‹ Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiquesChapitre 268 sur 282 · C L É M E NT \ I II · texte numérisé non relu

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firent ériger par le grand sculpteur vénitien, Antonio Canova, dont il constitue un des chefs-d'œuvre (G. Gh. de Rossi, Leltera siil ileposilo di Clémente XIII nella basilica Valicana, B^ssano, 1792; reprod. du mausolée).

Des jugements fort divers ont été portés sur son pontificat, tant par ses contemporains que par les historiens. Les écrivains les plus prévenus ont reconnu sans ambages ses qualités humaines et sacerdotales; par contre, sa gestion des affaires a été fortement discutée. » Le règne de Clément XIU, disait le mémoire remis aux cardinaux de Luynes et Bernis se rendant au conclave de 1769, n'a que trop démontré que la piété la plus sincère, les mœurs les plus pures et les intentions les plus droites ne suffisent pas pour faire un bon pape » (Hanotaux, 461). Jamais pape ne porta mieux son nom. Clément XIII rachetait le niveau moyen de ses talents et une certaine étroitesse d'esprit par les qualités de son cœur, son sens moral, sa douceur affable, son esprit de devoir et sa profonde piété. Le meilleur portrait psychologique est celui que nous en a laissé le P..Cordara, qui compta parmi ses intimes (cf. J. Dôllinger, Beilràye zur politischen, kirchlichen und Kiillurgeschichle der sechs lelzten Jahrhunderle, m, 33). 11 ne fait que souligner l'avis unanime de ses contemporains. « Il a pour lui le cœur de Rome tout entière », écrivait de lui Brunati à Kaunitz peu avant son élection.

Cette bonté de cœur n'allait pas sans une certaine faiblesse, cette humilité sans une certaine méfiance de son propre jugement. Il s'ensuivait une propension à peser indéfiniment le pour et le contre des mesures envisagées, à solliciter les conseils d'autrui, à subir trop fortement l'influence de l'entourage. Beaucoup d'auteurs ont reproché à Clément XIII d'avoir manqué d'indépendance à l'égard de son secrétaire d'État, le cardinal Torrigiani. Ce n'est pas d'hier que les ministres servent de cible à ceux qui n'osent s'en prendre directement aux souverains eux-mêmes. Il reste que le pape se montra, plus qu'il n'eût fallu, perméable à cette infiuence.

Ce qui devait surtout avoir déplu, tant chez le pape que chez son secrétaire d'État, c'était la rigidité inébranlable de leurs décisions dès qu'un droit de l'Église ou un point de discipline ecclésiastique était mis en question. Alors l'indécision du pape s'évanouissait comme par enchantement, au grand déplaisir de certains historiens qui, comme le P. Theiner, eussent voulu lui voir adopter une attitude plus riche en compromissions diplomatiques. Alors Clément XIII devenait, comme d'autres l'ont fait remarquer, un pape médiéval, un Grégoire VII égaré en plein xviii« s. (Choiseulà Aubeterre, 18 juill. 1768 ; Carayon, xvi,435).

Sans doute, l'action de Clément XIII ne fut pas toujours exempte de maladresses. Mais on ne peut lui faire grief d'avoir évité jusqu'à l'apparence du flirt avec le despotisme éclairé. Sans doute encore, le sort de l'Église n'est pas indissolublement lié à celui d'un ordre religieux. Mais on aurait mauvaise grâce à lui reprocher d'avoir compris l'importance de l'adage principiis obsta et d'avoir agi en conséquence, en faisant preuve d'une fermeté toujours plus grande dans l'afTaire des Jésuites. Il est certes exagéré de dire, avec Petruccelli délia Gattina (iv, 167), que les exigences des cours bourboniennes sur ce point revenaient à « demander à un général, en temps de guerre, de renvoyer son armée ». C'était assurément lui demander de l'affaiblir dangereusement.

L'historien ne peut toutefois s'empêcher de regretter que cette belle fidélité se soit mise trop souvent au service d'un juridisme immobiliste et étriqué, incapable de faire le départ entre les positions à défendre coûte que coùte.et celles qui s'avèrent dépassées. Mais Clément XIII était de son temps. Cette simple re-

DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.

marque lui aurait sans doute déjà paru terriblement outrancière.

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Roger Mols.

CLÉMENT X n

23. CLÉMENT XIV, pape, successeur de Clément XIII; 18 mai 1769-22 sept. 1774.

I. Avant le souverain pontificat. — 1° Avant le cardinalat. — José-Vincent-Antoine Ganganelli naquit le 3 janv. 1705, à San Arcangelo, près de Rimini. Son père y était médecin. Sa mère était originaire de Pesaro. Il fit ses études au collège des jésuites de Rimini, puis chez les piaristes d'Urbin et y laissa la réputation d'un élève appliqué. Grâce à un bienfaiteur anonyme, il entra, sous le nom de Frère Laurent, chez les cordeliers d'Urbin. Prudent, secret, quelque peu dissimulé, il était accessible à l'amitié. Il écrivit alors des Discours de droit canonique, œuvres de jeunesse. Ses succès théologiques le conduisirent, après avoir enseigné dans les couvents cordeliers italiens de province, à S.-Bonaventure à Rome. Dès 1731, ses thèses dédiées à S. Ignace et écrites en latin cicéronien l'avaient mis eu vedette. Il fut nommé définiteur général de son ordre (1741). Benoît XIV le fit consulteur du S.-Ollice (1746). Il refusa la direction de conscience de religieuses de la région de Pérouse, refus qu'il renouvela en 1753 et 1759 quand lui fut proposé le généralat des Cordeliers.

Pendant le pontificat de Benoît XIV, la correspondance qu'il échange avec ses contemporains montre l'ampleur de ses préoccupations. Il aime la musique et la poésie (11 juin 1750), chante le plaisir de sa solitude, de ses livres (6 nov. 1750). Il note que Benoît XIV recommande l'étude de l'histoire du concile de Trente, même telle que l'a vue Fra Paolo Sarpi (1751). Il se plaint à Mgr Cerati (13 nov. 1753) des amateurs de lettres français : Francesi soltanta si contentano délie superficie, et rapporte avec éloge : // cardinale Benti- Doglio diceva che bisognava vedere gli Inglesi quando se volava pensare ed i Francesi quando voleoasi conversari (13 nov. 1753).

Il se préoccupe de l'évolution du sermon et cléclare au Père Luigi, des Écoles pies à Crémone, que l'influence du jésuite Bourdaloue est bienfaisante, et qu'elle seule peut former le goût des prédicateurs modernes.

