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CLÉMENT D'ALEXANDRIE

raisons assez voisines de celles qu'il a exprimées dans le bref de 1773. Les promesses de suppression qu'il a faites ou pu faire de 1769 à 1773 ont été arrachées plus à sa prudence qu'à sa conscience. Et le drame de sa personnalité, celui qui l'a mené au tombeau, fut peut-être celui de savoir si l'intérêt de l'Église lui prescrivait de maintenir ou d'abolir l'ordre des Jésuites.

En fait, au temps du partage de la Pologne catholique, de l'incrédulité montante, il paraît n'avoir été qu'un défenseur inefficace et sans génie du catholicisme.

Sources. — Conlinuatio bullarii Tiomani, iv, Pnito, 1845, éd. Barbèri. — Cl. XIV epislolae et brevia, éd. A. Theiner, Paris, 1852. — Les lettres intéressantes du pape Cl. XIV, publiées par A. L. Caraccioli, Paris, 1776, n'ont aucune autorité. — Voir dans DôUinger, Beitràge zur polit., kirch. und Kulturgesch., m. Vienne, 1882, les Mémoires du P. G. C. Cordara sur la suppression des .Jésuites. — Compléter par G. Sforza, Episodi délia sloria di Roma nel sec. XVIII, dans Archivo storico italiano, sér. IV, t. :^ix-xx. — Acta hist. eccL, Weimar, 17.'56-87, 48 volumes.

Dans une certaine mesure, les biographies suivantes, contemporaines de Clément XIV, peuvent fournir des renseignements utiles : Picot, Mémoires pour servir à l'hist. eccl. du XVIII' s., TT, Paris, 1815, p. 547-51. — F. Schubart, Leben des Papstes Kl. XIV., Gœttingue, 1774. — Utile aussi est l'éd., par C. Frediani, des Lettere, bolle e discorsi di Fra L. Ganganelli, Florence, 1849 (elle paraît authentique). — Curieux et de caractère polémique est l'ouvrage (de l'abbé Baston) : Les entrevues du pape Ganganelli, Anvers, 1777 (mais il s'agit d'un texte apocryphe).

Travaux. — Ouvrages généraux : Pastor, xvi, Municli, 19.34. — L. Veit, Die Kirche im Zeitalter des Individualismus (1648-1800), Fribourg-en-Br., 19.31. — F. Mourret, Hist. gén. de l'Église, viii, L'Ancien Régime, Paris, 1931 (dépassé). — Les travaux de Albers, Funk-Hemmer, Audisio, Brosch, Bower, Chénon sont trop élémentaires.

Principales biographies : A. L. Caraccioli, Vie de Cl. XIV, Paris, 1775 (tendancieuse, Iiostile aux Jésuites). — A. Tlieiner, Gesch. des Pontifikates Cl. XIV., trad. franç. de P. de Geslin, Paris, 1852, 2 vol. (apologie). — C. Uschner, Kl. XIV. Ein Leben und Karaiderbild, Berlin, 1866. — C. T. Gotting, Ein Verrùckter. Papst Ganganelli, Berlin, 1866. — Crétineau-.Joly, Cl. XIV et les Jésuites, Paris, 1847.

— A. von Reumont, Ganganelli, Papst Kl. XIV., Berlin, 1847. — R. P. Ravignan, Cl. XIII et Cl. XIV, Paris, 1854.

— Saint-Priest (comte de), Hist. de la chute des Jésuites au XVIII' s., 1750-82, Paris, 1844. — R. P. Sidney Smith. The suppression o/ the Society of Jésus, dans The Month, 1902-03.

— R. P. de la Servière, art. Clément XIV, dans D.T.C., m, 124-34. — Tandis que le P. Brucl<cr, La Compagnie de Jésus. Esquisse de son institut et de son hist., Paris, 1919, écrit une apologie, I. de Récalde, Cl. XIV. Le bref « Dominus ac Redemptor », avec introduction et notes, Paris, 1920, manifeste une réelle liostilité.

Les travaux suivants, s'appliquent surtout à des détails. Pour l'Espagne, Prat et Cli. Rousseau, Le règne de Charles III d'Espagne, Paris, 1907, 2 vol., rendront quelques services. — Pour la Pologne, v. Zalenski, Les jésuites de la Russie blanche, i, Paris. 1836. — Le livre de F. Masson, Le cardinal de Demis depuis son ministère (17-58-88), Paris, 1884, est essentiel pour la France et pour l'ensemble du sujet. — Pour Cologne, v. KnilTler, Das Jesuitengymnasiam zu Dûsseldorf, 1894, ou Van Miert, De Jezuieten te Grave en het Land van Ravenstein, Ravenstein, 1914.

