à en fournir que contre des prix usuraires, les crédits ordinaires des services du ravitaillement se trouvèrent épuisés et le pape dut emprunter au trésor du Château S. -Ange 287 000 scudi d'or (9 avr. 1764; Barbèri, i II, 464; cf. III, 526), lesquels, transformés en sequins i au cours du jour, furent tous dépensés. Il fallut même ajouter des impôts exceptionnels. Grâce à ces mesures, la disette resta tolérable, les Romains ne moururent pas de faim comme les habitants de Naples (cf. [Campelli], Penuria de' qrani 1763-64. Rome, 1783; Novaes, XV, 77-83).
Pour reconstituer le capital prélevé, le pape établit une taxe sur les titres d'emprunt et sur certains revenus fonciers (31 août 17()4). Mais le produit de ces taxes fut détourné de sa destination première. En effet, pour efi'ectuer le paiement des propriétés achetées à l'empereur, il avait fallu recourir à l'emprunt forcé, au détriment des établissements de crédit : mont-de-piété et banco di S. Spirito. Le pape préféra affecter le produit des nouvelles taxes à l'extinction de ce dernier emprunt et consacrer à la reconstitution du trésor de Sixte-Quint, sur lequel la disette de 1766 contraignit d'opérer un nouveau prélèvement (11 août 1766, 17 juill. 1767; Barbèri, m, 525), les revenus des propriétés nouvellement acquises. A cette occasion, il renouvela la réglementation de ces deux établissements de manière à faciliter la répression des fraudes et des malhonnêtetés (Barbèri, m, 81, 203). L'adaptation du mont-de-piété aux exigences des temps modernes avait déjà retenu son attention : en 1760, il avait chargé le cardinal Castelli d'en refondre les statuts. Ce travail, terminé sept ans plus tard, reçut l'approbation i)ontiflcale par le motu proprio du 3 janv. 1767 {ibid., 275, 382).
A la fin de son pontificat, les mesures prises par les puissances bourboniennes ayant fortement affecté les revenus du S. -Siège, le pape se résolut, faute de pouvoir établir un cordon douanier, à élever la taxe sur la mouture (fin 1768).
Clément XIII prit plusieurs mesures d'uniformisation administrative et de protectionnisme social. Il abolit la coutume permettant aux autorités locales de lever des troupes pour assurer la tranquillité publique en cas de vacance du S. -Siège, ce remède s'étant révélé pire que le mal (25 juin 1759; ibid., i, 205). Il abolit le régime d'exception reconnu pour son administration à la ville de Fermo, supprima les exemptions ] de taxes dont jouissaient nombre d'habitants de j Bologne et limita la compétence judiciaire du tribunal j du gouverneur de Pérouse {ibid., ii, 148, 265, 267). j II précisa les privilèges accordés aux négociants juifs, turcs et grecs de la place d'Ancône (25 sept. 1760; ibid., 155). Il limita aussi l'exemption des droits de douane dont bénéficiait la mense archiépiscopale de Ferrare pour l'exportation des produits agricoles {ibid.. 215). Il accorda de nouveaux statuts à VArle
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délia lana et érigea les travailleurs du verre en un corps légalement constitué (15 sept. 1758, 5 mai 1759; ibid., I, 170, 195). Les restaurateurs, bouteillers, chocolatiers, marchands d'eau fraîche et autres métiers analogues reçurent eux aussi de nouveaux statuts plus protectionnistes (l^"^ févr. 1765; ibid., m, 85). Une nouvelle réglementation fut imposée aux prisons romaines (ibid., ii, 271), ainsi qu'à plusieurs hospices et hôpitaux, tels ceux de Faenza et de Rimini.
Clément XIII ne réussit pas mieux que ses prédécesseurs à extirper de ses États la plaie du banditisme. Au cours des onze années de son pontificat, il y aurait eu, d'après les registres des peines, 10 000 assassinats, dont 4 000 pour la seule ville de Rome (Novaes, xvi-1, 27).
Il encouragea divers projets de travaux publics : aménagement du port de Terracine, régularisation de l'embouchure du Tibre. Il chargea le P. Lecchi de dresser, avec l'aide de deux « architectes », un plan de régularisation des cours d'eau des régions de Bologne, de Ferrare et de Ravenne (A. Lecchi, Piano per l'inalveazione délie acque danneggianti il Bolognese, il Ferrarese e il Ravennate, formalo per ordine di P. Clémente XIII dal P. Lecchi e dagli architetii T. Temanza e G. Verace, Rome, 1767). Tous ces projets échouèrent faute de moyens financiers. Une entreprise de plus grande envergure, l'assèchement des marais Pontins, fut projetée en 1759, et son exécution confiée au cardinal Cenci, puis au cardinal Bonaccorsi. Le pape consulta à ce sujet le mathématicien Lalande et décida que les frais en seraient supportés par la Chambre apostolique. Il dut y renoncer devant l'opposition des intérêts particuliers.
2° Sciences et arts. — Clément XIII avait l'attention trop retenue par la nécessité de faire face à l'action dissolvante de l'incroyance et de parer les coups qui menaçaient les positions traditionnelles de l'Église pour s'intéresser beaucoup aux travaux scientifiques et artistiques.