Au général des Capucins (31 déc. 1751) il envoie la liste des livres qu'un chrétien cultivé doit posséder : les Évangiles, les Confessions de S. Augustin, l'Imitation de Jésus-Christ, V Inlroduzione alla dollrina cristiana de Gerdil, l'Hist. universelle de Bossuet, les Pensées de Pascal, les Annales d'Italie de Muratori, VHist. de Naples de Giannone. Avec un correspondant écossais, Stewart, il s'entretient de Berkeley (13 mars 1741) et, en 1753, il objecte au prince de San Severo que Spinoza admet un Dieu matériel. Tirant parti du goût de Ganganelli pour les spéculations philosophiques, l'abbé Baston, dans Les entrevues dn pape Ganganelli, 1777, lui attribuera des idées dont toutes ne sont pas invraisemblables. Un de ses correspondants, le prince de San Severo, discute avec lui de problèmes scientifiques. Le 17 janv. 1751, Ganganelli lui écrit : Napoli e la città la piu propria per esercitar lo spirito dei presentando essa per ogne dove tanti fenomeni in ogni génère, au nombre desquels il place pierres, souterrains, volcans et montagnes. Le 21 mai 1750, il cite avec éloge un livre toscan qui affirme l'unité de toutes les sciences.

Religieux, il suit un procès qui oppose conventuels et réformés (1"'' mars 1756), dit peu accessibles les austérités des Chartreux (28 août 1758), mais croit les trappistes italiens aussi observants que les français (29 oct. 1747) et loue Ste Thérèse d'Avila.

Jusqu'à la mort de Benoît XIV, dont il fait l'éloge ici et là, le Frère Ganganelli fait preuve dans sa correspondance de qualités de finesse et rarement d'ironie, sauf en 1758 après la mort du pontife : Sarebbe singolare che il popolo di Roma lasciasse aile comunioni protestante la premura di plangere Lambertini.

2° Le cardinalat (1759-1769). — Ces qualités de discrétion, de savoir-faire attirent l'intérêt du cardinal neveu de Clément XIII, Rezzonico. Controuvée parait l'aide que lui aurait alors prêtée le P. Ricci, général des Jésuites. Le 24 sept. 1759, Ganganelli reçut la pourpre. Sa correspondance paraît moins ample pendant les dix années du pontificat de Clément XIII que précédemment. Mais il se tient au courant des événements, lit le Mercure de France, l'Année littéraire et pressent la montée de l'incrédulité. Les lettres du recueil Frediani, objet d'un choix peut-être partisan, louent Benoît XIV, regrettent l'attitude de Clément XIII : // santo Padre, col suo zelo indiscrète (lettre xxxvii, part. II). De Benoît XIV, il fait l'éloge pour sa soumission aux couronnes (29 oct. 1768) qu'a démontrée Caraccioli (18 juill. 1764). Le jésuite portugais Enriquez mérite ses louanges pour n'aimer point la doctrine de Molina (lettre cxviii, part. I). Mais il juge que la Compagnie de Jésus a abusé d'une situation exceptionnelle et qu'une réforme s'impose (29 oct. 1768). La menace d'un schisme éventuel et du précédent de Clément VII le préocciipe. Il paraît à demi régaliste, comme le montrent les textes suivants : Qua et quel sovrano che non sia padrono di retinere nel suoi Stati e di espellere quelli che gli dispac- i ciono? (à un ambassadeur, 29 oct. 1768); — Un papa I dove senza dubbio conservare l'immunità, ma non gia quando cio puo dar causa ad uno scisma; c'est que l'existence ou l'absence des religieux ne tiennent pas à l'essentiel de la religion : la morale et le dogme; — Le société religiosè sono sut piede del truppe ausiliarii ed apartiene al gran Pastore d'esaminare quando sono utili e quando non lo sono piu; l'autorité des papes étant purement spirituelle, les souverains ont en partage la temporelle, et il est difficile de résister à tous.

Ainsi le cardinal Ganganelli se révéla comme un des ^ opposants discrets mais résolus à la politique du car- i dinal Torregiani, favorable à la Compagnie.

3° Le conclave (1769). — A la mort de Clément XIII (2 févr. 1769), le cardinal Ganganelli est le seul religieux du Sacré Collège. La Compagnie a été frappée à la fois en France, dans la péninsule Ibérique, en Amérique, dans les cours de Parme et de Naples. Mais sa position, encore que menacée, reste forte.

Au début du conclave qui s'ouvre le 15 févr. 1769, les couronnes ne peuvent compter que sur une minorité de cardinaux (Î4 à 22) dont elles déclarent une douzaine papables. Les zelanti, favorables à la Compagnie, sont de 25 à 33. Louis XV n'a que des velléités d'exclusion contre les jésuites et de personnelles répu- ji gnances que contre Torregiani et trois autres Éminences. Choiseul et son ambassadeur à Rome, le marquis d'Aubeterre, puis le cardinal de Bernis, pour la France, Azpuru, Solis, la Cerda pour l'Espagne agréent les seuls candidats résolus à procurer la suppression. Mais tandis que Bernis refuse d'exiger d'un candidat la II promesse d'un bref qui séculariserait la Compagnie 1 (lettres des 12 et 22 avr. 1769), Aubeterre, Azpuru exi- I gent une promesse écrite et nette de suppression. Le ' diplomate français (4 mai) répond à l'accusation du crime de « confidence » faite par le cardinal : « La simonie et la confidence ne sont d'aucun état, mais elles cessent pour tous là où parle la droite raison. Peut-il y avoir une règle de l'Église qui empêche qu'on ne lui fasse du bien? » Bernis ne se prêtant pas à l'intrigue comme on le voudrait, le premier rôle va revenir au cardinal espagnol de Solis, confident de Charles III. Solis tourne les yeux vers le cardinal Ganganelli, unique régulier du Sacré Collège, placé entre les zelanti et les amis des couronnes. Ce dernier a obtenu 1 et 2 voix en févr. et jusqu'à 7 en avr. Mais il est craint et jugé peu sûr, d'autant que ses propos sont à double

CLÉMENT XIV

entente; Bernis est du même avis et répugne à un acte de simonie.