E. Préclin.

24. CLÉMENT D'ALEXANDRIE, philosophe et théologien à la fm du ii<' siècle.

l. Sa vie. — Titus Flavius Clemens dut naître aux environs de 150, en Grèce et probablement à Athènes. Il appartenait à une famille païenne, mais il manifesta de bonne heure un vif intérêt pour les questions religieuses. Les détails précis qu'il donne sur les mystères d'Éleusis, la prédilection avec laquelle il em]iloie le vocabulaire spécial de ces mystères ont donné lieu de croire qu'il avait été lui-même initié. Sans être certaine, celte hypothèse garde au moins une haute vraisemblance. Les circonstances de sa conversion

demeurent obscures. On a supposé que, comme Justin, il fut attiré vers le christianisme par la pureté de la morale évangélique, par le spectacle des vertus pratiquées par les fidèles. A ces raisons morales il faut, semble-t-il, ajouter des motifs d'ordre intellectuel : dans l'enseignement chrétien. Clément trouva la solution, vainement demandée à la sagesse profane, des grands problèmes relatifs à l'homme et à sa destinée. Il lut les Livres saints, comme il avait lu naguère les œuvres des philosophes et des poètes grecs, mais avec plus de ferveur et d'enthousiasme, et il se laissa convaincre par la doctrine qu'avaient annoncée les prophètes, qu'avaient prêchée le Christ et les apôtres. Les longs voyages qu'il entreprit et qui ne trouvèrent leur terme qu'en Égypte marquent la période décisive de sa vie spirituelle. Lui-même rappelle comment il a été jugé digne d'entendre les discours pleins de vie et de clarté de quelques saints personnages. L'un, Ionien, florissait dans la Grèce; d'autres habitaient dans la Grande-Grèce. De ces derniers, l'un était originaire de Coelé-Syrie; le second d'Égypte. D'autres encore se trouvaient en Orient; parmi eux était un Assyrien; un autre, en Palestine, était hébreu d'origine. « Lorsque j'eus rencontré le dernier, écrit-il, le premier en réalité par sa puissance, je m'attachai à lui, après l'avoir poursuivi en Égypte où il s'était caché. Cette véritable abeille de Sicile courait les prés et recueillait les fleurs des prophètes et des apôtres, pour former dans les âmes de ceux qui l'écoutaient, comme dans une ruche sacrée, des rayons très purs, non de miel, mais de connaissance et de lumière. » (Stromat., I, i, 11 ; édit. Stàhlin, ii, 8-9). On s'est efforcé d'identifier les personnages dont il est ici question : l'Ionien serait Méliton de Sardes; Bardesane serait l'Assyrien, à moins que celui-ci ne fût Tatien; l'Hébreu pourrait être Hégésippe; rien n'est moins sûr que ces conjectures. On admet plus généralement, depuis Eusèbe, que le dernier, celui qui est qualifié d'abeille de Sicile, est Pantène. Cela est très I incertain, car, si les relations de CJément et de Pantène sont hors de doute, nous ne savons pas si Clément n'a pas trouvé en Égypte, au temps de sa conversion ou de sa première ferveur, d'autres maîtres capables d'exercer sur lui une influence décisive. En tout cas, une fois converti. Clément se fixa en Égypte. Il y devint, semble-t-il, presbytre de l'Église (Paedag., I, VI, 37). 11 ouvrit une école et il se mit à enseigner : on pouvait être alors aux environs de 180.

On répète volontiers qu'il reçut de l'évêque Démétrius la succession de Pantène à la tête de l'école catéchétique. Rien n'est moins assuré, car il est probable que Pantène n'avait jamais eu de mission officielle et qu'il tenait école sous sa propre responsabilité. 11 l'est tout autant que Clément fit de même. Ses ouvrages, en particulier le Protreplique et le Pédagogue, qui sont censés contenir le résumé de ses leçons, n'ont rien d'une catéchèse préparatoire au baptême. Le premier est une apologie du christianisme construite à peu près sur le modèle des grandes apologies du u« s. Le second est une série de conseils pratiques pour la vie quotidienne et s'inspire beaucoup du stoïcien Musonius. Il s'adresse à des lecteurs chrétiens, ou tout au moins désireux de le devenir, disons même à des riches, qui ont des loisirs et qui sont curieux d'approfondir certains aspects de la doctrine chrétienne, à des hommes cultivés qui connaissent les poètes et les philosophes de la Grèce et qui sont tout heureux de trouver dans le christianisme les idées, voire quelquefois les expressions qu'ils ont apprises dans les école profanes. On peut croire qu'avant d'être écrits, ce livres ont été enseignés; et ils nous donnent une haut I idée de la manière dont le maître chrétien entendai ' son rôle d'éducateur. Ils nous permettent aussi d

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