Il accorda des bulles de confirmation aux universités de Lemberg (Lwow) et de Cagliari (Barbèri, i, 111; II, 383) et diverses faveurs à la Sapienza de Rome. Il félicita l'évêque de Coimbre d'avoir ouvert un nouveau séminaire et confirma les statuts de l'académie qu'il y avait instituée pour l'enseignement de la liturgie et de l'histoire de l'Église (ibid.,i, 235 sq.). Il encouragea à plusieurs reprises le cercle d'études hébraïques, aussi appelé Societas Clementina, fondé par les capucins du couvent de S. -Honoré de Paris pour promouvoir l'étude scientifique de l'Ancien Testament {ibid., II, 23). Il envoya à l'université de Padoue une tortue géante capturée au large d'Ostie. Il reconnut au doctorat en droit de Bologne les mêmes avantages qu'à celui conféré à Rome (ibid., m, 199). Il approuva les nouvelles règles des catéchistes paroissiales romaines dénommées Maestre pie (6 sept. 1760; ibid., II, 27-34) et augmenta les rémunérations extraordinaires à prélever pour leur entretien sur le produit du lotto (ibid., i, 252).
Le P. Michelangelo Marin, franciscain, fut chargé par lui de réunir les Actes des martyrs. Il encouragea la publication par Pier Luigi Galleti de ses Inscriptiones Romanae inftmi aevi (1760; ibid., i, 349). Il enrichit la Vaticane de manuscrits orientaux. Pour réformer les abus qui s'y étaient produits, il édicta une nouvelle réglementation de la Bibliothèque (4 août 1761), qui en rendit pratiquement tout usage impossible : l'emploi des catalogues et des manuscrits était réservé à trois personnes, le préfet, le gardien et le chef des archives secrètes; les étrangers ne pouvaient avoir communication que de quelques rares pièces et pour un temps très limité; toute copie était réservée à l'autorisation expresse du pape et soumise à de nom-
breuses formalités restrictives. Dans l'ensemble cette réglementation resta en vigueur jusqu'à Léon XIII (Barbèri, ii, 259).
Les artistes préférés de Clément XIII furent Raphaël Mengs et Giovan Battista Piranesi. Ce dernier, en faveur depuis 1761, fut avant tout littérateur, critique d'art et graveur sur cuivre. Il dédia au pape plusieurs de ses ouvrages.
Deux chefs-d'œuvre reçurent leur achèvement sous ce pontificat : en 1762, la fontaine de Trevi, par Pietro Bracci et Giuseppe Pannini, qui en avaient modifié les plans dans un sens plus allégorique; en 1763, la Villa Albani, œuvre de Carlo Marchione, dont l'aménagement coûta 400 000 scudi et qui devint un musée abritant près de 800 œuvres d'art de l'Antiquité.
Outre la Villa Albani, Clément XIII ouvrit encore au Vatican un musée pour antiquités profanes et l'enrichit de vases et de monnaies anciennes (1767). Il dota également de belles pièces antiques le musée du Capitole (Rodocanacchi, Le Capitale ancien et moderne, 161). Ce grand essor est dû surtout à Winkelmann, nommé par le pape commissaire des antiquités (1763-68) et fréquemment considéré par les archéologues comme le fondateur de leur spécialité.
Le sens artistique du pape n'allait pas sans une certaine pruderie, qui lui fit dicter des mesures déplorées dans des milieux plus tolérants : à la Villa Albani et au Vatican toutes les statues « indécentes » furent habillées; à la Sixtine, Stefano Pozzi reçut ordre de faire disparaître les nudités sous une couche de peinture.
Clément XIII fit encore exécuter plusieurs travaux d'embellissement et de transformation à S. -Pierre, à S.-Paul-hors-les-Murs, au Quirinal et à Castel Gandolfo.
V. Mort. Portrait. — De taille moyenne, assez corpulent, l'aspect extérieur du pape pouvait donner le change sur sa santé (voir l'énumération de ses portraits dans Pastor, 455, n. 2). En réalité, sa complexion sanguine l'obligeait à prendre beaucoup d'exercice et à éviter les émotions. Habituellement le pape se rendait en mai et en octobre à Castel Gandolfo pour un séjour de deux ou trois semaines, au cours duquel il continuait son train de vie habituel. II fit aussi quelques brefs séjours à Civitavecchia pour y surveiller l'extension du port et des fortifications. Tous les jours, au cours de sa promenade d'après-midi, il s'arrêtait dans quelque église pour y visiter le Saint-Sacrement.
Au soir du 19 août 1765, de retour d'une de ces promenades, une attaque mit ses jours en danger; il fut administré, mais se remit promptement. En déc, puis en mai de l'année suivante, de nouvelles attaques le surprirent et mirent en émoi les milieux diplomatiques. Ce ne fut qu'une alerte.
Le jour de la Chandeleur 1769 se passa lui aussi comme d'habitude : le pape accomplit toutes les cérémonies liturgiques et protocolaires usuelles; il participa même à une prière des Quarante Heures. Il semblait aussi dispos qu'à l'ordinaire. Mais peu après la tombée de la nuit, la rupture d'un vaisseau sanguin lui fut fatale (sur les différents récits de sa mort, voir Pastor, 955, n. 7). Comme dans tous les cas de mort subite, des bruits d'empoisonnement circulèrent : ils n'ont aucune vraisemblance. Faut-il en dire autant de ceux qui rapportèrent que « le pape [était] mort de crève-cœur, par suite de l'insistance des cours bourboniennes dans l'affaire des Jésuites » (comte de Rivera, 11 févr. 1769. dans Petruccelli délia Gattina, iv, 169)?
Les obsèques eurent lieu à S. -Pierre, le 7 févr. (1 Relazioni publiés à cette occasion sont énumérés dan Pastor, 956, n. 2). En 1792, ses restes furent transféré dans le mausolée définitif que trois de ses parents
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