Selon Crétineau-Joly (Hist. de la Comp. de Jésus, V, 275) : « Solis négocie mystérieusement avec Ganganelli, il en obtient un billet adressé au roi d'Espagne. Dans ce billet, Ganganelli déclare « qu'il reconnaît au « Souverain pontife le droit de pouvoir éteindre en 0 conscience la Compagnie de Jésus en observant les a règles canoniques, et qu'il est à souhaiter que le « futur pape fasse tous ses efforts pour accomplir le « vœu des couronnes » (sur l'existence de ce marché tacite, F. Masson, Le cardinal de Bernis..., ne prend pas parti, ce qui est aisé à comprendre; au t. xxiv de ses Documents inédits, Carayon nie l'intrigue, ainsi que Pastor, xv-2, p. 53 sq.). Pour le P. de la Servière (D. T. C, III, 125-26), « Bernis envoya, le 17 mai au soir, son conclaviste l'abbé Deshaies sonder le cardinal Ganganelli au sujet du désir des cours. Le cardinal aurait répondu au messager français « que la destruction « des Jésuites était nécessaire, et qu'il y travaillerait

0 avec les formes indispensables..., qu'il demanderait <i le consentement des puissances catholiques et de

1 leur clergé » (F. Masson, 109). Dès lors, encore que soient contradictoires les témoignages de Bernis et de Crétineau-Joly, Bernis fit campagne en faveur de Ganganelli.

II. Le pape. — Il fut élu le 18 mai 1769, au scrutin du matin, par 46 voix sur 47, parce qu'il parut être le représentant d'une politique de compromis. Cordelier, il songea à prendre le nom de Sixte VI. Mais ce nom eât semblé comme une promesse d'intransigeance envers les rois, une volonté d'entrer en conflit avec eux, ce qui n'était point son fait. Il choisit le nom de Clément XIV, fut consacré évêque le 28 mai et couronné le 4 juin. Son encyclique d'avènement insista sur l'urgence d'une entente avec les cours catholiques et d'une action concertée contre les incrédules (Theiner, Cl. XIV epistolae, 39).

1° L'homme. — Le nouveau pontife se distinguait par des qualités variées de cavalier, de joueur de boules, de botaniste, d'entomologiste, d'amateur de musique. D'après F. Masson (142), il aime galoper «en habit court blanc, en chapeau rouge, si vite que ses écuyers ne peuvent le suivre, ...aller à la villa Patrizi jouer au trucio ou ...jouer au billard à Castel-Gandoifo ».

Les historiens le jugent dilïéremment. Selon F. Masson (141), « Ganganelli est un moine greffé sur un Italien ». Moine craintif, il a peur des cardinaux, des jésuites, des rois et de leurs ambassadeurs. Tandis que Bernis, Orsini, envoyés de France et de Naples, sont courtois, modérés, donc accessibles à la raison, les trois Espagnols Solis, Azpuru, Azara, brutaux et impérieux, sont irrésistibles. La même peur l'affaiblit devant les zelanli, liés aux jésuites. Pour F. Masson, abolir la Compagnie, c'est régler les difficultés majeures, peut-être obtenir le concours des souverains contre les incrédules.

Peut-être cette vue est-elle trop systématique. Moine, peu au fait des traquenards du monde, il parut n'avoir confiance qu'en soi, qu'en ses confidents, le cauteleux Mgr Bontempi, son confesseur.

Foncièrement hispanophile, dit Tanucci, parce qu'il savait la ténacité de Charles III et la « volonté » de Louis XV, il allait se révéler plus conciliant qu'autoritaire, plus prudent dans ses propos que dans ses jeux de physionomie, selon Bernis qui écrivait : « Sa Sainteté est assez maîtresse de ses paroles, mais nullement de son visage » (lettre du 20 déc. 1769).

2° Le souverain temporel. — Contemporain de Joseph II, de Frédéric II et des despotes éclairés, il eut à cœur la prospérité matérielle de ses États. Lors de la famine de 1772-73, il fit distribuer du blé au peuple, fit arrêter rac<;apareur Pierre d'Andréa et ordonna

d'effectuer des réparations dans le port de Civitavecchia.

Comme la plupart des papes, il encouragea les artistes; il fit continuer l'œuvre de Winckelmann et enrichit particulièrement le musée des Antiques au Vatican (curiosités du commandeur Vettore). Sur les conseils de J. B. Visconti, il convertit en musée l'ancien appartement d'Innocent VIII. La chambre à coucher devint la galerie des Statues; la chapelle, la galerie du Torse. Il confia la construction du Cortile del Belvédère à Michel-Ange Sinionetti.

Mais son mécénat et ses œuvres de souverain temporel ne sont pas de réelle importance.

3° L'œuvre doctrinale et disciplinaire. — ■ Quand Clément XIV parvint au pontificat, l'Encyclopédie, VÉmile, le Contrat social avaient été publiés.

Il eût été opportun de promouvoir une campagne apologétique de grande ampleur, faite de censures multiples et de publications affirmant la vérité de la foi. Mais les puissances catholiques étaient divisées par le gallicanisme et l'ultramontanisme, et aussi par l'attaque contre les instituts religieux, que menaient les laïques, parfois même certains prêtres séculiers.

Aussi le décret du pape du l'='' mars 1770 condamnat-il l'Abrégé de l'Hist. eccl., de l'abbé Fleury, œuvre supposée de l'abbé de Prades, les Œuvres de La Mettrie et sept brochures de Voltaire; les 8 déc. 1770 et 29 déc. 1771, d'autres écrits du même auteur furent censurés.

Au point de vue théologique, Clément XIV agit peu.

En matière disciplinaire, il ne resta pas sourd aux aspirations d'un siècle de despotisme éclairé, qui entendait intensifier le travail et écarter les obstacles à la productivité. C'est ainsi qu'inaugurant un mouvement qui devait se généraliser sous Pie VI, il accorda la suppression de certaines fêtes chômées au Portugal (Barbèri, iv, p. clxv).

La christianisation des fidèles ne manqua pas de l'intéresser, comme la plupart de ses prédécesseurs. Il confirma le statut de certaines confréries (Ypres, 27 avr. 1770; Versaifies, 9 janv. 1770). A d'autres (Spolète, 27 nov. 1770; Sinigaglia, 13 mai 1772) il confirma le privilège d'obtenir annuellement la grâce d'un condamné à mort. Parfois, il prononça le transfert des biens de confréries à d'autres fondations pieuses (Assise, 11 avr. 1772; Bologne, 8 mai 1773, 8 juifi. 1770).

Cordelier et régulier, il suivit de près les besoins intérieurs de certains religieux en difficultés : de quelques franciscains (16 et 30 mai 1770), des Ermites de S.-Paul (18 sept. 1769) et de S.-Augustin (4 juill. 1772). Surtout, les 15 nov. et 16 déc. 1769, il fixa le statut des Passionnistes, à qui furent permises la possession de quelques maisons isolées et la construction d'églises.

En des cas particuliers, il prit parti lors des conflits d'exemption, permettant aux carmélites de Ste Thérèse d'être confessées par leurs aumôniers (30 mai 1769), aux capucins de S.-Lucar de Barrameda de maintenir leur séminaire de missions (6 sept. 1770), aux religieuses de Ste-Marie-Madeleine de Ferrare de s'agréger au tiers ordre de S. -François (17 mai 1771). Plus rarement, il soumit certains établissements à l'Ordinaire, et sous la pression de la Commission des réguliers ou des autorités espagnoles (20 juill. 1772 pour les maisons de l'ordre de S. -Antoine du Viennois).

Son bref du 7 sept. 1770 est intitulé : Supprimetur moiiaslcrium monialium ordinis Sancli Auç/nslini loci Vighezzoli Dertlionensis dioecesis et ejus bona applicantur paroeciis et seminario ecclesiastico, ejusdem civitalis Derthonensis.

t" CJéinenl XfV el les cours. - Pour iniportaiite que soit l'œuvre de Clément XIV qui vient d'être évoquée, elle est celle de tous les jjapes de tous les temps. Lui, il est le pape d'une époque difTicile. Élu des car- j diuaux des couronnes, déterminés à obtenir la supl)ression de la Compagnie de Jésus, il lui fallut reprendre la politique de concessions aux cours catholiques, suivie par Benoît XIV, essayer de les désarmer | ou de les diviser.

Il manifesta ses desseins de conciliation dès le début de son règne, en supprimant pour la première année de son ijontificat la publication annuelle de la bulle In Cœna Domini, si discutée par les césaropapistes. Son encyclique de prise de possession dénonça les progrès de l'incrédulité, exhorta les princes à « aimer l'Église comme leur mère, et à défendre ses droits » (Theiner, ibid., 39).

Ses bonnes intentions eurent peu d'écho, sauf chez l'électeur palatin du Rhin, le roi de Sardaigne Charles- Emmanuel III. Louis XV et Marie-Thérèse déférèrent parfois à ses avis. Pas les autres souverains. Il n'en manifesta pas moins une réelle mansuétude à l'égard des deux cours en état de rupture avec le S. -Siège.

S'il ne retira point le Monitore de Clément XIII contre le duc de Parme, il n'en pressa pas l'exécution et accorda à l'infant la dispense dont il avait besoin pour son mariage avec sa cousine - et belle-sœur, Marie-Amélie, fille de Marie-Thérèse (juill. 17G9; A. Theiner, ibid., 18).

1. Portugal. — C'est à l'égard du Portugal, depuis dix ans séparé du S. -Siège, qu'il allait multiplier les avances.

Pour gagner le terrible Pombal il admit son frère au Sacré Collège dans sa première promotion de cardinaux. De suite, il envoya à Lisbonne Mgr Conti (25 nov. 1769), qui, après de multii)les diflicultés, vit les souverains (4 août 1770), mais sans devenir persnnu grata. Du moins, Joseph l'"'' révoqua-t-il (25 août 1770) l'édit royal de 1760, rendit libres les communications avec la Cour de Rome et rétablit le tribunal de la nonciature. Clément XIV l'en remercia, en rendant un témoignage à la piété de Joseph I" (6 août 1770; Theiner, ibid., 108, 114). Il persévéra dans ces dispositions bienveillantes en accordant un office spécial de S. Alexis (16-26 mars 1771), en instituant quelques confréries nouvelles, en créant de nouveaux évêchés : Castelbranco (7 mai 1770), Beja (10 juill. 1770), Pinto, Bragance et Pinhel (10 juill. 1770). Des avan- j tages furent concédés à divers couvents portugais.

2. Naples. — Dans le royaume de Naples, les actes épiscopaux restèrent soumis au plucet tel que l'interprétait le malveillant Tanucci. Eu 1768, il avait été l'inspirateur de l'occupation de Bénévent; en 1769 il diminua les droits de la Chancellerie romaine, défendit aux couvents d'acquérir de nouveaux biens, abolit la contribution que les rois de Naples accordaient volontairement pour l'entretien de la basilique S.- Pierre et pour la bibliothèque du Vatican. En 1772, à son instigation, le roi Ferdinand IV demanda, comme héritier des Farnèse, les duchés de Castro et de Ronciglione. La réconciliation survenue en 1773 entre les Bourbons et le S. -Siège arrêta seule le cours des événements. Mais sur l'esprit obstiné de Tanucci, Clément XIV n'avait pu exercer aucune influence. j

3. Espagne. — Charles III retira la Pragmatique Sanction promulguée sous Clément XIII (1768), rétablit le tribunal de la nonciature, fit approuver par Cilément XIV la fondation d'un ordre de chevalerie en l'honneur de l'Immaculée Conception, mais ne put, devant l'opposition de la France, faire avancer la définition du dogme relatif à la conception de la ^'ierge. « Le confesseur de Charles III n'a point cessé sa démarche » pour obtenir l'approbation du livre de

.Maria d'.Agréda, sa canonisation et la définition de la foi en l'Immaculée Conception (F. Masson, 30 juill. 1770).

4. Sardaigne. — En Sardaigne, si les relations perj sonnelles de Clément XIV avec Charles-Emmanuel III

étaient nettement meilleures, des difficultés mineures V subsistaient. Des divisions peu canoniques de paroisses entraînèrent des protestations pontificales (29 sept. I 1769, 18 févr. 1771). La cour de Turin n'avait pas | obtenu satisfaction pour les vicaires généraux régni- ' coles, pour les paroisses récemment annexées qui avaient gardé des supérieurs ecclésiastiques lombards. Le pape donna finalement à Charles-Emmanuel III ce qu'il demandait (27 janv. 1770). Le cardinal secrétaire d'État, Pallavicini, fit même l'éloge du souverain (Barbèri). La nonciature de Turin, fermée depuis quelques années, fut rétablie (1770).

Pour la division irrégulière des paroisses, les divergences subsistèrent (18 févr. 1771), ainsi que pour des jésuites en résidence dans l'île de Sardjigne (fin 1771). Mais deux nouveaux diocèses (Biella, 2 juin; Suse, 3 août 1772) furent institués. Des facilités nouvelles furent accordées (janv. -mars 1772) à l'évêque de Vintimille.

5. France. — Avec le roi Très Chrétien les relations restèrent convenables dans la mesure où il ne s'agit ni de fermetures de couvents, ni d'unions hétérocanoniques de paroisses.

A l'avènement de Clément XIV, la Commission des réguliers avait déjà visité un certain nombre de congrégations. Celles qui étaient purement françaises . furent soumises sans trop de difficultés. Les Gélestins eussent pu en appeler à Rome. Pour obliger les instituts ou ordres : Cîteaux, Prémontré, S. -Antoine, les Trinitaires, les Chartreux, la Merci, qui s'étendaient hors du royaume, la Commission dut généralement obtenir l'aveu du général, surtout quand il résidait à Rome. Les nouvelles constitutions durent être approuvées par un bref. Clément XIV paraît avoir laissé approuver celles des Cordeliers, des Grands Augustins, des Minimes, des Récollets. Les Dominicains, à qui une modification de leurs constitutions avait été demandée, avaient fait des réserves. En juill. 1778, « le cardinal de Bernis pria [leur] général..., le P. de Bajadors, de solliciter auprès du pape cette approbation » (Lemaire, La Commission des réguliers, 1288). Le bon Père s'y refusa et on ne sait quel sort eurent ces constitutions nouvelles, j Le projet d'édit qui devait mettre fin à l'activité de la Commission des réguliers fut présenté à Clément XIV avant promulgation, ])our qu'il pût présenter ses observations.

A l'art. 23 il objecta que la faculté àccordée aux évêques d'obtenir un double des états de fondations leur donnait deux droits attribués au S. -Siège : celui de commuer les charges des fondations, et de menacer les privilèges des instituts exempts.

A l'art. 37, qui obligeait les généraux d'ordres habitant hors de France à rendre sentence dans les six mois, faute d'accepter le renvoi de la cause devant les oITiciaux, la Cour de Rome subordonna à son autorisation expresse ce renvoi.

L'art. 30, qui concédait aux évêques le droit de visiter les monastères exempts, détruisait « totalement j l'exemption dont les exempts ont toujours joui ».

Quand Clément XIV eut renvoyé ses observations, l'édit de 1773 modifia le préambule du projet, ôta du texte la formule nonobstant toute exemption. Mais, en fait, l'application donna tort aux religieux, raison aux évêques et fortifia les i)ositions gallicanes.

Encore moins le pape lutta-t-il contre la suppression, en dehors des règles canoniques, de Grandmont, S. -Antoine de Viennois, des Camaldules. des Célestins ( Btillaire. éd. Barbèri. pr/.<;.s;m).

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Louis X\', lors de sa mainmise sur la Corse, se refusa à reconnaître la suzeraineté pontificale sur cette île (Theiner, Geschichte, i, 331), mais accepta la non-introduction des usages gallicans et le privilège royal de nommer aux églises et aux bénéfices consistoriaux (14 mars 1770).

Les relations journalières avec la cour de Versailles restèrent cordiales.

Grâce à l'aménité du cardinal de Bernis et au savoirfaire de Choiseul, une rupture ne fut jamais envisagée, encore que le ministre se fût déterminé à ne pas rendre Avignon. L'entrée au carmel de S. -Denis de Madame Louise de France valut à la jeune princesse et à ses compagnes d'enviables privilèges. Ainsi les carmélites de Charenton furent rétablies dans leur observance primitive (4 avr. 1772). De menues grâces furent accordées : une confrérie de S.-Népomucène à Versailles (9 janv. 1770), l'exemption de moines du tiers ordre franciscain d'Arbois (aoilt 1771). Le 20 juill. 1774, Clément XIV faisait conférer au roi le droit de nomination à certaines abbayes au comté de Bourgogne. Quelque temps après, au lendemain de la mort de Louis XV, Clément XIV le loua de l'amour qu'il avait porté à l'Église et. selon Theiner (Cl. XIV epislolae, 318), « exprima l'espoir que la pénitence du prince mourant lui avait obtenu le salut ».

6. Allemagne et États autrichiens. — En Allemagne, le pape se heurta aux électeurs ecclésiastiques de Mayence, de Trêves et de Cologne qui avaient présenté à l'impératrice Marie-Thérèse un édit d'inspiration fébronienne. Déjà le 14 oct. 1769 il mentionnait dans une lettre à l'électeur de Trêves le livre « vénéneux et pestiféré » de Febronius. En 1774, les prélats renoncèrent à leur projet; mais sous le successeur de Clément XIV, ils devaient reprendre les oîTensives fébroniennes.

Le pape eut plus de succès au Palatinat, où il put se réjouir de la conversion de l'électeur Guillaume et où il put empêcher le prince de limiter la liberté des vocations monastiques.

La Bavière fut moins favorable au temps de Maxiinilien- Joseph III. Mais il y put néanmoins maintenir quelques couvents.

Quant aux relations du pape avec les États autrichiens avant 1780, elles comptèrent peu et se limitèrent à quelques présents.

Aux Pays-Bas, Ypres bénéficia d'une confrérie de l'Adoration perpétuelle (27 avr. 1770) et la province capucine fut divisée (23 févr. 1773).

Le prince-évêque de Liège reçut d'amples pouvoirs pour des suppressions de bénéfices (12 févr. 1773).

Dans les provinces héréditaires et orientales, fut institué l'évêché de Munkacz (19 sept. 1771), qui fut directement subordonné au primat de Hongrie. Les évêchés de Bosnie et de Sirmium furent unis (9 juill. 1773). Des paroisses trop vastes furent démembrées en Transylvanie, dans le diocèse de Strigonium (15 nov. 1769). Le monastère dominicain de Tulln (Passau) fut soumis à l'Ordinaire (23 juin 1773).

7. Pologne. — Les relations, normalement bonnes, du S. -Siège avec la Pologne furent troublées de 1769 à 1774.

D'abord par l'enseignement hétérodoxe des piaristes qui, de surcroît, s'opposèrent à la visite par le nonce. Puis ce furent les suppressions de maisons religieuses, les tracasseries imposées à leurs occupants : religieux ou religieuses. Impuissant devant le premier partage de la Pologne, qu'il avait vainement tenté d'empêcher en s'adressant à la fois aux souverains et aux chefs de l'opinion polonaise, il ne put avec l'aide de son nonce à Varsovie qu'obtenir le bénéfice des art. .5 cl 8 du traité de partage.

Ils reconnaissaient « que les catholiques romaiiis

utriusque ritus jouiraient, dans les provinces cédées par le présent traité, de toutes leurs propriétés quant au civil, et par rapport à la religion seraient entièrement conservés dans le statu quo ».

Ces stipulations allaient être appliquées, quant à leur esprit, dans les États autrichiens où elles répondaient à la fois aux désirs des souverains et du pape. Dans les États prussiens le nombre des catholiques allait augmenter. Mais, dans les provinces devenues russes, l'intolérance du S.-Synode orthodoxe livrait les catholiques latins et plus encore les grecs aux persécutions russes.

Les questions orientales n'attirèrent guère l'attention de Clément XIV. Le 10 avr. 1771, le patriarche des nestoriens, Mar Siméon, et six de ses sudragants revinrent à l'unité. Mais il s'agissait là d'une œuvre préparée avant son pontificat et à laquelle il ne prit qu'une faible part : il s'en réjouit au consistoire du 17 juillet. Comment eùt-il pu le faire, à une époque où était en jeu le sort du plus puissant des ordres missionnaires en Amérique, en F:xtrême-Orient et dans le Proche-Orient?

5» Les Jésuites. — l. De 1769 à 1772. — La suppression de l'institut de S.-Ignace, réclamée par les cours, fut le fardeau du pontificat de Clément XIV. Il manœuvra pour gagner du temps, pour faire oublier, par des concessions mineures, le sacrifice qu'il n'eût pas voulu consommer; il s'appuya sur ses amis pour diviser ses adversaires.

Le 12 juill. 1769, il accorde à des jésuites qui partent pour les missions étrangères les pouvoirs habituels. Bernis de protester aussitôt à Rome (Theiner, Geschichte, I, 90). Clément XIV répond qu'il doit ménager les couronnes qui n'ont pas réclamé la suppression, promet de demander l'avis des clergés nationaux. Il renouvelle sa promesse (août), offre même d'aller convaincre Louis XV à Versailles et Charles III à Madrid ou tout au moins de leur en écrire. Ce qu'il fait oct. 1769) en un français macaronique, dans un projet, conservé aux Affaires étrangères (F. Masson, 154-55) : « Clemens P. P. XIV Clarissinw in Christu filio nostio Ludovico régi. Le dernier projet nous manifeste au nom de Votre Royale Majesté par le cardinal de Bernis touchant le moyen comme alïaire, a été par nous avec agréément (sic) accueilli, nous semblant beaucoup à propos pour le bien conduire à sa fin avec satisfaction réciproque. Cependant nous serons en attention de recevoir, par le même cardinal, les monuments qui sont nécessaires afin de pouvoir après examiner l'affaire. » Finalement, Charles III consent à faire rédiger le Mémoire par ses évêques. Bernis apprécie peu la concession, car le bref futur, rédigé sur une demande séculière, ne serait plus « motu proprio ».

Bernis insiste tant que le pape écrit à Charles III la lettre du 30 nov. : « Nous avons eu soin de rassembler les pièces dont nous devons faire usage pour composer le motu proprio convenu, lequel servira à justifier aux yeux du monde entier la sagesse de la conduite que Votre Majesté a tenue dans l'expulsion des turbulents et dangereux jésuites... Nous remettrons ensuite un plan que nous avons aux lumières et à la sagesse de Votre Majesté touchant l'extinction totale de cette Société, et il ne se passera pas beaucoup de temps avant que nous ne le lui fassions parvenir. » Cette fois, le pape a pris de tels engagements qu'il lui est impossible de reculer.

Sur un ton badin, Choiseul esquisse une solution curieuse (16 janv. 1770) : « Il n'y a qu'à leur donner des constitutions un peu différentes, les habiller de blanc et les vouer à la Vierge; gagner les supérieurs par cette métamorphose... Ceux qui voudront conserver les jésuites dans leurs États les auront sous le nom de virginiens; nous n'en recevrons ni en France,

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ni en Espagne et tout serait dit. » Quatre mois se passent sans autre résultat qu'un bref envoyé au cardinal d'York, évêque de Frascati. Il lui est enjoint d'enlever aux Pères le collège et le séminaire de la ville et d'interdire leurs catéchismes de carême.

D'avr. à juill. 1770, Clément XIV recommence le bref dont le style lui déplaît : en fait, pour essayer de se prévaloir de la demande espagnole en faveur du dogme de l'Immaculée Conception.

Là-dessus, le conflit anglo-espagnol au sujet des Malouines, la disgrâce de Choiseul et des parlements, l'arrivée au pouvoir du parti dévot paraissent renforcer en France la cause des jésuites.

En fait, Clément XIV, ici plus souverain temporel que spirituel, a profité du renvoi de Ciioiseul, déterminé à garder Avignon coûte que coûte. Du successeur il espère obtenir la ville, sans céder sur les jésuites, et aussi obtenir du roi de Naples la restitution de Bénévent et Pontecorvo. Et il nomme visiteurs du Collège romain, tout jésuite, deux adversaires résolus, les cardinaux d'York et Marefoschi (mai 1771). Munis de pleins pouvoirs, ils vont accumuler les griefs contre leurs adversaires.

A la fin de 1771, l'affaire est arrivée à une impasse : Charles III veut l'extinction avant la restitution, et Clément XIV la rentrée préalable en possession d'Avignon, de Bénévent, Pontecorvo. Le pape agit avec une remarquable dextérité, endormant les envoyés espagnol (Azpuru), portugais (Almada), se laissant arracher des grâces dont les bénéficiaires sont Madame Louise, le nonce Giraud, ami de d'Aiguillon.

Au début de 1772, l'affaire de l'extinction semble perdue dans les sables. Retard qui est dû à des causes diverses, dont les qualités diplomatiques du pape et de ses conseillers ne sont pas les moindres.

2. Vers le dénouement (mai 1772-août 1773). — Les circonstances vont soudain changer. Dans sa résistance, le pape s'était jusqu'alors appuyé sur Gênes, Venise, les électeurs ecclésiastiques, le roi de Pologne et l'impératrice reine. Or le partage de la Pologne fut décidé au traité de S.-Pétersbourg (5 août 1772) et la Diète polonaise allait l'accepter (18 sept. 1773). Joseph II, corégent, et sa sœur Marie-Caroline de Naples allaient gagner leur mère, l'impératrice reine, au principe de la suppression.

Le 23 mars 1772, Charles III donne un successeur à Azpuru mourant : Joseph Monino, fiscal de Castille. Résolu, froid, impitoyable, le nouvel envoyé d'Espagne, ayant mis Bernis dans son jeu, menace le pape de rupture.

Clément XIV doit céder. Il ôte aux jésuites portugais réfugiés la pension de 9 500 écus dont ils sont bénéficiaires (fin 1772). La Compagnie perd la direction du collège des Hibernois; elle est privée provisoirement du séminaire et du pensionnat du Collège romain (16 sept.) où se révèlent des abus grossis par la rumeur publique. Surtout, une négociation secrète s'engage avec Mon no, à partir du 23 déc. En fait, la bulle de suppression aura pour base le projet espagnol, réexaminé par Zelada, remis au pape (6 janv. 1773). Celui-ci veut changer le préambule, modifier quelques articles et, pour assurer le secret, il accepte que le document soit envoyé à Charles III qui le transmettrait à Louis XV et à Joseph l". Les jésuites, avertis et pris de panique, mettent l'argenterie de leurs églises (Bologne) à l'abri. Le cardinal Malvezzi, archevêque de Bologne, reçoit du pape la faculté de visiter les collèges de sa métropole.

Les cours de Paris, de Madrid et de Vienne, s'étant mises d'accord, transmettent le projet de bref à Rome (mai). En juin, les scellés sont mis sur les papiers du noviciat et les archives des jésuites. L'accès du territoire pontifical est interdit aux Pères étrangers sécularisés.

Réduit dans ses derniers retranchements. Clément XIV publie, non une bulle, trop solennelle, mais un bref, plus facile à révoquer. Le bref Dominas ac Redemplor (16 août 1773), qui ne fait point mention de la clause « motu proprio » ni de l'avis du Sacré Collège, est signifié au général. Aussitôt les scellés sont apposés au Gesù, aux Collèges germanique, grec, anglais, au noviciat de S. -André, à la pénitencerie de S. -Pierre, à l'hospice des Portugais. Le général, Ricci, et les dignitaires romains de l'institut sont envoyés au Château S. -Ange. Selon la Gazette de Leyde, les Pères en résidence à Rome ne peuvent sortir avant que soient confectionnés les cinq cents habits de prêtres séculiers. Les conseillers de Clément XIV, réunis en une Congrégation particulière (8 juin) composée des cardinaux Marefoschi, Zelada, Casali, Caraffa, Corsini, avec quatre auxiliaires (août), est chargée de liquider les biens de la Compagnie dans les États pontificaux. Pour les pays étrangers où elle existe encore ils posent des règles de liquidation.

3. Le bref. — Après un exorde où il met en évidenc le désir qui est le sien de promouvoir la gloire de Dieu le pape affirme que « ce S. -Siège, qui avait employé ses soins et son autorité à l'établissement de ces ordres [religieux], n'a point hésité, ou à les fortifier par de nouvelles lois, ou à les rappeler à leur ancienne austérité de vie, ou même à les détruire et à les disperser entièrement ». Ce droit, Innocent III l'a affirmé au IVe concile de Latran. Grégoire X, ému des abus des Mendiants, a renouvelé l'obligation de subordonner la fondation ou la suppression d'un ordre à l'avis du S. -Siège. Après eux. Clément V a supprimé les Templiers, « confirmés mais discrédités »; Pie V, les Humiliés, antérieurs au IV« concile de Latran, devenus scandaleux; Urbain VIII, les conventuels réformés, spirituellement stériles, comme les Clercs réguliers de S.-Ambroise et S.-Barnabé. A son tour, Innocent X abolit les Pauvres de la Mère de Dieu des Écoles pies, coupables de troubles, et deux autres ordres, celui de S. -Basile des Arméniens, et la congrégation du Bon Jésus, sans rayonnement spirituel. Pour cette dernière raison, Clément IX avait supprimé les chanoines de S. -Georges, les hiéronymites de Fiesole, les Jésuates. Conformément à ces précédents, Clément XIV, examinant les privilèges concédés à la Compagnie de Jésus, reconnaît les objections qu'elle a soulevées, la faiblesse de Grégoire XIV qui, sans les discuter, a comblé la Compagnie de nouveaux bienfaits. Finalement la congrégation générale de l'institut a préconisé (1606) de ne se point mêler aux affaires publiques. En vain. Les abus se sont multipliés : le commerce a continué, les troubles entre la Société, les Ordinaires et les communautés (§ 22) se sont aggravés, les rites idolâtres censurés ont été maintenus. Devant l'impossibilité de réformer la Compagnie (§ 21), le pape conclut : « Marchant sur les traces de nos prédécesseurs, de Grégoire X en particulier..., nous éteignons et supprimons ladite Société..., nous annulons et abrogeons tous ses offices, ministères et administrations. Nous lui ôtons ses maisons, écoles, collèges, hospices, fermes et tous autres lieux en quelque province et domination qu'ils existent » (§ 26).

Toute l'autorité des dignitaires est annulée et transférée aux Ordinaires.

Le postulant qui n'a prononcé que des vœux si pies pourra, dans le délai d'une année (§ 27), « er brasser le genre de vie qu'il croira devant Dieu être plus convenable à sa vocation, à ses forces et à s conscience ». Les jésuites promus dans les ordre sacrés et qui ont prononcé d'autres vœux que les sir pies pourront, après six mois d'épreuve seulemen vivre en séculiers sous les Ordinaires (§ 28) ou entr dans un autre institut; qu'à ceux qui demeurero

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dans le siècle 11 soit assigné une pension alimentaire convenable ».

Les Pères, Inquiets de leur sort ou infirmes, pourront rester dans leur maison, sous l'autorité d'un clerc séculier (§ 30). L'évêque aura seul qualité pour maintenir les ex-jésuites professeurs dans l'exercice de leur enseignement (§ 31).

Les règles de la charité chrétienne sont prescrites aux souverains, aux fidèles et aux clercs, en ce qui concerne les accusations portées contre les jésuites (§ 37-39).

Les brefs du 16 août, surtout le second. De rébus exlinclae Societatis Jesu, prescrivant l'application dans chaque diocèse des mesures prescrites, reçurent dans les divers pays un accueil fort divers.

4. L'accueil. — En Sardaigne, entre 1769 et 1773, le roi avait pris la défense de trois jésuites sardes enfermés dans les prisons de Lisbonne (Tortenese, La politica ecclesiastica di C. Emamiele III, 128) et les avait fait rapatrier. Dans les mêmes conditions (ibid., 138), il avait obtenu la libération de sept compatriotes jésuites emprisonnés.

En France, nombreux étaient les évêques qui, jusqu'au bout, avaient plaidé la cause de la Compagnie. Clément XIV ayant écrit à Mgr C. de Beaumont pour obtenir l'approbation du bref, le prélat répondit, le 24 avr. 1774, en louant la canonicité de la bulle Pastoralis munus, et en écrivant : « Il n'est pas possible que je me charge d'engager le clergé à accepter ledit bref. Je ne serais pas écouté sur cet article; [fussé-je] assez malheureux pour prêter mon ministère que je me déshonorerais. » Au nom du clergé, il refusait de recevoir le bref Dominas ac Redemptor. Les filles de Louis XV et Madame Louise envisagèrent un plan de reconstitution de l'institut en six provinces sous l'autorité des évêques. Le duc d'Aiguillon en empêcha le succès (Plan d'une congrégation à former en France pour tirer utilité des anciens jésuites). Mais des difficultés n'en subsistaient pas moins, puisque les conditions imposées par le bref de 1773 risquaient de traverser celles qu'avaient prescrites l'édit de 1764.

Dans les autres couronnes (Portugal, Espagne, Parme, Naples) le bref fut appliqué avec enthousiasme. En Italie, on se soumit. La liquidation des biens de la Compagnie était trop opportune pour ne pas être acceptée. Seuls, des évêques italiens, des âmes pieuses (Thérèse Poli, Bernardine Rienzi) protestèrent contre le bref.

Dans les États non catholiques, les jésuites furent maintenus comme congrégation indispensable à l'éducation de la jeunesse. Comme le bref devait être communiqué aux Pères par les évêques, ceux de Prusse et de la Pologne annexée ayant reçu l'ordre de Frédéric II et de Catherine II de ne pas le communiquer, il fut considéré comme nul et non avenu. Dès 1780, Frédéric II changea d'avis. Il est possible qu'en Russie Clément XIV ait permis auxjésuitesde garder leur état.

6" La fin de Clément XIV. — Le bref publié, les cours de Versailles et de Naples se résolurent à restituer leur gage : Avignon et Bénévent.

Avec un grand esprit de conciliation. Clément XIV se prêta à toutes les conditions posées par la France et, au consistoire du 17 janv. 1774, se réjouit de l'imminente restitution d'Avignon. Le 25 mars 1774, le marquis de Rochechouart évacue le pays, mais l'archevêque Manzi ayant aboli d'un trait de plume toutes les institutions de Maupeou, d'.'Viguillon proteste. Il obtiendra finalement satisfaction.

A Rome les cardinaux se tiennent sur la réserve. La majorité des zelanti, certaine en 1769, ne s'est guère modifiée. Aussi font-ils une grève perlée, manifestée par des silences, des retards aux séances des Congré- I gâtions et dans l'expédition des alïaires. I

Le malheureux pontife se décourage. Il prend froid le 25 mars 1774. Bernis, qui le voit deux fois en août, à un moment où on le dit rétabli, le juge amaigri, moins actif, moins gai, moins attaché à ses livres, au vin de Bourgogne, aux belles soieries de Lyon, aux médailles d'or frappées par Louis XV. Il écrit le 24 août (Afiaires étrangères, 24 août) : « L'humeur dartreuse qui le [Clément XIV] frappait intérieurement s'est manifestée pourtant au-dessus de l'estomac et le dévoiement qui ne l'a pas abandonné paraît s'être modéré. » L'elTet bienfaisant de l'eau purgative et des saignées périodiques fut annulé par la peur qu'il avait des jésuites et de leurs intrigues, par les émeutes romaines de janv. 1774. Le 10 sept. 1774, il s'alita, fut saigné plusieurs fois, reçut l'extrème-onction et mourut le 22 septembre.

Sa mort rapide a été attribuée par les contemporains à des causes diverses. Pour Gorani, il a été terrassé par une fièvre putride, par ses insomnies et ses soucis. Caraccioli, l'abbé Roman croient à l'empoisonnement, sans donner d'arguments probants. La vérité probable est que le pape a été dépassé par sa charge, qu'il a dû céder à des diplomates consommés, à des souverains tenaces, interprètes d'un siècle peu chrétien, à un entourage vénal, à des jésuites résolus à se défendre par tous les moyens. On ne voit guère à qui eût servi l'empoisonnement du pape. Et Choiseul (lettre du 13 août 1770) a judicieusement écrit : « La Société des Jésuites a été regardée par ses doctrines, son institut et ses intrigues comme dangereuse dans les pays d'où elle a été expulsée, mais on ne l'a point accusée d'être composée d'empoisonneurs, et il n'y a que la basse jalousie ou la haine fanatique de quelques moines qui puisse l'en soupçonner. »

Sans portée paraissent être une lettre du malheureux pontife, du 29 juin 1774, transmise par son confesseur à Pie VI et où il aurait rétracté le bref, ainsi que le témoignage de Mgr Macedonio, agent de répression contre la Compagnie, affirmant que Clément XIV n'aurait pas approuvé toutes les rigueurs qui auraient frappé celle-ci.

La mémoire de Clément XIV' est discutée, sinon sur le plan doctrinal, du moins sur le plan pratique.

Les amis des Jésuites essaient de concilier la doctrine de l'infaillibilité pontificale avec la cause des Jésuites, institut le plus actif dans la lutte contre l'incrédulité. Ils expliquent par l'amour de la paix une suppression qu'ont suggérée des faiblesses indémontrables des Pères (R. P. Theiner, Crétineau-Joly, Maynard). M. Mourret ne discute pas le bien-fondé des reproches faits aux Jésuites d'avoir enseigné des doctrines ijolitiques dangereuses. J. Guiraud (Hist. partiale, hist. vraie, iv, 183) afiirme : « Le pape supprimait la Compagnie de Jésus, mais ne la condamnait pas. Il ne relevait chez elle aucune hérésie, aucun enseignement, aucune pratique contraire à la foi et aux mœurs. » A cet argument le pseudonyme I. de Récalde (Cl. XIV. Le bref « Dominas ac Redemptor », Paris, 1920, p. 126-27), oppose le texte même du bref, les querelles entre l'institut et les autres communautés religieuses, querelles qui, pour le pape, n'ont pas été « sans causer une immense perte des âmes ».

Sans suivre I. de Récalde dans son réquisitoire, il semble, comme l'a vu Clément XIV, que la Compagnie a pu paraître causer plus de scandale que d'édification. Mais à Pie VII, les conjonctures changées, il a été possible de rétablir la Société de Jésus. Privée des privilèges matériels, sur le plan de l'enseignement et de la politique, dont elle avait bénéficié sous l'Ancien Régime, elle a pu rendre à la société des xix« et xx" s. des services plus apostoliques.

Quant au malheureux pontife, il fut, avant son pontificat, un adversaire de la Compagnie et pour des

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